{"id":209975,"date":"2023-11-26T11:45:00","date_gmt":"2023-11-26T10:45:00","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=209975"},"modified":"2023-11-26T20:03:05","modified_gmt":"2023-11-26T19:03:05","slug":"quel-futur-pour-la-psychanalyse","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2023\/11\/26\/quel-futur-pour-la-psychanalyse\/","title":{"rendered":"La psychanalyse a-t-elle un avenir ? une conversation avec Patrick Boucheron, Bernard Lahire, \u00c9lisabeth Roudinesco et Alain Vanier"},"content":{"rendered":"\n

\u00c9lisabeth Roudinesco<\/strong><\/h4>\n\n\n\n

Le paysage psychanalytique a radicalement chang\u00e9 en 20 ans. Les psychanalystes semblent largement inconscients des \u00e9volutions autour d’eux. Pour donner un aper\u00e7u de l’\u00e9tat actuel de la psychanalyse, consid\u00e9rons ce chiffre : en France, on d\u00e9nombre environ 6000 psychanalystes. Compar\u00e9 \u00e0 il y a 20 ans, le comptage est complexe car de nombreux psychanalystes, particuli\u00e8rement parmi les nouveaux, ont tr\u00e8s peu de clients et ne figurent pas dans les annuaires.<\/p>\n\n\n\n

Il existe 19 associations de psychanalyse, dont 6 de grande envergure. La fragmentation du domaine est notable. En comparaison, il y a 13500 psychiatres, un chiffre en d\u00e9clin chaque ann\u00e9e. La psychiatrie moderne est domin\u00e9e par la psychopharmacologie, et moins de 20 % des psychiatres choisissent la voie de la psychanalyse.<\/p>\n\n\n\n\n\n

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Sur les 73000 psychologues, 27000 sont des cliniciens, et la profession est f\u00e9minis\u00e9e \u00e0 80 %. Bien que la clinique psychanalytique persiste, on note un d\u00e9clin marqu\u00e9 de la repr\u00e9sentation intellectuelle de la psychanalyse dans les publications. Les collections d\u00e9di\u00e9es \u00e0 la psychanalyse se font rares, y compris chez des \u00e9diteurs renomm\u00e9s comme les PUF, o\u00f9 il ne reste qu’une collection psychanalytique contre une dizaine auparavant.<\/p>\n\n\n\n

La diffusion du savoir psychanalytique repose principalement sur l’\u00e9diteur Er\u00e8s \u00e0 Strasbourg, responsable de 80 % des publications. Des petites maisons d’\u00e9dition \u00e9mergent aussi, souvent m\u00e9connues des psychanalystes eux-m\u00eames. On estime \u00e0 environ 260 le nombre de livres de psychanalyse publi\u00e9s annuellement, avec un rythme de cinq nouveaux ouvrages par semaine. Toutefois, les ventes ne d\u00e9passent g\u00e9n\u00e9ralement pas 500 exemplaires.<\/p>\n\n\n\n

L’information se diffuse d\u00e9sormais via des r\u00e9seaux et listes de diffusion, comme celle de Patrick Landman ou le bulletin de la Soci\u00e9t\u00e9 d’histoire de la psychiatrie et de la psychanalyse. La France reste un terrain fertile pour les \u00e9v\u00e9nements li\u00e9s \u00e0 la psychanalyse.<\/p>\n\n\n\n

L’un des dangers majeurs auxquels la psychanalyse est confront\u00e9e aujourd’hui est l’essor du d\u00e9veloppement personnel. Le march\u00e9 du coaching est complexe \u00e0 quantifier en raison de l’inad\u00e9quation des annuaires. Les coachs sont pr\u00e9sents dans toute la France, y compris en Ard\u00e8che, dans la Dr\u00f4me, ou encore sur l’\u00eele de R\u00e9. Notons que le d\u00e9veloppement personnel trouve un \u00e9cho tant dans la bourgeoisie que dans les milieux ruraux et marginalis\u00e9s, avec une offre vari\u00e9e allant de la m\u00e9ditation \u00e0 la gestion du stress \u2014 c\u2019est un segment important du march\u00e9 du bien-\u00eatre.<\/p>\n\n\n\n

L’un des dangers majeurs auxquels la psychanalyse est confront\u00e9e aujourd’hui est l’essor du d\u00e9veloppement personnel. <\/p>\u00c9lisabeth Roudinesco<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Selon certaines donn\u00e9es, il existerait environ 288000 startups ax\u00e9es sur le bien-\u00eatre. \u00c0 cela s’ajoutent les m\u00e9diums, les magn\u00e9tiseurs, ainsi que les praticiens de la divination, tous en qu\u00eate d’une reconnaissance l\u00e9gale pour se distinguer des charlatans. La question se pose : qui est le v\u00e9ritable charlatan ? M\u00eame dans les pratiques \u00e9sot\u00e9riques, certains d\u00e9noncent les imposteurs.<\/p>\n\n\n\n

Nombre de coachs en d\u00e9veloppement personnel poss\u00e8dent peu de qualifications formelles. Cependant, beaucoup de psychologues, y compris cliniciens, se tournent vers le d\u00e9veloppement personnel, le march\u00e9 de la psychologie s’amenuisant. \u00c0 l’oppos\u00e9, on estime \u00e0 environ trois millions le nombre d’adeptes du d\u00e9veloppement personnel en France, un secteur en pleine expansion.<\/p>\n\n\n\n

Il convient de souligner que ces chiffres incluent \u00e9galement le march\u00e9 de la r\u00e9silience, un concept en vogue dans les sph\u00e8res gouvernementales. Par exemple, le ministre de l’\u00c9ducation nationale promeut les cours d’empathie dans le but de r\u00e9duire l’agressivit\u00e9 chez les \u00e9l\u00e8ves, bien qu’aucune statistique ne confirme leur efficacit\u00e9. Ces id\u00e9es gagnent progressivement du terrain dans le domaine des th\u00e9rapies psychiques.<\/p>\n\n\n\n

Patrick Boucheron<\/strong><\/h4>\n\n\n\n\n\n
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Je n’ai pas l’autorit\u00e9 pour pr\u00e9dire l’avenir de la psychanalyse. Votre introduction du d\u00e9bat facilite l’interaction entre ma discipline et la psychanalyse, notamment autour de la pratique clinique. C’est dans ces domaines de la cure et de la pratique que nos deux disciplines trouvent leurs affinit\u00e9s les plus profondes et durables, moins dans les concepts ou les biblioth\u00e8ques. Comme vous l’avez d\u00e9crit, la psychanalyse semble devenir une culture technique, confin\u00e9e \u00e0 un \u00e9diteur sp\u00e9cifique et \u00e0 des cercles restreints, se d\u00e9tachant du dialogue g\u00e9n\u00e9ral. Comment pouvons-nous restaurer ce dialogue ?<\/p>\n\n\n\n

La question de la clinique et de la pratique offre un excellent point de d\u00e9part pour \u00e9largir notre compr\u00e9hension des sciences \u00e9conomiques et sociales. Je dis cela dans un contexte o\u00f9, depuis un mois, les sciences humaines ne brillent pas par leur dignit\u00e9. Il faut un peu de courage et d’\u00e9nergie pour rappeler que ce qui unit l’analyste, le sociologue et l’historien, c’est l’accueil des \u00e9v\u00e9nements tels qu’ils se pr\u00e9sentent, sans dogmatisme ni pr\u00e9jug\u00e9, et \u2014 pour vous citer \u2014 sans formalisme insens\u00e9. C’est peut-\u00eatre cette approche qui m’a tenu \u00e9loign\u00e9 de la psychanalyse pendant un temps.<\/p>\n\n\n\n

La question de la clinique et de la pratique offre un excellent point de d\u00e9part pour \u00e9largir notre compr\u00e9hension des sciences \u00e9conomiques et sociales. <\/p>Patrick Boucheron<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Concernant le rapport entre l’histoire et la psychanalyse, il a \u00e9t\u00e9 mal engag\u00e9, en partie \u00e0 cause des sp\u00e9cificit\u00e9s de l’histoire. Marc Bloch, notre saint patron, affirmait que l’histoire \u00e9tait la science du changement et, dans une large mesure, des diff\u00e9rences. Cette deuxi\u00e8me partie est devenue un dogme. Si l’inconscient est per\u00e7u comme un fondement immuable, monotone et infantile du d\u00e9veloppement humain, alors \u00eatre historien reviendrait \u00e0 nier l’existence d’un inconscient historique.<\/p>\n\n\n\n

Le d\u00e9bat a tourn\u00e9 court. Dans les ann\u00e9es 1960 et 1970, il y a eu quelques articles d’Alain Besan\u00e7on, mais l’attitude dominante dans le domaine historique a \u00e9t\u00e9 de nombreux efforts pour \u00e9viter le dialogue avec la psychanalyse. On a utilis\u00e9 divers termes vagues, comme celui de \u00ab mentalit\u00e9s \u00bb, pour marquer ce refus d’explorer les liens entre l’histoire et la psychanalyse.<\/p>\n\n\n\n

Un autre probl\u00e8me que je per\u00e7ois est l’importation non ma\u00eetris\u00e9e de concepts psychanalytiques. Ma g\u00e9n\u00e9ration a d’abord \u00e9t\u00e9 impressionn\u00e9e, puis sceptique face \u00e0 l’usage incontr\u00f4l\u00e9 des termes de la psychanalyse. Prenons l’exemple d’Henry Rousso qui parle du \u00ab syndrome de Vichy \u00bb. Ce terme, bien que compr\u00e9hensible, ne d\u00e9signe pas r\u00e9ellement un syndrome. Il y a une tendance \u00e0 imiter les mots de la psychanalyse sans v\u00e9ritablement les int\u00e9grer. De m\u00eame, l’expression \u00ab roman national \u00bb, inspir\u00e9e du \u00ab roman familial \u00bb en psychanalyse, est souvent utilis\u00e9e sans rappeler sa signification originale.<\/p>\n\n\n\n

Un autre probl\u00e8me que je per\u00e7ois est l’importation non ma\u00eetris\u00e9e de concepts psychanalytiques.<\/p>Patrick Boucheron<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

C’est ainsi que les relations entre histoire et psychanalyse ont connu un faux d\u00e9part. Aujourd’hui, des individus comme Herv\u00e9 Mazurel ont tent\u00e9 de red\u00e9finir ces relations, envisageant la possibilit\u00e9 d’un inconscient. Cependant, cette approche suscite la m\u00e9fiance d’autres historiens, qui redoutent le retour d’une psychologie des profondeurs, jug\u00e9e peu pertinente d’un point de vue \u00e9pist\u00e9mologique.<\/p>\n\n\n\n

Vous mentionnez que je suis un lecteur assidu de la psychanalyse, citant souvent Lacan dans La Trace et l’aura<\/em>, en affirmant que \u00ab le r\u00e9el est ce \u00e0 quoi on se cogne \u00bb. Pourtant, je n’avais pas besoin de Lacan pour arriver \u00e0 cette conclusion. En g\u00e9n\u00e9ral, je dirais que le rapport entre histoire et psychanalyse ne peut pas \u00eatre \u00e9valu\u00e9 simplement sur la base de l’importation sporadique de concepts. Leur proximit\u00e9 est \u00e0 la fois plus profonde et plus complexe.<\/p>\n\n\n\n

La psychanalyse doit \u00eatre ouverte \u00e0 l’\u00e9volution actuelle, comme les \u00e9tudes de genre, par exemple. L’histoire r\u00e9cente de la psychanalyse, marqu\u00e9e par certains raidissements que vous d\u00e9crivez dans la postface de L’Histoire de la psychanalyse<\/em>, ne semble pas prometteuse. Nous devons reconna\u00eetre que, en tant qu’historiens ou sociologues, nous n’avons pas de r\u00f4le dogmatique dans la soci\u00e9t\u00e9, ni le pouvoir de d\u00e9finir la norme. Un dialogue avec la psychanalyse est possible si nous sommes assur\u00e9s que personne ne cherche \u00e0 imposer une norme.<\/p>\n\n\n\n

\u00c9lisabeth Roudinesco<\/strong><\/h4>\n\n\n\n

Pour que ce soit possible, encore faut-il que les psychanalystes connaissent leur histoire. Le grand manque du c\u00f4t\u00e9 des psychanalystes fran\u00e7ais est qu\u2019ils n\u2019ont pas encore r\u00e9ussi \u00e0 assumer ce que peut \u00eatre l\u2019histoire de la psychanalyse. Il y a encore un primat de l\u2019opinion contre le fait. Il y a une incapacit\u00e9 \u00e0 admettre qu\u2019il puisse y avoir une v\u00e9rit\u00e9 de l\u2019histoire. <\/p>\n\n\n\n

L\u2019enseignement souvent dogmatique de la psychanalyse, a conduit \u00e0 la constitution de m\u00e9moires distinctes, \u00e0 la mani\u00e8re de tribus. L\u2019universit\u00e9, en somme, n\u2019a pas r\u00e9ussi les psychanalystes \u00e0 leur histoire.<\/p>\n\n\n\n

Bernard Lahire<\/strong><\/h4>\n\n\n\n\n\n
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Je suis en contact fr\u00e9quent avec de nombreux sociologues, mais aussi des biologistes et des neuroscientifiques. Les avis sur la psychanalyse sont partag\u00e9s : une fois sur deux, les gens reconnaissent qu’elle a pu \u00eatre une pratique scientifique ; l’autre moiti\u00e9, en revanche, est totalement hostile, la consid\u00e9rant comme de la magie, irrationnelle, une pseudoscience. C’est surprenant car ces opinions divergentes viennent souvent de personnes ayant les m\u00eames dipl\u00f4mes et travaillant dans des domaines similaires.<\/p>\n\n\n\n

Pour moi, Freud \u00e9tait ind\u00e9niablement un savant ayant ouvert une nouvelle voie scientifique. Plus proche des neurosciences, il a estim\u00e9 n\u00e9cessaire, pour les objets qu’il \u00e9tudiait, de d\u00e9velopper une th\u00e9orie de l’appareil psychique. Il a quitt\u00e9 le terrain des neurosciences classiques pour explorer un univers de concepts nouveaux.<\/p>\n\n\n\n

Le deuxi\u00e8me point concerne la place de la psychanalyse hors de l’universit\u00e9 et du CNRS, ce qui l’a isol\u00e9e. Historiens, politistes, sociologues, tous appartiennent \u00e0 des structures acad\u00e9miques et peuvent avoir des discussions communes sur de nombreux sujets. Ce n’est pas le cas pour la psychanalyse.<\/p>\n\n\n\n

En cons\u00e9quence, la psychanalyse s’est repli\u00e9e sur elle-m\u00eame, focalis\u00e9e sur des d\u00e9bats internes. Vu de l’ext\u00e9rieur, cela peut \u00eatre intimidant ! On redoute de faire une erreur, presque plus que de mal \u00e9crire en fran\u00e7ais. Cette crainte est justifi\u00e9e, car parfois, des psychanalystes nous disent : \u00ab vous n’avez rien compris ! \u00bb.<\/p>\n\n\n\n

La psychanalyse s’est repli\u00e9e sur elle-m\u00eame, focalis\u00e9e sur des d\u00e9bats internes.<\/p>Bernard Lahire<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Le troisi\u00e8me point est que, alors que la psychanalyse se d\u00e9tache de l’universit\u00e9 et du CNRS, les sciences cognitives se d\u00e9veloppent. Ce domaine, qui entretient des liens \u00e9troits avec la psychanalyse en abordant des concepts comme la conscience ou l’inconscient cognitif, est majoritairement hostile \u00e0 la psychanalyse. Face aux sciences cognitives, on ressent un besoin de justifier la pertinence de la psychanalyse, confront\u00e9e \u00e0 des personnes convaincues de son caract\u00e8re pseudoscientifique.<\/p>\n\n\n\n

Je me souviens du texte de Jacques Bouveresse sur la psychanalyse, intitul\u00e9 \u00ab Philosophie, mythologie et pseudo-science \u00bb, o\u00f9 il \u00e9voque \u00ab l’hypoth\u00e8se de l’inconscient \u00bb. Son analyse dialogue parfois en d\u00e9tail avec l’interpr\u00e9tation que Wittgenstein fait de Freud, mais l’ouvrage r\u00e9v\u00e8le une certaine crispation vis-\u00e0-vis de la psychanalyse.<\/p>\n\n\n\n

Dans mes recherches, j’ai entrepris d’analyser les r\u00eaves d’un point de vue sociologique, tout en \u00e9tant ouvert aux intersections interdisciplinaires. Je suis convaincu que le r\u00e9el ne se limite pas aux cat\u00e9gories d\u00e9finies par le CNRS. En tant que sociologue travaillant sur les r\u00eaves, il me semblait essentiel de revenir \u00e0 Freud. Cependant, mes coll\u00e8gues sociologues m’ont critiqu\u00e9 pour ne pas m’\u00eatre exclusivement bas\u00e9 sur Durkheim. Ils se demandaient pourquoi j’avais l’id\u00e9e d’importer frauduleusement des concepts psychanalytiques pour \u00ab r\u00e9parer le pneu crev\u00e9 \u00bb de la sociologie.<\/p>\n\n\n\n

Pourtant, il est ind\u00e9niable que la psychanalyse produit des r\u00e9sultats significatifs et a permis de nombreuses avanc\u00e9es dans la compr\u00e9hension humaine. Ignorer l’apport de Freud reviendrait \u00e0 n\u00e9gliger ces progr\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n

Je ressens que les sciences sociales, en particulier la sociologie avec ses th\u00e9ories de la pratique ou de l’action, n’ont pas suffisamment int\u00e9gr\u00e9 l’existence de l’inconscient dans la vie sociale. Dans la th\u00e9orie de l’action, de nombreux mod\u00e8les explicatifs de l’action humaine omettent de consid\u00e9rer l’inconscient. Cela se refl\u00e8te \u00e9galement dans l’analyse des sondages. Les gens votent souvent pour des raisons qu’ils ne s’avouent pas, voire qu’ils ne comprennent pas eux-m\u00eames.<\/p>\n\n\n\n

Alain Vanier<\/strong><\/h4>\n\n\n\n\n\n
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Permettez-moi de partager quelques r\u00e9flexions, un peu d\u00e9cousues, en m’appuyant sur l’argument central de cette soir\u00e9e, qui souligne l’hostilit\u00e9 actuelle envers la psychanalyse et son retrait, ou plut\u00f4t sa mise en veilleuse, des grands d\u00e9bats contemporains.<\/p>\n\n\n\n

On se souvient du rapport de l’INSERM de 2004, qui avait conclu \u00e0 l’absence d’\u00e9valuation de l’efficacit\u00e9 de la psychanalyse. Sans d\u00e9velopper ici la fiabilit\u00e9 de ces \u00e9valuations ni les biais qui ont \u00e9t\u00e9 largement soulign\u00e9s, ce constat a \u00e9t\u00e9 interpr\u00e9t\u00e9 dans les m\u00e9dias et par le grand public comme une \u00ab inefficacit\u00e9 de la psychanalyse \u00bb. S’ensuivit toute une controverse, notamment en ce qui concerne l’autisme, qui a \u00e9t\u00e9 reclassifi\u00e9 de maladie \u00e0 handicap, sur la base d’une hypoth\u00e8se non absolument d\u00e9montr\u00e9e de l’origine g\u00e9n\u00e9tique de l’autisme. Cela a conduit \u00e0 l’\u00e9jection de l’autisme de la p\u00e9dopsychiatrie et \u00e0 la mise en accusation des psychanalystes pour certaines d\u00e9rives. Je ne m’\u00e9tendrai pas davantage sur ce sujet.<\/p>\n\n\n\n

Cependant, depuis ce malentendu concernant l’\u00e9valuation de la psychanalyse, qui a eu des impacts majeurs sur les politiques de soin, des \u00e9tudes men\u00e9es en France sous la direction d’un \u00e9minent m\u00e9thodologiste de l’INSERM ont d\u00e9montr\u00e9 son efficacit\u00e9 dans divers profils cliniques. De m\u00eame, des publications internationales confirment ces r\u00e9sultats, sans que cela ne change la perception publique de la psychanalyse, devenue pratiquement inaudible. Aujourd’hui, un grand \u00e9diteur sugg\u00e8re de supprimer le mot \u00ab psychanalyse \u00bb d’un titre de livre, et on demande son retrait du livret d’accueil d’une institution de soins reconnue pour son travail bas\u00e9 sur la psychanalyse.<\/p>\n\n\n\n

L’obstacle se situe donc ailleurs. Certes, la psychanalyse n’est pas une pratique de soin au sens strict, son enjeu est diff\u00e9rent. Mais on consulte un psychanalyste parce qu’on ne va pas bien.<\/p>\n\n\n\n

Cette situation rappelle une question centrale de l’enseignement de Lacan, qu’il a abord\u00e9e \u00e0 plusieurs reprises : celle du moi autonome. Lacan le situait comme un reflet d’un discours plus g\u00e9n\u00e9ral, celui de la psychologie, qui rejette l’inconscient. Cette orientation confirme l’une des craintes de Freud, toujours d’actualit\u00e9, y compris au sein de la communaut\u00e9 analytique : l’int\u00e9gration de la psychanalyse au behaviorisme, c’est-\u00e0-dire \u00e0 la psychologie. Pour Lacan, ce moi autonome est li\u00e9 \u00e0 ce qu’il appelait un \u00ab discours secret \u00bb individuel, qui s’articule \u00e0 un \u00ab discours patent \u00bb de libert\u00e9, de lib\u00e9ration de toute autorit\u00e9, mais aussi de la prolif\u00e9ration des objets dans le monde moderne. Ce monde qui lie le d\u00e9sir \u00e0 la multiplication de ces objets manufactur\u00e9s, de ces gadgets, relance inlassablement jusqu’\u00e0 l’\u00e9puisement cette qu\u00eate pour chacun. C’\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 une des promesses de l’Ego Psychology<\/em>. D’o\u00f9 l’id\u00e9e que le moi autonome m\u00e8ne au behaviorisme et \u00e0 ses variantes modernes qui rendent la psychanalyse moins audible : pleine conscience, m\u00e9ditation, d\u00e9veloppement personnel, yoga europ\u00e9anis\u00e9, etc., toutes ces variantes d’une promesse d’un moi plein et autonome, \u00e9chappant \u00e0 cet asservissement. Nous assistons \u00e0 un v\u00e9ritable d\u00e9lire d’autonomie.<\/p>\n\n\n\n

Il est vrai que les psychoth\u00e9rapies, fond\u00e9es sur les id\u00e9aux d’une \u00e9poque, ont toujours exist\u00e9. C\u2019est ce qu’Henri Ellenberger d\u00e9crit comme une \u00ab utilisation pratique de l’inconscient \u00bb. Comme le souligne Winnicott, cette approche demeure active dans la langue, par exemple, le mot anglais \u00ab cure \u00bb r\u00e9v\u00e8le un d\u00e9nominateur commun entre la pratique religieuse et m\u00e9dicale. Il y a l\u00e0 un clivage fondamental entre psychoth\u00e9rapie et psychanalyse. D’un c\u00f4t\u00e9, la psychoth\u00e9rapie repose sur la \u00ab volont\u00e9 \u00bb du th\u00e9rapeute, impliquant la suggestion et l’\u00e9tablissement d’un id\u00e9al th\u00e9rapeutique pr\u00e9d\u00e9fini, et l’adoption par le praticien d’une position de ma\u00eetrise incontest\u00e9e, visant \u00e0 cr\u00e9er une organisation groupale semblable \u00e0 celle de la foule freudienne, r\u00e9duite aux deux protagonistes. N\u00e9anmoins, la rupture initi\u00e9e par Freud avec ce mod\u00e8le n’est pas d\u00e9finitivement acquise. Au contraire, en raison de la nature du lien social, elle doit \u00eatre constamment r\u00e9activ\u00e9e. Dans ce dispositif, bien que le praticien (que Freud nomme le m\u00e9decin) puisse avoir une vision claire, cela ne joue pas un r\u00f4le crucial. Il \u00ab assume le r\u00f4le de cet autre efficient \u00bb. L’enjeu d’une cure est de d\u00e9construire les fondements de cette organisation subjective, les bases m\u00eames du lien.<\/p>\n\n\n\n

Nous assistons \u00e0 un v\u00e9ritable d\u00e9lire d’autonomie.<\/p>Alain Vanier<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Nous vivons une \u00e9poque o\u00f9 le r\u00eave d’autonomie devient particuli\u00e8rement pr\u00e9gnant, un r\u00eave qui m\u00e8ne \u00e9galement \u00e0 un certain isolement \u2014 ce n’est pas un hasard si l’on voit appara\u00eetre un secr\u00e9tariat d\u2019\u00c9tat \u00e0 la Solitude. La vis\u00e9e de singularit\u00e9 de la psychanalyse n’est pas une exaltation de la diff\u00e9rence, contre laquelle Achille Mbembe nous avertit<\/a>. Ce mouvement peut \u00e9galement masquer un appel \u00e0 un ma\u00eetre, n\u00e9cessaire \u00e0 la constitution de toute foule.<\/p>\n\n\n\n

Il existe un risque r\u00e9el d’entr\u00e9e dans cette psychologie. Je ne d\u00e9nigre pas les psychologues qui se tournent vers la psychanalyse, au contraire. Mais il y a un risque de d\u00e9rive. La th\u00e9orie en psychanalyse, terme que Freud n’appr\u00e9ciait pas particuli\u00e8rement, est une question tout aussi importante que ses applications. Certes, il existe des concepts fondamentaux, mais je consid\u00e8re ces \u00e9laborations comme des t\u00e9moignages de la continuation de la cure de l’analyste. Cela explique la diversit\u00e9 des d\u00e9veloppements th\u00e9oriques, chacun refl\u00e9tant l’exp\u00e9rience individuelle. C’est ainsi que l’on peut comprendre la n\u00e9cessit\u00e9, soulign\u00e9e par Lacan, d’une r\u00e9invention constante de la psychanalyse par chaque analyste.<\/p>\n\n\n\n

Effectivement, comme le souligne l’argument, les concepts de la psychanalyse ont \u00e9t\u00e9 diffus\u00e9s et emprunt\u00e9s par diverses disciplines, entrant dans le langage courant. En retour, la th\u00e9orie psychanalytique peut agir comme une \u00ab th\u00e9orie coucou \u00bb, empruntant et d\u00e9tournant les articulations d’autres disciplines : les travaux de Morelli, de Le Bon, de Sellin, de la linguistique romantique chez Freud, et l’utilisation que Lacan fait de la sociologie de Durkheim, de la linguistique de Saussure ou de la logique. La th\u00e9orie psychanalytique n’est pas une th\u00e9orie pure. Elle est un travail incessant d’extraction de la chose analytique des discours courants, des pr\u00e9jug\u00e9s d’une \u00e9poque, \u00e0 laquelle elle reste n\u00e9anmoins li\u00e9e. L’analyste n’est pas le propri\u00e9taire de la cure qu’il \u00ab dirige \u00bb mais dont il ignore o\u00f9 elle le m\u00e8nera.<\/p>\n\n\n\n

La th\u00e9orie psychanalytique peut agir comme une \u00ab th\u00e9orie coucou \u00bb, empruntant et d\u00e9tournant les articulations d’autres disciplines.<\/p>Alain Vanier<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

La diffusion des \u00e9laborations th\u00e9oriques de la psychanalyse dans la culture g\u00e9n\u00e9rale ne se fait qu’au cas par cas, mais il est ind\u00e9niable que cela alimente les r\u00e9sistances \u00e0 la psychanalyse. Il y a aussi la question, mentionn\u00e9e dans l’argument, des interventions m\u00e9diatiques au nom de la psychanalyse, qui rel\u00e8vent souvent de prises de position personnelles sur de grands sujets de soci\u00e9t\u00e9. Cette probl\u00e9matique se retrouve \u00e9galement au sein de nos groupes analytiques, o\u00f9 le risque d’une dynamique initiatique est toujours pr\u00e9sent, comme dans toute formation de groupe. Je me rappelle avoir pris l’exemple de la r\u00e9v\u00e9lation de Francke, \u00e0 l’origine du mouvement pi\u00e9tiste, une r\u00e9v\u00e9lation qui s’impose in\u00e9vitablement \u00e0 chaque membre de la communaut\u00e9.<\/p>\n\n\n\n

Face \u00e0 cela, pourrait-on craindre que l’id\u00e9al de l’ego autonome l’emporte ? Cependant, m\u00eame si ce risque est non n\u00e9gligeable, il ne semble pas trop impacter nos communaut\u00e9s. En effet, on observe un nombre croissant de jeunes analystes, tr\u00e8s enthousiastes et passionn\u00e9s par notre clinique et par les enjeux th\u00e9oriques, qu’ils n’h\u00e9sitent plus, pour beaucoup, \u00e0 questionner. J’ai observ\u00e9 une tendance similaire dans des pays o\u00f9 une certaine marginalisation de la psychanalyse dans les m\u00e9dias n’a pas entra\u00een\u00e9 une diminution de sa pratique, bien au contraire. Donc, je reste plut\u00f4t optimiste\u2026<\/p>\n\n\n\n

\u00c9lisabeth Roudinesco<\/strong><\/h4>\n\n\n\n

Comment voyez-vous la possibilit\u00e9 de cette interdisciplinarit\u00e9 que vous appelez tous les trois de vos voeux ? Vous parliez de prendre langue et d\u2019accueillir la r\u00e9alit\u00e9 telle qu\u2019elle est. Mais comment faire ? Faut-il multiplier les d\u00e9bats et rencontres ? <\/p>\n\n\n\n

Bernard Lahire<\/strong><\/h4>\n\n\n\n

Le probl\u00e8me est qu\u2019on ne peut pas forcer les gens \u00e0 lire. Mes coll\u00e8gues me disent qu\u2019ils ont d\u00e9j\u00e0 trop \u00e0 lire dans leur propre discipline. Il faut donc leur donner envie, par l\u2019exemple. <\/p>\n\n\n\n

En \u00e9crivant mon livre, L’interpr\u00e9tation sociologique des r\u00eaves<\/em>, j\u2019ai tent\u00e9 de montrer que cette d\u00e9marche pouvait \u00eatre f\u00e9conde. Le deuxi\u00e8me tome \u00e9tait compos\u00e9 des interpr\u00e9tations de r\u00eaves et de r\u00eaveurs. J\u2019ai fait parfois 60 heures d\u2019entretiens avec des personnes \u00e9tudi\u00e9es. Mes coll\u00e8gues sociologues s\u2019\u00e9tonnaient que je fasse cela, alors que lorsqu\u2019ils font des entretiens d\u2019une heure et demie, ils consid\u00e8rent d\u00e9j\u00e0 avoir fait un entretien tr\u00e8s riche. En faisant entrer Freud dans Bourdieu, on ouvre des possibilit\u00e9s, et puis on attend. <\/p>\n\n\n\n

L\u2019autre \u00e9l\u00e9ment central est de faire rentrer de nouveau la psychanalyse \u00e0 l\u2019universit\u00e9. Si les \u00e9tudiants ne peuvent pas, dans un cadre universitaire normal, \u00e9tudier la psychanalyse, comment faire ? On ne peut rien inventer sans la base de la formation. <\/p>\n\n\n\n

Patrick Boucheron<\/strong><\/h4>\n\n\n\n

Bernard a raison lorsqu’il affirme qu’on ne peut pas forcer les gens \u00e0 lire, bien qu’il soit lui-m\u00eame un infatigable lecteur interdisciplinaire, comme en t\u00e9moigne son travail dans Les Structures fondamentales des soci\u00e9t\u00e9s humaines<\/em>, o\u00f9 il tente de cr\u00e9er une langue commune pour toutes les langues sociales.<\/p>\n\n\n\n

Supposons que nous refusions de limiter le point commun de nos disciplines \u00e0 la m\u00e9taphore. Il ne s’agit pas simplement de jeter un concept dans un autre champ en esp\u00e9rant qu’il soit compris. Dans ce cas, il est crucial de travailler pour ne pas devenir intraduisible. Or, Lacan avait sa propre strat\u00e9gie pour s’approprier le langage, laissant peu de place aux autres.<\/p>\n\n\n\n

En tant qu’historien, le paradigme arch\u00e9ologique est essentiel dans ma pratique et ma th\u00e9orie. Freud, passionn\u00e9 d’arch\u00e9ologie, comparait le psychisme au sol de la ville de Rome. Il serait r\u00e9ducteur de croire que ce qui est le plus profond, le plus enfoui et le plus oubli\u00e9 est le moins pr\u00e9sent dans notre conscience. Les arch\u00e9ologues disent qu’une s\u00e9dimentation arch\u00e9ologique est \u00ab tourment\u00e9e \u00bb \u2014 le pass\u00e9 n’est pas simplement superpos\u00e9 sous le sol.<\/p>\n\n\n\n

Il est crucial de travailler pour ne pas devenir intraduisible.<\/p>Patrick Boucheron<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Je n’ai pas besoin de la psychanalyse pour savoir que la recherche arch\u00e9ologique n’est pas lin\u00e9aire, qu’il existe des pass\u00e9s persistants et des reflux \u00e9mergents. Cependant, si la psychanalyse est une science \u2014 et elle l’est \u2014 et si nous devons consid\u00e9rer Freud comme un savant, alors nous devrions recourir \u00e0 la psychanalyse quand cela s’av\u00e8re n\u00e9cessaire. Dans mes travaux sur la peste noire, l’\u00e9pid\u00e9mie et la pers\u00e9cution, ignorer la d\u00e9couverte de l’inconscient m’obligerait \u00e0 chercher d’autres explications au fait que les Juifs soient tu\u00e9s lors du retour des \u00e9pid\u00e9mies. L’antis\u00e9mitisme et le langage antis\u00e9mite, qui parle \u00e0 travers nous, doivent \u00eatre pris en compte pour comprendre les \u00e9v\u00e9nements actuels.<\/p>\n\n\n\n

Comment restaurer le tranchant subversif de la psychanalyse, \u00e9mouss\u00e9 par son institutionnalisation dans une langue morte ? En conclusion, bien que nos interpr\u00e9tations du travail de Livio Boni et Sophie Mendelsohn sur la mondialisation de la psychanalyse, pr\u00e9sent\u00e9 dans Psychanalyse du reste du monde<\/em>, puissent diff\u00e9rer, cela pourrait \u00eatre un moyen d’\u00e9largir la conversation \u00e0 ce qui se passe aujourd’hui.<\/p>\n\n\n\n

\u00c9lisabeth Roudinesco<\/strong><\/h4>\n\n\n\n

Le projet abordant la mondialisation de la psychanalyse est int\u00e9ressant, mais il pr\u00e9sente certaines lacunes conceptuelles. Je conteste l’id\u00e9e d’une pens\u00e9e coloniale inh\u00e9rente \u00e0 la psychanalyse. Pour comprendre les constantes de son implantation \u00e0 travers le monde, je ne me suis pas focalis\u00e9e sur les aspects culturels, mais plut\u00f4t sur d’autres facteurs d\u00e9terminants. Par exemple, pourquoi la psychanalyse a-t-elle connu un essor remarquable au Japon ? J’ai constat\u00e9 que les facteurs communs \u00e0 son implantation incluent la pr\u00e9sence d’un \u00e9tat de droit, la libert\u00e9 associative, et une psychiatrie pr\u00e9existante ayant affaibli le chamanisme. Le cas japonais est particuli\u00e8rement fascinant.<\/p>\n\n\n\n

Je tiens \u00e0 pr\u00e9ciser que, malgr\u00e9 leurs nombreux d\u00e9fauts \u2014 homophobie, caract\u00e8re sinistre et r\u00e9actionnaire \u2014 les psychanalystes ne sont pas colonialistes. Ceux qui se sont rendus sur le terrain n’\u00e9taient pas des colonialistes, notamment en raison de leur proximit\u00e9 avec les anthropologues.<\/p>\n\n\n\n

Patrick Boucheron<\/strong><\/h4>\n\n\n\n

Je suis d’accord, \u00e0 cette nuance pr\u00e8s qu’il y a peu de disciplines scientifiques qui envisageraient les modalit\u00e9s de leur mondialisation en termes d’\u00ab implantation \u00bb. Cent ans plus tard, nous ne sommes plus dans une dynamique d’\u00ab implantation \u00bb !<\/p>\n\n\n\n

\u00c9lisabeth Roudinesco<\/strong><\/h4>\n\n\n\n

Je pense que la psychanalyse se r\u00e9introduit dans certains pays sous des conditions diff\u00e9rentes. Par exemple, en URSS, sous la perestro\u00efka, nous avons assist\u00e9 \u00e0 un regain de la psychanalyse, parall\u00e8lement \u00e0 d’autres branches de la m\u00e9decine psychique. La question pertinente est de savoir pourquoi la psychanalyse ressurgit \u00e0 certains moments cl\u00e9s.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"

Autrefois dominante dans le champ intellectuel, la psychanalyse est parfois d\u00e9crite comme en crise. Autour d\u2019\u00c9lisabeth Roudinesco, Patrick Boucheron, Alain Vanier et Bernard Lahire \u00e9changent et r\u00e9fl\u00e9chissent sur les voies qu\u2019elle a emprunt\u00e9es \u2014 et sur les raisons d\u2019esp\u00e9rer dans sa persistance. 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Autour d\u2019\u00c9lisabeth Roudinesco, Patrick Boucheron, Alain Vanier et Bernard Lahire \u00e9changent et r\u00e9fl\u00e9chissent sur les voies qu\u2019elle a emprunt\u00e9es \u2014 et sur les raisons d\u2019esp\u00e9rer dans sa persistance. 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