{"id":204861,"date":"2023-10-21T12:30:00","date_gmt":"2023-10-21T10:30:00","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=204861"},"modified":"2023-10-23T06:06:06","modified_gmt":"2023-10-23T04:06:06","slug":"la-torture-blanche","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2023\/10\/21\/la-torture-blanche\/","title":{"rendered":"Narges Mohammadi&#160;: \u00ab&#160;la torture blanche&#160;\u00bb, un in\u00e9dit de la Prix Nobel de la Paix 2023"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"intro\">Pour ses combats, Narges Mohammadi, prix Nobel de la Paix, est en prison. Cela fait vingt ans qu\u2019elle est r\u00e9guli\u00e8rement enferm\u00e9e dans les ge\u00f4les du r\u00e9gime qu\u2019elle combat. Nous publions pour la premi\u00e8re fois en fran\u00e7ais des extraits de son texte fondamental, pr\u00e9face \u00e0 son livre <em>Chekandj\u00e9-y\u00e9 S\u00e9fid<\/em> (<em>La Torture Blanche<\/em>), et qui revient sur son exp\u00e9rience des prisons iraniennes, celle d\u2019un monde de trois pas sur trois dans lequel tout est fait pour briser les corps et les \u00e2mes.\u00a0<a href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2023\/10\/06\/narges-mohammadi-prix-nobel-de-la-paix-une-lettre-inedite-depuis-la-prison-des-femmes\/\">Apr\u00e8s sa lettre in\u00e9dite depuis la prison des femmes<\/a>, nous proposons un nouveau texte pour comprendre son combat, sa force. <\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">2001<\/h2>\n\n\n\n<p>L\u2019arrestation de mon \u00e9poux, Taghi Rahmani, le 28 f\u00e9vrier 2001 aux c\u00f4t\u00e9s des membres du \u00ab&#160;Mouvement pour la Libert\u00e9&#160;\u00bb et des \u00ab&#160;National-religieux&#160;\u00bb, marque le point de d\u00e9part de mes activit\u00e9s contre les agissements ill\u00e9gaux du pouvoir judiciaire et des Gardiens de la r\u00e9volution (pasdarans) en Iran. \u00c0 cette occasion, j\u2019ai rejoint les familles des d\u00e9tenus qui organisaient des rassemblements devant le Palais de Justice, le Parlement, les bureaux de l\u2019ONU \u00e0 T\u00e9h\u00e9ran, et prenaient la parole dans les m\u00e9dias nationaux et internationaux, s\u2019adressant aux divers responsables. Suite \u00e0 ces faits, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 rapidement convoqu\u00e9e \u00e0 la 26<sup>\u00e8me<\/sup> chambre du Tribunal de la R\u00e9volution sous la direction de Hassan Zar\u00e9 et interrog\u00e9e par un membre des pasdarans au sujet des interview que j\u2019avais accord\u00e9s \u00e0 la presse \u00e9crite. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 ensuite conduite \u00e0 la 26<sup>\u00e8me<\/sup> chambre o\u00f9 l\u2019ordre de mon arrestation a \u00e9t\u00e9 prononc\u00e9. Le juge en \u00e9tait absent, mais son rempla\u00e7ant s\u2019est charg\u00e9 de la paperasserie. Le responsable du bureau a contact\u00e9 ensuite le juge pour qu\u2019il vienne signer l\u2019ordre de ma d\u00e9tention. Il a mis une heure \u00e0 arriver. Il a finalement sign\u00e9 le document sans m\u2019adresser la moindre parole ni me poser de question.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019interrogateur m\u2019a fait ensuite sortir du bureau et monter \u00e0 bord d\u2019une Peugeot. L\u2019ordre m\u2019a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 de baisser la t\u00eate. Nous avons quitt\u00e9 le Tribunal de la R\u00e9volution par une sortie d\u00e9rob\u00e9e. Nous avons travers\u00e9 plusieurs rues, franchi un portail et roul\u00e9 encore une longue distance. Le vacarme des rues s\u2019\u00e9tait sensiblement \u00e9loign\u00e9. Je sentais avoir p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 une lointaine forteresse. Ils m\u2019ont mis un bandeau sur les yeux avant de me faire descendre de la voiture. J\u2019ai p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 le quartier de d\u00e9tention et regagn\u00e9 une toute petite cellule d\u2019isolement. C\u2019\u00e9tait la premi\u00e8re fois que je mettais les pieds dans une cellule. Quel \u00e9trange endroit&#160;! Une esp\u00e8ce de cube sans fen\u00eatre ni issue vers l\u2019ext\u00e9rieur. Une minuscule lucarne s\u2019ouvrait vers le ciel, mais il \u00e9tait si haut sous le plafond que la lumi\u00e8re n\u2019y passait presque pas. Une petite ampoule de 100 watt nich\u00e9e en hauteur dans le creux du mur ne s\u2019\u00e9teignait jamais.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019avais entendu dire que dans la cellule de Hoda Saber un puissant projecteur restait nuit et jour allum\u00e9. J\u2019avais entendu dire que les dimensions des cellules correspondaient \u00e0 ceux d\u2019un \u00eatre humain aux bras d\u00e9ploy\u00e9s. J\u2019avais entendu dire que le silence absolu r\u00e9gnait dans le quartier d\u2019isolement. Que la porte de la cellule ne s\u2019ouvrait que trois ou quatre fois par jour pour les ablutions et les besoins intimes.<\/p>\n\n\n\n<p>Je repassais en revue ce que j\u2019avais entendu en mati\u00e8re de torture psychologique et des techniques de lavage de cerveau. A pr\u00e9sent, j\u2019exp\u00e9rimentais personnellement ce que j\u2019avais lu ou entendu et sentais l\u2019effroi prendre racine en moi quant \u00e0 ce qui allait m\u2019arriver. J\u2019ignorais o\u00f9 je me trouvais et quel traitement j\u2019allais subir. L\u2019incertitude qui planait et surtout la peur de l\u2019avenir, agissaient en moi tel un poison mortel. Je me demandais comment peut-on traiter une personne de la sorte. Que devient alors le droit de respirer, de marcher, d\u2019aller librement au cabinet ou \u00e0 la douche, d\u2019entendre la voix d\u2019un autre \u00eatre humain et converser avec lui&#160;?&nbsp; La privation de mes droits les plus \u00e9l\u00e9mentaires \u00e9tait plus p\u00e9nible encore que de penser aux chefs d\u2019accusation, au proc\u00e8s et \u00e0 la condamnation qui m\u2019attendaient.<\/p>\n\n\n\n<p>[&#8230;]<\/p>\n\n\n\n<p>Les jours ne passaient pas. Le temps \u00e9tait fig\u00e9. Je n\u2019avais pas de montre. Mon unique rep\u00e8re \u00e9tait l\u2019appel \u00e0 la pri\u00e8re que diffusaient les haut-parleurs trois fois par jour. La largeur de la cellule n\u2019exc\u00e9dait pas les trois pas. Aller et venir dans un espace aussi exigu me donnait le tournis. Mais avais-je le choix&#160;? Lorsque je restais assise pendant une longue dur\u00e9e, j\u2019avais l\u2019impression que les murs se rapprochaient. Le soir, avant de me coucher, je chantais des airs joyeux. Je r\u00e9p\u00e9tais les le\u00e7ons de chant de l\u2019\u00e9poque o\u00f9 je fr\u00e9quentais l\u2019Universit\u00e9. Le gardien ouvrait \u00e0 chaque fois la porte me prof\u00e9rant l\u2019ordre de ne pas chanter, que ma voix \u00e9tait trop forte. Alors je fredonnais en murmurant. En l\u2019absence de toute autre voix, m\u2019entendre chanter m\u2019\u00e9tait \u00e9trange. Un jour, alors que j\u2019\u00e9tais en train de prier, le gardien a brusquement ouvert la porte. Il a bien vu que je ne portais pas de manteau ni de foulard, il a fait une pause, puis m\u2019a fait interrompre ma pri\u00e8re pour m\u2019emmener \u00e0 l\u2019interrogatoire.<\/p>\n\n\n\n<p>[&#8230;]<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">2010<\/h2>\n\n\n\n<p>Ali et Kiana avaient trois ans et demi. Kiana venait d\u2019\u00eatre op\u00e9r\u00e9e. Nous l\u2019avions emmen\u00e9e \u00e0 l\u2019h\u00f4pital pour faire examiner les plaies form\u00e9es sur son abdomen. Nous \u00e9tions de retour vers dix heures du soir. Je m\u2019affairais \u00e0 mettre les enfants au lit lorsqu\u2019on a sonn\u00e9 \u00e0 la porte. J\u2019ai aper\u00e7u des forces de l\u2019ordre dans la cour. Quelques-uns sont mont\u00e9s pour perquisitionner l\u2019appartement. C\u2019\u00e9tait l\u2019heure d\u2019aller au lit pour les enfants. Ils pleuraient. Ali avait l\u2019habitude de s\u2019endormir sur mes genoux. Je l\u2019ai fait dormir sur mes genoux et j\u2019ai pris Kiana dans mes bras. Elle \u00e9tait fi\u00e9vreuse. Elle ne s\u2019endormait pas. Agit\u00e9e, anxieuse, elle s\u2019accrochait \u00e0 mon cou, ne quittant pas du regard les hommes qui fouillaient la maison. L\u2019heure de mon d\u00e9part a sonn\u00e9. Ma s\u00e9paration avec Kiana est l\u2019un des \u00e9v\u00e8nements les plus douloureux de ma vie. Kiana pleurait dans les bras de Taghi et r\u00e9p\u00e9tait&#160;: \u00ab&#160;Maman, ne pars pas&#160;!&#160;\u00bb Les agents post\u00e9s en haut des escaliers me pressaient&#160;: \u00ab&#160;D\u00e9p\u00eache-toi&#160;! Allez&#160;!&#8230;&#160;\u00bb J\u2019\u00e9tais descendue jusqu\u2019au milieu de l\u2019escalier lorsque j\u2019entendis la voix fluette et larmoyante de Kiana me dire&#160;: \u00ab&#160;Maman, embrasse-moi&#160;!&#160;\u00bb J\u2019ai regard\u00e9 l\u2019agent. \u00ab&#160;Vas-y&#160;!&#160;\u00bb acquies\u00e7a-t-il. Je suis remont\u00e9e en courant et l\u2019ai embrass\u00e9e de toutes mes forces. Elle \u00e9tait fi\u00e9vreuse et j\u2019\u00e9tais an\u00e9antie par cette s\u00e9paration. Je suis redescendue les escaliers \u00e0 bout de force. Je priais le ciel pour ne pas trembler. Lorsqu\u2019ils ont claqu\u00e9 la porte dans mon dos, j\u2019y ai laiss\u00e9 mon c\u0153ur avant d\u2019embarquer dans leur voiture.<\/p>\n\n\n\n<p>Il \u00e9tait minuit pass\u00e9. La ville \u00e9tait calme et silencieuse. Notre voiture et celle qui nous pr\u00e9c\u00e9dait roulaient \u00e0 toute vitesse en direction de la prison d\u2019Evine. La porte de fer s\u2019est ouverte lourdement et j\u2019ai \u00e9t\u00e9 livr\u00e9e aux autorit\u00e9s de la section 209 du minist\u00e8re des Renseignements. Ils m\u2019ont mise aussit\u00f4t un bandeau sur les yeux. Nous sommes entr\u00e9s dans la section. Ils ont \u00e9cart\u00e9 le rideau sale qui pendait \u00e0 l\u2019entr\u00e9e pour me laisser passer. La gardienne m\u2019a r\u00e9ceptionn\u00e9e. Elle m\u2019a conduite dans une cellule et m\u2019a ordonn\u00e9 de me d\u00e9shabiller. \u00ab&#160;Comment \u00e7a&#160;? r\u00e9torquai-je. J\u2019enl\u00e8ve m\u00eame le linge du corps&#160;? &#8211; Absolument, r\u00e9pondit-elle.&#160;\u00bb Nous nous sommes disput\u00e9es, mais c\u2019\u00e9tait une femme dure qui connaissait son affaire, alors elle m\u2019y a oblig\u00e9e malgr\u00e9 mes protestations. D\u00e8s mon arriv\u00e9e, j\u2019\u00e9tais choqu\u00e9e par ce comportement \u00e9hont\u00e9 ainsi que par la grossi\u00e8ret\u00e9 et l\u2019impudence de ces gardiennes. Elles l\u2019exprimaient sans honte et s\u2019en vantaient ensuite avec fiert\u00e9 comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019une prouesse remarquable. Elles m\u2019ont remis un ensemble synth\u00e9tique compos\u00e9 d\u2019un manteau et d\u2019un pantalon de couleur bleu marine. Je l\u2019ai refus\u00e9 en r\u00e9torquant que j\u2019exigeais des v\u00eatements confortables. \u00ab&#160;Tu n\u2019as pas le choix&#160;\u00bb, m\u2019ont-elles r\u00e9pondu en y ajoutant un foulard noir aux fleurs blanches, un bandeau pour les yeux et un tchador. Une fois habill\u00e9e de ces nippes, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 emmen\u00e9e directement \u00e0 l\u2019interrogatoire.<\/p>\n\n\n\n<p>Deux hommes m\u2019y attendaient&#160;: l\u2019un assis au bureau en face de moi, l\u2019autre post\u00e9 derri\u00e8re mon dos. Ils se sont mis \u00e0 me poser des questions sans queue ni t\u00eate. J\u2019ai refus\u00e9 d\u2019y r\u00e9pondre. Je ne connaissais pas encore mes chefs d\u2019accusation. L\u2019agent qui se tenait en retrait m\u2019accusait d\u2019attentat \u00e0 la pudeur. Il a commenc\u00e9 \u00e0 discourir de mani\u00e8re d\u00e9cousue parlant de la pr\u00e9sence des prostitu\u00e9es et l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 ambiante dans des lieux publics tels que les parcs et les jardins avant d\u2019\u00e9voquer l\u2019\u00ab&#160;Association des d\u00e9fenseurs des doits humains&#160;\u00bb et mon r\u00f4le en son sein. Ses accusations mensong\u00e8res m\u2019ont fait perdre mon sang froid. Je me suis lev\u00e9e brusquement en me tournant vers lui. \u00ab&#160;N\u2019avez-vous pas honte, m\u2019\u00e9criai-je, d\u2019arr\u00eater une femme en pleine nuit chez elle, de l\u2019arracher \u00e0 ses jeunes enfants en pr\u00e9sence de son mari, de l\u2019interroger \u00e0 cette heure tardive et de lui coller en plus des accusations calomnieuses&#160;?&#160;\u00bb Ma voix portait. Il s\u2019est mis \u00e0 son tour \u00e0 hurler et prof\u00e9rer des menaces. \u00ab&#160;J\u2019obtiendrai une peine d\u2019un an rien que pour ce que tu viens de faire&#160;\u00bb, me lan\u00e7a-t-il. J\u2019ai attrap\u00e9 une feuille A4 sur le bureau et me suis mise \u00e0 r\u00e9diger une plainte contre lui. Il est sorti pour revenir quelques minutes plus tard avec \u00e9galement une feuille \u00e0 la main&#160;: il venait \u00e0 son tour de r\u00e9diger une plainte contre moi pour m\u2019\u00eatre retourn\u00e9e et avoir regard\u00e9 son visage. L\u2019autre interrogateur se mit \u00e0 m\u2019accuser d\u2019intelligence avec des services am\u00e9ricains et britanniques. \u00ab&#160;Au lieu de m\u2019informer des vrais chefs d\u2019accusation qui p\u00e8sent contre moi, vous avez le culot de me coller des \u00e9tiquettes improbables et m\u2019imposer un interrogatoire par \u00e9crit. Je dois d\u2019abord conna\u00eetre ce dont je suis accus\u00e9e pour d\u00e9cider ensuite si je dois r\u00e9pondre \u00e0 vos questions ou pas.&#160;\u00bb Notre dispute a dur\u00e9 des heures. Finalement ils ont fini par me renvoyer dans ma cellule.<\/p>\n\n\n\n<p>[&#8230;]<\/p>\n\n\n\n<p>Mon s\u00e9jour en cellule d\u2019isolement en 2010 \u00e9tait radicalement diff\u00e9rent de celui de 2001 \u00e0 Eshratabad. A pr\u00e9sent j\u2019\u00e9tais m\u00e8re et mes enfants se trouvaient en bas \u00e2ge. Je leur donnais \u00e0 manger, les mettais au lit, leur apportais du r\u00e9confort, les amenais au cabinet, leur donnais leur bain, leur racontais des contes, jouais avec eux, etc. Tout ceci avait soudainement disparu de ma vie. Comme si je n\u2019\u00e9tais plus moi-m\u00eame. Comment accepter l\u2019absence d\u2019Ali et Kiana dans mes bras&#160;? C\u2019\u00e9tait insupportable. Comme si j\u2019avais perdu tout ce que je poss\u00e9dais, m\u00eame l\u2019usage de mes mains et mes jambes. Les interrogatoires se d\u00e9roulaient dans des conditions tr\u00e8s difficiles. On m\u2019avait clairement laiss\u00e9 entendre que je ne sortirai de la cellule si et seulement si je reconnaissais les faits mensongers qu\u2019ils me reprochaient et si j\u2019acceptais de collaborer.<\/p>\n\n\n\n<p>[&#8230;]<\/p>\n\n\n\n<p>Un jour, j\u2019ai eu droit \u00e0 une orange. Je me suis arrang\u00e9e \u00e0 la consommer quartier par quartier, pour la faire durer le plus longtemps possible. Je l\u2019ai \u00e9pluch\u00e9e d\u2019une seule traite, \u00e0 l\u2019instar du globe terrestre. Kiana signifie l\u2019essence de la nature, et cette orange \u00e9voquait pour moi l\u2019essence de la vie. Je la faisais tourner et priais pour ma petite Kiana qui venait d\u2019\u00eatre op\u00e9r\u00e9e. Lors de mes interrogatoires, il m\u2019arrivait de dire qu\u2019Ali et Kiana me manquaient beaucoup. Un jour ils m\u2019ont fait descendre de deux \u00e9tages par le monte-charge. \u00ab&#160;Le ma\u00eetre est l\u00e0&#160;!&#160;\u00bb dit l\u2019interrogateur. J\u2019ai p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 une pi\u00e8ce o\u00f9 \u00e9taient install\u00e9s des cam\u00e9ras et des projecteurs. Je n\u2019ai pas cach\u00e9 mon \u00e9tonnement. Un homme de grande taille, dans la fleur de l\u2019\u00e2ge, en costume de ville, s\u2019y trouvait. Si je l\u2019avais rencontr\u00e9 ailleurs, je n\u2019aurais jamais soup\u00e7onn\u00e9 son m\u00e9tier. Je crois qu\u2019il m\u00e9ritait vraiment le titre de \u00ab&#160;ma\u00eetre&#160;\u00bb en la mati\u00e8re.&nbsp; Son visage \u00e9tait fig\u00e9 et sans expression. Lorsque je lui ai dit que j\u2019\u00e9tais une m\u00e8re et que mes enfants se trouvaient en bas \u00e2ge, il m\u2019a r\u00e9torqu\u00e9 s\u00e8chement&#160;: \u00ab&#160;Et les m\u00e8res de Gaza, ne sont-elles pas des m\u00e8res&#160;?&#160;\u00bb Cette r\u00e9ponse m\u2019a fait comprendre qu\u2019il \u00e9tait endoctrin\u00e9 et qu\u2019il serait inutile de discuter avec lui.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>[&#8230;]<\/p>\n\n\n\n<p>Une nuit, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 amen\u00e9e chez l\u2019interrogateur. \u00ab&#160;Pr\u00e9pare-toi, me dit-il, car demain tu vas annoncer face aux cam\u00e9ras ton d\u00e9part de l\u2019 \u00ab&#160;Association&#160;\u00bb et ton repentir pour tes agissements pass\u00e9s&#160;\u00bb. J\u2019ai refus\u00e9 fermement, mais de retour dans la cellule, je ruisselais de sueur. Lors de ces confrontations, je d\u00e9ployais toute mes forces pour ma\u00eetriser mes nerfs et rester calme, mais ce n\u2019\u00e9tait pas facile de se montrer impassible. J\u2019avais parfois l\u2019impression qu\u2019une fois le seuil de la section 209 franchi, la morale \u00e9tait bafou\u00e9e, la conscience humaine tomb\u00e9e dans l\u2019oubli et l\u2019humanit\u00e9 reni\u00e9e. Les responsables n\u2019ont rien \u00e0 faire de ta personnalit\u00e9. Ce qui leur importe, c\u2019est de fabriquer un individu selon les crit\u00e8res qui servent leur projet. J\u2019\u00e9tais persuad\u00e9e que mon interrogateur ne me consid\u00e9rait pas comme un agent \u00e9tranger, pourtant il continuait \u00e0 insister pour que je reconnaisse l\u2019intelligence de l\u2019 \u00ab&#160;Association des d\u00e9fenseurs des droits humains&#160;\u00bb avec les puissances occidentales, ce qui me peinait terriblement.<\/p>\n\n\n\n<p>[&#8230;]<\/p>\n\n\n\n<p>Dans mon cas, ils savaient que j\u2019\u00e9tais une m\u00e8re priv\u00e9e de ses enfants, qu\u2019ils me manquaient atrocement, alors ils consacraient une partie des interrogatoires aux nouvelles les concernant. Un jour, l\u2019interrogateur est arriv\u00e9 en m\u2019annon\u00e7ant&#160;: \u00ab&#160;Tes enfants ont quitt\u00e9 la maison&#160;! \u2013 Comment \u00e7a&#160;? m\u2019\u00e9criai-je en me levant. Pour aller o\u00f9&#160;? &#8211; Ils ont quitt\u00e9 T\u00e9h\u00e9ran pour la ville de Ghazvin. Ils vont rejoindre ta belle-m\u00e8re.&#160;\u00bb \u00c0 cet instant-l\u00e0, mes larmes se sont mises \u00e0 couler en pensant qu\u2019Ali et Kiana ne dormiraient plus dans leur lit, ne joueraient plus dans leur chambre o\u00f9 leurs jouets \u00e9taient abandonn\u00e9s. L\u2019interrogateur est sorti en me laissant seule. J\u2019\u00e9tais fig\u00e9e sur ma chaise. Je me sentais tr\u00e8s mal. Soudain je me suis lev\u00e9e et sans tapis de pri\u00e8re et malgr\u00e9 un mal de t\u00eate insupportable, je me suis mise \u00e0 prier. Dieu ce jour-l\u00e0 fut le t\u00e9moin de ma douleur.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La maladie<\/h2>\n\n\n\n<p>[&#8230;]<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 vrai dire, qui pourrait penser que le fait d\u2019\u00eatre priv\u00e9 de soleil ou de sensation que provoque la brise sur la peau ou dans les cheveux, ou encore le fait d\u2019entendre un son ou bien une voix rompant le silence peut impacter la volont\u00e9 de se battre et surtout de r\u00e9sister&#160;? Surtout comment un militant chevronn\u00e9 pourrait dans des conditions normales de vie s\u2019imaginer que la privation des choses sans importance du quotidien qui en temps normal n\u2019attirent aucunement son attention pourrait provoquer l\u2019h\u00e9sitation ou la d\u00e9stabilisation ou encore le d\u00e9couragement chez un individu enthousiaste et hyperactif. La baisse d\u2019activit\u00e9 physique pourrait provoquer le doute ou le d\u00e9couragement chez l\u2019individu.<\/p>\n\n\n\n<p>Les conditions cr\u00e9\u00e9es par la cellule individuelle et les interrogatoires d\u00e9clenchent un m\u00e9canisme qui, en supprimant les gestes \u00e9l\u00e9mentaires du quotidien et en \u00e9tablissant la pression mentale, r\u00e9ussissent \u00e0 mettre en question les choses importantes et essentielles, celles qui sont en rapport avec l\u2019identit\u00e9 du prisonnier. Par cons\u00e9quent, d\u2019apr\u00e8s les psychologues, une partie non n\u00e9gligeable de l\u2019esprit humain, de sa pens\u00e9e et de tout son \u00eatre se fissure \u00e0 cause de la torture blanche exerc\u00e9e par la cellule.<\/p>\n\n\n\n<p>[&#8230;]&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">2012<\/h4>\n\n\n\n<p>Cette fois aussi, la cellule et l\u2019enfermement provoquaient en moi les m\u00eames effets que les deux fois pr\u00e9c\u00e9dentes. Lorsque la porte de fer de la cellule a claqu\u00e9 dans mon dos, le monde s\u2019est assombri \u00e0 mes yeux. C\u2019\u00e9tait ma troisi\u00e8me exp\u00e9rience. L\u2019ambiance de la 209 m\u2019\u00e9tait \u00e0 pr\u00e9sent famili\u00e8re, mais l\u2019\u00e9motion que je ressentais n\u2019avait pas chang\u00e9. J\u2019\u00e9prouvais comme une force centrifuge qui tendait \u00e0 tout prix de m\u2019\u00e9loigner de la cellule, l\u2019envie d\u2019\u00eatre catapult\u00e9e n\u2019importe o\u00f9 ailleurs. J\u2019\u00e9vitais de penser \u00e0 mes enfants Ali et Kiana. J\u2019\u00e9tais impatiente et \u00e9mue. Lorsqu\u2019inconsciemment leurs noms retentissaient dans ma t\u00eate, je me levais et me mettais \u00e0 courir. Je sentais qu\u2019en restant assise, je pourrais fondre de chagrin. J\u2019\u00e9tais s\u00fbre qu\u2019ils passaient des jours difficiles. Je priais Dieu pour qu\u2019il m\u2019efface de leur c\u0153ur et de leur esprit. Je priais pour qu\u2019ils ne prononcent pas le mot \u00ab&#160;maman&#160;\u00bb. Moi qui passais tout mon temps en leur compagnie, j\u2019appr\u00e9hendais \u00e0 pr\u00e9sent leur souvenir, leur image, m\u00eame leur nom.<\/p>\n\n\n\n<p>Lors de ma premi\u00e8re incarc\u00e9ration \u00e0 Eshratabad, je me mettais farouchement en cause. Je me reprochais de ne pas \u00eatre assez solide dans mes convictions, sinon je n\u2019aurais pas eu autant de difficult\u00e9s. Je me disais parfois que ce qui posait probl\u00e8me, c\u2019\u00e9tait que j\u2019\u00e9tais quelqu\u2019un de sociable, qui aime la compagnie des gens, qui aime rire et passer du bon temps. Si je m\u2019\u00e9tais content\u00e9e de ma solitude, de rester blottie chez moi sans sortir, j\u2019aurais moins de difficult\u00e9 \u00e0 supporter la cellule d\u2019isolement. Je culpabilisais en mettant la difficult\u00e9 de supporter l\u2019isolement sur le dos de mon caract\u00e8re, mes go\u00fbts personnels, mon penchant pour le plaisir et la f\u00eate, m\u00eame si je n\u2019\u00e9prouvais aucun regret ou repentir quant \u00e0 mes convictions personnelles ou mes positions politiques.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant ma deuxi\u00e8me et troisi\u00e8me incarc\u00e9ration, les conditions \u00e9taient les m\u00eames et j\u2019\u00e9prouvais la m\u00eame horreur de la cellule, mais je culpabilisais moins. La deuxi\u00e8me fois que j\u2019ai \u00e9t\u00e9 lib\u00e9r\u00e9e de prison, j\u2019ai consult\u00e9 un psychoth\u00e9rapeute, auteur d\u2019un important article publi\u00e9 dans la revue Aftab, au sujet de la torture blanche et de la cellule d\u2019isolement. Il m\u2019a expliqu\u00e9 qu\u2019il fallait distinguer la question des convictions avec celle de l\u2019endurance physique et des probl\u00e8mes de sant\u00e9. Selon lui, la r\u00e9action des gens face \u00e0 la torture blanche et la cellule d\u2019isolement d\u00e9pendait de leurs caract\u00e8res. C\u2019est la raison pour laquelle je culpabilisais un peu moins. Malgr\u00e9 cela, j\u2019\u00e9prouvais une forte r\u00e9sistance \u00e0 mes conditions d\u2019incarc\u00e9ration en cellule d\u2019isolement qui ne s\u2019expliquait pas uniquement par la science et la psychanalyse.<\/p>\n\n\n\n<p>[&#8230;]<\/p>\n\n\n\n<p>Les marques de mes plaies datant de la cellule d\u2019isolement sont toujours ouvertes. Elles s\u2019infectent parfois, provoquent une sensation de br\u00fblure, mais font surtout courir l\u2019effroi dans mes veines. Ces plaies ouvertes restent pourtant invisibles.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Narges Mohammadi,  prix Nobel de la Paix, n&rsquo;a cess\u00e9 de souffrir dans les prisons du r\u00e9gime iranien. <br \/>\nDans ce texte in\u00e9dit en fran\u00e7ais, elle d\u00e9crit ce monde carc\u00e9ral, absurde et violent.<br \/>\nUn t\u00e9moignage essentiel, \u00e0 lire absolument.  <\/p>\n","protected":false},"author":8153,"featured_media":204870,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"templates\/post-speeches.php","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_trash_the_other_posts":false,"footnotes":""},"categories":[3211],"tags":[],"staff":[1780],"editorial_format":[],"serie":[],"audience":[],"geo":[530],"class_list":["post-204861","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-femmes-en-lutte","staff-le-grand-continent","geo-asie-intermediaire"],"acf":{"open_in_webview":false,"accent":false},"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v26.1.1 - https:\/\/yoast.com\/wordpress\/plugins\/seo\/ -->\n<title>Narges Mohammadi : \u00abla torture blanche\u00bb, un in\u00e9dit de la Prix Nobel de la Paix 2023 | Le Grand Continent<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2023\/10\/21\/la-torture-blanche\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Narges Mohammadi : \u00abla torture blanche\u00bb, un in\u00e9dit de la Prix Nobel de la Paix 2023 | Le Grand Continent\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Narges Mohammadi, prix Nobel de la Paix, n&#039;a cess\u00e9 de souffrir dans les prisons du r\u00e9gime iranien.  Dans ce texte in\u00e9dit en fran\u00e7ais, elle d\u00e9crit ce monde carc\u00e9ral, absurde et violent. Un t\u00e9moignage essentiel, \u00e0 lire absolument.\" \/>\n<meta property=\"og:url\" content=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2023\/10\/21\/la-torture-blanche\/\" \/>\n<meta property=\"og:site_name\" content=\"Le Grand Continent\" \/>\n<meta property=\"article:published_time\" content=\"2023-10-21T10:30:00+00:00\" \/>\n<meta property=\"article:modified_time\" content=\"2023-10-23T04:06:06+00:00\" \/>\n<meta property=\"og:image\" content=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2023\/10\/GC_Mohammadi_2-scaled.jpg\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:width\" content=\"2560\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:height\" content=\"1442\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:type\" content=\"image\/jpeg\" \/>\n<meta name=\"author\" content=\"baptiste.rogerlacan@legrandcontinent.eu\" \/>\n<meta name=\"twitter:card\" content=\"summary_large_image\" \/>\n<meta name=\"twitter:image\" content=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2023\/10\/GC_Mohammadi-scaled.jpg\" \/>\n<meta name=\"twitter:label1\" content=\"\u00c9crit par\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data1\" content=\"baptiste.rogerlacan@legrandcontinent.eu\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:label2\" content=\"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data2\" content=\"15 minutes\" \/>\n<script type=\"application\/ld+json\" class=\"yoast-schema-graph\">{\"@context\":\"https:\/\/schema.org\",\"@graph\":[{\"@type\":\"WebPage\",\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2023\/10\/21\/la-torture-blanche\/\",\"url\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2023\/10\/21\/la-torture-blanche\/\",\"name\":\"Narges Mohammadi : \u00abla torture blanche\u00bb, un in\u00e9dit de la Prix Nobel de la Paix 2023 | Le Grand Continent\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#website\"},\"primaryImageOfPage\":{\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2023\/10\/21\/la-torture-blanche\/#primaryimage\"},\"image\":{\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2023\/10\/21\/la-torture-blanche\/#primaryimage\"},\"thumbnailUrl\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2023\/10\/SIPA_ap22821732_000001-scaled.jpg\",\"datePublished\":\"2023-10-21T10:30:00+00:00\",\"dateModified\":\"2023-10-23T04:06:06+00:00\",\"author\":{\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#\/schema\/person\/df00512482cc39b0e3d34c195acd337b\"},\"breadcrumb\":{\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2023\/10\/21\/la-torture-blanche\/#breadcrumb\"},\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"ReadAction\",\"target\":[\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2023\/10\/21\/la-torture-blanche\/\"]}]},{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2023\/10\/21\/la-torture-blanche\/#primaryimage\",\"url\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2023\/10\/SIPA_ap22821732_000001-scaled.jpg\",\"contentUrl\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2023\/10\/SIPA_ap22821732_000001-scaled.jpg\",\"width\":2560,\"height\":1855,\"caption\":\"En 2007, Narges Mohammadi (au centre) participait \u00e0 une conf\u00e9rence sur les droits des femmes avec Shirin Ebadi, prix Nobel de la Paix (2003). \u00a9 Vahid Salemi\/AP\/SIPA\"},{\"@type\":\"BreadcrumbList\",\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2023\/10\/21\/la-torture-blanche\/#breadcrumb\",\"itemListElement\":[{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":1,\"name\":\"Accueil\",\"item\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/\"},{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":2,\"name\":\"Narges Mohammadi&#160;: \u00ab&#160;la torture blanche&#160;\u00bb, un in\u00e9dit de la Prix Nobel de la Paix 2023\"}]},{\"@type\":\"WebSite\",\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#website\",\"url\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/\",\"name\":\"Le Grand Continent\",\"description\":\"L&#039;\u00e9chelle pertinente\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"SearchAction\",\"target\":{\"@type\":\"EntryPoint\",\"urlTemplate\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?s={search_term_string}\"},\"query-input\":{\"@type\":\"PropertyValueSpecification\",\"valueRequired\":true,\"valueName\":\"search_term_string\"}}],\"inLanguage\":\"fr-FR\"},{\"@type\":\"Person\",\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#\/schema\/person\/df00512482cc39b0e3d34c195acd337b\",\"name\":\"baptiste.rogerlacan@legrandcontinent.eu\",\"image\":{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#\/schema\/person\/image\/\",\"url\":\"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/8540881937341daae3b48048a533f299?s=96&d=mm&r=g\",\"contentUrl\":\"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/8540881937341daae3b48048a533f299?s=96&d=mm&r=g\",\"caption\":\"baptiste.rogerlacan@legrandcontinent.eu\"}}]}<\/script>\n<!-- \/ Yoast SEO plugin. -->","yoast_head_json":{"title":"Narges Mohammadi : \u00abla torture blanche\u00bb, un in\u00e9dit de la Prix Nobel de la Paix 2023 | Le Grand Continent","robots":{"index":"index","follow":"follow","max-snippet":"max-snippet:-1","max-image-preview":"max-image-preview:large","max-video-preview":"max-video-preview:-1"},"canonical":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2023\/10\/21\/la-torture-blanche\/","og_locale":"fr_FR","og_type":"article","og_title":"Narges Mohammadi : \u00abla torture blanche\u00bb, un in\u00e9dit de la Prix Nobel de la Paix 2023 | Le Grand Continent","og_description":"Narges Mohammadi, prix Nobel de la Paix, n'a cess\u00e9 de souffrir dans les prisons du r\u00e9gime iranien.  Dans ce texte in\u00e9dit en fran\u00e7ais, elle d\u00e9crit ce monde carc\u00e9ral, absurde et violent. Un t\u00e9moignage essentiel, \u00e0 lire absolument.","og_url":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2023\/10\/21\/la-torture-blanche\/","og_site_name":"Le Grand Continent","article_published_time":"2023-10-21T10:30:00+00:00","article_modified_time":"2023-10-23T04:06:06+00:00","og_image":[{"width":2560,"height":1442,"url":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2023\/10\/GC_Mohammadi_2-scaled.jpg","type":"image\/jpeg"}],"author":"baptiste.rogerlacan@legrandcontinent.eu","twitter_card":"summary_large_image","twitter_image":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2023\/10\/GC_Mohammadi-scaled.jpg","twitter_misc":{"\u00c9crit par":"baptiste.rogerlacan@legrandcontinent.eu","Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e":"15 minutes"},"schema":{"@context":"https:\/\/schema.org","@graph":[{"@type":"WebPage","@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2023\/10\/21\/la-torture-blanche\/","url":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2023\/10\/21\/la-torture-blanche\/","name":"Narges Mohammadi : \u00abla torture blanche\u00bb, un in\u00e9dit de la Prix Nobel de la Paix 2023 | Le Grand Continent","isPartOf":{"@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#website"},"primaryImageOfPage":{"@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2023\/10\/21\/la-torture-blanche\/#primaryimage"},"image":{"@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2023\/10\/21\/la-torture-blanche\/#primaryimage"},"thumbnailUrl":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2023\/10\/SIPA_ap22821732_000001-scaled.jpg","datePublished":"2023-10-21T10:30:00+00:00","dateModified":"2023-10-23T04:06:06+00:00","author":{"@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#\/schema\/person\/df00512482cc39b0e3d34c195acd337b"},"breadcrumb":{"@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2023\/10\/21\/la-torture-blanche\/#breadcrumb"},"inLanguage":"fr-FR","potentialAction":[{"@type":"ReadAction","target":["https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2023\/10\/21\/la-torture-blanche\/"]}]},{"@type":"ImageObject","inLanguage":"fr-FR","@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2023\/10\/21\/la-torture-blanche\/#primaryimage","url":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2023\/10\/SIPA_ap22821732_000001-scaled.jpg","contentUrl":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2023\/10\/SIPA_ap22821732_000001-scaled.jpg","width":2560,"height":1855,"caption":"En 2007, Narges Mohammadi (au centre) participait \u00e0 une conf\u00e9rence sur les droits des femmes avec Shirin Ebadi, prix Nobel de la Paix (2003). \u00a9 Vahid Salemi\/AP\/SIPA"},{"@type":"BreadcrumbList","@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2023\/10\/21\/la-torture-blanche\/#breadcrumb","itemListElement":[{"@type":"ListItem","position":1,"name":"Accueil","item":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/"},{"@type":"ListItem","position":2,"name":"Narges Mohammadi&#160;: \u00ab&#160;la torture blanche&#160;\u00bb, un in\u00e9dit de la Prix Nobel de la Paix 2023"}]},{"@type":"WebSite","@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#website","url":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/","name":"Le Grand Continent","description":"L&#039;\u00e9chelle pertinente","potentialAction":[{"@type":"SearchAction","target":{"@type":"EntryPoint","urlTemplate":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?s={search_term_string}"},"query-input":{"@type":"PropertyValueSpecification","valueRequired":true,"valueName":"search_term_string"}}],"inLanguage":"fr-FR"},{"@type":"Person","@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#\/schema\/person\/df00512482cc39b0e3d34c195acd337b","name":"baptiste.rogerlacan@legrandcontinent.eu","image":{"@type":"ImageObject","inLanguage":"fr-FR","@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#\/schema\/person\/image\/","url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/8540881937341daae3b48048a533f299?s=96&d=mm&r=g","contentUrl":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/8540881937341daae3b48048a533f299?s=96&d=mm&r=g","caption":"baptiste.rogerlacan@legrandcontinent.eu"}}]}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/204861","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/8153"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=204861"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/204861\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/204870"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=204861"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=204861"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=204861"},{"taxonomy":"staff","embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/staff?post=204861"},{"taxonomy":"editorial_format","embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/editorial_format?post=204861"},{"taxonomy":"serie","embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/serie?post=204861"},{"taxonomy":"audience","embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/audience?post=204861"},{"taxonomy":"geo","embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/geo?post=204861"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}