{"id":193347,"date":"2023-08-10T16:03:35","date_gmt":"2023-08-10T14:03:35","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=193347"},"modified":"2023-08-10T16:12:51","modified_gmt":"2023-08-10T14:12:51","slug":"de-marignan-a-pavie-se-battre-pendant-les-guerres-ditalie-une-conversation-avec-didier-le-fur","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2023\/08\/10\/de-marignan-a-pavie-se-battre-pendant-les-guerres-ditalie-une-conversation-avec-didier-le-fur\/","title":{"rendered":"De Marignan \u00e0 Pavie, se battre pendant les guerres d\u2019Italie, une conversation avec Didier Le Fur"},"content":{"rendered":"\n<p><em>Tout au long de l\u2019\u00e9t\u00e9, <a href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/themes\/guerre\/strategies\/\">la s\u00e9rie \u00ab&#160;Strat\u00e9gies&#160;\u00bb \u00e9tudie les formes de la guerre et des batailles \u00e0 diff\u00e9rentes \u00e9poques, de Cannes \u00e0 Bakhmout<\/a>, en passant par Azincourt et Austerlitz. <a href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2023\/08\/08\/la-guerre-sans-fin-de-machiavel-une-conversation-avec-jean-louis-fournel-et-jean-claude-zancarini\/\">Apr\u00e8s le cas Machiavel<\/a>, nous restons en Italie pour l\u2019\u00e9pisode 2 avec une plong\u00e9e \u00ab&#160;au c\u0153ur de la m\u00eal\u00e9e&#160;\u00bb des premi\u00e8res grandes batailles de l\u2019\u00e8re moderne&#160;: celles des Guerres d\u2019Italie.<\/em><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Quelles sont les sources de l\u2019historien militaire des guerres d\u2019Italie&#160;?<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Didier Le Fur<\/h4>\n\n\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image wp-block-image-small\"\n    data-shadow=\"false\"\n    data-use-original-file=\"false\">\n    <a\n        data-pswp-src=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2023\/08\/gc-LeFurBruno.png\"\n        class=\"inline-block gallery-item no-underline \"\n        data-pswp-width=\"542\"\n        data-pswp-height=\"548\">\n                                        <picture>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2023\/08\/gc-LeFurBruno-125x126.png\"\r\n                media=\"(max-width: 374px)\" \/>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2023\/08\/gc-LeFurBruno-330x334.png\"\r\n                media=\"(min-width: 375px)\" \/>\r\n                <img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2023\/08\/gc-LeFurBruno-125x126.png\" \/>\r\n        <\/picture>\r\n                            \n            <\/a>\n<\/figure>\n\n\n<p>Elles sont nombreuses, mais tr\u00e8s difficiles \u00e0 manier. D\u00e8s le r\u00e8gne de Charles VIII, nous disposons d\u2019un immense mat\u00e9riel de propagande imprim\u00e9. Alors que le d\u00e9veloppement de l\u2019imprimerie en France avait \u00e9t\u00e9 quelque peu ralenti par le pouvoir, par crainte du potentiel danger qu\u2019elle pourrait cr\u00e9er dans l\u2019opinion publique, Charles VIII a rapidement saisi l\u2019usage qu\u2019il pourrait en faire lorsqu\u2019il d\u00e9cide, \u00e0 24 ans, de faire valoir ses droits sur la couronne de Naples. C\u2019\u00e9tait une mani\u00e8re de mettre en valeur ce qu\u2019il y avait d\u2019exceptionnel dans la campagne qu\u2019il \u00e9tait en train de pr\u00e9parer&#160;: pour la premi\u00e8re fois depuis Saint Louis, un roi de France allait faire la guerre loin de son territoire.<\/p>\n\n\n\n<p>Il fallait rassurer sur ce voyage lointain, rassurer aussi sur les capacit\u00e9s de la France \u00e0 \u00eatre victorieuse, enfin, l\u00e9gitimer une telle entreprise par des motifs autres que ceux li\u00e9s au droit&#160;; les rois de France avaient une mission aider au retour du Christ sur terre et ce voyage de Naples fut pr\u00e9sent\u00e9 comme la premi\u00e8re \u00e9tape d\u2019une croisade qui devait conduire Charles VIII \u00e0 J\u00e9rusalem o\u00f9, selon les proph\u00e9ties r\u00e9\u00e9crites pour ce souverain, il entrerait dans les dernier jours de sa vie, apr\u00e8s avoir pacifi\u00e9 le monde&#160;; m\u00e0, sur le mont des Oliviers, il d\u00e9poserait toutes ses couronnes aux pieds d\u2019un Christ revenu vivre parmi les hommes, pour c\u00e9l\u00e9brer la paix sur le monde&#160;; conqu\u00e9rir Naples, c\u2019\u00e9tait donc participer \u00e0 la victoire du christianisme sur le monde et aider \u00e0 l\u2019\u00e9tablissement de la paix universelle.<\/p>\n\n\n\n<p>La propagande \u00e9crite permet de construire une nouvelle image royale, tandis que d\u2019autres supports, notamment les miniatures, les gravures racontent, elles, les \u00e9v\u00e9nements, m\u00eame de fa\u00e7on tr\u00e8s simplifi\u00e9e. Une production po\u00e9tique tr\u00e8s abondante, qui n\u2019avait pas pour objet de faire \u00e9tat des violence, ou seulement lorsque celles-ci \u00e9taient jug\u00e9es n\u00e9cessaires pour montrer la vaillance du souverain ou de ses arm\u00e9es. Pour cette raison, et parce que le roi de France \u00e9tait officiellement dans son droit, jamais on ne parla dans ces textes de \u00ab&#160;guerre&#160;\u00bb, mais plut\u00f4t de \u00ab&#160;voyage&#160;\u00bb, de \u00ab&#160;reconqu\u00eate&#160;\u00bb, d\u2019\u00ab&#160;exp\u00e9dition&#160;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Pour la premi\u00e8re fois depuis Saint Louis, un roi de France allait faire la guerre loin de son territoire.<\/p><cite>Didier Le Fur<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>Selon leurs publicistes, les rois de France faisaient la guerre seulement contre leurs rivaux ou ceux qui cherchaient \u00e0 entraver leur projet. Ces r\u00e9cits sont \u00e9videmment une mani\u00e8re de d\u00e9tourner l\u2019attention de la question principale&#160;: le roi de France menait une guerre en vue d\u2019asseoir sa souverainet\u00e9 sur un territoire au nom d\u2019une certaine lecture du principe dynastique. En tant qu\u2019historiens, nous sommes donc constamment confront\u00e9s \u00e0 la construction d\u2019une id\u00e9ologie qui vise \u00e0 justifier la conqu\u00eate. Une id\u00e9ologie qu\u2019il est par ailleurs utile d\u2019\u00e9tudier, sinon, nous passons enti\u00e8rement \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de tout l\u2019imaginaire messianique et imp\u00e9riale qui caract\u00e9risa si fortement ces guerres d\u2019Italie.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque la campagne militaire se passe bien, les r\u00e9cits qui en sont donn\u00e9s sont \u00e9piques, aur\u00e9olant le roi et ses compagnons de gloire. Ces po\u00e8mes, ces chansons, ces processions construisent une dimension du roi de France autrement sup\u00e9rieur \u00e0 tous ses rivaux qui ont eux aussi des droits sur les m\u00eames territoires&nbsp; et qu\u2019ils cherchent \u00e9galement \u00e0 revendiquer. Louis XII d\u00e9veloppe massivement ce discours, qui est port\u00e9 par ses r\u00e9ussites militaires brillantes. Les r\u00e9cits de d\u00e9faite sont beaucoup plus elliptiques, forc\u00e9ment, et souvent d\u00e9connect\u00e9s du grand r\u00e9cit des guerres d\u2019Italie&#160;: on se concentre sur la bataille pour mieux l\u2019\u00e9vacuer. Il est alors n\u00e9cessaire de se tourner vers les sources espagnoles, imp\u00e9riales ou italiennes pour en avoir une vision plus compl\u00e8te.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien \u00e9videmment, ces r\u00e9cits contemporains ne sont pas les seules sources disponibles. Il existe une importante correspondance \u2014 priv\u00e9e ou diplomatique \u2014 entre les diff\u00e9rents protagonistes des campagnes d\u2019Italie. Dans cette masse, les rapports d\u2019ambassadeurs sont pi\u00e9geux. Au premier abord, ils ressortent parce qu\u2019ils sont souvent tr\u00e8s diff\u00e9rents des textes qui \u00e9manent des auteurs \u00e0 la solde du pouvoir. En r\u00e9alit\u00e9, cela tient moins \u00e0 la qualit\u00e9 de leurs r\u00e9seaux de renseignement qu\u2019\u00e0 une pratique curiale tr\u00e8s r\u00e9pandue&#160;: en temps de guerre, les ambassadeurs sont \u00e9loign\u00e9s du prince pour qu\u2019ils n\u2019aient pas acc\u00e8s \u00e0 une information de trop bonne qualit\u00e9. Ils ont par ailleurs tendance \u00e0 se partager les nouvelles et les rumeurs qu\u2019ils entendent&#160;: la concordance qui peut exister entre des rapports \u00e9manant d\u2019ambassadeurs diff\u00e9rents n\u2019est pas un signe de la v\u00e9racit\u00e9 du propos sur telle ou telle bataille ou tel ou tel \u00e9v\u00e8nement, mais le t\u00e9moignage qu\u2019il existe un r\u00e9seau bien constitu\u00e9 d\u2019ambassadeurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour les historiens militaires, il n\u2019est pas \u00e9vident de naviguer dans ces r\u00e9cits hach\u00e9s. En les croisant, on retrouve, certes, quelque chose de ces batailles, mais, bien souvent, on reste dans l\u2019expectative, l\u2019esquisse, voire l\u2019hypoth\u00e8se.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>En temps de guerre, les ambassadeurs sont \u00e9loign\u00e9s du prince pour qu\u2019ils n\u2019aient pas acc\u00e8s \u00e0 une information de trop bonne qualit\u00e9.<\/p><cite>Didier Le Fur<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Quelles sont les formes de l\u2019engagement militaire pendant les guerres d\u2019Italie&#160;? Avec quelles armes se bat-on&#160;?<\/h3>\n\n\n\n<p>Depuis la Guerre de Cent Ans \u2014 et notamment depuis le d\u00e9sastre d&rsquo;Azincourt \u2014 la cavalerie \u00e9tait moins exploit\u00e9e. Cette tendance se renforce pendant les guerres d\u2019Italie principalement en raison du relief. Les chemins escarp\u00e9s sont moins ais\u00e9s \u00e0 pratiquer pour un cavalier que pour un pi\u00e9ton&#160;;&nbsp; toutefois elle demeure pr\u00e9sente car il est toujours n\u00e9cessaire d\u2019int\u00e9grer la noblesse \u00e0 ces campagnes. Pour autant, son co\u00fbt financier consid\u00e9rable provoque sa r\u00e9duction progressive.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 partir du r\u00e8gne de Charles VII coexistent deux types de troupes diff\u00e9rentes&#160;: d\u2019un c\u00f4t\u00e9, une arm\u00e9e professionnelle&#160;; de l\u2019autre, des mercenaires \u2014 notamment des Suisses \u2014 qui sont de plus en plus r\u00e9guli\u00e8rement&nbsp; int\u00e9gr\u00e9s au reste de la troupe. Ils acqui\u00e8rent une position dominante dans l\u2019infanterie, qui est leur arme de pr\u00e9dilection. Ils sont consid\u00e9r\u00e9s comme fiables en raison de leur r\u00e9mun\u00e9ration&#160;: s\u2019il y a un manquement contractuel, les Suisses quittent les rangs et rentrent chez eux, m\u00eame s\u2019ils savent qu\u2019ils seront punis dans leurs cantons. D\u00e8s la fin du XVe si\u00e8cle, la Suisse est&nbsp; devenue pour les Fran\u00e7ais un supermarch\u00e9 humain dans lequel ils peuvent recruter de bons soldats qui ont une qualit\u00e9 essentielle&#160;: ils acceptent de mourir. Au sein de cette infanterie, on remarque \u00e9galement le remplacement progressif des archers par des soldats dot\u00e9s d\u2019armes en feu, dont la pr\u00e9cision laisse encore \u00e0 d\u00e9sirer.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>D\u00e8s la fin du XVe si\u00e8cle, la Suisse est&nbsp; devenue pour les Fran\u00e7ais un supermarch\u00e9 humain dans lequel ils peuvent recruter de bons soldats qui ont une qualit\u00e9 essentielle&#160;: ils acceptent de mourir.<\/p><cite>didier le fur<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>Par ailleurs, d\u00e8s le r\u00e8gne de Charles VIII, l\u2019infanterie est renforc\u00e9e par une artillerie qu\u2019il ne faut pas trop surestimer, tout de m\u00eame. La couronne de France est riche et l\u2019artillerie a un parfum de nouveaut\u00e9&#160;: lors de la campagne de Naples de Charles VIII ce sont des pi\u00e8ces impressionnantes, mais peu maniables, qui ne seront finalement gu\u00e8re utiles. On parle de bouches \u00e0 feux si lourdes qu\u2019elles doivent \u00eatre tract\u00e9es par une vingtaine de b\u00eates de somme. Ces pi\u00e8ces d\u2019artillerie passent tr\u00e8s mal la route des Alpes et, arriv\u00e9es en Italie, sont tr\u00e8s vite abandonn\u00e9es par l\u2019absence de pi\u00e8ces de substitution. Cependant, \u00e0 mesure que les guerres se succ\u00e8dent, et notamment d\u00e8s le r\u00e8gne de Fran\u00e7ois Ier, les Fran\u00e7ais se dotent d\u2019une artillerie plus mobile, moins lourde, qui pouvait \u00eatre employ\u00e9e autant pour la bataille en ligne que pour la guerre de si\u00e8ge.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Au c\u0153ur de la m\u00eal\u00e9e, comment se comprend-on puisque l\u2019une des caract\u00e9ristiques de cette \u00ab&#160;guerre europ\u00e9enne&#160;\u00bb est que les soldats viennent de partout sur le continent&#160;? Y a-t-il une <em>lingua franca <\/em>militaire dans la mosa\u00efque du champ de bataille&#160;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>\u00c0 propos de la langue, nous sommes oblig\u00e9s de faire des suppositions. Tout d\u2019abord, cette question n\u2019est jamais soulev\u00e9e dans les sources parce qu\u2019il \u00e9tait parfaitement normal de ne pas se comprendre au XVIe si\u00e8cle. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, les Fran\u00e7ais \u00e9taient encore tr\u00e8s fiers de compter vingt-trois dialectes sur leur territoire. On trouve notamment des textes dans lesquels les Anglais sont moqu\u00e9s pour n\u2019en avoir que quatre ou cinq. Cela dit, le fran\u00e7ais \u00e9tait utilis\u00e9 par tous les capitaines et autres officiers d\u2019importance&#160;; reste qu\u2019il fallait pouvoir commander les hommes sur le terrain et le myst\u00e8re reste entier quant \u00e0 la pratique de la langue fran\u00e7aise chez certains Gascons ou mercenaires suisses des provinces al\u00e9maniques. Pour autant, l\u2019organisation de l\u2019arm\u00e9e en lances, en compagnies et ensuite en r\u00e9giments, permit sans doute une meilleure coh\u00e9sion \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur des groupes. Ces petites unit\u00e9s, g\u00e9n\u00e9ralement homog\u00e8nes linguistiquement, restaient toujours entre elles. Par ailleurs, sur le champ de bataille comme dans les p\u00e9riodes de marche, les diff\u00e9rentes nationalit\u00e9s ne se m\u00e9langent pas&#160;: les Suisses restent avec les Suisses&#160;; les Normands avec les Normands&#160;; les Gascons avec les Gascons, etc. On trouve m\u00eame des traces de rivalit\u00e9s r\u00e9gionales assez importantes&#160;: lorsque l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise est victorieuse, certaines r\u00e9gions s\u2019en approprient la gloire en mettant en avant leurs exploits tout en se moquant des autres.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>L\u2019organisation de l\u2019arm\u00e9e en lances, en compagnies et ensuite en r\u00e9giments, permit sans doute une meilleure coh\u00e9sion \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur des groupes.<\/p><cite>didier le fur<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Et comment se bat-on&#160;?<\/h3>\n\n\n\n<p>Il faut comprendre qu\u2019au XVIe si\u00e8cle, les batailles se d\u00e9roulent sur plusieurs hectares. Un peu apr\u00e8s les guerres d\u2019Italie, pendant les guerres civiles et religieuses, sous le r\u00e8gne de Charles IX, une \u00ab&#160;petite&#160;\u00bb bataille comme celle de Saint-Denis en 1568 se d\u00e9roule tout de m\u00eame sur un p\u00e9rim\u00e8tre qui s\u2019\u00e9tend de Pontoise \u00e0 Saint-Denis jusqu\u2019\u00e0 Aubervilliers. \u00c0 Pavie, en 1525, c\u2019est toute la p\u00e9riph\u00e9rie d\u2019une ville et une partie de la campagne qui sert de champ de bataille.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faut donc une logistique soigneusement \u00e9labor\u00e9e pour faire marcher ensemble des arm\u00e9es h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes et \u00e9tendues sur un tr\u00e8s vaste territoire. Au sein des ensembles multir\u00e9gionaux \u2014 voire multinationaux \u2014 que sont les arm\u00e9es de l\u2019\u00e9poque r\u00e8gne donc une sorte d\u2019entente. Au sommet, les chefs des diff\u00e9rents r\u00e9giments parlent tous la langue de l\u2019\u00e9tat-major&#160;: par exemple, les officiers suisses sont souvent francophones. Cela permet de faire circuler l\u2019information relativement bien. Reste que celle-ci, comme ce fut le cas \u00e0 Pavie, peut \u00eatre lente \u00e0 venir, voire m\u00eame arriv\u00e9e d\u00e9form\u00e9e, la rumeur \u00e9tant une arme aussi destructrice que les canons les plus efficaces.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019organisation elle-m\u00eame est encore assez archa\u00efque&#160;: l\u2019arm\u00e9e est d\u00e9compos\u00e9e en trois groupes \u2014 l\u2019avant-garde, la bataille et l\u2019arri\u00e8re-garde \u2014 dans lesquels on retrouve \u00e0 chaque fois de l\u2019artillerie, des fantassins et des cavaliers. Cette structure a l\u2019avantage d\u2019\u00eatre assez l\u00e2che, ce qui permet une forme d\u2019adaptation lorsque le succ\u00e8s tarde \u00e0 se dessiner&#160;: c\u2019est le cas \u00e0 Marignan o\u00f9 le c\u00f4t\u00e9 monolithique des Suisses poussent les Fran\u00e7ais \u00e0 renforcer l\u2019engagement de leur artillerie.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>L\u2019arm\u00e9e est d\u00e9compos\u00e9e en trois groupes \u2014 l\u2019avant-garde, la bataille et l\u2019arri\u00e8re-garde \u2014 dans lesquels on retrouve \u00e0 chaque fois de l\u2019artillerie, des fantassins et des cavaliers.<\/p><cite>didier le fur <\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Pourquoi certaines batailles sont-elles plus sanglantes que d\u2019autres&#160;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Il y a d\u2019abord la dur\u00e9e du conflit. En g\u00e9n\u00e9ral, une bataille dure sept \u00e0 huit heures et, la moyenne est d\u2019environ mille morts \u00e0 l\u2019heure dans les batailles de ce d\u00e9but du XVIe si\u00e8cle. Mais des exceptions peuvent exister. Ainsi \u00e0 Marignan, la bataille qui d\u00e9buta en fin d\u2019apr\u00e8s-midi, le 13 septembre, se prolongea jusqu\u2019\u00e0 la nuit noire, et reprit le lendemain 14, d\u00e8s l\u2019aube. Elle ne s\u2019acheva r\u00e9ellement qu\u2019apr\u00e8s midi. Le bilan fut proportionnel \u00e0 la longue des \u00e9changes, pr\u00e8s de quinze mille morts, et sans parler des bless\u00e9s qui d\u00e9c\u00e9d\u00e8rent de leurs blessures dans les semaines qui suivirent. Par ailleurs, le corps-\u00e0-corps est un \u00e9l\u00e9ment constant des batailles de cette \u00e9poque. Reste que les batailles les plus sanglantes se sont toujours pass\u00e9es dans des territoires accident\u00e9s. Le relief peut \u00eatre particuli\u00e8rement l\u00e9tal. C\u2019est par exemple le cas \u00e0 la bataille de la Bicoque (Bicocca) en 1522 o\u00f9 les Imp\u00e9rio-Espagnols ont pris une position haute, dans une villa prot\u00e9g\u00e9e de murs d\u2019o\u00f9 les Fran\u00e7ais pensaient pouvoir les d\u00e9loger en les prenant \u00e0 revers. Mais les hommes de Charles Quint avaient anticip\u00e9 cette tactique et leur puissance de feu \u00e9tait bien structur\u00e9e&#160;: le r\u00e9sultat fut une v\u00e9ritable catastrophe pour l\u2019arm\u00e9e royale. La bataille n\u2019a dur\u00e9 qu\u2019une heure et demie \u00e0 peine, mais fit plus de cinq mille morts, dont l\u2019essentiel furent des mercenaires suisses qui, t\u00e9m\u00e9raires avaient cru, par leur nombre, vaincre l\u2019artillerie de leurs ennemis. Ils furent lamin\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Quand et comment gagne-t-on une bataille dans l\u2019Europe du premier XVIe si\u00e8cle&#160;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Il y a essentiellement deux mani\u00e8res de gagner une bataille. Soit l\u2019adversaire abandonne le terrain \u2014 c\u2019est l\u2019exemple de Marignan \u2014, soit le commandant-en-chef est pris \u2014 c\u2019est le cas \u00e0 Pavie.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Ene bataille dure sept \u00e0 huit heures et, la moyenne est d\u2019environ mille morts \u00e0 l\u2019heure dans les batailles de ce d\u00e9but du XVIe si\u00e8cle. Il y a essentiellement deux mani\u00e8res de gagner une bataille. Soit l\u2019adversaire abandonne le terrain \u2014 c\u2019est l\u2019exemple de Marignan \u2014, soit le commandant-en-chef est pris \u2014 c\u2019est le cas \u00e0 Pavie.<\/p><cite>Didier le fur <\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Marignan est l\u2019illustration de l\u2019\u00e9volution des Suisses pendant les guerres d\u2019Italie puisqu\u2019en deux d\u00e9cennies, ils passent du mercenariat \u00e0 l\u2019action autonome. Comment l\u2019expliquer&#160;? Un parall\u00e8le avec le groupe Wagner est-il possible&#160;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>C\u2019est toujours le m\u00eame probl\u00e8me avec les mercenaires. Sur le plan int\u00e9rieur, la plupart des cantons de la conf\u00e9d\u00e9ration suisse ont une structure d\u00e9mocratique, et d\u00e9j\u00e0 un sentiment national bien structur\u00e9, mais l\u2019extr\u00eame pauvret\u00e9 des paysans les oblige \u00e0 vendre une partie de leurs forces vives. Sur le terrain, les Suisses se battent pour gagner leur salaire, avec un armement parfois rudimentaire. Ils tuent, ne font pas de prisonniers. Leur pr\u00e9sence dans toutes les exp\u00e9ditions fran\u00e7aises depuis celle de Charles VIII \u00e0 Naples jusqu\u2019\u00e0 la bataille d\u2019Agnadel provoqu\u00e9e par Louis XII pour d\u00e9truire les V\u00e9nitiens en 1509,&nbsp; leur a donn\u00e9 une aura unique \u00e0 travers l\u2019Europe. Mais si la conf\u00e9d\u00e9ration suisse \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 une vraie d\u00e9mocratie, elle n\u2019en a pas moins, comme tous les \u00c9tats qui l\u2019environne, des ambitions expansionnistes r\u00e9elles. C\u2019est au fur et mesure des combats, et des n\u00e9gociations, qu\u2019ils prennent peu \u00e0 peu conscience des gains territoriaux qu\u2019ils peuvent r\u00e9aliser, notamment dans la p\u00e9ninsule, en choisissant non plus la France mais la Papaut\u00e9 ou Milan pour principaux commanditaires&#160;; les avantages \u00e9conomiques et commerciaux \u00e9tant les cons\u00e9quences de ces nouvelles alliances. Progressivement, ils imitent, donc, les princes qu\u2019ils servent en poussant leurs pr\u00e9tentions vers la plaine du P\u00f4. Pendant un bref moment, la conf\u00e9d\u00e9ration suisse est devenue une puissance politique et diplomatique \u00e0 part enti\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Marignan est l\u2019aboutissement de ce processus&#160;?<\/h3>\n\n\n\n<p>Il s\u2019esquisse vers 1510, lorsque commence \u00e0 se pr\u00e9ciser l\u2019affrontement entre Louis XII et la papaut\u00e9. Prenant conscience de leur pouvoir d\u2019arbitrage, les Suisses finissent par choisir le pape contre le roi de France, mais avec contrepartie. Ils participent largement \u00e0 mettre les Fran\u00e7ais hors de la p\u00e9ninsule, contre diff\u00e9rents droits et privil\u00e8ges commerciaux dans le Milanais et l&rsquo;occupation d\u2019une partie du duch\u00e9, le long du Tessin. Cette dynamique n\u2019est pas bris\u00e9e \u00e0 Marignan, mais elle est incontestablement tr\u00e8s ralentie.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Quelles \u00e9volutions tactiques et strat\u00e9giques doit-on aux guerres d\u2019Italie&#160;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Du point de vue de la configuration de l\u2019affrontement, le champ de bataille demeure absolument structurant. Cependant, l\u2019artillerie va y jouer un r\u00f4le de plus en plus important, m\u00eame si celui-ci reste encore assez marginal&#160;: une pi\u00e8ce de canon met quatre minutes \u00e0 recharger un coup. Elle a surtout pour fonction d\u2019intimider l\u2019adversaire lors de la bataille. Elle est nettement plus efficace lors des guerres de si\u00e8ge. Celles-ci \u00e9voluent consid\u00e9rablement. Les murs classiques r\u00e9sistent de moins en moins bien \u00e0 l\u2019artillerie et pour les remonter, il est souvent n\u00e9cessaire de d\u00e9truire tout le mur meurtri. Cela prend trop de temps, devient trop cher. En France notamment, le long de la fronti\u00e8re franco-imp\u00e9riale commence \u00e0 se multiplier les remblais, conglom\u00e9rats de mat\u00e9riaux divers et vari\u00e9s, moins r\u00e9sistants certes, mais plus ais\u00e9s \u00e0 remonter et particuli\u00e8rement efficaces lors d\u2019un conflit pour conserver la ville en danger. Dans les dispositifs d\u00e9fensifs frontaliers, la strat\u00e9gie change \u00e9galement. Il ne s\u2019agit plus de d\u00e9fendre une ligne continue, mais plut\u00f4t d\u2019organiser efficacement la fortification de quelques cit\u00e9s qui pourront former les bases de la d\u00e9fense du territoire.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Dans les dispositifs d\u00e9fensifs frontaliers, la strat\u00e9gie change. Il ne s\u2019agit plus de d\u00e9fendre une ligne continue, mais plut\u00f4t d\u2019organiser efficacement la fortification de quelques cit\u00e9s qui pourront former les bases de la d\u00e9fense du territoire.<\/p><cite>didier le fur<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Quel est le r\u00f4le de l\u2019honneur dans ces guerres&#160;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Il joue une fonction essentielle, alors m\u00eame qu\u2019il est tr\u00e8s difficile d\u2019en donner une d\u00e9finition exacte. \u00c0 chaque fois que l\u2019honneur est discut\u00e9, il est associ\u00e9 au droit&#160;: agir honorablement, c\u2019est faire respecter son droit ou agir selon le droit. En creux, c\u2019est l\u2019id\u00e9e de la guerre juste qui est omnipr\u00e9sente dans la r\u00e9flexion que les contemporains m\u00e8nent sur la guerre.<\/p>\n\n\n\n<p>Une fois qu\u2019on entre en campagne, le sens de l\u2019honneur est indissociable de la culture chevaleresque et aristocratique que partagent les princes. Tous pr\u00e9tendent agir pour d\u00e9fendre des valeurs imm\u00e9moriales, insistant sur le fait qu\u2019ils ne sont pas des tyrans, mais qu\u2019ils agissent pour le bien. Dans ce cas de figure, l\u2019honneur c\u2019est donc accepter de combattre \u2014 voire de mourir \u2014 pour d\u00e9fendre une cause juste. Agir honorablement est aussi une mani\u00e8re d\u2019exprimer sa confiance en Dieu.<\/p>\n\n\n\n<p>Fran\u00e7ois Ier parle de son honneur apr\u00e8s Marignan puisque cette victoire lui a permis de restaurer sa souverainet\u00e9 sur un territoire qu\u2019il consid\u00e9rait \u00eatre le sien et qui lui avait \u00e9t\u00e9 usurp\u00e9. De m\u00eame, dans les ann\u00e9es qui suivent, il en va de son honneur de roi tr\u00e8s chr\u00e9tien de revendiquer la couronne imp\u00e9riale, quand bien m\u00eame la majorit\u00e9 de ses conseillers lui aurait dit que c\u2019\u00e9tait sans espoir. Enfin, apr\u00e8s la d\u00e9route de Pavie, il \u00e9crit ces mots \u00e0 sa m\u00e8re&#160;: \u00ab&#160;Madame, pour vous avertir comment se porte le ressort de mon infortune, de toutes choses ne m\u2019est demeur\u00e9 que l\u2019honneur et la vie qui est sauve.&#160;\u00bb Cette phrase, qui est devenue c\u00e9l\u00e8bre dans une forme tr\u00e8s alt\u00e9r\u00e9e et tr\u00e8s archa\u00efsante \u2014 \u00ab&#160;Tout est perdu, fors l\u2019honneur&#160;\u00bb \u2014 a quelque chose de programmatique&#160;: s\u2019il lui reste l\u2019honneur, <a href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/02\/24\/labdication-de-francois-ier\/\">alors il pourra continuer \u00e0 faire valoir ses droits<\/a>&#160;; surtout, il ne s\u2019est pas montrer l\u00e2che et conserve ainsi toute sa dignit\u00e9 de prince.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Avec le temps, le r\u00e9cit qui est donn\u00e9 de la bataille de Pavie va chercher \u00e0 faire oublier la d\u00e9route, qui se conclut par la capture du roi pour insister sur l\u2019honneur intact de la noblesse fran\u00e7aise dans le combat. \u00c0 d\u00e9faut de conserver ses terres italiennes, Fran\u00e7ois Ier serait devenu le garant de l\u2019id\u00e9al chevaleresque en France.<\/p><cite>didier le fur<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Qu\u2019est-ce que cela implique de se faire la guerre entre princes chr\u00e9tiens&#160;? Quelle place tient la religion dans ces batailles&#160;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>La religion est omnipr\u00e9sente lors des batailles. D\u2019abord, les religieux accompagnent toujours les soldats, la messe est c\u00e9l\u00e9br\u00e9e et les pri\u00e8res collectives sont organis\u00e9es quotidiennement. Lorsque l\u2019affrontement commence, Dieu est appel\u00e9 pour prot\u00e9ger le roi, le royaume et ses hommes. Outre les pri\u00e8res continuelles pendant toute la dur\u00e9e de la bataille, on scrute les manifestation divines&nbsp; car on consid\u00e8re que Dieu, ma\u00eetre de la bataille, intervient toujours dans le conflit par un miracle pour faire gagner son peuple pr\u00e9f\u00e9r\u00e9, celui qui gagnera-l\u2019arriv\u00e9e de la pluie, un vent contraire, l\u2019\u00e9clat du soleil sont souvent regard\u00e9s comme une intervention divine. Enfin, Dieu est remerci\u00e9 \u00e0 la fin des combats. A l\u2019arri\u00e8re, des processions sont organis\u00e9es pour prot\u00e9ger, le royaume, les arm\u00e9es et leurs chefs. La victoire annonc\u00e9e, se sont d\u2019autres processions et d\u2019autres actions de gr\u00e2ce qui s\u2019organisent \u00e0 travers tout le royaume. Parfois, les miracles peuvent \u00eatre spectaculaires. Ainsi, \u00e0 Agnadel, le saint Esprit mat\u00e9rialis\u00e9 par une colombe serait descendu du ciel et se serait pos\u00e9 sur le chef emplum\u00e9 de Louis XII annon\u00e7ant \u00e0 tous ses hommes la fin de la bataille et la victoire du roi de France.&nbsp; Envisager que Dieu ne peut \u00eatre pr\u00e9sent lors de moments si importants pour l\u2019avenir d\u2019une politique, voire d\u2019un royaume est encore inconcevable et le sera longtemps.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Pourquoi les batailles de Marignan et Pavie ont-elles particuli\u00e8rement marqu\u00e9 la m\u00e9moire fran\u00e7aise&#160;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Pour Marignan, c\u2019est assez simple \u00e0 comprendre. C\u2019est \u00e0 la fois, la premi\u00e8re bataille du r\u00e8gne de Fran\u00e7ois Ier, sa premi\u00e8re victoire et, en quelque sorte, la derni\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Quant \u00e0 Pavie, c\u2019est un v\u00e9ritable d\u00e9sastre. Depuis Poitiers, aucun roi de la France n\u2019a \u00e9t\u00e9 fait prisonnier par l\u2019ennemi lors d\u2019une bataille. D\u2019ailleurs, en France, longtemps, les sujets du roi ne surent rien ou presque du d\u00e9roulement de la bataille, ils n\u2019en connurent que le r\u00e9sultat. Si le r\u00e9cit de la bataille de Marignan fut propos\u00e9 aux Fran\u00e7ais, dans sa version \u00e9videmment la plus glorieuse, et seulement en 1519, aucun auteur n\u2019a racont\u00e9 en France la bataille de Pavie. Les publicistes du roi, lorsqu\u2019ils l\u2019\u00e9voquent plus tard, l\u2019entourent toujours de myst\u00e8re, d\u00e9clarant qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un \u00e9v\u00e9nement trop douloureux pour \u00eatre seulement rappel\u00e9. Mais ce roi vaincu, prisonnier, et lib\u00e9r\u00e9 contre ses deux fils a\u00een\u00e9s, otages des futures n\u00e9gociations de paix, devait, lib\u00e9r\u00e9 redonner confiance \u00e0 un peuple qui put ne plus croire en lui, ni en ses capacit\u00e9s \u00e0 le d\u00e9fendre&#160;; aussi, les m\u00eames auteurs ont tent\u00e9 de muer cette formidable d\u00e9faite en un moment glorieux, malgr\u00e9 la d\u00e9confiture, un temps de bravoure, color\u00e9 par l\u2019imaginaire chevaleresque. Sauver les apparences, dissimuler le fiasco, redonner confiance, et surtout laisser croire que ni l\u2019homme ni le royaume n\u2019\u00e9tait abandonn\u00e9 de Dieu. C\u2019est d\u2019ailleurs cette version, celle qui honore le pr\u00e9tendu esprit chevaleresque du roi qui restera dans les livres d\u2019histoire, construisant peu \u00e0 peu cette image de chevalier du souverain que tant d\u2019\u00e9coliers de la Troisi\u00e8me r\u00e9publique salueront. Reste que plus jamais depuis ce 24 f\u00e9vrier 1525, un roi de France ne s\u2019est expos\u00e9 \u00e0 une bataille.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Plus jamais depuis le 24 f\u00e9vrier 1525 un roi de France ne s\u2019est expos\u00e9 \u00e0 une bataille.<\/p><cite>didier le fur<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>Il ne faut n\u00e9anmoins pas trop surestimer la trace que ces batailles ont laiss\u00e9 en France jusqu\u2019au d\u00e9but du XIXe si\u00e8cle, essentiellement parce que Fran\u00e7ois Ier, d\u00e8s le r\u00e8gne d\u2019Henri IV fut consid\u00e9r\u00e9 comme un mauvais roi. En outre, Marignan s\u2019est largement effac\u00e9e derri\u00e8re sa date&#160;: si la majorit\u00e9 des gens, comme par r\u00e9flexe, r\u00e9pondent&nbsp; aujourd\u2019hui \u00ab&#160;Marignan&#160;\u00bb lorsqu\u2019on leur dit \u00ab&#160;1515&#160;\u00bb, ils ne savent pas ce que cette bataille a pu signifier. Plus g\u00e9n\u00e9ralement, les guerres d\u2019Italie ont donn\u00e9 lieu \u00e0 des critiques souvent violentes d\u00e8s la fin du XVIe si\u00e8cle, dans les livres d\u2019histoire. Tant d\u2019hommes morts, tant d\u2019argent d\u00e9pens\u00e9 pour finalement aucun acquis. Un immense g\u00e2chis. Et si la Restauration de Louis XVIII et de Charles X, cette renaissance de la monarchie, remit \u00e0 l\u2019honneur ce temps de l\u2019histoire de France, inventant peu \u00e0 peu le concept de \u00ab&#160;Renaissance&#160;\u00bb, il ne fut pas question de se souvenir des batailles sauf si elles \u00e9taient victorieuses. Louis Philippe n\u2019agit pas diff\u00e9remment en cr\u00e9ant sa galerie des bataille et en comm\u00e9morant seulement la bataille de Marignan, sans pour autant aider le public \u00e0 la recontextualiser. Les historiens se bornant le plus souvent, apr\u00e8s Michelet, \u00e0 ne voir dans ces conflits que les relents d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 f\u00e9odale finissante, une monarchie propri\u00e9taire, dont Louis XII aurait \u00e9t\u00e9 le plus parfait exemple, mettant le souvenir de cet homme au purgatoire depuis un si\u00e8cle et demi.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Quant \u00e0 Fran\u00e7ois Ier, ses \u00e9checs lui furent peu \u00e0 peu pardonn\u00e9s principalement parce qu\u2019entre temps, il \u00e9tait devenu ce \u00ab&#160;prince de la Renaissance&#160;\u00bb, l\u2019incarnation d\u2019un renouveau, d\u2019une remise en question de l\u2019homme qui au sortir de la nuit du Moyen \u00c2ge, empreinte de religion,&nbsp; renaissait \u00e0 lui m\u00eame et prenait conscience de son progr\u00e8s pour r\u00e9apprendre la libert\u00e9. C\u2019est, en gros ce que les historiens voudront voir en lui jusqu\u2019\u00e0 la fin des ann\u00e9es 1980, moment o\u00f9 d\u2019autres historiens reviendront \u00e0 l\u2019histoire militaire, abandonn\u00e9e depuis la fin du XIXe si\u00e8cle, pour retravailler peu \u00e0 peu sur les guerres d\u2019Italie et modifier ainsi consid\u00e9rablement le souvenir de ce monarque.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Les guerres d\u2019Italie sont marqu\u00e9es par la trajectoire du conn\u00e9table Bourbon. Pourriez-vous revenir sur son histoire et la mani\u00e8re dont elle a inform\u00e9 la guerre au XVIe si\u00e8cle&#160;?<\/h3>\n\n\n\n<p>Avant tout, Charles de Bourbon est un jeune prince du sang, assez \u00e9loign\u00e9 du tr\u00f4ne. Gr\u00e2ce \u00e0 son mariage avec sa cousine, Suzanne de Bourbon, et \u00e0 l\u2019affection que lui porte Louis XII, il re\u00e7oit titres, terres et honneurs consid\u00e9rables. C\u2019est l\u2019un des plus grands f\u00e9odaux de son \u00e9poque&#160;: les territoires qu\u2019il contr\u00f4le sont immenses \u2014 l\u2019\u00e9quivalent de trois d\u00e9partements fran\u00e7ais en superficie. En 1507, \u00e2g\u00e9 de 17 ans, il accompagne le roi \u00e0 G\u00eanes pour recouvrer la seigneurie qui s\u2019\u00e9tait r\u00e9volt\u00e9e et alors que le roi pense toujours \u00e0 reconqu\u00e9rir le royaume de Naples perdu en 1504. En 1509, il est \u00e0 Agnadel et se bat aux c\u00f4t\u00e9s de son souverain. Lors de la guerre contre le pape Jules II, il participe tant en France qu\u2019en Italie \u00e0 plusieurs combats. \u00c0 la mort de Louis XII, il a vingt-cinq ans et il est l\u2019un des seigneurs les plus puissants de France. Il est \u00e0 peine plus \u00e2g\u00e9 que Fran\u00e7ois Ier, qui est un jeune roi qui manque de soutiens \u00e0 la Cour. Celui-ci ne peut se passer de lui et le fait, d\u00e8s son av\u00e8nement conn\u00e9table de France, la plus haute charge militaire du royaume, donn\u00e9e \u00e0 vie&#160;; Lors de la reconqu\u00eate du Milanais, \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 1515, il conduit l\u2019avant-garde et naturellement, il est pr\u00e9sent \u00e0 la bataille de Marignan o\u00f9 il se distingue.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Fran\u00e7ois Ier continue \u00e0 le couvrir d\u2019honneur et apr\u00e8s la reconqu\u00eate du Milanais, il le fait lieutenant g\u00e9n\u00e9ral du duch\u00e9. Mais, la tentative rat\u00e9e de Maximilien Ier \u00e0 Milan sert de pr\u00e9texte au roi de France pour \u00e9loigner peu \u00e0 peu Bourbon du son premier cercle. Outre que le conn\u00e9table est rappel\u00e9 en France, il participe de moins au moins au conseil priv\u00e9. Ainsi, d\u00e8s 1517, s\u2019il reste un acteur du c\u00e9r\u00e9monial royal, il perd progressivement toute forme de pouvoir effectif \u00e0 la Cour. Par ailleurs, il l\u2019exprime trop vigoureusement contre la candidature de Fran\u00e7ois Ier \u00e0 la couronne imp\u00e9riale. Dans les mois qui suivent, ses relations avec Fran\u00e7ois Ier continuent de se d\u00e9grader. En 1521, il perd sa femme,&nbsp; et l\u2019h\u00e9ritage de celle-ci provoque des convoitises du c\u00f4t\u00e9 de la couronne qui aboutissent \u00e0 un proc\u00e8s dans lequel intervient directement la m\u00e8re du roi, Louise de Savoie.&nbsp; Au m\u00eame moment, la guerre reprend dans le Milanais et en Picardie. Alors m\u00eame que Bourbon est th\u00e9oriquement le personnage le plus puissant militairement de France, il est \u00e9cart\u00e9 de toute forme de commandement.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Alors m\u00eame que Bourbon est th\u00e9oriquement le personnage le plus puissant militairement de France, il est \u00e9cart\u00e9 de toute forme de commandement.<\/p><cite>didier le fur<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>C\u2019est \u00e0 ce moment-l\u00e0 que Charles Quint d\u00e9cide de se m\u00ealer de l\u2019affaire. Il lui fait une offre de mariage, lui proposant d\u2019\u00e9pouser l\u2019une de ses s\u0153urs ou l\u2019une de ses ni\u00e8ces. Il semble \u00e9galement lui avoir sugg\u00e9r\u00e9 de participer \u00e0 la division du royaume de France d\u00e9j\u00e0 envisag\u00e9e avec Henri VIII d\u2019Angleterre&#160;: \u00e0 Charles Quint, les anciennes terres des ducs de Bourgogne&#160;; \u00e0 l\u2019Anglais, la fa\u00e7ade occidentale et le titre de roi de France&#160;; au Bourbon, la restitution de toutes ses terres plus la Provence, avec droit de constituer un royaume.<\/p>\n\n\n\n<p>Finalement, au regard de la d\u00e9gradation de sa situation en France, le conn\u00e9table choisit de quitter le royaume en 1523 pour aller servir Charles Quint. Il est tr\u00e8s probable que, ce faisant, il ait sauv\u00e9 sa vie, mais en m\u00eame temps il se condamne d\u00e9finitivement en France&#160;: il venait de commettre un crime de l\u00e8se-majest\u00e9. Il semblerait que Fran\u00e7ois Ier ait \u00e9t\u00e9 surpris par sa d\u00e9cision&#160;: alors qu\u2019il devait accompagner l\u2019arm\u00e9e, il d\u00e9cida de rester en France pour surveiller l\u2019issue du proc\u00e8s des proches du conn\u00e9table arr\u00eat\u00e9s apr\u00e8s sa d\u00e9fection et qu\u2019il avait souhait\u00e9 exemplaire. Reste que la trahison de ces derniers se bornaient surtout \u00e0 une fid\u00e9lit\u00e9 sans borne au duc de Bourbon&#160;; quant \u00e0 ce dernier, il rejoignit l\u2019arm\u00e9e imp\u00e9riale lors des combats de la Sesia, o\u00f9 mourut Bayard.<\/p>\n\n\n\n<p>Les publicistes de la monarchie vont s\u2019emparer de cette rencontre, fatale pour ce dernier, pour b\u00e2tir l\u2019image du tra\u00eetre par excellence autour du souvenir de Bourbon. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, la loyaut\u00e9 absolue d\u2019une capitaine \u00e0 son souverain, capable de mourir pour lui et pour la France, de l\u2019autre un prince du sang, exemple officiel de la fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 la monarchie, parce que susceptible de succ\u00e9der et porteur d\u2019un sang \u00e9lu par Dieu pour prot\u00e9ger la France, mais qui s\u2019abandonne \u00e0 l\u2019ennemi pour d\u00e9truire ce m\u00eame royaume. Ce manich\u00e9isme s\u2019inscrit tr\u00e8s bien dans la propagande qui entoure le r\u00e9cit des guerres d\u2019Italie. En mai 1527, Bourbon, qui avait particip\u00e9 \u00e0 la bataille de Pavie, c\u00f4t\u00e9 imp\u00e9rial, assi\u00e8ge Rome mais meurt d\u2019un coup d\u2019arquebuse avant que la ville ne soit prise. Son proc\u00e8s ne s\u2019ach\u00e8ve qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 1527 \u00e0 Paris. Outre la confiscation de tous ses biens au profit de la couronne, l\u2019homme est condamn\u00e9 \u00e0 mort et symboliquement ex\u00e9cut\u00e9&#160;; ordre fut \u00e9galement donn\u00e9 de faire effacer son nom, ses devises et portraits de toutes ses demeures et interdiction fut donner de citer son nom dans les histoires. Ce jugement oblige \u00e0 une nouvelle \u00e9criture de la bataille de Marignan.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Il na\u00eet de cette affaire, une nouvelle figure du tra\u00eetre id\u00e9al dans l\u2019imaginaire collectif, qui aide incontestablement \u00e0 restaurer l\u2019image fort d\u00e9grad\u00e9e de Fran\u00e7ois Ier apr\u00e8s son retour des prisons espagnoles.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Strat\u00e9gies |\u00a0\u00c9pisode 2\u00a0<\/p>\n<p>Comment se bat-on dans l\u2019Europe du d\u00e9but du XVIe si\u00e8cle&#160;&#160;? 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