{"id":193752,"date":"2023-08-11T19:00:00","date_gmt":"2023-08-11T17:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=193752"},"modified":"2023-08-12T14:58:20","modified_gmt":"2023-08-12T12:58:20","slug":"cest-dans-les-pouilles-que-jai-appris-lart-de-raconter-des-histoires-une-conversation-avec-nicola-lagioia","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2023\/08\/11\/cest-dans-les-pouilles-que-jai-appris-lart-de-raconter-des-histoires-une-conversation-avec-nicola-lagioia\/","title":{"rendered":"\u00ab C’est dans les Pouilles que j’ai appris l\u2019art de raconter des histoires \u00bb, une conversation avec Nicola Lagioia"},"content":{"rendered":"\n

Apr\u00e8s l\u2019Acropole d\u2019Andrea Marcolongo<\/a>, la Los Angeles d\u2019Alain Mabanckou<\/a>, la Provence de Carlo Rovelli<\/a>, les rives de Beyrouth dans l\u2019\u0153il des artistes Joana Hadjithomas et Khalil Joreige<\/a> et les marches de la Villa Malaparte par Pierre de Gasquet<\/a>, la Sicile de Jean-Paul Manganaro<\/a>, nous restons en Italie pour cette conversation virtuose avec Nicola Lagioia autour de Bari et jusqu’au petit village de Capurso.<\/em><\/p>\n\n\n\n

Nous avons pens\u00e9 qu’il serait int\u00e9ressant de parler d’un lieu o\u00f9 vous n’\u00eates pas n\u00e9, mais o\u00f9 vous avez pass\u00e9 une partie importante de votre enfance, et qui a influenc\u00e9 votre approche de la litt\u00e9rature et de l’\u00e9criture. Qu’est-ce qui vous vient \u00e0 l’esprit ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Je suis n\u00e9 \u00e0 Bari, mais mes parents sont n\u00e9s \u00e0 Capurso et mes grands-parents ont v\u00e9cu \u00e0 Capurso, un petit village de la province de Bari, \u00e0 une dizaine de kilom\u00e8tres de la ville. Pendant une bonne partie de mon enfance, j’ai v\u00e9cu entre ces deux mondes, l’un connect\u00e9 au XXIe si\u00e8cle et l’autre qui ne l’\u00e9tait pas encore. D’un c\u00f4t\u00e9, il y avait Bari, la grande ville moderne et culturellement dynamique que l’on appelait le Milan du sud, et de l’autre Capurso, ancr\u00e9 dans la civilisation paysanne, une condition que je percevais tr\u00e8s concr\u00e8tement : mes grands-parents maternels \u00e9taient issus d’une famille de cultivateurs directs, et donc d’un contexte tr\u00e8s pr\u00e9cis, parce que la civilisation paysanne est rest\u00e9e semblable \u00e0 elle-m\u00eame pendant des si\u00e8cles, au moins jusqu’au XXe si\u00e8cle. Ma grand-m\u00e8re est n\u00e9e en 1916 et est toujours en vie, elle a atteint 107 ans le 6 juin dernier, tandis que mon grand-p\u00e8re \u00e9tait n\u00e9 en 1908 : Capurso \u00e9tait pour moi un point de contact avec cette soci\u00e9t\u00e9 du pass\u00e9 lointain, repr\u00e9sent\u00e9e non seulement par mes grands-parents, mais plus g\u00e9n\u00e9ralement par les anciens du village.<\/p>\n\n\n\n

Pendant une bonne partie de mon enfance, j’ai v\u00e9cu entre ces deux mondes, l’un connect\u00e9 au XXIe si\u00e8cle et l’autre qui ne l’\u00e9tait pas encore. <\/p>Nicola Lagioia<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Ceci a repr\u00e9sent\u00e9 votre premi\u00e8re approche de la tradition orale.<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Les premiers narrateurs que j’ai rencontr\u00e9s \u00e9taient en fait des narratrices. Le c\u00f4t\u00e9 agr\u00e9able des petits villages, c’est que les enfants sont le patrimoine de tout le monde, on peut les laisser en libert\u00e9 sans probl\u00e8me particulier : on sait que quelqu’un va s’en occuper. Ainsi, lorsque mes parents \u00e9taient occup\u00e9s, ils me confiaient \u00e0 mes grands-parents qui, \u00e0 leur tour, s’ils \u00e9taient occup\u00e9s, me confiaient aux anciens du village. Capurso \u00e9tait, et est toujours, un petit village agricole, compos\u00e9 de maisons paysannes assez semblables, \u00e0 une petite diff\u00e9rence pr\u00e8s : les plus riches avaient plus de pi\u00e8ces et un espace ext\u00e9rieur, qui \u00e9tait en g\u00e9n\u00e9ral le potager, tandis que les plus pauvres n’avaient qu’une seule pi\u00e8ce, avec la seule lumi\u00e8re qui n’entrait que par la porte. Dans la pi\u00e8ce principale, il y avait une grande table ronde o\u00f9 les vieilles femmes, qui auraient pu ressembler aux sorci\u00e8res de Macbeth, s’asseyaient pour faire des orecchiette : d’un coup de doigt pr\u00e9cis, elles transformaient la p\u00e2te en p\u00e2tes. Naturellement, l’op\u00e9ration durait des jours et, devant ce patrimoine commun qu’il fallait transformer en p\u00e2tes, les vieilles femmes racontaient leurs histoires, parfois vraies, parfois compl\u00e8tement invent\u00e9es. Elles parlaient, par exemple, de leurs maris d\u00e9c\u00e9d\u00e9s qui leur avaient dit de faire telle ou telle chose, d’avoir vu d’autres personnes pendant la nuit ou le jour : le fait est qu’elles ne racontaient pas toujours qu’elles avaient r\u00eav\u00e9, souvent les histoires pr\u00e9tendaient \u00eatre vraies, s\u00e9rieuses.<\/p>\n\n\n\n

Je me souviens tr\u00e8s bien d’un t\u00e9moignage d’une de ces vieilles dames, qui disait avoir trouv\u00e9 \u00e0 l’int\u00e9rieur du poisson, en le nettoyant, une lettre d’une personne d\u00e9c\u00e9d\u00e9e, dans laquelle elle recevait une s\u00e9rie de messages. Il \u00e9tait \u00e9vident que cela n’avait pas eu lieu, mais pourquoi ? Comment en \u00e9tait-elle arriv\u00e9e l\u00e0 ? De toute \u00e9vidence, il s’agissait d’une question de culture de la narration, soit en rapportant des choses dites par quelqu’un d’autre, soit en rassemblant divers \u00e9l\u00e9ments entendus. C’est \u00e0 ce moment-l\u00e0 que j’ai vu pour la premi\u00e8re fois l’art de la narration professionnelle \u00e0 l’\u0153uvre.<\/p>\n\n\n\n\n\n

\n \n \r\n \r\n \r\n \r\n \r\n <\/picture>\r\n \n
Edoardo Tresoldi, Basilique de Siponto, Siponto Manfredonia (FG), Italie, 2016 \u00a9 Edoardo Tresoldi 2018<\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

Vous souvenez-vous d’odeurs ou de sensations qui vous rappellent la p\u00e9riode de votre vie li\u00e9e \u00e0 Capurso ? Quelles sont les madeleines de Proust de Nicola Lagioia ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

L’odeur de la sauce en train de cuire, sans aucun doute. Avec les tomates que nous cueillions, on faisait des bocaux de sauce dans le jardin, dans d’immenses pots, les buatte, qui d\u00e9gageaient une odeur durable et d\u00e9licieuse. Mais aussi la pin\u00e8de, qui est particuli\u00e8rement caract\u00e9ristique de la r\u00e9gion de Tarente \u00e0 vrai dire, parce que dans ces r\u00e9gions, la chaleur diffuse un ar\u00f4me tr\u00e8s fort de pin et de r\u00e9sine, qui n’est autre que la combinaison de la mer, des arbres et de la salinit\u00e9. Une odeur presque lourde. Et puis, je ne sais pas pourquoi, il y a aussi l’odeur du caca de lapin et de poule qui, maintenant que j’y pense bien, renvoie \u00e0 la grande diff\u00e9rence entre la g\u00e9n\u00e9ration de ma grand-m\u00e8re et celle de ma m\u00e8re : entre ceux qui avaient l’habitude de les tuer, et donc de les abattre \u00e0 la maison, et ceux qui ne l’avaient pas. Bref, jusqu’aux ann\u00e9es 50, cette capacit\u00e9 \u00e0 s’occuper des animaux de ferme \u00e9tait un \u00e9l\u00e9ment important de la culture, de la vie des gens, mais plus maintenant, et d’ailleurs je me souviens que les vieilles femmes insultaient ma m\u00e8re avec bonhomie parce qu’elle n’\u00e9tait pas capable de le faire. Et puis une autre chose encore, toujours li\u00e9e \u00e0 ce moment de proximit\u00e9 avec la civilisation agricole, c’\u00e9tait l’odeur du vin, mais un vin rude, un muscat qui ressemblait peut-\u00eatre plus \u00e0 du mercure, presque \u00e0 un sirop de vinaigre.<\/p>\n\n\n\n

Vous vivez aujourd’hui \u00e0 Rome, qui est une grande m\u00e9tropole, et vous \u00eates n\u00e9 \u00e0 Bari, qui n’est certainement pas une petite ville, mais ces deux villes sont des exemples de grands environnements urbains, assez \u00e9loign\u00e9s de la province italienne classique. Votre enfance \u00e0 Capurso vous a \u00e9galement permis de conna\u00eetre la civilisation paysanne que vous avez \u00e9voqu\u00e9e pr\u00e9c\u00e9demment : dans quelle mesure cette exp\u00e9rience a-t-elle influenc\u00e9 votre formation d’\u00e9crivain ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Elle a \u00e9t\u00e9 fondamentale, car elle m’a permis d’avoir une exp\u00e9rience et un bagage que beaucoup de jeunes n\u00e9s et \u00e9lev\u00e9s en ville n’ont pas. \u00c0 vrai dire, quand j’ai vu Voyage en Italie de Rossellini, il n’y avait pour moi rien de neuf ou d’inconnu : j’avais d\u00e9j\u00e0 vu et v\u00e9cu la procession en Sicile, y compris le miracle que Rossellini raconte mille fois, parce qu’\u00e0 Capurso aussi il y avait la f\u00eate de la Madonna del pozzo, qui \u00e9tait une grande f\u00eate, avec toute la ville sur la place, des feux et des chars. Cette expression de la tradition populaire m’a permis, entre autres, de constater l’effet du sacr\u00e9 sur les gens, sa capacit\u00e9 \u00e0 les toucher. Je me souviens qu’au cours de cette procession, mon cousin \u00e9tait \u00e9mu, il \u00e9tait enchant\u00e9, une \u00e9motion que j’ai ensuite retrouv\u00e9e \u00e0 la cath\u00e9drale Saint-Nicolas de Bari, il y a quelques ann\u00e9es, o\u00f9 un gar\u00e7on – il devait avoir 18 ans – regardait les ossements du saint avec un regard de d\u00e9sir en adoration de la relique. Bien s\u00fbr, il y avait aussi des manifestations de profonde ignorance, comme la tradition de peindre les poussins, qui \u00e9taient teints en bleu avec une peinture manifestement toxique qui les tuait au bout d’une semaine ; mais grandir dans cet environnement m’a permis de saisir en profondeur les caract\u00e8res de la civilisation paysanne. Et je pense que cela s’est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 utile pour mon travail, car il m’a permis d’avoir une vision plus large.<\/p>\n\n\n\n

Cette expression de la tradition populaire m’a permis, entre autres, de constater l’effet du sacr\u00e9 sur les gens, sa capacit\u00e9 \u00e0 les toucher. <\/p>Nicola Lagioia<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Avez-vous d’autres souvenirs de cette p\u00e9riode, qu’il s’agisse de folklore ou d’exp\u00e9riences presque transcendantales ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Cette p\u00e9riode m’a \u00e9galement donn\u00e9 une certaine familiarit\u00e9 avec Naples. Mon p\u00e8re avait une entreprise qui fabriquait des trousseaux, encore importants \u00e0 l’\u00e9poque, et il les vendait \u00e0 des grossistes dans tout le sud de l’Italie, dans les Pouilles, en Sicile, en Basilicate, mais surtout en Campanie. Il m’emmenait souvent avec lui et j’ai donc d\u00e9velopp\u00e9 une grande familiarit\u00e9 avec Naples depuis l’enfance, \u00e0 tel point que j’ai vu Maradona plusieurs fois au stade, \u00e0 propos d’exp\u00e9riences mystiques. Je sentais la ville envo\u00fbt\u00e9e par Maradona, je la sentais \u00e0 l’int\u00e9rieur et \u00e0 l’ext\u00e9rieur du stade, il y avait une sorte de souffle suspendu dans l’attente qu’il fasse quelque chose. C’est exactement la sensation d\u00e9crite dans Tennis as a Religious Experience<\/em> de Foster Wallace, dont la traduction italienne a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e par Minimum Fax, la maison d’\u00e9dition o\u00f9 je travaillais : \u00eatre face \u00e0 un sportif qui ne respecte pas les lois de la physique. Voil\u00e0 Maradona, c’\u00e9tait \u00e7a. <\/p>\n\n\n\n

Je sentais la ville envo\u00fbt\u00e9e par Maradona, je la sentais \u00e0 l’int\u00e9rieur et \u00e0 l’ext\u00e9rieur du stade, il y avait une sorte de souffle suspendu dans l’attente qu’il fasse quelque chose. <\/p>Nicola Lagioia<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Outre Maradona, je garde de Naples le souvenir d’une autre chose tr\u00e8s belle que, enfant, j’aurais consid\u00e9r\u00e9e comme du folklore et qu’aujourd’hui je consid\u00e8re plut\u00f4t comme de la culture. Nous \u00e9tions \u00e0 un bapt\u00eame de riches et, comme pour toutes les f\u00eates du sud, la r\u00e9ception durait longtemps, il y avait des acrobates, bref, tout ce que l’on s’attend \u00e0 trouver dans ce genre de situation. Soudain, probablement au quinzi\u00e8me plat, il y eut une sorte de basculement dans l’air, comme si l’attention de tous avait \u00e9t\u00e9 attir\u00e9e sur un point. Et c’\u00e9tait le cas, car Mario Merola \u00e9tait arriv\u00e9 ! Pour lui, c’\u00e9tait peut-\u00eatre le cinqui\u00e8me bapt\u00eame de la journ\u00e9e, mais pour ceux qui l’\u00e9coutaient, cela n’avait pas d’importance : je n’ai pratiquement plus jamais vu une telle pr\u00e9sence sur sc\u00e8ne, peut-\u00eatre seulement lorsque je suis all\u00e9 voir Nick Cave. Cela semble exag\u00e9r\u00e9, mais \u00e7a ne l’est pas, c’est un sentiment que la moiti\u00e9 de l’Italie a ressenti lors d’une \u00e9dition de Sanremo \u00e0 laquelle U2 \u00e9tait invit\u00e9. \u00c0 un moment donn\u00e9, pendant Miss Sarajevo, Bono, comme souvent lors de ses concerts, descend de la sc\u00e8ne et commence \u00e0 fendre la foule assise sur les si\u00e8ges rouges du th\u00e9\u00e2tre Ariston. Le chanteur traverse les gradins sous les applaudissements mais s’arr\u00eate soudain, car une silhouette se dresse devant lui, immobile, les bras le long du corps, en train de le regarder. C’est Mario Merola. Une fraction de seconde s’\u00e9coule, puis Merola fait un signe de t\u00eate et commence \u00e0 applaudir comme les autres. Bono s’incline et repart, toujours sous les applaudissements. Ce n’est que si vous avez un charisme hors du commun que vous pouvez vous tenir ainsi devant Bono Vox et le pousser \u00e0 s’incliner devant vous.<\/p>\n\n\n\n

Outre Maradona, je garde de Naples le souvenir d’une autre chose tr\u00e8s belle que, enfant, j’aurais consid\u00e9r\u00e9e comme du folklore et qu’aujourd’hui je consid\u00e8re plut\u00f4t comme de la culture. <\/p>Nicola Lagioia<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Bref, sans Capurso, je n’aurais vu ni Maradona ni Mario Merola.<\/p>\n\n\n\n\n\n

\n \n \r\n \r\n \r\n \r\n \r\n <\/picture>\r\n \n
Edoardo Tresoldi, Basilique de Siponto, Siponto Manfredonia (FG), Italie, 2016 \u00a9 Edoardo Tresoldi 2018<\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

Ce th\u00e8me des \u00ab parvenus \u00bb on le retrouve beaucoup dans vos romans, c’est presque un fil rouge.<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Du monde dans lequel j’ai v\u00e9cu, fait de petits commer\u00e7ants, d’agents commerciaux, de fabricants de tissus, de marchands de matelas, malheureusement ceux qui sont comme moi, les intellectuels, les \u00e9crivains, en ont peu d’exp\u00e9rience, peu de connaissance. Ils ne les comprennent pas ! Mon enfance, en revanche, m’a permis de voir cette facette de la soci\u00e9t\u00e9 italienne, que j’ai ensuite in\u00e9vitablement compar\u00e9e aux milieux hupp\u00e9s que j’ai commenc\u00e9 \u00e0 fr\u00e9quenter lorsque j’ai commenc\u00e9 \u00e0 \u00eatre \u00e9crivain et plus g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 travailler dans le secteur culturel, au Salon de Turin et \u00e0 la Mostra de Venise. J’ai alors d\u00e9velopp\u00e9 non pas une haine de classe, comme l’ont fait mes amis marxistes, mais un agacement diff\u00e9rent : ces gens qui sont riches depuis des g\u00e9n\u00e9rations, je ne les supporte pas, alors que j’ai toujours trouv\u00e9 fantastiques les gens qui se sont enrichis en tr\u00e8s peu de temps. Ils sont devenus riches et ont fait faillite tout aussi rapidement peut-\u00eatre, mais ils avaient une attitude qui n’existe plus chez les riches depuis des g\u00e9n\u00e9rations, une sorte d’obligation sociale de donner \u00e0 tout le monde, d’embaucher des proches, une esp\u00e8ce de restitution territoriale. Souvent, ils ne payaient pas d’imp\u00f4ts, mais ils ne les payaient pas parce que, pendant des g\u00e9n\u00e9rations, ils avaient \u00e9t\u00e9 pi\u00e9tin\u00e9s, humili\u00e9s par les \u00ab ma\u00eetres du Nord \u00bb et consid\u00e9raient donc l’\u00c9tat comme un ennemi. Berlusconi \u00e9tait aim\u00e9 par cette classe sociale parce qu’apr\u00e8s tout, il \u00e9tait l’un d’entre eux qui avait r\u00e9ussi, il exag\u00e9rait une exp\u00e9rience que la petite bourgeoisie connaissait tr\u00e8s bien : je n’ai jamais vot\u00e9 pour lui et mon p\u00e8re l’a fait, ce qui a d’ailleurs provoqu\u00e9 d’innombrables disputes entre nous, mais je comprends pleinement le ph\u00e9nom\u00e8ne.<\/p>\n\n\n\n

D’ailleurs, ce n’est pas seulement un ph\u00e9nom\u00e8ne italien. Je me souviens que la broderie des tissus du trousseau a d’abord \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e en Italie, puis la main-d’\u0153uvre est devenue trop ch\u00e8re, de sorte que des entreprises comme celle de mon p\u00e8re se sont tourn\u00e9es vers des tailleurs de Mad\u00e8re d’abord, puis m\u00eame d’Asie. Cela nous obligeait m\u00eame \u00e0 traiter avec des ministres et des sous-secr\u00e9taires, car il s’agissait de tr\u00e8s grosses commandes, et bien s\u00fbr aussi avec des \u00ab parvenus \u00bb. L’exp\u00e9rience avec mon p\u00e8re m’a permis de voir des types humains que je n’aurais probablement jamais vus autrement, avec cette gestion d\u00e9sastreuse de la richesse. \u00c0 l’\u00e9poque, \u00e0 Bari, la marque d’une richesse soudaine consistait \u00e0 acheter des b\u00eates f\u00e9roces, comme des lions ou des tigres, pour les mettre dans le jardin, comme s’il s’agissait d’animaux de compagnie. Mais comme ils devenaient vraiment dangereux, ces gens les rendaient.<\/p>\n\n\n\n

L’exp\u00e9rience avec mon p\u00e8re m’a permis de voir des types humains que je n’aurais probablement jamais vus autrement, avec cette gestion d\u00e9sastreuse de la richesse.<\/p>Nicola Lagioia<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Tout cela a-t-il eu une influence sur votre \u00e9criture ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Beaucoup, parce que je me sers \u00e9videmment beaucoup de ce que j’ai v\u00e9cu pour construire mes romans. Et d’ailleurs, dans ma frustration de ne pas avoir pu raconter autant que j’aurais voulu, il y a aussi un c\u00f4t\u00e9 positif, si je dois raisonner en tant qu’\u00e9crivain : il me semble qu’il y a encore beaucoup de d\u00e9calage entre les exp\u00e9riences que j’ai accumul\u00e9es et ce que j’ai \u00e9crit, cela veut dire qu’il y a encore du terrain fertile. Pour en revenir \u00e0 la diversit\u00e9 des types humains que j’ai rencontr\u00e9s, elle est fondamentale : La Ville des vivants<\/em> a fonctionn\u00e9 pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu’il y avait de tout, pour raconter cette histoire j’ai d\u00fb m’occuper du bourgeois, du parvenus, de la prostitu\u00e9e, du trafiquant de drogue, des gens qui avaient peu de traits communs entre eux. <\/p>\n\n\n\n

Et c’\u00e9tait possible parce que depuis mon enfance, j’ai appris \u00e0 traiter avec tout le monde, j’ai l’habitude de ne regarder personne de haut et de consid\u00e9rer toute personne dont je croise le regard comme digne d’attention. Je trouve magnifique le d\u00e9but du livre de Fitzgerald, Gatsby le Magnifique<\/em>, lorsque le narrateur, issu d’une famille ais\u00e9e et bourgeoise, pr\u00e9sente son intention de raconter l’histoire d’un homme qui s’est enrichi gr\u00e2ce au crime, Gatsby. Et avant de le faire, il rappelle les conseils de son p\u00e8re, qui lui dit de ne jamais juger les autres trop facilement, car tout le monde n’a pas eu la chance qu’il a eue, lui qui est n\u00e9 riche et sans probl\u00e8mes particuliers.<\/p>\n\n\n\n

Depuis mon enfance, j’ai appris \u00e0 consid\u00e9rer toute personne dont je croise le regard comme digne d’attention. <\/p>Nicola Lagioia<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

J’ai cela \u00e0 l’esprit et c’est fondamental pour la litt\u00e9rature. Bien des gens pensent que la litt\u00e9rature consiste \u00e0 d\u00e9noncer, mais \u00e0 mon avis, il s’agit de comprendre ce qu’est une personne et de la comprendre, de la raconter sans la juger. M\u00eame un meurtrier ou un gangster est un \u00eatre humain et son histoire peut m\u00e9riter d’\u00eatre racont\u00e9e. D’ailleurs, toute la litt\u00e9rature occidentale repose sur ce postulat : Achille ou Ulysse n’\u00e9taient certainement pas des saints, l’un \u00e9tait narcissique, violent, bagarreur, orgueilleux, l’autre trompeur, et pourtant nous avons de l’empathie, nous sommes passionn\u00e9s par leurs histoires. Madame Bovary est une mythomane, et pourtant elle nous int\u00e9resse. <\/p>\n\n\n\n

Pour en revenir \u00e0 votre relation avec la ville, quelle est votre relation avec Bari, o\u00f9 vous \u00eates n\u00e9 et o\u00f9 vous avez fait vos \u00e9tudes secondaires et universitaires ? Le Bari o\u00f9 vous avez grandi \u00e9tait tr\u00e8s diff\u00e9rent de celui d’aujourd’hui, qui a connu une certaine gentrification, comme d’autres villes du sud.<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Bari avait ceci de fantastique, \u00e0 l’\u00e9poque o\u00f9 j’ai grandi, qu’elle \u00e9tait divis\u00e9e en zones, entre les quartiers bourgeois et les quartiers \u00ab off \u00bb, o\u00f9 il \u00e9tait vraiment d\u00e9conseill\u00e9 d’entrer. Il y a cette anecdote de Jacques Le Goff, qui arrive \u00e0 Bari et qui veut \u00e0 tout prix aller voir le vieux Bari, qui \u00e9tait \u00e0 l’\u00e9poque un quartier assez dangereux. Ses h\u00f4tes le lui d\u00e9conseillent fortement, mais il n’entend aucune raison, il est m\u00e9di\u00e9viste, il est dans l’un des quartiers m\u00e9di\u00e9vaux les mieux conserv\u00e9s, et il veut y aller \u00e0 tout prix. R\u00e9sultat, d\u00e8s qu’il entre dans le vieux Bari, il est litt\u00e9ralement emport\u00e9, en ce sens qu’il est agress\u00e9 et tra\u00een\u00e9 sur plusieurs m\u00e8tres parce qu’il ne veut pas l\u00e2cher son sac. Bref, dans certains quartiers, la ville c’\u00e9tait \u00e7a. <\/p>\n\n\n\n

D’autres endroits \u00ab off \u00bb \u00e9taient CEP et Japigia, qui \u00e9taient \u00e0 l’\u00e9poque des zones o\u00f9 r\u00e9gnaient les drogues lourdes, diff\u00e9rentes non seulement en termes de sociologie, mais pr\u00e9cis\u00e9ment en termes d’alphabet : la langue courante \u00e9tait uniquement le dialecte, le dialecte mais aussi une certaine attitude face \u00e0 la vie. La premi\u00e8re fois que je suis all\u00e9 acheter de l’hashish \u00e0 Japigia, j’ai \u00e9t\u00e9 impressionn\u00e9 par la rapidit\u00e9 avec laquelle les dealers s’approchaient et vous demandaient ce que vous vouliez. Un certain Toquinho vendait de l’hashish au milieu d’un pr\u00e9, sans se soucier d’\u00eatre vu ou intercept\u00e9 : il avait un grand sac dans lequel il prenait 10 ou 20 grammes, selon la quantit\u00e9 souhait\u00e9e. Il y avait aussi un autre dealer, La Signora, qui en plus de la drogue vendait aussi des produits alimentaires, un m\u00e9lange de produits qui n’avait de sens que dans ce contexte pr\u00e9cis.<\/p>\n\n\n\n

Quelle est la part de folklore dans tout cela ? <\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Il y en a, mais jusqu’\u00e0 un certain degr\u00e9. Les types humains que j’ai rencontr\u00e9s m’ont \u00e9t\u00e9 d’une grande utilit\u00e9 : La F\u00e9roce<\/em> aurait pu se d\u00e9rouler n’importe o\u00f9 ailleurs, ce n’est pas un roman qui a besoin de Bari, parce que l’histoire est en quelque sorte universelle, mais le fait est que les types humains qu’il contient sont ceux de Bari, c’est-\u00e0-dire que les dynamiques qui s’\u00e9tablissent ne peuvent venir que de l\u00e0, et que ces personnages ne sont cr\u00e9dibles que dans ce contexte. C’est un peu comme les films de Tot\u00f2 : on peut faire un remake dans une autre langue avec d’autres personnages et constater que l’intrigue en principe fonctionne, mais le film perd sa sp\u00e9cificit\u00e9 d’origine.<\/p>\n\n\n\n

Il \u00e9tait important d’aller dans ces endroits et chez ces gens, parce qu’ils \u00e9taient bien-s\u00fbr des criminels, mais vous \u00e9tiez en contact avec des gens qui vivaient d’une mani\u00e8re compl\u00e8tement diff\u00e9rente de la v\u00f4tre, qui parlaient d’une mani\u00e8re compl\u00e8tement diff\u00e9rente, mais qui avaient beaucoup de surprises derri\u00e8re eux. Je me souviens avoir rencontr\u00e9 au CEP un trafiquant de cigarettes qui, en plus de son activit\u00e9 criminelle, vendait des bandes dessin\u00e9es : je ne sais pas comment il parvenait \u00e0 s’en procurer beaucoup, surtout des anciens num\u00e9ros introuvables, qu’il vendait ensuite \u00e0 l’ext\u00e9rieur des \u00e9coles. J’\u00e9tais un maniaque de bandes dessin\u00e9es et je lui en achetais beaucoup, et je lui demandais les num\u00e9ros exacts si j’en avais besoin. Une fois, j’avais besoin de num\u00e9ros d’Alan Ford, mais il oubliait toujours de me les apporter, alors il m’a invit\u00e9 \u00e0 la maison pour les r\u00e9cup\u00e9rer.\u00a0<\/p>\n\n\n\n

Je me souviens avoir rencontr\u00e9 au CEP un trafiquant de cigarettes qui, en plus de son activit\u00e9 criminelle, vendait des bandes dessin\u00e9es.<\/p>Nicola Lagioia<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

J’ai persuad\u00e9 ma m\u00e8re de m’accompagner au CEP, ce qui \u00e9tait inou\u00ef pour elle car nous n’allions jamais dans ces quartiers, et une fois sur place, j’ai oubli\u00e9 l’adresse. Alors que faire, je commence \u00e0 demander o\u00f9 habite le monsieur qui vendait les bandes dessin\u00e9es, mais personne ne peut me r\u00e9pondre. Je me souviens alors que ce monsieur avait des chats qui savaient compter, c’est-\u00e0-dire qu’ils \u00e9taient entra\u00een\u00e9s \u00e0 appuyer sur une petite cloche et \u00e0 r\u00e9pondre ainsi aux additions. Il demandait combien faisaient 4+3 et le chat sonnait la clochette 7 fois. Une fois, je lui ai demand\u00e9 \u00ab mais comment font-ils pour compter ? \u00bb et il m’a r\u00e9pondu \u00ab il faut voir la m\u00e8re, la m\u00e8re parle ! \u00bb Alors, me rappelant que j’\u00e9tais au CEP et que je devais changer d’alphabet, j’ai demand\u00e9 en dialecte : \u00ab Excusez-moi, o\u00f9 habite celui qui a des chats qui parlent ? \u00bb, et imm\u00e9diatement le visage de mon interlocuteur a chang\u00e9 : \u00ab Vous auriez pu le dire avant ! C’est l\u00e0 qu’il habite ! \u00bb<\/p>\n\n\n\n\n\n

\n \n \r\n \r\n \r\n \r\n \r\n <\/picture>\r\n \n
Edoardo Tresoldi, Basilique de Siponto, Siponto Manfredonia (FG), Italie, 2016 \u00a9 Edoardo Tresoldi 2018<\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

D’ailleurs, l’histoire de Toquinho, le trafiquant de drogue de Japigia, se termine bien. Des ann\u00e9es plus tard, je pr\u00e9sentais Case d\u00e9part<\/em> \u00e0 la prison de Bari et j’ai racont\u00e9 cette histoire. \u00c0 la fin de la pr\u00e9sentation, l’un des d\u00e9tenus est venu me voir et m’a dit que Toquinho, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9, s’\u00e9tait rachet\u00e9 : il avait purg\u00e9 sa peine, puis avait \u00e9tudi\u00e9 pour un concours, l’avait remport\u00e9 et, aujourd’hui, il est surveillant. <\/p>\n\n\n\n

Quels sont vos souvenirs de Bari lorsque vous \u00e9tiez \u00e9tudiant \u00e0 l’universit\u00e9 ? Et dans quelle mesure la perception de votre r\u00e9gion, les Pouilles, a-t-elle chang\u00e9, alors qu’elle est aujourd’hui l’une des r\u00e9gions les plus int\u00e9ressantes d’Italie, non seulement pour le tourisme et le vin, mais aussi pour sa vitalit\u00e9 culturelle ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Ma relation avec Bari est aujourd’hui relativement distante, car depuis quelques ann\u00e9es, le temps que j’ai pass\u00e9 \u00e0 Rome a d\u00e9pass\u00e9 le temps que j’ai pass\u00e9 \u00e0 Bari : j’ai quitt\u00e9 Bari \u00e0 l’\u00e2ge de 23 ans. J’y reste cependant attach\u00e9, et je suis tr\u00e8s attach\u00e9 \u00e0 ce moment de ma vie, parce que j’ai vu la ville changer. Bari avait les banlieues que j’ai d\u00e9crites, mais elle avait aussi un centre, qui n’\u00e9tait pas seulement un quartier de professionnels, mais un endroit heureux, avec une grande sc\u00e8ne musicale. Elle n’\u00e9tait certes pas comparable \u00e0 celle de Milan ou de Florence, mais elle abritait une sc\u00e8ne punk et post-punk pertinente, o\u00f9 il \u00e9tait possible de faire des rencontres tr\u00e8s int\u00e9ressantes, qui ont \u00e9t\u00e9 fondamentales pour ma formation. Lorsque j’\u00e9tais \u00e0 la facult\u00e9 de droit, j’ai remarqu\u00e9 un avis publi\u00e9 sur le tableau d’affichage de la facult\u00e9, \u00ab amateur de po\u00e9sie recherch\u00e9 \u00bb, alors j’ai \u00e9t\u00e9 curieux et je suis all\u00e9 voir. En fait, d’autres \u00e9tudiants avaient cr\u00e9\u00e9 un cercle Arci appel\u00e9 Metropolis, qui organisait chaque jour de la semaine un \u00e9v\u00e9nement : le lundi, ils discutaient de politique, et cela s’appelait \u00ab politeia \u00bb, le mardi, il y avait un forum cin\u00e9matographique, et le jeudi, il y avait \u00ab dedalus \u00bb, o\u00f9 l’on parlait de litt\u00e9rature et de po\u00e9sie. J’ai pass\u00e9 tous mes jeudis, pendant quatre ans, avec ce groupe de personnes dans le quartier entre San Pasquale et Carrassi, une exp\u00e9rience merveilleuse qui a ensuite donn\u00e9 lieu \u00e0 une partie de ma vie professionnelle. Que ce soit au sein de revues ou non, j’ai toujours travaill\u00e9 en groupe, la gestion et la culture de groupes culturels est ce que j’ai fait toute ma vie et ce que je continue \u00e0 faire, et qui a eu comme moment auroral cette p\u00e9riode universitaire qui a \u00e9t\u00e9 la mienne. Je suis rest\u00e9 ami avec de nombreuses personnes qui ont marqu\u00e9 ce moment de ma vie. En particulier avec le protagoniste de ce que je consid\u00e8re comme le d\u00e9but de la sortie de l’ombre des Pouilles par les arts : Andrea Piva, et son fr\u00e8re, Alessandro.<\/p>\n\n\n\n

Je suis tr\u00e8s attach\u00e9 \u00e0 ce moment de ma vie, parce que j’ai vu la ville changer.<\/p>Nicola Lagioia<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Ceux du film La CapaGira.<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Oui, \u00e0 mon avis, pour les Pouilles, ce film a marqu\u00e9 le d\u00e9but de la transformation, ou plut\u00f4t il a enfin fait \u00e9merger un mouvement qui existait d\u00e9j\u00e0, mais qui \u00e9tait souterrain. Pendant longtemps, la r\u00e9gion a \u00e9t\u00e9 peu repr\u00e9sent\u00e9e par le cin\u00e9ma, la litt\u00e9rature et les arts, il y avait des g\u00e9nies isol\u00e9s, comme Carmelo Bene, Andrea Pazienza, Pino Pascali, mais il n’y avait pas de continuit\u00e9 de ce point de vue. La CapaGira est aussi un film tr\u00e8s apulien, il est enti\u00e8rement tourn\u00e9 en dialecte et raconte l’histoire de demi-criminels qui fr\u00e9quentent une salle de jeux : c’est exactement le genre d’endroit que l’on pouvait fr\u00e9quenter \u00e0 l’\u00e9poque \u00e0 Bari, pour tous les m\u00e9langes que j’ai mentionn\u00e9s plus haut. Andrea Piva lui-m\u00eame a rappel\u00e9, d’une certaine mani\u00e8re, ses personnages, celui qui lisait Eliot le matin et allait jouer au billard dans des lieux ambigus le soir. Cette faune-l\u00e0 a produit un film super-local mais qui, dans la mani\u00e8re dont il est tourn\u00e9, peut rappeler le style de Jarmusch, parce qu’il tient ensemble cette double piste constitu\u00e9e de la ville la plus marginale et de la ville intellectuellement avant-gardiste.<\/p>\n\n\n\n

Pendant longtemps, la r\u00e9gion a \u00e9t\u00e9 peu repr\u00e9sent\u00e9e par le cin\u00e9ma, la litt\u00e9rature et les arts, il y avait des g\u00e9nies isol\u00e9s, comme Carmelo Bene, Andrea Pazienza, Pino Pascali, mais il n’y avait pas de continuit\u00e9 de ce point de vue. <\/p>Nicola Lagioia<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Dans quelle mesure \u00eates-vous \u00e9galement impliqu\u00e9 dans cette renaissance culturelle des Pouilles ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

La vague de repr\u00e9sentations narratives a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e, dans la plupart des cas, par des ressortissants, par des personnes qui ont quitt\u00e9 la r\u00e9gion, qui ne vivent plus dans les Pouilles. Mais ce moment, le d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, a co\u00efncid\u00e9 avec la victoire de Nichi Vendola, qui est devenu pr\u00e9sident de la r\u00e9gion en 2005, et le m\u00e9rite en revient donc aussi \u00e0 ceux qui sont rest\u00e9s. La victoire de Vendola semblait impossible compte tenu de son profil : gauchiste, homosexuel, en dehors de la logique du pouvoir qui gouvernait la r\u00e9gion depuis cinquante ans. Au contraire, il \u00e9tait l’homme qu’il fallait au bon endroit, il avait saisi le moment culturel que traversaient les Pouilles et avait pr\u00e9par\u00e9 un tournant politique. Ma m\u00e8re votait DC et a vot\u00e9 pour lui de tout c\u0153ur, il a \u00e9t\u00e9 le seul \u00e0 faire dire aux m\u00e8res traditionalistes des Pouilles : \u00ab Mon fils, pourquoi n\u2019es-tu pas homosexuel ? \u00bb. C’est fantastique ! Vendola a chang\u00e9 la perception des Pouilles, mais aussi la perception que les Pouilles avaient d’elles-m\u00eames, bien plus que ceux d’entre nous qui \u00e9taient partis, car il a r\u00e9ussi \u00e0 envo\u00fbter des gens qui n’auraient jamais vot\u00e9 pour un homosexuel de gauche.<\/p>\n\n\n\n

La vague de repr\u00e9sentations narratives a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e, dans la plupart des cas, par des ressortissants, par des personnes qui ont quitt\u00e9 la r\u00e9gion, qui ne vivent plus dans les Pouilles. <\/p>Nicola Lagioia<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Carofiglio, De Cataldo, Negramaro avaient d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9 \u00e0 faire briller les Pouilles, mais Vendola \u00e9tait une sorte d’indicateur, la politique arrive toujours plus tard, mais dans ce cas, elle l’a fait. Vendola a pris le meilleur de l’exp\u00e9rience progressiste, en l’associant \u00e0 l’exp\u00e9rience catholique plus \u00e0 gauche, que l’on retrouve aujourd’hui chez le cardinal Zuppi, mais aussi chez le pape Bergoglio. En outre, l’exp\u00e9rience de Vendola montre que dans le sud, sur certaines questions, l’\u00e9mancipation est plus avanc\u00e9e que dans le nord : les deux seuls pr\u00e9sidents r\u00e9gionaux homosexuels ont \u00e9t\u00e9 Vendola et Rosario Crocetta en Sicile.<\/p>\n\n\n\n\n\n

\n \n \r\n \r\n \r\n \r\n \r\n <\/picture>\r\n \n
Edoardo Tresoldi, Basilique de Siponto, Siponto Manfredonia (FG), Italie, 2016 \u00a9 Edoardo Tresoldi 2018<\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

Pour tout ce que nous avons dit, le rapport litt\u00e9raire avec la terre de mes origines est plus facile que lorsqu’il s’agit de lieux mythiques de la litt\u00e9rature italienne comme Trieste ou Rome, o\u00f9 in\u00e9vitablement la comparaison avec ceux qui vous ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 est impitoyable. Avec les Pouilles, je me suis senti comme Walt Whitman : j’avais affaire \u00e0 une terre dont on parlait peu, et je me suis donc senti autoris\u00e9 \u00e0 planter le drapeau, j’ai \u00e9t\u00e9 l’un des premiers \u00e0 en parler, elle \u00e9tait peu connue, et c’est encore une terre vierge de ce point de vue.<\/p>\n\n\n\n

Quelle est l’importance du dialecte dans votre \u00e9criture et, plus g\u00e9n\u00e9ralement, dans la litt\u00e9rature italienne ? De ce point de vue, l’Italie est presque unique en Europe, habitu\u00e9e \u00e0 des pays avec des langues diff\u00e9rentes et une dignit\u00e9 litt\u00e9raire autonome (comme l’Espagne ou la Belgique), mais moins \u00e0 des \u00c9tats o\u00f9 le dialecte local est si distinctif, non seulement dans la vie quotidienne, mais aussi, pr\u00e9cis\u00e9ment, dans l’\u00e9criture.<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Pour moi, le dialecte est fondamental, je l’ins\u00e8re et je l’utilise, et je connais aussi des langues d’autres r\u00e9gions, comme le napolitain ou le sicilien. Mais si j’y r\u00e9fl\u00e9chis, il me semble que sa premi\u00e8re fonction est presque l’insulte, l’explosion : je me souviens qu’il y a quelques semaines, j’\u00e9tais sur mon scooter et je me suis retrouv\u00e9 face \u00e0 des personnes qui avaient commis une contravention et m’avaient \u00e9galement insult\u00e9, je me suis transfigur\u00e9 et je leur ai dit en dialecte \u00ab je vais te casser la t\u00eate \u00bb, et ils n’ont manifestement pas compris ce que je disais, mais ils ont compris qu’il s’agissait d’une phrase agressive. Le dialecte est la langue de l’insulte, mais aussi la langue qui sort avant les bagarres (ou pour les \u00e9viter), bref, la dynamique du \u00ab l\u00e2che-moi, l\u00e2che-moi \u00bb un moment avant la bagarre, puis du \u00ab tiens-moi, tiens-moi \u00bb pour l’\u00e9viter. C’est aussi le langage qui sert \u00e0 conclure rapidement les affaires, \u00e0 \u00eatre mieux compris : \u00e0 Bari, on dit toujours \u00ab un mot, c’est peu et deux, c’est trop \u00bb, et le dialecte est le territoire entre les deux.<\/p>\n\n\n\n

Dans l’endroit d’o\u00f9 vous venez, vous \u00eates nu. Par rapport \u00e0 n’importe quel autre endroit, ceux qui ont eu acc\u00e8s \u00e0 votre adolescence ou \u00e0 votre jeunesse sont diff\u00e9rents.<\/p>Nicola Lagioia<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Quel type de relation \u00e9tablissez-vous avec les lecteurs des Pouilles ? Existe-t-il une relation particuli\u00e8re avec eux ou non ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

\u00c0 vrai dire, la relation ne s’\u00e9tablit qu’avec les Apuliens que je rencontre en dehors des Pouilles, parce que nous sommes entre \u00ab exil\u00e9s \u00bb et que cela suffit pour avoir un terrain d’entente. Pour moi, retourner \u00e0 Bari pour pr\u00e9senter mes livres est difficile : c’est votre lieu d’origine et vous vous sentez en fait moins prot\u00e9g\u00e9, vous pouvez rencontrer la copine que vous aviez \u00e0 15 ans, le trafiquant de drogue, l’ancien camarade de classe, l’ancien professeur. C’est quelque chose que je partage avec Francesco Piccolo \u00e0 Caserta ou Domenico Starnone \u00e0 Naples, il est \u00e9galement plus difficile pour eux de parler devant un public qu’ils connaissent intimement. Dans l’endroit d’o\u00f9 vous venez, vous \u00eates nu, il peut y avoir des gens dans le public qui vous ont vu pleurer d’amour ou qui vous ont vu vomir lorsque vous \u00e9tiez ivre ; vous \u00eates nu devant eux par rapport \u00e0 n’importe quel autre endroit, ceux qui ont eu acc\u00e8s \u00e0 votre adolescence ou \u00e0 votre jeunesse sont diff\u00e9rents. Bien s\u00fbr, j’irais manger ou boire un verre juste apr\u00e8s avec beaucoup de gens assis dans le public, mais aller l\u00e0-bas pour apporter un de mes livres est ali\u00e9nant, je voudrais imm\u00e9diatement descendre de la sc\u00e8ne, parce que pour moi Bari est une ville de souvenirs, alors que pour d’autres c’est un lieu vivant, qui \u00e9volue. Nous en avons une perception diff\u00e9rente. Mais c’est in\u00e9vitable.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"

Dans un long entretien, l’\u00e9crivain italien raconte sa jeunesse pass\u00e9e dans les Pouilles, entre Bari et un petit village  : une p\u00e9riode qui lui a permis de rencontrer aussi bien la paysannerie que la p\u00e8gre ou la petite bourgeoisie qui s’est rapidement enrichie \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1980. Une exp\u00e9rience fondamentale pour b\u00e2tir son id\u00e9e de la litt\u00e9rature. 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