{"id":191151,"date":"2023-07-20T17:30:00","date_gmt":"2023-07-20T15:30:00","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=191151"},"modified":"2023-08-22T20:12:27","modified_gmt":"2023-08-22T18:12:27","slug":"geopolitique-de-lhydrogene","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2023\/07\/20\/geopolitique-de-lhydrogene\/","title":{"rendered":"L\u2019hydrog\u00e8ne devient un enjeu g\u00e9opolitique pour la France"},"content":{"rendered":"\n
Cette note de travail est \u00e9galement disponible en anglais sur le site du Groupe d’\u00e9tudes g\u00e9opolitiques<\/a>.<\/em><\/p>\n\n\n\n Les \u00e9nergies fossiles sont aujourd\u2019hui la principale source d\u2019\u00e9nergie en Europe. Le p\u00e9trole et ses d\u00e9riv\u00e9s, le gaz et le charbon repr\u00e9sentent plus de 65 % (70 % en 2021) <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span> de la consommation finale d\u2019\u00e9nergie. En plus de participer au d\u00e9r\u00e8glement climatique, ces \u00e9nergies fossiles ne permettent pas \u00e0 l\u2019Europe d\u2019assurer son ind\u00e9pendance \u00e9nerg\u00e9tique : en 2020, avant m\u00eame l\u2019invasion de l\u2019Ukraine par la Russie, 96 % de l\u2019approvisionnement en p\u00e9trole \u00e9tait couvert par des importations (dont 26 % en provenance de Russie, nous sommes depuis pass\u00e9s sous les 5 %), 84 % du gaz naturel \u00e9tait import\u00e9 (dont 43 % de Russie, d\u00e9sormais sous les 15 %) et 36 % du charbon (dont pr\u00e8s de 50 % de Russie). En 2023, la d\u00e9pendance \u00e9nerg\u00e9tique des pays de l’UE aux imports en ressources fossiles est toujours importante et repr\u00e9sentera probablement plus de 90 % des ressources en p\u00e9trole et plus de 80 % de celles en gaz naturel. La suspension des imports en ressources fossiles depuis la Russie a \u00e9t\u00e9 couverte par des imports accrus depuis les \u00c9tats-Unis, la Norv\u00e8ge ou le Royaume-Uni avec une augmentation des imports en gaz naturel liqu\u00e9fi\u00e9 notamment <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n Parvenir \u00e0 se d\u00e9tacher de la consommation d\u2019\u00e9nergies fossiles rev\u00eat donc un triple enjeu de souverainet\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique, de d\u00e9carbonation et de durabilit\u00e9. L\u2019utilisation d\u2019hydrog\u00e8ne est clairement identifi\u00e9e comme indispensable pour atteindre les objectifs de durabilit\u00e9. En effet, de larges pans de l\u2019\u00e9conomie ne peuvent \u00eatre \u00e9lectrifi\u00e9s et requi\u00e8rent le recours \u00e0 un substitut aux \u00e9nergies fossiles liquides et gazeuses pour des usages que l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 (et la batterie) ne permettent pas d\u2019assurer efficacement. Le march\u00e9 mondial de l\u2019hydrog\u00e8ne est d\u00e9j\u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 puisqu\u2019il p\u00e8se aujourd\u2019hui plus de 100 milliards d\u2019euros et plus de 80 millions de tonnes <\/span>3<\/sup><\/a><\/span><\/span> <\/sup>(MT), essentiellement pour le raffinage et la production d\u2019engrais. En ce sens, l\u2019hydrog\u00e8ne dispose de nombreux atouts car il peut aider \u00e0 d\u00e9carboner les industries intensives en \u00e9nergie \u2014 en rempla\u00e7ant, seul ou recombin\u00e9, le gaz naturel, le charbon et le p\u00e9trole \u2014 et les transports intensifs et lourds dans les situations o\u00f9 l’\u00e9lectrification \u00e0 batterie est trop volumineuse (2,5 \u00e0 3 fois plus), trop lourde (de mani\u00e8re croissante avec la charge) et trop longue \u00e0 recharger (quelques minutes contre quelques dizaines de minutes ou quelques heures). L\u2019hydrog\u00e8ne permet \u00e9galement d\u2019am\u00e9liorer la position de souverainet\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique europ\u00e9enne et de r\u00e9utiliser en partie les infrastructures gazi\u00e8res (ou p\u00e9troli\u00e8res) existantes. Il permet en effet de profiter de la grande disponibilit\u00e9 de ressources renouvelables et de foncier dans certaines r\u00e9gions du monde et de les importer dans les pays \u00e0 forte demande (Europe, Japon, Cor\u00e9e…), sous forme d’hydrog\u00e8ne ou de ses d\u00e9riv\u00e9s (ammoniaque et m\u00e9thanol), multipliant ainsi les sources d\u2019approvisionnement et renfor\u00e7ant la capacit\u00e9 \u00e0 faire du \u00ab friend-shoring \u00bb pour notre \u00e9nergie. \u00c0 ce titre, les choix strat\u00e9giques sur l\u2019\u00e9volution de nos mix \u00e9nerg\u00e9tiques et notamment dans leur composante hydrog\u00e8ne, deviennent des leviers g\u00e9opolitiques nouveaux, clairement identifi\u00e9s comme tels par nos grands partenaires europ\u00e9ens et la plaque de l\u2019Asie du Nord Est.\u00a0<\/p>\n\n\n\n Cette substitution par l\u2019hydrog\u00e8ne (et ses d\u00e9riv\u00e9s) et l\u2019\u00e9lectron de nos \u00e9nergies fossiles est syst\u00e9mique car elle offre une trajectoire vers un mod\u00e8le \u00e9nerg\u00e9tique peu carbon\u00e9 qui fonctionne. Ce changement de paradigme requiert d\u2019agir maintenant \u2014 sur les infrastructures de production, de distribution et d\u2019usage \u2014 pour permettre un basculement au cours des deux prochaines d\u00e9cennies. \u00c0 horizon 2050, la trajectoire d\u2019ind\u00e9pendance \u00e9nerg\u00e9tique europ\u00e9enne pourrait impliquer l\u2019utilisation de 40 \u00e0 60 MT <\/span>4<\/sup><\/a><\/span><\/span> d\u2019hydrog\u00e8ne dont 2 \u00e0 4 MT pour la France \u2014 soit 2 \u00e0 6 fois les consommations actuelles, selon les pr\u00e9visions de la Commission europ\u00e9enne.<\/p>\n\n\n\n \u00c0 horizon 2050, la trajectoire d\u2019ind\u00e9pendance \u00e9nerg\u00e9tique europ\u00e9enne pourrait impliquer l\u2019utilisation de 40 \u00e0 60 millions de tonnes d\u2019hydrog\u00e8ne dont 2 \u00e0 4 pour la France.<\/p>Pierre-Etienne FRanc<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n L\u2019invasion de l\u2019Ukraine par la Russie a \u00e9t\u00e9 un r\u00e9v\u00e9lateur des faiblesses du mod\u00e8le \u00e9nerg\u00e9tique de l\u2019Union europ\u00e9enne. C\u2019est pourquoi, d\u00e8s le mois de mai 2022, la Commission europ\u00e9enne a propos\u00e9 un plan dont l\u2019objectif est de mettre fin \u00e0 notre d\u00e9pendance aux hydrocarbures russes avant 2030 et d\u2019atteindre la neutralit\u00e9 carbone d\u2019ici 2050. Pour y parvenir, REPowerEU pr\u00e9voit d\u2019agir sur diff\u00e9rents leviers : \u00e9conomies d\u2019\u00e9nergie, diversification des sources d\u2019approvisionnement, acc\u00e9l\u00e9ration du d\u00e9ploiement des \u00e9nergies renouvelables, r\u00e9duction de la consommation d\u2019\u00e9nergies fossiles dans l\u2019industrie et les transports.<\/p>\n\n\n\n Ce plan comprend ainsi l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration de la production europ\u00e9enne d\u2019hydrog\u00e8ne et la mise en place de strat\u00e9gies d\u2019importation avec nos partenaires du pourtour m\u00e9diterran\u00e9en (pipelines) et ceux situ\u00e9s au-del\u00e0 (ammoniaque). Le plan de la Commission repose sur l\u2019utilisation de 20 MT d\u2019hydrog\u00e8ne bas carbone d\u2019ici 2030, couverte par une production europ\u00e9enne (50 %) et des importations (50 %). Ces 20 MT d\u2019hydrog\u00e8ne renouvelable, selon les usages, remplaceraient entre 25 et 50 milliards de m3 <\/sup>de gaz naturel <\/span>5<\/sup><\/a><\/span><\/span> <\/sup>(soit entre 10 % et 15 % du gaz naturel consomm\u00e9 en Europe). M\u00eame si son agenda reste optimiste, cette ambition est confort\u00e9e par le contexte \u00e9nerg\u00e9tique, g\u00e9opolitique et climatique.<\/p>\n\n\n\n Le d\u00e9veloppement d\u2019une strat\u00e9gie multi-sources d\u2019acc\u00e8s \u00e0 la ressource hydrog\u00e8ne semble un moyen durable de renforcer la souverainet\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique europ\u00e9enne et fran\u00e7aise, et de pr\u00e9server la comp\u00e9titivit\u00e9 des industries \u00e9nergo-intensives du vieux continent. Au-del\u00e0 de la prise de conscience, le succ\u00e8s de cette strat\u00e9gie repose sur des d\u00e9cisions fortes et d\u00e9termin\u00e9es. Elle permet ainsi de relancer ou encore d\u2019approfondir le dialogue strat\u00e9gique avec quelques-uns de grands Etats du pourtour m\u00e9diterran\u00e9en et du Moyen-Orient. <\/p>\n\n\n\n Produire 10 MT d\u2019hydrog\u00e8ne sur le sol europ\u00e9en d\u2019ici 2030 suppose la fabrication et l\u2019installation d\u2019une capacit\u00e9 d\u2019\u00e9lectrolyse de 100 GW <\/span>6<\/sup><\/a><\/span><\/span> <\/sup>ainsi qu\u2019un d\u00e9ploiement massif des \u00e9nergies renouvelables et nucl\u00e9aires pour garantir la durabilit\u00e9 de l\u2019hydrog\u00e8ne, ce qui ne pourra se faire sans relever de nombreux d\u00e9fis. <\/p>\n\n\n\n La massification de la production d\u2019\u00e9lectrolyseurs est le premier verrou au d\u00e9veloppement d\u2019une fili\u00e8re europ\u00e9enne forte et autonome. La planification du d\u00e9ploiement de sites de fabrication d\u2019\u00e9lectrolyseurs d\u2019une capacit\u00e9 totale de 20 GW\/an, soit une multiplication par 10 des capacit\u00e9s de fabrication d\u2019ici 2025 est engag\u00e9e. En parall\u00e8le, pour accompagner l\u2019offre, il est n\u00e9cessaire de doubler les capacit\u00e9s de production d\u2019hydrog\u00e8ne par \u00e9lectrolyse tous les ans jusqu\u2019en 2030, en supposant que nous ayons d\u00e9j\u00e0 atteint 2 GW de capacit\u00e9s install\u00e9es d\u00e8s 2024. L\u2019atteinte de cet objectif a \u00e9t\u00e9 longtemps suspendue aux arbitrages sur les PIIEC (projet important d\u2019int\u00e9r\u00eat europ\u00e9en commun, ou IPCEI en anglais) dont les processus de validation et les d\u00e9clinaisons nationales ont \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s longs pour ces premi\u00e8res phases <\/span>7<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Pour gagner cette course, la France peut prendre de l\u2019avance en renfor\u00e7ant le soutien aux projets de \u00ab giga factory \u00bb les plus ambitieux. En compl\u00e9ment des supports en investissements envisag\u00e9s, les financements pourraient prendre la forme de garanties d\u2019acc\u00e8s aux CCFD <\/span>8<\/sup><\/a><\/span><\/span> <\/sup>afin de donner un avantage comp\u00e9titif aux acteurs qui d\u00e9cident d\u2019implanter des sites de production en France.<\/p>\n\n\n\n La massification de la production d\u2019\u00e9lectrolyseurs est le premier verrou au d\u00e9veloppement d\u2019une fili\u00e8re europ\u00e9enne forte et autonome.<\/p>Pierre-Etienne FRanc<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n La r\u00e8glementation europ\u00e9enne reste impr\u00e9cise sur la transformation de la production d\u2019hydrog\u00e8ne existante, m\u00eame si elle programme la bascule vers l\u2019hydrog\u00e8ne d\u00e9carbon\u00e9 des futurs besoins industriels ou de carburants durables dans les transports. Elle pourrait \u00eatre compl\u00e9t\u00e9e par des r\u00e9glementations nationales devant mener, dans un agenda clair, \u00e0 conditionner l\u2019op\u00e9ration d\u2019unit\u00e9s de production d\u2019hydrog\u00e8ne \u00e0 base de gaz naturel \u00e0 la mise en \u0153uvre op\u00e9rationnelle des projets de capture et de stockage du carbone n\u00e9cessaires. Pour les op\u00e9rations basculant vers les technologies d\u2019\u00e9lectrolyse, les m\u00e9canismes de soutien sous forme de contrats pluriannuels qui, sur les 10 premi\u00e8res ann\u00e9es d\u2019op\u00e9ration des premi\u00e8res grandes unit\u00e9s install\u00e9es (100 MW ou plus), couvrent tout ou partie du surco\u00fbt de l\u2019hydrog\u00e8ne vert au regard de l\u2019hydrog\u00e8ne gris selon un m\u00e9canisme index\u00e9 sur un prix du CO2 \u00e9vit\u00e9 croissant <\/span>9<\/sup><\/a><\/span><\/span> sont \u00e9videmment essentiels. De tels m\u00e9canismes, actuellement en discussion, sont in fine<\/em> semblables dans leurs effets \u00e0 celui mis en place aux \u00c9tats-Unis (IRA) et pourraient \u00eatre d\u2019autant plus facilement limit\u00e9s en engagement financier pour la puissance publique qu\u2019en parall\u00e8le les r\u00e9glementations europ\u00e9ennes et nationales forcent la bascule vers un hydrog\u00e8ne vert ou bas carbone de r\u00e9f\u00e9rence. <\/p>\n\n\n\n La demande en hydrog\u00e8ne renforce le besoin de renouvelable et de nucl\u00e9aire. En effet, cette dynamique de soutien \u00e0 la production d\u2019hydrog\u00e8ne d\u00e9carbon\u00e9 sur le sol europ\u00e9en ne peut fonctionner de mani\u00e8re vertueuse que si elle s\u2019accompagne de l\u2019accroissement des capacit\u00e9s de production d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 d\u00e9carbon\u00e9e. Cette acc\u00e9l\u00e9ration de la production d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 implique notamment la simplification des proc\u00e9dures d\u2019autorisation et le d\u00e9veloppement acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 des capacit\u00e9s de production offshore. <\/p>\n\n\n\n En 2030, la production d\u2019hydrog\u00e8ne d\u00e9carbon\u00e9 n\u00e9cessitera pr\u00e8s d\u2019un tiers des nouvelles capacit\u00e9s install\u00e9es de solaire, pr\u00e8s de 10 % de l\u2019\u00e9olien terrestre et 50 % de l\u2019\u00e9olien en mer, en supposant que l\u2019Europe respecte son programme de d\u00e9ploiement de capacit\u00e9s de renouvelables <\/span>10<\/sup><\/a><\/span><\/span> <\/sup>qui implique de d\u00e9ployer pr\u00e8s de 3 fois la capacit\u00e9 solaire install\u00e9e (+ 420 GW), plus de 2,5 fois celle de l\u2019\u00e9olien terrestre (+ 420 GW) et plus de 5 fois celle de l\u2019\u00e9olien en mer (+ 60 GW). L\u2019agenda est tr\u00e8s tendu, les projets sont souvent complexes \u00e0 mettre en \u0153uvre et le co\u00fbt de l\u2019\u00e9lectron n\u2019est pas toujours aussi comp\u00e9titif que n\u00e9cessaire.<\/p>\n\n\n\n En 2030, la production d\u2019hydrog\u00e8ne d\u00e9carbon\u00e9 n\u00e9cessitera pr\u00e8s d\u2019un tiers des nouvelles capacit\u00e9s install\u00e9es de solaire, pr\u00e8s de 10 % de l\u2019\u00e9olien terrestre et 50 % de l\u2019\u00e9olien en mer, en supposant que l\u2019Europe respecte son programme de d\u00e9ploiement de capacit\u00e9s de renouvelables.<\/p>Pierre-Etienne FRanc<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Il para\u00eet improbable que la sortie progressive de notre continent d\u2019un mod\u00e8le \u00e9nerg\u00e9tique fossile puisse mener \u00e0 une rupture absolue avec une forme de d\u00e9pendance \u00e9nerg\u00e9tique. L\u2019occasion nous est cependant offerte de diversifier et de renouveler nos sources d\u2019approvisionnement car l\u2019hydrog\u00e8ne et ses d\u00e9riv\u00e9s permettent de stocker et de transporter les \u00e9nergies renouvelables produites en abondance et \u00e0 moindre co\u00fbt dans les g\u00e9ographies qui s\u2019y pr\u00eatent le plus. REPowerEU pr\u00e9voit ainsi d\u2019importer 10 MT d\u2019hydrog\u00e8ne, au travers de trois corridors : la mer du Nord (Norv\u00e8ge, Royaume-Uni), l\u2019Afrique du Nord & le Golfe et potentiellement l\u2019Ukraine. <\/p>\n\n\n\n La France sera \u00e9galement contrainte de trouver des ressources de substitution pour r\u00e9pondre aux besoins de ses transports et de son industrie, en remplacement progressif d\u2019une partie du p\u00e9trole et du gaz. Pour des raisons de d\u00e9lais et de comp\u00e9titivit\u00e9, la base \u00e9lectrique nucl\u00e9aire ne semble pas suffisante dans un avenir proche pour substituer une partie croissante de nos besoins en \u00e9nergies fossiles alors qu\u2019il convient d\u00e9j\u00e0 de renforcer le r\u00e9seau de transport, de distribution et la production pour accompagner l\u2019\u00e9lectrification des usages (transports, r\u00e9sidentiel, certaines industries) avant m\u00eame de prendre en compte les besoins li\u00e9s \u00e0 l\u2019hydrog\u00e8ne. Cela implique de programmer le recours \u00e0 des sources alternatives et comp\u00e9titives d\u2019hydrog\u00e8ne en provenance de zones g\u00e9opolitiquement diversifi\u00e9es et favorables. <\/p>\n\n\n\n Dans ce contexte et afin de s\u2019assurer que la France b\u00e9n\u00e9ficie aussi de cette dynamique qui s\u2019acc\u00e9l\u00e8re au Nord et au Sud de l\u2019Europe, un \u00e9largissement du r\u00f4le de H2 Global \u2014 l\u2019agence allemande qui finance l\u2019importation d\u2019hydrog\u00e8ne \u2014 au territoire europ\u00e9en serait pertinent. Il pourrait aussi passer par le renforcement des moyens et du champ d\u2019intervention de la \u00ab banque europ\u00e9enne pour l\u2019hydrog\u00e8ne \u00bb. Les projets de conversion progressive des r\u00e9seaux gaziers europ\u00e9ens (\u00e9ventuellement aussi p\u00e9troliers), qui constituent l\u2019ossature d\u2019approvisionnement de nos industries et transports sont dans ce contexte importants en compl\u00e9ment de l\u2019\u00e9lectrification de nos besoins pour laquelle il est d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9vu de redimensionner les r\u00e9seaux. Le d\u00e9veloppement d\u2019une infrastructure d\u2019acc\u00e8s aux ressources hydrog\u00e8ne\/ammoniaque constitue le principal moyen d\u2019ouvrir les sources d\u2019acc\u00e8s aux \u00e9nergies de demain le plus largement possible afin de ne pas d\u00e9pendre de quelques pays seulement et de notre seule plaque \u00e9lectrique. Il s\u2019agit ainsi de pr\u00e9parer l\u2019industrie \u00e0 l\u2019\u00e9nergie qui va compl\u00e9ter le gaz, le gaz naturel liqu\u00e9fi\u00e9 et le p\u00e9trole en utilisant les r\u00e9seaux existants et d\u2019assurer que les activit\u00e9s de transformation primaire et secondaire des industries \u00e9nergo-intensives continuent d\u2019\u00eatre localis\u00e9es pour une large part sur le sol fran\u00e7ais et europ\u00e9en.<\/p>\n\n\n\n La France peut valoriser sa position g\u00e9ographique pour d\u00e9velopper une souverainet\u00e9 de l\u2019acc\u00e8s.<\/p>Pierre-Etienne FRanc<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Dans ce contexte, la France peut valoriser sa position g\u00e9ographique pour d\u00e9velopper une souverainet\u00e9 de l\u2019acc\u00e8s. De ce fait, la France pourrait donc jouer un r\u00f4le particulier entre producteurs et consommateurs. Situ\u00e9e au c\u0153ur de l\u2019Europe, elle pourrait devenir un carrefour d\u2019approvisionnement et de distribution des \u00e9nergies vertes comp\u00e9titives qui se trouvent en son sud ou \u00e0 ses ports. Cette strat\u00e9gie permettrait d\u2019acc\u00e9l\u00e9rer le projet d\u2019Europe de l\u2019\u00e9nergie et de renforcer la capacit\u00e9 de la France \u00e0 garder ses industries \u00e9nergo-intensives. La souverainet\u00e9 de l\u2019acc\u00e8s doit combiner trois crit\u00e8res, dont la France a la chance de pouvoir disposer : 1. facult\u00e9 de faire soi-m\u00eame en substitution en cas de crise (production nucl\u00e9aire ou renouvelable locale et ma\u00eetrise des technologies hydrog\u00e8ne), 2. diversit\u00e9 des infrastructures d\u2019acc\u00e8s – pipes et terminaux portuaires avec les frontons atlantiques de la mer du nord et de la m\u00e9diterran\u00e9e \u2013 et acc\u00e9l\u00e9ration de la mise en \u0153uvre des projets transeurop\u00e9ens de corridors (H2 Med, Bar Mar et remont\u00e9e vers l\u2019Allemagne) et enfin, 3. la grande diversit\u00e9 des potentielles sources d\u2019approvisionnement proches en \u00e9nergie d\u00e9carbon\u00e9e (Europe du Sud, de l\u2019Est, du Nord, Afrique du Nord et Moyen-Orient) qui devraient \u00eatre reli\u00e9es \u00e0 la France, lui permettant de devenir un carrefour europ\u00e9en d\u2019acc\u00e8s \u00e0 ces \u00e9nergies. Cette position est aujourd\u2019hui fortement poursuivie par les grandes infrastructures portuaires du Nord de l\u2019Europe, la demande se d\u00e9veloppant en parall\u00e8le d\u2019un travail tr\u00e8s actif de structuration des sources d\u2019approvisionnement de l\u2019offre.<\/p>\n\n\n\n Les variations de prix d\u2019acc\u00e8s \u00e0 de l\u2019hydrog\u00e8ne renouvelable ou bas carbone varient de 3 \u00e0 7 \u20ac\/kg selon les sources et les vecteurs utilis\u00e9s. Les actifs nucl\u00e9aires existants pourraient atteindre des prix tr\u00e8s comp\u00e9titifs, sous r\u00e9serve des strat\u00e9gies de prix et d\u2019allocation choisies pour ces \u00e9lectrons. Mais le conflit d\u2019usage des \u00e9lectrons bas carbone devenant le grand sujet \u00e0 venir pour notre mix \u00e9nerg\u00e9tique, en sus du conflit d\u2019usage des sols qui contraint d\u00e9j\u00e0 nos territoires dans leurs options de d\u00e9veloppement, il semble pertinent de desserrer la contrainte par le maintien de strat\u00e9gies cibl\u00e9es d\u2019imports depuis les pays proches. Les sources renouvelables combin\u00e9es (\u00e9olien et solaire) du sud de l\u2019Europe et du pourtour m\u00e9diterran\u00e9en offrent les perspectives actuellement les plus comp\u00e9titives.<\/p>\n\n\n\n Il s\u2019agit d\u2019un enjeu pour cette d\u00e9cennie pour le secteur de l\u2019acier et des engrais et la chimie de l\u2019ammoniaque et du m\u00e9thanol, qui doivent d\u00e9sormais choisir entre importer une \u00e9nergie verte abordable ou possiblement d\u00e9placer l\u2019ensemble du processus de production l\u00e0 o\u00f9 elle se trouve, entrainant dans leur sillage des bassins de savoir-faire, de technologies et d\u2019emplois cons\u00e9quents. Ce qui nous attend, c\u2019est un remplacement progressif du co\u00fbt de la main d\u2019\u0153uvre par l\u2019\u00e9nergie verte comme facteur profond de relocalisation des cha\u00eenes de valeur. Si demain \u2014 ce qui est d\u00e9sormais tr\u00e8s probable \u2014 les directives RED III europ\u00e9ennes conditionnent les productions de l\u2019industrie lourde \u00e0 l\u2019usage d\u2019\u00e9nergie bas-carbone (ent\u00e9rinant l\u2019importance du nucl\u00e9aire en compl\u00e9ment du renouvelable et le r\u00f4le transitoire des technologies de CCS qui permettent ainsi une transition du fossile vers le d\u00e9carbon\u00e9 plus ais\u00e9e), les grands sites \u00e9nergo-intensifs seront contraints de basculer sur des proc\u00e9d\u00e9s hydrog\u00e8ne ou d\u2019initier une transformation primaire verte (ammoniaque, HBI en acier, m\u00e9thanol) dans les pays les plus comp\u00e9titifs. <\/p>\n\n\n\n Si l\u2019Europe et la France aident \u00e0 maintenir ces transformations sur le territoire europ\u00e9en (\u00e0 l\u2019instar de l\u2019Espagne avec les grands sites int\u00e9gr\u00e9s des Asturies), avec une partie d\u2019\u00e9nergie import\u00e9e (qui restera in fine probablement moindre que notre d\u00e9pendance fossile actuelle), c\u2019est l\u2019ensemble de la fili\u00e8re productive du secteur qui pourrait rester bas\u00e9e durablement sur le sol europ\u00e9en. La capacit\u00e9 \u00e0 autoproduire de l\u2019hydrog\u00e8ne sur le sol national pour les industries strat\u00e9giques et pour les besoins non-d\u00e9localisables (transports lourds et l\u00e9gers de longue distance notamment) est compatible avec le d\u00e9veloppement d\u2019une souverainet\u00e9 de l\u2019acc\u00e8s et permet \u00e0 l\u2019industrie fran\u00e7aise intensive en \u00e9nergie de disposer de bases diversifi\u00e9es d\u2019approvisionnement.<\/p>\n\n\n\n La capacit\u00e9 \u00e0 autoproduire de l\u2019hydrog\u00e8ne sur le sol national pour les industries strat\u00e9giques et pour les besoins non-d\u00e9localisables \u2014 transports lourds et l\u00e9gers de longue distance notamment \u2014 est compatible avec le d\u00e9veloppement d\u2019une souverainet\u00e9 de l\u2019acc\u00e8s et permet \u00e0 l\u2019industrie fran\u00e7aise intensive en \u00e9nergie de disposer de bases diversifi\u00e9es d\u2019approvisionnement. <\/p>Pierre-Etienne FRanc<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n L\u2019usage des fili\u00e8res hydrog\u00e8ne permet d\u2019\u00e9largir les sources d\u2019import au-del\u00e0 du cercle \u00c9tats- Unis\/Russie\/Moyen-Orient\/Norv\u00e8ge car le renouvelable est toujours possible chez soi, au risque du co\u00fbt. Il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019une grande diff\u00e9rence avec le fossile. Sous l\u2019\u00e8re du fossile, la souverainet\u00e9 d\u2019acc\u00e8s est plus d\u00e9licate car la ressource fossile ne peut \u00eatre invent\u00e9e, limitant la diversit\u00e9 des sources d\u2019approvisionnement \u00e0 certains pays. Le renouvelable (assorti au nucl\u00e9aire quand on a la possibilit\u00e9 et l\u2019expertise de le ma\u00eetriser) ouvre consid\u00e9rablement le champ des possibles et l\u2019hydrog\u00e8ne (et ses d\u00e9riv\u00e9s, notamment l\u2019ammoniaque) est le vecteur qui rend cela possible. En ouvrant les fronti\u00e8res, la France ouvre ses sources de souverainet\u00e9 en ma\u00eetrisant son acc\u00e8s au renouvelable par l\u2019usage de l\u2019hydrog\u00e8ne : elle ouvre sa souverainet\u00e9 en d\u00e9multipliant ses options. Elle lib\u00e8re un peu de la contrainte qui p\u00e8se sur le d\u00e9veloppement de l\u2019offre \u00e9lectrique sans pour autant la perturber. Elle fait de cette approche une source d\u2019approfondissement ou de relance de ses relations bilat\u00e9rales avec ses grands Etats partenaires du Sud et du Moyen-Orient, qui sont par ailleurs particuli\u00e8rement bien positionn\u00e9s et mobilis\u00e9s sur ces sujets. <\/p>\n\n\n\n Si la totalit\u00e9 de l\u2019hydrog\u00e8ne gris non fatal actuellement utilis\u00e9 dans le raffinage et la production d\u2019ammoniaque \u00e9tait remplac\u00e9 par de l\u2019hydrog\u00e8ne bas carbone ou vert <\/span>11<\/sup><\/a><\/span><\/span>, et si une partie de la fili\u00e8re int\u00e9gr\u00e9e de l\u2019industrie sid\u00e9rurgique se tournait \u00e9galement vers la fili\u00e8re DRI \u00e0 base d\u2019hydrog\u00e8ne vert (cela pourrait repr\u00e9senter plusieurs millions de tonnes), le secteur industriel absorberait pr\u00e8s de la moiti\u00e9 de l\u2019approvisionnement en hydrog\u00e8ne envisag\u00e9 dans REPowerEU, soit environ 9 MT. <\/p>\n\n\n\n Le plus probable est que seule une partie des usages existants basculeront, dans la mesure o\u00f9 il sera peut-\u00eatre plus rentable pour les industriels de commencer par d\u00e9velopper et mettre en \u0153uvre les projets de capture et de stockage du carbone qui sont en gestation, sous r\u00e9serve d\u2019acc\u00e9l\u00e9rer leur mise en \u0153uvre. Les 3\u20444 restants (soit 15 MT) devront \u00eatre couverts par l\u2019injection d\u2019hydrog\u00e8ne dans le r\u00e9seau de gaz (potentiel de 1 \u00e0 3 MT), la transformation d\u2019hydrog\u00e8ne en \u00e9lectricit\u00e9 (arbitrages gaz \/ \u00e9lectricit\u00e9, \u00ab co-firing \u00bb dans les centrales thermiques), les potentiels dans la sid\u00e9rurgie (plusieurs millions de tonnes) et par un d\u00e9ploiement ambitieux de l\u2019hydrog\u00e8ne dans les transports qui pr\u00e9sente le principal autre d\u00e9bouch\u00e9, notamment dans les transports intensifs et lourds. A long terme, ces segments des transports qui sont difficilement convertibles \u00e0 l\u2019\u00e9lectrique par batterie pourraient n\u00e9cessiter pr\u00e8s de 30 MT d\u2019hydrog\u00e8ne. <\/p>\n\n\n\n Dans ce contexte, le projet de r\u00e8glementation europ\u00e9enne sur les transports, AFIR (Alternative Fuel Infrastructure Regulation), qui pr\u00e9voit un d\u00e9ploiement minimum imp\u00e9ratif pour les grandes infrastructures de recharge alternatives (bornes de recharge \u00e9lectriques, stations hydrog\u00e8ne et gaz naturel comprim\u00e9 & LNG), en discussion entre les \u00c9tats membres depuis plus d\u2019un an vient enfin d\u2019atteindre un consensus, sur un chiffrage qui reste insuffisant mais permet de d\u00e9marrer. Il est fondamental qu\u2019il soit mis en \u0153uvre d\u00e8s aujourd\u2019hui pour ces trois fili\u00e8res qui sont compl\u00e9mentaires.<\/p>\n\n\n Les clefs d’un monde cass\u00e9.<\/p>\n Du centre du globe \u00e0 ses fronti\u00e8res les plus lointaines, la guerre est l\u00e0. L\u2019invasion de l\u2019Ukraine par la Russie de Poutine nous a frapp\u00e9s, mais comprendre cet affrontement crucial n’est pas assez.<\/p>\n Notre \u00e8re est travers\u00e9e par un ph\u00e9nom\u00e8ne occulte et structurant, nous proposons de l\u2019appeler : guerre \u00e9tendue.<\/p>\n\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\tProduire de l\u2019hydrog\u00e8ne d\u00e9carbon\u00e9 en Europe et en France <\/strong><\/h2>\n\n\n\n
Renforcer les infrastructures de production d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 d\u00e9carbon\u00e9e <\/strong><\/h2>\n\n\n\n
Importer ce qui n\u2019est pas accessible en Europe en faisant de la France un carrefour des \u00e9nergies vertes et bas-carbone <\/strong><\/h2>\n\n\n\n
Pr\u00e9parer les infrastructures de distribution <\/strong><\/h2>\n\n\n\n