{"id":210140,"date":"2023-11-28T06:30:00","date_gmt":"2023-11-28T05:30:00","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=210140"},"modified":"2023-11-27T19:33:50","modified_gmt":"2023-11-27T18:33:50","slug":"guerre-dukraine-anachronisme-ou-nouvelle-generation","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2023\/11\/28\/guerre-dukraine-anachronisme-ou-nouvelle-generation\/","title":{"rendered":"La guerre d\u2019Ukraine dans une nouvelle \u00e8re : anachronisme ou disruption ?"},"content":{"rendered":"\n
Deux ans auront bient\u00f4t pass\u00e9 depuis que, le 24 f\u00e9vrier 2022, le monde stup\u00e9fait d\u00e9couvrait sur ses \u00e9crans les images des chars russes franchissant la fronti\u00e8re ukrainienne <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Ces s\u00e9quences vid\u00e9o avaient, il est vrai, un aspect quelque peu d\u00e9pass\u00e9. Imaginer avant le 24 f\u00e9vrier le sc\u00e9nario d\u2019une offensive russe, c\u2019\u00e9tait d\u00e9crire la paralysie instantan\u00e9e du pays par une attaque cyber massive ; une prise de contr\u00f4le des organes de l\u2019\u00c9tat par des \u00e9quipiers des forces sp\u00e9ciales sans uniforme ; ou encore, une population savamment d\u00e9sorient\u00e9e par la d\u00e9sinformation et la rupture des communications par satellite \u00e0 la suite d\u2019op\u00e9rations spatiales d\u2019un nouveau genre. C\u2019est d\u2019ailleurs comme cela que les strat\u00e8ges russes l\u2019avaient envisag\u00e9e et sans doute propos\u00e9e \u00e0 Vladimir Poutine <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span>. De tout cela il n\u2019a rien \u00e9t\u00e9.\u00a0<\/p>\n\n\n\n Les images projet\u00e9es dans le monde entier faisaient plut\u00f4t penser \u00e0 un mauvais documentaire sur la Seconde Guerre mondiale, ou \u00e0 quelque chose comme l\u2019intervention sovi\u00e9tique en Afghanistan en 1979. Apr\u00e8s la r\u00e9orientation de l\u2019\u00ab op\u00e9ration militaire sp\u00e9ciale \u00bb russe qui, en cons\u00e9quence de l\u2019\u00e9chec des attaques convergentes vers Kiev, s\u2019est concentr\u00e9e sur l\u2019Est et le Sud du pays, le d\u00e9bat entre les observateurs semble s\u2019\u00eatre cristallis\u00e9 autour d\u2019une question simple : la guerre en Ukraine est-elle un anachronisme, un dernier avatar des guerres du pass\u00e9 \u00e9gar\u00e9 en ce d\u00e9but de XXIe<\/sup> si\u00e8cle, ou bien, derri\u00e8re les oripeaux d\u2019un affrontement faussement classique, masque-t-elle au contraire les signes avant-coureurs d\u2019une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration de conflits ? L\u2019enjeu de cette question est majeur, tant la r\u00e9ponse rev\u00eat de l\u2019importance pour les choix que les arm\u00e9es du monde entier devront faire dans le futur ; et tant, surtout, la r\u00e9ponse conditionne ce que nous pouvons anticiper de l\u2019\u00e9volution de la guerre. <\/p>\n\n\n\n La guerre en Ukraine est-elle un anachronisme ? <\/p>G\u00e9n\u00e9ral Beno\u00eet Durieux<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n \u00c0 l\u2019\u00e9vidence, ces questions n\u2019appellent pas de r\u00e9ponses simples. Y r\u00e9pondre suppose d\u2019abord de d\u00e9terminer ce qui n\u2019est dans ce conflit que faussement surprenant, autrement dit ce qui n\u2019est pas v\u00e9ritablement anachronique ou d\u00e9pass\u00e9 parce que, en r\u00e9alit\u00e9, repr\u00e9sentatif de l\u2019essence du ph\u00e9nom\u00e8ne guerrier, telle que l\u2019avait analys\u00e9e Clausewitz. Oublier et nier ces \u00e9l\u00e9ments de permanence g\u00e9n\u00e8re la surprise, plus que la nouveaut\u00e9 radicale, tactique ou technique, finalement assez rare \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de l\u2019histoire. Ce n\u2019est que lorsque l\u2019on identifie clairement en quoi le conflit ukrainien refl\u00e8te les caract\u00e8res de toute guerre que l\u2019on peut ensuite d\u00e9terminer s\u2019il pr\u00e9sente de r\u00e9elles nouveaut\u00e9s. <\/p>\n\n\n\n Clausewitz, une r\u00e9f\u00e9rence chez les Sovi\u00e9tiques, notamment apr\u00e8s sa relecture par L\u00e9nine, chercha \u00e0 identifier les caract\u00e8res essentiels du ph\u00e9nom\u00e8ne guerrier, par-del\u00e0 des mutations historiques des soci\u00e9t\u00e9s, des cadres politiques ou des modalit\u00e9s du combat. Il sugg\u00e9ra notamment que les guerres, quelles qu\u2019elles soient, n\u2019appartenaient en r\u00e9alit\u00e9 qu\u2019\u00e0 deux cat\u00e9gories : celles qui visent \u00e0 abattre l\u2019adversaire en renversant son syst\u00e8me politique voire en an\u00e9antissant sa population et celles qui cherchent seulement \u00e0 conqu\u00e9rir ou d\u00e9fendre un territoire qui servira de gage dans la n\u00e9gociation de la paix. Les buts de guerre russes ont sembl\u00e9 osciller entre ces deux objectifs. La d\u00e9nazification et la d\u00e9militarisation de l\u2019Ukraine d\u2019abord \u00e9voqu\u00e9es par Vladimir Poutine relevaient clairement de la premi\u00e8re cat\u00e9gorie d\u2019objectifs<\/a>. D\u00e9sormais, m\u00eame si les objectifs russes restent peu lisibles, les op\u00e9rations militaires correspondent davantage \u00e0 la seconde cat\u00e9gorie de guerre, le Donbass et la Crim\u00e9e semblant mobiliser les efforts des deux bellig\u00e9rants<\/a>. Quelle est donc la nouveaut\u00e9 de la guerre en Ukraine ?<\/p>\n\n\n\n On peut recenser plusieurs lois qui gouvernent la seconde cat\u00e9gorie de guerre, mais trois d\u2019entre elles sont particuli\u00e8rement bien illustr\u00e9es par le conflit ukrainien. La premi\u00e8re est, contrairement \u00e0 une id\u00e9e re\u00e7ue, celle de la limitation de la guerre. La seconde, corollaire paradoxal de la premi\u00e8re, est celle du risque permanent de la mont\u00e9e vers la guerre totale<\/a>. Enfin, la troisi\u00e8me loi de la guerre a trait \u00e0 la nature territoriale de son objectif. <\/p>\n\n\n\n La premi\u00e8re loi de la guerre, celle de sa propre limitation, se comprend ais\u00e9ment \u00e0 l\u2019aide des analyses de Clausewitz. Il souligne que la guerre n\u2019est jamais instantan\u00e9e. Lorsqu\u2019apr\u00e8s l\u2019effervescence des d\u00e9buts, la d\u00e9cision n\u2019est pas obtenue d\u2019embl\u00e9e, ce qui est le plus fr\u00e9quent, la guerre dure, car la qu\u00eate d\u2019un r\u00e9sultat imm\u00e9diat par un des partis en conflit conduirait \u00e0 l\u2019engagement simultan\u00e9 de toutes ses ressources. Elle entra\u00eenerait donc pour ce parti le risque de se retrouver totalement d\u00e9pourvu et \u00e0 la merci de son adversaire. Un premier facteur de limitation de la guerre est donc tout simplement celui qui d\u00e9coule de la n\u00e9cessit\u00e9 de durer.<\/a> Cette notion d\u2019\u00e9conomie des forces n\u2019a pas seulement des cons\u00e9quences dans le temps, mais aussi dans l\u2019espace. Un bellig\u00e9rant, puisqu\u2019il ne dispose que d\u2019un volume de forces fini, limite toujours son action dans certains secteurs pour les concentrer ailleurs. Mais ce n\u2019est pas la seule raison qui restreint l\u2019\u00e9tendue g\u00e9ographique des combats. Celle-ci est aussi contrainte par des raisons politiques dans les limites du champ de bataille. Durant la guerre du Vietnam, les \u00c9tats-Unis s\u2019abstinrent de frapper des cibles au Laos et au Cambodge alors m\u00eame que la logistique des Vietcongs y transitait. La zone d\u2019exclusion d\u00e9cr\u00e9t\u00e9e par les Britanniques durant la guerre des Malouines illustre aussi cette limitation politique de l\u2019\u00e9tendue spatiale des hostilit\u00e9s. Enfin, la guerre ne concerne jamais ni toute la soci\u00e9t\u00e9, ni m\u00eame l\u2019ensemble des soldats mobilis\u00e9s. Parce que tout le monde ne peut pas combattre, parce que les combattants doivent \u00eatre nourris, administr\u00e9s, approvisionn\u00e9s, renouvel\u00e9s. En cons\u00e9quence, seule une partie des citoyens se bat, m\u00eame si une grande partie d\u2019entre eux soutient les combattants et est souvent prise pour cible, soit par les armes, soit par les cons\u00e9quences des si\u00e8ges ou des blocus. Par construction la guerre est donc limit\u00e9e dans le temps, dans l\u2019espace et dans le champ social. <\/p>\n\n\n\n Lorsque la d\u00e9cision n\u2019est pas obtenue d\u2019embl\u00e9e, la guerre dure, car la qu\u00eate d\u2019un r\u00e9sultat imm\u00e9diat par un des partis en conflit conduirait \u00e0 l\u2019engagement simultan\u00e9 de toutes ses ressources<\/p>G\u00e9n\u00e9ral Beno\u00eet Durieux<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n En Ukraine, apr\u00e8s la tentative russe d\u2019un r\u00e9sultat instantan\u00e9 passant par l\u2019engagement simultan\u00e9 de l\u2019ensemble des forces mobilis\u00e9es, les combats ont \u00e9t\u00e9 en permanence, comme durant la Premi\u00e8re Guerre mondiale, l\u2019objet d\u2019un dilemme entre la tentation de percer pour emporter la d\u00e9cision gr\u00e2ce \u00e0 la concentration ponctuelle de moyens en un point donn\u00e9 et la pr\u00e9occupation de conserver des forces pour la suite du conflit et pour les autres secteurs du front. L\u2019ubiquit\u00e9 des moyens de renseignement, qui est un facteur relativement nouveau \u00e0 l\u2019\u00e9chelle tactique, accro\u00eet ici la difficult\u00e9 de r\u00e9aliser une perc\u00e9e. La limitation g\u00e9ographique de la guerre au territoire ukrainien illustre le cantonnement spatial du conflit. Au-del\u00e0 de l\u2019insuffisance du volume des forces disponibles pour multiplier les fronts, ni les alli\u00e9s de l\u2019Ukraine ni la Russie ne sont, pour des raisons politiques, d\u00e9sireux de voir la guerre s\u2019\u00e9tendre. Enfin, la guerre est limit\u00e9e dans la soci\u00e9t\u00e9, m\u00eame si c\u2019est dans ce domaine que la tentation de sortir des r\u00e8gles usuelles est la plus forte. En Ukraine, une part significative de la population est engag\u00e9e ou meurtrie par le conflit ; en Russie, la conscription touche progressivement une part croissante de la population. Pourtant, il reste une distinction entre combattants et non-combattants, qui sous-tend le retentissement des frappes sur des infrastructures civiles. Ces limitations ne font pas obstacle par elles-m\u00eames aux morts, aux atrocit\u00e9s, voire aux crimes de guerre, mais elles les restreignent, sans que les limites ne soient jamais d\u00e9finitivement fix\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n [<\/em>Lire plus : d\u00e9couvrez l\u2019ensemble de nos publications sur la guerre d\u2019Ukraine<\/strong><\/em><\/a>]<\/em><\/p>\n\n\n\n Cette limitation, mouvante, de la guerre se fait par conventions implicites. La guerre est une \u00e9preuve de force, mais, comme le terme l\u2019indique, elle vise \u00e0 \u00e9prouver l\u2019\u00e9tat des forces plus qu\u2019\u00e0 an\u00e9antir. L\u2019affrontement militaire a ainsi une fonction de repr\u00e9sentation \u2014 on parle d\u2019ailleurs de th\u00e9\u00e2tre d\u2019op\u00e9rations \u2014 du conflit des communaut\u00e9s politiques. Lorsque l\u2019on parle de guerre conventionnelle, on ne dit pas seulement que ce n\u2019est ni une guerre nucl\u00e9aire ni une insurrection. On dit que les bellig\u00e9rants ne s\u2019affrontent que dans une certaine mesure, en n\u2019engageant non pas toute la soci\u00e9t\u00e9, mais les arm\u00e9es qui ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9par\u00e9es \u00e0 cette fin, ce qui repr\u00e9sente la mise en \u0153uvre d\u2019une forme de convention implicite. La guerre en Ukraine en apporte des illustrations. Au d\u00e9part, c\u2019est la Russie qui impose l\u2019\u00e9tat de guerre. Ensuite, la guerre admet des mitigations agr\u00e9\u00e9es par les deux partis. \u00c0 la mi-2023, l\u2019accord de transit du gaz russe sur le territoire ukrainien est toujours en vigueur. L\u2019initiative c\u00e9r\u00e9ali\u00e8re de la mer Noire est un autre exemple de la capacit\u00e9 que peuvent avoir deux bellig\u00e9rants de s\u2019accorder sur des sujets d\u2019int\u00e9r\u00eat commun en d\u00e9pit de leur affrontement militaire. Ainsi, et en d\u00e9pit en particulier de la rh\u00e9torique nucl\u00e9aire utilis\u00e9e par Vladimir Poutine, la guerre en Ukraine admet des limites et poss\u00e8de, de ce fait, une dimension conventionnelle au sens premier de ce terme : les deux camps s\u2019affrontent dans un champ spatial, social et temporel limit\u00e9 et admettent d\u00e8s lors implicitement que les r\u00e9sultats de cet affrontement d\u00e9terminent les conditions des n\u00e9gociations. <\/p>\n\n\n\n Pourtant, la limitation intrins\u00e8que au ph\u00e9nom\u00e8ne guerrier ne fait pas obstacle \u00e0 sa seconde loi, qui est la possibilit\u00e9 permanente d\u2019ascension aux extr\u00eames, donc d\u2019\u00e9largissement des limites. La Premi\u00e8re Guerre mondiale est d\u2019abord con\u00e7ue comme courte par les bellig\u00e9rants avant de devenir mondiale ; l\u2019invasion de la Pologne par les Allemands en 1939 provoque un conflit encore plus large ; l\u2019agression irakienne contre le Kowe\u00eft en 1990 conduisit \u00e0 la chute du r\u00e9gime de Saddam Hussein en 2003. Cet \u00e9largissement est d\u2019autant plus probable que la guerre dure. Il survient g\u00e9n\u00e9ralement en raison de l\u2019exasp\u00e9ration des populations, \u00e0 la suite d\u2019un changement de dirigeant, le nouveau venu promettant une issue rapide, en cons\u00e9quence de l\u2019intervention d\u2019un nouveau bellig\u00e9rant d\u00e9sireux de tirer parti de la situation ou encore, au moment o\u00f9 la d\u00e9cision militaire semblant se dessiner, le parti qui a le dessous souhaite modifier la donne. <\/p>\n\n\n\n Ni les alli\u00e9s de l\u2019Ukraine ni la Russie ne sont, pour des raisons politiques, d\u00e9sireux de voir la guerre s\u2019\u00e9tendre.<\/p>G\u00e9n\u00e9ral Beno\u00eet Durieux<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n En Ukraine, l\u2019extension territoriale du conflit aux territoires russe ou polonais ou l\u2019emploi m\u00eame tactique des armes nucl\u00e9aires pourraient ainsi traduire cette mont\u00e9e aux extr\u00eames. Certains prodromes de ces ph\u00e9nom\u00e8nes ont d\u00e9j\u00e0 pu \u00eatre constat\u00e9s. Des drones ukrainiens ont \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9s dans la profondeur du territoire russe, cependant qu\u2019un missile est retomb\u00e9 sur le territoire polonais. Et les menaces nucl\u00e9aires russes sont devenues r\u00e9guli\u00e8res.<\/a> La guerre en Ukraine sugg\u00e8re ainsi que la guerre totale est, \u00e0 la diff\u00e9rence de la guerre limit\u00e9e, non pas un \u00e9tat de fait, mais une dynamique d\u2019augmentation de l\u2019intensit\u00e9 de la violence.<\/p>\n\n\n\n Dans l\u2019affrontement lui-m\u00eame, ce qui attire le plus souvent l\u2019attention, ce sont les frappes d\u2019artillerie et les bombardements a\u00e9riens. Ainsi, l\u2019accent est mis sur l\u2019emploi de la violence. Pourtant, contrairement \u00e0 une id\u00e9e r\u00e9pandue, ce n\u2019est pas le tout de la guerre, ni m\u00eame sans doute l\u2019essentiel. Toute guerre r\u00e9sulte en r\u00e9alit\u00e9 de la combinaison de trois confrontations : le duel violent, sans doute, mais aussi la comp\u00e9tition pour les territoires et la lutte des r\u00e9cits. L\u2019enjeu central est celui qui concerne les territoires. C\u2019est la troisi\u00e8me loi de la guerre illustr\u00e9e par le conflit ukrainien. <\/p>\n\n\n\n En Ukraine, certains prodromes d\u2019une mont\u00e9e aux extr\u00eames ont d\u00e9j\u00e0 pu \u00eatre constat\u00e9s.<\/p>G\u00e9n\u00e9ral Beno\u00eet Durieux<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Le duel des violences r\u00e9ciproques a \u00e9t\u00e9 consid\u00e9rablement accru par les moyens modernes : artillerie, missiles et armes a\u00e9riennes, armes l\u00e9g\u00e8res et mines. Et dans une certaine mesure, on peut y ajouter les armes cybern\u00e9tiques<\/a>, m\u00eame si, une fois le conflit commenc\u00e9, elles paraissent en r\u00e9alit\u00e9 moins efficaces que les armes \u00e0 munitions classiques. Mais la dialectique des violences ne d\u00e9cide pas seule de l\u2019issue des combats. D\u2019abord parce que le fait de d\u00e9truire plus de forces que l\u2019adversaire ne donne en lui-m\u00eame aucun avantage tangible. Sans doute, cela peut modifier l\u2019\u00e9quilibre des forces pour de futurs combats, mais cela ne fait que pr\u00e9parer l\u2019avenir. Cela peut aussi porter atteinte aux r\u00e9seaux de commandement ou d\u2019approvisionnement, et donc handicaper, voire paralyser une partie du syst\u00e8me ennemi, mais ce r\u00e9sultat s\u2019apparente au premier effet : il ne fait que pr\u00e9parer l\u2019avenir, en portant atteinte \u00e0 l\u2019efficacit\u00e9 du syst\u00e8me politique ou militaire adverse pour poursuivre le combat. Quant \u00e0 l\u2019impact que les frappes peuvent avoir sur le moral des populations, l\u2019exp\u00e9rience historique montre qu\u2019elles ont plus souvent tendance \u00e0 renforcer la d\u00e9termination qu\u2019\u00e0 l\u2019att\u00e9nuer. C\u2019est ce que l\u2019on observe en Ukraine, comme actuellement en Isra\u00ebl apr\u00e8s les attaques du Hamas. L\u2019autre raison pour laquelle les destructions mutuelles de capacit\u00e9s militaires ne font pas la d\u00e9cision r\u00e9side dans l\u2019impossibilit\u00e9 de les mesurer, d\u2019une fa\u00e7on suffisamment pr\u00e9cise et fiable pour amener un des bellig\u00e9rants \u00e0 admettre qu\u2019il prend le dessous et va devoir en tirer les cons\u00e9quences. La guerre en Ukraine illustre amplement cette r\u00e9alit\u00e9, les pertes ukrainiennes \u00e9tant encore plus difficiles \u00e0 \u00e9valuer que les pertes russes. <\/p>\n\n\n\n Ce duel des violences r\u00e9ciproques d\u00e9termine en revanche en partie l\u2019issue de la deuxi\u00e8me confrontation, primordiale, qui est celle qui vise \u00e0 conqu\u00e9rir ou d\u00e9fendre un territoire. Ce territoire peut \u00eatre terrestre, maritime ou a\u00e9rien, mais c\u2019est sa possession qui d\u00e9cide de l\u2019issue politique des conflits. D\u2019abord parce que la possession d\u2019un territoire se voit. Elle n\u2019est niable par aucun des deux bellig\u00e9rants et celui qui \u00e9vacue ou \u00e9choue \u00e0 conqu\u00e9rir un espace donn\u00e9 ne peut qu\u2019en convenir. Sa port\u00e9e politique est d\u2019autant plus forte qu\u2019elle tire parti de la force symbolique attach\u00e9e \u00e0 certains lieux ou villes. Ensuite parce que la d\u00e9fense effective ou la conqu\u00eate r\u00e9ussie d\u2019un territoire illustre la force de la volont\u00e9 du parti qui en est l\u2019auteur et la manifestation de cette volont\u00e9 est d\u2019ailleurs d\u2019autant plus efficace que la violence employ\u00e9e par l\u2019adversaire a \u00e9t\u00e9 plus intense. En Ukraine, la capacit\u00e9 \u00e0 r\u00e9sister au premier choc et \u00e0 conserver le contr\u00f4le de la capitale comme de l\u2019essentiel du territoire est d\u00e9sormais un avantage majeur dans la comp\u00e9tition des r\u00e9cits de guerre des deux bellig\u00e9rants. Enfin parce que la possession d\u2019un territoire, surtout terrestre, dure. Elle permet donc de se pr\u00e9valoir d\u2019un gage \u00e9vident dans la n\u00e9gociation qui viendra. En Ukraine, chaque ville de l\u2019Est du pays est devenue un enjeu aussi symbolique que militaire, le meilleur exemple \u00e9tant sans doute celui de la bataille pour Bakhmout au printemps 2023. Du c\u00f4t\u00e9 russe, la mise en sc\u00e8ne des r\u00e9f\u00e9rendums d\u2019annexion dans les oblasts occup\u00e9s illustre la m\u00eame r\u00e9alit\u00e9 : la conqu\u00eate d\u2019un territoire a une port\u00e9e politique. <\/p>\n\n\n\n La port\u00e9e politique d\u2019une prise de territoire est d\u2019autant plus forte qu\u2019elle tire parti de la force symbolique attach\u00e9e \u00e0 certains lieux ou villes.<\/p>G\u00e9n\u00e9ral Beno\u00eet Durieux<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\nLa limitation de la guerre<\/strong><\/h2>\n\n\n\n
La tendance \u00e0 la mont\u00e9e aux extr\u00eames<\/strong><\/h2>\n\n\n\n
La centralit\u00e9 des enjeux territoriaux<\/strong><\/h2>\n\n\n\n