{"id":186445,"date":"2023-06-04T06:00:00","date_gmt":"2023-06-04T04:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=186445"},"modified":"2023-09-08T15:56:42","modified_gmt":"2023-09-08T13:56:42","slug":"voir-naitre-le-fascisme-en-inde","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2023\/06\/04\/voir-naitre-le-fascisme-en-inde\/","title":{"rendered":"Voir na\u00eetre le fascisme en Inde"},"content":{"rendered":"\n

En plein c\u0153ur de New-Delhi, \u00e0 deux pas d\u2019un h\u00f4tel de luxe, se trouve le Dargah de Nizamuddin, un grand sanctuaire soufi du treizi\u00e8me si\u00e8cle au milieu d\u2019un petit bidonville. Je m\u2019y suis rendue tous les vendredis pour \u00e9couter, apr\u00e8s la pri\u00e8re, les chants mystiques des merveilleux musiciens Kawwali <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>. En 1990, mes amis de la famille Nizami, responsable h\u00e9r\u00e9ditaire du sanctuaire, me demand\u00e8rent de venir au sanctuaire avec la voiture diplomatique d\u2019Andr\u00e9 Lewin, mon compagnon, ambassadeur de France, qui arborait un fanion tricolore \u00e0 l\u2019avant-droite. \u00ab \u2026parce qu\u2019avec le drapeau fran\u00e7ais, les policiers n\u2019osent plus nous tirer dessus \u00bb, me dirent-ils.<\/p>\n\n\n\n

Pourquoi les policiers tiraient-ils  ? Parce que Nizamuddin est un centre musulman.<\/p>\n\n\n\n

L\u2019histoire dont je vais t\u00e9moigner d\u00e9signe d\u2019abord l\u2019ennemi, l\u2019envahisseur, le bouc \u00e9missaire  : le muslim<\/em>. Ne vous demandez pas si le racisme hindou ressemble au nazisme allemand  : c\u2019est un fait assum\u00e9, revendiqu\u00e9, conscient, historiquement fond\u00e9. Lors de mes nombreuses missions en Inde, de 1983 \u00e0 1985, j\u2019ai souvent entendu r\u00e9p\u00e9ter les propos de Bal Thackeray, un chef de parti extr\u00e9miste local \u00e0 Mumba\u00ef  : \u00ab Ce que Hitler a fait aux Juifs, nous le ferons aux Musulmans. \u00bb <\/p>\n\n\n\n

Je me disais \u00ab il est cingl\u00e9 \u00bb, mais j\u2019avais tort. Ce racisme officiel venait de loin.<\/p>\n\n\n\n

L\u2019histoire dont je vais t\u00e9moigner d\u00e9signe d\u2019abord l\u2019ennemi, l\u2019envahisseur, le bouc \u00e9missaire  : le muslim<\/em>.<\/p>Catherine Cl\u00e9ment<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

La r\u00e9habilitation de l\u2019assassin du Mahatma Gandhi<\/strong><\/h2>\n\n\n\n

C\u2019est \u00e0 propos du Mahatma Gandhi <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span>, en 1990, que j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 m\u2019inqui\u00e9ter. <\/p>\n\n\n\n

Mohandas KaramChand Gandhi, le grand leader ind\u00e9pendantiste hindou, fut assassin\u00e9 en janvier 1948 \u00e0 New-Delhi par un hindou \u00ab  extr\u00e9miste  \u00bb, Nathuram Gods\u00e9, qui fut pendu l\u2019ann\u00e9e suivante. L\u2019assassin reprochait \u00e0 sa victime d\u2019\u00eatre trop favorable aux musulmans du Pakistan en soutenant leurs revendications financi\u00e8res, calcul\u00e9es par les Britanniques apr\u00e8s la partition des Indes en deux, l\u2019Union indienne la\u00efque d\u2019un c\u00f4t\u00e9, le Pakistan musulman de l\u2019autre. <\/p>\n\n\n\n

Le nom de l\u2019assassin \u00e9tait tomb\u00e9 dans l\u2019oubli. Celui de sa victime continuait d\u2019\u00eatre honor\u00e9 officiellement comme \u00ab P\u00e8re de la Nation \u00bb, avec, tous les 30 janvier, projection obligatoire du film de Sir Richard Attenborough sur l\u2019unique t\u00e9l\u00e9vision indienne, et accompagnement des cantiques pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s du Mahatma Gandhi \u00e0 l\u2019harmonium au cours de c\u00e9r\u00e9monies vesp\u00e9rales un tantinet convenues.<\/p>\n\n\n\n\n\n

\n \n \r\n \r\n \r\n \r\n \r\n \r\n \r\n <\/picture>\r\n \n
Chanteurs Kawwali au Dargah de Nizamuddin \u00e0 New Delhi. \u00a9 Collection priv\u00e9e<\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

Brusquement, en 1990, le nom de l\u2019assassin revient dans les conversations les plus banales \u2014 genre Verdurin \u2014 \u00e0 New-Delhi. Et que me dit-on  ? <\/p>\n\n\n\n

\u00ab Tout de m\u00eame, ce Nathuram Gods\u00e9, avant de tirer trois coups de revolver sur Gandhi, il l\u2019a respectueusement salu\u00e9. Ce n\u2019\u00e9tait pas un mauvais homme. Il voulait prot\u00e9ger les Hindous. C\u2019\u00e9tait un patriote. \u00bb <\/p>\n\n\n\n

\u00c0 l\u2019\u00e9poque, les Hindous d\u00e9passaient les 800 millions tandis que les musulmans montaient \u00e0 150 millions \u2014 les millions du premier milliard restant se partageant entre les Sikhs, les Ja\u00efns, les Chr\u00e9tiens, les Bouddhistes, les Parsis et une poign\u00e9e de Juifs. L\u2019Union indienne \u00e9tait pr\u00e9sid\u00e9e par un Hindou, et dirig\u00e9e par le fils d\u2019un Parsi et d\u2019une Hindoue, une sorte de b\u00e2tard en termes de religion, le Premier Ministre Rajiv Gandhi, petit-fils de Nehru. Dans l\u2019Inde encore la\u00efque, cette b\u00e2tardise n\u2019avait aucune importance, \u00e0 l\u2019exception de quelques rares temples int\u00e9gristes hindous dont l\u2019entr\u00e9e lui \u00e9tait interdite.<\/p>\n\n\n\n

En 1990, j\u2019entends qu\u2019on r\u00e9habilite l\u2019assassin du \u00ab P\u00e8re de la Nation \u00bb, le Mahatma Gandhi.<\/p>Catherine Cl\u00e9ment<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

En 1990, j\u2019entends donc qu\u2019on r\u00e9habilite l\u2019assassin du \u00ab P\u00e8re de la Nation \u00bb, le Mahatma Gandhi. Puis, plus grave, j\u2019entends beaucoup dire que les musulmans, \u00ab ces animaux \u00bb, se reproduisent \u00ab comme des rats \u00bb. Je connais cet air-l\u00e0. En parall\u00e8le, on critique l\u2019\u00e9pouse de Rajiv Gandhi, Sonia, une Italienne \u2014 une \u00e9trang\u00e8re. <\/p>\n\n\n\n

Ce sont des signaux faibles du retour du nazisme indien, qui a trouv\u00e9 son incarnation publique pendant la seconde guerre mondiale en la personne de Subhas Chandra Bose, surnomm\u00e9 Netaji<\/em>. Cet intellectuel bengali surdou\u00e9 refusa d\u2019adopter la position du Mahatma Gandhi \u2014 align\u00e9 sur l\u2019antinazisme en ce qui concernait la guerre mondiale. Bose d\u00e9cida de fonder une arm\u00e9e nationale indienne, tout en recevant sa carte du parti de Hitler des mains du mar\u00e9chal Goering \u00e0 Berlin. Lorsqu\u2019en ao\u00fbt 1945, Bose disparut dans un myst\u00e9rieux accident d\u2019avion, l\u2019appartenance de ce nazi de l\u2019Inde au national-socialisme du Troisi\u00e8me Reich fut pass\u00e9e par pertes et profits, et Nehru d\u00e9fendit la m\u00e9moire de Netaji<\/em>, honor\u00e9 par un jour f\u00e9ri\u00e9 et un a\u00e9roport international \u00e0 Kolkata.<\/p>\n\n\n\n

En 1990, j\u2019entends aussi parler de la pr\u00e9paration d\u2019un p\u00e8lerinage politique hindou. Des p\u00e8lerinages, il y en a des milliers, je n\u2019y pr\u00eate gu\u00e8re attention. Jusqu\u2019au jour o\u00f9, comme chaque semaine, je rends visite, dans son salon litt\u00e9raire, \u00e0 mon vieil ami Khuswant Singh, \u00e9crivain c\u00e9l\u00e8bre, volontiers paillard, si d\u00e9tach\u00e9 des croyances en g\u00e9n\u00e9ral qu\u2019il ose afficher dans son logis des photos de corrida \u2014 geste blasph\u00e9matoire au pays des 300 millions de vaches sacr\u00e9es. <\/p>\n\n\n\n

Je tombe sur une crise conjugale, sa femme lui reprochant vivement d\u2019avoir assist\u00e9 au lancement de ce fameux p\u00e8lerinage politique alors qu\u2019il n\u2019est pas Hindou, mais Sikh et ancien militant du Parti du Congr\u00e8s, le parti de Nehru, d\u2019Indira Gandhi sa fille, et de Rajiv Gandhi son petit-fils, alors Premier ministre. Khuswant Singh se d\u00e9fend en invoquant son \u00ab indianit\u00e9 \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire la source hindoue du Sikhisme au XVe si\u00e8cle, ce qui est historiquement vrai. Mais cette fois, ce n\u2019est plus un signal faible  : qu\u2019un grand militant la\u00efque ath\u00e9e approuve un p\u00e8lerinage hindou d\u2019extr\u00eame droite, voil\u00e0 un signal fort.<\/p>\n\n\n\n

Et en effet, \u00e0 cette date, l\u2019\u00e9trange p\u00e8lerinage devient populaire. Des semaines durant, il se dirige vers la ville d\u2019Ayodhya, au nord-est de l\u2019Inde.<\/p>\n\n\n\n

Lorsqu\u2019en ao\u00fbt 1945, Bose disparut dans un myst\u00e9rieux accident d\u2019avion, l\u2019appartenance de ce nazi de l\u2019Inde au national-socialisme du Troisi\u00e8me Reich fut pass\u00e9e par pertes et profits, et Nehru d\u00e9fendit la m\u00e9moire de Netaji.<\/em><\/p>Catherine Cl\u00e9ment<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Un vieux monsieur dans un lotus g\u00e9ant<\/strong><\/h2>\n\n\n\n

Pourquoi \u00e9trange  ? Parce que le vieux monsieur tr\u00e8s digne qui le pr\u00e9sidait circulait dans une jeep transform\u00e9e en lotus g\u00e9ant. Lal Krishna Advani, 96 ans aujourd\u2019hui, avait appartenu \u00e0 l\u2019organisation militaire nationale (RSS), m\u00e8res de milices hindoues lourdement arm\u00e9es, surtout connue pour avoir inspir\u00e9 l\u2019assassinat du Mahatma Gandhi \u2014 nous y voil\u00e0. En 1980, Advani avait \u00e9t\u00e9 un des fondateurs du Parti Indien du Peuple (BJP), aujourd\u2019hui au pouvoir. <\/p>\n\n\n\n

Pourquoi le but d\u2019Advani \u00e9tait-il la ville d\u2019Ayodhya  ? Comme souvent en Inde, l\u00e0 s\u2019entrelacent le mythe et la politique. <\/p>\n\n\n\n

Trois religions c\u00e9l\u00e8brent Ayodhya  : les Bouddhistes parce que le Bouddha y fit plusieurs sermons, les Ja\u00efns parce que plusieurs de leurs grands saints y sont n\u00e9s, et les Hindous, parce que cette ville est, dans l\u2019\u00e9pop\u00e9e du Ramayana<\/em>, la capitale o\u00f9 naquit le dieu Rama, une incarnation du dieu Vishnou.<\/p>\n\n\n\n\n\n

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Le temple hindou de Bahur dans le Tamil-Nadu. \u00a9 Collection priv\u00e9e<\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

Triplement sacr\u00e9e, la ville d\u2019Ayodhya abritait encore en 1990 une mosqu\u00e9e construite au XVIe si\u00e8cle par l\u2019empereur Babur, fondateur de la dynastie moghole, la Babri<\/em> Masjid<\/em>. <\/p>\n\n\n\n

Le Ramayana<\/em> \u2014 le chemin de Ram \u2014 \u00e9tant l\u2019une des grandes \u00e9pop\u00e9es en sanscrit de l\u2019Inde ancienne, sa pr\u00e9valence, exalt\u00e9e tous les jours par le vieux-monsieur-dans-son-lotus-g\u00e9ant, avait \u00e9t\u00e9 consid\u00e9rablement renforc\u00e9e par une  g\u00e9niale version t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e diffus\u00e9e chaque dimanche \u00e0 partir de 9h30 jusque dans les villages, o\u00f9 le meuble t\u00e9l\u00e9visuel se transformait en temple hindou, encens\u00e9 et d\u00e9cor\u00e9 de guirlandes d\u2019\u0153illets oranges et jaunes. <\/p>\n\n\n\n

Toutes religions confondues, l\u2019Inde enti\u00e8re s\u2019\u00e9tait \u00e9mue de la touchante aventure du jeune prince divin Rama, de son fr\u00e8re et de son \u00e9pouse, Sita. Une m\u00e9chante mar\u00e2tre fait exiler ses beaux-fils en for\u00eat. Un m\u00e9chant roi, un d\u00e9mon-brahmane \u2014 notion aussi contradictoire dans les termes qu\u2019une larme en feu\u2026 \u2014 s\u2019\u00e9prend de Sita, \u00e9pouse de Ram, l\u2019enl\u00e8ve et l\u2019enferme dans son palais du Lanka. Le prince divin Rama aura besoin d\u2019une alliance avec le roi des singes pour que son g\u00e9n\u00e9ral en chef, le dieu singe Hanuman, se charge d\u2019incendier le d\u00e9mon-brahmane, d\u00e9livre la princesse Sita et r\u00e9tablisse le prince Ram sur son tr\u00f4ne.<\/p>\n\n\n\n

On notera que sa premi\u00e8re d\u00e9cision royale sera de punir Sita, au motif qu\u2019elle aurait pu c\u00e9der \u00e0 son ravisseur. Et l\u00e0, deux versions : ou bien Sita, furieuse, s\u2019engloutit dans la terre ou bien elle s\u2019enfuit\u2026 chez Valmiki, l\u2019auteur du Ramayana<\/em>. <\/p>\n\n\n\n

Immens\u00e9ment populaire, le Ramayana<\/em> s\u2019adapte \u00e0 l\u2019Inde moderne, et Sita fait ses courses en v\u00e9lo au mall<\/em> du coin, toute d\u00e9esse qu\u2019elle soit. Advani avait pris le relais de cette ferveur avec une id\u00e9e claire : faire d\u00e9truire la mosqu\u00e9e de l\u2019envahisseur Babur.<\/p>\n\n\n\n

Sous la mosqu\u00e9e d\u2019Ayodhya  se trouvaient \u00ab les restes de la naissance du dieu Ram \u00bb. Qu\u2019est-ce que cela veut dire  ? Trouvera-t-on un berceau  ? Un cordon ombilical dess\u00e9ch\u00e9  ? Une \u00e9corce grav\u00e9e  ? Non, un temple hindou.<\/p>Catherine Cl\u00e9ment<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Encore fallait-il justifier cette action. Le propos fut simple  : sous la mosqu\u00e9e d\u2019Ayodhya  se trouvaient \u00ab les restes de la naissance du dieu Ram \u00bb. Qu\u2019est-ce que cela veut dire  ? Trouvera-t-on un berceau  ? Un cordon ombilical dess\u00e9ch\u00e9  ? Une \u00e9corce grav\u00e9e  ? Non, un temple hindou. Je revois un majestueux mystique tout de safran v\u00eatu s\u2019indigner \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision quand on y exprimait des doutes  : \u00ab Just dig git  ! You will find the evidence  !<\/em> \u00bb <\/span>3<\/sup><\/a><\/span><\/span><\/p>\n\n\n\n

\u00c0 Mathura, dans l\u2019Uttar Pradesh, se dresse une autre mosqu\u00e9e menac\u00e9e de destruction, au motif qu\u2019elle aurait \u00e9t\u00e9 b\u00e2tie sur un temple du dieu Krishna, et vou\u00e9e au flirt du jeune dieu avec onze mille vach\u00e8res en m\u00eame temps. ll n\u2019y avait aucune raison pour que le motif de la \u00ab mosqu\u00e9e construite sur le lieu de naissance du dieu X \u00bb ne soit pas appel\u00e9 \u00e0 prolif\u00e9rer.<\/p>\n\n\n\n

\u00c0 chaque \u00e9tape du p\u00e8lerinage du vieux-monsieur-dans-son-lotus, mouraient des musulmans dans de petits massacres \u00e9pars signal\u00e9s par la presse anglophone indienne. Les renon\u00e7ants yogis \u00e0 pied flanquant la voiture-lotus portaient, selon l\u2019usage, des tridents aux pointes ac\u00e9r\u00e9es, armes sacr\u00e9es de leur dieu, Shiva. Pour qui s\u2019\u00e9tonnerait de voir des yogis suppos\u00e9s non violents se battre physiquement, rappelons que les Naga Baba, mouvement \u00ab shiva\u00efte \u00bb \u2014 d\u00e9di\u00e9s \u00e0 Shiva \u2014 de combattants tout nus, ont depuis des si\u00e8cles l\u2019habitude de guerroyer contre  les mouvements \u00ab vishnouites \u00bb \u2014 d\u00e9di\u00e9s au dieu Vishnou \u2014  ; qu\u2019ils combattirent les Britanniques pendant la Premi\u00e8re guerre de l\u2019Ind\u00e9pendance de l\u2019Inde \u2014 appel\u00e9e en Europe la R\u00e9volte des Cipayes de 1857 \u2014  ; et que la non-violence de principe rel\u00e8ve des Ja\u00efns, des  Bouddhistes et certainement pas des Hindous.<\/p>\n\n\n\n

Le p\u00e8lerinage fit grand bruit. En b\u00e9nissant les foules du haut de son lotus, Lal Krishna Advani avait spectaculairement relanc\u00e9 le BJP. Et point\u00e9 du doigt l\u2019ennemi musulman.<\/p>\n\n\n\n

En 1992, plusieurs milliers d\u2019Hindous dont de nombreux yogis d\u00e9truisirent la mosqu\u00e9e de Babur \u00e0 l\u2019explosif, et cette destruction surprenante devint un \u00e9v\u00e9nement mondial. En Inde, elle divisa. Il y eut de nombreuses protestations d\u2019Indiens qui refusaient d\u2019opposer \u00ab the temple or the mosk<\/em> \u00bb, le temple ou la mosqu\u00e9e, b\u00e2timents si visibles dans d\u2019innombrables villages partout en Inde. Il y eut des  acc\u00e8s de provocations symboliques  : jeter une queue de vache dans un temple hindou, ou bien une t\u00eate de porc dans une mosqu\u00e9e, gestes insurrectionnels par excellence. Il y eut en 2008 les attentats islamistes \u00e0 Mumba\u00ef \u2014 174 morts, 300 bless\u00e9s \u2014, le \u00ab 11 septembre indien \u00bb, reconnu par le Pakistan. Mais il y eut aussi, en 2002, un pogrom de musulmans dans l\u2019\u00c9tat du Gujarat  : 2000 morts et un Chief Minister<\/em> de l\u2019\u00c9tat qui avait, disait-on, laiss\u00e9 faire. Il s\u2019appelait Narendra Modi. Pour cette raison, il fut inscrit sur la liste noire des \u00c9tats-Unis jusqu\u2019\u00e0 sa d\u00e9signation comme Premier ministre de l\u2019Inde <\/span>4<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n

\u00c0 chaque \u00e9tape du p\u00e8lerinage du vieux-monsieur-dans-son-lotus, mouraient des musulmans dans de petits massacres \u00e9pars signal\u00e9s par la presse anglophone indienne<\/p>Catherine Cl\u00e9ment<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

L\u2019Inde la\u00efque et l\u2019Inde int\u00e9griste<\/strong><\/h2>\n\n\n\n

Le Parti du Congr\u00e8s, au pouvoir depuis 1947 \u2014 exception faite de br\u00e8ves interruptions \u2014 reposait et repose encore sur la la\u00efcit\u00e9, ce pilier de l\u2019unit\u00e9 indienne. Le Mahatma Gandhi, par exemple, portait toujours sur lui un exemplaire de la Bhagavad-G\u00eeta, un exemplaire des \u00c9vangiles et plus particuli\u00e8rement du Sermon sur la montagne, et un Coran  : il voulait que sa personne incarne la pluralit\u00e9 des religions en Inde, sans pr\u00e9valence de l\u2019hindouisme. Son dernier \u00ab je\u00fbne \u00e0 mort \u00bb, le 13 janvier 1948, \u00e0 Kolkota, avait pour but de d\u00e9sarmer les sanglantes batailles entre musulmans et hindous, qu\u2019il avait malheureusement proph\u00e9tis\u00e9es lorsque Lord Mountbatten, dernier vice-roi des Indes britanniques, avait conclu un accord sur le partage entre le Pakistan, \u00ab le pays des Purs \u00bb, et l\u2019Union indienne, avec d\u2019un c\u00f4t\u00e9 le leader de la Ligue musulmane, Mohammed Ali Jinnah, et de l\u2019autre Jawaharlal Nehru, leader du Parti la\u00efque du Congr\u00e8s. Le Penjab, pays des Sikhs, subit une division si cruelle que, parfois, la fronti\u00e8re passait \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des lieux d\u2019habitation.<\/p>\n\n\n\n\n\n

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Le palais pr\u00e9sidentiel \u00e0 New Delhi. \u00a9 Collection priv\u00e9e<\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

Pour bien marquer son d\u00e9saccord, le Mahatma Gandhi avait r\u00e9solument d\u00e9cid\u00e9 que, de ce premier jour de l\u2019Union indienne lib\u00e9r\u00e9e, il ferait son \u00ab jour de silence \u00bb, tout seul \u00e0 Calcutta, loin des c\u00e9r\u00e9monies officielles. Ce jour-l\u00e0, le 15 ao\u00fbt 1947, un train entier de cadavres arriva \u00e0 New-Delhi avec une pancarte : CADEAU DES SIKHS \u00c0 NEHRU. Entre enl\u00e8vements de filles viol\u00e9es, mutil\u00e9es ou jet\u00e9es dans les puits, batailles interconfessionnelles, \u00e9pid\u00e9mies par temps de mousson, la partition des Indes britanniques fit environ 2\u00a0 millions de morts \u2014\u00a0chiffre r\u00e9cemment paru \u2014 et devint la premi\u00e8re catastrophe humanitaire de l\u2019apr\u00e8s-guerre.<\/p>\n\n\n

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\n\t\t\t\t\t\n\t\t\t\t\t\tLe nouveau num\u00e9ro Gallimard\t\t\t\t\t<\/a>\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t
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Les clefs d’un monde cass\u00e9.<\/p>\n

Du centre du globe \u00e0 ses fronti\u00e8res les plus lointaines, la guerre est l\u00e0. L\u2019invasion de l\u2019Ukraine par la Russie de Poutine nous a frapp\u00e9s, mais comprendre cet affrontement crucial n’est pas assez.<\/p>\n

Notre \u00e8re est travers\u00e9e par un ph\u00e9nom\u00e8ne occulte et structurant, nous proposons de l\u2019appeler : guerre \u00e9tendue.<\/p>\n\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t

\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\u2192<\/span> Commandez le nouveau num\u00e9ro<\/a>\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\u2192<\/span> D\u00e9couvrez toutes nos offres<\/a>\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\u2192<\/span> D\u00e9j\u00e0 abonn\u00e9 ? commandez le num\u00e9ro pr\u00e9c\u00e9dent<\/a>\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t