{"id":186575,"date":"2023-05-29T15:36:21","date_gmt":"2023-05-29T13:36:21","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=186575"},"modified":"2023-05-29T15:37:21","modified_gmt":"2023-05-29T13:37:21","slug":"encadrer-les-spectres-politiques-une-conversation-avec-augusto-santos-silva-sur-lavenir-des-parlements","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2023\/05\/29\/encadrer-les-spectres-politiques-une-conversation-avec-augusto-santos-silva-sur-lavenir-des-parlements\/","title":{"rendered":"\u00ab Encadrer les spectres politiques \u00bb, une conversation avec Augusto Santos Silva sur l\u2019avenir des parlements"},"content":{"rendered":"\n
Je crois que le parlementarisme est un axe essentiel de la d\u00e9mocratie europ\u00e9enne et va continuer \u00e0 l’\u00eatre \u2014 parce que nos d\u00e9mocraties sont, essentiellement, des d\u00e9mocraties lib\u00e9rales. Quand bien m\u00eame les r\u00e9gimes politiques sont pr\u00e9sidentialistes stricto sensu<\/em>, le contr\u00f4le et la fonction parlementaire sont des r\u00f4les qui seront certainement pr\u00e9serv\u00e9s<\/p>\n\n\n\n Le Parlement a aussi un r\u00f4le tr\u00e8s important \u00e0 jouer : celui d’encadrer tous les spectres politiques d’un pays. Je dis toujours que je pr\u00e9f\u00e8re que les extr\u00eames soient repr\u00e9sent\u00e9s \u00e0 l’Assembl\u00e9e, plut\u00f4t qu\u2019ils soient hors du Parlement et se montrent dans la rue ; \u00e9videmment les extr\u00eames, tant qu’ils ne sont pas majoritaires, ne peuvent pas commander la vie parlementaire \u2014 et ils doivent \u00eatre combattus sans h\u00e9sitation par les forces mod\u00e9r\u00e9es. Cependant, qu’ils soient \u00e0 l’Assembl\u00e9e est un fait positif \u2014 parce qu’ils permettent aussi d’institutionnaliser la repr\u00e9sentation de ceux qui, pour des raisons tr\u00e8s diff\u00e9rentes, peuvent se sentir ali\u00e9n\u00e9s ou distants des \u00e9lites politiques. Il convient de les \u00e9couter.<\/p>\n\n\n\n Je pr\u00e9f\u00e8re que les extr\u00eames soient repr\u00e9sent\u00e9s \u00e0 l’Assembl\u00e9e, plut\u00f4t qu\u2019ils soient hors du Parlement et se montrent dans la rue<\/p>Augusto Santos SILVA<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Nous avons longtemps cru, moi le premier, que l’explication de l’absence de repr\u00e9sentation politique de l’extr\u00eame droite au Portugal et en Espagne avait une raison historique : dans les deux cas, le XXe si\u00e8cle a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9 par de tr\u00e8s longues dictatures ; leurs d\u00e9mocraties sont r\u00e9centes, et nous pensions que c’\u00e9tait ce qui expliquait que l’extr\u00e9misme ne disposait pas d\u2019une voix politique \u2014 m\u00eame si l\u2019on pouvait trouver dans les rues ou les journaux des repr\u00e9sentations sociales de port\u00e9e raciste, x\u00e9nophobe ou populiste. Tout cela a radicalement chang\u00e9. Nous vivons au Portugal et en Espagne avec cette r\u00e9alit\u00e9 qui ponctue maintenant presque tout le continent : presque tous les pays europ\u00e9ens ont d\u00e9sormais dans leur Parlement des partis politiques qui essayent d’exprimer politiquement cette d\u00e9fiance envers la d\u00e9mocratie. D\u00e9sormais, en Allemagne, en Belgique, aux Pays-Bas ou en Italie, des forces d’extr\u00eame-droite tr\u00e8s puissantes s\u2019installent. Elles sont n\u00e9anmoins diff\u00e9rentes selon les pays : en France, c’est un agenda social qui pr\u00e9domine ; au Portugal, c’est surtout un pr\u00e9jug\u00e9 contre les minorit\u00e9s tziganes ; en Espagne, l\u2019on met au premier plan une lecture de l’histoire r\u00e9cente qui \u00e9pargne le franquisme, ou le d\u00e9crit comme s’il n’\u00e9tait pas une dictature.<\/p>\n\n\n\n Tout cela pose des d\u00e9fis tr\u00e8s complexes, mais surmontables, aux grandes forces du centre : la social-d\u00e9mocratie ou le socialisme d\u00e9mocratique \u00e0 gauche, la d\u00e9mocratie chr\u00e9tienne ou le conservatisme \u00e0 droite. Je crois que les d\u00e9mocrates doivent mener un combat contre les extr\u00eames, parce que la gouvernabilit\u00e9 de nos pays d\u00e9pend de ces deux facteurs crois\u00e9s. Il faut avoir de l’alternance, mais celle-ci doit se jouer au centre du spectre politique : l\u2019hyperpolarisation ne me para\u00eet pas un facteur qui favorise la d\u00e9mocratie.<\/p>\n\n\n\n Nous vivons au Portugal et en Espagne avec cette r\u00e9alit\u00e9 qui ponctue maintenant presque tout le continent : presque tous les pays europ\u00e9ens ont d\u00e9sormais dans leur Parlement des partis politiques qui essayent d’exprimer politiquement cette d\u00e9fiance envers la d\u00e9mocratie.<\/p>Augusto Santos SILVA<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Je ne suis pas optimiste, parce que je crois qu’il faut un renouveau dans les trois grands champs d\u00e9mocratiques en Europe : le champ conservateur ; le champ social d\u00e9mocrate ; et le champ lib\u00e9ral. Des d\u00e9fis complexes \u00e9mergent tandis que se font jour de nouvelles demandes des jeunes g\u00e9n\u00e9rations qui donnent une influence nouvelle \u00e0 des formes non politiques de participation sociale et d’expression. Il faut compter d\u00e9sormais avec de nouvelles participations des ONG au niveau des communaut\u00e9s locales et avec des formes de d\u00e9mocratie participative qu’on doit encadrer. Des ph\u00e9nom\u00e8nes tr\u00e8s nouveaux et tr\u00e8s int\u00e9ressants sont en train de se produire en Europe : par exemple, la relation entre les partis traditionnels de l’apr\u00e8s-guerre et le mouvement \u00e9cologique au moment o\u00f9 les partis verts se rapprochent du centre.<\/p>\n\n\n Les clefs d’un monde cass\u00e9.<\/p>\n Du centre du globe \u00e0 ses fronti\u00e8res les plus lointaines, la guerre est l\u00e0. L\u2019invasion de l\u2019Ukraine par la Russie de Poutine nous a frapp\u00e9s, mais comprendre cet affrontement crucial n’est pas assez.<\/p>\n Notre \u00e8re est travers\u00e9e par un ph\u00e9nom\u00e8ne occulte et structurant, nous proposons de l\u2019appeler : guerre \u00e9tendue.<\/p>\n\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\tLa <\/strong>fin de l’exception ib\u00e9rique<\/strong><\/a> a \u00e9t\u00e9 beaucoup discut\u00e9 en Europe. Ces derni\u00e8res ann\u00e9es ont vu l\u2019\u00e9mergence \u2014 en Espagne surtout, <\/strong>dans une moindre mesure au Portugal<\/strong><\/a> \u2014 de partis ambigus, voire favorables aux dictatures du milieu du XXe si\u00e8cle. Comment comprenez-vous ce ph\u00e9nom\u00e8ne ? <\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Pendant longtemps, la capacit\u00e9 des partis de gauche d\u00e9mocratique et de droite lib\u00e9rale ou de la d\u00e9mocratie chr\u00e9tienne \u00e0 se structurer \u00e0 l’\u00e9chelle continentale \u00e9tait bien sup\u00e9rieure \u00e0 celle des partis nationalistes, qui se pr\u00e9sentaient souvent (d\u00e9s)organis\u00e9s en deux ou trois groupes parlementaires au Parlement europ\u00e9en. Craignez-vous aujourd’hui qu’ils aient appris de leurs erreurs et soient capable de mieux se structurer \u00e0 l’\u00e9chelle europ\u00e9enne ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n