{"id":188170,"date":"2023-06-14T07:00:00","date_gmt":"2023-06-14T05:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=188170"},"modified":"2023-06-14T16:13:00","modified_gmt":"2023-06-14T14:13:00","slug":"construire-la-securite-economique-de-leurope","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2023\/06\/14\/construire-la-securite-economique-de-leurope\/","title":{"rendered":"Construire la s\u00e9curit\u00e9 \u00e9conomique de l\u2019Europe"},"content":{"rendered":"\n
La recherche d\u2019une plus grande s\u00e9curit\u00e9 \u00e9conomique est devenue une priorit\u00e9 pour \u00e0 peu pr\u00e8s tout le monde. Le r\u00e9cent sommet du G7 \u00e0 Hiroshima, au Japon, vient d\u2019apporter une nouvelle confirmation de l\u2019importance croissante accord\u00e9e \u00e0 cette notion, qui a \u00e9t\u00e9 l’un des principaux sujets de discussion. Le communiqu\u00e9 final le refl\u00e8te, qui contient une section consacr\u00e9e \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 et \u00e0 la r\u00e9silience \u00e9conomiques <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n Cette double mention est un t\u00e9moignage des divergences de vues au sein du G7. Certains des membres du club ne sont pas \u00e0 l’aise avec le concept de s\u00e9curit\u00e9 \u00e9conomique et lui pr\u00e9f\u00e8rent l’alternative de la r\u00e9silience \u00e9conomique. Le m\u00eame probl\u00e8me se pose souvent lorsqu’on aborde les questions de s\u00e9curit\u00e9 des cha\u00eenes d’approvisionnement, \u00e0 laquelle certains acteurs pr\u00e9f\u00e8rent la notion de r\u00e9silience des cha\u00eenes d’approvisionnement. La g\u00eane et le manque de clart\u00e9 sont compr\u00e9hensibles car, en l’espace de quelques ann\u00e9es, la s\u00e9curit\u00e9 \u00e9conomique est pass\u00e9e du statut de tabou dans une \u00e9conomie mondialement ouverte \u00e0 celui d’\u00e9l\u00e9ment central de l’\u00e9laboration des politiques nationales et internationales<\/a>. L’absence de d\u00e9finition de ce que les sept pays entendent par s\u00e9curit\u00e9 \u00e9conomique t\u00e9moigne d’un certain degr\u00e9 d’incertitude quant \u00e0 sa nature et \u00e0 sa signification pour les diff\u00e9rents acteurs.<\/p>\n\n\n\n Ces questionnements et divergences sont encore amplifi\u00e9s dans le d\u00e9bat europ\u00e9en. En effet, la s\u00e9curit\u00e9 \u00e9conomique se b\u00e2tit sur deux lignes de failles continentales. La premi\u00e8re est la division nette, et aujourd’hui clairement d\u00e9pass\u00e9e, entre l’\u00e9conomie, qui rel\u00e8ve largement de la comp\u00e9tence de l’Union, et la s\u00e9curit\u00e9, qui reste du ressort des \u00c9tats membres. Pour l’Union et ses \u00c9tats membres, la s\u00e9curit\u00e9 \u00e9conomique cr\u00e9e une difficult\u00e9 structurelle qui s’ajoute \u00e0 la difficult\u00e9 conceptuelle \u00e0 laquelle tous les autres acteurs sont confront\u00e9s. C\u2019est un casse-t\u00eate que les d\u00e9bats en cours sur l’octroi \u00e0 la Commission de comp\u00e9tences accrues en mati\u00e8re de contr\u00f4le des exportations et de contr\u00f4le des investissements directs \u00e9trangers peuvent contribuer \u00e0 r\u00e9soudre, mais non sans difficult\u00e9s. Le probl\u00e8me structurel n’appara\u00eet pas exclusivement dans la division entre Bruxelles et les \u00c9tats membres, mais aussi dans celle entre les diff\u00e9rentes institutions, directions g\u00e9n\u00e9rales et unit\u00e9s. Des unit\u00e9s d\u00e9di\u00e9es \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 \u00e9conomique apporteraient une solution viable, bien que partielle, \u00e0 cette derni\u00e8re ligne de partage.<\/p>\n\n\n\n Pour l’Union et ses \u00c9tats membres, la s\u00e9curit\u00e9 \u00e9conomique cr\u00e9e une difficult\u00e9 structurelle qui s’ajoute \u00e0 la difficult\u00e9 conceptuelle \u00e0 laquelle tous les autres acteurs sont confront\u00e9s. <\/p>Francesca Ghiretti<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n L’autre ligne de faille s\u00e9pare les \u00c9tats-membres : il s\u2019agit de la diff\u00e9rence permanente de points de vue et d’int\u00e9r\u00eats entre les 27 \u00c9tats membres, pour lesquels m\u00eame la s\u00e9curit\u00e9 nationale rev\u00eat des significations diff\u00e9rentes, sans parler d’un nouveau concept tel que la s\u00e9curit\u00e9 \u00e9conomique. Par exemple, les \u00c9tats membres envisagent diff\u00e9remment la relation entre l’absence de r\u00e8gles du jeu \u00e9quitables (level-playing field<\/em>) et la question de la r\u00e9silience. Certains \u00c9tats membres insistent sur la n\u00e9cessit\u00e9 de traiter les deux comme des questions distinctes qui n\u00e9cessitent des r\u00e9ponses diff\u00e9rentes. D’autres consid\u00e8rent que les d\u00e9fis en mati\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9 \u00e9conomique auxquels l’Europe se retrouve confront\u00e9e rapprochent ces deux aspects. Les restrictions impos\u00e9es en mati\u00e8re d\u2019acc\u00e8s au march\u00e9 chinois ont ainsi traditionnellement \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9es comme une question relevant du programme d’\u00e9galisation des conditions de concurrence. L’accord global sur les investissements (CAI) officiellement conclu entre l’Union et la Chine en 2020 visait \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 cette probl\u00e9matique <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span>. <\/p>\n\n\n\n Toutefois, les restrictions impos\u00e9es au march\u00e9 chinois peuvent rapidement cr\u00e9er des risques en mati\u00e8re de r\u00e9silience, et ce pour deux raisons. La premi\u00e8re est l’ouverture et la fermeture relativement arbitraires et parfois soudaines de zones et de secteurs du march\u00e9 chinois, qui attirent ou repoussent les entreprises \u00e9trang\u00e8res en fonction des besoins. Les entreprises europ\u00e9ennes sont ainsi expos\u00e9es au risque de voir leur part de march\u00e9 se r\u00e9duire sur un march\u00e9 dans lequel elles ont beaucoup investi. La seconde concerne le risque que courent les entreprises europ\u00e9ennes lorsque des accords tels que le CAI leur permettent d’accro\u00eetre leur exposition et souvent leur d\u00e9pendance \u00e0 l’\u00e9gard d’un march\u00e9 qui pourrait ensuite les \u00e9vincer une fois qu’il n\u2019aura plus besoin d’elles. Tous ces \u00e9l\u00e9ments placent les entreprises europ\u00e9ennes non seulement dans une situation d\u00e9savantageuse par rapport aux entreprises chinoises, mais aussi dans une situation qui peut, \u00e0 terme, nuire \u00e0 la prosp\u00e9rit\u00e9 de l’Europe.<\/p>\n\n\n\n Dans son discours sur la Chine prononc\u00e9 le 30 mars, la pr\u00e9sidente de la Commission europ\u00e9enne, Ursula von der Leyen<\/a>, a non seulement annonc\u00e9 que la Commission allait publier une strat\u00e9gie de s\u00e9curit\u00e9 \u00e9conomique de l’Union, mais elle a \u00e9galement identifi\u00e9 quatre piliers pour r\u00e9duire les risques dans les relations avec la Chine : (i) rendre l’Union plus comp\u00e9titive et plus r\u00e9sistante, (ii) mieux utiliser la panoplie existante d’instruments commerciaux, (iii) d\u00e9velopper de nouveaux outils d\u00e9fensifs pour certains secteurs critiques et (iv) s’aligner avec les partenaires <\/span>3<\/sup><\/a><\/span><\/span>. <\/p>\n\n\n Les clefs d’un monde cass\u00e9.<\/p>\n Du centre du globe \u00e0 ses fronti\u00e8res les plus lointaines, la guerre est l\u00e0. L\u2019invasion de l\u2019Ukraine par la Russie de Poutine nous a frapp\u00e9s, mais comprendre cet affrontement crucial n’est pas assez.<\/p>\n Notre \u00e8re est travers\u00e9e par un ph\u00e9nom\u00e8ne occulte et structurant, nous proposons de l\u2019appeler : guerre \u00e9tendue.<\/p>\n\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t