{"id":191731,"date":"2023-07-20T12:11:53","date_gmt":"2023-07-20T10:11:53","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=191731"},"modified":"2024-02-08T17:00:33","modified_gmt":"2024-02-08T16:00:33","slug":"lunion-comme-empire-post-imperial","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2023\/07\/20\/lunion-comme-empire-post-imperial\/","title":{"rendered":"L’Union comme empire post-imp\u00e9rial"},"content":{"rendered":"\n

L’histoire aime les cons\u00e9quences non-intentionelles <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Le dernier exemple en date est particuli\u00e8rement ironique : la tentative du pr\u00e9sident russe Vladimir Poutine de restaurer l’empire russe en recolonisant l’Ukraine a cr\u00e9\u00e9 un appel d\u2019air vers une Europe post-imp\u00e9riale. D\u00e9barrass\u00e9e des empires domin\u00e9s par un seul peuple ou une seule nation<\/a> \u2014 sur terre ou par-del\u00e0 les mers \u2014 l\u2019Europe se retrouve dans une situation que le continent n’avait jamais connue auparavant : pour assurer cet avenir post-imp\u00e9rial et r\u00e9sister \u00e0 l’agression russe, l’Union doit elle-m\u00eame rev\u00eatir certaines des caract\u00e9ristiques d’un empire. Elle doit avoir un degr\u00e9 suffisant d’unit\u00e9, d’autorit\u00e9 centrale et de prise de d\u00e9cision efficace pour d\u00e9fendre les valeurs et les int\u00e9r\u00eats communs des Europ\u00e9ens. Si chaque \u00c9tat membre dispose d’un droit de veto sur les d\u00e9cisions vitales du tout<\/a>, l’union vacillera, tant \u00e0 l’int\u00e9rieur qu’\u00e0 l’ext\u00e9rieur.<\/p>\n\n\n\n

Les Europ\u00e9ens n’ont pas l’habitude de se regarder \u00e0 travers le prisme de l’empire<\/a>, mais cela peut offrir une perspective \u00e0 la fois \u00e9clairante et inqui\u00e9tante. De fait, l’Union elle-m\u00eame a un pass\u00e9 colonial. Comme l’ont montr\u00e9 les chercheurs su\u00e9dois Peo Hansen et Stefan Jonsson, dans les ann\u00e9es 1950, les premiers architectes de ce qui allait devenir l’Union consid\u00e9raient les colonies africaines des \u00c9tats membres comme faisant partie int\u00e9grante du projet europ\u00e9en<\/a>. Alors m\u00eame que les pays europ\u00e9ens menaient des guerres souvent brutales pour d\u00e9fendre leurs colonies, les responsables parlaient avec enthousiasme de l’\u00ab Eurafrique \u00bb<\/a>, consid\u00e9rant les possessions d’outre-mer de pays tels que la France comme appartenant \u00e0 la nouvelle Communaut\u00e9 \u00e9conomique europ\u00e9enne. Le Portugal s’est battu pour conserver le contr\u00f4le de l’Angola et du Mozambique jusqu’au d\u00e9but des ann\u00e9es 1970, une dizaine d\u2019ann\u00e9es \u00e0 peine avant de rejoindre la Communaut\u00e9.<\/p>\n\n\n\n

L’Union elle-m\u00eame a un pass\u00e9 colonial : les premiers architectes de ce qui allait devenir l’Union consid\u00e9raient les colonies africaines des \u00c9tats membres comme faisant partie int\u00e9grante du projet europ\u00e9en.<\/p>Timothy Garton Ash<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Comme l\u2019a rappel\u00e9 Timothy Snyder dans ces pages, le prisme de l’empire<\/a> est encore plus r\u00e9v\u00e9lateur lorsqu’on observe la grande partie de l’Europe qui, pendant la guerre froide, se trouvait derri\u00e8re le rideau de fer, sous le r\u00e9gime communiste sovi\u00e9tique ou yougoslave. L’Union sovi\u00e9tique \u00e9tait la continuation de l’empire russe, m\u00eame si nombre de ses dirigeants n’\u00e9taient pas d’origine russe. Pendant et apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale, elle a incorpor\u00e9 des pays et des territoires \u2014 dont les \u00c9tats baltes et l’Ukraine occidentale \u2014 qui ne faisaient pas partie de l’Union sovi\u00e9tique avant 1939. Dans le m\u00eame temps, elle a \u00e9tendu son empire effectif jusqu’au centre de l’Europe, y compris une grande partie de ce qui \u00e9tait historiquement connu sous le nom d’Allemagne centrale, rebaptis\u00e9e Allemagne de l’Est.<\/p>\n\n\n\n

En d’autres termes, il y avait un empire russe int\u00e9rieur et un empire russe ext\u00e9rieur. La clef pour comprendre l’Europe de l’Est et l’Union sovi\u00e9tique dans les ann\u00e9es 1980 est de reconna\u00eetre qu’il s’agissait bien d’un empire, et d’un empire en d\u00e9composition. La d\u00e9colonisation de l’empire ext\u00e9rieur s’est d\u00e9roul\u00e9e de mani\u00e8re exceptionnellement rapide et pacifique en 1989 et 1990, mais la d\u00e9sint\u00e9gration de l’empire int\u00e9rieur en 1991 a \u00e9t\u00e9 encore plus remarquable. Cette d\u00e9sint\u00e9gration a \u00e9t\u00e9 provoqu\u00e9e, comme c’est souvent le cas, par le d\u00e9sordre qui r\u00e9gnait au centre de l’empire. Plus inhabituel encore, le coup de gr\u00e2ce a \u00e9t\u00e9 port\u00e9 par le noyau dur de la nation imp\u00e9riale : la Russie. Aujourd’hui, cependant, la Russie s’efforce de reprendre le contr\u00f4le de certaines des terres qu’elle a abandonn\u00e9es, en se dirigeant vers les nouvelles fronti\u00e8res orientales de l’Occident.<\/p>\n\n\n\n

La clef pour comprendre l’Europe de l’Est et l’Union sovi\u00e9tique dans les ann\u00e9es 1980 est de reconna\u00eetre qu’il s’agissait bien d’un empire, et d’un empire en d\u00e9composition. <\/p>Timothy Garton Ash<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Les fant\u00f4mes des empires pass\u00e9s<\/strong><\/h2>\n\n\n\n

Quiconque a \u00e9tudi\u00e9 l’histoire des empires aurait d\u00fb savoir que l’effondrement de l’Union sovi\u00e9tique ne serait pas la fin de l’histoire. Les empires n’abandonnent g\u00e9n\u00e9ralement pas sans combattre<\/a>, comme l’ont d\u00e9montr\u00e9 les Britanniques, les Fran\u00e7ais, les Portugais et les \u00ab Eurafricanistes \u00bb apr\u00e8s 1945. Dans un petit coin, l’empire russe a ripost\u00e9 assez rapidement. En 1992, le g\u00e9n\u00e9ral Alexandre Lebed a utilis\u00e9 la 14e garde arm\u00e9e russe pour mettre fin \u00e0 une guerre entre les s\u00e9paratistes de la r\u00e9gion du nouvel \u00c9tat ind\u00e9pendant de Moldavie, \u00e0 l’est du fleuve Dniestr, et les forces l\u00e9gitimes moldaves. Il en est r\u00e9sult\u00e9 ce qui est encore aujourd’hui le para-\u00c9tat ill\u00e9gal de Transnistrie<\/a> \u00e0 l’extr\u00e9mit\u00e9 orientale de la Moldavie, situ\u00e9 \u00e0 la fronti\u00e8re de l’Ukraine. Dans les ann\u00e9es 1990, la Russie a \u00e9galement men\u00e9 deux guerres brutales pour garder le contr\u00f4le de la Tch\u00e9tch\u00e9nie et a activement soutenu les s\u00e9paratistes des r\u00e9gions d’Abkhazie et d’Oss\u00e9tie du Sud en G\u00e9orgie.<\/p>\n\n\n\n\n\n

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Fort de Saint-Martin en R\u00e9 par Vauban (d\u00e9tail) \u00a9 Biblioth\u00e8que nationale de France<\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

Cependant, alors que Moscou cherchait \u00e0 r\u00e9cup\u00e9rer certains de ses territoires coloniaux perdus, l’Union \u00e9tait pr\u00e9occup\u00e9e par deux processus de transition, faisant passer des empires europ\u00e9ens du XXe si\u00e8cle au rang d\u2019\u00c9tats. La violente d\u00e9sint\u00e9gration de la Yougoslavie et le divorce pacifique des parties tch\u00e8que et slovaque de la Tch\u00e9coslovaquie ont renouvel\u00e9 l\u2019int\u00e9r\u00eat pour les h\u00e9ritages respectifs des empires ottoman et austro-hongrois, qui avaient \u00e9t\u00e9 officiellement dissous \u00e0 la fin de la Premi\u00e8re Guerre mondiale<\/a>. Les \u00c9tats multinationaux post-imp\u00e9riaux n’ont pas n\u00e9cessairement \u00e0 se d\u00e9sint\u00e9grer en \u00c9tats-nations ; ce n’est pas n\u00e9cessairement la meilleure chose \u00e0 faire pour les personnes qui y vivent. Pourtant, c’est l\u00e0 le chemin qu\u2019ont pris les diff\u00e9rentes nations europ\u00e9ennes au cours de l\u2019histoire moderne ; d’o\u00f9 la mosa\u00efque complexe de 24 \u00c9tats europ\u00e9ens \u00e0 l’est de l’ancien rideau de fer et au nord de la Gr\u00e8ce et de la Turquie \u2013 ce alors qu’en 1989, il n’y en avait que neuf.<\/p>\n\n\n\n

Les \u00c9tats multinationaux post-imp\u00e9riaux n’ont pas n\u00e9cessairement \u00e0 se d\u00e9sint\u00e9grer en \u00c9tats-nations ; pourtant, c’est l\u00e0 le chemin qu\u2019ont pris les diff\u00e9rentes nations europ\u00e9ennes au cours de l\u2019histoire moderne.<\/p>Timothy Garton Ash<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Le vaste mouvement de repli n\u00e9ocolonial de la Russie a commenc\u00e9 lors de la conf\u00e9rence de la s\u00e9curit\u00e9 de Munich en 2007 \u2014 lorsque Poutine annon\u00e7a qu’il s’appr\u00eatait \u00e0 confronter l’Occident et d\u00e9non\u00e7a l’ordre unipolaire dirig\u00e9 par les \u00c9tats-Unis. Le pr\u00e9sident russe a ensuite pris le contr\u00f4le arm\u00e9 de l’Abkhazie et de l’Oss\u00e9tie du Sud, les enlevant \u00e0 la G\u00e9orgie en 2008.<\/p>\n\n\n

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\n\t\t\t\t\t\n\t\t\t\t\t\tLa guerre s’\u00e9tend\t\t\t\t\t<\/a>\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t
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Les clefs d’un monde cass\u00e9.<\/p>\n

Du centre du globe \u00e0 ses fronti\u00e8res les plus lointaines, la guerre est l\u00e0. L\u2019invasion de l\u2019Ukraine par la Russie de Poutine nous a frapp\u00e9s, mais comprendre cet affrontement crucial n’est pas assez.<\/p>\n

Notre \u00e8re est travers\u00e9e par un ph\u00e9nom\u00e8ne occulte et structurant, nous proposons de l\u2019appeler  : guerre \u00e9tendue.<\/p>\n\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t

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