{"id":192408,"date":"2023-07-28T16:45:00","date_gmt":"2023-07-28T14:45:00","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=192408"},"modified":"2023-07-28T16:25:49","modified_gmt":"2023-07-28T14:25:49","slug":"la-catalogne-de-nouveau-au-centre-du-jeu","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2023\/07\/28\/la-catalogne-de-nouveau-au-centre-du-jeu\/","title":{"rendered":"La Catalogne est de nouveau au centre du jeu"},"content":{"rendered":"\n
La Catalogne est \u00e0 nouveau au c\u0153ur du d\u00e9bat politique en Espagne apr\u00e8s les \u00e9lections g\u00e9n\u00e9rales du 23 juillet. Le r\u00e9sultat serr\u00e9 entre les blocs, avec une gauche qui, malgr\u00e9 la remont\u00e9e de sa campagne, n’a pas pu vaincre un bloc conservateur qui a subi une victoire am\u00e8re, place une fois de plus les partis ind\u00e9pendantistes catalans au centre de l’\u00e9chiquier. La question catalane se positionne donc comme un axe fondamental de la prochaine l\u00e9gislature dans l’hypoth\u00e8se de la formation d’un gouvernement progressiste entre le PSOE et Sumar.<\/p>\n\n\n\n
Il est n\u00e9cessaire de rappeler bri\u00e8vement l’histoire de ces \u00e9lections. S\u00e1nchez a convoqu\u00e9 des \u00e9lections g\u00e9n\u00e9rales anticip\u00e9es dans le but d’\u00e9viter l’\u00e9rosion de son ex\u00e9cutif<\/a>, prenant de court le reste des acteurs politiques et profitant des n\u00e9gociations entre le PP et Vox dans la formation des gouvernements locaux et r\u00e9gionaux pour mobiliser la gauche face \u00e0 la menace d’un net recul en termes de droits et de libert\u00e9s. S\u00e1nchez et le PSOE ont \u00e9t\u00e9 le rempart contre l’Espagne ultra conservatrice de l’alliance PP-Vox, qui a ramen\u00e9 aux urnes une grande partie de l’\u00e9lectorat progressiste. Sur sa gauche, Sumar a \u00e9galement rassembl\u00e9 une grande partie de la gauche de transformation sociale et a permis de conserver un r\u00e9sultat d\u00e9cent en \u00e9largissant le bloc progressiste. Dans le m\u00eame temps, les \u00e9lecteurs des partis nationalistes et ind\u00e9pendantistes se sont \u00e9galement r\u00e9veill\u00e9s face aux menaces de r\u00e9gression territoriale que ferait peser un gouvernement espagnol clairement nationaliste, tel que celui qui aurait \u00e9t\u00e9 dirig\u00e9 par Feij\u00f3o. <\/p>\n\n\n\n Cette mobilisation multiple, associ\u00e9e \u00e0 une derni\u00e8re semaine de campagne d\u00e9sastreuse pour ce dernier \u2014 qui a fini par d\u00e9mobiliser une partie des \u00e9lecteurs les plus centristes du Parti Populaire \u2014, est ce qui a permis d’obtenir un r\u00e9sultat plus serr\u00e9 que ce que la plupart des sondages avaient pr\u00e9dit. C’est pourquoi l’am\u00e9lioration des r\u00e9sultats \u00e9lectoraux du PP n’a pas \u00e9t\u00e9 suffisante pour lui permettre d’atteindre la majorit\u00e9 absolue qui est n\u00e9cessaire au Congr\u00e8s. Cela a ouvert une possibilit\u00e9 pour le bloc progressiste, qui a maintenant l’opportunit\u00e9 de n\u00e9gocier la formation d’une nouvelle coalition ex\u00e9cutive progressiste entre le PSOE et Sumar. Cette combinaison des votes des classes populaires, des enfants du 15 mai et des minorit\u00e9s nationales a permis de former un bloc politique capable d’arr\u00eater la vague r\u00e9actionnaire en Espagne, faisant de ce pays le premier pays europ\u00e9en de ces deux derni\u00e8res ann\u00e9es o\u00f9 les conservateurs et les ultras n’ont pas remport\u00e9 les \u00e9lections. <\/p>\n\n\n\n Au cours de la l\u00e9gislature pr\u00e9c\u00e9dente, les votes d\u2019un certain nombre de partis autonomistes ou ind\u00e9pendantistes \u00e9taient n\u00e9cessaires pour investir S\u00e1nchez. Aujourd\u2019hui la situation est tr\u00e8s diff\u00e9rente : en raison de la faiblesse de la gauche, qui a perdu 12 d\u00e9put\u00e9s (141 pour le PSOE et Sumar), et de la mont\u00e9e de la droite, qui a gagn\u00e9 18 d\u00e9put\u00e9s suppl\u00e9mentaires (169 pour le PP et Vox), un nouvel acteur politique est n\u00e9cessaire pour qu’un gouvernement de coalition progressiste soit form\u00e9 : les ind\u00e9pendantistes catalans de Junts. Ce parti, situ\u00e9 au centre-droit, place \u00e0 nouveau la Catalogne et les revendications des ind\u00e9pendantistes au centre de l’\u00e9chiquier politique. C’est pourquoi, avant d’analyser les cons\u00e9quences de nouveau rapport de forces, il faut revenir sur les derni\u00e8res ann\u00e9es en Catalogne et sur la carte politique que les \u00e9lections de 2023 y dessineront.<\/p>\n\n\n\n La question de la Catalogne a domin\u00e9 les derni\u00e8res l\u00e9gislatures de la politique espagnole. Depuis le d\u00e9but du processus dit d’ind\u00e9pendance, l’agenda catalan est au c\u0153ur du d\u00e9bat politique au Congr\u00e8s. C\u2019est aussi l’un des principaux probl\u00e8mes auxquels les diff\u00e9rents gouvernements espagnols ont \u00e9t\u00e9 confront\u00e9s depuis 2012. <\/p>\n\n\n\n Les \u00e9lecteurs des partis nationalistes et ind\u00e9pendantistes se sont \u00e9galement r\u00e9veill\u00e9s face aux menaces de r\u00e9gression territoriale que ferait peser un gouvernement espagnol clairement nationaliste, tel que celui qui aurait \u00e9t\u00e9 dirig\u00e9 par Feij\u00f3o. <\/p>Mario R\u00edos Fern\u00e1ndez<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Le d\u00e9but du processus d’ind\u00e9pendance a co\u00efncid\u00e9 avec les changements politiques et sociaux provoqu\u00e9s par la Grande R\u00e9cession et la crise de la dette europ\u00e9enne dans la plupart des d\u00e9mocraties continentales. C’est dans ce contexte de crise sociale, \u00e9conomique et politique que l’ind\u00e9pendance de la Catalogne est devenue l’utopie de centaines de milliers de Catalans qui voyaient dans la lutte pour leur propre \u00c9tat ind\u00e9pendant une \u00e9chappatoire aux probl\u00e8mes auxquels l’Espagne est confront\u00e9e. Cela a mobilis\u00e9 une grande partie de la soci\u00e9t\u00e9 catalane. <\/p>\n\n\n\n \u00c0 partir de ce moment, les partis ind\u00e9pendantistes \u2014 ERC, Junts et la CUP \u2014 pouss\u00e9s par une mobilisation de masse, sont entr\u00e9s dans une spirale incr\u00e9mentale dans laquelle chaque parti rivalisait avec ses adversaires pour d\u00e9fendre des revendications de plus en plus importantes. De l’am\u00e9lioration de l’autonomie \u00e0 un pacte fiscal ; d’un r\u00e9f\u00e9rendum concert\u00e9 \u00e0 un r\u00e9f\u00e9rendum unilat\u00e9ral ; et de ce r\u00e9f\u00e9rendum \u00e0 une d\u00e9claration unilat\u00e9rale d’ind\u00e9pendance. Pendant cette m\u00eame p\u00e9riode, le mouvement ind\u00e9pendantiste n\u2019a cess\u00e9 de gouverner la Catalogne avec une majorit\u00e9 absolue.<\/p>\n\n\n\n Les \u00e9v\u00e9nements se sont pr\u00e9cipit\u00e9s en octobre 2017. Le Parlement et le gouvernement catalans \u2014 o\u00f9 dominait une coalition entre Junts et ERC \u2014 ont soumis une \u00e9ni\u00e8me proposition de r\u00e9f\u00e9rendum au gouvernement espagnol de Mariano Rajoy, qui a refus\u00e9 de n\u00e9gocier. Les ind\u00e9pendantistes ont alors d\u00e9cid\u00e9 de pr\u00e9parer tout le cadre juridique et politique pour proc\u00e9der \u00e0 une consultation unilat\u00e9rale qui aurait lieu le 1er octobre. Les faits, bien connus, ont fait le tour du monde : des milliers de volontaires ont pr\u00e9par\u00e9 en secret le r\u00e9f\u00e9rendum unilat\u00e9ral et le jour de sa convocation, des milliers d’urnes sont apparues et plus de deux millions de Catalans sont all\u00e9s voter. <\/p>\n\n\n\n Le gouvernement de Rajoy a choisi la r\u00e9pression pour emp\u00eacher le r\u00e9f\u00e9rendum unilat\u00e9ral en envoyant des milliers de policiers du reste de l’Espagne qui ont agress\u00e9 des centaines d’\u00e9lecteurs. Apr\u00e8s ce r\u00e9f\u00e9rendum, auxquels seuls ont particip\u00e9 les soutiens de l\u2019ind\u00e9pendance, une mobilisation massive a eu lieu suivie d\u2019une gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale le 3 octobre qui a paralys\u00e9 la Catalogne. Quelques jours plus tard, l’ex\u00e9cutif catalan d\u00e9clarait unilat\u00e9ralement l’ind\u00e9pendance avant de l\u2019annuler et d\u2019ouvrir un processus de n\u00e9gociation avec l’Etat. Cette strat\u00e9gie n’a pas port\u00e9 les fruits escompt\u00e9s et, face \u00e0 ce que le gouvernement de Rajoy consid\u00e9rait comme une atteinte \u00e0 la Constitution, l’ex\u00e9cutif espagnol a activ\u00e9 le 155 : un article de la Grande Charte espagnole qui permet au gouvernement central de supprimer l’autonomie d’une communaut\u00e9 autonome si elle porte atteinte \u00e0 l’int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral. <\/p>\n\n\n\n Peu de temps apr\u00e8s, une proc\u00e9dure judiciaire a \u00e9t\u00e9 entam\u00e9e contre ce que le minist\u00e8re public consid\u00e9rait comme une r\u00e9bellion. Dans ce cadre, les principaux dirigeants du mouvement ind\u00e9pendantiste \u2014 dont le vice-pr\u00e9sident du gouvernement catalan, Oriol Junqueras \u2014 ont \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9s. D’autres dirigeants, comme le pr\u00e9sident Carles Puigdemont, ont fui en Belgique pour \u00e9viter d’\u00eatre poursuivis<\/a>. En outre, l’approbation de l’article 155 a entra\u00een\u00e9 l’organisation d’\u00e9lections r\u00e9gionales. Avec un taux de participation de 80 %, ces \u00e9lections ont \u00e9t\u00e9 les plus suivies de l\u2019histoire, donnant la victoire en nombre si\u00e8ges (mais pas en nombre de voix) au mouvement ind\u00e9pendantiste.<\/p>\n\n\n\nCatalogne : ascension et d\u00e9clin du mouvement ind\u00e9pendantiste<\/strong><\/h2>\n\n\n\n