{"id":180887,"date":"2023-03-27T19:05:25","date_gmt":"2023-03-27T17:05:25","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=180887"},"modified":"2023-03-28T15:48:54","modified_gmt":"2023-03-28T13:48:54","slug":"10-points-sur-la-turquie-avant-lelection-presidentielle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2023\/03\/27\/10-points-sur-la-turquie-avant-lelection-presidentielle\/","title":{"rendered":"La fin d’Erdo\u011fan ? 10 points sur la Turquie avant l’\u00e9lection pr\u00e9sidentielle"},"content":{"rendered":"\n
Bien qu\u2019il ait \u00e9t\u00e9 propos\u00e9, au lendemain des tremblements de terre qui ont frapp\u00e9 la Turquie d\u00e9but f\u00e9vrier, de reporter les \u00e9lections, ces derni\u00e8res ont \u00e9t\u00e9 fix\u00e9es au 14 mai. En cette ann\u00e9e o\u00f9 la R\u00e9publique c\u00e9l\u00e8bre le 100e anniversaire de sa fondation, pr\u00e8s de cinquante-trois millions de Turcs sont appel\u00e9s \u00e0 choisir entre la continuit\u00e9 du pr\u00e9sident Recep Tayyip Erdo\u011fan, au pouvoir sans discontinuer depuis 2003, et l’ouverture d’une nouvelle page de l\u2019histoire politique moderne de la Turquie. Au cours des 20 ann\u00e9es de gouvernements dirig\u00e9s par l’AKP, il a \u00e9t\u00e9 question \u00e0 maintes reprises de tours \u00e9lectoraux d\u00e9cisifs. Erdo\u011fan lui-m\u00eame, dont la strat\u00e9gie \u00e9lectorale depuis plus d’une d\u00e9cennie consiste \u00e0 pr\u00e9senter le vote comme un r\u00e9f\u00e9rendum centr\u00e9 sur sa personne \u2014 plut\u00f4t que sur la plateforme \u00e9lectorale \u2014 a aliment\u00e9 la polarisation du cadre politique turc \u00e0 travers un r\u00e9cit bas\u00e9 sur le \u00ab nous \u00bb contre \u00ab eux \u00bb. Cependant, compar\u00e9 aux \u00e9lections des derni\u00e8res ann\u00e9es, le scrutin de mai pr\u00e9sente sans aucun doute de nouvelles caract\u00e9ristiques, qui permettent de le consid\u00e9rer comme un tournant incontestable pour le pr\u00e9sent et l’avenir de la Turquie. <\/p>\n\n\n\n
Le premier \u00e9l\u00e9ment \u00e0 retenir est l’importance symbolique qu\u2019il rev\u00eat un si\u00e8cle apr\u00e8s la naissance de la R\u00e9publique des mains de Mustafa Kemal ; le \u00ab p\u00e8re des Turcs \u00bb (Atat\u00fcrk) est en effet la figure politique avec laquelle les observateurs, notamment occidentaux, ont souvent tendance \u00e0 comparer Erdo\u011fan, en soulignant les diff\u00e9rences \u2014 principalement identitaires \u2014 et en occultant les m\u00e9canismes communs de gestion du pouvoir. Ce r\u00e9cit pr\u00e9dominant, centr\u00e9 sur la c\u00e9sure que l’actuel pr\u00e9sident aurait op\u00e9r\u00e9 par rapport au pass\u00e9, risque d’alimenter une vision trop simpliste. Il en r\u00e9sulte une tendance \u00e0 analyser la politique turque uniquement sous l’angle d’une confrontation entre les visions k\u00e9maliste et erdoganiste, ou entre les Turcs la\u00efques et les conservateurs. Or les politiques men\u00e9es par les deux dirigeants turcs pr\u00e9sentent une plus grande complexit\u00e9 que ce qui est habituellement consid\u00e9r\u00e9, avec une multiplicit\u00e9 de points de contact qui montrent une continuit\u00e9 historique entre l’\u00e9pop\u00e9e k\u00e9maliste et les deux d\u00e9cennies d’Erdo\u011fan. En d’autres termes, l’\u00e9l\u00e9ment identitaire est sans doute n\u00e9cessaire, mais pas suffisant pour comprendre les dynamiques sociopolitiques du pays.<\/p>\n\n\n\n Erdo\u011fan, dont la strat\u00e9gie \u00e9lectorale depuis plus d’une d\u00e9cennie consiste \u00e0 pr\u00e9senter le vote comme un r\u00e9f\u00e9rendum centr\u00e9 sur sa personne, a aliment\u00e9 la polarisation du cadre politique turc \u00e0 travers un r\u00e9cit bas\u00e9 sur le \u00ab nous \u00bb contre \u00ab eux \u00bb.<\/p>Federico Donelli<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Le deuxi\u00e8me \u00e9l\u00e9ment \u00e0 prendre en compte pour le vote du 14 mai est le contexte international et le r\u00f4le que compte y jouer la Turquie. L’invasion russe de l’Ukraine n’a fait qu’acc\u00e9l\u00e9rer des dynamiques syst\u00e9miques d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sentes depuis un certain temps. L’ordre lib\u00e9ral traverse depuis plus d’une d\u00e9cennie une profonde phase de transition, \u00e0 la recherche d’une configuration encore difficile \u00e0 d\u00e9finir et \u00e0 pr\u00e9voir. Dans ce cadre rendu de plus en plus volatile et permissif par l’absence d’une ou plusieurs grandes puissances capables de d\u00e9tenir et d’exercer le pouvoir, des acteurs \u00e9mergents comme la Turquie ont b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de nouveaux espaces et d’opportunit\u00e9s pour se tailler un r\u00f4le de moins en moins marginal dans de nombreuses questions internationales. Le pays anatolien a en particulier r\u00e9ussi \u00e0 acqu\u00e9rir une position d\u2019interm\u00e9diaire indispensable dans de nombreuses crises, notamment via le quadrant afro-eurasien. Le vote sera donc un choix non seulement sur la direction que prendra la Turquie au niveau interne, mais aussi sur le r\u00f4le qu’Ankara voudra jouer au niveau international, sur ses alliances et sur les choix strat\u00e9giques pour les ann\u00e9es \u00e0 venir.<\/p>\n\n\n\n Ce qui fait de ces \u00e9lections un v\u00e9ritable tournant, c’est que jamais le consensus autour d’Erdo\u011fan et de l’\u00e9lite politique qui lui est li\u00e9e ne s’est autant r\u00e9tr\u00e9ci que ces derniers mois.<\/p>\n\n\n\n La gestion \u00e9conomique et financi\u00e8re de l’ex\u00e9cutif d’Erdo\u011fan a en effet fragilis\u00e9 une part de son \u00e9lectorat, en particulier la classe moyenne et les personnes les plus expos\u00e9es \u00e0 la hausse constante des prix. Les ann\u00e9es pass\u00e9es, marqu\u00e9es par une centralisation croissante du pouvoir \u2014 institutionnalis\u00e9e \u00e0 travers le passage du syst\u00e8me parlementaire au pr\u00e9sidentialisme \u2014 ont cr\u00e9\u00e9 un syst\u00e8me de gouvernement unipersonnel, favoris\u00e9 l’\u00e9rosion des institutions et la r\u00e9pression des formes de dissidence. Le processus de r\u00e9gression d\u00e9mocratique, justifi\u00e9 par des situations d’urgence \u2014 attaques terroristes, coup d’\u00c9tat manqu\u00e9, crise pand\u00e9mique \u2014 a suscit\u00e9 le malaise et la d\u00e9saffection au sein de l’\u00e9lectorat de l’AKP, en plus d\u2019alimenter une tension sociale g\u00e9n\u00e9rale<\/p>\n\n\n\n Le processus de r\u00e9gression d\u00e9mocratique, justifi\u00e9 par des situations d’urgence \u2014 attaques terroristes, coup d’\u00c9tat manqu\u00e9, crise pand\u00e9mique \u2014 a suscit\u00e9 le malaise et la d\u00e9saffection au sein de l’\u00e9lectorat de l’AKP.<\/p>Federico Donelli<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Les signes d’une d\u00e9saffection croissante \u00e0 l’\u00e9gard d’Erdo\u011fan s’\u00e9taient d\u00e9j\u00e0 vus lors des \u00e9lections locales de 2019, lorsque les candidats de la coalition majoritaire (AKP-MHP) avaient perdu dans les trois grandes villes du pays : Istanbul, Ankara et Izmir. \u00c0 cela s’ajoute le dramatique tremblement de terre de f\u00e9vrier<\/a> qui a touch\u00e9 des provinces o\u00f9 Erdo\u011fan avait toujours b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d’un large soutien. Les nombreuses responsabilit\u00e9s politiques du gouvernement, tant dans le manque de pr\u00e9vention que dans l’inefficacit\u00e9 de la r\u00e9ponse dans les heures qui ont suivi les premi\u00e8res secousses, ont mis en \u00e9vidence, de mani\u00e8re tragique compte tenu de la situation dans les provinces du sud du pays, les nombreuses faiblesses et incoh\u00e9rences de la Turquie qu’Erdo\u011fan projette \u00e0 l’int\u00e9rieur du pays comme \u00e0 l’\u00e9tranger.<\/p>\n\n\n\n L’impact qu’une telle gestion aura sur le choix du vote est donc une variable suppl\u00e9mentaire dans une \u00e9lection toujours difficile \u00e0 d\u00e9crypter. Un nombre croissant de Turcs estime cependant qu’un changement politique est n\u00e9cessaire, allant de la r\u00e9forme constitutionnelle, avec un retour au parlementarisme, \u00e0 l’\u00e9largissement de la repr\u00e9sentation politique via l’abaissement du seuil \u00e9lectoral dans ce scrutin proportionnel (il est fix\u00e9 \u00e0 ce jour \u00e0 7 %).<\/p>\n\n\n\n\n\n Dans le m\u00eame intervalle, aujourd’hui comme hier, de nombreux \u00e9lecteurs turcs sont pr\u00e9occup\u00e9s et d\u00e9sorient\u00e9s par l’id\u00e9e d’une Turquie post-Erdo\u011fan. Les partis d’opposition, m\u00eame s’ils expriment leur volont\u00e9 de coop\u00e9rer au sein d’un \u00e9ventuel ex\u00e9cutif, montrent de nombreuses et profondes divergences. La volont\u00e9 de mettre fin \u00e0 l’\u00e8re Erdo\u011fan ne semble pas \u00eatre un argument suffisant pour convaincre la majorit\u00e9 de l’\u00e9lectorat turc ; sa plus grande crainte est que les questions non r\u00e9solues entre les partis d’opposition (CHP, IYI, Deva, Saadet, DP et GP) ne conduisent le pays dans une phase de profonde instabilit\u00e9 interne, le rendant vuln\u00e9rable aux nombreux d\u00e9fis des ann\u00e9es \u00e0 venir.<\/p>\n\n\n\n L’ensemble de ces consid\u00e9rations doit donc s’accommoder de la fragilit\u00e9 du syst\u00e8me politique turc. La Turquie d’aujourd’hui porte les marques d’un autoritarisme en concurrence avec des oppositions ; le processus \u00e9lectoral sera donc injuste, mais il restera comp\u00e9titif. Le terrain de jeu est de fait tr\u00e8s in\u00e9gal entre les candidats : l’exposition m\u00e9diatique, publique et priv\u00e9e, est presque enti\u00e8rement monopolis\u00e9e par la coalition au pouvoir. L’ex\u00e9cutif a adopt\u00e9 des mesures qui rendront encore plus compliqu\u00e9 le contr\u00f4le par l’opposition de l’ensemble du processus \u00e9lectoral. La nomination au sein du Conseil \u00e9lectoral supr\u00eame de juges proches de la coalition au pouvoir a \u00e9galement \u00e9rod\u00e9 les m\u00e9canismes de contr\u00f4le et d’\u00e9quilibre d\u00e9j\u00e0 faibles. En d’autres termes, Erdo\u011fan est favoris\u00e9 \u2014 mais l’issue du vote reste ouverte et n’est pas acquise d’avance. C’est pourquoi les \u00e9lections seront bien l’un des \u00e9v\u00e9nements politiques majeurs de 2023 pour la Turquie.<\/p>\n\n\n\n La Turquie d’aujourd’hui porte les marques d’un autoritarisme en concurrence avec des oppositions ; le processus \u00e9lectoral sera donc injuste, mais il restera comp\u00e9titif.<\/p>Federico Donelli<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Les prescriptions promues ces derni\u00e8res ann\u00e9es par l’ex\u00e9cutif et la r\u00e9duction progressive de l’autonomie de la Banque centrale ont port\u00e9 l’inflation \u00e0 85 % \u2014 la plus \u00e9lev\u00e9e depuis le d\u00e9but du nouveau mill\u00e9naire, et ont fait d\u00e9gringoler la valeur de la lire.<\/p>\n\n\n\n Le co\u00fbt de la vie a augment\u00e9 de mani\u00e8re significative, en particulier pour les couches les plus faibles de la soci\u00e9t\u00e9, mais la baisse du pouvoir d\u2019achat a aussi touch\u00e9 la classe moyenne, dont l’\u00e9pargne a rapidement perdu de sa valeur. L’opposition a critiqu\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises les politiques \u00e9conomiques de l’ex\u00e9cutif, ax\u00e9es sur des id\u00e9es peu orthodoxes, en particulier dans le domaine des taux d’int\u00e9r\u00eat, et a plac\u00e9 une r\u00e9vision compl\u00e8te des mesures adopt\u00e9es dans le cadre des \u00ab Erdoganomics \u00bb en t\u00eate de l’agenda politique.<\/p>\n\n\n\n Avant que le tremblement de terre ne bouleverse la vie de millions de Turcs et de Syriens, la campagne \u00e9lectorale d’Erdo\u011fan \u00e9tait presque exclusivement ax\u00e9e sur la politique \u00e9trang\u00e8re et le r\u00f4le de la Turquie dans une multitude de crises internationales \u2014 de l’Ukraine \u00e0 la Somalie en passant par la Libye et la Syrie. Le choix de l’ex\u00e9cutif \u00e9tait double : d’une part valoriser son engagement dans de multiples sc\u00e9narios, non sans co\u00fbt, et d’autre part d\u00e9tourner l’\u00e9lectorat des nombreux probl\u00e8mes int\u00e9rieurs. <\/p>\n\n\n\n L’activisme turc de ces derni\u00e8res ann\u00e9es n’est pas sans zones d\u2019ombre ni sans ambigu\u00eft\u00e9s ; en premier lieu, dans sa relation avec les partenaires occidentaux traditionnels. La recherche d’une plus grande autonomie strat\u00e9gique de la Turquie et le jeu d’\u00e9quilibristes de plus en plus pr\u00e9caire dans ses relations avec Moscou ont conduit \u00e0 la multiplication des malentendus et, dans certains cas, \u00e0 l’\u00e9mergence de v\u00e9ritables d\u00e9saccords avec les \u00c9tats-Unis. Le vote du mois de mai pourrait consolider les tendances actuelles ou les interrompre. Cependant, il est illusoire de penser que le pays pourrait revenir \u00e0 une politique \u00e9trang\u00e8re pr\u00e9-Erdo\u011fan. Le syst\u00e8me international, l’ordre r\u00e9gional et les structures internes de la Turquie sont radicalement diff\u00e9rents de ce qu’ils \u00e9taient \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1990. \u00c0 cela s’ajoute qu’en plus de ses relations avec la Russie et les \u00c9tats-Unis, la Turquie devra d\u00e9finir sa position vis-\u00e0-vis de la Chine, de plus en plus influente et puissante. Dans les ann\u00e9es \u00e0 venir, dans une logique de concurrence mondiale, il sera crucial pour les \u00c9tats-Unis et leurs alli\u00e9s de ne pas perdre le soutien d\u2019Ankara, aussi probl\u00e9matique et inconstant soit-il.<\/p>\n\n\n\n Il est illusoire de penser que le pays pourrait revenir \u00e0 une politique \u00e9trang\u00e8re pr\u00e9-Erdo\u011fan.<\/p>Federico Donelli<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Ces derni\u00e8res ann\u00e9es, les relations entre la Turquie et l’Union europ\u00e9enne ont connu une phase de d\u00e9sengagement mutuel. <\/p>\n\n\n\n Les facteurs qui ont principalement d\u00e9termin\u00e9 le refroidissement des relations sont la r\u00e9gression d\u00e9mocratique interne du pays anatolien et la politique de la Turquie en M\u00e9diterran\u00e9e orientale, per\u00e7ue par les pays europ\u00e9ens comme hautement d\u00e9stabilisante. Toutefois, ces frictions se sont accompagn\u00e9es du maintien de relations \u00e9conomiques et commerciales importantes \u2014 les pays de l’Union restent le principal partenaire de la Turquie \u2014 et d’une coop\u00e9ration en mati\u00e8re de flux migratoires<\/p>\n\n\n\n\n\n La question migratoire ne met pas seulement en lumi\u00e8re toutes les contradictions europ\u00e9ennes, elle constitue aussi l’un des points faibles de l’Union, qui a de facto<\/em> sous-trait\u00e9 le contr\u00f4le d’une partie de ses fronti\u00e8res \u00e0 la Turquie, offrant au r\u00e9gime d\u2019Erdo\u011fan un levier d’influence et de pression. Quelle que soit l’issue du vote, les relations entre l’Union et la Turquie doivent \u00eatre enti\u00e8rement repens\u00e9es dans les ann\u00e9es \u00e0 venir, peut-\u00eatre par le d\u00e9veloppement d’un nouveau cadre de partenariat allant au-del\u00e0 de la seule union douani\u00e8re. <\/p>\n\n\n\n L’une des caract\u00e9ristiques de la politique \u00e9trang\u00e8re turque de ces derni\u00e8res ann\u00e9es a \u00e9t\u00e9 l’\u00e9largissement de ses orientations. D’une politique ext\u00e9rieure exclusivement tourn\u00e9e vers l’Occident, la Turquie s’est progressivement ouverte \u00e0 des r\u00e9gions longtemps ignor\u00e9es, telles que le Moyen-Orient, les Balkans et l’Afrique.<\/p>\n\n\n\n Si l’hyperactivit\u00e9 turque a apport\u00e9 des b\u00e9n\u00e9fices politiques et \u00e9conomiques elle a aussi, dans le m\u00eame temps, accentu\u00e9 certaines rivalit\u00e9s inter\u00e9tatiques. Face \u00e0 une situation interne rendue pr\u00e9caire par la sant\u00e9 de l’\u00e9conomie et une polarisation politique extr\u00eame, de nombreux doutes sont \u00e9mis quant \u00e0 la capacit\u00e9 de la Turquie \u00e0 remplir les engagements qu’elle a pris sur plusieurs fronts. En d’autres termes, il est possible qu’Ankara soit confront\u00e9 au danger de la surcharge. Dans le m\u00eame temps, le r\u00e9sultat des \u00e9lections aura des cons\u00e9quences majeures sur la position strat\u00e9gique de la Turquie en Syrie, en Libye et en Somalie, o\u00f9 la Turquie joue un r\u00f4le important.<\/p>\n\n\n\n Si l’hyperactivit\u00e9 turque a apport\u00e9 des b\u00e9n\u00e9fices politiques et \u00e9conomiques elle a aussi, dans le m\u00eame temps, accentu\u00e9 certaines rivalit\u00e9s inter\u00e9tatiques.<\/p>Federico Donelli<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Les Kurdes, qui repr\u00e9sentent aujourd’hui pr\u00e8s de 20 % de la population turque, ont longtemps \u00e9t\u00e9 marginalis\u00e9s et discrimin\u00e9s. Quelques ann\u00e9es apr\u00e8s la fondation de la r\u00e9publique, Mustafa Kemal avait lanc\u00e9 une s\u00e9rie de politiques assimilationnistes visant \u00e0 \u00e9radiquer l’identit\u00e9 kurde sur le territoire turc, en particulier dans les provinces de l’est de l’Anatolie. Les relations entre la population kurde et les autorit\u00e9s turques se sont encore d\u00e9grad\u00e9es au tournant des ann\u00e9es 1980 avec la formation de l’organisation terroriste du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). La lutte arm\u00e9e pour l’ind\u00e9pendance du Kurdistan turc a d\u00e9clench\u00e9 un cycle de violence qui a co\u00fbt\u00e9 la vie \u00e0 des dizaines de milliers de personnes. <\/p>\n\n\n\n Depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, la situation des Kurdes en Turquie s’est l\u00e9g\u00e8rement am\u00e9lior\u00e9e, gr\u00e2ce \u00e0 certaines initiatives visant \u00e0 reconna\u00eetre la langue kurde et les droits culturels. De nombreux Kurdes ont soutenu et soutiennent encore le parti d’Erdo\u011fan, consid\u00e9rant l’identit\u00e9 conservatrice commune comme une solution plausible pour r\u00e9duire les diff\u00e9rences ethniques et la discrimination. Apr\u00e8s 2016, le conflit entre les autorit\u00e9s turques et le PKK a repris de l’ampleur en raison de facteurs internes et externes au pays. L’\u00e9mergence de formations kurdes-syriennes (PYD, YPG) le long des zones frontali\u00e8res avec la Syrie, consid\u00e9r\u00e9es comme une expression directe du PKK, a incit\u00e9 Ankara \u00e0 lancer une s\u00e9rie d’op\u00e9rations militaires sur le territoire syrien. Parall\u00e8lement, la formation d\u2019une l’alliance politique entre l’AKP et le parti nationaliste MHP a pouss\u00e9 l’ex\u00e9cutif \u00e0 mener une politique plus agressive dans les r\u00e9gions d’Anatolie orientale, dans le but de neutraliser les formations du PKK se d\u00e9pla\u00e7ant entre la Syrie et l’Irak. <\/p>\n\n\n\n De nombreux Kurdes ont soutenu et soutiennent encore le parti d’Erdo\u011fan, consid\u00e9rant l’identit\u00e9 conservatrice commune comme une solution plausible pour r\u00e9duire les diff\u00e9rences ethniques et la discrimination.<\/p>Federico Donelli<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n1 \u2014 Erdo\u011fan b\u00e9n\u00e9ficie-t-il toujours d\u2019un soutien \u00e9lectoral fort ? <\/h2>\n\n\n\n
\r\n <\/picture>\r\n \n 2 \u2014 Quelle est la sant\u00e9 des partis de l\u2019opposition ? <\/h2>\n\n\n\n
3 \u2014 Quel est l’\u00e9tat de sant\u00e9 r\u00e9el de l’\u00e9conomie turque ?<\/h2>\n\n\n\n
4 \u2014 Comment la Turquie \u00e9volue-t-elle dans un contexte international en profonde mutation ?<\/h2>\n\n\n\n
5 \u2014 Les relations entre la Turquie et l’Union europ\u00e9enne peuvent-elles \u00eatre ranim\u00e9es ?<\/h2>\n\n\n\n
\r\n <\/picture>\r\n \n 6 \u2014 Quel avenir pour les engagements de la Turquie \u00e0 l\u2019\u00e9tranger ?<\/h2>\n\n\n\n
7 \u2014 Quelles sont les perspectives pour la population kurde ?<\/h2>\n\n\n\n