{"id":198526,"date":"2023-09-16T17:47:03","date_gmt":"2023-09-16T15:47:03","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=198526"},"modified":"2023-09-16T17:47:06","modified_gmt":"2023-09-16T15:47:06","slug":"le-president-elu-du-guatemala-restera-t-il-en-vie-jusqua-son-investiture-en-2024","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2023\/09\/16\/le-president-elu-du-guatemala-restera-t-il-en-vie-jusqua-son-investiture-en-2024\/","title":{"rendered":"Le Pr\u00e9sident \u00e9lu du Guatemala restera-t-il en vie jusqu’\u00e0 son investiture en 2024 ?"},"content":{"rendered":"\n
Au Guatemala, un \u00ab nouveau printemps \u00bb commence \u00e0 fleurir <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Les habitants de la plus grande \u00e9conomie d’Am\u00e9rique centrale ont d\u00e9cid\u00e9 de mani\u00e8re concluante qu’ils voulaient que Bernardo Ar\u00e9valo et Karin Herrera soient leurs prochains pr\u00e9sident et vice-pr\u00e9sidente lors d’un second tour d’\u00e9lections pr\u00e9sidentielles qui s\u2019est d\u00e9roul\u00e9 dans un cadre relativement pacifique. Avec pr\u00e8s d’un million de voix d’\u00e9cart avec Sandra Torres du parti Unidad por la Esperanza<\/em> (UNE), il ne faisait aucun doute que le duo du Movimiento Semilla<\/em> serait le prochain \u00e0 occuper le palais pr\u00e9sidentiel au Guatemala. Ce r\u00e9sultat a \u00e9t\u00e9 c\u00e9l\u00e9br\u00e9 par la soci\u00e9t\u00e9 guat\u00e9malt\u00e8que lors de la soir\u00e9e \u00e9lectorale du 20 ao\u00fbt, certifi\u00e9 par le Tribunal supr\u00eame \u00e9lectoral (TSE) le 28 ao\u00fbt et rapidement salu\u00e9 par la communaut\u00e9 internationale dans de multiples communiqu\u00e9s <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span>. M\u00eame l’actuel pr\u00e9sident sortant de la R\u00e9publique du Guatemala, Alejandro Giammattei, a assur\u00e9 qu’il remettrait le pouvoir au pr\u00e9sident \u00e9lu Ar\u00e9valo et a entam\u00e9 des r\u00e9unions \u00e0 cette fin <\/span>3<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n Cependant, malgr\u00e9 cette victoire \u00e9clatante, des doutes sur la passation de pouvoir et le respect de la volont\u00e9 du peuple dans les urnes planent sur le Guatemala. L’\u00e9lite politique, \u00e9conomique et militaire du pays, impliqu\u00e9e dans de nombreux cas de corruption et qualifi\u00e9e par une expression populaire de \u00ab Pacte des corrompus \u00bb, menace d’emp\u00eacher le Pr\u00e9sident \u00e9lu Ar\u00e9valo de prendre ses fonctions le 14 janvier 2024, soit par des man\u0153uvres judiciaires qui mettraient fin au parti Mouvement Semilla et disqualifieraient les deux \u00e9lus, soit en conspirant pour attenter \u00e0 la vie de ces derniers. Dans le m\u00eame temps, le parti UNE n’a pas encore accept\u00e9 la d\u00e9faite et a, au contraire, remis en question la transparence du d\u00e9compte \u00e9lectoral, le syst\u00e8me d’enregistrement \u00e9lectronique des votes et la l\u00e9gitimit\u00e9 m\u00eame de la fondation du Mouvement Semilla <\/span>4<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n Au Guatemala, un \u00ab nouveau printemps \u00bb commence \u00e0 fleurir.<\/p>\u00darsula Rold\u00e1n et Jes\u00fas de la Torre<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Les mois qui nous s\u00e9parent de l’investiture en janvier 2024 d\u00e9termineront non seulement l’avenir d\u00e9mocratique du Guatemala, mais aussi celui de la r\u00e9gion centram\u00e9ricaine, avec d’importantes r\u00e9percussions r\u00e9gionales et h\u00e9misph\u00e9riques en termes de commerce, de migration, de s\u00e9curit\u00e9 et de changement climatique. Les sc\u00e9narios, volatiles \u00e0 l’heure actuelle, sont multiples et n\u00e9cessiteront non seulement une r\u00e9ponse rapide et solide de la part de la soci\u00e9t\u00e9 civile guat\u00e9malt\u00e8que, mais aussi un soutien fort de la communaut\u00e9 internationale \u00e0 la future administration Arevalo.<\/p>\n\n\n\n Lors des premier et deuxi\u00e8me tours \u00e9lectoraux, le Guatemala a v\u00e9cu une all\u00e9gorie du d\u00e9sir de mettre fin \u00e0 un \u00c9tat coopt\u00e9 par des r\u00e9seaux \u00e9conomiques et politiques de corruption et d’impunit\u00e9. Pour la premi\u00e8re fois en 38 ans, depuis le d\u00e9but de sa transition d\u00e9mocratique en 1985 apr\u00e8s 36 ans de guerre interne, le peuple guat\u00e9malt\u00e8que a vu \u00e9merger, comme par miracle, un bin\u00f4me pr\u00e9sidentiel compos\u00e9 de Bernardo Ar\u00e9valo et de Karin Herrera. <\/p>\n\n\n\n Bernardo Ar\u00e9valo est un universitaire et un diplomate de renom qui a occup\u00e9 divers postes nationaux et internationaux, mais il est aussi le fils d’un des pr\u00e9sidents les plus c\u00e9l\u00e8bres du Guatemala, Juan Jos\u00e9 Ar\u00e9valo Bermejo. Dans la m\u00e9moire collective, on se souvient d’Ar\u00e9valo p\u00e8re pour son \u00e9thique dans l’exercice de ses fonctions publiques et pour les changements fondamentaux qu’il a apport\u00e9s au pays, notamment en dirigeant le processus qui a permis au Guatemala de sortir de la pire dictature de son histoire, qui a dur\u00e9 14 ans, et de rompre la l\u00e9thargie sociale de plus d’un si\u00e8cle, en \u00e9tablissant des lois et des institutions en faveur du travail, de la s\u00e9curit\u00e9 sociale et de l’\u00e9ducation. La p\u00e9riode que Juan Jos\u00e9 Ar\u00e9valo Bermejo a commenc\u00e9 \u00e0 diriger, appel\u00e9e le \u00ab Printemps \u00bb, a inspir\u00e9 le peuple guat\u00e9malt\u00e8que \u00e0 voir en Bernardo Ar\u00e9valo fils la possibilit\u00e9 d’un \u00ab Nouveau Printemps \u00bb. Karin Herrera est quant \u00e0 elle une universitaire r\u00e9put\u00e9e pour son travail de chimiste biologiste \u00e0 la principale universit\u00e9 publique du pays, l’Universidad de San Carlos de Guatemala \u2014 une entit\u00e9 qui a \u00e9galement succomb\u00e9 \u00e0 la fraude et \u00e0 la corruption et dont le recteur a \u00e9t\u00e9 sanctionn\u00e9 par les \u00c9tats-Unis.<\/p>\n\n\n\n L’\u00e9l\u00e9ment fondamental de la victoire du bin\u00f4me Ar\u00e9valo-Herrera a \u00e9t\u00e9 la participation de 45 % des listes \u00e9lectorales malgr\u00e9 toutes les tentatives de sabotage de l’\u00e9lection.<\/p>\u00darsula Rold\u00e1n et Jes\u00fas de la Torre<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n L’\u00e9l\u00e9ment fondamental de la victoire du bin\u00f4me Ar\u00e9valo-Herrera a \u00e9t\u00e9 la participation de 45 % des listes \u00e9lectorales, repr\u00e9sent\u00e9es cette fois-ci par une large g\u00e9ographie du Guatemala, malgr\u00e9 toutes les tentatives de sabotage de l’\u00e9lection, qui se poursuivent encore aujourd’hui. Le Tribunal supr\u00eame \u00e9lectoral et toute son organisation logistique se sont rang\u00e9s du c\u00f4t\u00e9 de la d\u00e9fense de la d\u00e9mocratie. Les commissions \u00e9lectorales, reconnues comme les gardiennes de la transparence et donc de la l\u00e9gitimit\u00e9 du processus \u00e9lectoral, ainsi que les b\u00e9n\u00e9voles de Semilla, un parti avec peu de membres et peu de pr\u00e9sence territoriale, ont \u00e9t\u00e9 des \u00e9l\u00e9ments clefs de ce processus. Le vote citoyen au premier tour a \u00e9t\u00e9 men\u00e9 par les jeunes et surtout par les citadins de certaines grandes villes du pays, et au second tour, il s’est \u00e9largi \u00e0 une citoyennet\u00e9 nationale plus diversifi\u00e9e ; il est notamment important de souligner le soutien des peuples indig\u00e8nes ancestraux de diverses r\u00e9gions du pays.<\/p>\n\n\n\n La victoire du mouvement Semilla au second tour est le r\u00e9sultat d’une combinaison entre le vote de protestation contre le syst\u00e8me et sa perception comme une force possible pour sauver un syst\u00e8me politique \u00e9lectoral en grande difficult\u00e9 en tant que m\u00e9canisme de restauration d\u2019une d\u00e9mocratie endommag\u00e9e dans ses principes les plus fondamentaux. Le programme de Semilla, ax\u00e9 sur la restauration de l’ind\u00e9pendance des trois pouvoirs et de leur devoir de servir le bien commun, ainsi que la campagne du parti, principalement sur les r\u00e9seaux sociaux et dans des rassemblements de second tour qui ont gagn\u00e9 la confiance de l’\u00e9lectorat, ont fini par mobiliser les jeunes, les femmes, les personnes \u00e2g\u00e9es, les membres des peuples indig\u00e8nes, et par compter sur la mobilisation de collectifs urbains et ruraux essentiels au vote du pays et \u00e0 la d\u00e9fense de la d\u00e9mocratie. <\/p>\n\n\n\n De m\u00eame, le Mouvement Semilla a obtenu plus de repr\u00e9sentation politique au Congr\u00e8s de la R\u00e9publique, passant de 6 \u00e0 23 d\u00e9put\u00e9s \u00e9lus et se positionnant comme la troisi\u00e8me force politique du pays. Il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cisif de sortir indemne du Congr\u00e8s sortant qui a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9 par les trafics d’influence de ces r\u00e9seaux licites et illicites qui r\u00e9pondent \u00e0 leurs propres int\u00e9r\u00eats par un pillage f\u00e9roce du tr\u00e9sor national.<\/p>\n\n\n\n Les mairies restent largement entre les mains des partis d’opposition.<\/p>\u00darsula Rold\u00e1n et Jes\u00fas de la Torre<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Cependant, les r\u00e9sultats n’ont pas \u00e9t\u00e9 suffisants pour obtenir une large majorit\u00e9 au Congr\u00e8s, qui restera donc domin\u00e9 par les partis de l’establishment des courants populistes conservateurs de droite. De m\u00eame, faute d’une structure de parti plus solide et parce que le mouvement Semilla et d’autres petits partis se sont retrouv\u00e9s en concurrence avec la machine de corruption du pays, les mairies restent largement entre les mains des partis d’opposition. <\/p>\n\n\n\n La d\u00e9cision ferme des citoyens par leur vote, en particulier au second tour, ne semble gu\u00e8re importer \u00e0 ceux qui se cachent encore derri\u00e8re les actions d’un \u00c9tat coopt\u00e9, d\u00e9j\u00e0 diminu\u00e9 dans ses actions par la condamnation ou le repentir forc\u00e9 de certains autres secteurs qui \u00e9taient ses alli\u00e9s. Leurs actions de harc\u00e8lement et de criminalisation d’acteurs cl\u00e9s de la d\u00e9fense de la d\u00e9mocratie ne cessent pas dans ce que le pr\u00e9sident \u00e9lu Ar\u00e9valo a d\u00e9j\u00e0 d\u00e9nonc\u00e9 comme \u00e9tant un \u00ab coup d’\u00c9tat \u00bb <\/span>5<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Nombreux ont \u00e9t\u00e9 et continuent d’\u00eatre les abus de la pers\u00e9cution criminelle contre ce processus \u00e9lectoral, qui est orchestr\u00e9 par le minist\u00e8re public de concert avec des acteurs occupant les plus hautes fonctions des branches de l’\u00c9tat et des pouvoirs parall\u00e8les. Ces derniers ont d\u2019ailleurs d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 d\u00e9sign\u00e9s par notamment les \u00c9tats-Unis comme responsables de ce r\u00e9gime de corruption et d’ill\u00e9galit\u00e9. Les sc\u00e9narios qui s’ouvrent apr\u00e8s le 20 ao\u00fbt sont donc multiples et incertains.<\/p>\n\n\n\n Depuis le 25 juillet, le Mouvement Semilla est la nouvelle cible d’une strat\u00e9gie visant \u00e0 lui retirer son statut l\u00e9gal de parti politique. Cette strat\u00e9gie s’intensifie face \u00e0 la victoire \u00e9crasante du 20 ao\u00fbt qui, si elle ne peut emp\u00eacher Ar\u00e9valo et Herrera de pr\u00eater serment, emp\u00eachera le Mouvement d’avoir son propre groupe au Congr\u00e8s. Selon des sources internes au parti, cela les emp\u00eacherait de pr\u00e9sider et d’occuper des postes dans les principales commissions du Congr\u00e8s, d’avoir des conseillers ou de participer \u00e0 l’ordre du jour l\u00e9gislatif de la Chambre <\/span>6<\/sup><\/a><\/span><\/span>. L’administration Ar\u00e9valo aurait donc beaucoup de mal \u00e0 tenter de faire passer des r\u00e9formes. Cela rendrait encore plus difficile la mise en \u0153uvre d’un \u00e9ventuel programme de r\u00e9formes et rendrait encore plus vuln\u00e9rables non seulement le bin\u00f4me pr\u00e9sidentiel, mais aussi les membres individuels du parti.\u00a0<\/p>\n\n\n\n Selon les arguments du bureau du procureur sp\u00e9cial contre l’impunit\u00e9 (FECI), dirig\u00e9 par Rafael Curruchiche \u2014 qui a d\u00e9j\u00e0 re\u00e7u des sanctions internationales \u2014 et sous le commandement sup\u00e9rieur de la procureure g\u00e9n\u00e9rale Consuelo Porras, le mouvement Semilla aurait \u00e9t\u00e9 fond\u00e9 avec 5 000 signatures, dont certaines seraient frauduleuses <\/span>7<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Selon ce raisonnement, cela aurait d\u00fb emp\u00eacher Semilla et ses candidats de participer au second tour des \u00e9lections. Face \u00e0 la suspension du parti par un tribunal p\u00e9nal, le Mouvement a fait appel \u00e0 la Cour constitutionnelle, qui lui a \u00e9t\u00e9 accord\u00e9 jusqu’\u00e0 la fin du processus \u00e9lectoral, le 31 octobre, comme \u00e9tabli par le Tribunal supr\u00eame \u00e9lectoral <\/span>8<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Cependant, apr\u00e8s les \u00e9lections et le jour m\u00eame o\u00f9 Ar\u00e9valo et Herrera ont \u00e9t\u00e9 certifi\u00e9s comme futurs pr\u00e9sident et vice-pr\u00e9sidente, le juge Fredy Orellana, \u00e9galement sous le coup de sanctions, a ordonn\u00e9 au Registre des citoyens de suspendre temporairement le Mouvement Semilla \u00e0 la demande du bureau du procureur <\/span>9<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n La man\u0153uvre consistant \u00e0 priver ce Parti de son statut juridique a \u00e9t\u00e9 qualifi\u00e9e par plusieurs juristes d’ill\u00e9gale : il s’agit d’une proc\u00e9dure men\u00e9e \u00e0 contre-temps et totalement hors de la comp\u00e9tence de ceux qui l’ex\u00e9cutent. La seule instance qui aurait d\u00fb \u00eatre comp\u00e9tente est le Tribunal supr\u00eame \u00e9lectoral, dont les proc\u00e9dures sont clairement \u00e9tablies dans la loi sur les \u00e9lections et les partis politiques, et qui a finalement suspendu la d\u00e9cision <\/span>10<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Cependant, ces d\u00e9marches juridiques d\u00e9montrent une volont\u00e9 claire d’utiliser toutes les ruses possibles pour attaquer le Movimiento Semilla sans aucune base l\u00e9gale <\/span>11<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n La man\u0153uvre consistant \u00e0 priver ce Parti de son statut juridique a \u00e9t\u00e9 qualifi\u00e9e par plusieurs juristes d’ill\u00e9gale : il s’agit d’une proc\u00e9dure men\u00e9e \u00e0 contre-temps et totalement hors de la comp\u00e9tence de ceux qui l’ex\u00e9cutent.<\/p>\u00darsula Rold\u00e1n et Jes\u00fas de la Torre<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Les mois de novembre et d\u00e9cembre seront cruciaux dans le pays. Apr\u00e8s la fin officielle de la p\u00e9riode \u00e9lectorale, le 31 octobre, le pr\u00e9sident et la vice-pr\u00e9sidente \u00e9lus se trouveront dans une situation particuli\u00e8rement vuln\u00e9rable. Selon la loi guat\u00e9malt\u00e8que, le bin\u00f4me gagnant d\u00e9clar\u00e9 comme futurs pr\u00e9sident et vice-pr\u00e9sident b\u00e9n\u00e9ficie d’une immunit\u00e9 garantie par le Tribunal supr\u00eame \u00e9lectoral jusqu’\u00e0 l’investiture en janvier <\/span>12<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Cependant, les r\u00e9cents d\u00e9veloppements soul\u00e8vent des questions quant au respect de cette pr\u00e9rogative.\u00a0<\/p>\n\n\n\n D’une part, la FECI, et le minist\u00e8re public en g\u00e9n\u00e9ral, ont d\u00e9j\u00e0 engag\u00e9 de multiples proc\u00e9dures contre des membres du Tribunal supr\u00eame \u00e9lectoral, remettant en cause sa l\u00e9gitimit\u00e9 et son autorit\u00e9 <\/span>13<\/sup><\/a><\/span><\/span>. L’immunit\u00e9 que le TSE pourrait garantir au bin\u00f4me \u00e9lu serait donc d\u00e9l\u00e9gitim\u00e9e, voire non respect\u00e9e. Cela, ajout\u00e9 \u00e0 la pr\u00e9misse que la fondation du Movimiento Semilla serait frauduleuse et n’aurait donc jamais d\u00fb participer aux \u00e9lections, ouvrirait la porte \u00e0 d’\u00e9ventuelles poursuites judiciaires pour des motifs douteux contre Bernardo Ar\u00e9valo et Karin Herrera \u2014 bien qu’aucun d’entre eux, par ailleurs, n’ait particip\u00e9 \u00e0 la fondation du parti.\u00a0<\/p>\n\n\n\n Selon la Constitution guat\u00e9malt\u00e8que, en cas d’absence temporaire ou absolue du pr\u00e9sident, c’est le vice-pr\u00e9sident qui le remplace (article 189). Toutefois, en cas d’absence permanente des deux, c’est le Congr\u00e8s qui d\u00e9signe un candidat avec un vote favorable des deux tiers de la Chambre. L’ample champ d\u2019interpr\u00e9tation de l\u2019expression \u00ab absence temporaire ou permanente \u00bb peut conduire \u00e0 de multiples sc\u00e9narios, avec la possibilit\u00e9 que ce soit le Congr\u00e8s aux couleurs oppos\u00e9es qui d\u00e9cide qui sera le prochain dirigeant du pays.<\/p>\n\n\n\n Les mois de novembre et d\u00e9cembre seront cruciaux dans le pays.<\/p>\u00darsula Rold\u00e1n et Jes\u00fas de la Torre<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Dans la lign\u00e9e du dernier point, il est alarmant d’envisager la menace de ce qui est connu comme le \u00ab Plan Colosio \u00bb : assassiner Bernardo Ar\u00e9valo ou attaquer l’un de ses fid\u00e8les. La connaissance de ces menaces a contraint le mouvement Semilla \u00e0 demander des mesures de pr\u00e9caution \u00e0 la Cour interam\u00e9ricaine des droits de l’homme, qui les lui a accord\u00e9es le 24 ao\u00fbt <\/span>14<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Cette menace ne serait pas aussi dangereuse si le Guatemala \u00e9tait un pays dont l’histoire n’\u00e9tait pas marqu\u00e9e par des assassinats, des disparitions forc\u00e9es et des massacres, ou par l’existence de pouvoirs de fait li\u00e9s \u00e0 des structures de crime organis\u00e9 et de trafic de drogue. De m\u00eame, la menace prend des dimensions plus inqui\u00e9tantes si l’on consid\u00e8re les cas historiques et actuels en Am\u00e9rique latine d\u2019assassinats de candidats \u00e0 la pr\u00e9sidence<\/a> par l’interm\u00e9diaire de mafias en collusion avec des organes de l’\u00c9tat.\u00a0<\/p>\n\n\n\n Face \u00e0 cela, le Congr\u00e8s aurait \u00e0 nouveau le pouvoir de nommer le prochain pr\u00e9sident. Ce serait le pire sc\u00e9nario possible, non seulement parce qu’il s’agirait d’un attentat contre la vie des deux candidats \u00e9lus, mais aussi en raison des cons\u00e9quences politiques, sociales et \u00e9conomiques sans pr\u00e9c\u00e9dent qui plongeraient le Guatemala dans une crise difficile \u00e0 r\u00e9soudre. <\/p>\n\n\n\n Enfin, il est possible que le Mouvement Semilla gagne les proc\u00e8s intent\u00e9s contre le parti, qu’il entre au Congr\u00e8s en tant que groupe politique et qu’Ar\u00e9valo et Herrera pr\u00eatent serment. Dans ce sc\u00e9nario, cependant, le champ d\u2019action pour gouverner restera \u00e9troit et compliqu\u00e9 pour les raisons \u00e9voqu\u00e9es plus haut : un Congr\u00e8s oppos\u00e9, une administration publique coopt\u00e9e en partie par les \u00e9lites <\/span>15<\/sup><\/a><\/span><\/span>, et une extr\u00eame in\u00e9galit\u00e9 \u00e9conomique due \u00e0 des d\u00e9s\u00e9quilibres structurels contre lesquels il est difficile de modifier en un seul mandat et sans l’appui du Congr\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n Il est alarmant d’envisager la menace de ce qui est connu comme le \u00ab Plan Colosio \u00bb : assassiner Bernardo Ar\u00e9valo ou attaquer l’un de ses fid\u00e8les.<\/p>\u00darsula Rold\u00e1n et Jes\u00fas de la Torre<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n \u00c0 l’instar du Honduras<\/a>, o\u00f9 la pr\u00e9sidente Xiomara Castro est confront\u00e9e \u00e0 des d\u00e9fis similaires, Ar\u00e9valo et son administration devront r\u00e9pondre aux attentes d’un peuple qui souhaite des changements significatifs en termes de lutte contre la corruption et d’am\u00e9lioration des opportunit\u00e9s, ainsi que la cr\u00e9ation d’alliances transparentes entre la soci\u00e9t\u00e9 civile et les entreprises. <\/p>\n\n\n\n Face \u00e0 ces sc\u00e9narios, l’avenir du Guatemala d\u00e9pendra \u00e9galement de l’action de deux acteurs fondamentaux et pluriels : la soci\u00e9t\u00e9 civile du pays et la communaut\u00e9 internationale.<\/p>\n\n\n\n D’une part, une citoyennet\u00e9 active continuera d’\u00eatre essentielle, tout comme d’autres secteurs r\u00e9duits au silence par la menace de l’\u00c9tat qui devront malgr\u00e9 tout faire entendre leur voix et leur organisation sectorielle et multisectorielle en faveur du respect du vote des citoyens et, surtout, de la volont\u00e9 populaire d’un retour \u00e0 la transition d\u00e9mocratique. Il convient de noter que des communaut\u00e9s de peuples indig\u00e8nes ont d\u00e9j\u00e0 exprim\u00e9 leur soutien \u00e0 une transition d\u00e9mocratique et pacifique du pouvoir <\/span>16<\/sup><\/a><\/span><\/span>, de m\u00eame que des secteurs \u00e9conomiques d\u00e9mocratiques <\/span>17<\/sup><\/a><\/span><\/span> et des chambres de commerce traditionnelles qui ont finalement accept\u00e9 les r\u00e9sultats des \u00e9lections <\/span>18<\/sup><\/a><\/span><\/span>, ainsi que diverses communaut\u00e9s religieuses. Si Bernardo Ar\u00e9valo et Karin Herrera prennent bien leurs fonctions le 14 janvier, l\u2019\u00e9tape suivante sera le d\u00e9but de v\u00e9ritables pactes sociaux pour poser les bases d’un pays qui combat la corruption et l’impunit\u00e9 de front, et qui sera enfin en mesure d’orienter des politiques publiques fortes en faveur du bien-\u00eatre social, en particulier pour les secteurs les plus d\u00e9favoris\u00e9s de la soci\u00e9t\u00e9.\u00a0<\/p>\n\n\n\n Si l’arriv\u00e9e au pouvoir d’Ar\u00e9valo-Herrera \u00e9choue, ou s’il n’y a pas de gestion ad\u00e9quate des attentes et du dialogue social, le Guatemala pourrait conna\u00eetre des moments d’intense activit\u00e9 dans les rues et peut-\u00eatre voir de nombreuses personnes abandonner l’espoir d’un avenir dans le pays et choisir d’\u00e9migrer vers le Nord. <\/p>\n\n\n\n D’autre part, la communaut\u00e9 internationale est rest\u00e9e particuli\u00e8rement attentive aux \u00e9v\u00e9nements qui se sont d\u00e9roul\u00e9s avant, pendant et apr\u00e8s le premier et le second tour des \u00e9lections. Le soutien \u00e0 un processus \u00e9lectoral transparent et au respect de la volont\u00e9 du peuple a \u00e9t\u00e9 unanime, malgr\u00e9 les diff\u00e9rences id\u00e9ologiques, avec l’appui de la plupart des gouvernements des Am\u00e9riques et d’Europe et des anciens pr\u00e9sidents latino-am\u00e9ricains et espagnols de tous bords <\/span>19<\/sup><\/a><\/span><\/span>. En particulier, trois acteurs ont jou\u00e9 un r\u00f4le cl\u00e9 : l’Organisation des \u00c9tats am\u00e9ricains (OEA), par des visites, des d\u00e9clarations r\u00e9p\u00e9t\u00e9es et une mission d’observation \u00e9lectorale ; l’Union europ\u00e9enne, \u00e9galement par des communiqu\u00e9s rapides et une mission d’observation \u00e9lectorale ; et les \u00c9tats-Unis, qui ont r\u00e9agi avec une rapidit\u00e9 inhabituelle en imposant une nouvelle s\u00e9rie de sanctions en mati\u00e8re de visas aux acteurs impliqu\u00e9s dans des affaires de corruption syst\u00e9matique dans le pays <\/span>20<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n Le soutien \u00e0 un processus \u00e9lectoral transparent et au respect de la volont\u00e9 du peuple a \u00e9t\u00e9 unanime, malgr\u00e9 les diff\u00e9rences id\u00e9ologiques, avec l’appui de la plupart des gouvernements des Am\u00e9riques et d’Europe et des anciens pr\u00e9sidents latino-am\u00e9ricains et espagnols de tous bords.<\/p>\u00darsula Rold\u00e1n et Jes\u00fas de la Torre<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Contrairement \u00e0 d’autres circonstances, telles que le r\u00f4le controvers\u00e9 jou\u00e9 par ces acteurs dans des pays comme la Bolivie ou le P\u00e9rou face aux attaques contre leurs d\u00e9mocraties, l’OEA, l’Union europ\u00e9enne et les \u00c9tats-Unis semblent soutenir de mani\u00e8re in\u00e9branlable la volont\u00e9 populaire exprim\u00e9e par le biais du vote et l’entr\u00e9e en fonction du pr\u00e9sident \u00e9lu. Le soutien de tous ces acteurs, ainsi que la solidarit\u00e9 transnationale, ont \u00e9t\u00e9 et continueront d’\u00eatre essentiels dans chacun des sc\u00e9narios pr\u00e9sent\u00e9s ci-dessus. Premi\u00e8rement, la communaut\u00e9 internationale doit continuer \u00e0 montrer son engagement in\u00e9branlable \u00e0 respecter la volont\u00e9 du peuple guat\u00e9malt\u00e8que. <\/p>\n\n\n\n Deuxi\u00e8mement, les \u00c9tats-Unis et l’Union europ\u00e9enne peuvent disposer d’informations suffisantes pour imposer des sanctions cibl\u00e9es plus s\u00e9v\u00e8res aux acteurs corrompus qui sabotent une transition pacifique et d\u00e9mocratique du pouvoir. Dans le cas des \u00c9tats-Unis, le d\u00e9partement du Tr\u00e9sor et le d\u00e9partement d’\u00c9tat peuvent imposer des sanctions financi\u00e8res \u2014 en vertu de la loi Magnitsky \u2014 aux acteurs impliqu\u00e9s dans des actes graves de \u00ab violations des droits de l’homme et de corruption \u00bb <\/span>21<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Dans le cas de l’Union europ\u00e9enne, le Conseil, sur proposition du Haut Repr\u00e9sentant, peut imposer des sanctions financi\u00e8res et de voyage aux personnes ayant des affaires et des liens dans les pays de l’Union si les attaques contre la d\u00e9mocratie au Guatemala persistent. La pr\u00e9sidence espagnole du Conseil jusqu’\u00e0 la fin de l’ann\u00e9e pourrait donner un \u00e9lan \u00e0 ces demandes, et il sera donc crucial de surveiller les prochaines actions de la diplomatie espagnole.\u00a0<\/p>\n\n\n\n Il sera crucial de surveiller les prochaines actions de la diplomatie espagnole sur le Guatemala. <\/p>\u00darsula Rold\u00e1n et Jes\u00fas de la Torre<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Mais au-del\u00e0 des \u00e9ventuelles sanctions, les \u00c9tats-Unis et l’Union europ\u00e9enne doivent r\u00e9\u00e9quilibrer leur soutien \u00e9conomique au Guatemala. \u00c0 cette fin, ces deux acteurs doivent r\u00e9orienter l’investissement de leurs fonds de coop\u00e9ration internationale au Guatemala afin que, conjointement avec la future administration Arevalo, il soit pleinement align\u00e9 sur les besoins des communaut\u00e9s les plus d\u00e9munies du pays, comme ces auteurs l’ont soutenu dans un rapport pr\u00e9c\u00e9dent <\/span>22<\/sup><\/a><\/span><\/span>. De m\u00eame, l’administration Biden-Harris et les diff\u00e9rents gouvernements europ\u00e9ens devraient repenser les axes de leurs relations commerciales, apporter un soutien technique \u00e0 la conception et collaborer \u00e0 des politiques qui combattent les \u00e9carts \u00e9conomiques, ethniques et de genre dans un pays dont le taux de pauvret\u00e9 multidimensionnelle s’\u00e9l\u00e8ve \u00e0 61,6 % selon les Nations unies <\/span>23<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Cela devrait \u00eatre la priorit\u00e9 pour ces pays dans les organisations multilat\u00e9rales de financement telles que la Banque mondiale et le Fonds mon\u00e9taire international.\u00a0<\/p>\n\n\n\n Enfin, les pays membres de l’OEA, en vertu de l’article 19 de la Charte d\u00e9mocratique interam\u00e9ricaine, peuvent demander des mesures urgentes, y compris les bons offices de l’OEA et\/ou la suspension ou m\u00eame l’expulsion d’un pays membre en cas de rupture grave de l’ordre d\u00e9mocratique interne. Ces mesures sont souvent un encouragement moral pour la soci\u00e9t\u00e9 civile du pays en question.<\/p>\n\n\n\n En fin de compte, le Guatemala se trouve \u00e0 un carrefour qui d\u00e9terminera non seulement l’avenir du nouveau gouvernement du pays, mais aussi l’avenir de sa d\u00e9mocratie d\u00e9j\u00e0 fortement affaiblie. Le soutien national et international sera essentiel au cours des prochains mois qui d\u00e9termineront de quel c\u00f4t\u00e9 la balance penchera en Am\u00e9rique centrale : l’autoritarisme et la cooptation des \u00c9tats par les \u00e9lites, ou un arr\u00eat possible du recul d\u00e9mocratique.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":" Le \u00ab deuxi\u00e8me printemps \u00bb du Guatemala est menac\u00e9. D\u2019ici \u00e0 janvier 2024, la plus grande \u00e9conomie d\u2019Am\u00e9rique centrale va basculer \u2014 soit dans le retour \u00e0 l\u2019ordre d\u00e9mocratique, soit dans le chaos. 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Les sc\u00e9narios<\/strong><\/h2>\n\n\n\n
1 \u2014 Le Movimiento Semilla est exclu, mais Ar\u00e9valo et Herrera pr\u00eatent serment<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
2 \u2014 Mouvement Semilla et Arevalo-Herrera disqualifi\u00e9s, le Congr\u00e8s \u00e9lit un candidat<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
3 \u2014 Ar\u00e9valo-Herrera et Movimiento Semilla n\u2019arrivent pas vivants \u00e0 l’investiture <\/strong><\/h3>\n\n\n\n
4 \u2014 Ar\u00e9valo-Herrera et le Movimiento Semilla parviennent \u00e0 l’investiture <\/strong><\/h3>\n\n\n\n
La r\u00e9sistance civile pacifique et le fondamental soutien de la communaut\u00e9 internationale<\/strong><\/h2>\n\n\n\n