{"id":190720,"date":"2023-07-08T12:07:37","date_gmt":"2023-07-08T10:07:37","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=190720"},"modified":"2024-04-05T19:11:35","modified_gmt":"2024-04-05T17:11:35","slug":"redefinir-la-mondialisation-par-morris-chang","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2023\/07\/08\/redefinir-la-mondialisation-par-morris-chang\/","title":{"rendered":"Red\u00e9finir la mondialisation, par Morris Chang"},"content":{"rendered":"\n
Morris Chang<\/a> (\u5f35\u5fe0\u8b00, 1931-) est peut-\u00eatre l\u2019une des figures les plus importantes et les moins connues de la mondialisation. Homme d’affaires ta\u00efwanais, il est l\u2019un des acteurs historiques de l\u2019industrie des semi-conducteurs dans le monde, en tant que fondateur de la plus grande fabless<\/em> de semi-conducteurs dans le monde TSMC (Taiwan Semiconductor Manufacturing Company) et vice-pr\u00e9sident de Texas Instruments (TI), g\u00e9ant am\u00e9ricain des semi-conducteurs dans lequel il a fait carri\u00e8re pendant 25 ans. Le succ\u00e8s de TSMC \u00e9tait d\u2019abord fond\u00e9 sur une croyance dans cette \u00ab mondialisation heureuse et sans fronti\u00e8re \u00bb, bas\u00e9e sur une division internationale du travail qui a permis le d\u00e9veloppement de cet \u00e9cosyst\u00e8me fabless<\/em> \u2014 sans fabrication \u2014 qui induit n\u00e9cessairement une confiance entre tous les maillons de la cha\u00eene d\u2019approvisionnement. Dans nos pages, Alessandro Aresu a consacr\u00e9 \u00e0 Chang et \u00e0 TSMC un long portrait<\/a>.<\/p>\n\n\n\n Pour Morris Chang, cette mondialisation 3.0 \u2014 marqu\u00e9e par le bouleversement historique majeur du milieu du XX\u00e8me si\u00e8cle que fut la d\u00e9colonisation et qui d\u00e9place la focale de l\u2019Europe vers les pays non-occidentaux \u2014 aurait pu faire les affaires de son entreprise, \u00e0 travers un capitalisme lib\u00e9rale qui aurait permis une interconnexion croissante entre les acteurs et une int\u00e9gration \u00e9conomique entre les pays. En crise, ce syst\u00e8me qui devait marquer la fin des fronti\u00e8res est remis en cause par la concurrence des capitalismes politiques entre les syst\u00e8mes chinois et \u00e9tasunien<\/a>.<\/p>\n\n\n\n La guerre \u00e9conomique et technologique, qui engage les \u00c9tats-Unis \u00e0 travers le m\u00e9canisme de sanctions violentes, a mis en \u00e9vidence un changement de paradigme dont Morris Chang a conscience. Dans son commentaire sur l\u2019affaire Huawei, il d\u00e9clare que le libre-\u00e9change est d\u00e9sormais assorti de \u00ab conditions \u00bb. On observe alors une r\u00e9surgence de grandes mesures industrielles protectionnistes \u2014 l\u2019IRA am\u00e9ricain par exemple \u2014 et de grandes politiques industrielles visant \u00e0 accompagner les entreprises \u2014 dont un exemple porteur sont les Nouvelles routes de la soie lanc\u00e9es en 2013 par la Chine.<\/p>\n\n\n\n C\u2019est tout l\u2019objet de ce discours clef du fondateur de TSMC, prononc\u00e9 le mardi 4 juillet devant l’Association nationale chinoise de l’industrie et du commerce de Ta\u00efwan (CNAIC), et qui vient parachever sa r\u00e9flexion entam\u00e9e en d\u00e9cembre dernier, lorsqu\u2019il d\u00e9clarait que la mondialisation et le libre-\u00e9change \u00e9taient \u00ab presque morts \u00bb. Morris Chang met ici en lumi\u00e8re une nouvelle d\u00e9finition, antith\u00e9tique au sens originel de la mondialisation, bas\u00e9e sur le libre \u00e9change des marchandises, des capitaux et des personnes. <\/p>\n\n\n\n Chang propose un nouveau cadre, qui prend acte des contraintes politiques de la rivalit\u00e9 sino-am\u00e9ricaine, et des liens intrins\u00e8ques, \u00e9vidents, entre les technologies \u2014 dont les semi-conducteurs sont une des clefs de la guerre \u00e9conomique et technologique entre P\u00e9kin et Washington \u2014 et la s\u00e9curit\u00e9 nationale. Conscient de cela, Xi Jinping exposait dans un discours fondateur en 2016<\/a> que la n\u00e9cessit\u00e9 pour le Parti \u00e9tait d\u2019int\u00e9grer les technologies au c\u0153ur du mod\u00e8le \u00e9conomique et s\u00e9curitaire de P\u00e9kin \u2014 et \u00ab d’attaquer les cols strat\u00e9giques \u00bb de l’innovation.<\/p>\n\n\n\n Bonjour \u00e0 tous ! Je suis tr\u00e8s heureux que l’Association pour la promotion de l’industrie et du commerce m’ait invit\u00e9 \u00e0 faire un discours aujourd’hui, m\u00eame si elle ne m\u2019a pas donn\u00e9 de titre. Bien que nous parlions de la mondialisation depuis des d\u00e9cennies, il y a eu beaucoup de changements r\u00e9cemment, c’est pourquoi je voudrais parler de la mondialisation aujourd’hui. Je parlerai d’abord de l’histoire de la mondialisation, puis des avantages et des inconv\u00e9nients de la mondialisation pour le monde et l’humanit\u00e9 au cours des derni\u00e8res d\u00e9cennies, puis des changements survenus dans la mondialisation ces derni\u00e8res ann\u00e9es, et enfin, je ferai une pr\u00e9diction audacieuse sur l’avenir de la mondialisation.<\/p>\n\n\n\n Voici le titre de mon discours : \u00ab Red\u00e9finir la mondialisation \u00bb.<\/p>\n\n\n\n En ce qui concerne la d\u00e9finition th\u00e9orique de la mondialisation, j’ai r\u00e9cemment lu le livre d’Alan Greenspan sur la mondialisation. Alan Greenspan a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sident de la R\u00e9serve f\u00e9d\u00e9rale am\u00e9ricaine pendant 20 ans, de 1987 \u00e0 2006. \u00c0 Ta\u00efwan, il y a \u00e9galement un chef de banque centrale qui est en poste depuis 20 ans, et c’est Peng Huainan. Apr\u00e8s avoir quitt\u00e9 ses fonctions en 2006, Alan Greenspan a \u00e9crit ses m\u00e9moires, dans lesquelles il a involontairement d\u00e9fini la mondialisation, \u00e0 travers la d\u00e9finition de la mondialisation qu’il utilisait lorsqu’il \u00e9tait pr\u00e9sident de la R\u00e9serve f\u00e9d\u00e9rale. Sa d\u00e9finition \u00e9tait simple : poursuivre des int\u00e9r\u00eats commerciaux et supporter des risques commerciaux sans tenir compte des fronti\u00e8res nationales, c’est-\u00e0-dire permettre \u00e0 des unit\u00e9s commerciales ou \u00e0 des individus de poursuivre des int\u00e9r\u00eats commerciaux et de supporter des risques commerciaux sans tenir compte des fronti\u00e8res nationales.<\/p>\n\n\n\n L\u2019ouvrage d\u2019Alan Greenspan dont il est question ici est The Age of Turbulence : Adventures in a New World,<\/em> publi\u00e9 en 2007. Dans son livre, l\u2019ancien pr\u00e9sident de la Fed \u00e9crivait : \u00ab l’ouverture des fronti\u00e8res \u00e0 la main-d’\u0153uvre qualifi\u00e9e du monde entier doit figurer en t\u00eate des priorit\u00e9s politiques dans une \u00e9conomie globale \u00bb. <\/p>\n\n\n\n Comme l’a dit Alan Greenspan, chacun a sa maison et sa patrie. Vous ne pouvez pas attendre d’un homme d’affaires ou d’un entrepreneur qu’il se d\u00e9veloppe dans un autre pays ou un autre lieu aussi bien que dans son pays d’origine. En fait, ce n’est pas la m\u00eame chose. Mais il y a une dizaine d’ann\u00e9es, c’\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 le niveau le plus \u00e9lev\u00e9 de la mondialisation.<\/p>\n\n\n\n Il y a deux autres livres, publi\u00e9s en 2005 et 2002, qui sont tous deux des best-sellers et dont les auteurs sont bien connus. L’un est The World is Flat<\/em>, de Thomas Friedman, qui conclut que le monde est devenu plus mondialis\u00e9 qu’il ne l’a jamais \u00e9t\u00e9 \u2014 et il a l’audace d’affirmer avec optimisme que le monde est plat. Le livre \u00e9tait \u00e9galement sous-titr\u00e9 \u00ab Br\u00e8ve histoire du XXIe si\u00e8cle \u00bb. Il a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit en 2005, cinq ans seulement apr\u00e8s le d\u00e9but du XXIe si\u00e8cle, tout comme Francis Fukuyama qui affirmait dans les ann\u00e9es 1990 que \u00ab l’histoire \u00e9tait finie \u00bb, que la d\u00e9mocratie et le march\u00e9 libre \u00e9taient la fin de l’histoire. Trente ann\u00e9es se sont \u00e9coul\u00e9es depuis, et Fukuyama d\u00e9fend son affirmation depuis 30 ans. Il y a aussi Joseph E. Stiglitz, qui a \u00e9crit en 2002 un livre intitul\u00e9 Globalisation and Its Discontents<\/em>. Ce livre a une plus grande valeur historique car il y mentionne aussi les mauvais aspects de la mondialisation.<\/p>\n\n\n\n Pour revenir \u00e0 l’histoire, voici la proposition de Thomas Friedman. La mondialisation 1.0 s’est d\u00e9roul\u00e9e entre 1492 et 1800, lorsque Christophe Colomb a d\u00e9couvert le Nouveau Monde, ce qui a marqu\u00e9 le d\u00e9but de la mondialisation. La mondialisation 1.0 et la mondialisation 2.0 ont \u00e9t\u00e9 men\u00e9es par les pays europ\u00e9ens et am\u00e9ricains, d’abord par la d\u00e9couverte du Nouveau Monde par Colomb, puis par le d\u00e9veloppement des Am\u00e9riques par l’Espagne et le Portugal. Mais depuis 2000, la mondialisation 3.0 est le fait de pays non occidentaux et de non-Blancs. Tels sont les arguments de Friedman, et je les approuve.<\/p>\n\n\n\n Pour Morris Chang qui reprend les arguments de Friedman, \u00e0 la diff\u00e9rence des deux pr\u00e9c\u00e9dentes mondialisations qui furent l’\u0153uvre des pays europ\u00e9ens et am\u00e9ricains, la mondialisation 3.0 est marqu\u00e9e par le bouleversement historique majeur du milieu du XX\u00e8me si\u00e8cle que fut la d\u00e9colonisation, et qui marque l\u2019\u00e9mancipation politique des pays non-occidentaux face aux colonisateurs des pays occidentaux. Cette mondialisation 3.0 replace donc ces pays non-occidentaux au centre des bouleversements du monde, et doit inciter \u00e0 un changement d\u2019\u00e9chelle beaucoup moins europ\u00e9ocentr\u00e9. <\/p>\n\n\n\n Friedman a \u00e9galement list\u00e9 dix raisons pour lesquelles le monde serait plat, l’une d’entre elles \u00e9tant la chute du mur de Berlin et l’autre l’entr\u00e9e en bourse de Netscape \u2014 une soci\u00e9t\u00e9 qui est entr\u00e9e en bourse en 1994 pour autant que je m’en souvienne. Supposons que je me rende \u00e0 New York en octobre, que je vive \u00e0 Ta\u00efwan depuis pr\u00e8s de 40 ans, que j’aille \u00e0 New York des dizaines de fois au cours de ces 40 ann\u00e9es et qu’avant d’avoir acc\u00e8s \u00e0 la navigation sur Internet, chaque fois que je me rendais \u00e0 New York, je voulais \u00e9couter l’orchestre philharmonique de New York, comment pouvais-je savoir ce qu’il allait jouer ? Je demandais \u00e0 mon ami \u00e0 New York de me le dire, et il l’apprenait par le journal local. Et je lui demandais de me r\u00e9server un restaurant. C’est ce que je lui demandais, mais aujourd’hui, je n’ai plus besoin de le faire, je peux le faire en ligne.<\/p>\n\n\n\n La chute du mur de Berlin \u00e9tait un \u00e9v\u00e9nement g\u00e9opolitique, mais \u00e0 part cela, les neuf autres raisons \u00e9taient toutes li\u00e9es \u00e0 la technologie. En outre, lorsque la Chine a rejoint l’OMC en 2001, Ta\u00efwan a \u00e9galement adh\u00e9r\u00e9 : le jour suivant l’adh\u00e9sion de la Chine \u00e0 l’OMC, Ta\u00efwan a rejoint. Cela devrait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un \u00e9v\u00e9nement g\u00e9opolitique. C’est-\u00e0-dire non seulement la chute du mur de Berlin, mais aussi l’adh\u00e9sion de la Chine \u00e0 l’OMC.<\/p>\n\n\n\n Cette mondialisation 3.0 en laquelle Morris Chang croit se caract\u00e9rise par une interconnexion croissante et une int\u00e9gration \u00e9conomique entre les pays, ainsi que par le d\u00e9veloppement des infrastructures et la r\u00e9volution num\u00e9rique. Contrairement \u00e0 ce que pouvait laisser sugg\u00e9rer une forme de capitalisme lib\u00e9ral, les acteurs priv\u00e9s et publics prennent conscience que les d\u00e9fis mondiaux les lient entre eux, que ce soit sur les sujets de la transition \u00e9cologique et num\u00e9rique ou les besoins en infrastructures et en innovation. On observe donc une r\u00e9surgence des politiques industrielles visant \u00e0 accompagner les entreprises \u2014 dont un exemple marquant sont les Nouvelles routes de la soie lanc\u00e9es en 2013 et qui visent \u00e0 renforcer la connectivit\u00e9 entre la Chine et le reste du monde au moyen d\u2019infrastructures.<\/p>\n\n\n\n Quel sera le r\u00e9sultat de la mondialisation d’ici 2020 ? Presque tous les pays ont fait de grands progr\u00e8s en mati\u00e8re de niveau de vie \u2014 les \u00c9tats-Unis, l’Europe, le Japon \u2014 presque tous ont fait de grands progr\u00e8s. Mais il y a aussi des aspects n\u00e9gatifs, comme la concentration des revenus et des richesses, dont j’ai fait l’exp\u00e9rience. Dans les ann\u00e9es 1980 et avant, les PDG des grandes entreprises, telles qu’IBM, GE et General Motors, gagnaient environ 40 fois plus que leurs employ\u00e9s subalternes, salaires et primes compris. Aujourd’hui, dans les grandes entreprises, nous ne parlons pas des patrons, mais seulement des cadres professionnels, dont les salaires et les primes sont environ 400 fois plus \u00e9lev\u00e9s que ceux des travailleurs de base.<\/p>\n\n\n\n Il y a quarante ans, le revenu du PDG \u00e9tait 40 fois sup\u00e9rieur \u00e0 celui du personnel subalterne, mais aujourd’hui, il est 400 fois sup\u00e9rieur \u00e0 celui du personnel subalterne. C’est parce que la technologie a acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 la mondialisation, comme je l’ai mentionn\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment, et qu’elle a \u00e9galement rendu les entreprises plus grandes.<\/p>\n\n\n\n Chang reprend ici l\u2019argument de la mondialisation \u00e9conomique et de ses in\u00e9galit\u00e9s qui fait des \u00ab gagnants \u00bb \u2014 les grandes entreprises \u2014 face aux \u00ab nombreux perdants \u00bb \u2014 les travailleurs, les citoyens, voire les gouvernements qui r\u00e9clament d\u00e9sormais plus de s\u00e9curit\u00e9 nationale.<\/p>\n\n\n\n J’ai v\u00e9cu une histoire similaire lorsque j’\u00e9tais chez Texas Instruments (TI) : le PDG avait invit\u00e9 les 100 principaux employ\u00e9s \u00e0 une r\u00e9union en 1972 dans un h\u00f4tel de luxe, alors que TI comptait d\u00e9j\u00e0 50 000 \u00e0 60 000 employ\u00e9s. Ces 100 personnes \u00e9taient dispers\u00e9es dans le monde entier et devaient toutes se r\u00e9unir pour une r\u00e9union du comit\u00e9 de direction, ce qui prenait environ une semaine. Le PDG a dit que l’entreprise vous offrait un plan de patrimoine dans une hypoth\u00e8se selon laquelle l’action de TI augmenterait de 10 % chaque ann\u00e9e. Malheureusement, cette hypoth\u00e8se ne s’est pas concr\u00e9tis\u00e9e. Mais ce fut une bonne ann\u00e9e pour TI et tout le monde \u00e9tait tr\u00e8s optimiste, surtout lorsque nous avons entendu le PDG dire que l’ensemble de l’entreprise avait planifi\u00e9 votre retraite, ce qui \u00e9tait tr\u00e8s excitant.<\/p>\n\n\n\n Pour plus de d\u00e9tails sur le parcours de Morris Chang, entre Taipei et Washington, nous vous recommandons son portrait<\/a> dans la s\u00e9rie \u00ab Capitalismes politiques en guerre \u00bb.<\/p>\n\n\n\n Le PDG a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s honn\u00eate et a dit que la premi\u00e8re personne prendrait sa retraite avec 16 millions de dollars et que la deuxi\u00e8me personne aurait beaucoup moins. J’ai \u00e9t\u00e9 troisi\u00e8me dans l’entreprise pendant quelques ann\u00e9es, et si je n’avais pas \u00e9t\u00e9 promu et que je n’avais pas pris ma retraite, dans 20 ans, j’aurais re\u00e7u environ 8 millions de dollars. J’aurais re\u00e7u environ 8 millions de dollars alors que les 100 premiers auraient re\u00e7u environ 250 000 dollars. \u00c0 l’\u00e9poque, la prime de retraite du premier laur\u00e9at \u00e9tait de 16 millions de dollars ; aujourd’hui, le PDG peut gagner 16 millions de dollars par mois.<\/p>\n\n\n\n Un autre exemple : une grande partie de l’industrie manufacturi\u00e8re des \u00c9tats-Unis est partie \u00e0 l’\u00e9tranger, surtout en Asie, surtout sans protection syndicale. Il n’y a plus de fabrication am\u00e9ricaine, plus d’acier, plus de voitures, et c’est ce que le pr\u00e9sident des \u00c9tats-Unis tente de r\u00e9soudre. En d\u00e9cembre de l’ann\u00e9e derni\u00e8re, le pr\u00e9sident Biden a d’abord remerci\u00e9 TSMC, mais il a imm\u00e9diatement chang\u00e9 de sujet et d\u00e9clar\u00e9 : \u00ab Nous voulons c\u00e9l\u00e9brer le retour des emplois manufacturiers aux \u00c9tats-Unis \u00bb, ce qui correspond \u00e0 ce que je viens de dire au cours des derni\u00e8res d\u00e9cennies, avec la tendance \u00e0 la mondialisation, ils ont perdu des emplois manufacturiers aux \u00c9tats-Unis. Joe Biden a d\u00e9clar\u00e9 que \u00ab les \u00c9tats-Unis sont de retour \u00bb, ce que j’ai trouv\u00e9 un peu dur.<\/p>\n\n\n\n Le discours auquel fait r\u00e9f\u00e9rence Chang ici est celui du 6 d\u00e9cembre 2022 dans le contexte de la c\u00e9r\u00e9monie d\u2019installation du premier \u00e9quipement de l\u2019usine TSMC, \u00e0 Phoenix, aux \u00c9tats-Unis. De nombreux chefs de grandes entreprises des semi-conducteurs \u00e9taient pr\u00e9sents. Dans son discours, Chang revient sur son r\u00eave \u00ab qui tourna au cauchemar \u00bb dans les ann\u00e9es 1980, lorsqu\u2019Il prit la d\u00e9cision d\u2019installer son entreprise aux \u00c9tats-Unis en mettant en cause \u00ab des probl\u00e8mes de co\u00fbts, des probl\u00e8mes de personnes et des probl\u00e8mes culturels \u00bb. <\/p>\n\n\n\n Le mauvais c\u00f4t\u00e9 de la mondialisation est le sentiment d’in\u00e9galit\u00e9 entre les personnes et les pays. En bref, m\u00eame si la mondialisation est bonne pour vous, vous avez tendance \u00e0 penser qu’elle est injuste et que vos voisins b\u00e9n\u00e9ficient de plus d’avantages ; il en va de m\u00eame entre les pays.<\/p>\n\n\n\n Graham Allison est un professeur \u00e0 Harvard qui a \u00e9crit un livre en 2017. C’est un professeur tr\u00e8s c\u00e9l\u00e8bre de la Harvard Kennedy School of Government, et il a une classe d’\u00e9tudiants en doctorat depuis cinq ou six ans maintenant. C’est ce que cette classe \u00e9tudiait.<\/p>\n\n\n Les clefs d’un monde cass\u00e9.<\/p>\n Du centre du globe \u00e0 ses fronti\u00e8res les plus lointaines, la guerre est l\u00e0. L\u2019invasion de l\u2019Ukraine par la Russie de Poutine nous a frapp\u00e9s, mais comprendre cet affrontement crucial n’est pas assez.<\/p>\n Notre \u00e8re est travers\u00e9e par un ph\u00e9nom\u00e8ne occulte et structurant, nous proposons de l\u2019appeler : guerre \u00e9tendue.<\/p>\n\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t