{"id":185171,"date":"2023-05-14T10:48:55","date_gmt":"2023-05-14T08:48:55","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=185171"},"modified":"2023-05-14T16:35:51","modified_gmt":"2023-05-14T14:35:51","slug":"le-crif-face-aux-accords-doslo","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2023\/05\/14\/le-crif-face-aux-accords-doslo\/","title":{"rendered":"Archives in\u00e9dites : le Crif face aux accords d’Oslo"},"content":{"rendered":"\n
L\u2019ann\u00e9e 2023 marque le trenti\u00e8me anniversaire des accords d\u2019Oslo qui avaient ouvert d\u2019immenses espoirs de paix au Proche-Orient. Trois d\u00e9cennies plus tard, ces espoirs se sont envol\u00e9s. Plusieurs guerres ont oppos\u00e9 Isra\u00e9liens et Palestiniens, une barri\u00e8re \u2014 qui prend la forme d\u2019un mur par endroits \u2014 a \u00e9t\u00e9 \u00e9rig\u00e9e entre Isra\u00ebl et les territoires palestiniens, la colonisation s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9e, le Hamas a pris le pouvoir \u00e0 Gaza, l\u2019Autorit\u00e9 palestinienne semble incapable de se r\u00e9former, et en Isra\u00ebl \u2014 o\u00f9 l\u2019extr\u00eame-droite est arriv\u00e9e en force au gouvernement fin 2022 \u2014 la d\u00e9mocratie est malmen\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n
Apr\u00e8s les printemps arabes de 2010-2011, la cause palestinienne est pass\u00e9e \u00e0 l\u2019arri\u00e8re-plan. Le Moyen-Orient a \u00e9t\u00e9 secou\u00e9 par des affrontements bien plus meurtriers que le conflit isra\u00e9lo-palestinien, \u00e0 commencer par la guerre civile syrienne. Avec l\u2019arriv\u00e9e de Donald Trump \u00e0 la Maison Blanche, les perspectives de paix n\u2019ont pas disparu de la r\u00e9gion, mais la donne a chang\u00e9 : en 2020, les Palestiniens sont ainsi apparus comme les grands oubli\u00e9s des Accords d\u2019Abraham sign\u00e9s entre Isra\u00ebl et plusieurs pays arabes (\u00c9mirats arabes unis, Bahre\u00efn, Soudan et Maroc).<\/p>\n\n\n\n Apr\u00e8s les printemps arabes de 2010-2011, la cause palestinienne est pass\u00e9e \u00e0 l\u2019arri\u00e8re-plan.<\/p>Marc Hecker et Samuel Ghiles-Meilhac<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n En d\u00e9cembre 2022, le ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res d\u2019Arabie saoudite a laiss\u00e9 comprendre que son pays ne rejoindrait pas ces accords tant qu\u2019un \u00c9tat palestinien ne serait pas cr\u00e9\u00e9 <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Quelques jours plus tard, Benyamin Netanyahu a accord\u00e9 un long entretien \u00e0 Al-Arabiya<\/em> dans lequel il a pris le contre-pied de Woodrow Wilson qui promouvait des \u00ab conventions de paix ouvertes, pr\u00e9par\u00e9es au grand jour \u00bb (\u00ab open covenants of peace, openly arrived at \u00bb). Le Premier ministre isra\u00e9lien s\u2019est au contraire d\u00e9clar\u00e9 favorable aux \u00ab conventions de paix ouvertes, n\u00e9goci\u00e9es secr\u00e8tement ou discr\u00e8tement \u00bb, sous-entendant que des surprises pourraient encore arriver <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n En 1993 aussi, les n\u00e9gociations se d\u00e9roul\u00e8rent secr\u00e8tement avant d\u2019aboutir \u00e0 la c\u00e9l\u00e8bre poign\u00e9e de main entre Yasser Arafat et Yitzhak Rabin. L\u2019effet de surprise, voire de sid\u00e9ration, en fut d\u2019autant plus grand, y compris chez des acteurs tr\u00e8s engag\u00e9s pour l\u2019une ou l\u2019autre des parties. C\u2019est ce que montre cet article, en analysant des archives jusqu\u2019alors inexploit\u00e9es du Conseil repr\u00e9sentatif des institutions juives de France (Crif). Au cours des ann\u00e9es 1970 et 1980, cet organisme cherchait \u00e0 tout prix \u00e0 freiner le processus de l\u00e9gitimation de l\u2019Organisation de Lib\u00e9ration de la Palestine (OLP) qu\u2019il consid\u00e9rait comme un groupe terroriste <\/span>3<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Au moment du processus d\u2019Oslo, les dirigeants du Crif ont effectu\u00e9 un revirement complet. Ils ont \u00e9t\u00e9 mis devant le fait accompli lorsqu\u2019ils ont appris, par voie de presse, que les n\u00e9gociations isra\u00e9lo-palestiniennes \u00e9taient sur le point d\u2019aboutir. Ils ont alors d\u00e9cid\u00e9 de \u00ab changer de logiciel \u00bb et de ne plus consid\u00e9rer les Palestiniens comme des terroristes, mais comme des partenaires potentiels. En d\u2019autres termes, ils sont pass\u00e9s brusquement d\u2019une posture de combat \u00e0 une logique de paix, et ont entam\u00e9 un dialogue avec les d\u00e9fenseurs de la cause palestinienne en France.<\/p>\n\n\n\n Au moment du processus d\u2019Oslo, les dirigeants du Crif ont effectu\u00e9 un revirement complet.<\/p>Marc Hecker et Samuel Ghiles-Meilhac<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n \u00c0 la fin de l\u2019ann\u00e9e 1992, Fran\u00e7ois Mitterrand effectue un voyage officiel en Isra\u00ebl. Le pr\u00e9sident du Crif, Jean Kahn, fait partie de la d\u00e9l\u00e9gation fran\u00e7aise. Il note que ce voyage contribue au r\u00e9chauffement des relations franco-isra\u00e9liennes et que le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique fait preuve d\u2019une \u00ab grande fermet\u00e9 \u00bb \u00e0 l\u2019\u00e9gard des Palestiniens <\/span>4<\/sup><\/a><\/span><\/span>. En avril 1993, Nicole Goldmann, membre du bureau ex\u00e9cutif du Crif, fait un point sur la situation en Isra\u00ebl lors d\u2019une r\u00e9union de ce bureau. Elle observe que le bouclage des territoires palestiniens par l\u2019arm\u00e9e isra\u00e9lienne a permis de faire baisser le nombre d\u2019attentats, souligne que \u00ab le mythe du palestinien mod\u00e9r\u00e9 s\u2019est effondr\u00e9 \u00bb <\/span>5<\/sup><\/a><\/span><\/span> et \u00e9voque \u00ab l\u2019impasse \u00bb des pourparlers isra\u00e9lo-palestiniens. Tout laisse \u00e0 penser que le Crif n\u2019est alors pas au courant du processus entam\u00e9 \u00e0 Oslo en janvier entre Ya\u00efr Hirschfeld, Ron Pundak et des repr\u00e9sentants palestiniens men\u00e9s par Ahmed Qore\u00ef. Le 6 juillet 1993, lors d\u2019une r\u00e9union du comit\u00e9 directeur du Crif, un des membres de cette instance, G\u00e9rard Isra\u00ebl, fait le compte-rendu de la r\u00e9cente visite de Yitzhak Rabin en France : \u00ab M. Rabin est optimiste quant aux r\u00e9sultats escompt\u00e9s de la politique d\u2019Isra\u00ebl ax\u00e9e sur l\u2019\u00e9tablissement d\u2019un gouvernement palestinien int\u00e9rimaire, ce qui fut tr\u00e8s bien re\u00e7u par tous ses interlocuteurs. Le refus des Palestiniens est mal compris et attribu\u00e9 \u00e0 leurs dissensions internes. L\u2019OLP est totalement marginalis\u00e9e, m\u00eame aux yeux des Europ\u00e9ens. Rabin encourage la CEE \u00e0 investir dans les territoires, afin de d\u00e9montrer qu\u2019on encouragera ainsi la paix. Le probl\u00e8me de J\u00e9rusalem sera trait\u00e9 en dernier lieu, et ne serait pas une pierre d\u2019achoppement \u00bb. Les dirigeants du Crif sentent bien que la situation est en train d\u2019\u00e9voluer mais sont loin d\u2019imaginer que quelques semaines plus tard, Isra\u00e9liens et Palestiniens signeront un accord historique.<\/p>\n\n\n\n\n\n La \u00ab situation en Isra\u00ebl \u00bb ne figure qu\u2019en cinqui\u00e8me position de l\u2019ordre du jour de la r\u00e9union du bureau ex\u00e9cutif du Crif du 6 septembre 1993. La poign\u00e9e de main entre Yitzhak Rabin et Yasser Arafat n\u2019a pas encore eu lieu, mais les c\u00e9l\u00e9brations de la gauche isra\u00e9lienne ont d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9. Le 3 septembre, plusieurs milliers de manifestants sont venus soutenir le processus de paix \u00e0 Tel Aviv. La ministre de l\u2019\u00e9ducation et de la culture, Shulamit Aloni, y a d\u00e9clar\u00e9 : \u00ab Il n\u2019y aura plus d\u2019autre guerre. Nous allons signer la paix avec l\u2019OLP et Arafat \u00bb <\/span>6<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Les membres du bureau ex\u00e9cutif du Crif sont pris de court. G\u00e9rard Isra\u00ebl reconna\u00eet qu\u2019il a toujours milit\u00e9 contre le dialogue avec Yasser Arafat et constate qu\u2019il est \u00ab pris \u00e0 contre-pied \u00bb <\/span>7<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Quant au pr\u00e9sident Jean Kahn, il affirme que \u00ab la communaut\u00e9 est en \u00e9tat de choc \u00bb. Henri Hajdenberg \u00ab regrette que lors de son passage \u00e0 Paris [d\u00e9but septembre], Shimon P\u00e9r\u00e8s n\u2019ait pas rencontr\u00e9 le pr\u00e9sident du Crif ou le bureau ex\u00e9cutif, m\u00eame un quart d\u2019heure \u00bb. Le Crif se sent marginalis\u00e9 et certains de ses membres ne sont pas en plein accord avec le gouvernement isra\u00e9lien de gauche. Roger Pinto rappelle n\u00e9anmoins un \u00ab principe essentiel du Crif, \u00e0 savoir son soutien sans limite au gouvernement isra\u00e9lien en place, malgr\u00e9 les divergences d\u2019opinion \u00bb.<\/p>\n\n\n\n La \u00ab situation en Isra\u00ebl \u00bb ne figure qu\u2019en cinqui\u00e8me position de l\u2019ordre du jour de la r\u00e9union du bureau ex\u00e9cutif du Crif du 6 septembre 1993. La poign\u00e9e de main entre Yitzhak Rabin et Yasser Arafat n\u2019a pas encore eu lieu, mais les c\u00e9l\u00e9brations de la gauche isra\u00e9lienne ont d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9.<\/p>Marc Hecker et Samuel Ghiles-Meilhac<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Deux jours plus tard, le 8 septembre, a lieu une r\u00e9union du comit\u00e9 directeur du Crif. Cette fois-ci, les pourparlers isra\u00e9lo-palestiniens figurent en t\u00eate de l\u2019ordre du jour. Yitzhak Eldan, ministre pl\u00e9nipotentiaire \u00e0 l\u2019ambassade d\u2019Isra\u00ebl est invit\u00e9 \u00e0 faire le point sur les n\u00e9gociations. Il le fait bri\u00e8vement et termine son expos\u00e9 par un appel au \u00ab soutien moral et \u00e9conomique massif \u00bb de la diaspora <\/span>8<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Trois membres du comit\u00e9 directeur \u2014 Maury Amar, Ari\u00e9 Bensehmoun et Francis Kalifat \u2014 font alors part du \u00ab grand d\u00e9sarroi qu\u2019\u00e9prouvent un grand nombre de militants sionistes pour qui Arafat rel\u00e8ve du grand banditisme \u00bb. Ils pensent que ces accords sont \u00ab dangereux pour la s\u00e9curit\u00e9 d\u2019Isra\u00ebl \u00bb et qu\u2019ils constituent une \u00ab trahison du mandat des \u00e9lecteurs \u00bb. Les autres membres se montrent, \u00e0 des degr\u00e9s divers, plus enthousiastes. Un projet de r\u00e9solution est mis au vote. Il exprime l\u2019\u00ab ind\u00e9fectible soutien \u00bb du Crif \u00e0 Isra\u00ebl et pr\u00e9sente des f\u00e9licitations \u00e0 Yitzhak Rabin et Shimon P\u00e9r\u00e8s pour \u00ab avoir suscit\u00e9 un immense espoir de paix en faisant une offre g\u00e9n\u00e9reuse et courageuse de dialogue direct avec les dirigeants palestiniens \u00bb. Ce projet est approuv\u00e9 par 18 voix pour, 2 contre et 5 abstentions. <\/p>\n\n\n\n Le 9 septembre 1993, Jean Kahn \u00e9crit \u00e0 Yitzhak Rabin, Shimon P\u00e9r\u00e8s et Ezer Weizman \u00e0 l\u2019occasion de Rosh Hashana, le nouvel an juif. Il parle d\u2019un \u00ab immense espoir \u00bb et esp\u00e8re que la nouvelle ann\u00e9e apportera la paix \u00e0 Isra\u00ebl. La lettre adress\u00e9e \u00e0 Shimon P\u00e9r\u00e8s indique une proximit\u00e9 particuli\u00e8re entre les deux hommes. Elle se termine par la formule de politesse \u00ab Avec ma fid\u00e8le amiti\u00e9 \u00bb. Le ministre isra\u00e9lien des Affaires \u00e9trang\u00e8res r\u00e9pond le 19 septembre \u2014 soit apr\u00e8s la fameuse poign\u00e9e de main de la Maison blanche. Il appelle le pr\u00e9sident du Crif par son pr\u00e9nom \u2014 \u00ab cher Jean \u00bb \u2014 et le remercie pour ses encouragements. \u00ab Le premier pas est d\u00e9sormais franchi, un travail consid\u00e9rable reste \u00e0 faire jusqu\u2019\u00e0 la r\u00e9alisation de nos aspirations \u00e0 la paix \u00bb, \u00e9crit-il. Pour exprimer plus concr\u00e8tement le soutien du Crif au processus de paix, Jean Kahn projette d\u2019organiser, \u00e0 la fin du mois de septembre, un voyage au Proche-Orient en ne se limitant pas, comme pour les d\u00e9placements habituels du Crif, \u00e0 Isra\u00ebl. Ce projet \u2014 qui consisterait \u00e0 emmener des hommes politiques fran\u00e7ais en Isra\u00ebl, en Cisjordanie et en Jordanie \u2014 ne fait pas l\u2019unanimit\u00e9 au sein du comit\u00e9, m\u00eame parmi les plus proches de la gauche isra\u00e9lienne. Ainsi, Andr\u00e9 Wormser croit \u00ab ce voyage tout \u00e0 fait pr\u00e9matur\u00e9 \u00bb <\/span>9<\/sup><\/a><\/span><\/span>. \u00ab Il ne s\u2019agit pas pour les Juifs de la diaspora d\u2019agir comme si les Isra\u00e9liens avaient une fois de plus remport\u00e9 une victoire \u00e9crasante sur leurs ennemis \u00bb, pr\u00e9cise-t-il. Il \u00e9voque de possibles \u00ab faux pas \u00bb et assure que le travailliste Nissim Zvili l\u2019a mis en garde contre d\u2019\u00e9ventuelles \u00ab fautes politiques \u00bb que pourrait commettre la communaut\u00e9 juive de France. Il entre \u00e9galement dans des consid\u00e9rations plus terre-\u00e0-terre : les principaux dirigeants isra\u00e9liens continuent de n\u00e9gocier en secret et ne pourraient \u00ab satisfaire les l\u00e9gitimes curiosit\u00e9s \u00bb des invit\u00e9s du Crif ; le Crif ne saurait que faire \u00e0 J\u00e9richo \u00ab \u00e0 une date o\u00f9 Arafat et la direction de l\u2019OLP n\u2019ont pas encore le droit de s\u2019installer et o\u00f9 la confusion doit r\u00e9gner entre arabes et colons \u00bb, etc. L\u2019organisation du voyage se poursuit tout de m\u00eame. Les modalit\u00e9s pratiques en sont discut\u00e9es \u00e0 la r\u00e9union du bureau ex\u00e9cutif du 20 septembre. \u00c0 la m\u00eame r\u00e9union, les membres du bureau d\u00e9battent de l\u2019opportunit\u00e9 d\u2019inviter Le\u00efla Shahid \u2014 repr\u00e9sentante de l\u2019OLP \u00e0 Paris \u2014 \u00e0 s\u2019exprimer devant la Commission d\u2019\u00e9tudes politiques du Crif. Un vote est organis\u00e9. Sur 9 votants, 5 membres du bureau estiment qu\u2019il faut recevoir Le\u00efla Shahid, \u00ab \u00e0 la condition expresse qu\u2019elle en formule la demande \u00bb <\/span>10<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Les 4 autres votent contre. Le 21 septembre, Jean Kahn prend la d\u00e9cision de reporter le voyage en raison de l\u2019indisponibilit\u00e9 d\u2019Yitzhak Rabin et Shimon P\u00e9r\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n Le 9 septembre 1993, Jean Kahn \u00e9crit \u00e0 Yitzhak Rabin, Shimon P\u00e9r\u00e8s et Ezer Weizman \u00e0 l\u2019occasion de Rosh Hashana, le nouvel an juif. Il parle d\u2019un \u00ab immense espoir \u00bb et esp\u00e8re que la nouvelle ann\u00e9e apportera la paix \u00e0 Isra\u00ebl.<\/p>Marc Hecker et Samuel Ghiles-Meilhac<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Le 18 octobre a lieu une nouvelle r\u00e9union du bureau ex\u00e9cutif. Une visite de Yasser Arafat \u00e0 Paris est annonc\u00e9e et Jean Kahn souhaite consulter les instances dirigeantes du Crif sur l\u2019opportunit\u00e9 de le rencontrer. Le d\u00e9bat est vif. Henri Hajdenberg est r\u00e9ticent : \u00ab Nous ne devons pas agir en citoyens isra\u00e9liens mais fran\u00e7ais, et nous ne sommes pas les n\u00e9gociateurs. Il ne faut pas que nous servions de caution \u00e0 Yasser Arafat \u00bb <\/span>11<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Hubert Heilbronn est plut\u00f4t favorable \u00e0 une rencontre en t\u00eate \u00e0 t\u00eate entre Jean Kahn et le chef de l\u2019OLP, en \u00ab terrain neutre \u00bb \u00e0 l\u2019instar de l\u2019ambassade du Maroc. Il ajoute toutefois : \u00ab Et si nous rencontrons Arafat, pourquoi ne pas rencontrer Le Pen ? Et puis Arafat a fait la paix avec Isra\u00ebl, pas avec les juifs \u00bb. La confusion r\u00e8gne. Henry Bulawko soutient que refuser cette rencontre reviendrait \u00e0 \u00ab infliger un affront au gouvernement isra\u00e9lien \u00bb. En outre, il souligne de mani\u00e8re tr\u00e8s pragmatique que si le Crif refusait de voir le chef de l\u2019OLP, d\u2019autres le feraient et le Crif passerait au second plan. Un vote est organis\u00e9. Sur 6 votants, 4 sont favorables \u00e0 une rencontre et 2 s\u2019y opposent.<\/p>\n\n\n\n \u00c0 l\u2019issue de la r\u00e9union du bureau ex\u00e9cutif, les pressions sur Jean Kahn s\u2019accentuent. Il re\u00e7oit par un exemple un courrier, le 20 octobre, d\u2019une dizaine de m\u00e9decins membres du Corps sanitaire fran\u00e7ais pour Isra\u00ebl (COSAFI). La lettre se r\u00e9sume \u00e0 deux phrases : \u00ab Nous avons appris par un tract circulant \u00e0 Paris votre intention de rencontrer le chef de l\u2019organisation terroriste OLP Arafat. Le COSAFI se d\u00e9solidarise totalement de votre initiative d\u00e9plac\u00e9e qui ne rapporte rien \u00e0 la communaut\u00e9 juive et \u00e0 Isra\u00ebl et vous demande de reconsid\u00e9rer votre position \u00bb. Les pressions font effet. Le vendredi 22 octobre, Jean Kahn est invit\u00e9 au Quai d\u2019Orsay pour participer au d\u00eener donn\u00e9 par le ministre Alain Jupp\u00e9 en l\u2019honneur de Yasser Arafat. Il fait savoir qu\u2019il ne pourra \u00eatre pr\u00e9sent, \u00ab emp\u00each\u00e9 par la c\u00e9l\u00e9bration de la f\u00eate du chabbath et retenu en province de ce fait \u00bb <\/span>12<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n\n\n Si Jean Kahn ne rencontre pas Yasser Arafat, il a en revanche l\u2019occasion d\u2019\u00e9changer \u00e0 plusieurs reprises avec la d\u00e9l\u00e9gu\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale de Palestine en France, Le\u00efla Shahid. C\u2019est le cas notamment le 27 octobre, \u00e0 l\u2019occasion d\u2019une soir\u00e9e d\u00e9bat organis\u00e9e par la F\u00e9d\u00e9ration protestante de France. Une semaine plus t\u00f4t, Le\u00efla Shahid a \u00e9t\u00e9 re\u00e7ue pour la premi\u00e8re fois par la commission d\u2019\u00e9tudes politiques du Crif. Le communiqu\u00e9 de presse publi\u00e9 \u00e0 l\u2019issue de cette r\u00e9union parle d\u2019un \u00ab dialogue direct et ouvert \u00bb <\/span>13<\/sup><\/a><\/span><\/span>, ce que confirme le compte-rendu d\u00e9taill\u00e9 de la rencontre <\/span>14<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Des points d\u2019achoppement sont perceptibles comme l\u2019attitude \u00e0 adopter vis-\u00e0-vis du Hamas dont Le\u00efla Shahid prend la d\u00e9fense bien qu\u2019elle ne partage pas nombre de ses id\u00e9es. Quelques jours plus tard, un compte-rendu de la rencontre avec la d\u00e9l\u00e9gu\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale de la Palestine est fait au bureau ex\u00e9cutif du Crif <\/span>15<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Certains de ses membres, en particulier Francis Kalifat et Pierre Kauffmann, continuent de s\u2019interroger sur l\u2019opportunit\u00e9 de cette invitation. Jean Kahn r\u00e9pond qu\u2019il a eu l\u2019accord et m\u00eame les encouragements de l\u2019ambassade d\u2019Isra\u00ebl qui consid\u00e8re que de telles rencontres \u00ab facilitent le processus de paix \u00bb. Il ajoute : \u00ab Nous ne devons pas ramer \u00e0 contre-courant. 65 % des Isra\u00e9liens sont pour le processus de paix. En France, nous devons suivre \u00bb.<\/p>\n\n\n\n Si Jean Kahn ne rencontre pas Yasser Arafat, il a en revanche l\u2019occasion d\u2019\u00e9changer \u00e0 plusieurs reprises avec la d\u00e9l\u00e9gu\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale de Palestine en France, Le\u00efla Shahid.<\/p>Marc Hecker et Samuel Ghiles-Meilhac<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Dans les semaines qui suivent, Jean Kahn et ses proches collaborateurs s\u2019affairent \u00e0 l\u2019organisation du voyage qui avait fait l\u2019objet d\u2019un report. Il n\u2019est plus question d\u2019emmener des hommes politiques fran\u00e7ais mais de permettre aux membres des instances dirigeantes du Crif d\u2019\u00e9changer avec les acteurs du processus de paix. Le Crif a de nombreux contacts du c\u00f4t\u00e9 isra\u00e9lien mais pas du c\u00f4t\u00e9 arabe. Le d\u00e9but du s\u00e9jour est pr\u00e9vu pour le 4 janvier 1994 mais \u00e0 la mi-d\u00e9cembre 1993, aucun rendez-vous n\u2019est encore fix\u00e9 en Cisjordanie ou en Jordanie. Jean Kahn souhaite dialoguer avec le roi Hussein \u00e0 Amman. Il appelle en personne l\u2019ambassade de Jordanie \u00e0 Paris <\/span>16<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Il t\u00e9l\u00e9phone aussi \u00e0 la d\u00e9l\u00e9gation g\u00e9n\u00e9rale de Palestine en France et demande \u00e0 rencontrer trois personnalit\u00e9s palestiniennes : Ahmed Tibi <\/span>17<\/sup><\/a><\/span><\/span>, Ziad Abou Zayyad <\/span>18<\/sup><\/a><\/span><\/span> et Fay\u00e7al Husseini <\/span>19<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Dans les deux cas, on lui promet une r\u00e9ponse rapide. Le 27 d\u00e9cembre, soit une semaine avant le d\u00e9part, les choses n\u2019ont pas progress\u00e9. Le pr\u00e9sident du Crif \u00e9crit \u00e0 la directrice de cette institution pour lui donner des instructions : \u00ab Il faut absolument voir les Palestiniens. Le go between<\/em> qui peut nous aider est Charles Enderlin [chef du bureau de France 2 \u00e0 J\u00e9rusalem] \u00bb <\/span>20<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Puis : \u00ab Veuillez insister aupr\u00e8s de l\u2019ambassade de Jordanie sinon t\u00e9l\u00e9phonez \u00e0 Gilbert Roos [consul honoraire d\u2019Isra\u00ebl] qui avait organis\u00e9 une rencontre avec le roi \u00e0 Strasbourg par le biais de l\u2019ambassadeur de Jordanie \u00e0 Bruxelles \u00bb. Le 31 d\u00e9cembre, un \u00ab programme encore incomplet \u00bb est adress\u00e9 aux participants au voyage. Des rencontres avec les plus hautes autorit\u00e9s isra\u00e9liennes \u2014 pr\u00e9sident, Premier ministre, ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res, etc. \u2014 sont pr\u00e9vues mais aucune personnalit\u00e9 palestinienne ou jordanienne n\u2019est mentionn\u00e9e. Finalement, le voyage a bien lieu du 4 au 9 septembre. Le Crif r\u00e9ussit \u00e0 rencontrer quelques Palestiniens mais pas du niveau esp\u00e9r\u00e9. Le passage en Jordanie est quant \u00e0 lui annul\u00e9, faute d\u2019avoir r\u00e9ussi \u00e0 obtenir un rendez-vous avec le roi Hussein.<\/p>\n\n\n\n Les espoirs suscit\u00e9s par la poign\u00e9e de main entre Yitzhak Rabin et Yasser Arafat sont rapidement assombris par la recrudescence de la violence. Le 25 f\u00e9vrier 1994, Baruch Goldstein, colon d\u2019extr\u00eame-droite, tue 29 Palestiniens \u00e0 H\u00e9bron. Le Crif agit rapidement pour faire en sorte que cet \u00e9v\u00e9nement ne conduise pas le rapprochement isra\u00e9lo-palestinien dans une impasse. Il publie imm\u00e9diatement un communiqu\u00e9 pour condamner \u00ab avec la plus grande vigueur \u00bb cette attaque. Jean Kahn adresse un t\u00e9l\u00e9gramme \u00e0 Dalil Boubakeur, recteur de l\u2019institut musulman de la mosqu\u00e9e de Paris : \u00ab Profond\u00e9ment boulevers\u00e9s par le drame de H\u00e9bron et la profanation de ce lieu Saint. Le Crif exprime \u00e0 nouveau son refus de la violence et vous assure de sa peine profonde, de son fraternel soutien \u00bb <\/span>21<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Le 1er<\/sup> mars, une d\u00e9l\u00e9gation du Crif, conduite par son pr\u00e9sident, se rend \u00e0 la mosqu\u00e9e de Paris pour exprimer la solidarit\u00e9 de la communaut\u00e9 juive envers la communaut\u00e9 musulmane <\/span>22<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Le 4 mars, Jean Kahn adresse un courrier \u00e0 Le\u00efla Shahid. Il qualifie l\u2019\u00ab horrible tuerie de H\u00e9bron \u00bb d\u2019\u00ab acte barbare \u00bb et renouvelle son soutien au processus de paix. Le 10 mars, il se rend \u00e0 J\u00e9rusalem-est pour exprimer \u00ab l\u2019\u00e9motion et la douleur de la communaut\u00e9 juive de France \u00bb \u00e0 Hasan Tahboub, pr\u00e9sident du conseil supr\u00eame islamique <\/span>23<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Le 16 mars, il publie dans Le Monde<\/em> une tribune intitul\u00e9e \u00ab Anath\u00e8mes contre un massacre \u00bb. Il y qualifie Baruch Goldstein de \u00ab psychopathe solitaire \u00bb. Le 21 mars, Le\u00efla Shahid r\u00e9pond \u00e0 Jean Kahn, le remercie de son \u00ab soutien \u00e0 la suite du massacre d\u2019H\u00e9bron \u00bb mais lui fait remarquer que cette tuerie ne peut \u00eatre r\u00e9sum\u00e9e aux agissements d\u2019un \u00ab psychopathe isol\u00e9 \u00bb <\/span>24<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Le 29 mars, c\u2019est au tour de Dalil Boubakeur d\u2019\u00e9crire au pr\u00e9sident du Crif : \u00ab Votre visite \u00e0 la mosqu\u00e9e de Paris, apr\u00e8s le terrible massacre d\u2019H\u00e9bron nous a profond\u00e9ment touch\u00e9s par la hauteur spirituelle, la sinc\u00e9rit\u00e9 et l\u2019\u00e9motion qui se sont d\u00e9gag\u00e9es de notre rencontre. [\u2026] Dieu fasse que toutes nos futures rencontres restent \u00e0 jamais marqu\u00e9es par les m\u00eames accents d\u2019amiti\u00e9, de fraternit\u00e9 et de solidarit\u00e9 dans la joie ou la douleur \u00bb <\/span>25<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n Les espoirs suscit\u00e9s par la poign\u00e9e de main entre Yitzhak Rabin et Yasser Arafat sont rapidement assombris par la recrudescence de la violence. Le 25 f\u00e9vrier 1994, Baruch Goldstein, colon d\u2019extr\u00eame-droite, tue 29 Palestiniens \u00e0 H\u00e9bron.<\/p>Marc Hecker et Samuel Ghiles-Meilhac<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Ces gestes et paroles d\u2019amiti\u00e9 n\u2019emp\u00eachent pas la situation au Proche-Orient de se d\u00e9grader. Le 6 avril 1994 a lieu l\u2019attentat d\u2019Affoula qui provoque la mort de 8 Isra\u00e9liens, suivi d\u2019une autre attaque presqu\u2019aussi meurtri\u00e8re la semaine suivante. Le Crif \u00ab s\u2019indigne \u00bb du mutisme de Yasser Arafat et lui demande de prendre clairement position contre le terrorisme <\/span>26<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Le fil du dialogue isra\u00e9lo-palestinien n\u2019est toutefois pas rompu. Les accords dits \u00ab du Caire \u00bb sont sign\u00e9s le 4 mai 1994. Jean Kahn se trouve alors \u00e0 J\u00e9rusalem d\u2019o\u00f9 il demande \u00e0 la \u00ab diaspora, qui a toujours su se mobiliser pour un Isra\u00ebl en guerre \u00bb de se mobiliser \u00ab encore bien davantage pour un Isra\u00ebl en paix \u00bb <\/span>27<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n Le 25 juillet 1994, le roi Hussein et Yitzhak Rabin signent la \u00ab d\u00e9claration de Washington \u00bb qui ouvre la voie \u00e0 l\u2019accord de paix isra\u00e9lo-jordanien conclu trois mois plus tard. Jean Kahn adresse ses f\u00e9licitations \u00e0 Yitzhak Rabin qui lui r\u00e9pond que le soutien du Crif et de la diaspora est extr\u00eamement important <\/span>28<\/sup><\/a><\/span><\/span>. En octobre, une c\u00e9r\u00e9monie est organis\u00e9e en Isra\u00ebl pour la signature du trait\u00e9 de paix. Des repr\u00e9sentants de la diaspora sont invit\u00e9s \u00e0 cet \u00e9v\u00e9nement mais les juifs de France sont \u00ab oubli\u00e9s \u00bb. Jean Kahn adresse une lettre manuscrite \u00e0 l\u2019ambassadeur d\u2019Isra\u00ebl en France, qu\u2019il appelle par son pr\u00e9nom et tutoie. Il s\u2019interroge : \u00ab Ne reconna\u00eetrait-on pas l\u2019engagement [des juifs de France], leur conviction, leur constante solidarit\u00e9 avec Isra\u00ebl, dans quelque domaine qu\u2019il s\u2019agisse ? Ne conna\u00eet-on que les juifs am\u00e9ricains [\u2026] ? Ce n\u2019est pas toi qui es en cause. C\u2019est une certaine vision des priorit\u00e9s de la part des dirigeants isra\u00e9liens. C\u2019est dommage. Mais sache que cela ne limitera \u00e0 aucun moment notre volont\u00e9 d\u2019aider Isra\u00ebl, aujourd\u2019hui, demain, toujours \u00bb <\/span>29<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n\n\n Les d\u00eeners du Crif 1994 et 1995 refl\u00e8tent les craintes grandissantes des dirigeants du Crif de voir le processus de paix vaciller. L\u2019\u00e9dition 1994 a lieu le 19 novembre 1994 soit une semaine apr\u00e8s une attaque du Jihad islamique \u00e0 Netzarim, un mois apr\u00e8s l\u2019explosion d\u2019un bus \u00e0 Tel-Aviv revendiqu\u00e9e par le Hamas et quatre mois apr\u00e8s l\u2019attentat contre le centre communautaire juif de Buenos Aires, non revendiqu\u00e9 mais sur lequel plane l\u2019ombre du Hezbollah et de l\u2019Iran. Dans son discours, Jean Kahn ne cache pas son inqui\u00e9tude. L\u2019ennemi d\u00e9sign\u00e9 n\u2019est plus l\u2019OLP mais l\u2019islamisme qui, selon le pr\u00e9sident du Crif, menacerait non seulement les juifs mais aussi \u00ab la communaut\u00e9 des musulmans de France, citoyens fran\u00e7ais ou non, dont [les islamistes] donnent une image effrayante et d\u00e9form\u00e9e \u00bb <\/span>30<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Le d\u00eener du Crif 1995 a lieu deux semaines apr\u00e8s l\u2019assassinat de Yitzhak Rabin. Le Premier ministre isra\u00e9lien avait encore rencontr\u00e9 une d\u00e9l\u00e9gation du Crif quelques mois plus t\u00f4t. Il avait notamment soulign\u00e9 que J\u00e9rusalem resterait \u00ab unie quoi qu\u2019il arrive \u00bb et avait \u00e9voqu\u00e9 \u00e0 mots couverts le rapprochement en cours avec la Syrie <\/span>31<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Lors du d\u00eener du 18 novembre, le discours du nouveau pr\u00e9sident du Crif, Henri Hajdenberg est marqu\u00e9 par un hommage appuy\u00e9 \u00e0 Yitzhak Rabin dont il loue le \u00ab courage visionnaire extraordinaire \u00bb et par une d\u00e9nonciation des terrorismes : celui qui frappe r\u00e9guli\u00e8rement les Isra\u00e9liens, celui qui ensanglante la France depuis l\u2019\u00e9t\u00e9 1995 et celui de l\u2019extr\u00eame droite isra\u00e9lienne qui conduit \u00e0 l\u2019assassinat d\u2019un des principaux artisans de la paix. Quelques jours plus t\u00f4t, Henri Hajdenberg \u00e9tait encore en Isra\u00ebl o\u00f9 il s\u2019\u00e9tait rendu pour assister aux obs\u00e8ques du d\u00e9funt Premier ministre. Il parle du \u00ab choc \u00bb qu\u2019il a ressenti, de son \u00ab d\u00e9sarroi \u00bb et du \u00ab bouleversement de valeurs que l\u2019on croyait solidement ancr\u00e9es \u00bb <\/span>32<\/sup><\/a><\/span><\/span>. L\u2019esprit du temps n\u2019est plus \u00e0 la c\u00e9l\u00e9bration de la paix mais \u00e0 l\u2019appr\u00e9hension d\u2019un nouvel embrasement au Proche-Orient.<\/p>\n\n\n\n Les d\u00eeners du Crif 1994 et 1995 refl\u00e8tent les craintes grandissantes des dirigeants du Crif de voir le processus de paix vaciller.<\/p>Marc Hecker et Samuel Ghiles-Meilhac<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n La d\u00e9cision prise en 1993 par les instances dirigeantes du Crif de soutenir les n\u00e9gociations de paix ne constitue pas une simple parenth\u00e8se qui se referme avec la multiplication des attentats et l\u2019assassinat de Yitzhak Rabin. Des changements structurels ont eu lieu et contribuent \u00e0 expliquer pourquoi le Crif ne rebascule pas dans une logique de d\u00e9l\u00e9gitimation de la cause palestinienne.<\/p>\n\n\n\n Le premier facteur \u00e0 consid\u00e9rer a trait \u00e0 l\u2019\u00e9volution g\u00e9n\u00e9rale de la politique internationale. Le contexte de la fin de la guerre froide concourt en effet au changement de cap du Crif. Les liens entre l\u2019URSS et l\u2019OLP sont aujourd\u2019hui bien document\u00e9s <\/span>33<\/sup><\/a><\/span><\/span>. M\u00eame si les relations palestino-sovi\u00e9tiques ont \u00e9t\u00e9 mouvement\u00e9es et complexes, il n\u2019en demeure pas moins que l\u2019URSS a fortement soutenu le Fatah de Yasser Arafat, tout comme d\u2019autres groupes palestiniens <\/span>34<\/sup><\/a><\/span><\/span>. L\u2019OLP se consid\u00e9rait comme un mouvement r\u00e9volutionnaire et associait le sionisme \u00e0 l\u2019imp\u00e9rialisme. Elle se situait clairement dans le camp de Moscou \u2014 o\u00f9 Yasser Arafat a \u00e9t\u00e9 re\u00e7u d\u00e8s 1968 \u2014 face aux \u00c9tats-Unis, alli\u00e9s d\u2019Isra\u00ebl. Avec la disparition de l\u2019URSS en 1991, l\u2019OLP perd donc un soutien important et se trouve affaiblie. La m\u00eame ann\u00e9e est marqu\u00e9e par la guerre du Golfe. L\u2019organisation dirig\u00e9e par Yasser Arafat prend la d\u00e9fense de Saddam Hussein dont l\u2019arm\u00e9e tire plusieurs missiles sur l\u2019\u00c9tat h\u00e9breu <\/span>35<\/sup><\/a><\/span><\/span>. L\u2019issue de cette guerre \u2014 une victoire \u00e9crasante de la coalition men\u00e9e par les \u00c9tats-Unis \u2014 affaiblit davantage l\u2019OLP. Le Crif est conscient de cette \u00e9volution g\u00e9n\u00e9rale de la politique internationale. Lors de la r\u00e9union du bureau ex\u00e9cutif du 6 septembre 1993 <\/span>36<\/sup><\/a><\/span><\/span>, Manek Weintraub fait remarquer que \u00ab devant la faiblesse de l\u2019OLP, Isra\u00ebl va n\u00e9gocier en position de force \u00bb. Deux jours plus tard, le comit\u00e9 directeur du Crif re\u00e7oit un diplomate isra\u00e9lien qui affirme qu\u2019il faut \u00ab exploiter la faiblesse de l\u2019OLP dans un contexte historique sans pr\u00e9c\u00e9dent \u00bb <\/span>37<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\nLe Crif au d\u00e9but du processus d\u2019Oslo<\/strong><\/h2>\n\n\n\n
\r\n <\/picture>\r\n \n Le Crif \u00e0 la rencontre des Palestiniens<\/strong><\/h2>\n\n\n\n
\r\n <\/picture>\r\n \n Le temps des espoirs d\u00e9\u00e7us<\/strong><\/h2>\n\n\n\n
\r\n <\/picture>\r\n \n Le Crif face \u00e0 l\u2019OLP : les raisons du revirement de 1993<\/strong><\/h2>\n\n\n\n