{"id":194845,"date":"2023-08-22T14:00:00","date_gmt":"2023-08-22T12:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=194845"},"modified":"2023-08-22T15:54:48","modified_gmt":"2023-08-22T13:54:48","slug":"la-guerre-de-cent-ans-est-une-hybridation-de-tous-les-types-de-guerre-une-conversation-avec-amable-sablon-du-corail","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2023\/08\/22\/la-guerre-de-cent-ans-est-une-hybridation-de-tous-les-types-de-guerre-une-conversation-avec-amable-sablon-du-corail\/","title":{"rendered":"\u00ab&#160;La guerre de Cent Ans est une hybridation de tous les types de guerre&#160;\u00bb, une conversation avec Amable Sablon du Corail"},"content":{"rendered":"\n<p><em>Apr\u00e8s\u00a0<a href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2023\/08\/08\/la-guerre-sans-fin-de-machiavel-une-conversation-avec-jean-louis-fournel-et-jean-claude-zancarini\/\">la pens\u00e9e strat\u00e9gique de Machiavel<\/a>, l\u2019analyse de\u00a0<a href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2023\/08\/10\/de-marignan-a-pavie-se-battre-pendant-les-guerres-ditalie-une-conversation-avec-didier-le-fur\/\">la rupture pol\u00e9mologique des guerres d\u2019Italie<\/a>,\u00a0<a href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2023\/08\/13\/faire-la-guerre-dans-le-monde-monde-grec-antique-une-conversation-avec-francois-lefevre\/\">les pratiques de la guerre dans le monde grec<\/a>,\u00a0<a href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2023\/08\/15\/lere-strategique-de-la-guerre-du-golfe\/\">l\u2019\u00e8re strat\u00e9gique de la guerre du Golfe<\/a>,\u00a0<a href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2023\/08\/17\/les-mamelouks-dausterlitz-histoire-globale-de-la-grande-armee\/\">les mamelouks d\u2019Austerlitz<\/a>,\u00a0<a href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2023\/08\/19\/le-siege-de-dunkerque-un-front-oublie-1944-1945\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">le si\u00e8ge oubli\u00e9 de Dunkerque en 1944<\/a>, <a href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2023\/08\/21\/paris-1870-la-bataille-impossible\/\">celui de Paris en 1870<\/a>, notre s\u00e9rie d\u2019\u00e9t\u00e9\u00a0<a href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/themes\/guerre\/strategies\/\">\u00ab&#160;Strat\u00e9gies&#160;: de Cannes \u00e0 Bakhmout&#160;\u00bb<\/a>\u00a0nous fait plonger dans la guerre de Cent Ans \u00e0 travers un long entretien.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em><a href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/themes\/guerre\/strategies\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Pour retrouver les autres \u00e9pisodes de la s\u00e9rie, c\u2019est par ici<\/a>.<\/em><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Vous \u00e9crivez que la guerre de Cent Ans offre \u00ab&#160;une mati\u00e8re \u00e0 r\u00e9flexion beaucoup plus riche pour les strat\u00e8ges d\u2019aujourd\u2019hui que les guerres de la R\u00e9volution et de l\u2019Empire ou les deux guerres mondiales&#160;\u00bb. Pourquoi&#160;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Parce que la guerre de Cent Ans est \u00e0 la fois hybride et multidimensionnelle, comme les conflits contemporains. Les deux adversaires utilisent tous les moyens d\u2019action \u00e0 leur disposition pour se d\u00e9stabiliser, et l\u2019emploi de la force arm\u00e9e n\u2019en est qu\u2019un parmi d\u2019autres. Sur le plan militaire, la bataille rang\u00e9e est un \u00e9v\u00e9nement exceptionnel \u2014 on n\u2019en d\u00e9nombre pas plus d\u2019une douzaine en un si\u00e8cle et demi \u2014 au contraire des si\u00e8ges, des embuscades, des \u00ab&#160;chevauch\u00e9es&#160;\u00bb et des \u00ab&#160;courses&#160;\u00bb men\u00e9es par des partis de quelques centaines d\u2019hommes. Les op\u00e9rations militaires sont s\u00e9quentielles, \u00e0 la fois br\u00e8ves et continuelles, tr\u00e8s fragment\u00e9es dans l\u2019espace et dans le temps, ce qui les rend tr\u00e8s difficiles \u00e0 appr\u00e9hender dans leur totalit\u00e9, tant elles sont nombreuses et semblent \u00e9chapper \u00e0 toute logique d\u2019ensemble. Tr\u00e8s caract\u00e9ristique de la culture m\u00e9di\u00e9vale est l\u2019\u00e9conomie de moyens pratiqu\u00e9e par les bellig\u00e9rants&#160;: une escarmouche ou une embuscade r\u00e9ussie, qui se traduit par la capture de quelques capitaines importants, peut conduire \u00e0 la capitulation d\u2019une grande ville ou d\u2019une province enti\u00e8re. Ainsi, en 1436, c\u2019est une d\u00e9faite essuy\u00e9e par la garnison anglaise de Paris pr\u00e8s d\u2019\u00c9pinay-sur-Seine qui incite la population de la capitale \u00e0 se soulever et \u00e0 ouvrir ses portes aux hommes de Charles VII. Cette bataille de rencontre a mobilis\u00e9 \u00e0 peine plus d\u2019un millier d\u2019hommes de part et d\u2019autre. \u00c0 l\u2019inverse, une victoire majeure peut ne produire que des effets limit\u00e9s \u2014 telles les grandes batailles remport\u00e9es par les Anglais au d\u00e9but du conflit, dont aucune n\u2019a permis d\u2019emporter la d\u00e9cision. Surtout, la guerre de Cent Ans est multidimensionnelle, en ce qu\u2019elle ne peut se r\u00e9sumer aux affrontements militaires. Ne pouvant mobiliser et surtout solder durablement plus de quelques milliers ou dizaines de milliers d\u2019hommes pour contr\u00f4ler un territoire immense, Plantagen\u00eats et Valois doivent int\u00e9grer \u00e0 leur strat\u00e9gie les facteurs politique, culturel, financier et fiscal, \u00e9conomique et social. C\u2019est l\u00e0, du reste, qu\u2019il faut chercher les causes de la victoire finale des Valois.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>La guerre de Cent Ans est \u00e0 la fois hybride et multidimensionnelle, comme les conflits contemporains.<\/p><cite>Amable Sablon du Corail<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Justement, comment la France, dont l\u2019\u00c9tat accusait d\u2019importants retards sur l\u2019\u00c9tat anglais \u2014 notamment dans le domaine fiscal \u2014 a-t-elle r\u00e9ussi \u00e0 l\u2019emporter&#160;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Au d\u00e9but de la guerre, le syst\u00e8me financier de la monarchie fran\u00e7aise est tr\u00e8s archa\u00efque. C\u2019est un h\u00e9ritage de la vieille monarchie f\u00e9odale. Les rois de France n\u2019ont pas voulu faire ce \u00e0 quoi les rois d\u2019Angleterre ont \u00e9t\u00e9 contraints, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e9tablir un syst\u00e8me fiscal fond\u00e9 sur le consentement des \u00e9lites de leur royaume&#160;: les pr\u00e9lats, les nobles et les bourgeois r\u00e9unis en assembl\u00e9es repr\u00e9sentatives \u2013 le Parlement en Angleterre, les \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux en France. Les derniers Cap\u00e9tiens directs ont bien essay\u00e9 d\u2019instaurer un dialogue institutionnel avec les \u00ab&#160;trois \u00e9tats du royaume&#160;\u00bb dans les ann\u00e9es 1300-1320, mais les r\u00e9sistances qu\u2019ils ont rencontr\u00e9es et leur refus de c\u00e9der la plus petite part de leur souverainet\u00e9 les y ont fait renoncer. Ils ont pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 esquiver tout \u00e9change politique entre gouvernants et gouvern\u00e9s. Pour cette raison, au d\u00e9but de la guerre, les revenus du roi de France sont \u00e0 peine sup\u00e9rieurs \u00e0 ceux du roi d\u2019Angleterre, pour une population quatre \u00e0 cinq fois plus nombreuse. En outre, ils sont tr\u00e8s al\u00e9atoires et fluctuent beaucoup d\u2019une ann\u00e9e sur l\u2019autre, ce qui g\u00eane la planification des op\u00e9rations.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les ann\u00e9es 1340, et surtout \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1350, les d\u00e9faites militaires contraignent Philippe VI de Valois et Jean le Bon \u00e0 renouer le dialogue avec leurs sujets et \u00e0 convoquer tr\u00e8s r\u00e9guli\u00e8rement les \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux. La politique royale y est violemment contest\u00e9e, et les subsides pour la guerre ne sont accord\u00e9s qu\u2019au prix d\u2019importantes concessions, notamment sur le contr\u00f4le de la lev\u00e9e et de l\u2019emploi des imp\u00f4ts. Cependant, d\u00e8s 1360, les Valois reprennent la main, et profitent de la situation d\u2019urgence permanente (\u00ab&#160;l\u2019urgente n\u00e9cessit\u00e9&#160;\u00bb) cr\u00e9\u00e9e par l\u2019\u00e9tat de guerre pour confisquer le droit de leurs sujets \u00e0 consentir l\u2019imp\u00f4t, fait inou\u00ef en Europe. Apr\u00e8s bien des al\u00e9as, le syst\u00e8me politique et fiscal mis en place sous sa forme d\u00e9finitive par Charles VII (r. 1422-1461) allait durer jusqu\u2019\u00e0 la R\u00e9volution, et peut-\u00eatre au-del\u00e0. Si les Valois y sont parvenus, si leurs sujets ont accept\u00e9 le principe d\u2019un imp\u00f4t arbitraire, fix\u00e9 d\u2019autorit\u00e9, c\u2019est que les uns et les autres ont conclu une sorte de contrat politique implicite qui profitait \u00e0 tous. La noblesse est exempt\u00e9e de la plupart des imp\u00f4ts, notamment la taille. Les grands seigneurs re\u00e7oivent une pension, en contrepartie du monopole fiscal du roi sur leurs terres. La moyenne et une partie de la petite noblesse occupent des emplois lucratifs \u00e0 la cour, dans les administrations royales, et surtout, peuplent les compagnies d\u2019ordonnance de la seule arm\u00e9e permanente d\u2019Europe. \u00c0 la fin du XV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, quelques milliers de familles nobles \u2013 elles-m\u00eames tr\u00e8s minoritaires au sein de la noblesse \u2013 accaparent la plus grande partie du produit de l\u2019imp\u00f4t. Les bourgeois ne sont pas compl\u00e8tement en reste car les villes se voient confirm\u00e9es certaines exemptions fiscales, ainsi que des privil\u00e8ges de toutes sortes qui profitent aux classes urbaines dominantes. Enfin, la population des campagnes gagne la s\u00e9curit\u00e9, car l\u2019institution de l\u2019arm\u00e9e permanente, r\u00e9mun\u00e9r\u00e9e par la \u00ab&#160;taille des gens de guerre&#160;\u00bb, met fin au fl\u00e9au des bandes de gens de guerre itin\u00e9rants qui, pendant des d\u00e9cennies, avaient pill\u00e9 le royaume lorsqu\u2019elles n\u2019\u00e9taient plus sold\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Au d\u00e9but de la guerre, les revenus du roi de France sont \u00e0 peine sup\u00e9rieurs \u00e0 ceux du roi d\u2019Angleterre, pour une population quatre \u00e0 cinq fois plus nombreuse.<\/p><cite>Amable Sablon du Corail<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>En somme, la principale cause de la victoire fran\u00e7aise est une forme de victoire fiscale.<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>C\u2019est un facteur majeur, en effet, peut-\u00eatre le plus important, mais qui d\u00e9rive lui-m\u00eame d\u2019un rapport de forces politique. Il faut comprendre qu\u2019au d\u00e9but du XIV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, les \u00c9tats anglais et fran\u00e7ais sont bien constitu\u00e9s du point de vue de l\u2019ordre public. En revanche, la guerre a des cons\u00e9quences politiques majeures&#160;: en Angleterre, elle renforce le r\u00f4le du Parlement&#160;; en France, elle oblige la monarchie \u00e0 repenser compl\u00e8tement la fiscalit\u00e9. En cela, la guerre de Cent Ans constitue un moment essentiel pour l\u2019histoire de l\u2019Europe, car du XI<sup>e<\/sup> jusqu\u2019au XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, la mani\u00e8re dont les \u00c9tats europ\u00e9ens s\u2019organisent pour collecter les ressources n\u00e9cessaires \u00e0 la guerre constitue le fil rouge de l\u2019histoire du Continent&#160;: d\u2019elle d\u00e9pend en effet la nature des r\u00e9gimes politiques et des relations entre gouvernants et gouvern\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant plusieurs si\u00e8cles, le syst\u00e8me f\u00e9odal avait extraordinairement bien fonctionn\u00e9 sur le plan militaire&#160;: le XII<sup>e<\/sup> et le XIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cles correspondent \u00e0 la p\u00e9riode d\u2019expansion maximale de l\u2019Occident chr\u00e9tien puisqu\u2019il est marqu\u00e9 par la conqu\u00eate de la quasi-totalit\u00e9 de la p\u00e9ninsule ib\u00e9rique, de la Sicile, des Pays Baltes, ou encore par l\u2019\u00e9tablissement de royaumes francs au Proche-Orient. Les revenus des fiefs permettent d\u2019entretenir une classe de guerriers professionnels&#160;: on peut ainsi mobiliser des ressources militaires consid\u00e9rables sans avoir \u00e0 mobiliser de capitaux massifs.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Pendant plusieurs si\u00e8cles, le syst\u00e8me f\u00e9odal avait extraordinairement bien fonctionn\u00e9 sur le plan militaire&#160;: le XIIe et le XIIIe si\u00e8cles correspondent \u00e0 la p\u00e9riode d\u2019expansion maximale de l\u2019Occident chr\u00e9tien puisqu\u2019il est marqu\u00e9 par la conqu\u00eate de la quasi-totalit\u00e9 de la p\u00e9ninsule ib\u00e9rique, de la Sicile, des pays Baltes, ou encore par l\u2019\u00e9tablissement de royaumes francs au Proche-Orient.<\/p><cite>Amable Sablon du Corail<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>Pourtant, \u00e0 la fin du XIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, ce syst\u00e8me est \u00e0 bout de souffle. Les revenus des seigneurs tendent \u00e0 diminuer, tandis que les guerres sont plus longues et plus lointaines, ce qui augmente leur co\u00fbt. Il faut donc d\u00e9sormais r\u00e9mun\u00e9rer chevaliers et gens de guerre. C\u2019est ainsi qu\u2019\u00e9merge l\u2019imp\u00f4t moderne, qui repose sur le consentement des populations. C\u2019est une innovation majeure, car auparavant, les monarchies f\u00e9odales vivaient de revenus d\u2019origine fonci\u00e8re ou de taxes pens\u00e9es comme la contrepartie d\u2019un service public (droit sur les monnaies, les foires et march\u00e9s, fours, moulins, routes, ponts, profits de justice, etc.). Mais l\u2019\u00e9mergence de l\u2019imp\u00f4t est violemment contest\u00e9e, et la crise de l\u2019\u00c9tat f\u00e9odal est encore aggrav\u00e9e par la Peste noire et l\u2019effondrement d\u00e9mographique europ\u00e9en, qui entra\u00eene le doublement ou le triplement des salaires.<\/p>\n\n\n\n<p>Or la guerre est une industrie de main d\u2019\u0153uvre&#160;: les soldes vers\u00e9es aux gens de guerre repr\u00e9sentent 90&#160;% de son co\u00fbt, en un temps o\u00f9 les combattants s\u2019entra\u00eenent et s\u2019\u00e9quipent par eux-m\u00eames. Paradoxalement, l\u2019av\u00e8nement de l\u2019\u00c9tat moderne se traduit donc par un recul de la puissance de l\u2019\u00c9tat qui, entre le milieu du XIV<sup>e<\/sup> et jusqu\u2019au d\u00e9but du XVII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, a des moyens d\u2019action plut\u00f4t r\u00e9duits par rapport au Moyen \u00c2ge central. Cela a des cons\u00e9quences politiques majeures&#160;: les princes sont en situation de faiblesse par rapport \u00e0 leurs sujets et doivent n\u00e9gocier. C\u2019est l\u2019origine du d\u00e9veloppement du Parlement en Angleterre et des \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux en France. Ceux-ci sont convoqu\u00e9s pour l\u2019avant-derni\u00e8re fois (avant 1789) au d\u00e9but du XVII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Car en effet, la crise finit par se r\u00e9soudre en faveur des \u00c9tats monarchiques et dynastiques lorsque s\u2019amorce une chute des salaires qui est la cons\u00e9quence de la reconstitution de la population europ\u00e9enne. L\u2019\u00c9tat retrouve une vraie capacit\u00e9 d\u2019action. Un exemple est tr\u00e8s parlant. En France, la pression fiscale est sensiblement la m\u00eame sous Charles VII, au milieu du XV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, et sous Louis XVI&#160;: elle oscille entre 5&#160;% et 10&#160;% du revenu national. Mais alors que la population du royaume n\u2019a fait que doubler, en trois si\u00e8cles, l\u2019arm\u00e9e permanente de Charles VII compte moins de 10 000 hommes, tandis que Louis XV peut en entretenir 150 000 en temps de paix \u2013 sans parler de la marine, inexistante au Moyen \u00c2ge, la deuxi\u00e8me du monde sous Louis XVI, s\u2019appuyant sur des infrastructures et des industries majeures.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>La v\u00e9ritable r\u00e9volution militaire europ\u00e9enne de l\u2019\u00e2ge moderne tient moins \u00e0 l\u2019arme \u00e0 feu, aux fortifications bastionn\u00e9es ou \u00e0 la bureaucratie, qu\u2019au fait que les \u00c9tats europ\u00e9ens, \u00e0 fiscalit\u00e9 constante, ont pu recruter des arm\u00e9es beaucoup plus nombreuses.<\/p><cite>Amable Sablon du Corail<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>Selon moi, la v\u00e9ritable r\u00e9volution militaire europ\u00e9enne de l\u2019\u00e2ge moderne tient moins \u00e0 l\u2019arme \u00e0 feu, aux fortifications bastionn\u00e9es ou \u00e0 la bureaucratie, qu\u2019au fait que les \u00c9tats europ\u00e9ens, \u00e0 fiscalit\u00e9 constante, ont pu recruter des arm\u00e9es beaucoup plus nombreuses.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Comment qualifier la guerre de Cent Ans&#160;? S\u2019agit-il d\u2019un conflit f\u00e9odal, d\u2019une guerre civile, d\u2019une proto-guerre nationale&#160;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>C\u2019est une hybridation de tous ces types de guerre. Le chrononyme \u00ab&#160;guerre de Cent Ans&#160;\u00bb est fix\u00e9 au d\u00e9but du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, et c\u2019est aussi \u00e0 ce moment-l\u00e0 que s\u2019imposent les dates de d\u00e9but et de fin qui lui sont habituellement donn\u00e9es&#160;: 1337-1453. Choisir l\u2019ann\u00e9e 1337 n\u2019a rien d\u2019anodin puisque c\u2019est \u00e0 ce moment-l\u00e0 qu\u2019\u00c9douard III revendique officiellement le tr\u00f4ne de France. Mais on a donn\u00e9 \u00e0 cet \u00e9v\u00e9nement une importance qu\u2019il n\u2019a pas eue pour ses contemporains. \u00c9douard III ne pense pas r\u00e9ellement \u00e9vincer Philippe VI, mont\u00e9 sur le tr\u00f4ne depuis une petite dizaine d\u2019ann\u00e9es d\u00e9j\u00e0 (1328) et que personne n\u2019avait s\u00e9rieusement contest\u00e9. Pour le roi d\u2019Angleterre, il s\u2019agissait surtout de mettre la pression sur le roi de France pour r\u00e9gler en sa faveur la question de la Guyenne.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est ce conflit territorial qui est le v\u00e9ritable enjeu de l\u2019affrontement entre Valois et Plantagen\u00eat, du moins au d\u00e9but. On a affaire \u00e0 une guerre de souverainet\u00e9 entre deux \u00c9tats, o\u00f9 le droit f\u00e9odal est certes invoqu\u00e9, mais ne sert que de pr\u00e9texte. Au sens strict du terme, une guerre f\u00e9odale impliquerait qu\u2019il y ait deux pr\u00e9tendants pour un fief, ou pour un tr\u00f4ne. Or, au d\u00e9but du XIV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, le roi de France ne conteste pas que le roi d\u2019Angleterre soit duc de Guyenne, et le roi d\u2019Angleterre ne conteste pas que le duch\u00e9 de Guyenne rel\u00e8ve du royaume de France. Seulement, les deux entendent \u00eatre pleinement souverains en Guyenne.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>On a affaire \u00e0 une guerre de souverainet\u00e9 entre deux \u00c9tats, o\u00f9 le droit f\u00e9odal est certes invoqu\u00e9, mais ne sert que de pr\u00e9texte.<\/p><cite>Amable Sablon du Corail<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>On a coutume de pr\u00e9senter la guerre de Cent Ans comme une guerre f\u00e9odale qui se serait transform\u00e9e au fil du temps en guerre nationale. On pourrait presque soutenir la proposition contraire&#160;! C\u2019est seulement dans un deuxi\u00e8me temps, sous Henri V, apr\u00e8s Azincourt (1415) et le trait\u00e9 de Troyes (1420) que le roi d\u2019Angleterre peut r\u00e9ellement imaginer se substituer au roi de France. L\u2019historiographie traditionnelle refl\u00e8te une vision bien trop lin\u00e9aire et finaliste de l\u2019histoire.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Mais la p\u00e9riode est aussi caract\u00e9ris\u00e9e par des guerres civiles&#160;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Oui, pendant la guerre de Cent Ans s\u2019ench\u00e2ssent effectivement des guerres civiles en France et en Angleterre. Celles-ci se jouent \u00e0 plusieurs niveaux. Au d\u00e9but, le conflit est d\u2019abord une affaire int\u00e9rieure fran\u00e7aise&#160;: elle ne devient une guerre \u00e9trang\u00e8re que parce que le duc de Guyenne est en m\u00eame temps roi d\u2019Angleterre. Puis tr\u00e8s vite, les premi\u00e8res victoires anglaises fracturent la soci\u00e9t\u00e9 politique fran\u00e7aise. La mise en place d\u2019une fiscalit\u00e9 nouvelle m\u00e9contente les bourgeois des villes, et la p\u00e9riode est marqu\u00e9e par une succession de soul\u00e8vements et d\u2019insurrections urbaines, que le pouvoir royal aura le plus grand mal \u00e0 r\u00e9primer. Une partie de la noblesse, en Gascogne mais aussi en Poitou ou en Normandie, se tourne du c\u00f4t\u00e9 des Anglais. Surtout, une fraction notable d\u2019entre elle va soutenir Charles de Navarre, un arri\u00e8re-petit-fils de Louis X, qui aurait \u00e9t\u00e9 roi si les femmes n\u2019avaient pas \u00e9t\u00e9 \u00e9vinc\u00e9es de la succession au tr\u00f4ne de France. Tout ceci d\u00e9bouche sur une premi\u00e8re guerre civile, tr\u00e8s dangereuse pour les Valois, qui conna\u00eetra son apog\u00e9e apr\u00e8s la capture de Jean le Bon \u00e0 Poitiers en 1356, lorsque Charles de Navarre s\u2019allie au pr\u00e9v\u00f4t des marchands de Paris, \u00c9tienne Marcel. Ce dernier est finalement vaincu et assassin\u00e9 en 1358, mais il faudra encore une vingtaine d\u2019ann\u00e9es pour que Charles V l\u2019emporte sur Charles de Navarre.<\/p>\n\n\n\n<p>Un demi-si\u00e8cle plus tard, la folie de Charles VI provoque une lutte de presque trente ans entre deux branches cadettes de la maison de Valois&#160;: les Armagnacs (en fait les Orl\u00e9ans) et les Bourguignons. Pour la premi\u00e8re fois, les deux camps ont des programmes politiques bien distincts qui touchent directement aux grandes questions que pose la guerre de Cent Ans, c\u2019est-\u00e0-dire la triple querelle dynastique, territoriale et politique. La principale question pos\u00e9e par le conflit est celle de la nature de la monarchie fran\u00e7aise. Sera-t-elle absolue&#160;? Ou, au contraire, se conformera-t-elle \u00e0 l\u2019id\u00e9al d\u2019une monarchie mixte, avec un roi qui gouverne avec l\u2019approbation de ses sujets et le concours des princes, des grands seigneurs et des gens de savoir&#160;?<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">La principale question pos\u00e9e par le conflit est celle de la nature de la monarchie fran\u00e7aise. Sera-t-elle absolue&#160;? Ou, au contraire, se conformera-t-elle \u00e0 l\u2019id\u00e9al d\u2019une monarchie mixte, avec un roi qui gouverne avec l\u2019approbation de ses sujets et le concours des princes, des grands seigneurs et des gens de savoir&#160;?<\/h3>\n\n\n\n<p>Armagnacs et Bourguignons s\u2019affrontent tr\u00e8s violemment sur cette question. Bien \u00e9videmment, chaque camp d\u00e9fend les int\u00e9r\u00eats d\u2019un prince \u2014 le duc d\u2019Orl\u00e9ans pour les Armagnacs et le duc de Bourgogne pour les Bourguignons \u2014, mais chacun porte aussi une vision de l\u2019\u00c9tat royal radicalement diff\u00e9rente. Le parti armagnac d\u00e9fend l\u2019affirmation sans frein de l\u2019autorit\u00e9 royale. En revanche, le parti bourguignon d\u00e9fend le \u00ab&#160;bon gouvernement&#160;\u00bb, qui se d\u00e9finit par le respect des \u00ab&#160;franchises et libert\u00e9s&#160;\u00bb des communaut\u00e9s et des ordres de la soci\u00e9t\u00e9, et par une fiscalit\u00e9 \u00e0 la fois mod\u00e9r\u00e9e, temporaire et consentie. Par la suite, ce programme a \u00e9t\u00e9 caricatur\u00e9 et pr\u00e9sent\u00e9 comme d\u00e9magogique&#160;: les d\u00e9fenseurs de l\u2019\u00c9tat absolutiste, suivis par les promoteurs du roman national (qu\u2019ils soient de gauche ou de droite) jusqu\u2019au xx<sup>e<\/sup> si\u00e8cle ont pr\u00e9tendu que les partisans des Bourguignons \u00e9taient hostiles \u00e0 l\u2019imp\u00f4t en tant que tel. En r\u00e9alit\u00e9, ils ne r\u00e9clamaient pas autre chose que ce qui se pratiquait alors partout ailleurs en Europe. Leur m\u00e9contentement portait sur l\u2019imp\u00f4t arbitraire.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette deuxi\u00e8me guerre civile, qui a d\u00e9chir\u00e9 le royaume pendant trois d\u00e9cennies, t\u00e9moigne paradoxalement de sa meilleure int\u00e9gration politique. Les programmes des deux camps sont discut\u00e9s \u00e0 Paris comme \u00e0 Toulouse, \u00e0 la diff\u00e9rence des troubles civils ant\u00e9rieurs, qui concernaient essentiellement la noblesse f\u00e9odale.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Il y a une forme de convergence entre le programme bourguignon et l\u2019id\u00e9ologie de la monarchie anglaise telle qu\u2019elle se construit \u2014 parfois dans la violence \u2014 \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque. Peut-on sugg\u00e9rer que leur alliance n\u2019\u00e9tait pas seulement de circonstance&#160;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Oui, en effet. Quand Henri V conquiert la Normandie en 1417-1419, il ne cesse d\u2019affirmer qu\u2019il va y r\u00e9tablir le bon gouvernement de saint Louis. Ce discours est opportuniste, bien s\u00fbr, puisqu\u2019il permet de rallier les \u00e9lites locales, mais il correspond aussi au discours politique des Lancastre en Angleterre, face aux autres branches de la dynastie Plantagen\u00eat. Lorsqu\u2019Henri IV fait d\u00e9poser, puis assassiner, Richard II, il affirme qu\u2019il gouvernera avec le Parlement. En France, Henri V r\u00e9tablit progressivement le r\u00e9gime fiscal ant\u00e9rieur mais il recherche le consentement de ses sujets&#160;: en 1420, il r\u00e9unit les \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux pour ratifier le trait\u00e9 de Troyes et obtenir l\u2019octroi des subsides n\u00e9cessaires \u00e0 la guerre. Cette id\u00e9ologie du consentement n\u2019est pas que pure hypocrisie&#160;: les ducs de Bourgogne la mettent du reste en application dans leurs fiefs h\u00e9r\u00e9ditaires, en Bourgogne mais aussi et surtout dans leurs principaut\u00e9s septentrionales, en particulier en Flandre, Brabant, Hollande, etc.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>En France, Henri V r\u00e9tablit progressivement le r\u00e9gime fiscal ant\u00e9rieur mais il recherche le consentement de ses sujets.&nbsp;<\/p><cite>Amable Sablon du Corail<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Pour vous, l\u2019art de la guerre \u00e0 la fin du Moyen-\u00c2ge est directement inspir\u00e9 de l\u2019Antiquit\u00e9 et se traduit par la volont\u00e9 d\u2019\u00e9viter le choc frontal. Pourquoi cette culture de l\u2019\u00e9vitement&#160;? <\/strong>&nbsp;<\/h3>\n\n\n\n<p>Le grand penseur militaire du Moyen \u00c2ge, mais aussi du d\u00e9but de l\u2019\u00e9poque moderne, est V\u00e9g\u00e8ce, un auteur romain chr\u00e9tien du IV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle de notre \u00e8re. Celui-ci pr\u00e9conisait l\u2019approche indirecte&#160;: \u00e9viter la bataille quand l\u2019ennemi est plus nombreux ou en position favorable&#160;; attaquer les arri\u00e8res&#160;; multiplier les embuscades&#160;; couper les lignes d\u2019approvisionnement. Bref, c\u2019est le contraire de la th\u00e8se d\u00e9fendue par Victor Davis Hanson <em>Le Mod\u00e8le occidental de la guerre<\/em> (2001), dans lequel il soutient que la culture occidentale de la guerre est fond\u00e9e sur la recherche de l\u2019affrontement d\u00e9cisif. Ses th\u00e8ses sont audacieuses, s\u00e9duisantes comme peuvent l\u2019\u00eatre les grandes mod\u00e9lisations historiques&#160;; elles sont sans doute convaincantes pour la Gr\u00e8ce classique, dont il est un tr\u00e8s \u00e9minent sp\u00e9cialiste, mais de l\u00e0 \u00e0 les appliquer \u00e0 L\u00e9pante et Midway\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>V\u00e9g\u00e8ce est lu partout en Occident et ses le\u00e7ons sont m\u00e9dit\u00e9es par tous les chefs militaires. C\u2019est aussi le cas en France, dont la supr\u00e9matie militaire est pourtant fond\u00e9e depuis deux si\u00e8cles sur la charge de la cavalerie lourde, \u00e9quip\u00e9e de lances. Si la tactique des arm\u00e9es royales repose en effet sur le choc frontal, il en va tout autrement sur le plan strat\u00e9gique. Philippe VI sait temporiser. En 1339-1340, lorsqu\u2019\u00c9douard III d\u00e9barque en Flandre avec une arm\u00e9e importante, il choisit de refuser la bataille, et ses troupes, suppos\u00e9ment indisciplin\u00e9es, lui ob\u00e9issent. Au bout de quelques mois, \u00c9douard III est oblig\u00e9 de jeter l\u2019\u00e9ponge apr\u00e8s avoir dilapid\u00e9 toutes ses ressources financi\u00e8res, comme l\u2019avait parfaitement anticip\u00e9 Philippe VI \u2013 et cela avant m\u00eame la grande d\u00e9faite de Cr\u00e9cy, le premier d\u00e9sastre fran\u00e7ais de la guerre.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Cr\u00e9cy, Poitiers et Azincourt sont donc des exceptions. Comment expliquer que ce soient ces \u00e9normes d\u00e9faites qui sont rest\u00e9es dans l\u2019imaginaire fran\u00e7ais&#160;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Que ces \u00e9normes d\u00e9faites soient rest\u00e9es dans l\u2019imaginaire collectif est en grande partie d\u00fb \u00e0 un chroniqueur, Jean Froissart, qui a compos\u00e9 de beaux morceaux de bravoure sur la premi\u00e8re partie de la guerre de Cent Ans et notamment sur la bataille de Cr\u00e9cy. La perception qu\u2019on a eue des premi\u00e8res grandes d\u00e9faites fran\u00e7aises est donc largement tributaire de l\u2019incroyable talent litt\u00e9raire de Froissart mais aussi d\u2019autres chroniqueurs. <em>A contrario<\/em>, nous ne disposons que de chroniques fort s\u00e8ches et concises pour la deuxi\u00e8me partie du conflit. Par ailleurs, les batailles de Poitiers et d\u2019Azincourt ont assez naturellement frapp\u00e9 l\u2019opinion par l\u2019ampleur de la d\u00e9faite. Dans le premier cas, le roi est captur\u00e9&#160;; dans le second, la noblesse fran\u00e7aise du Nord et de l\u2019Ouest du pays a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cim\u00e9e, et une part tr\u00e8s consid\u00e9rable de la haute noblesse du parti armagnac se retrouve prisonni\u00e8re en Angleterre pour plusieurs d\u00e9cennies. C\u2019est ainsi que l\u2019historiographie militaire de la guerre de Cent Ans para\u00eet parfois se limiter \u00e0 trois d\u00e9faites fran\u00e7aises \u2014 alors m\u00eame que la derni\u00e8re partie du conflit est marqu\u00e9e par de grandes victoires.<\/p>\n\n\n\n<p>Par ailleurs, les historiens modernes ont projet\u00e9 sur ces batailles leurs propres pr\u00e9jug\u00e9s ou les pr\u00e9occupations de leur \u00e9poque. Ainsi, les victoires anglaises sont souvent pr\u00e9sent\u00e9es comme celle des archers, d\u2019origine roturi\u00e8re, sur la chevalerie fran\u00e7aise, issue de la noblesse. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, pourtant, les Anglais ne voient pas du tout les choses ainsi&#160;: ils mettent en avant les exploits de leur propre noblesse. Cr\u00e9cy est par exemple pr\u00e9sent\u00e9e comme la victoire d\u2019un roi chevalier, \u00c9douard III, sur un autre roi chevalier, Philippe VI. En Angleterre, le r\u00f4le souvent (mais pas toujours) d\u00e9cisif des archers sur le champ de bataille ne se traduit nullement par une remise en cause de la pr\u00e9\u00e9minence sociale et politique de la noblesse.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Les victoires anglaises sont souvent pr\u00e9sent\u00e9es comme celle des archers, d\u2019origine roturi\u00e8re, sur la chevalerie fran\u00e7aise, issue de la noblesse.<\/p><cite>Amable Sablon du Corail<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>Par ailleurs, le d\u00e9clin de la cavalerie est temporaire. Certes, au XIV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, les hommes d\u2019armes fran\u00e7ais abandonnent la charge \u00e0 cheval et combattent \u00e0 pied. Cependant, d\u00e8s les ann\u00e9es 1420-1430 se g\u00e9n\u00e9ralisent les armures de plates, qui offrent une meilleure protection contre les fl\u00e8ches anglaises, pour les hommes comme pour les chevaux. La seconde partie du r\u00e8gne de Charles VII est marqu\u00e9e par un v\u00e9ritable renouveau de la cavalerie lourde, qui va durer jusqu\u2019aux ann\u00e9es 1520-1530. Cela tient aussi \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 d\u00e9mographique sp\u00e9cifique \u00e0 la France&#160;: sa noblesse est si nombreuse qu\u2019elle peut constituer l\u2019essentiel \u2014 voire la quasi-totalit\u00e9, \u00e0 l\u2019\u00e9poque de Du Guesclin \u2014 des combattants engag\u00e9s dans le conflit. En Angleterre, o\u00f9 l\u2019on ne compte pas plus de 3 000 ou 4 000 nobles, le roi est oblig\u00e9 d\u2019ouvrir largement son arm\u00e9e aux roturiers.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque l\u2019on consid\u00e8re les compagnies d\u2019ordonnance qui sont institu\u00e9es sous Charles VII, la proportion de roturiers, qui servent pour la plupart en tant qu\u2019archers \u00e0 cheval, ne va cesser de d\u00e9cliner jusqu\u2019au milieu du XVI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, au point que les places d\u2019archers elles-m\u00eames seront r\u00e9serv\u00e9es aux nobles. Ainsi, les grandes r\u00e9formes militaires engag\u00e9es par la France dans les ann\u00e9es 1445-1450 tendent \u00e0 pr\u00e9server la culture et les pratiques guerri\u00e8res, \u00e9minemment aristocratiques, h\u00e9rit\u00e9es du Moyen-\u00c2ge central.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Comment se d\u00e9roule une journ\u00e9e de bataille&#160;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Lorsque c\u2019est possible, on se confesse et on communie&#160;; chacun prie et se signe, puis l\u2019affrontement s\u2019engage. La phase initiale, qui d\u00e9termine le sort de la journ\u00e9e, est g\u00e9n\u00e9ralement tr\u00e8s intense et tr\u00e8s br\u00e8ve&#160;: peut-\u00eatre une heure de m\u00eal\u00e9e, parfois moins. Les heures qui suivent sont g\u00e9n\u00e9ralement caract\u00e9ris\u00e9es par la retraite des vaincus, la capture des de ceux qui sont en mesure de payer une ran\u00e7on, et le massacre des bless\u00e9s et des troupes \u00e0 pied d\u00e9band\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>La phase initiale, qui d\u00e9termine le sort de la journ\u00e9e, est g\u00e9n\u00e9ralement tr\u00e8s intense et tr\u00e8s br\u00e8ve&#160;: peut-\u00eatre une heure de m\u00eal\u00e9e, parfois moins.<\/p><cite>Amable Sablon du Corail<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>Cette bri\u00e8vet\u00e9 tient autant \u00e0 la f\u00e9rocit\u00e9 de l\u2019engagement qu\u2019\u00e0 la faiblesse des effectifs qui sont engag\u00e9s&#160;: les batailles qui impliquent plus de 10 000 hommes d\u2019un c\u00f4t\u00e9 ou de l\u2019autre sont tr\u00e8s rares. \u00c0 Azincourt, qui est la plus importante bataille de la deuxi\u00e8me partie de la guerre de Cent Ans, on estime que 9 000 Anglais ont affront\u00e9 environ 15 000 Fran\u00e7ais.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Au c\u0153ur de la m\u00eal\u00e9e, comment se bat-on au Moyen-\u00c2ge&#160;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Les batailles m\u00e9di\u00e9vales sont beaucoup moins standardis\u00e9es que celles de l\u2019\u00e9poque moderne. Chacune d\u2019elle est unique en son genre. \u00c0 Cr\u00e9cy (1346), les archers anglais retranch\u00e9s sur une colline r\u00e9sistent victorieusement aux charges de la cavalerie fran\u00e7aise. \u00c0 Poitiers, les Fran\u00e7ais combattent \u00e0 pied et ce sont au contraire les Anglais qui parviennent \u00e0 vaincre leurs ennemis par un mouvement tournant de leur cavalerie. \u00c0 Azincourt, les Anglais prennent l\u2019initiative d\u2019engager le combat, d\u00e9clenchant une r\u00e9action fran\u00e7aise et une charge \u00e0 pied qui d\u00e9g\u00e9n\u00e8re en gigantesque bousculade. La plus grande victoire associ\u00e9e \u00e0 Jeanne d\u2019Arc, Patay (1429), est une bataille de rencontre, o\u00f9 l\u2019avant-garde fran\u00e7aise, forte de quelques centaines d\u2019hommes d\u2019armes \u00e0 cheval, charge avec succ\u00e8s les archers anglais avant qu\u2019ils n\u2019aient eu le temps de se mettre en position. \u00c0 Formigny, en 1450, les Fran\u00e7ais l\u2019emportent gr\u00e2ce \u00e0 leur sang-froid, \u00e0 leur discipline et \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e opportune du conn\u00e9table de Richemont sur le flanc gauche anglais, aussi d\u00e9cisive que l\u2019intervention de Bl\u00fccher \u00e0 Waterloo. \u00c0 Castillon enfin (1453), nous voyons les Anglais attaquer de mani\u00e8re pour le moins tr\u00e8s inconsid\u00e9r\u00e9e des ennemis retranch\u00e9s derri\u00e8re foss\u00e9s et palissade.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Les chroniqueurs parlent-ils de ces heures sanglantes qui suivent le choc initial&#160;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Ils en parlent fort peu. Leur r\u00f4le, tel qu\u2019ils le con\u00e7oivent, est de conserver le souvenir des l\u00e2ches et surtout des h\u00e9ros, qui doivent servir d\u2019exemple aux g\u00e9n\u00e9rations suivantes.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Quelle est la place de Dieu dans ces batailles&#160;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Elle est fondamentale, il est en effet toujours bon de le rappeler&#160;! La bataille est per\u00e7ue comme un jugement de Dieu. Quand on perd, c\u2019est \u00e0 cause de ses p\u00e9ch\u00e9s. Les vainqueurs sont pr\u00e9sent\u00e9s comme de bons chr\u00e9tiens, r\u00e9compens\u00e9s pour leur pi\u00e9t\u00e9, voire comme des p\u00e9nitents. Ce jugement de Dieu est n\u00e9anmoins toujours temporaire, car il peut sans cesse \u00eatre remis en question. La d\u00e9faite de Cr\u00e9cy n\u2019a pas incit\u00e9 Philippe VI \u00e0 demander la paix \u00e0 \u00c9douard III. M\u00eame la capture de Jean II n\u2019a d\u00e9bouch\u00e9 que sur un trait\u00e9 de paix extr\u00eamement temporaire. On peut toujours se repentir, s\u2019amender, et retrouver ainsi le chemin de la victoire. Que constate-t-on du reste dans l\u2019Ancien Testament, qui est le principal recueil d\u2019exemples historiques au Moyen \u00c2ge&#160;? Dieu passe autant de temps \u00e0 punir cruellement les H\u00e9breux, lorsqu\u2019ils ignorent Ses commandements, qu\u2019\u00e0 leur donner la victoire quand ils s\u2019y conforment.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>La bataille est per\u00e7ue comme un jugement de Dieu. Quand on perd, c\u2019est \u00e0 cause de ses p\u00e9ch\u00e9s. Les vainqueurs sont pr\u00e9sent\u00e9s comme de bons chr\u00e9tiens, r\u00e9compens\u00e9s pour leur pi\u00e9t\u00e9, voire comme des p\u00e9nitents.<\/p><cite>Amable Sablon du Corail<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Il a souvent \u00e9t\u00e9 avanc\u00e9 que la guerre de Cent Ans avait \u00e9t\u00e9 une \u00e9tape importante dans la construction des identit\u00e9s fran\u00e7aise et anglaise. Qu\u2019en est-il&#160;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>\u00c0 cette \u00e9poque, l\u2019identit\u00e9 anglaise est plus affirm\u00e9e que l\u2019identit\u00e9 fran\u00e7aise&#160;: c\u2019est un territoire linguistiquement, administrativement et politiquement beaucoup plus homog\u00e8ne que la France. Mais le conflit, qui prend tr\u00e8s vite un tour essentiellement d\u00e9fensif, a clairement favoris\u00e9 l\u2019\u00e9mergence d\u2019un sentiment d\u2019appartenance qui se cristallise au XV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Il me para\u00eet n\u00e9anmoins pr\u00e9f\u00e9rable de parler de \u00ab&#160;sujets du roi de France&#160;\u00bb plut\u00f4t que de Fran\u00e7ais, m\u00eame si ce terme commence alors \u00e0 d\u00e9signer l\u2019ensemble des habitants du royaume. C\u2019est important parce que la matrice du sentiment national en France est l\u2019exaltation de la dynastie, alors qu\u2019en Angleterre, le peuple l\u2019emporte sur le roi. Cette situation \u00e9volue au XVI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle&#160;: les Guerres de religion se traduisent par un affaiblissement du prestige personnel des rois de France. \u00c9merge alors un r\u00e9cit des origines qui valorise les Gaulois et surtout les Francs, et qui se diffuse bien au-del\u00e0 des cercles \u00e9rudits au sein desquels il \u00e9tait confin\u00e9 auparavant.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Du Guesclin, \u00e9rig\u00e9 en h\u00e9ros de la construction nationale au XIX<sup>e<\/sup><\/strong> <strong>si\u00e8cle, a longtemps \u00e9t\u00e9 un parent pauvre de l\u2019histoire militaire. Pourquoi est-il si difficile de faire l\u2019histoire de sa reconqu\u00eate&#160;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Parce que l\u2019histoire militaire a longtemps \u00e9t\u00e9 l\u2019apanage d\u2019historiens qui s\u2019int\u00e9ressaient d\u2019abord aux batailles et \u00e0 la tactique, et qui ont donc fait la part belle aux grandes confrontations spectaculaires, permettant d\u2019articuler un r\u00e9cit bien construit, comportant un d\u00e9but et une fin. La guerre telle que la m\u00e8ne du Guesclin repose sur l\u2019approche indirecte, et la multiplication de si\u00e8ges et de petites embuscades dans le but de reconqu\u00e9rir \u00e0 moindre co\u00fbt les territoires perdus&#160;: des centaines de petites actions, fastidieuses \u00e0 recenser, insipides \u00e0 raconter, et pourtant si efficaces&#160;! Son arm\u00e9e, qui est la premi\u00e8re arm\u00e9e permanente de l\u2019histoire de France, compte \u00e0 peine 3 000 ou 4 000 hommes, mais ils sont bien command\u00e9s, frappent du fort au faible, l\u00e0 o\u00f9 on ne les attend pas. On est tr\u00e8s loin de l\u2019imaginaire de la grande et glorieuse bataille. Saluons au passage la m\u00e9moire de l\u2019historien militaire britannique B. Liddell-Hart, qui a \u00e9t\u00e9 le premier \u00e0 comprendre la strat\u00e9gie du conn\u00e9table breton et \u00e0 lui avoir rendu hommage. Une quinzaine d\u2019ann\u00e9es plus tard, en 1945, l\u2019historien fran\u00e7ais \u00c9douard Perroy pr\u00e9sentait encore Du Guesclin comme un vulgaire chef de bande \u00ab&#160;bouffi de son importance&#160;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Par ailleurs, l\u2019action militaire de Du Guesclin est subordonn\u00e9e et int\u00e9gr\u00e9e \u00e0 l\u2019action politique de Charles V. Il s\u2019agit de de sid\u00e9rer l\u2019ennemi en remportant quelques succ\u00e8s locaux, ce qui met la population locale \u2013 essentiellement les nobles et les bourgeois des villes \u2013 en situation de n\u00e9gocier avec l\u2019autorit\u00e9 royale. Un tr\u00e8s bel exemple est la reconqu\u00eate du Poitou de 1372. \u00c0 cette \u00e9poque, la noblesse y est assez nettement favorable aux Anglais. Les arm\u00e9es royales remportent quelques engagements mineurs contre des bandes anglaises un peu inf\u00e9rieures en nombre et tr\u00e8s dispers\u00e9es, ce qui pousse les nobles \u00e0 entamer des pourparlers avec le fr\u00e8re du roi, le duc de Berry, tandis que les bourgeois des principales villes se voient confirmer leurs privil\u00e8ges et ne tardent pas \u00e0 ouvrir leurs portes aux Fran\u00e7ais. C\u2019est ainsi que pour un co\u00fbt minimum, la plus belle province de l\u2019Aquitaine anglaise bascule du c\u00f4t\u00e9 fran\u00e7ais.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Quelle place faut-il donner \u00e0 Jeanne d\u2019Arc dans la strat\u00e9gie de Charles VII et de ses conseillers&#160;? Est-elle un pur symbole ou a\u2013t-elle un r\u00f4le v\u00e9ritablement strat\u00e9gique&#160;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Dans l\u2019esprit de Charles VII, sa contribution devait \u00eatre essentiellement morale. Le roi s\u2019est laiss\u00e9 convaincre qu\u2019elle pouvait \u00eatre inspir\u00e9e par Dieu, d\u2019une part parce que Jeanne en \u00e9tait intimement persuad\u00e9e, c\u2019est une \u00e9vidence, et d\u2019autre part qu\u2019il l\u2019avait soumise \u00e0 une enqu\u00eate serr\u00e9e, conduite par des clercs qui se m\u00e9fiaient des la\u00efcs pr\u00e9tendant avoir eu des visions, surtout lorsqu\u2019ils \u00e9taient peu instruits (Jeanne l\u2019\u00e9tait plus qu\u2019on ne l\u2019a dit). \u00c0 la surprise g\u00e9n\u00e9rale, Jeanne d\u2019Arc s\u2019est tr\u00e8s vite r\u00e9v\u00e9l\u00e9e comme une strat\u00e8ge de g\u00e9nie, ayant parfaitement compris la dimension psychologique de la guerre. Son r\u00f4le a \u00e9t\u00e9 absolument d\u00e9terminant.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>\u00c0 la surprise g\u00e9n\u00e9rale, Jeanne d\u2019Arc s\u2019est tr\u00e8s vite r\u00e9v\u00e9l\u00e9e comme une strat\u00e8ge de g\u00e9nie, ayant parfaitement compris la dimension psychologique de la guerre.&nbsp;<\/p><cite>Amable Sablon du Corail<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>La strat\u00e9gie de Jeanne d\u2019Arc repose sur l\u2019offensive \u00e0 outrance, afin d\u2019arracher l\u2019initiative \u00e0 l\u2019ennemi et de retrouver l\u2019ascendant moral. C\u2019est \u00e0 son instigation que la garnison d\u2019Orl\u00e9ans, auparavant r\u00e9duite \u00e0 la passivit\u00e9, d\u00e9cide d\u2019attaquer les retranchements provisoires des Anglais autour de la ville. On commence par la bastille Saint-Loup&#160;: c\u2019est un minuscule succ\u00e8s remport\u00e9 sur une centaine d\u2019hommes. Ensuite, les Anglais sont d\u00e9log\u00e9s des Tourelles, qui d\u00e9fendaient l\u2019acc\u00e8s au pont sur la Loire, au sud du fleuve. Ils sont contraints de lever le si\u00e8ge, et de s\u2019enfermer dans les autres places qu\u2019ils tenaient le long de la Loire. Frapp\u00e9s de stupeur, ils r\u00e9agissent \u00e0 peine. Jargeau, Meung-sur-Loire et Beaugency tombent. Le 18 juin 1429, c\u2019est la victoire de Patay, la plus grande victoire fran\u00e7aise depuis le d\u00e9but de la guerre franco-anglaise&#160;!<\/p>\n\n\n\n<p>De m\u00eame, la chevauch\u00e9e du sacre est un acte de pure psychologie. L\u2019arm\u00e9e royale est d\u00e9pourvue de vivres et d\u2019artillerie, et rassemble une dizaine de milliers d\u2019hommes mal \u00e9quip\u00e9s. On arrive en Champagne, une province tr\u00e8s favorable aux Anglo-Bourguignons. \u00c0 Troyes, Jeanne d\u2019Arc simule un assaut, qui n\u2019avait aucune chance de r\u00e9ussir, mais qui pousse les habitants \u00e0 \u00e9couter leur \u00e9v\u00eaque, partisan discret de Charles VII. La soumission de Troyes est assortie de multiples conditions. Seul Charles VII est autoris\u00e9 \u00e0 entrer dans la ville, tandis que l\u2019arm\u00e9e reste \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur. La ville est exempt\u00e9e d\u2019imp\u00f4t et de garnison. L\u2019exemple de Troyes incite pourtant les villes champenoises \u00e0 se rendre, \u00e0 des conditions toujours plus favorables pour le roi. Tr\u00e8s vite, elles se r\u00e9solvent \u00e0 faire \u00ab&#160;ob\u00e9issance pl\u00e9ni\u00e8re&#160;\u00bb \u00e0 Charles VII, enfin sacr\u00e9 \u00e0 Reims le 16 juillet 1429. La querelle successorale est tranch\u00e9e en faveur des Valois. Reste \u00e0 reconqu\u00e9rir le royaume. Jeanne d\u2019Arc a parfaitement saisi qu\u2019il ne fallait surtout pas laisser retomber l\u2019\u00e9lan imprim\u00e9 par les victoires sur la Loire.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Le XV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle est caract\u00e9ris\u00e9 par la multiplication des bandes mercenaires qui, lorsqu\u2019elles ne sont pas pay\u00e9es, vivent sur le pays. Par-del\u00e0 les immenses destructions qu\u2019elle causent \u2014 par exemple dans le Bassin parisien et en Champagne dans les ann\u00e9es 1430 \u2014, ces bandes jouent-elles un r\u00f4le politique&#160;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>En r\u00e9alit\u00e9, les grandes compagnies des ann\u00e9es 1360 ou les \u00e9corcheurs du XV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle ne sont pas exactement des mercenaires, si l\u2019on entend par l\u00e0 des hommes combattant exclusivement pour leur profit et n\u2019ayant aucun lien de fid\u00e9lit\u00e9 ou d\u2019all\u00e9geance avec leur employeur. Ceux que les Bourguignons appellent les \u00ab&#160;\u00e9corcheurs&#160;\u00bb ne combattent que pour le roi de France. Certes, ils ne se privent pas de piller et de ran\u00e7onner les sujets du roi de France quand ils ne sont pas pay\u00e9s, mais ils ne passent pas d\u2019un camp \u00e0 l\u2019autre. De m\u00eame, au XIV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, les capitaines des grandes compagnies sont le plus souvent des nobles, cadets ou b\u00e2tards issus de lignages reconnus, et \u00e0 ce titre vassaux de l\u2019un ou l\u2019autre monarque en conflit, les plus nombreux \u00e9tant les Gascons au service du roi d\u2019Angleterre. Leurs douteux exploits ont lieu apr\u00e8s la paix de Br\u00e9tigny, en 1360, lorsqu\u2019ils se mettent \u00e0 leur propre compte et s\u2019en vont ravager le Midi du royaume, la vall\u00e9e du Rh\u00f4ne, l\u2019Espagne, l\u2019Italie et les marges de l\u2019Empire, trouvant parfois \u00e0 s\u2019employer aupr\u00e8s des cit\u00e9s italiennes ou de souverains \u00e9trangers. \u00c0 de rares exceptions pr\u00e8s, les capitaines de compagnies franches \u00e9vitent autant que possible d\u2019aller directement \u00e0 l\u2019encontre des int\u00e9r\u00eats de leur souverain \u00ab&#160;naturel&#160;\u00bb. L\u2019immense probl\u00e8me de l\u2019\u00e9poque est que ni le roi de France, ni le roi d\u2019Angleterre n\u2019ont les moyens de solder une arm\u00e9e permanente. L\u2019arm\u00e9e de Charles V, dont les effectifs sont ridicules au regard de la taille du royaume, mais qui est la premi\u00e8re \u00e0 \u00eatre continument en op\u00e9ration plus d\u2019une dizaine d\u2019ann\u00e9es (1369-1380), absorbe \u00e0 elle seule la moiti\u00e9 des recettes de la monarchie. On en revient \u00e0 cette question centrale du co\u00fbt de la guerre, devenu exorbitant par suite de la disparition du service f\u00e9odal gratuit et de la Peste noire.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>L\u2019immense probl\u00e8me de l\u2019\u00e9poque est que ni le roi de France, ni le roi d\u2019Angleterre n\u2019ont les moyens de solder une arm\u00e9e permanente.<\/p><cite>Amable Sablon du Corail<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Pourquoi ces ph\u00e9nom\u00e8nes de compagnies ont-ils autant marqu\u00e9 l\u2019imaginaire&#160;? Y a-t-il une m\u00e9moire longue des destructions qui l\u2019ont caus\u00e9&#160;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Oui, mais l\u2019historiographie a sans doute trop insist\u00e9 sur les grandes chevauch\u00e9es anglaises, spectaculaires, frappant l\u2019imagination, destin\u00e9es \u00e0 terroriser les populations, mais qui ne duraient que quelques semaines, quelques mois tout au plus. La relative l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 des infrastructures m\u00e9di\u00e9vales les rendait assez faciles \u00e0 reconstruire. Ce qui a caus\u00e9 infiniment plus de d\u00e9g\u00e2ts, c\u2019est la prolif\u00e9ration de bandes minuscules de quelques dizaines ou centaines d\u2019hommes, diss\u00e9min\u00e9es et enkyst\u00e9es un peu partout, et tout particuli\u00e8rement dans le nord du royaume entre les ann\u00e9es 1410 et 1445. Pendant trente ans, les populations ont d\u00fb vivre dans une ins\u00e9curit\u00e9 totale. Le Bassin parisien, la Picardie et la Champagne ont \u00e9t\u00e9 en grande partie d\u00e9sert\u00e9es par leurs habitants. Dans certaines zones, on peut estimer que la population a \u00e9t\u00e9 divis\u00e9e par quatre ou cinq, l\u2019immense majorit\u00e9 des habitants fuyant ces territoires pour s\u2019installer dans des r\u00e9gions plus s\u00fbres.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Vous cherchez \u00e0 d\u00e9montrer que nous sommes beaucoup plus proches des hommes du Moyen-\u00c2ge que nous ne voulons bien l\u2019admettre. Pourquoi&#160;? Et comment expliquez-vous notre r\u00e9ticence \u00e0 admettre cette familiarit\u00e9&#160;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>J\u2019aurais du mal \u00e0 l\u2019expliquer, \u00e0 vrai dire. Sans doute est-ce la complexit\u00e9 de la p\u00e9riode, la persistance d\u2019une vision tr\u00e8s gothique de la p\u00e9riode m\u00e9di\u00e9vale, surtout de ses deux derniers si\u00e8cles. C\u2019est regrettable. Je suis frapp\u00e9 par la vitalit\u00e9 et la richesse de la r\u00e9flexion politique au XIV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, tellement sup\u00e9rieure \u00e0 celle des si\u00e8cles suivants, pendant lesquels s\u2019\u00e9labore l\u2019absolutisme royal. Je lisais r\u00e9cemment <em>La Politique tir\u00e9e des propres paroles de l\u2019\u00c9criture Sainte<\/em>, de Bossuet, qui est consid\u00e9r\u00e9 comme un monument de la pens\u00e9e absolutiste fran\u00e7aise. Le style est limpide, les formules sont magnifiques, mais que le fond est pauvre&#160;! Il ne propose rien de plus que les <em>Miroirs de prince<\/em> du Moyen \u00c2ge. Deux \u00e0 trois si\u00e8cles plus t\u00f4t, on trouve des r\u00e9flexions tr\u00e8s audacieuses sur le r\u00e9gime politique id\u00e9al, sur le bien commun, la chose publique et la finalit\u00e9 de la monarchie. Au risque de c\u00e9der \u00e0 la manie qu\u2019ont les m\u00e9di\u00e9vistes de revaloriser leur sujet d\u2019\u00e9lection, il faut rappeler \u00e0 quel point le Moyen \u00c2ge est le temps des libert\u00e9s. Tout converge en ce sens&#160;: le christianisme, qui consid\u00e8re que l\u2019homme est lib\u00e9r\u00e9 du p\u00e9ch\u00e9 originel par le bapt\u00eame&#160;; le syst\u00e8me f\u00e9odal, fond\u00e9 sur la r\u00e9ciprocit\u00e9 des devoirs, et o\u00f9 le vassal se met librement au service de son seigneur&#160;; enfin bien s\u00fbr l\u2019h\u00e9ritage gr\u00e9co-romain, qui fait de l\u2019homme le membre d\u2019une communaut\u00e9 politique \u00e0 laquelle il apporte son concours. La fin du Moyen \u00c2ge est un moment d\u00e9cisif pour la formation des identit\u00e9s nationales et r\u00e9gionales europ\u00e9ennes. Dans les ann\u00e9es 1460, nous voyons d\u00e9j\u00e0 les Catalans prononcer la d\u00e9ch\u00e9ance de leur prince. En 1477, apr\u00e8s la mort de son p\u00e8re Charles le T\u00e9m\u00e9raire, Marie de Bourgogne est oblig\u00e9e de conc\u00e9der \u00e0 ses sujets flamands un Grand Privil\u00e8ge, qui leur accorde entre autres choses le droit d\u2019\u00eatre administr\u00e9s et jug\u00e9s dans leur propre langue.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Je suis frapp\u00e9 par la vitalit\u00e9 et la richesse de la r\u00e9flexion politique au XIVe si\u00e8cle, tellement sup\u00e9rieure \u00e0 celle des si\u00e8cles suivants, pendant lesquels s\u2019\u00e9labore l\u2019absolutisme royal.<\/p><cite>Amable Sablon du Corail<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>En ce qui concerne la France, la guerre de Cent Ans est interpr\u00e9t\u00e9e comme l\u2019acte de naissance de son identit\u00e9 nationale. C\u2019est une lecture tout \u00e0 fait recevable, mais un peu r\u00e9ductrice, dans la mesure o\u00f9 il existe une France et un sentiment d\u2019appartenance avant qu\u2019elle n\u2019\u00e9clate, et la fiert\u00e9 d\u2019\u00eatre fran\u00e7ais en 1450, bien r\u00e9elle, est tout de m\u00eame fort diff\u00e9rente du patriotisme contemporain. Bref, il ne s\u2019agit que de l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration d\u2019un processus d\u00e9j\u00e0 engag\u00e9. Il me semble que son legs le plus durable est politique&#160;: c\u2019est \u00e0 ce moment-l\u00e0 qu\u2019\u00e9merge une tradition politique qui lui est propre, fond\u00e9e sur une mystique de l\u2019\u00c9tat qui laisse bien peu de place aux gouvern\u00e9s. L\u2019image du roi comme p\u00e8re de ses sujets, ces \u00e9ternels mineurs, s\u2019impose au tournant du XV<sup>e<\/sup> et du XVI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. On peut en l\u2019esp\u00e8ce bien parler de tournant, et d\u2019une rupture par rapport \u00e0 la monarchie f\u00e9odale ant\u00e9rieure et aux autres \u00c9tats dynastiques europ\u00e9ens, disposant d\u2019assembl\u00e9es repr\u00e9sentatives (Parlement, Cort\u00e8s, di\u00e8tes, Landtage, etc.). L\u2019autoritarisme de la monarchie fran\u00e7aise et l\u2019absence de dialogue institutionnel avec ses sujets finissent par se retourner contre elle. La fiction repr\u00e9sentative \u2013 car seules les \u00e9lites ont voix au chapitre \u2013 est une fiction agissante et l\u00e9gitimante tr\u00e8s efficace. Elle explique du reste qu\u2019\u00e0 la veille de la R\u00e9volution fran\u00e7aise, la pression fiscale ait pu \u00eatre trois fois plus forte en Angleterre qu\u2019en France, et la dette publique anglaise quatre fois plus lourde. Et pourtant, apr\u00e8s l\u2019\u00e9chec de l\u2019assembl\u00e9e des notables de 1787-1788 et la constitution des \u00c9tats-G\u00e9n\u00e9raux en Assembl\u00e9e nationale, c\u2019est bien la monarchie fran\u00e7aise qui s\u2019est effondr\u00e9e.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Strat\u00e9gies |\u00a0\u00c9pisode 8<\/p>\n<p>La l\u00e9gende des rois maudits ou le d\u00e9sastre d\u2019Azincourt ont obscurci notre compr\u00e9hension de la guerre de Cent Ans. Dans un entretien riche, Amable Sablon du Corail restitue la complexit\u00e9 d\u2019une guerre hybride et multidimensionnelle qui fut d\u00e9terminante dans l\u2019histoire du continent europ\u00e9en.<\/p>\n","protected":false},"author":2877,"featured_media":195102,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"templates\/post-studies.php","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_trash_the_other_posts":false,"footnotes":""},"categories":[3549],"tags":[],"staff":[1738],"editorial_format":[],"serie":[],"audience":[],"geo":[1917],"class_list":["post-194845","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-strategies","staff-baptiste-roger-lacan","geo-europe"],"acf":{"open_in_webview":false,"accent":false},"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v26.1.1 - https:\/\/yoast.com\/wordpress\/plugins\/seo\/ -->\n<title>\u00abLa guerre de Cent Ans est une hybridation de tous les types de guerre\u00bb, une conversation avec Amable Sablon du Corail | Le Grand Continent<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2023\/08\/22\/la-guerre-de-cent-ans-est-une-hybridation-de-tous-les-types-de-guerre-une-conversation-avec-amable-sablon-du-corail\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"\u00abLa guerre de Cent Ans est une hybridation de tous les types de guerre\u00bb, une conversation avec Amable Sablon du Corail | Le Grand Continent\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Strat\u00e9gies |\u00a0\u00c9pisode 8  La l\u00e9gende des rois maudits ou le d\u00e9sastre d\u2019Azincourt ont obscurci notre compr\u00e9hension de la guerre de Cent Ans. 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