{"id":194676,"date":"2023-08-17T14:35:57","date_gmt":"2023-08-17T12:35:57","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=194676"},"modified":"2023-08-23T18:02:58","modified_gmt":"2023-08-23T16:02:58","slug":"la-force-de-la-poesie-contre-la-guerre-une-conversation-et-trois-poemes-inedits-de-mostafa-hazara","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2023\/08\/17\/la-force-de-la-poesie-contre-la-guerre-une-conversation-et-trois-poemes-inedits-de-mostafa-hazara\/","title":{"rendered":"La force de la po\u00e9sie contre la guerre, une conversation et trois po\u00e8mes in\u00e9dits de Mostafa Hazara"},"content":{"rendered":"\n
Dans le cadre de la s\u00e9rie de publications \u00ab Kaboul, deux ans apr\u00e8s \u00bb<\/a>, nous avons rencontr\u00e9 Mostafa Hazara, qui fait partie des laur\u00e9ats de la bourse Habib Sharifi en 2023. N\u00e9 en 1989 dans la r\u00e9gion de Behsoud en Afghanistan, Mostafa Hazara passe son enfance en Iran o\u00f9 ses parents ont demand\u00e9 l\u2019asile. De retour en Afghanistan en 2005, il dirige l\u2019Afghan Cultural Foundation et s\u2019affirme comme un po\u00e8te anti-guerre, un po\u00e8te du Pole-e-sokh (un quartier de l\u2019Ouest de Kaboul). Il est journaliste pour la presse \u00e9crite et la t\u00e9l\u00e9vision et organise des festivals (de po\u00e9sie contemporaine, de po\u00e9sie pour la jeunesse, Dix ans de fictions en Afghanistan). <\/em><\/p>\n\n\n\n Il se r\u00e9fugie en France apr\u00e8s le retour des Talibans en ao\u00fbt 2021. En tant que laur\u00e9at de la Bourse Habib Sharifi, il compose une s\u00e9rie de po\u00e8mes inspir\u00e9s d\u2019un po\u00e8me de Habib Sharifi, \u00ab Le Cri \u00bb (\u062f\u0627\u062f), qui se trouve au d\u00e9but de l’entretien que nous a accord\u00e9 Fatimah Hossaini<\/a>. <\/em><\/p>\n\n\n\n Cette conversation vient clore ce dossier sp\u00e9cial pour les deux de la chute de Kaboul. Vous pouvez retrouver ici l’int\u00e9gralit\u00e9 de la s\u00e9rie<\/a> \u2014 et vous abonner \u00e0 la revue pour d\u00e9couvrir des nouveaux contenus exclusifs tous les jours<\/a>.<\/em><\/p>\n\n\n\n Les Hazaras, ethnie \u00e0 laquelle j\u2019appartiens, sont parfois consid\u00e9r\u00e9s comme les \u00ab Juifs d\u2019Afghanistan \u00bb. Ils ont d\u00e9j\u00e0 fait l\u2019objet d\u2019un g\u00e9nocide sous le r\u00e8gne d\u2019Abdur Rahman (\u00e9mir d\u2019Afghanistan de 1880 \u00e0 1901), Aujourd\u2019hui, dans l\u2019id\u00e9ologie des Talibans, tuer sept Hazaras permet d\u2019aller au Paradis, parce qu\u2019ils nous consid\u00e8rent comme des infid\u00e8les \u2014 car nous sommes chiites. Depuis 120 ans, les gouvernements ont chang\u00e9, mais la pers\u00e9cution des Hazaras a \u00e9t\u00e9 une constante de la vie politique du pays.<\/p>\n\n\n\n Je viens de la r\u00e9gion en Afghanistan de Maidan, dont le centre administratif est la ville de Behsoud (\u0628\u0647\u0633\u0648\u062f), qui est \u00e0 la fronti\u00e8re entre les r\u00e9gions hazaras et les r\u00e9gions pashtounes. Behsoud est aussi le nom d\u2019une des principales tribus hazaras. Apr\u00e8s le g\u00e9nocide des Hazaras \u00e0 la fin du XIX\u00e8me si\u00e8cle, quatre tribus hazaras ont compl\u00e8tement disparu. Les autres se sont r\u00e9fugi\u00e9es, en Iran pour certaines, pour d\u2019autres dans cette r\u00e9gion afghane de Behsoud, dans laquelle les tribus pasthounes ont l\u2019habitude de mener des pillages r\u00e9guliers pour nourrir leurs troupeaux de b\u00e9tail.<\/p>\n\n\n\n Mon p\u00e8re vivait \u00e0 Kaboul o\u00f9 il travaillait. Le jour o\u00f9 les communistes ont envahi la ville, ma m\u00e8re m\u2019a souvent racont\u00e9 qu\u2019ils ont d\u00fb quitter leur maison en moins de cinq minutes \u2013 exactement comme moi-m\u00eame, 30 ans plus tard, j\u2019ai d\u00fb quitter Kaboul en 2021. La guerre et la brutalit\u00e9 de l\u2019exil semblent se r\u00e9p\u00e9ter \u00e0 l\u2019identique d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration \u00e0 l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n On appelle ce quartier, \u00e0 l\u2019Ouest de Kaboul, dans la partie hazara de la ville, \u00ab le petit Paris \u00bb, mais je pr\u00e9f\u00e8re l\u2019appeler \u00ab la capitale des mots \u00bb.<\/p>Mostafa Hazara<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Mes parents sont all\u00e9s en Iran parce qu\u2019ils voulaient que leurs enfants grandissent en parlant persan. Je suis n\u00e9 et ai grandi en Iran, jusqu\u2019au lyc\u00e9e. Ce n\u2019est qu\u2019apr\u00e8s que les Talibans ont \u00e9t\u00e9 renvers\u00e9s que je suis retourn\u00e9 en Afghanistan, en 2005. J\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 y travailler en tant que journaliste. Apr\u00e8s la fin de mes \u00e9tudes, j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 travailler pour la t\u00e9l\u00e9vision et plus pr\u00e9cis\u00e9ment pour Moby Media Group, qui est le plus grand groupe m\u00e9diatique d\u2019Afghanistan.<\/p>\n\n\n\n En 2015-2016, j\u2019ai travers\u00e9 deux \u00e9pisodes tragiques qui ont conduit \u00e0 des bouleversements g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9s de ma vie personnelle et professionnelle. Le premier a eu lieu le 20 janvier 2015. On l\u2019a appel\u00e9 le \u00ab mercredi noir \u00bb. J\u2019\u00e9tais dans un bus avec des coll\u00e8gues de Moby Media Group. J\u2019en sors et quelques minutes plus tard, j\u2019entends une explosion et vois un nuage de fum\u00e9e au-dessus du bus, qui venait d\u2019\u00eatre attaqu\u00e9. Lors de cette attaque, j\u2019ai perdu six amis et un cousin, que j\u2019ai tout mis en terre de mes propres mains.<\/p>\n\n\n\n La guerre et la brutalit\u00e9 de l\u2019exil semblent se r\u00e9p\u00e9ter \u00e0 l\u2019identique d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration \u00e0 l\u2019autre.<\/p>Mostafa Hazara<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n L\u2019ann\u00e9e suivante, j\u2019\u00e9tais impliqu\u00e9 dans l\u2019organisation d\u2019une des plus grandes manifestations des Hazaras de l\u2019histoire d\u2019Afghanistan, le 23 juillet 2016. J\u2019\u00e9tais en train d\u2019interviewer quelqu\u2019un en marge de la manifestation. Le soleil brillait au-dessus des immeubles, mais d\u2019un coup tout est devenu noir. Je vois des gens tomber autour de moi sans rien comprendre ni entendre, parce que j\u2019\u00e9tais assourdi et assomm\u00e9 par une premi\u00e8re explosion. Une seconde explosion m\u2019a r\u00e9veill\u00e9. 97 personnes sont mortes ce jour-l\u00e0, dont \u00e0 nouveau de nombreux amis.<\/p>\n\n\n\n En parall\u00e8le de cette carri\u00e8re de journaliste, j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9crire de la po\u00e9sie et \u00e0 travailler avec l\u2019Association Pen d\u2019Afghanistan, puis avec la Maison des \u00e9crivains d\u2019Afghansitan (K\u00e2sh\u00e2n-\u00e9 n\u00e9visand\u00e9h\u00e2-y\u00e9 Afgh\u00e2nest\u00e2n<\/em>). \u00c0 l\u2019\u00e9poque, la po\u00e9sie en langue persane \u00e9tait extr\u00eamement sombre, tr\u00e8s n\u00e9gative. J\u2019ai publi\u00e9 mon premier recueil Pol-\u00e9 sorkh<\/em> (Le Pont rouge<\/em>), qui a connu un certain succ\u00e8s, et a notamment re\u00e7u le prix Golden Finger \u2014 meilleur livre de l\u2019ann\u00e9e. Je rejoins alors l\u2019Afghan Writers Union, qui avait disparu pendant la guerre civile et sous le gouvernement taliban.<\/p>\n\n\n\n Depuis cinquante ans, la litt\u00e9rature afghane a \u00e9t\u00e9 enr\u00f4l\u00e9e par le pouvoir politique pour le soutenir, qu\u2019il s\u2019agisse de la monarchie, du gouvernement communiste, de la r\u00e9publique, ou du gouvernement taliban. Ces quatre r\u00e9gimes se sont tous appuy\u00e9s sur des po\u00e8tes et des \u00e9crivains qui les soutenaient. Je tente de faire de la litt\u00e9rature qui sorte d\u2019un rapport inf\u00e9od\u00e9 au pouvoir politique.<\/p>\n\n\n\n En effet, les Talibans aussi ont une politique culturelle. Un des seuls \u00e9v\u00e9nements culturels qui a perdur\u00e9 sous le r\u00e8gne des Talibans \u00e9tait les nuits po\u00e9tiques. Seraj Haqqani, aujourd\u2019hui ministre de l\u2019Int\u00e9rieur d\u2019Afghanistan et son fr\u00e8re Anas Haqqani, porte-parole du gouvernement, dirigent directement la politique culturelle de l\u2019\u00c9mirat islamique d\u2019Afghanistan.<\/p>\n\n\n\n Je tente de faire de la litt\u00e9rature qui sorte d\u2019un rapport inf\u00e9od\u00e9 au pouvoir politique.<\/p>Mostafa Hazara<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n On a aussi cr\u00e9\u00e9 Afghanistan Cultural Foundation, qui regroupait la sculpture, la traduction et la musique. Nous avons essay\u00e9 dans ce cadre de pr\u00e9server notamment la culture du Nourest\u00e2n. Dans l\u2019ensemble, je dirais que l\u2019art le plus politique en Afghanistan est la po\u00e9sie, car elle sert \u00e0 la fois \u00e0 soutenir le pouvoir et \u00e0 exprimer les souffrances de ses habitants.<\/p>\n\n\n\n On appelle ce quartier, \u00e0 l\u2019Ouest de Kaboul, dans la partie hazara de la ville, \u00ab le petit Paris \u00bb, mais je pr\u00e9f\u00e8re l\u2019appeler \u00ab la capitale des mots \u00bb. Kaboul est l\u2019une des villes les plus dangereuses du monde, mais au milieu de cette ville, Pol-\u00e9 Sorkh, qui est grand comme Ch\u00e2telet, est un \u00eelot de culture, plein de caf\u00e9s, de librairies, d\u2019\u00e9diteurs. On y trouve des jeunes artistes sans le sou car ils d\u00e9pensent le peu d\u2019argent qu\u2019ils ont en livres et en th\u00e9. Tous les Afghans qui ont gagn\u00e9 des prix litt\u00e9raires internationaux viennent de ce quartier, dont le nom est aussi devenu un synonyme de la g\u00e9n\u00e9ration des intellectuels de la R\u00e9publique afghane.<\/p>\n\n\n\n Le danger \u00e9tait permanent. Lorsque nous organisions des nuits po\u00e9tiques, nous avions cinq gardes de s\u00e9curit\u00e9 avec nous. <\/p>Mostafa Hazara<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n *<\/p>\n\n\n\n \u062f\u0631 \u067e\u0627\u0631\u06cc\u0633 \u0628\u0647 \u062e\u0648\u0627\u0628 \u0645\u06cc\u200c\u0631\u0648\u0645<\/p>\n\n\n\n \u062f\u0631 \u06a9\u0627\u0628\u0644 \u0628\u06cc\u062f\u0627\u0631 \u0645\u06cc\u200c\u0634\u0648\u0645<\/p>\n\n\n\n \u062f\u0631 \u062a\u0647\u0631\u0627\u0646 \u06af\u0644\u0648\u0644\u0647 \u0645\u06cc\u200c\u062e\u0648\u0631\u0645<\/p>\n\n\n\n \u0648 \u062f\u0631 \u0631\u0648\u06cc\u0627\u06cc \u0622\u0632\u0627\u062f\u06cc<\/p>\n\n\n\n \u0645\u06cc\u200c\u0645\u06cc\u0631\u0645 <\/p>\n\n\n\n \u0628\u0631\u0627\u06cc \u0648\u0637\u0646\u0645 \u06af\u0631\u06cc\u0647 \u0645\u06cc\u200c\u06a9\u0646\u0645<\/p>\n\n\n\n \u0633\u0631\u0645 \u0631\u0627 \u0628\u0644\u0646\u062f \u0645\u06cc\u200c\u06a9\u0646\u0645<\/p>\n\n\n\n \u0686\u0648\u0646 \u0628\u0627\u0631\u0627\u0646 \u0627\u0631\u062f\u06cc\u0628\u0647\u0634\u062a<\/p>\n\n\n\n \u0628\u0631 \u062d\u0648\u0627\u0644\u06cc \u062f\u0634\u062a\u200c\u0628\u0631\u0686\u06cc<\/p>\n\n\n\n \u0631\u0648\u06cc \u0642\u0637\u0631\u0647\u200c\u0647\u0627\u06cc \u062e\u0648\u0646 \u06af\u0631\u06cc\u0647 \u0645\u06cc\u200c\u06a9\u0646\u0645<\/p>\n\n\n\n <\/p>\n\n\n\n Je m\u2019endors \u00e0 Paris <\/em><\/p>\n\n\n\n Me r\u00e9veille \u00e0 Kaboul <\/em><\/p>\n\n\n\n Je prends une balle \u00e0 T\u00e9h\u00e9ran <\/em><\/p>\n\n\n\n Et dans l\u2019espoir de la libert\u00e9 <\/em><\/p>\n\n\n\n Je meurs<\/em><\/p>\n\n\n\n Je pleure pour ma patrie <\/em><\/p>\n\n\n\n Je l\u00e8ve ma t\u00eate <\/em><\/p>\n\n\n\n Comme la pluie du printemps <\/em><\/p>\n\n\n\n A Dasht-e-Barchi <\/em><\/p>\n\n\n\n Je pleure sur les gouttes de sang <\/em><\/p>\n\n\n\n *<\/p>\n\n\n\n Historiquement, la langue administrative de l\u2019Afghanistan est rest\u00e9e le dari en d\u00e9pit des changements de gouvernements, et m\u00eame quand des ethnies turques ou pashtounes \u00e9taient au pouvoir. Par cons\u00e9quent, la langue litt\u00e9raire dominante \u00e9tait aussi le dari \u00e0 Kaboul.<\/p>\n\n\n\n Le danger \u00e9tait permanent. Lorsque nous organisions des nuits po\u00e9tiques, nous avions cinq gardes de s\u00e9curit\u00e9 avec nous. Malgr\u00e9 le danger, la cr\u00e9ation artistique \u00e9tait une n\u00e9cessit\u00e9, car si nous ne nous occupions pas \u00e0 r\u00eaver ou \u00e0 imaginer des mondes meilleurs, nous aurions probablement fait comme nos parents : prendre des armes et nous entretuer.<\/p>\n\n\n\n De mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, il me semble essentiel que les individus et les artistes ne contribuent pas \u00e0 renforcer la haine de l\u2019autre sur des bases ethniques ou nationales. En Afghanistan, j\u2019ai de nombreux amis pashtounes m\u00eame si les gouvernements pashtounes ont pers\u00e9cut\u00e9 ma famille et les gens de mon ethnie. Cela peut sembler une \u00e9vidence, mais si l\u2019on regarde les cons\u00e9quences de l\u2019invasion de l\u2019Ukraine par la Russie, peu de gens font vraiment l\u2019effort de distinguer la population et le gouvernement, comme l\u2019ont montr\u00e9 les nombreux boycotts d\u2019artistes russes. L\u2019id\u00e9ologie conduit \u00e0 la guerre mais la culture peut contribuer \u00e0 nous en sortir un jour. Je l\u2019ai vu en Afghanistan mais cela est vrai pour tous les pays d\u00e9chir\u00e9s par les guerres. <\/p>\n\n\n\n J\u2019ai deux sources d\u2019inspiration principales. Dans la litt\u00e9rature classique, il s\u2019agit surtout de Mowlana (R\u00fbm\u00ee). Dans la litt\u00e9rature contemporaine, j\u2019appr\u00e9cie le travail de Wasef Bakhtari et de Bidel Dehlawi.<\/p>\n\n\n\n Une autre forme de po\u00e9sie oppos\u00e9e \u00e0 la guerre est ce qu\u2019on appelle les Landays <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>. J\u2019ai trouv\u00e9 un landay datant de 120 ans qui dit que quelqu\u2019un qui construit des armes est responsable de tous les morts que les armes causeront. Il date de l\u2019\u00e9poque du g\u00e9nocide des Hazaras.<\/p>\n\n\n\n *<\/p>\n\n\n\n \u062f \u069a\u0647 \u067c\u0648\u067e\u06a9\u0648 \u0627\u0633\u062a\u0627\u06a9\u0627\u0631\u0647- \u062f \u069a\u0647 \u0681\u0648\u0627\u0646\u0627\u0646\u0648 \u062e\u0648\u0646 \u0628\u0647 \u0633\u062a\u0627 \u0628\u0647 \u063a\u0627\u0693\u0647 \u0648\u06cc\u0646\u0647<\/p>\n\n\n\n \u0627\u06cc \u0633\u0627\u0632\u0646\u062f\u0647 \u062a\u0641\u0646\u06af\u200c\u0647\u0627\u06cc \u062e\u0648\u0628<\/p>\n\n\n\n \u062e\u0648\u0646 \u062c\u0648\u0627\u0646\u0627\u0646 \u062e\u0648\u0628 \u0628\u0631 \u06af\u0631\u062f\u0646 \u062a\u0648\u0633\u062a<\/p>\n\n\n\n <\/p>\n\n\n\n Acheteur de bonnes armes \u2014 le sang de la bonne jeunesse saignera sur votre cou<\/em><\/p>\n\n\n\n \u00d4 faiseur d’armes de r\u00eave<\/em><\/p>\n\n\n\n Le sang de la jeunesse est sur ton cou<\/em><\/p>\n\n\n\n *<\/p>\n\n\n\n Un autre landay, datant d\u2019une p\u00e9riode de guerre civile, loue l\u2019amour entre deux individus musulman et hindou \u2014 on ne peut pas conna\u00eetre le sexe de l\u2019un et de l\u2019autre car il n\u2019y a pas d\u2019accord de genre en pashto et en persan. Ces po\u00e8mes sont des tentatives de d\u00e9passer par la litt\u00e9rature les conflits ethniques et religieux qui d\u00e9chirent le pays et sa population.<\/p>\n\n\n\n *<\/p>\n\n\n\n [Pashto]<\/p>\n\n\n\n \u0627\u0631\u0645\u0647 \u0647\u0646\u062f\u0648 \u0632\u0647 \u0645\u0633\u0644\u0645\u0627\u0646 \u06cc\u0645<\/p>\n\n\n\n \u062f \u06cc\u0627\u0631 \u062f \u067e\u0627\u0631\u0647 \u062f\u0631\u0645\u0633\u0627\u0644 \u062c\u0627\u0631\u0648\u06a9\u0648\u0645\u0647.<\/p>\n\n\n\n <\/p>\n\n\n\n [Persan] <\/p>\n\n\n\n \u06cc\u0627\u0631\u0645 \u0647\u0646\u062f\u0648 \u0647\u0633\u062a \u0648 \u0645\u0646 \u0645\u0633\u0644\u0645\u0627\u0646\u0645<\/p>\n\n\n\n \u0628\u0647 \u062e\u0627\u0637\u0631 \u06cc\u0627\u0631\u0645 \u062e\u0627\u06a9 \u062f\u0631\u0645\u0633\u0627\u0644 \u0631\u0627 \u062c\u0627\u0631\u0648 \u0645\u06cc\u200c\u06a9\u0646\u0645<\/p>\n\n\n\n <\/p>\n\n\n\n <\/p>\n\n\n\n Mon amour est hindou et je suis musulmane<\/em><\/p>\n\n\n\n Pour mon amour je balaierai la poussi\u00e8re de son dharamshala [lieu de culte sikh]<\/em><\/p>\n\n\n\n *<\/p>\n\n\n\n Il existe \u00e9galement un r\u00e9pertoire de po\u00e9sie populaire au sein de la culture hazara, nomm\u00e9e do bayti<\/em> (litt\u00e9ralement \u00ab de deux vers \u00bb). Il s\u2019agit de courts po\u00e8mes en persan ou en dialecte hazara, racontant des histoires d\u2019amour et servant \u00e0 transmettre des traditions aux nouvelles g\u00e9n\u00e9rations. Au sein de ce courant on trouve une sous-cat\u00e9gorie nomm\u00e9e Mokhte. Il s\u2019agit de po\u00e9sies improvis\u00e9es par les femmes en l\u2019honneur des hommes de la tribu qui ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s ou sont morts, afin de surmonter le deuil. <\/p>\n\n\n\n *<\/p>\n\n\n\n [Persan] <\/p>\n\n\n\n \u0645\u0631\u062f\u0647 \u0628\u062f\u0645 \u0632\u0646\u062f\u0647 \u0634\u062f\u0645 \u06af\u0631\u06cc\u0647 \u0628\u062f\u0645 \u062e\u0646\u062f\u0647 \u0634\u062f\u0645<\/p>\n\n\n\n \u062f\u0648\u0644\u062a \u0639\u0634\u0642 \u0622\u0645\u062f \u0648 \u0645\u0646 \u062f\u0648\u0644\u062a \u067e\u0627\u06cc\u0646\u062f\u0647 \u0634\u062f\u0645<\/p>\n\n\n\n \u06af\u0641\u062a \u06a9\u0647 \u062f\u06cc\u0648\u0627\u0646\u0647 \u0646\u0647\u200c\u0627\u06cc \u0644\u0627\u06cc\u0642 \u0627\u06cc\u0646 \u062e\u0627\u0646\u0647 \u0646\u0647\u200c\u0627\u06cc<\/p>\n\n\n\n \u0631\u0641\u062a\u0645 \u062f\u06cc\u0648\u0627\u0646\u0647 \u0634\u062f\u0645 \u0633\u0644\u0633\u0644\u0647 \u0628\u0646\u062f\u0646\u062f\u0647 \u0634\u062f\u0645<\/p>\n\n\n\n \u06af\u0641\u062a \u06a9\u0647 \u0633\u0631\u0645\u0633\u062a \u0646\u0647\u200c\u0627\u06cc \u0631\u0648 \u06a9\u0647 \u0627\u0632 \u0627\u06cc\u0646 \u062f\u0633\u062a \u0646\u0647\u200c\u0627\u06cc<\/p>\n\n\n\n \u0631\u0641\u062a\u0645 \u0648 \u0633\u0631\u0645\u0633\u062a \u0634\u062f\u0645 \u0648\u0632 \u0637\u0631\u0628 \u0622\u06a9\u0646\u062f\u0647 \u0634\u062f\u0645<\/p>\n\n\n\n \u06af\u0641\u062a \u06a9\u0647 \u062a\u0648 \u06a9\u0634\u062a\u0647 \u0646\u0647\u200c\u0627\u06cc \u062f\u0631 \u0637\u0631\u0628 \u0622\u063a\u0634\u062a\u0647 \u0646\u0647\u200c\u0627\u06cc<\/p>\n\n\n\n \u067e\u06cc\u0634 \u0631\u062e \u0632\u0646\u062f\u0647 \u06a9\u0646\u0634 \u06a9\u0634\u062a\u0647 \u0648 \u0627\u0641\u06a9\u0646\u062f\u0647 \u0634\u062f\u0645<\/p>\n\n\n\n \u06af\u0641\u062a \u06a9\u0647 \u062a\u0648 \u0632\u06cc\u0631\u06a9\u06a9\u06cc \u0645\u0633\u062a \u062e\u06cc\u0627\u0644\u06cc \u0648 \u0634\u06a9\u06cc<\/p>\n\n\n\n \u06af\u0648\u0644 \u0634\u062f\u0645 \u0647\u0648\u0644 \u0634\u062f\u0645 \u0648\u0632 \u0647\u0645\u0647 \u0628\u0631\u06a9\u0646\u062f\u0647 \u0634\u062f\u0645<\/p>\n\n\n\n \u06af\u0641\u062a \u06a9\u0647 \u062a\u0648 \u0634\u0645\u0639 \u0634\u062f\u06cc \u0642\u0628\u0644\u0647 \u0627\u06cc\u0646 \u062c\u0645\u0639 \u0634\u062f\u06cc<\/p>\n\n\n\n \u062c\u0645\u0639 \u0646\u06cc\u0645 \u0634\u0645\u0639 \u0646\u06cc\u0645 \u062f\u0648\u062f \u067e\u0631\u0627\u06a9\u0646\u062f\u0647 \u0634\u062f\u0645<\/p>\n\n\n\n \u06af\u0641\u062a \u06a9\u0647 \u0634\u06cc\u062e\u06cc \u0648 \u0633\u0631\u06cc \u067e\u06cc\u0634 \u0631\u0648 \u0648 \u0631\u0627\u0647\u0628\u0631\u06cc<\/p>\n\n\n\n \u0634\u06cc\u062e \u0646\u06cc\u0645 \u067e\u06cc\u0634 \u0646\u06cc\u0645 \u0627\u0645\u0631 \u062a\u0648 \u0631\u0627 \u0628\u0646\u062f\u0647 \u0634\u062f\u0645<\/p>\n\n\n\n \u06af\u0641\u062a \u06a9\u0647 \u0628\u0627 \u0628\u0627\u0644 \u0648 \u067e\u0631\u06cc \u0645\u0646 \u067e\u0631 \u0648 \u0628\u0627\u0644\u062a \u0646\u062f\u0647\u0645<\/p>\n\n\n\n \u062f\u0631 \u0647\u0648\u0633 \u0628\u0627\u0644 \u0648 \u067e\u0631\u0634 \u0628\u06cc\u200c\u067e\u0631 \u0648 \u067e\u0631\u06a9\u0646\u062f\u0647 \u0634\u062f\u0645<\/p>\n\n\n\n <\/p>\n\n\n\n J\u2019\u00e9tais mort, vivant me voici. J\u2019\u00e9tais larmes, riant me voici.<\/em><\/p>\n\n\n\n Arriva le bonheur d\u2019amour. Amour \u00e9ternel me voici. <\/em><\/p>\n\n\n\n Il dit \u00ab mais non tu n\u2019es pas fou, pas digne de cette maison \u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n Je suis parti me rendre fou. Tels les attach\u00e9s me voici. <\/em><\/p>\n\n\n\n Il dit \u00ab Mais non tu n\u2019es pas ivre. Va, tu n\u2019es pas de cette esp\u00e8ce<\/em> \u00bb<\/p>\n\n\n\n Je suis parti, me voici ivre et rempli de joie me voici.<\/em><\/p>\n\n\n\n Il dit \u00ab mais non tu n\u2019es pas mort. Tu n\u2019es pas souill\u00e9 par la joie<\/em> \u00bb<\/p>\n\n\n\n \u00c0 sa face qui donne vie, mort et effondr\u00e9 me voici.<\/em><\/p>\n\n\n\n Il dit \u00ab Oh oui tu es rus\u00e9, ivre de doutes et de pens\u00e9e<\/em> \u00bb<\/p>\n\n\n\n Alors ignorant effray\u00e9, d\u00e9tach\u00e9 de tout me voici.<\/em><\/p>\n\n\n\n Il dit \u00ab Tu es une bougie, ce lieu vers qui l\u2019assembl\u00e9e prie<\/em> \u00bb<\/p>\n\n\n\n Assembl\u00e9e ne suis ni bougie, fum\u00e9e dispers\u00e9e me voici. <\/em><\/p>\n\n\n\n Il dit \u00ab tu es le cheikh, la t\u00eate, devant tu m\u00e8nes le chemin<\/em> \u00bb<\/p>\n\n\n\n Cheikh ne suis ni menant chemin, ton suiveur d\u2019ordre me voici. <\/em><\/p>\n\n\n\n Il dit \u00ab Tu as plume et aile. Je te donne aile ni plume.<\/em> \u00bb<\/p>\n\n\n\n D\u00e9sirant ces plumes ces ailes, sans aile et plume me voici.<\/em> <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span><\/p>\n\n\n\n *<\/p>\n\n\n\nVous faites partie de l\u2019ethnie hazara, pourriez-vous nous en dire plus sur cette ethnie en Afghanistan <\/strong> ?<\/h3>\n\n\n\n
Vous \u00eates n\u00e9 en Iran mais avez travaill\u00e9 en Afghanistan entre 2005 et 2021, pourriez-vous revenir sur les principales \u00e9tapes de votre vie ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Vous n\u2019\u00eates pas seulement journaliste mais aussi po\u00e8te. Comment la po\u00e9sie s\u2019inscrit-elle dans votre vie, principalement d\u00e9di\u00e9e \u00e0 la politique ? Vous vous d\u00e9finissez comme un po\u00e8te \u00ab anti-guerre \u00bb. Qu\u2019est-ce que cela implique concr\u00e8tement ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Votre livre Pol-\u00e9 Sorkh<\/em> d\u00e9signe en fait un quartier de Kaboul. Pourriez-vous d\u00e9crire ce quartier et les raisons pour lesquelles vous l\u2019avez choisi pour titre d\u2019un recueil de po\u00e9sie ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Po\u00e8me de Mostafa Hazara<\/strong><\/h4>\n\n\n\n
En quelle langue la po\u00e9sie s\u2019\u00e9crivait-elle ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Comment faire pour mener cette vie litt\u00e9raire et artistique en d\u00e9pit des attaques terroristes ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Qu\u2019implique, d\u2019un point de vue esth\u00e9tique, le fait de faire de la po\u00e9sie \u00ab anti-guerre \u00bb ? <\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Landay<\/strong><\/h4>\n\n\n\n
Po\u00e8me de R\u00fbm\u00ee ayant inspir\u00e9 le travail de Mostafa Hazara<\/strong><\/h4>\n\n\n\n