{"id":185823,"date":"2023-05-19T15:55:32","date_gmt":"2023-05-19T13:55:32","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=185823"},"modified":"2023-06-01T11:02:52","modified_gmt":"2023-06-01T09:02:52","slug":"lukraine-et-la-neutralite-autrichienne-les-paradoxes-dun-non-debat","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2023\/05\/19\/lukraine-et-la-neutralite-autrichienne-les-paradoxes-dun-non-debat\/","title":{"rendered":"L\u2019Ukraine et le probl\u00e8me de la neutralit\u00e9 autrichienne : les paradoxes d\u2019un non-d\u00e9bat"},"content":{"rendered":"\n

Des trois \u00c9tats qui avaient int\u00e9gr\u00e9 la construction europ\u00e9enne en 1995, seule l\u2019Autriche a conserv\u00e9 sa politique de neutralit\u00e9. Tandis que la Finlande et la Su\u00e8de ont r\u00e9pondu \u00e0 l\u2019invasion russe par une demande d\u2019adh\u00e9sion \u00e0 l\u2019OTAN, le pays centre-europ\u00e9en ne les a pas suivis. Serait-ce par la conviction profonde que la neutralit\u00e9 demeure un mod\u00e8le adapt\u00e9 au \u00ab monde d\u2019apr\u00e8s \u00bb ? Il s\u2019agit, plus vraisemblablement, d\u2019un refus \u00e9pidermique d\u2019en d\u00e9battre. \u00ab L\u2019Autriche \u00e9tait neutre, est neutre, et reste neutre \u00bb. C\u2019est par ces mots que le chancelier autrichien Karl Nehammer fermait la porte \u00e0 toute discussion en mai 2022. Depuis, il a de nouveau rejet\u00e9 la requ\u00eate de son ouverture \u00e0 l\u2019occasion du premier anniversaire de la guerre en Ukraine.<\/p>\n\n\n\n

Comment la \u00ab Zeitenwende<\/em> \u00bb a-t-elle pu provoquer des r\u00e9actions si diff\u00e9rentes  ? Pourquoi ce changement d\u2019\u00e9poque a-t-il produit un d\u00e9bat d\u2019une part, et un non-d\u00e9bat de l\u2019autre  ? Que cache la question de la neutralit\u00e9 en Autriche  ? Enfin, quelles en sont les cons\u00e9quences \u00e0 l\u2019\u00e9chelle s\u00e9curitaire et internationale pour le pays  ?<\/p>\n\n\n\n

Le parcours de la neutralit\u00e9 en Autriche<\/strong> <\/strong><\/h2>\n\n\n\n

La neutralit\u00e9 autrichienne na\u00eet de la guerre froide. \u00c0 la fin de la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale, le territoire national est occup\u00e9 par les forces alli\u00e9es, et la capitale, Vienne, divis\u00e9e en quatre zones d\u2019occupation. Dix ann\u00e9es durant, la menace d\u2019une \u00ab solution \u00e0 l\u2019allemande \u00bb \u2014 soit un partage du pays en sph\u00e8res d\u2019influences \u2014 plane sur l\u2019Autriche. Aid\u00e9e par la dimension r\u00e9duite du territoire autrichien au regard de l\u2019Allemagne, la solution de la neutralit\u00e9 permet \u00e0 toutes les puissances d\u2019y trouver leur compte. Pour les Alli\u00e9s, elle symbolise en effet un engagement clair, net et franc vers la d\u00e9mocratie. Pour l\u2019Union sovi\u00e9tique, elle pr\u00e9vient l\u2019entr\u00e9e de l\u2019Autriche dans l\u2019OTAN. Pour l\u2019Autriche, enfin, elle signifie le recouvrement de son int\u00e9grit\u00e9 territoriale et la souverainet\u00e9 de son \u00c9tat.<\/p>\n\n\n\n

Gr\u00e2ce \u00e0 leur habilit\u00e9, les dirigeants autrichiens obtinrent deux concessions majeures. Par la premi\u00e8re, la neutralit\u00e9 autrichienne fut calqu\u00e9e sur le mod\u00e8le suisse  ; le terme plus vague de \u00ab non-align\u00e9 \u00bb fut \u00e9cart\u00e9, car il laissait ouverte la possibilit\u00e9 d\u2019une interpr\u00e9tation plus russophile. Par la seconde, aucune clause de neutralit\u00e9 ne fut stipul\u00e9e dans le Trait\u00e9 d\u2019\u00c9tat autrichien (\u00f6sterreichischer Staatsvertrag<\/em>), sorte de Constitution contractuelle sign\u00e9e par les Alli\u00e9s et le gouvernement autrichien en mai 1955 afin d\u2019engager le d\u00e9part des troupes d\u2019occupation. Symbole du retour de la souverainet\u00e9, la neutralit\u00e9 de l\u2019Autriche fut proclam\u00e9e au Parlement le 26 octobre 1955 par l\u2019adoption d\u2019une loi constitutionnelle. D\u00e8s lors, tout risque d\u2019ing\u00e9rence des Alli\u00e9s et des Sovi\u00e9tiques dans la politique autrichienne fut \u00e9cart\u00e9e. Ind\u00e9pendante, la nouvelle R\u00e9publique d\u2019Autriche proclama \u00ab volontairement \u00bb (aus freien St\u00fccken<\/em>) sa \u00ab neutralit\u00e9 permanente \u00bb (immerw\u00e4hrende Neutralit\u00e4t<\/em>). <\/p>\n\n\n\n

Symbole du retour de la souverainet\u00e9, la neutralit\u00e9 de l\u2019Autriche fut proclam\u00e9e au Parlement le 26 octobre 1955 par l\u2019adoption d\u2019une loi constitutionnelle.<\/p>Hanna Corsini<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Depuis ses d\u00e9buts, la politique de neutralit\u00e9 autrichienne a toujours \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s flexible, comme le rappelle l\u2019Ambassadeur Emil Brix, directeur de l\u2019Acad\u00e9mie diplomatique de Vienne et interview\u00e9 \u00e0 l\u2019occasion de cet article.<\/p>\n\n\n\n

Sous l\u2019impulsion du leader des Sociaux-D\u00e9mocrates Bruno Kreisky \u2013 d\u2019abord lors de son passage au minist\u00e8re des Affaires \u00e9trang\u00e8res (1959-1966) puis lors de son mandat de chancelier (1970-1983) \u2013 une politique de neutralit\u00e9 active (aktive Neutralit\u00e4tspolitik<\/em>) fut mise en \u0153uvre par la promotion de l\u2019image d\u2019un \u00c9tat petit, pacifique et b\u00e2tisseur de ponts (Br\u00fcckenbauer<\/em>) entre les grandes puissances, m\u00e9diateur de leurs litiges et conciliateur des parties de la guerre froide. \u00catre neutre signifiait plus que rester impartial face aux conflits  ;  \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, l\u2019Autriche se vouait \u00e0 la construction active de la paix. Cette politique fut encourag\u00e9e d\u2019une part par un climat de \u00ab d\u00e9tente \u00bb entre les deux blocs durant les ann\u00e9es 1970 et, d\u2019autre part, gr\u00e2ce \u00e0 la grande popularit\u00e9 de Bruno Kreisky, exprim\u00e9e dans les urnes par les majorit\u00e9s absolues dont b\u00e9n\u00e9ficiaient la SP\u00d6 (le parti Social-D\u00e9mocrate). Celle-ci eut les mains libres pour gouverner sans l\u2019appui des Chr\u00e9tiens-D\u00e9mocrates (le \u00d6VP). <\/p>\n\n\n\n

Apr\u00e8s l\u2019\u00e8re Kreisky, le minist\u00e8re des Affaires \u00e9trang\u00e8res passa aux chr\u00e9tiens-d\u00e9mocrates. Sous l\u2019\u00e9gide d\u2019Alois Mock (1987-1995) commen\u00e7a une phase nouvelle de la politique \u00e9trang\u00e8re autrichienne. Son plan \u00e9tait de la fonder sur deux axes : l\u2019adh\u00e9sion \u00e0 la Communaut\u00e9 europ\u00e9enne, et une \u00e9troite collaboration avec les pays d\u2019Europe centrale en pr\u00e9vision de la chute imminente de l\u2019Union sovi\u00e9tique. Son dilemme \u00e9tait n\u00e9anmoins de savoir lequel de ces deux axes privil\u00e9gier, compte tenu des moyens limit\u00e9s des Affaires \u00e9trang\u00e8res autrichiennes ? Paul Luif, ma\u00eetre de conf\u00e9rences \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Vienne et politologue sp\u00e9cialiste de la neutralit\u00e9 autrichienne7<\/sup>, nous rappelle que la d\u00e9cision fut prise de se concentrer d\u2019abord sur la Communaut\u00e9, en n\u00e9gligeant l\u2019Europe centrale. Mais en entrant dans la Communaut\u00e9 europ\u00e9enne, le gouvernement autrichien \u00e9tait conscient de marcher sur une \u00e9troite bande au-dessus du vide : comment concilier la neutralit\u00e9 et les exigences de la Commission europ\u00e9enne, notamment la participation sans r\u00e9serve \u00e0 la politique \u00e9trang\u00e8re et de s\u00e9curit\u00e9 commune (PESC), condition pr\u00e9alable \u00e0 toute adh\u00e9sion  ? L\u2019Autriche \u2014 avec deux pays neutres, la Su\u00e8de et la Finlande \u2014 signa un protocole qui leva toutes ses r\u00e9serves. En droit interne, l\u2019Autriche ajouta l\u2019article 23j \u00e0 sa Constitution, qui dispose que la neutralit\u00e9 ne bloquerait pas son engagement dans la PESC. Karoline Edtstadler, ministre pour l\u2019Union europ\u00e9enne et la Constitution, a ainsi pu affirmer sur ORF en f\u00e9vrier dernier que \u00ab nous sommes pleinement engag\u00e9s dans la politique \u00e9trang\u00e8re et de s\u00e9curit\u00e9 commune \u00bb. <\/p>\n\n\n\n

Depuis ses d\u00e9buts, la politique de neutralit\u00e9 autrichienne a toujours \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s flexible.<\/p>Hanna Corsini<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

L\u2019entr\u00e9e dans l\u2019Union et l\u2019engagement sans r\u00e9serve dans la PESC nous permettent d\u2019interroger l\u2019\u00e9tat actuel de la neutralit\u00e9. Qu\u2019en reste-t-il dans les faits ? Les juristes parlent d\u2019une neutralit\u00e9 \u00ab diff\u00e9rentielle \u00bb, r\u00e9duite \u00e0 sa dimension militaire. Concr\u00e8tement, elle se base sur trois principes (les trois \u00ab n \u00bb)  : une non-participation aux guerres  ; une non-adh\u00e9sion \u00e0 des alliances militaires, et un non-stationnement de troupes \u00e9trang\u00e8res sur son territoire.<\/p>\n\n\n\n

Au bout de la fresque autrichienne de ces soixante-dix derni\u00e8res ann\u00e9es, il est clair que la neutralit\u00e9 est de plus en plus vid\u00e9e de son sens, r\u00e9duite a minima<\/em>. Le 24 f\u00e9vrier 2022 aurait pu marquer un tournant dans la politique s\u00e9curitaire du pays. Il l\u2019a \u00e9t\u00e9 pour la Su\u00e8de et la Finlande : leurs \u00e9lites politiques ont consid\u00e9r\u00e9 que pour prot\u00e9ger leur \u00c9tats respectifs, une seule option \u00e9tait viable, int\u00e9grer l\u2019OTAN. En Autriche, non seulement l\u2019invasion n\u2019a pas d\u00e9clench\u00e9 un changement dans la doctrine s\u00e9curitaire du pays, mais, de mani\u00e8re bien plus \u00e9tonnante, elle n\u2019a pas m\u00eame initi\u00e9 un d\u00e9bat sur son statut de neutralit\u00e9, premier pas pour questionner sa future politique de d\u00e9fense et de s\u00e9curit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n\n\n

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\u00c0 Paris, l’\u0153uvre d’art sph\u00e9rique Rebound<\/em> de l’artiste autrichien Klaus Pinter est expos\u00e9e au Panth\u00e9on (novembre 2002). \u00a9 ALFRED\/SIPA<\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

Une diff\u00e9rence majeure entre ces deux cas est l\u2019opinion publique. Dans les pays scandinaves, le changement dans la position de la population a \u00e9t\u00e9 radical. Avant l\u2019\u00e9clatement du conflit (en janvier 2022), seulement 28 % des Finlandais et 37 % des Su\u00e9dois se disaient favorables \u00e0 l\u2019adh\u00e9sion \u00e0 l\u2019alliance transatlantique. Fin avril 2022, les statistiques d\u00e9peignaient une image compl\u00e8tement diff\u00e9rente  : ces chiffres \u00e9taient respectivement de 65 % (en Finlande) et 54 % (en Su\u00e8de). En contrepartie, les Autrichiens sont encore aujourd\u2019hui fortement li\u00e9s \u00e0 la neutralit\u00e9, dont le taux d\u2019approbation oscille entre 70 % et 80 %. Comment comprendre une r\u00e9action si diff\u00e9rente  ? Pourquoi les Autrichiens restent-ils si fortement attach\u00e9s \u00e0 leur neutralit\u00e9  ?<\/p>\n\n\n\n

Les juristes parlent d\u2019une neutralit\u00e9 \u00ab diff\u00e9rentielle \u00bb, r\u00e9duite \u00e0 sa dimension militaire.<\/p>Hanna Corsini<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

La neutralit\u00e9 : ou comment tourner deux d\u00e9faites en r\u00e9cit national<\/strong><\/h2>\n\n\n\n

La pi\u00e8ce ma\u00eetresse apport\u00e9e par tous ceux qui ne veulent pas engager une conversation franche sur la neutralit\u00e9 se r\u00e9sume \u00e0 un mot  : identit\u00e4tsstiftend<\/em>. Dans le discours public, cet attribut est utilis\u00e9 pour qualifier la neutralit\u00e9 en Autriche comme \u00ab ce qui favorise la construction d\u2019une identit\u00e9 \u00bb. Comme le r\u00e9sume la ministre lors de son entretien pr\u00e9c\u00e9demment cit\u00e9 : \u00ab libert\u00e9, s\u00e9curit\u00e9, prosp\u00e9rit\u00e9, paix : la voie autrichienne de ces conqu\u00eates, c\u2019\u00e9tait la neutralit\u00e9 \u00bb. Pour une partie de la population plus \u00e2g\u00e9e, la neutralit\u00e9 a fait ses preuves, notamment en pr\u00e9servant le pays des invasions sovi\u00e9tiques en 1956 et en 1968 ; elle lui attribue aussi le \u00ab miracle \u00e9conomique \u00bb des ann\u00e9es 1960 et du d\u00e9but des ann\u00e9es 1970. N\u00e9anmoins, tout cela rel\u00e8ve essentiellement du mythe, car derri\u00e8re ses choix de politique \u00e9conomique, l\u2019Autriche ne fut jamais v\u00e9ritablement neutre \u00e0 c\u00f4t\u00e9<\/em> du contexte mondial.<\/p>\n\n\n\n

Il est vrai que la neutralit\u00e9 est la base sur laquelle l\u2019identit\u00e9 nationale autrichienne se fonde. Mais, au lieu de le r\u00e9sumer \u00e0 un simple constat pour \u00e9viter toute confrontation et introspection, il est imp\u00e9ratif d\u2019en comprendre les motivations. Force est alors de constater que ce choix emp\u00eache l\u2019Autriche de se positionner par rapport \u00e0 son pass\u00e9 pour envisager son futur. <\/p>\n\n\n\n

Le contexte historique dans lequel la neutralit\u00e9 autrichienne a vu le jour est tout \u00e0 fait particulier. M\u00eame si les dirigeants autrichiens avaient jou\u00e9 leurs cartes au mieux en emportant certaines victoires majeures, celles-ci ne cachaient que partiellement la r\u00e9alit\u00e9 de la situation  : la neutralit\u00e9 n\u2019\u00e9tait pas un acte volontaire, mais un choix impos\u00e9 par l\u2019ext\u00e9rieur.<\/p>\n\n\n\n

Pourtant, ce n\u2019est pas de cette mani\u00e8re qu\u2019elle est repr\u00e9sent\u00e9e dans l\u2019imaginaire collectif national. Pour en comprendre les contours, il est n\u00e9cessaire de retracer quelques \u00e9l\u00e9ments de l\u2019histoire de l\u2019Autriche. Depuis le XVIe<\/sup> si\u00e8cle, sa position parmi les grandes puissances europ\u00e9ennes \u00e9tait d\u00e9termin\u00e9e non seulement par sa situation g\u00e9ographique, mais \u00e9galement par son autod\u00e9finition comme puissance soit germanique, soit d\u2019Europe centrale. Le XIXe<\/sup> si\u00e8cle \u00e9branle les fondations de l\u2019Empire habsbourgeois. Devant les revendications nationales et ethniques (\u00ab l\u2019\u00e9veil des Nations \u00bb), l\u2019Empire est confront\u00e9 \u00e0 sa propre ind\u00e9cision, pris en tenaille entre son r\u00f4le dans le monde germanophone, en d\u00e9clin face \u00e0 l\u2019irr\u00e9v\u00e9rence prussienne, et l\u2019importance croissante de son \u00ab flanc \u00bb oriental, secou\u00e9 par des peuples tr\u00e8s diff\u00e9rents les uns \u00e0 l\u2019\u00e9gard des autres, chacun en qu\u00eate de son identit\u00e9. Vu d\u2019Autriche, le XIXe<\/sup> est caract\u00e9ris\u00e9 par la fi\u00e8vre identitaire de la Mitteleuropa<\/em> \u2014 si les Habsbourg pench\u00e8rent finalement du c\u00f4t\u00e9 Est, ce fut moins par conviction que par n\u00e9cessit\u00e9<\/a>.<\/p>\n\n\n\n

Le contexte historique dans lequel la neutralit\u00e9 autrichienne a vu le jour est tout \u00e0 fait particulier. La neutralit\u00e9 n\u2019\u00e9tait pas un acte volontaire, mais un choix impos\u00e9 par l\u2019ext\u00e9rieur.<\/p>Hanna Corsini<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Ce cycle autour de la d\u00e9finition de l\u2019identit\u00e9 autrichienne ne se conclut qu\u2019\u00e0 la fin de la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale. En r\u00e9alit\u00e9, comme le rappelle l\u2019ambassadeur Brix, il n\u2019est pas possible de trouver dans l\u2019histoire d\u2019Autriche des r\u00e9volutions sur lesquelles fonder son identit\u00e9 nationale, \u00e0 l\u2019inverse de la plupart des grands pays \u2014 \u00c9tats-Unis, Russie, Chine, France, Angleterre ou Italie. Toutefois, il est possible d\u2019\u00e9voquer deux bouleversements, certes non port\u00e9s par le peuple, mais par la d\u00e9faite des armes et les conditions de la paix. Le premier (1918) d\u00e9p\u00e8ce l\u2019Empire et r\u00e9duit l\u2019Autriche \u00e0 la taille d\u2019une principaut\u00e9, avec la mise en place de ses structures politiques actuelles. N\u00e9anmoins, l\u2019identit\u00e9 autrichienne ne se r\u00e9f\u00e8re pas \u00e0 cet \u00e9v\u00e9nement. Elle prend comme point de d\u00e9part un moment, qui n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 aux premiers abords per\u00e7u comme r\u00e9volutionnaire<\/em> <\/em> : les n\u00e9gociations entre l\u2019Union sovi\u00e9tique, les Alli\u00e9s et la R\u00e9publique d\u2019Autriche en avril 1955. En effet, le retrait des troupes (Staatsvertrag<\/em>) et l\u2019acc\u00e8s<\/em> \u00e0 la souverainet\u00e9 pleine et enti\u00e8re de l\u2019Autriche entra\u00eena la s\u00e9paration nette et d\u00e9finitive avec l\u2019Allemagne. Si en 1918, les deux pays avaient \u00e9t\u00e9 \u00e9cart\u00e9s l\u2019un de l\u2019autre, l\u2019ind\u00e9pendance de chacun des deux \u00c9tats ne fut effective qu\u2019apr\u00e8s la chute du IIIe Reich. Le trauma de la perte du statut de \u00ab grande puissance \u00bb avait, dans l\u2019entre-deux-guerre, aliment\u00e9 le r\u00eave parmi certains nostalgiques d\u2019une unification avec l\u2019Allemagne et de se projeter dans une identit\u00e9 germanique permettant de retrouver la grandeur perdue.<\/p>\n\n\n\n\n\n

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\u00c0 Paris, l’\u0153uvre d’art sph\u00e9rique Rebound<\/em> de l’artiste autrichien Klaus Pinter est expos\u00e9e au Panth\u00e9on (novembre 2002). \u00a9 ALFRED\/SIPA<\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

De ces bouleversements, et de cette s\u00e9paration d\u00e9finitive de l\u2019Autriche et de l\u2019Allemagne na\u00eet la Kleinstaatlichkeit<\/em> \u2014 qui pourrait se traduire par \u00ab statut de petit \u00c9tat \u00bb. Comme l\u2019explique Emil Brix, cette acceptation du statut de petit \u00c9tat est intrins\u00e8quement li\u00e9e \u00e0 la neutralit\u00e9. Kleinstaatlichkeit<\/em> et neutralit\u00e9 deviennent les deux jambes de l\u2019Autriche d\u2019apr\u00e8s-guerre : la premi\u00e8re est accept\u00e9e car elle apporte la souverainet\u00e9 ; la deuxi\u00e8me est consid\u00e9r\u00e9e comme la \u00ab garantie \u00bb pour en assurer l\u2019ex\u00e9cution. C\u2019est du rapport entre tous ces \u00e9l\u00e9ments que r\u00e9sulte l\u2019actuelle nation autrichienne. Un exemple \u00e9vocateur est le jour de la F\u00eate nationale d\u2019Autriche, 26 octobre, ne comm\u00e9morant ni la lib\u00e9ration du nazisme (le 27 avril 1945), ni la cr\u00e9ation de la Deuxi\u00e8me R\u00e9publique (le 15 mai 1955), mais l\u2019adoption de la loi constitutionnelle sur la neutralit\u00e9 (Neutralit\u00e4tsgesetz<\/em>) le 26 octobre 1955. <\/p>\n\n\n\n

Kleinstaatlichkeit<\/em> et neutralit\u00e9 deviennent les deux jambes de l\u2019Autriche d\u2019apr\u00e8s-guerre : la premi\u00e8re est accept\u00e9e car elle apporte la souverainet\u00e9 ; la deuxi\u00e8me est consid\u00e9r\u00e9e comme la \u00ab garantie \u00bb pour en assurer l\u2019ex\u00e9cution.<\/p>Hanna Corsini<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n

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\n\t\t\t\t\t\n\t\t\t\t\t\tAvant-premi\u00e8re : le nouveau num\u00e9ro Gallimard\t\t\t\t\t<\/a>\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t
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Les clefs d’un monde cass\u00e9.<\/p>\n

Du centre du globe \u00e0 ses fronti\u00e8res les plus lointaines, la guerre est l\u00e0. L\u2019invasion de l\u2019Ukraine par la Russie de Poutine nous a frapp\u00e9s, mais comprendre cet affrontement crucial n’est pas assez.<\/p>\n

Notre \u00e8re est travers\u00e9e par un ph\u00e9nom\u00e8ne occulte et structurant, nous proposons de l\u2019appeler : guerre \u00e9tendue.<\/p>\n\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t

\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\u2192<\/span> Pr\u00e9commandez le num\u00e9ro<\/a>\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\u2192<\/span> D\u00e9couvrez toutes nos offres<\/a>\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\u2192<\/span> D\u00e9j\u00e0 abonn\u00e9 ? commandez le num\u00e9ro pr\u00e9c\u00e9dent<\/a>\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t