{"id":196313,"date":"2023-08-30T16:51:41","date_gmt":"2023-08-30T14:51:41","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=196313"},"modified":"2023-08-30T17:07:32","modified_gmt":"2023-08-30T15:07:32","slug":"mali-niger-gabon-lafrique-face-aux-revolutions-kaki-une-conversation-avec-wassim-nasr","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2023\/08\/30\/mali-niger-gabon-lafrique-face-aux-revolutions-kaki-une-conversation-avec-wassim-nasr\/","title":{"rendered":"Mali, Niger, Gabon\u2026 l\u2019Afrique face aux r\u00e9volutions kaki, une conversation avec Wassim Nasr"},"content":{"rendered":"\n
Il convient d’embl\u00e9e de pr\u00e9ciser que le contexte g\u00e9opolitique et les syst\u00e8mes de gouvernance dans ces r\u00e9gions sont distincts. Une comparaison directe serait donc inappropri\u00e9e. Cependant, un point de convergence frappant r\u00e9side dans la conviction croissante parmi les officiers militaires en Afrique que la prise du pouvoir par la force est non seulement r\u00e9alisable, mais \u00e9galement susceptible de recevoir une r\u00e9action mod\u00e9r\u00e9e, voire un soutien tacite de la part des acteurs internationaux. <\/p>\n\n\n\n
Prenez l’exemple du Mali. Le pays a \u00e9t\u00e9 le th\u00e9\u00e2tre d’un coup d’\u00c9tat suivi d’un autre, avec une acc\u00e9l\u00e9ration notable dans la cadence de ces \u00e9v\u00e9nements. Au Burkina Faso, la situation s’est d\u00e9roul\u00e9e de mani\u00e8re similaire, avec deux coups d’\u00c9tat en succession rapide. Le Niger a connu une prise de pouvoir encore plus exp\u00e9ditive, signalant que ce mode d’accession au pouvoir semble devenir de plus en plus efficient et donc, tentant. Il est int\u00e9ressant de noter que dans ces cas, la rh\u00e9torique de \u00ab l’\u00e9mancipation \u00bb contre les anciennes puissances coloniales et leurs interventions r\u00e9centes sert souvent \u00e0 mobiliser la population. Cela devient presque un programme politique en soi. Ce fut notamment le cas au Mali, et cela a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 soulign\u00e9 lors de r\u00e9centes d\u00e9clarations du capitaine Traor\u00e9 \u00e0 Saint-P\u00e9tersbourg, au sommet Russie-Afrique<\/a>.<\/p>\n\n\n\n Il y a une conviction croissante parmi les officiers militaires en Afrique que la prise du pouvoir par la force est non seulement r\u00e9alisable, mais \u00e9galement susceptible de recevoir une r\u00e9action mod\u00e9r\u00e9e, voire un soutien tacite de la part des acteurs internationaux. <\/p>Wassim Nasr<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Le Niger offre un autre angle d’analyse particuli\u00e8rement intrigant, \u00e9tant donn\u00e9 que c’\u00e9tait un alli\u00e9 important de la France dans la r\u00e9gion. La pr\u00e9sence d’une importante base militaire fran\u00e7aise n’a pas emp\u00each\u00e9 la r\u00e9alisation du coup d’\u00c9tat. Ce laisser-faire volontaire envoie le message que, m\u00eame avec une pr\u00e9sence militaire occidentale cons\u00e9quente, tout semble d\u00e9sormais possible en termes de changements de r\u00e9gime.<\/p>\n\n\n\n En r\u00e9sum\u00e9, alors que les dynamiques et les motivations \u00e0 la base de ces coups d’\u00c9tat diff\u00e8rent significativement d’un pays \u00e0 l’autre, ils partagent un air de famille dans la perception croissante qu’une prise de pouvoir militaire peut r\u00e9ussir sans d\u00e9clencher une intervention arm\u00e9e substantielle. C’est dans ce sens que le putsch au Gabon s’inscrit dans une tendance r\u00e9gionale plus large, alimentant l’audace de ceux qui pourraient \u00eatre tent\u00e9s de suivre cet exemple.<\/p>\n\n\n\n La situation dans le pays demeure fig\u00e9e, mais pas sans dynamique. Les acteurs locaux et internationaux campent sur leurs positions, cr\u00e9ant une tension palpable qui d\u00e9passe les fronti\u00e8res nig\u00e9riennes.<\/p>\n\n\n\n D’un c\u00f4t\u00e9, les putschistes consolident leur emprise, exploitant adroitement les dissonances entre les deux puissances occidentales majeures impliqu\u00e9es dans la r\u00e9gion : la France et les \u00c9tats-Unis. Paris, cherchant \u00e0 maintenir une ligne dure, reconna\u00eet que cette approche n’a pas suffi \u00e0 r\u00e9soudre la crise. Les \u00c9tats-Unis, quant \u00e0 eux, se trouvent dans une situation d\u00e9licate. Leur r\u00e9ticence \u00e0 qualifier l’\u00e9v\u00e9nement de \u00ab coup d’\u00c9tat \u00bb est motiv\u00e9e par une raison pragmatique : une telle d\u00e9claration les contraindrait l\u00e9galement \u00e0 mettre fin \u00e0 leur coop\u00e9ration avec le Niger et compromettrait le fonctionnement de leur base de drones \u00e0 Agadez, un investissement de 100 millions de dollars.<\/p>\n\n\n\n Les Am\u00e9ricains semblent croire qu’un arrangement avec la junte militaire au pouvoir est non seulement possible, mais \u00e9galement pr\u00e9f\u00e9rable \u00e0 une rupture. Ce pragmatisme s’inscrit dans une strat\u00e9gie plus large visant \u00e0 contenir l’influence russe dans la r\u00e9gion. Pourtant, cette posture s’av\u00e8re risqu\u00e9e. Il suffit de se rappeler les \u00e9checs fran\u00e7ais au Mali et au Burkina Faso, o\u00f9 une strat\u00e9gie similaire a finalement abouti \u00e0 des expulsions fran\u00e7aises et \u00e0 l’arriv\u00e9e de forces russes. Les r\u00e9gimes militaires, une fois confortablement install\u00e9s, ont tendance \u00e0 suivre leur propre agenda, ind\u00e9pendamment des promesses ant\u00e9rieures faites aux puissances occidentales.<\/p>\n\n\n\n Dans ce grand jeu g\u00e9opolitique, la junte nig\u00e9rienne semble avoir le vent en poupe. Ils capitalisent sur cette dichotomie entre la vision fran\u00e7aise et am\u00e9ricaine, esp\u00e9rant man\u0153uvrer entre les deux pour consolider leur pouvoir. Leur principal levier r\u00e9side dans la menace latente de mettre fin \u00e0 des accords avec les puissances \u00e9trang\u00e8res, une \u00e9p\u00e9e de Damocl\u00e8s suspendue au-dessus de Washington.<\/p>\n\n\n\n En somme, bien que la lutte contre le terrorisme puisse toujours figurer en bonne place dans les discours des juntes et des puissances occidentales, l’\u00e9lan semble avoir bascul\u00e9 vers \u00ab l’apr\u00e8s-guerre contre le terrorisme \u00bb. Aujourd’hui, l’objectif principal n’est plus simplement de combattre le terrorisme, mais de naviguer dans ce nouvel \u00e9chiquier g\u00e9opolitique complexe o\u00f9 la survie politique interne des r\u00e9gimes en place est devenue le v\u00e9ritable enjeu. Dans ce climat, les putschistes nig\u00e9riens, tout comme leurs homologues dans d’autres pays africains, semblent de moins en moins enclins \u00e0 \u00eatre des pions dociles dans les mains des puissances \u00e9trang\u00e8res. Leurs actions sur le terrain le prouvent, rendant la situation au Niger non seulement tendue, mais aussi embl\u00e9matique des d\u00e9fis g\u00e9opolitiques qui se dessinent sur le continent.<\/p>\n\n\n\n [<\/strong><\/em>Lire plus : le dernier entretien de Mohamed Bazoum avant le coup d\u2019\u00c9tat au Niger\u00bb<\/em><\/strong><\/a>]<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n Dans un environnement g\u00e9opolitique aussi complexe que le Sahel, la question d\u2019un conflit inter\u00e9tatique est une interrogation l\u00e9gitime, mais difficile \u00e0 r\u00e9soudre. Le coup d’\u00c9tat r\u00e9cent au Gabon injecte une nouvelle dose d’incertitude, faisant potentiellement reculer la probabilit\u00e9 d’une intervention militaire coordonn\u00e9e de la CEDEAO. Si les putschistes s’installent durablement au pouvoir tant au Gabon qu’au Niger, cela pourrait entra\u00eener un effet domino de r\u00e9ticences internationales. Personne ne souhaite intervenir militairement en deux lieux en m\u00eame temps. Il semblerait que chaque nouveau putsch solidifie l’emprise des juntas militaires \u00e0 travers la r\u00e9gion, leur objectif \u00e9tant manifestement de se maintenir au pouvoir, et non de lutter contre le terrorisme ou de d\u00e9mocratiser leur pays.<\/p>\n\n\n\n En effet, les acteurs locaux et les puissances occidentales semblent engag\u00e9s dans des conflits distincts. Les premiers s’attellent \u00e0 une guerre d’influence, alors que les seconds persistent dans une vision antiterroriste, adoss\u00e9e \u00e0 un agenda d\u00e9mocratique. Ce hiatus rappelle \u00e9trangement les tensions de la Guerre froide, m\u00eame si la situation g\u00e9opolitique me para\u00eet aujourd\u2019hui tr\u00e8s diff\u00e9rente. Les adversaires des pays occidentaux n’h\u00e9sitent plus \u00e0 utiliser des m\u00e9thodes que l’Occident se refuse \u00e0 employer, comme soutenir ou provoquer des coups d’\u00c9tat : les r\u00e8gles du jeu ont bel et bien chang\u00e9.<\/p>\n\n\n\n Concernant la possibilit\u00e9 d’une guerre inter\u00e9tatique, il faut se poser une question cruciale : entre quelles arm\u00e9es ? Aucun des pays concern\u00e9s, que ce soit le Mali, le Burkina Faso ou le Niger, n’a la capacit\u00e9 de mener une guerre conventionnelle actuellement : leurs arm\u00e9es sont peu importantes et ils ne ma\u00eetrisent pas la totalit\u00e9 de leurs territoires, loin de l\u00e0. Les groupes djihadistes op\u00e9rant dans ces pays sont davantage int\u00e9ress\u00e9s par l’extension de leur influence respective. <\/p>\n\n\n\n Aucun des pays concern\u00e9s, que ce soit le Mali, le Burkina Faso ou le Niger, n’a la capacit\u00e9 de mener une guerre conventionnelle actuellement. <\/p>Wassim Nasr<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Le dilemme pour les \u00c9tats-Unis et la France, les principaux intervenants occidentaux, est particuli\u00e8rement \u00e9pineux. D’une part, leur volont\u00e9 de conserver des bases militaires pour des op\u00e9rations antiterroristes est sap\u00e9e par le manque de partenaires locaux fiables. D’autre part, l’inaction ou l’insuffisance d’intervention militaire peut \u00eatre per\u00e7ue comme une faiblesse ou m\u00eame une trahison par leurs alli\u00e9s sur place, les poussant \u00e9ventuellement \u00e0 chercher des soutiens ailleurs.<\/p>\n\n\n\n En r\u00e9sum\u00e9, alors que le Sahel est en proie \u00e0 une instabilit\u00e9 croissante et que les coups d’\u00c9tat semblent se multiplier, l’\u00e9volution vers un conflit inter\u00e9tatique me para\u00eet improbable, mais elle n\u2019est bien s\u00fbr pas impossible. Les acteurs en place sont moins pr\u00e9occup\u00e9s par la guerre contre le terrorisme que par le maintien ou l’acquisition du pouvoir. Dans ce contexte complexe et en rapide mutation, \u00e0 d\u00e9faut de retirer leurs troupes, les puissances occidentales doivent soit s’adapter aux nouvelles r\u00e8gles du jeu, soit reconsid\u00e9rer radicalement leur engagement dans la r\u00e9gion.<\/p>\n\n\n\n Dans la crise complexe du Sahel, le Nigeria poss\u00e8de sans aucun doute l’arm\u00e9e la plus robuste de la r\u00e9gion. Cette force militaire, cependant, ne garantit pas une intervention unilat\u00e9rale, d\u2019autant que le Nigeria a fort \u00e0 faire sur son propre territoire, puisqu\u2019il affronte Boko Haram et l\u2019\u00c9tat islamique d\u2019Afrique de l\u2019Ouest dans le Nord-Est du pays. Les autres arm\u00e9es r\u00e9gionales, comme celles de la C\u00f4te d’Ivoire ou du S\u00e9n\u00e9gal, n’offrent pas une alternative r\u00e9aliste en termes de projection de force. Une telle d\u00e9cision n\u00e9cessiterait donc le soutien militaire des puissances occidentales, principalement les \u00c9tats-Unis et la France. Mais au-del\u00e0 des consid\u00e9rations militaires, une intervention du Nigeria aurait un co\u00fbt politique \u00e9lev\u00e9. Pour Bola Tinubu, il serait risqu\u00e9 de s’engager sur un autre th\u00e9\u00e2tre d’op\u00e9rations tout en n\u00e9gligeant des probl\u00e9matiques internes. Cela am\u00e8ne \u00e0 une question cruciale : les alli\u00e9s occidentaux viendraient-ils au secours du Nigeria si la situation tournait mal \u00e0 cause de cette intervention ? La chute de Bazoum vient rappeler les risques qu\u2019il y a \u00e0 trop afficher sa proximit\u00e9 avec les Occidentaux, et particuli\u00e8rement les Fran\u00e7ais. Cette incertitude pourrait s\u00e9rieusement d\u00e9courager toute initiative militaire.<\/p>\n\n\n\n La chute de Bazoum vient rappeler les risques qu\u2019il y a \u00e0 trop afficher sa proximit\u00e9 avec les Occidentaux, et particuli\u00e8rement les Fran\u00e7ais.<\/p>wassim nasr<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n De plus, le Sahel est aujourd’hui une zone o\u00f9 coexistent des r\u00e9gimes instables, des juntes militaires et des groupes djihadistes. La question pr\u00e9dominante pour les dirigeants, qu’ils soient en place suite \u00e0 des \u00e9lections ou des coups d’\u00c9tat, reste leur maintien au pouvoir. On le voit avec les cas r\u00e9cents du Mali, du Burkina Faso, de la Guin\u00e9e, du Niger et maintenant du Gabon. Si le Nigeria choisissait d’intervenir, il devrait \u00e9galement envisager la r\u00e9action \u00e0 un \u00e9ventuel soul\u00e8vement interne. \u00c0 nouveau, la question de la confiance envers les alli\u00e9s occidentaux n’est pas \u00e0 n\u00e9gliger, quelle que soit la nature du r\u00e9gime en place.<\/p>\n\n\n\n En r\u00e9sum\u00e9, l’incertitude et les co\u00fbts politiques associ\u00e9s rendent improbable une intervention militaire du Nigeria dans le Sahel, malgr\u00e9 sa sup\u00e9riorit\u00e9 militaire. Le calcul des risques semble pour l\u2019instant dissuader toute action significative de la part d’Abuja dans ce contexte. <\/p>\n\n\n\n Contrairement aux acteurs \u00e9tatiques, les djihadistes ne basent pas leur strat\u00e9gie sur les al\u00e9as de la situation politique. Leur agenda demeure clair et in\u00e9branlable, se nourrissant surtout des failles et opportunit\u00e9s cr\u00e9\u00e9es par les acteurs ext\u00e9rieurs.<\/p>\n\n\n\n Prenons l’exemple du retrait militaire de la France au Mali. Bien avant la finalisation de ce retrait en 2022, des groupes comme l’\u00c9tat islamique ont imm\u00e9diatement capitalis\u00e9 sur cette \u00e9volution. Ils ont intensifi\u00e9 leurs op\u00e9rations, \u00e9tendu leur zone de contr\u00f4le et accru leur influence. Pourquoi ? Ils savaient qu’avec le d\u00e9part des forces fran\u00e7aises, l’ascendant a\u00e9rien et les forces sp\u00e9ciales qui les contenaient jusque-l\u00e0 dispara\u00eetraient, leur laissant le champ libre pour imposer une nouvelle r\u00e9alit\u00e9 sur le terrain. Dans cette optique, la r\u00e9gion est devenue un terrain ouvert pour les djihadistes, d’autant plus que les ressources naturelles \u2014 notamment l\u2019eau \u2014 et les voies de passage strat\u00e9giques ajoutaient \u00e0 son attrait.<\/p>\n\n\n\n L’adaptabilit\u00e9 est aussi un point fort de ces groupes. Dans le contexte nig\u00e9rien, par exemple, le nombre d’op\u00e9rations men\u00e9es par Al-Qa\u00efda a surpass\u00e9 celles de l’\u00c9tat islamique. Ceci est en grande partie d\u00fb au fait que les canaux de communication que le gouvernement entretenait avec ces groupes ont \u00e9t\u00e9 interrompus, lib\u00e9rant ainsi la voie \u00e0 une comp\u00e9tition accrue entre factions rivales pour imposer leur contr\u00f4le territorial.<\/p>\n\n\n\n Les djihadistes savaient qu’avec le d\u00e9part des forces fran\u00e7aises, l’ascendant a\u00e9rien et les forces sp\u00e9ciales qui les contenaient jusque-l\u00e0 dispara\u00eetraient, leur laissant le champ libre pour imposer une nouvelle r\u00e9alit\u00e9 sur le terrain.<\/p>wassim nasr<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n En ce qui concerne le recrutement, des facteurs externes tels que les actions des Volontaires pour la D\u00e9fense de la Patrie (VDP) au Burkina Faso (une milice apparue en 2019), ou m\u00eame l’impact du groupe Wagner au Mali, ont \u00e9galement jou\u00e9 en leur faveur. Ces acteurs, par leurs actions violentes, ont indirectement renforc\u00e9 le message des djihadistes, qui se pr\u00e9sentent alors comme des protecteurs des communaut\u00e9s locales.<\/p>\n\n\n\n Et puis, il y a la question de l’instabilit\u00e9 politique interne. Souvent, ce sont les unit\u00e9s d’\u00e9lite des arm\u00e9es nationales, form\u00e9es pour combattre le terrorisme, qui se retrouvent impliqu\u00e9es dans des coups d’\u00c9tat. Ce faisant, elles laissent un vide s\u00e9curitaire que les groupes djihadistes sont trop heureux de combler.<\/p>\n\n\n\n Dans leur id\u00e9ologie et leur litt\u00e9rature, l’affaiblissement des ennemis par des conflits internes est per\u00e7u comme une b\u00e9n\u00e9diction divine. Pendant que les \u00c9tats se querellent pour des raisons souvent mercantiles, eux continuent \u00e0 suivre le \u00ab sentier du jihad \u00bb. En somme, ils excellent dans l’art de capitaliser sur les complexit\u00e9s et les failles des situations politiques pour avancer leurs pions, toujours dans le but d’\u00e9tendre leur influence et de marquer leur territoire.<\/p>\n\n\n\n Au c\u0153ur de cette probl\u00e9matique se trouve un dilemme strat\u00e9gique que la France n’a jamais r\u00e9ussi \u00e0 r\u00e9soudre : comment combattre efficacement le djihadisme sans un partenaire local fiable, tout en naviguant dans un oc\u00e9an d’int\u00e9r\u00eats divergents ?<\/p>\n\n\n\n D’abord, la France a p\u00e9ch\u00e9 par exc\u00e8s de focalisation sur la lutte antiterroriste, au d\u00e9triment d’une compr\u00e9hension plus large des dynamiques locales. Dans un contexte comme celui du Mali, le retrait des forces fran\u00e7aises des zones de combat doit s’accompagner d’un retour de l’administration malienne, ce qui ne s’est pas toujours produit. Cette absence d’administration nationale a laiss\u00e9 un vide que m\u00eame la meilleure des forces militaires ne saurait combler, surtout si elle est \u00e9trang\u00e8re. Cette obsession fran\u00e7aise pour l’antiterrorisme ressemble aux erreurs commises par les Am\u00e9ricains, qui ont souvent prioris\u00e9 les questions de s\u00e9curit\u00e9 au d\u00e9triment des consid\u00e9rations politiques et sociales.<\/p>\n\n\n\n Deuxi\u00e8mement, la France a impos\u00e9 des contraintes toujours plus lourdes \u00e0 ses partenaires locaux en termes de d\u00e9mocratisation, de droits de l’homme, de protection des minorit\u00e9s et de gouvernance, sans pour autant leur offrir les garanties s\u00e9curitaires qu’offrait jadis la \u00ab Fran\u00e7afrique \u00bb. On ne peut ignorer que ces contraintes sont impos\u00e9es dans des soci\u00e9t\u00e9s conservatrices, o\u00f9 les dirigeants ne se sentent pas n\u00e9cessairement en phase avec l’agenda occidental. Le r\u00e9sultat est assez simple : les dirigeants locaux, se sentant pris en tenaille, cherchent d’autres options, y compris en fomentant des coups d’\u00c9tat.<\/p>\n\n\n\n Le message envoy\u00e9 par la France est donc devenu flou, pour ne pas dire schizophr\u00e8ne. D’un c\u00f4t\u00e9, elle ne veut pas \u00eatre per\u00e7ue comme un acteur dominant, tout en maintenant une pr\u00e9sence militaire significative. D’un autre c\u00f4t\u00e9, elle exige des r\u00e9formes qui, bien que louables en th\u00e9orie, ne correspondent pas toujours \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 socio-politique locale. Cette ambivalence est per\u00e7ue, au mieux, comme une faiblesse et, au pire, comme une trahison par les opinions publiques locales.<\/p>\n\n\n\n La France a impos\u00e9 des contraintes toujours plus lourdes \u00e0 ses partenaires locaux en termes de d\u00e9mocratisation, de droits de l’homme, de protection des minorit\u00e9s et de gouvernance, sans pour autant leur offrir les garanties s\u00e9curitaires qu’offrait jadis la \u00ab Fran\u00e7afrique \u00bb.<\/p>wassim nasr<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Les r\u00e9volutions kaki qui exploitent le sentiment antifran\u00e7ais ne font que cristalliser cette complexit\u00e9. Il y a cinquante ans, la France pouvait compter sur des partenariats bas\u00e9s sur un \u00e9quilibre d’int\u00e9r\u00eats mutuels. Mais cette \u00e9poque est r\u00e9volue, et aujourd’hui la France se trouve \u00e0 naviguer dans un environnement de plus en plus pr\u00e9caire.<\/p>\n\n\n\n Le r\u00e9sultat est un h\u00e9ritage complexe qui combine les \u00e9chos n\u00e9gatifs de l’\u00e9poque coloniale et de la Fran\u00e7afrique, sans en tirer les b\u00e9n\u00e9fices s\u00e9curitaires et \u00e9conomiques d’antan. La France est ainsi coinc\u00e9e dans un r\u00f4le qu’elle ne sait plus comment jouer, en essayant de jongler entre ses propres int\u00e9r\u00eats et une myriade de d\u00e9fis locaux. La solution, si elle existe, exigera une refonte totale de la strat\u00e9gie fran\u00e7aise avec une nouvelle d\u00e9finition de ses int\u00e9r\u00eats et de ses capacit\u00e9s \u00e0 les d\u00e9fendre, qui tienne compte non seulement de la menace s\u00e9curitaire, mais aussi des dynamiques sociales, politiques et \u00e9conomiques qui alimentent l’instabilit\u00e9 au Sahel.<\/p>\n\n\n\n Avant d’embrasser pleinement cette id\u00e9e, il convient de se demander si l’arm\u00e9e fran\u00e7aise d\u00e9finit r\u00e9ellement la totalit\u00e9 de la politique fran\u00e7aise dans cette r\u00e9gion. Bien s\u00fbr, l’influence du pass\u00e9 dans l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise est ind\u00e9niable et fait \u00e9cho \u00e0 une fiert\u00e9 historique partag\u00e9e par nombre d’arm\u00e9es du monde : celle des victoires militaires pass\u00e9es. Cependant, je ne crois pas que cette fiert\u00e9 issue du pass\u00e9 coloniale ait vraiment pes\u00e9 sur les d\u00e9cisions strat\u00e9giques qui ont \u00e9t\u00e9 prises au Sahel. <\/p>\n\n\n\n L’arm\u00e9e peut effectivement avoir jou\u00e9 un r\u00f4le dans le maintien d’une pr\u00e9sence au Mali, mais dans le tableau global, d’autres \u00e9l\u00e9ments sont \u00e0 consid\u00e9rer. Par exemple, plusieurs bases militaires ont \u00e9t\u00e9 ferm\u00e9es et les effectifs r\u00e9duits. De plus, les militaires n’ont pas intervenu contre les diverses juntes au pouvoir, contrairement \u00e0 ce que l’on aurait pu attendre si cette vision coloniale \u00e9tait le moteur principal de leur action.<\/p>\n\n\n\n S’il est vrai que l’h\u00e9ritage colonial a sans doute pes\u00e9 dans certaines d\u00e9cisions \u2014 comme l’ent\u00eatement \u00e0 rester au Mali m\u00eame lorsque la situation devenait irrationnelle \u2014, il ne semble pas avoir dict\u00e9 l’ensemble de la politique fran\u00e7aise au Sahel. Si tel \u00e9tait le cas, la France serait probablement moins encline \u00e0 condamner les coups d’\u00c9tat et \u00e0 imposer des principes \u00e9thiques dans ses relations avec les r\u00e9gimes locaux. Autrement dit, si la Fran\u00e7afrique \u00e9tait toujours la carte ma\u00eetresse de la politique fran\u00e7aise, pourquoi s\u2019imposer tous ces obstacles ?<\/p>\n\n\n\n La question de savoir si l’arm\u00e9e fran\u00e7aise est guid\u00e9e par une vision issue de la colonisation est donc plus nuanc\u00e9e qu’il n’y para\u00eet. Certes, les ombres du pass\u00e9 planent, mais elles ne semblent pas \u00eatre le seul facteur d\u00e9terminant dans l’\u00e9chiquier complexe du Sahel. Au lieu de cela, ce qui se dessine est une mosa\u00efque de choix et de compromis, influenc\u00e9s mais non dict\u00e9s par l’h\u00e9ritage colonial.<\/p>\n\n\n\n La posture de la France vis-\u00e0-vis d’une potentielle intervention de la CEDEAO au Niger est \u00e0 la fois li\u00e9e \u00e0 son histoire r\u00e9cente et \u00e0 une forme de r\u00e9alisme strat\u00e9gique. Paris avait jou\u00e9 \u00e0 fond la carte de Mohamed Bazoum et, dans cette logique, une r\u00e9ponse ferme de la France \u00e9tait \u00e0 la fois attendue et compr\u00e9hensible. L’exp\u00e9rience fran\u00e7aise au Mali et au Burkina Faso ajoutait un voile de pragmatisme \u00e0 cette position. Dans ces deux pays, une approche plus mod\u00e9r\u00e9e vis-\u00e0-vis des juntes a eu des cons\u00e9quences ind\u00e9sirables, rendant toute tentative de m\u00e9diation future douteuse \u00e0 l’\u00e9gard de r\u00e9gimes militaires.<\/p>\n\n\n\n Le positionnement des \u00c9tats-Unis, en revanche, s’inscrit dans une prudence calcul\u00e9e. Washington semble croire que la strat\u00e9gie adopt\u00e9e en \u00c9gypte, notamment le choix de collaborer avec Abdel Fattah al-Sissi, pourrait \u00eatre transpos\u00e9e au Niger. Toutefois, ce point de vue pourrait \u00eatre myope. Les politiques occidentales sont encore largement fa\u00e7onn\u00e9es par la lutte contre le djihadisme, une pr\u00e9occupation qui, bien que l\u00e9gitime, est de plus en plus d\u00e9phas\u00e9e par rapport aux r\u00e9alit\u00e9s en mutation du Sahel.<\/p>\n\n\n\n Le paradoxe est frappant : les fonds consacr\u00e9s \u00e0 l’antiterrorisme ont souvent eu pour effet pervers de corrompre plut\u00f4t que de fortifier, et de militariser les r\u00e9gimes au lieu de r\u00e9duire la menace djihadiste. Les unit\u00e9s d’\u00e9lite, form\u00e9es par les forces fran\u00e7aises et am\u00e9ricaines, ont parfois \u00e9t\u00e9 d\u00e9tourn\u00e9es de leur mission initiale pour orchestrer des coups d’\u00c9tat, ajoutant une nouvelle couche de complexit\u00e9 au paysage g\u00e9opolitique d\u00e9j\u00e0 convolut\u00e9.<\/p>\n\n\n\n Les \u00c9tats-Unis semblent croire que leur approche mod\u00e9r\u00e9e pourrait contenir l’influence russe dans la r\u00e9gion. Cependant, une telle strat\u00e9gie comporte des risques \u00e9thiques. Veut-on vraiment que les \u00c9tats-Unis soient associ\u00e9s aux exactions commises par des r\u00e9gimes militaires, comme celles observ\u00e9es au Mali et potentiellement au Burkina Faso ?<\/p>\n\n\n\n La perception fantasm\u00e9e des capacit\u00e9s de l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise cr\u00e9e une dissonance cognitive tant pour les dirigeants que pour la population africaines.<\/p>wassim nasr<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n L’exemple du Burkina Faso est instructif. Lorsque le nouveau Premier ministre civil a \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9, une des premi\u00e8res requ\u00eates \u00e0 la France et aux \u00c9tats-Unis a \u00e9t\u00e9 de former et d’armer des milices locales, malgr\u00e9 la probabilit\u00e9 \u00e9lev\u00e9e que cette demande serait rejet\u00e9e. Cela met en lumi\u00e8re une nouvelle forme de realpolitik, o\u00f9 les r\u00e9gimes du Sahel cherchent \u00e0 mettre les puissances occidentales devant le fait accompli : aidez-nous et fermez les yeux sur nos exactions ou nous chercherons de nouveaux alli\u00e9s, notamment aupr\u00e8s des Russes.<\/p>\n\n\n\n Imputer la mont\u00e9e du sentiment anti-Fran\u00e7ais en Afrique \u00e0 l’influence russe est \u00e0 la fois fond\u00e9 et simpliste : les tensions anti-Fran\u00e7aises sont le produit d’une s\u00e9rie de malentendus, de frustrations et d’erreurs strat\u00e9giques qui sont bien plus profonds que la seule influence russe. Oui, la Russie, notamment \u00e0 travers des acteurs comme le groupe Wagner, capitalise sur l’opinion publique africaine d\u00e9favorable envers la France, mais l’antagonisme ne trouve pas son origine dans l’influence russe mais dans des probl\u00e9matiques plus complexes et propres \u00e0 chaque pays. Le Kremlin joue le r\u00f4le d’amplificateur plut\u00f4t que de g\u00e9n\u00e9rateur de ces tensions.<\/p>\n\n\n\n Prenons l’exemple du Sahel o\u00f9 la \u00ab puissance militaire fran\u00e7aise \u00bb, l’une des plus grandes du monde, n’a pas r\u00e9ussi \u00e0 \u00e9radiquer le probl\u00e8me djihadiste. Cette perception fantasm\u00e9e des capacit\u00e9s de l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise cr\u00e9e une dissonance cognitive tant pour les dirigeants que pour la population africaines. Les drones militaires, par exemple, sont per\u00e7us comme des \u00ab baguettes magiques \u00bb qui permettront de faire dispara\u00eetre les djihadistes, alors que leur efficacit\u00e9 d\u00e9pend largement de la qualit\u00e9 des renseignements et des choix tactiques. L’achat de drones turcs en t\u00e9moigne : il est plus facile d’acheter du mat\u00e9riel militaire que de r\u00e9soudre des probl\u00e8mes g\u00e9opolitiques complexes.<\/p>\n\n\n\n La croyance selon laquelle la puissance militaire occidentale peut tout r\u00e9soudre est une illusion qui se retourne contre la France. L’id\u00e9e que les Occidentaux \u2014 et sp\u00e9cifiquement les Fran\u00e7ais \u2014 soutiennent en sous-main les djihadistes est une rumeur persistante, n\u00e9e bien avant le Sahel, en Afghanistan et en Irak. <\/p>\n\n\n\n Mais entrons dans le d\u00e9dale de la politique russe dans la r\u00e9gion. Moscou exploite habilement ces errements fran\u00e7ais pour avancer ses pions, en utilisant toutes les m\u00e9thodes \u00e0 sa disposition, qu’elles soient \u00ab loyales \u00bb ou \u00ab d\u00e9loyales \u00bb. La Russie offre une alternative s\u00e9duisante aux pays africains frustr\u00e9s par ce qu’ils per\u00e7oivent comme des entraves occidentales \u00e0 leur lutte contre le djihadisme \u2014 entraves souvent li\u00e9es aux pr\u00e9occupations en mati\u00e8re de droits de l’homme. Les Russes arrivent en disant : \u00ab Vous voulez \u00e9liminer le djihadisme par tous les moyens n\u00e9cessaires ? Tr\u00e8s bien, nous vous aiderons sans poser de questions morales. Et en bonus, on vous aidera \u00e0 consolider votre pouvoir \u00bb.<\/p>\n\n\n\n Cela cr\u00e9e une dynamique o\u00f9 la diplomatie russe semble \u00eatre plus \u00ab efficace \u00bb ou, du moins, moins compliqu\u00e9e, renfor\u00e7ant le sentiment que les principes et les valeurs occidentales sont des obstacles plut\u00f4t que des atouts. <\/p>\n\n\n\n Je n\u2019ai pas de boule de cristal, mais tout porte \u00e0 croire que la Russie n’abandonnera pas un instrument aussi efficace et \u00e9conomique que le groupe Wagner. Il changera de nom et de chef, mais le \u00ab business model \u00bb restera. <\/p>\n\n\n\n La Russie offre une alternative s\u00e9duisante aux pays africains frustr\u00e9s par ce qu’ils per\u00e7oivent comme des entraves occidentales \u00e0 leur lutte contre le djihadisme \u2014 entraves souvent li\u00e9es aux pr\u00e9occupations en mati\u00e8re de droits de l’homme. <\/p>wassim nasr<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n \u00c0 propos de ce groupe, ce qui est fascinant, c’est que la France a choisi de ne pas l\u2019affronter dans le Sahel ou en R\u00e9publique centrafricaine, malgr\u00e9 la menace qu\u2019il repr\u00e9sentait pour les int\u00e9r\u00eats fran\u00e7ais et les populations locales. \u00c0 titre de comparaison, les \u00c9tats-Unis n’ont pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 s’attaquer \u00e0 Wagner lorsque celui-ci \u00e0 commencer \u00e0 s\u2019attaquer \u00e0 ses alli\u00e9s en Syrie en 2018, tuant plus de cent mercenaires. Cette prudence fran\u00e7aise a \u00e9t\u00e9 motiv\u00e9e par une mauvaise lecture des enjeux. Les autorit\u00e9s fran\u00e7aises semblent avoir amalgam\u00e9 les mercenaires russes avec l’\u00c9tat russe lui-m\u00eame, ce qui \u00e9tait une erreur. Il s’agit en effet d’une d\u00e9cision politique, car militairement, la France avait tout \u00e0 fait la capacit\u00e9 d\u2019affronter ces mercenaires.<\/p>\n\n\n\n Quant \u00e0 Prigojine, il n’\u00e9tait finalement qu’un prestataire de services pour les \u00c9tats africains. Autour de Vladimir Poutine, il existe une multitude d’acteurs pr\u00eats \u00e0 reprendre le flambeau. Le mod\u00e8le d’affaires de Wagner est efficace et rentable pour la Russie, donc il y a peu de raisons pour que celle-ci l’abandonne. Imaginez : dans certaines opinions publiques, la Russie a r\u00e9ussi \u00e0 faire reculer l’arm\u00e9e fran\u00e7aise avec une pr\u00e9sence minime en Afrique. En somme, la France a perdu sur tous les tableaux, non pour des raisons militaires mais en raison de d\u00e9cisions politiques et d’une grille de lecture d\u00e9pass\u00e9e. Le jeu g\u00e9opolitique en Afrique ne cesse d’\u00e9voluer, et il est temps pour la France de r\u00e9\u00e9valuer son approche. Quant \u00e0 la Russie, elle continuera probablement \u00e0 capitaliser sur les erreurs des Occidentaux, utilisant tous les moyens \u00e0 sa disposition pour avancer ses pions sur l’\u00e9chiquier africain.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":" Les coups d\u2019\u00c9tat se multiplient au Sahel et en Afrique de l\u2019Ouest. Le putsch d’aujourd’hui au Gabon s’inscrit dans une tendance r\u00e9gionale plus large \u2014 alimentant l’audace de ceux qui pourraient \u00eatre tent\u00e9s de suivre cet exemple. Pour comprendre les raisons d\u2019une instabilit\u00e9 croissante, nous avons interrog\u00e9 Wassim Nasr, sp\u00e9cialiste des mouvements djihadistes. Avec beaucoup de finesse, il d\u00e9crit les strat\u00e9gies diversifi\u00e9s des diff\u00e9rents acteurs qui s\u2019affrontent sur le continent.<\/p>\n","protected":false},"author":8153,"featured_media":196342,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"templates\/post-interviews.php","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_trash_the_other_posts":false,"footnotes":""},"categories":[3555],"tags":[],"geo":[522],"class_list":["post-196313","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-le-niger-en-crise","staff-baptiste-roger-lacan","geo-afriques-subsahariennes"],"acf":[],"yoast_head":"\nUn peu plus d\u2019un mois apr\u00e8s le putsch au Niger, quelle est la situation aujourd\u2019hui ? <\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Vous \u00e9voquez la guerre contre le terrorisme. La guerre du Sahel, jusqu\u2019ici pr\u00e9sent\u00e9e comme une op\u00e9ration antiterroriste de grande ampleur, peut-elle \u00e9voluer en conflit inter\u00e9tatique ? Autrement dit, une intervention militaire de la Communaut\u00e9 \u00e9conomique des \u00c9tats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) est-elle envisageable<\/a> ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Le Nigeria ne pourrait-il \u00eatre tent\u00e9 de mener une intervention<\/strong><\/a> ? Il a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s impliqu\u00e9 dans la crise nig\u00e9rienne et il est dot\u00e9 de la plus importante arm\u00e9e de la r\u00e9gion. <\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Vous avez beaucoup travaill\u00e9 sur les groupes islamistes, savez-vous comment ils \u00e9valuent l\u2019\u00e9volution de la situation ? <\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Au cours de ces r\u00e9volutions kaki, le sentiment antifran\u00e7ais est syst\u00e9matiquement exploit\u00e9 par les putschistes. La France a-t-elle effectivement contribu\u00e9 \u00e0 d\u00e9grader la situation au Sahel ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Dans un entretien au Grand Continent<\/em>, R\u00e9mi Carayol soulignait la persistance au sein de l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise d\u2019un cadre d\u2019analyses issu de la conqu\u00eate coloniale<\/strong><\/a>. Comment expliquez-vous la persistance de cette vision caricaturale ? Est-elle une des causes des erreurs strat\u00e9giques commises par la France ? <\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Aujourd\u2019hui, la France semble \u00eatre la seule \u00e0 montrer des signes de soutien \u00e0 une potentielle intervention de la CEDEAO au Niger. Comment expliquer cette posture ? En sym\u00e9trique, comment expliquer le positionnement prudent des Am\u00e9ricains, au Niger mais plus g\u00e9n\u00e9ralement face \u00e0 cette vague de r\u00e9volutions kaki ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
En France, de nombreux observateurs imputent la mont\u00e9e du sentiment anti-Fran\u00e7ais \u00e0 la propagande russe et \u00e0 l\u2019intervention des suppl\u00e9tifs de la Russie, comme le groupe Wagner. Cette analyse est-elle un moyen de se d\u00e9douaner d\u2019une mauvaise lecture de la situation ? Et comment comprenez-vous la politique russe dans la r\u00e9gion ? <\/strong><\/h3>\n\n\n\n
La mort de Prigojine<\/strong><\/a> va-t-elle changer la donne du c\u00f4t\u00e9 russe ? <\/strong><\/h3>\n\n\n\n