{"id":200561,"date":"2023-09-30T06:00:00","date_gmt":"2023-09-30T04:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=200561"},"modified":"2023-10-05T13:43:38","modified_gmt":"2023-10-05T11:43:38","slug":"elargissement-le-spectre-de-2004-une-conversation-avec-ivan-berend","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2023\/09\/30\/elargissement-le-spectre-de-2004-une-conversation-avec-ivan-berend\/","title":{"rendered":"\u00c9largissement : le spectre de 2004, une conversation avec Iv\u00e1n Berend"},"content":{"rendered":"\n
Ce fut une \u00e9tape historique vers une Union r\u00e9ellement europ\u00e9enne puisqu\u2019elle permettait d\u2019int\u00e9grer des pays d\u2019Europe centrale et orientale, moins d\u00e9velopp\u00e9s \u00e9conomiquement, marqu\u00e9s par l\u2019exp\u00e9rience communiste et la domination sovi\u00e9tique. De ce point de vue, ce fut un moment clef. Mais apr\u00e8s deux d\u00e9cennies, les principales erreurs de cet \u00e9largissement sont devenues manifestes. L\u2019adh\u00e9sion a \u00e9t\u00e9 trop pr\u00e9cipit\u00e9e. Pour l\u2019Union, la r\u00e8gle \u00e9tait simple : elle validait une transformation formelle et accordait la pleine adh\u00e9sion si des changements juridiques de base avaient lieu \u2014 mais sans se pr\u00e9occuper assez du reste. Pour moi, la le\u00e7on est claire : il vaut mieux multiplier les \u00e9tapes d’acceptation ; pr\u00e9voir un temps de candidature plus long, en attendant des changements sociaux plus profonds, qui favoriseraient une meilleure int\u00e9gration \u00e0 l\u2019Union europ\u00e9enne.<\/p>\n\n\n\n
Plus que les pr\u00e9c\u00e9dents, il a n\u00e9cessit\u00e9 une \u00ab europ\u00e9anisation \u00bb \u00e9conomique des nouveaux membres, ce qui constituait un objectif et une t\u00e2che totalement in\u00e9dits pour l’Union. Il fallait que le cadre juridique des pays qui aspiraient \u00e0 l\u2019int\u00e9grer suive le mod\u00e8le occidental \u2014 ce qui \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 comme un bon ajustement. Dans la mesure o\u00f9 l\u2019Union \u00e9tait incapable de mesurer la transformation culturelle des soci\u00e9t\u00e9s d\u2019Europe centrale et orientale, elle s\u2019est content\u00e9e d\u2019\u00e9valuer l\u2019\u00e9volution de leur cadre juridico-institutionnel.<\/p>\n\n\n\n 2004 a n\u00e9cessit\u00e9 une \u00ab europ\u00e9anisation \u00bb \u00e9conomique des nouveaux membres, ce qui constituait un objectif et une t\u00e2che totalement in\u00e9dits pour l’Union.<\/p>Iv\u00e1n Berend<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Je crains malheureusement que cette europ\u00e9anisation n\u2019ait \u00e9t\u00e9 qu\u2019une illusion, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019\u00e9laboration d\u2019un cadre d\u00e9mocratique formel, sans que les soci\u00e9t\u00e9s ne soient transform\u00e9es en profondeur. Les cas hongrois et polonais d\u00e9montrent que des r\u00e9gimes autocratiques d\u2019un nouveau genre pouvaient encore sortir de cette nouvelles structure institutionnelle.<\/p>\n\n\n\n L’\u00e9largissement de 2004 a \u00e9t\u00e9 fortement influenc\u00e9 par un optimisme, qui confinait parfois \u00e0 la na\u00efvet\u00e9. Apr\u00e8s la chute spectaculaire de l’Union sovi\u00e9tique et du bloc sovi\u00e9tique entre 1989 et 1990, il y avait un enthousiasme certain en faveur de la cr\u00e9ation d\u2019une Europe nouvelle, plus unie. Cette p\u00e9riode a g\u00e9n\u00e9r\u00e9 une vague d’optimisme, o\u00f9 de nombreux acteurs politiques et civils ont vu une opportunit\u00e9 historique de r\u00e9unification du continent apr\u00e8s des d\u00e9cennies de division<\/a>. Il me semble qu\u2019\u00e0 ce moment-l\u00e0, les pays d\u2019Europe de l\u2019Ouest ont p\u00each\u00e9 par optimisme. Ils ont interpr\u00e9t\u00e9 les transformations juridiques et institutionnelles dans ces pays comme des signes indiquant qu’ils \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 align\u00e9s sur les normes et valeurs occidentales. Ce faisant, ils se sont convaincus que ces pays \u00e9taient pr\u00eats pour une adh\u00e9sion imm\u00e9diate \u00e0 l\u2019Union. Avec du recul, une p\u00e9riode d’observation et d’\u00e9valuation plus longue, peut-\u00eatre de dix \u00e0 vingt ans, aurait \u00e9t\u00e9 b\u00e9n\u00e9fique pour mieux comprendre et anticiper les d\u00e9fis \u00e0 venir.<\/p>\n\n\n\n Avec du recul, une p\u00e9riode d’observation et d’\u00e9valuation plus longue, peut-\u00eatre de dix \u00e0 vingt ans, aurait \u00e9t\u00e9 b\u00e9n\u00e9fique pour mieux comprendre et anticiper les d\u00e9fis \u00e0 venir.<\/p>Iv\u00e1n Berend<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Bien \u00e9videmment, le bloc sovi\u00e9tique s’\u00e9tait effondr\u00e9 quinze ans plus t\u00f4t, mais contrairement \u00e0 une croyance na\u00efve, cela n\u2019avait pas tout chang\u00e9 d\u2019un coup \u2014 loin de l\u00e0. Certains pays de la r\u00e9gion avaient des probl\u00e8mes socio-politiques plus profonds qui n’ont pas disparu avec le changement de r\u00e9gime. Ceux-ci \u00e9taient profond\u00e9ment enracin\u00e9s, au point que la chute de l\u2019URSS n\u2019avait pas chang\u00e9 grand chose. Pour s\u2019en rendre compte, il suffit de regarder ce qui s\u2019est produit en Russie : les tensions et la violence qui s\u2019expriment dans la soci\u00e9t\u00e9 russe existaient d\u00e9j\u00e0 sous les tsars et elles ont persist\u00e9 pendant la p\u00e9riode sovi\u00e9tique puis sous Vladimir Poutine en s\u2019incarnant de diff\u00e9rentes mani\u00e8res<\/a>.<\/p>\n\n\n\n Certains pays d\u2019Europe centrale et orientale, comme la Pologne et la Hongrie, sont profond\u00e9ment marqu\u00e9s par une tradition d\u2019hostilit\u00e9 \u00e0 la d\u00e9mocratie et de tentation autocratique. On ne se d\u00e9partit pas facilement du XXe si\u00e8cle et des diff\u00e9rentes dictatures dont ils ont fait l\u2019exp\u00e9rience. Le principal fil rouge, c\u2019est le nationalisme. C\u2019est est un v\u00e9ritable d\u00e9sastre national pour des pays comme la Pologne et la Hongrie.<\/p>\n\n\n\n Certains pays d\u2019Europe centrale et orientale, comme la Pologne et la Hongrie, sont profond\u00e9ment marqu\u00e9s par une tradition d\u2019hostilit\u00e9 \u00e0 la d\u00e9mocratie et de tentation autocratique.<\/p>Iv\u00e1n Berend<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n L’histoire tumultueuse de ces pays est au c\u0153ur de cette question. Prenons la Hongrie : apr\u00e8s la Premi\u00e8re Guerre mondiale, elle a perdu les deux tiers de ce qu\u2019elle consid\u00e9rait comme son territoire historique. De son c\u00f4t\u00e9, la Pologne a \u00e9t\u00e9 divis\u00e9e \u00e0 plusieurs reprises, de la fin du XVIIIe si\u00e8cle au XXe si\u00e8cle. Apr\u00e8s avoir obtenu son ind\u00e9pendance apr\u00e8s la Premi\u00e8re Guerre mondiale, elle a de nouveau \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s brutalement occup\u00e9e pendant la Seconde Guerre mondiale. Apr\u00e8s ce conflit, qui l\u2019a de nouveau expos\u00e9e au danger du monde russe et du monde germanique, elle a perdu d\u2019importantes \u00e9tendues territoriales (en partie compens\u00e9es par des terres qui avaient \u00e9t\u00e9 allemandes). Le sentiment d\u2019injustice historique est rest\u00e9 tr\u00e8s intense \u2014 et il constitue un efficace outil de mobilisation politique. <\/p>\n\n\n\n Tr\u00e8s peu de choses ont chang\u00e9 durant cette d\u00e9cennie. Et surtout, les quelques changements \u00e9conomiques ont masqu\u00e9 les v\u00e9ritables difficult\u00e9s politiques que connaissaient ces pays. Prenons un exemple tr\u00e8s concret : la Hongrie \u00e9tait souvent cit\u00e9e comme le pays \u00ab mod\u00e8le \u00bb, le mieux pr\u00e9par\u00e9 pour une adh\u00e9sion rapide \u00e0 l\u2019Union. Mais, en r\u00e9alit\u00e9, elle avait conserv\u00e9 l\u2019ensemble des probl\u00e8mes socio-politiques qui \u00e9taient caract\u00e9ristiques du r\u00e9gime autocratique et nationaliste de l\u2019amiral Horthy durant l’entre-deux-guerres. L’ascension politique de Viktor Orban<\/a>, soutenu par une majorit\u00e9 de la population hongroise, est une cons\u00e9quence directe de ces distorsions.<\/p>\n\n\n La revue y participe activement et nous vous y convions : en marge du Sommet de la Communaut\u00e9 politique europ\u00e9enne \u00e0 Grenade, nous organisons le 4 octobre un \u00e9v\u00e9nement exceptionnel \u00e0 l’Universit\u00e9 de Grenade, au Palais de la Madraza, qui r\u00e9unira Olga Stefanishyna, vice-Premi\u00e8re ministre de l’Ukraine en charge de l\u2019\u00e9largissement, les \u00e9crivains Anna Bosch, Javier Cercas et Lea Ypi, et Jos\u00e9 Manuel Albares, ministre espagnol des Affaires \u00e9trang\u00e8res.<\/p>\n\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\tQuelles ont \u00e9t\u00e9 les motivations initiales derri\u00e8re le processus et \u00e0 quel moment cette id\u00e9e a-t-elle commenc\u00e9 \u00e0 gagner du terrain en Europe de l\u2019Ouest ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Dans quel contexte social et politique, les pays d\u2019Europe centrale et orientale ont-ils rejoint l\u2019Union europ\u00e9enne ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Pourquoi le nationalisme est-il si pr\u00e9gnant en Pologne et en Hongrie ? <\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Comment \u00e9valuez-vous les transformations \u00e9conomiques de ces pays d’Europe de l’Est dans les ann\u00e9es 1990, en pr\u00e9paration \u00e0 l’adh\u00e9sion \u00e0 l’Union europ\u00e9enne en 2004 ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n