{"id":189281,"date":"2023-06-25T12:57:22","date_gmt":"2023-06-25T10:57:22","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=189281"},"modified":"2023-08-21T17:14:17","modified_gmt":"2023-08-21T15:14:17","slug":"le-conflit-lethique-la-guerre-lhonneur-valeurs-de-cormac-mccarthy","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2023\/06\/25\/le-conflit-lethique-la-guerre-lhonneur-valeurs-de-cormac-mccarthy\/","title":{"rendered":"Le conflit, l’\u00e9thique, la guerre, l’honneur : valeurs de Cormac McCarthy"},"content":{"rendered":"\n
Mon premier livre de Cormac McCarthy \u00e9tait La Route<\/em>. Je l’ai lu pendant la pand\u00e9mie, lors du deuxi\u00e8me confinement. Je ne suis pas un lecteur syst\u00e9matique. Au milieu des myriades d\u2019essais qui rythment mon travail quotidien, je lis des romans sans aucun fil conducteur, m\u00e9langeant les genres et les \u00e9poques. Pourtant, et alors que je connaissais \u00e0 peine le nom de cet \u00e9crivain am\u00e9ricain lorsque je l\u2019ai commenc\u00e9 \u2014 il ne faut jamais s\u2019\u00e9tonner de sa propre ignorance \u2014, j’ai lu l’ensemble de son \u0153uvre en moins de trois ans. Je suis un amateur et je n’ai donc aucune pr\u00e9tention critique, je voudrais simplement rendre hommage \u00e0 un grand \u00e9crivain, qui \u00e9tait sans doute plus qu’un \u00e9crivain : un classique assur\u00e9ment, et peut-\u00eatre l’un des grands humanistes de notre \u00e9poque. <\/p>\n\n\n\n La Route <\/em>se d\u00e9roule dans un monde post-apocalyptique, racontant le voyage d’un p\u00e8re et de son fils dans un monde d\u00e9vast\u00e9 et terrifiant. Je l’ai lu alors que mon fils n’avait que quelques mois ; ma femme me l’avait offert pendant que nous \u00e9tions clo\u00eetr\u00e9s chez nous \u00e0 cause d’un virus meurtrier et d\u00e9vastateur. C’est peut-\u00eatre pour toutes ces raisons que je me suis attach\u00e9 \u00e0 McCarthy. Mais au-del\u00e0 des contingences, d\u00e8s cette premi\u00e8re rencontre litt\u00e9raire, c’est l’esprit biblique et la puissance de sa prose qui ont retenu toute mon attention. Cormac nous plonge d’embl\u00e9e dans la solennit\u00e9 et la confrontation avec l’infini.<\/p>\n\n\n\n \u00ab Je te parlerai tous les jours, chuchotait-il. Et je n\u2019oublierai pas. Quoi qu\u2019il arrive. Puis il se releva et fit demi-tour et retourna sur la route. La femme quand elle le vit l\u2019entoura de ses bras et le serra contre elle. Oh, dit-elle, je suis si contente de te voir. Elle lui parlait quelquefois de Dieu. Il essayait de parler \u00e0 Dieu mais le mieux c\u2019\u00e9tait de parler \u00e0 son p\u00e8re et il lui parlait vraiment et il n\u2019oubliait pas. La femme disait que c\u2019\u00e9tait bien. Elle disait que le souffle de Dieu \u00e9tait encore le souffle de son p\u00e8re bien qu\u2019il passe d\u2019une cr\u00e9ature humaine \u00e0 une autre au fil des temps \u00e9ternels. Autrefois il y avait des truites de torrent dans les montagnes. On pouvait les voir immobiles dress\u00e9es dans le courant couleur d\u2019ambre o\u00f9 les bordures blanches de leurs nageoires ondulaient doucement au fil de l\u2019eau. Elles avaient un parfum de mousse quand on les prenait dans la main. Lisses et muscl\u00e9es et \u00e9lastiques. Sur leur dos il y avait des dessins en pointill\u00e9 qui \u00e9taient des cartes du monde en son devenir. Des cartes et des labyrinthes. D\u2019une chose qu\u2019on ne pourrait pas refaire. Ni r\u00e9parer. Dans les vals profonds qu\u2019elles habitaient toutes les choses \u00e9taient plus anciennes que l\u2019homme et leur murmure \u00e9tait de myst\u00e8re. \u00bb <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span><\/p>\n\n\n\n Le souffle de Melville, les concepts de Flannery O’Connor, le toucher stylistique de William Faulkner. Il n’y a pas de fioritures chez McCarthy, qui est aussi sec, dur et essentiel que le sont les classiques. Il ne traite dans ses romans que des questions fondamentales comme, la relation entre l’homme et la nature, ou entre l’homme et la catastrophe. <\/p>\n\n\n\n \u00ab \u00c7a va ? dit-il. Le petit opina de la t\u00eate. Puis ils repartirent le long du macadam dans la lumi\u00e8re couleur m\u00e9tal de fusil, pataugeant dans la cendre, chacun tout l\u2019univers de l\u2019autre. \u00bb <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span><\/p>\n\n\n\n Pour nous autres politologues, qui trouvons un esprit burk\u00e9en \u00e0 ses romans, il parle aussi de la libert\u00e9 humaine et de ses limites naturelles, des liens que l\u2019homme entretient avec le pass\u00e9, de la force des institutions, d\u2019une connaissance humaine toujours ind\u00e9finie et limit\u00e9e. <\/p>\n\n\n\n \u00ab Chacun cherche sa propre destin\u00e9e et aucune autre, dit le juge. Bon gr\u00e9 mal gr\u00e9. En fin de compte quiconque pourrait y d\u00e9couvrir son propre destin et donc choisir une direction oppos\u00e9e arriverait fatalement au m\u00eame r\u00e9sultat, \u00e0 la m\u00eame heure fix\u00e9e d\u2019avance, car la destin\u00e9e de tout homme est aussi vaste que le monde qu\u2019il habite et contient en elle tous ses contraires. Ce d\u00e9sert sur lequel tant d\u2019hommes sont venus se briser est immense et exige de l\u2019homme un grand c\u0153ur mais finalement il est vide aussi. Il est cruel. Il est st\u00e9rile. Sa vraie nature est la pierre. \u00bb <\/span>3<\/sup><\/a><\/span><\/span><\/p>\n\n\n Les clefs d’un monde cass\u00e9.<\/p>\n Du centre du globe \u00e0 ses fronti\u00e8res les plus lointaines, la guerre est l\u00e0. L\u2019invasion de l\u2019Ukraine par la Russie de Poutine nous a frapp\u00e9s, mais comprendre cet affrontement crucial n’est pas assez.<\/p>\n Notre \u00e8re est travers\u00e9e par un ph\u00e9nom\u00e8ne occulte et structurant, nous proposons de l\u2019appeler : guerre \u00e9tendue.<\/p>\n\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t