{"id":180700,"date":"2023-03-26T17:30:00","date_gmt":"2023-03-26T15:30:00","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=180700"},"modified":"2023-09-20T16:18:22","modified_gmt":"2023-09-20T14:18:22","slug":"le-projet-europeen-de-la-pologne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2023\/03\/26\/le-projet-europeen-de-la-pologne\/","title":{"rendered":"La doctrine Morawiecki : le plan de la droite radicale polonaise pour r\u00e9organiser l’Europe"},"content":{"rendered":"\n
Cette semaine, le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki a prononc\u00e9 \u00e0 l’Universit\u00e9 d’Heidelberg un discours important qui n’a pas assez \u00e9t\u00e9 lu. S’inscrivant dans la lign\u00e9e des prises de parole sur l\u2019avenir de l\u2019Union prononc\u00e9es par le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique fran\u00e7aise Emmanuel Macron (\u00e0 la Sorbonne en septembre 2017) et par le chancelier allemand Olaf Scholz (\u00e0 l’Universit\u00e9 de Prague en ao\u00fbt 2022)<\/a>. C’est un discours important car, \u00e0 quelques mois des \u00e9lections polonaises, il donne \u00e0 voir le point de vue d\u2019un dirigeant d\u2019Europe centrale, dont le pays a vu son r\u00f4le politique au sein de l\u2019Union renforc\u00e9 depuis la guerre en Ukraine, qualifi\u00e9e ici de \u00ab tournant historique \u00bb. Morawiecki y expose une vision des d\u00e9fis qui attendent l\u2019Union, ainsi que des pistes pour y r\u00e9pondre \u2014 qui tranchent nettement, radicalement avec celles avanc\u00e9es par ses homologues fran\u00e7ais et allemand.<\/p>\n\n\n\n Votre Magnificence, Professeur Eitel,<\/p>\n\n\n\n M. le Premier ministre Kretschmann,<\/p>\n\n\n\n Mesdames et Messieurs,<\/p>\n\n\n\n Chers \u00e9tudiants<\/p>\n\n\n\n Je vous remercie de m’avoir invit\u00e9 \u00e0 Heidelberg. C’est un grand honneur pour moi de prendre la parole ici, dans l’une des plus anciennes universit\u00e9s du continent. C’est un lieu qui a form\u00e9 des dizaines de g\u00e9n\u00e9rations d’Europ\u00e9ens remarquables. Beaucoup de grands Allemands, bien s\u00fbr, mais aussi beaucoup de Polonais. L’un d’entre eux a m\u00eame \u00e9t\u00e9 son recteur.<\/p>\n\n\n\n Heidelberg est une ville magnifique, construite et entretenue depuis des g\u00e9n\u00e9rations. Et pourtant, cette ville merveilleuse, qui est \u00e0 bien des \u00e9gards un microcosme de l’Europe, a \u00e9t\u00e9 le t\u00e9moin de beaucoup de mal, de violence, de guerre et d’atrocit\u00e9s. <\/p>\n\n\n\n Aujourd’hui, elles reviennent tristement sur notre continent.<\/p>\n\n\n\n L’Europe se trouve \u00e0 un tournant historique. Plus grave encore que lors de la chute du communisme. Pour l’essentiel, ces changements \u00e9taient pacifiques. Aujourd’hui, alors que le monde entier est menac\u00e9 par une guerre d’agression russe, l’\u00e9poque d’il y a 70 ou 80 ans nous revient \u00e0 l’esprit.<\/p>\n\n\n\n Aujourd’hui, je souhaite vous parler de quatre sujets majeurs qui sont essentiels pour l’avenir de l’Europe. Je diviserai donc mon discours en quatre parties.<\/p>\n\n\n\n Dans chacune de ces parties, j’\u00e9voquerai ce que je consid\u00e8re comme une question fondamentale, \u00e0 savoir le r\u00f4le des \u00c9tats-nations.<\/p>\n\n\n\n Je commencerai par un premier th\u00e8me g\u00e9n\u00e9ral : 1. Ce que l’histoire de l’Europe nous enseigne aujourd’hui<\/em><\/p>\n\n\n\n Ensuite, je passerai \u00e0 : 2. L’importance de la lutte de l’Ukraine contre la Russie et les conclusions que nous pouvons tirer de la guerre en Ukraine pour l’Europe.<\/em><\/p>\n\n\n\n Plus loin, j’aborderai une troisi\u00e8me question : 3. Ce que sont les valeurs europ\u00e9ennes et ce qui les menace aujourd’hui ; <\/em>et enfin, 4. je discuterai du moyen par lequel l’Europe peut adopter le r\u00f4le de leader mondial.<\/em><\/p>\n\n\n\n Si nous nous demandons ce que l’histoire de l’Europe peut nous apprendre, j’aimerais commencer par \u00e9voquer nos relations… polonaises et allemandes.<\/p>\n\n\n\n Nous sommes voisins depuis plus de onze si\u00e8cles. Nous avons v\u00e9cu, travaill\u00e9, nous nous sommes pr\u00e9occup\u00e9s de nos probl\u00e8mes et les avons r\u00e9solus, non seulement c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te, mais souvent ensemble. Nous avons fond\u00e9 nos premi\u00e8res universit\u00e9s en m\u00eame temps – \u00e0 Cracovie en 1364, \u00e0 Heidelberg en 1386. Au fil des si\u00e8cles, il y a eu de nombreux Polonais d’origine allemande ou des Allemands d’origine polonaise et <\/p>\n\n\n\n slave.<\/p>\n\n\n\n Aujourd’hui, Polonais et Allemands travaillent en \u00e9troite collaboration sur le plan \u00e9conomique, ce qui cr\u00e9e une interd\u00e9pendance.<\/p>\n\n\n\n Nous sommes le cinqui\u00e8me partenaire commercial de l’Allemagne, apr\u00e8s la Chine, les \u00c9tats-Unis, les Pays-Bas et la France. Bient\u00f4t, nous passerons \u00e0 la quatri\u00e8me place, d\u00e9passant la France. Puis nous passerons m\u00eame \u00e0 la troisi\u00e8me place.<\/p>\n\n\n\n Beaucoup ne le savent pas, mais la Russie occupe la 16e place ; et la Pologne, avec d’autres pays du groupe de Visegrad, est aujourd’hui un partenaire bien plus important que la Chine ou les \u00c9tats-Unis. Il convient de noter \u00e0 quel point l’Allemagne et la Pologne sont importantes l’une pour l’autre. Bien que nous ayons des points de vue diff\u00e9rents sur certaines questions, nous partageons \u00e9galement de nombreux probl\u00e8mes communs qui doivent \u00eatre surmont\u00e9s ensemble.<\/p>\n\n\n\n Morawiecki commence par rappeler l\u2019importance cruciale de la Pologne, et plus g\u00e9n\u00e9ralement des pays d\u2019Europe centrale, en tant que partenaire \u00e9conomique de l\u2019Allemagne, dans un contexte o\u00f9 c\u2019est surtout la d\u00e9pendance de ce pays (et d\u2019autres en Europe) vis-\u00e0-vis du gaz russe qui a \u00e9t\u00e9 abondamment comment\u00e9e depuis le d\u00e9but de la guerre en Ukraine. <\/p>\n\n\n\n L\u2019enjeu ici est de relativiser le caract\u00e8re suppos\u00e9ment p\u00e9riph\u00e9rique \u2014 et donc n\u00e9gligeable, dans le jeu g\u00e9opolitique et les \u00e9changes \u00e9conomiques \u2014 de l\u2019Europe centrale vis-\u00e0-vis de l\u2019Europe occidentale. Sur l\u2019importance des \u00e9changes \u00e9conomiques (in\u00e9gaux) entre les pays du groupe de Visegrad et leurs voisins europ\u00e9ens, on peut renvoyer \u00e0 Thomas Piketty, \u00ab 2018, l\u2019ann\u00e9e de l\u2019Europe<\/a> \u00bb (16 janvier 2018). <\/p>\n\n\n\n La Pologne lutte encore aujourd’hui contre le cruel h\u00e9ritage de la Seconde Guerre mondiale. Apr\u00e8s celle-ci, nous avons perdu notre ind\u00e9pendance, notre libert\u00e9 et plus de 5 millions de citoyens. Les villes polonaises \u00e9taient en ruines et plus d’un millier de villages ont \u00e9t\u00e9 brutalement pacifi\u00e9s. Alors que l’Allemagne de l’Ouest a pu se d\u00e9velopper librement, la Pologne a perdu 50 ans de son avenir \u00e0 cause de la Seconde Guerre mondiale.<\/p>\n\n\n\n Je ne veux pas trop m\u2019attarder sur ce point dans mon discours, mais je ne peux non plus l\u2019\u00e9luder. <\/p>\n\n\n\n La Pologne n’a jamais re\u00e7u de r\u00e9paration de l’Allemagne pour les crimes de la Seconde Guerre mondiale, pour les destructions et les vols des tr\u00e9sors de la culture nationale.<\/p>\n\n\n\n Apr\u00e8s tout, une r\u00e9conciliation totale entre l’auteur d’un crime et sa victime n’est possible que lorsqu’il y a r\u00e9paration. En ce moment crucial de l’histoire de l’Europe, nous avons plus que jamais besoin d’une telle r\u00e9conciliation, car les d\u00e9fis auxquels nous sommes confront\u00e9s sont graves.<\/p>\n\n\n\n L’histoire de l’Europe, avec sa plus grande blessure – la Seconde Guerre mondiale – a projet\u00e9 mon pays, comme beaucoup d’autres, derri\u00e8re le rideau de fer pendant pr\u00e8s d’un demi-si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n Avec mes pairs, nous avons grandi, fr\u00e9quent\u00e9 l’\u00e9cole, entrepris un travail ou des \u00e9tudes \u00e0 l’ombre des crimes communistes.<\/p>\n\n\n\n Des millions de jeunes Europ\u00e9ens vivant derri\u00e8re le rideau de fer savaient qu’il y avait la libert\u00e9 d’un c\u00f4t\u00e9 et le colonialisme russe de l’autre ; la souverainet\u00e9 pour les uns, la domination imp\u00e9riale pour les autres.<\/p>\n\n\n\n D’un c\u00f4t\u00e9, une Europe libre tant d\u00e9sir\u00e9e. De l’autre, un totalitarisme barbare ; une vie sous le talon de la Russie sovi\u00e9tique. Si quelqu’un nous avait dit que nous vivrions pour voir la fin du communisme, nous ne l’aurions pas cru ; comme la plupart des experts occidentaux de la Russie sovi\u00e9tique.<\/p>\n\n\n\n Et pourtant, c’est arriv\u00e9 ! Solidarno\u015b\u0107<\/em>, la guerre en Afghanistan, le pape Jean-Paul II et la position ferme des \u00c9tats-Unis \u00e0 l’\u00e9poque de Reagan ont conduit \u00e0 la chute du communisme criminel.<\/p>\n\n\n\n Le temps de la d\u00e9mocratie \u00e9tait venu.<\/p>\n\n\n\n Aujourd’hui, je voudrais souligner le r\u00f4le de la souverainet\u00e9 de l’\u00c9tat-nation dans le maintien de la libert\u00e9 des nations. La lutte des nations asservies d’Europe centrale \u00e9tait, au fond, une lutte pour la souverainet\u00e9 nationale.<\/p>\n\n\n\n Cette question a uni tous les patriotes \u00e0 travers le spectre politique, parce que nous \u00e9tions convaincus que nos droits et nos libert\u00e9s ne pouvaient \u00eatre sauvegard\u00e9s que dans le contexte d’\u00c9tats souverains retrouv\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n Avec ce rappel historique, Morawiecki s\u2019inscrit dans la continuit\u00e9 de la \u00ab politique historique \u00bb pr\u00f4n\u00e9e par le PiS, qui consiste \u00e0 d\u00e9fendre le \u00ab point de vue polonais \u00bb sur l\u2019histoire afin de pr\u00e9tendre \u00e0 une grandeur morale \u00e0 opposer \u00e0 ses voisins, en particulier l\u2019Allemagne. Cela s\u2019est notamment traduit, r\u00e9cemment, par les demandes adress\u00e9es par le gouvernement polonais \u00e0 son homologue allemand au sujet de r\u00e9parations de guerre pour les immenses pertes humaines et mat\u00e9rielles caus\u00e9es par le IIIe Reich \u00e0 la Pologne au cours de la Seconde Guerre mondiale. Sur ce sujet \u00e9pineux, auquel le gouvernement allemand a oppos\u00e9 une fin de non-recevoir en consid\u00e9rant que l\u2019affaire \u00e9tait close sur le plan juridique, voir Mateusz Pi\u0105tkowski, \u00ab The legal questions behind Poland\u2019s claim for war reparations from Germany<\/a> \u00bb (Notes From Poland, 9 septembre 2022).<\/p>\n\n\n\n Morawiecki pr\u00e9sente \u00e9galement, conform\u00e9ment aux interpr\u00e9tations valoris\u00e9es par son camp politique, c’est-\u00e0-dire la droite nationaliste et anticommuniste, l\u2019exp\u00e9rience communiste en Pologne comme une simple occupation sovi\u00e9tique, face \u00e0 laquelle la soci\u00e9t\u00e9 polonaise se serait dress\u00e9e tout enti\u00e8re avant de se lib\u00e9rer gr\u00e2ce \u00e0 ses mobilisations (Solidarno\u015b\u0107, Jean-Paul II) et au soutien am\u00e9ricain (Reagan). Cette vision simpliste d\u2019une histoire plus complexe puise aussi ses racines dans une histoire personnelle : le p\u00e8re de Mateusz, Kornel Morawiecki (1941-2019), fut une figure importante de l\u2019opposition anticommuniste, en fondant notamment l\u2019organisation clandestine \u00ab Solidarno\u015b\u0107 Walcz\u0105ca \u00bb (\u00ab Solidarit\u00e9 combattante \u00bb) \u00e0 Wroclaw en 1982, durant l\u2019\u00e9tat de guerre, apr\u00e8s que le syndicat Solidarno\u015b\u0107 eut \u00e9t\u00e9 interdit et ses dirigeants plac\u00e9s en d\u00e9tention.<\/p>\n\n\n\n C\u2019est en vertu de cet h\u00e9ritage historique, celui d\u2019une nation ayant lutt\u00e9 au cours de son histoire pour l\u2019ind\u00e9pendance, notamment contre les totalitarismes nazi et sovi\u00e9tique au XXe si\u00e8cle, que Morawiecki pr\u00e9sente l\u2019\u00c9tat-nation comme non seulement cher aux Polonais, mais aussi comme le principal garant de la d\u00e9mocratie face aux tentations imp\u00e9rialistes, argumentaire qu\u2019il d\u00e9veloppe ensuite au sujet de l\u2019Union europ\u00e9enne.<\/p>\n\n\n\n Sur la politique historique en Pologne, on se permet de renvoyer \u00e0 Valentin Behr, \u00ab Gen\u00e8se et usages d\u2019une politique publique de l\u2019histoire. La \u2018politique historique\u2019 en Pologne<\/a> \u00bb, Revue d\u2019\u00e9tudes comparatives Est-Ouest, vol. 46, no. 3, 2015, ainsi qu\u2019au dossier coordonn\u00e9 par Fr\u00e9d\u00e9ric Zalewski, \u00ab La \u2018politique historique\u2019 en Pologne. La m\u00e9moire au service de l\u2019identit\u00e9 nationale<\/a> \u00bb, Revue d\u2019\u00e9tudes comparatives Est-Ouest, vol. 1, no. 1, 2020.<\/p>\n\n\n\n Et nous avions raison. Cela a \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement \u00e9vident pendant les p\u00e9riodes de crise sociale et \u00e9conomique. M\u00eame pendant la r\u00e9cente crise du COVID-19, nous avons vu que des \u00c9tats-nations efficaces sont essentiels pour prot\u00e9ger la sant\u00e9 des citoyens.<\/p>\n\n\n\n Auparavant, lors de la crise de la dette, nous avons constat\u00e9 un conflit \u00e9vident entre les pays du sud de l’Europe, la Gr\u00e8ce, l’Italie et l’Espagne, et les institutions supranationales qui prenaient des d\u00e9cisions \u00e9conomiques en leur nom sans mandat d\u00e9mocratique.<\/p>\n\n\n\n Dans les deux cas, nous avons rencontr\u00e9 les limites de la gouvernance supranationale en Europe.<\/p>\n\n\n\n En Europe, rien ne garantira mieux la libert\u00e9 des nations, leur culture, leur s\u00e9curit\u00e9 sociale, \u00e9conomique, politique et militaire que les \u00c9tats-nations. Les autres syst\u00e8mes sont illusoires ou utopiques.<\/p>\n\n\n\n Ils peuvent \u00eatre renforc\u00e9s par des organisations intergouvernementales et m\u00eame partiellement supranationales, comme l’Union europ\u00e9enne, mais les \u00c9tats-nations europ\u00e9ens ne peuvent pas \u00eatre remplac\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n En mentionnant la crise des dettes souveraines et celle du Covid-19 dans sa profession de foi en faveur d\u2019une Europe des nations, Mateusz Morawiecki semble oublier au passage les importants fonds de recouvrement mis en place au niveau europ\u00e9en pour faire face aux cons\u00e9quences \u00e9conomiques de la pand\u00e9mie. Le versement de ces fonds \u00e0 la Pologne a fait l\u2019objet d\u2019un bras de fer avec la Commission europ\u00e9enne, qui a tent\u00e9 d\u2019en faire un levier pour obtenir du gouvernement polonais qu\u2019il revienne sur certaines de ses r\u00e9formes du syst\u00e8me judiciaire, accus\u00e9es de remettre en cause l\u2019\u00c9tat de droit. Plus fondamentalement, sa d\u00e9nonciation des \u00ab institutions supranationales \u00bb op\u00e9rant \u00ab sans mandat d\u00e9mocratique \u00bb pose la question, ancienne et r\u00e9currente, du respect par les \u00c9tats membres de trait\u00e9s qu\u2019ils ont sign\u00e9s et ratifi\u00e9s \u2014 notamment par r\u00e9f\u00e9rendum au moment de l\u2019adh\u00e9sion de la Pologne \u00e0 l\u2019Union europ\u00e9enne en 2004. Cette question est au c\u0153ur de la suite du discours, au moment d\u2019\u00e9voquer les valeurs europ\u00e9ennes et l\u2019avenir de l\u2019Union.<\/p>\n\n\n\n L’Europe est n\u00e9e bien avant la R\u00e9publique am\u00e9ricaine, dont l’unit\u00e9 s’est \u00e9galement forg\u00e9e \u00e0 travers la guerre civile. C’est pourquoi il est si trompeur de se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 cette analogie historique.<\/p>\n\n\n\n Tout syst\u00e8me politique qui ne respecte pas la souverainet\u00e9 d’autrui, la d\u00e9mocratie ou la volont\u00e9 \u00e9l\u00e9mentaire de la nation, conduit t\u00f4t ou tard \u00e0 l’utopie ou \u00e0 la tyrannie.<\/p>\n\n\n\n C’est l’Europe chr\u00e9tienne qui a donn\u00e9 naissance \u00e0 une civilisation plus respectueuse de la dignit\u00e9 humaine que toute autre. Cette civilisation m\u00e9rite d’\u00eatre prot\u00e9g\u00e9e. Surtout face \u00e0 des civilisations au c\u0153ur dur et de plus en plus fortes, pour lesquelles les valeurs d\u00e9mocratiques et lib\u00e9rales n’ont pas d’importance. Nous voulons construire une Europe forte pour relever les d\u00e9fis mondiaux du XXIe si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n C’est la taille de l’Union europ\u00e9enne qui en fait une force significative dans le monde, et non son syst\u00e8me d\u00e9cisionnel de plus en plus incompr\u00e9hensible. Nous avons besoin d’une Europe qui soit forte gr\u00e2ce \u00e0 ses \u00c9tats-nations, et non d’une Europe construite sur leurs ruines. Une telle Europe n’aura jamais de force, car la puissance politique, \u00e9conomique et culturelle de l’Europe d\u00e9coule de l’\u00e9nergie vitale fournie par les \u00c9tats-nations.<\/p>\n\n\n\n Les alternatives sont soit une utopie technocratique, que certains \u00e0 Bruxelles semblent envisager, soit un n\u00e9o-imp\u00e9rialisme, qui a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 discr\u00e9dit\u00e9 par l’histoire moderne.<\/p>\n\n\n\n La lutte des nations europ\u00e9ennes pour la libert\u00e9 n’a pas pris fin en 1989. Notre fronti\u00e8re orientale en est le meilleur t\u00e9moin.<\/p>\n\n\n\n 2. J’aimerais maintenant passer \u00e0 une question d’une importance capitale pour l’Europe : l’Ukraine.<\/em><\/p>\n\n\n\n Je discuterai de l’importance de la lutte de l’Ukraine du point de vue de nos valeurs europ\u00e9ennes communes. En outre, j’exposerai les conclusions que nous devrions en tirer.<\/p>\n\n\n\n Pour quoi les Ukrainiens se battent-ils vraiment aujourd’hui ? Pour quoi sont-ils pr\u00eats \u00e0 risquer leur vie ? Pourquoi ne se sont-ils pas rendus imm\u00e9diatement \u00e0 la deuxi\u00e8me arm\u00e9e la plus puissante du monde ?<\/p>\n\n\n\n La lutte des Ukrainiens pour le droit \u00e0 l’autod\u00e9termination nationale est une nouvelle manifestation h\u00e9ro\u00efque de la d\u00e9fense de l’\u00c9tat-nation et de la libert\u00e9. Mais pour avoir la volont\u00e9 de se battre, il faut vraiment croire en ce pour quoi on se bat.<\/p>\n\n\n\n Aujourd’hui, les Ukrainiens ne se battent pas seulement pour leur propre libert\u00e9. Depuis le 24 f\u00e9vrier 2022, ils se battent aussi quotidiennement pour la libert\u00e9 de toute l’Europe. Et c’est aussi notre avenir qui d\u00e9pend de l’\u00e9volution de cette guerre. La d\u00e9faite de l’Ukraine serait la d\u00e9faite de l’Occident. En fait, de l’ensemble du monde libre. Une d\u00e9faite plus grande que celle du Vi\u00eat Nam. Apr\u00e8s une telle d\u00e9faite, la Russie frapperait \u00e0 nouveau en toute impunit\u00e9 et le monde tel que nous le connaissons changerait radicalement. Une longue s\u00e9rie d’incursions dangereuses dans l\u2019inconnu s’ensuivrait. La d\u00e9faite du monde libre enhardirait probablement Poutine, tout comme l’apaisement des ann\u00e9es 1930 a enhardi Hitler.<\/p>\n\n\n\n Morawiecki d\u00e9crit le combat des Ukrainiens contre les envahisseurs russes comme un combat d\u2019ordre civilisationnel et politique, dont les implications d\u00e9passent ce conflit : les Ukrainiens se battent \u00ab pour notre libert\u00e9 et la v\u00f4tre \u00bb, pour reprendre un slogan polonais (\u00ab za wolno\u015b\u0107 nasz\u0105 i wasz\u0105<\/em> \u00bb) formul\u00e9 au XIXe si\u00e8cle lors des insurrections anti-tsaristes, repris par la suite par les combattants polonais au cours de la Seconde Guerre mondiale, et qui a retrouv\u00e9 une actualit\u00e9 depuis le 24 f\u00e9vrier 2022, notamment dans les discours officiels polonais et ukrainiens. <\/p>\n\n\n\n Au-del\u00e0 du symbole, cela renvoie aussi \u00e0 un imaginaire collectif r\u00e9pandu dans les soci\u00e9t\u00e9s d\u2019Europe centrale et orientale qui craignent d\u2019\u00eatre sacrifi\u00e9es par leurs alli\u00e9s Occidentaux au profit de la Russie : c\u2019est le mythe de Yalta comme \u00ab trahison des alli\u00e9s \u00bb, d\u2019o\u00f9 les associations multiples, dans le discours de Mateusz Morawiecki, entre Poutine, Hitler et Staline.<\/p>\n\n\n\n Poutine, comme Hitler \u00e0 l’\u00e9poque, jouit \u00e9galement d’un \u00e9norme soutien public. Il n’est pas exag\u00e9r\u00e9 de dire que nous sommes confront\u00e9s \u00e0 la menace d’une troisi\u00e8me guerre mondiale. Pour \u00e9viter cette issue, il faut cesser de nourrir la b\u00eate.<\/p>\n\n\n\n L’histoire se d\u00e9roule sous nos yeux.<\/p>\n\n\n\n Lorsque nos enfants liront leurs manuels scolaires, ils se demanderont si nous avons fait assez pour leur assurer un avenir paisible. Avons-nous pens\u00e9 \u00e0 eux et au bien \u00e0 long terme de nos pays ou seulement au confort \u00e0 court terme et au report des d\u00e9cisions difficiles \u00e0 plus tard ?<\/p>\n\n\n\n Avons-nous tir\u00e9 les le\u00e7ons des erreurs du pass\u00e9 ou allons-nous continuer \u00e0 les r\u00e9p\u00e9ter ?<\/p>\n\n\n\n Maintenant, quelques remarques sur ce point :<\/p>\n\n\n\n 2.1 Pourquoi l\u2019Ukraine est un tournant dans l\u2019histoire de l\u2019Europe ? <\/em><\/p>\n\n\n\n Jusqu’au 24 f\u00e9vrier, j’avais entendu dire que Poutine n’attaquerait pas l’Ukraine.<\/p>\n\n\n\n De nombreux hommes politiques europ\u00e9ens ont pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 le croire, esp\u00e9rant qu’il serait possible de poursuivre le \u00ab Wandel durch Handel<\/em> \u00bb avec la Russie aux d\u00e9pens de l’Europe centrale.<\/p>\n\n\n\n Dans ce contexte, revenons \u00e0 la question : pourquoi les Ukrainiens se battent-ils ? S’ils ne s’int\u00e9ressaient qu’aux biens mat\u00e9riels et n’\u00e9taient pas unis par leur sens de la communaut\u00e9, ils auraient abandonn\u00e9 depuis longtemps.<\/p>\n\n\n\n C’est sur cela que comptait Poutine. Il pensait que les Ukrainiens choisiraient la paix plut\u00f4t que la libert\u00e9. Mais il s’est tromp\u00e9. Quelle a \u00e9t\u00e9 l’erreur du Kremlin ? Poutine n’est pas un fou, comme voudraient le faire croire beaucoup de ceux qui font des affaires avec lui depuis 20 ans. Poutine \u00e9tait aveugl\u00e9 par sa propre vision du monde. Il n’a pas su voir que les Ukrainiens formaient une nation.<\/p>\n\n\n\n Et maintenant qu’ils ont enfin leur propre \u00c9tat-nation – m\u00eame s’il est loin d’\u00eatre parfait – ils sont pr\u00eats \u00e0 sacrifier leur vie pour lui.<\/p>\n\n\n\n La propagande russe pr\u00e9tend qu’il n’existe pas de nation ukrainienne distincte. Nous connaissons tous le dicton : \u00ab si les faits ne correspondent pas \u00e0 la th\u00e9orie, changez les faits \u00bb. C’est pourquoi la Russie tente d’expliquer aux Ukrainiens, par la force, qu’ils n’ont pas droit \u00e0 une identit\u00e9 nationale.<\/p>\n\n\n\n Et pourtant, ce sont les petits-enfants des soldats qui risquent aujourd’hui leur vie pour une Ukraine libre qui diront un jour fi\u00e8rement \u00e0 l’\u00e9cole : \u00ab mon grand-p\u00e8re s’est battu pr\u00e8s de Kherson ! \u00bb, \u00ab Et le mien a repouss\u00e9 l’assaut sur Kiev ! \u00bb, ou encore \u00ab Mon grand-p\u00e8re est mort \u00e0 Mariupol. \u00bb<\/p>\n\n\n\n Et les soldats d’aujourd’hui, ces futurs grands-parents, savent qu’ils se battent aussi pour que leurs petits-enfants puissent vivre dans un pays libre. Souvenons-nous : Une nation est une communaut\u00e9 de vivants, de morts et d’enfants \u00e0 na\u00eetre.<\/p>\n\n\n\n Aujourd’hui, l’Europe est t\u00e9moin de crimes commis au nom d’une id\u00e9ologie antinationale. C’est ce qui motive Poutine : la volont\u00e9 d’\u00e9liminer toute diff\u00e9rence, de d\u00e9truire toutes les identit\u00e9s nationales et de les fondre dans le grand empire russe.<\/p>\n\n\n\n La propagande russe n’a cess\u00e9 d’accuser faussement les Ukrainiens de fascisme.<\/p>\n\n\n\n C’est exactement ce que Staline a dit : \u00ab Traitez vos adversaires de fascistes ou d’antis\u00e9mites. Il suffit de r\u00e9p\u00e9ter ces \u00e9pith\u00e8tes suffisamment souvent \u00bb.<\/p>\n\n\n\n Il faut le dire clairement : un fasciste est quelqu’un qui veut d\u00e9truire d’autres nations. C’est quelqu’un qui viole les droits de l’homme et pi\u00e9tine la dignit\u00e9 humaine. Le fasciste aujourd’hui, c’est Vladimir Poutine et tous les complices de l’agression russe. En tant qu’Europ\u00e9ens, nous avons le devoir de nous opposer au fascisme russe. C’est cela l’identit\u00e9 europ\u00e9enne.<\/p>\n\n\n\n Maintenant…<\/p>\n\n\n\n 2.2 Quelles le\u00e7ons tirer de la guerre en Ukraine ? <\/em><\/p>\n\n\n\n Les Ukrainiens d’aujourd’hui nous rappellent ce que devrait \u00eatre l’Europe. Chaque Europ\u00e9en a droit \u00e0 la libert\u00e9 individuelle et \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9. Chaque nation a le droit de prendre des d\u00e9cisions cl\u00e9s sur l’avenir de son territoire.<\/p>\n\n\n\n La d\u00e9mocratie peut \u00eatre mise en \u0153uvre au niveau municipal, r\u00e9gional ou national, partout o\u00f9 il existe des liens fond\u00e9s sur une identit\u00e9 commune. Par cons\u00e9quent, un vote dans lequel 140 millions de Russes voteraient \u00ab pour \u00bb l’incorporation de l’Ukraine \u00e0 la Russie et 40 millions d’Ukrainiens voteraient \u00ab contre \u00bb ne serait pas d\u00e9mocratique, n’est-ce pas ?<\/p>\n\n\n\n Quelles autres le\u00e7ons peut-on tirer de plus d’un an de guerre en Ukraine ? Une chose est claire pour moi : La politique consistant \u00e0 \u00ab conclure des accords \u00bb avec la Russie est en faillite.<\/p>\n\n\n\n Ceux qui, pendant des d\u00e9cennies, ont voulu une alliance strat\u00e9gique avec la Russie et ont rendu les pays europ\u00e9ens d\u00e9pendants d’elle pour leur \u00e9nergie, ont commis une terrible erreur. Ceux qui ont mis en garde contre l’imp\u00e9rialisme russe et qui ont r\u00e9p\u00e9t\u00e9 \u00e0 maintes reprises qu’il ne fallait pas faire confiance \u00e0 la Russie avaient raison.<\/p>\n\n\n\n Ceux qui, pendant de nombreuses ann\u00e9es, ont financ\u00e9 les pr\u00e9paratifs de guerre de la Russie, d\u00e9sarm\u00e9 l’Europe et impos\u00e9 un partenariat avec la Russie aux plus faibles, portent la coresponsabilit\u00e9 politique de la guerre en Ukraine ; et celles des probl\u00e8mes \u00e9conomiques et \u00e9nerg\u00e9tiques actuels auxquels sont confront\u00e9s des centaines de millions d’Europ\u00e9ens.<\/p>\n\n\n\n Poutine s’est comport\u00e9 comme un dealer qui donne la premi\u00e8re dose gratuitement, sachant que le toxicomane reviendra plus tard et acceptera n’importe quel prix. Poutine est rus\u00e9, mais il n’est pas brillant. Si l’Europe lui a succomb\u00e9 si facilement, c’est principalement en raison de sa propre faiblesse.<\/p>\n\n\n\n Cette faiblesse, c’est la poursuite d’int\u00e9r\u00eats particuliers au d\u00e9triment d’autres pays.<\/p>\n\n\n\n Si les diff\u00e9rentes nations de l’Union europ\u00e9enne cherchent \u00e0 dominer les autres, l’Europe risque de retomber dans les m\u00eames erreurs que par le pass\u00e9. Et toutes les d\u00e9cisions prises pour arr\u00eater l’agresseur russe peuvent \u00e0 nouveau \u00eatre annul\u00e9es. Cela se produira si quelques-uns des plus grands pays d\u00e9cident qu’il est plus rentable pour leurs \u00e9lites de faire des affaires avec le Kremlin, m\u00eame au prix du sang. Aujourd’hui, c’est le sang ukrainien. Demain, ce sera peut-\u00eatre le sang lituanien, finlandais, tch\u00e8que, polonais, mais aussi allemand ou fran\u00e7ais… Nous devons emp\u00eacher que cela ne se produise.<\/p>\n\n\n\n Morawiecki d\u00e9veloppe ici le c\u0153ur de son argument au sujet du conflit en Ukraine, en exposant le point de vue d\u2019un dirigeant d\u2019Europe centrale pour qui la guerre traduit et r\u00e9sulte de l\u2019aveuglement des principaux dirigeants europ\u00e9ens vis-\u00e0-vis de la Russie de Poutine.<\/p>\n\n\n\n La politique de Wandel durch Handel<\/em> (ou \u00ab doux commerce \u00bb), d\u00e9nonc\u00e9e pr\u00e9c\u00e9demment, consistant \u00e0 miser sur les \u00e9changes \u00e9conomiques pour favoriser des changements politiques dans les r\u00e9gimes autoritaires, trouve ici ses limites. Si la d\u00e9pendance de plusieurs \u00e9conomies europ\u00e9ennes vis-\u00e0-vis du gaz russe concerne \u00e9galement la Pologne et les pays d\u2019Europe centrale, les gazoducs en mer Baltique qui relient directement l\u2019Allemagne \u00e0 la Russie (NordStream), ont donn\u00e9 l\u2019impression d\u2019un sacrifice des \u00c9tats de l\u2019Europe centrale et orientale, court-circuit\u00e9s au profit des int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques allemands. Les avertissements formul\u00e9s de longue date \u00e0 ce sujet par plusieurs dirigeants politiques de la r\u00e9gion, dont ceux du PiS, s\u2019en trouvent tragiquement valid\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n Aujourd’hui, 3. Ces le\u00e7ons devraient nous amener \u00e0 nous poser la question fondamentale : quelles sont les valeurs europ\u00e9ennes et et qu\u2019est-ce qui les menace ? Je me concentrerai maintenant sur cette troisi\u00e8me \u00ab grande question \u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n En termes de prosp\u00e9rit\u00e9 mat\u00e9rielle, nous vivons la meilleure des \u00e9poques. Mais cette prosp\u00e9rit\u00e9 a-t-elle tu\u00e9 notre esprit ? Nous soucions-nous encore de ce pour quoi nous vivons ? Serions-nous pr\u00eats \u00e0 d\u00e9fendre nos maisons, nos proches, notre nation, en cas d’attaque ?<\/p>\n\n\n\n Cette tension entre le domaine de l’esprit et celui de la mati\u00e8re n’est pas nouvelle. Nous sommes, apr\u00e8s tout, \u00e0 l’universit\u00e9 o\u00f9 Hegel \u00e9tait professeur. En litt\u00e9rature, peu de gens se sont pench\u00e9s sur ce probl\u00e8me aussi bien que le grand Thomas Mann, \u00ab la conscience de l’Allemagne \u00bb \u00e0 l’\u00e9poque des crimes nazis allemands. Les h\u00e9ros de Mann aspirent \u00e0 un sens plus \u00e9lev\u00e9 de la vie, et pas seulement \u00e0 l’accumulation de biens et \u00e0 leur consommation.<\/p>\n\n\n\n Au cours des derni\u00e8res d\u00e9cennies, de nombreux Europ\u00e9ens en sont venus \u00e0 croire que la consommation saupoudr\u00e9e d’affirmations superficielles sur les \u00ab valeurs europ\u00e9ennes \u00bb constituait la derni\u00e8re \u00e9tape de l’histoire. Nous sommes oppos\u00e9s \u00e0 cette approche. Frapper les autres avec le fouet des \u00ab valeurs europ\u00e9ennes \u00bb sans se mettre d’accord sur leur d\u00e9finition ou sans comprendre quels changements doivent \u00eatre apport\u00e9s par les \u00c9tats d\u2019Europe est autodestructeur, au sens o\u00f9 l\u2019entend Thomas Mann.<\/p>\n\n\n\n Autrefois, le symbole de l’Europe \u00e9tait l’agora antique. Un lieu o\u00f9 chaque citoyen pouvait s’exprimer sur un pied d’\u00e9galit\u00e9. Aujourd’hui, l’agora europ\u00e9enne est trop souvent remplac\u00e9e par les bureaux des institutions bruxelloises, o\u00f9 les d\u00e9cisions sont prises \u00e0 huis clos.<\/p>\n\n\n\n Comme l’a dit un jour un homme politique europ\u00e9en \u00e0 propos du m\u00e9canisme des institutions de l’UE : \u00ab Nous d\u00e9cr\u00e9tons quelque chose… S’il n’y a pas de toll\u00e9 parce que la plupart des gens ne comprennent pas ce qui a \u00e9t\u00e9 mis en \u0153uvre, nous continuons \u00e9tape par \u00e9tape – jusqu’au point de non-retour \u00bb.<\/p>\n\n\n\n C’est un court chemin pour que l’UE devienne une autocratie bureaucratique.<\/p>\n\n\n\n Parall\u00e8lement aux nouvelles circonstances g\u00e9opolitiques, le destin de l’Union europ\u00e9enne est \u00e9galement en train de se jouer. Sera-t-elle une communaut\u00e9 d\u00e9mocratique ou une machine bureaucratique et une structure centralis\u00e9e ?<\/p>\n\n\n\n La politique est toujours une question de choix. Mais ce choix doit \u00eatre fait dans les urnes, et non dans l’intimit\u00e9 des cabinets de bureaucrates. Voulons-nous vraiment une \u00e9lite cosmopolite paneurop\u00e9enne dot\u00e9e d’un pouvoir immense mais sans mandat \u00e9lectoral ?<\/p>\n\n\n\n Le discours d\u00e9vie ici vers le d\u00e9bat sur les \u00ab valeurs europ\u00e9ennes \u00bb, qui vaut aux d\u00e9mocraties dites \u00ab illib\u00e9rales \u00bb, polonaise et hongroise, une proc\u00e9dure d\u2019infraction \u00e0 l\u2019\u00c9tat de droit, d\u00e9clench\u00e9e en vertu de l\u2019article 7 du Trait\u00e9 sur l\u2019Union europ\u00e9enne (TUE). Mateusz Morawiecki d\u00e9nonce cette proc\u00e9dure, tout en critiquant une \u00e9lite \u00ab cosmopolite \u00bb et bureaucratique, dans une veine proche de celle d\u2019autres discours eurosceptiques. Son argumentation n\u2019est pas sans faire \u00e9cho \u00e0 celle d\u00e9velopp\u00e9e par le philosophe Ryszard Legutko, d\u00e9put\u00e9 europ\u00e9en du PiS<\/a>, dont l\u2019ouvrage The Demon in Democracy. Totalitarian Temptations in Free Societies<\/em> (Encounter Books, 2016 ; traduit en fran\u00e7ais sous le titre Le diable dans la d\u00e9mocratie. Tentations totalitaires au c\u0153ur des soci\u00e9t\u00e9s libres<\/em>, \u00c9ditions de l\u2019Artilleur, 2021) a largement circul\u00e9 dans les r\u00e9seaux conservateurs internationaux, en Europe et aux \u00c9tats-Unis.<\/p>\n\n\n\n Je mets en garde tous ceux qui veulent cr\u00e9er un super-\u00c9tat gouvern\u00e9 par une \u00e9lite restreinte. Si nous ignorons les diff\u00e9rences culturelles, le r\u00e9sultat sera l’affaiblissement de l’Europe et une s\u00e9rie de r\u00e9voltes, peut-\u00eatre m\u00eame un nouveau Printemps des nations comme celui de 1848.<\/p>\n\n\n\n \u00c0 l’\u00e9poque, les Allemands ont fait un effort consid\u00e9rable pour construire un \u00c9tat uni et moderne. Ils ont d\u00fb attendre vingt ans pour obtenir des r\u00e9sultats politiques, mais ils ont \u00e9t\u00e9 victorieux. Aujourd’hui, nous sommes confront\u00e9s \u00e0 un dilemme similaire. Si les dirigeants europ\u00e9ens, \u00e0 l’instar des aristocrates de type Metternich de l’\u00e9poque, pr\u00e9f\u00e8rent le pouvoir des \u00e9lites et l’imposition de leurs valeurs par le haut, ils finiront par se heurter \u00e0 une r\u00e9sistance. Elle peut survenir t\u00f4t ou tard, mais elle est in\u00e9vitable.<\/p>\n\n\n\n Cela vaut la peine de revenir \u00e0 la question de base : quelles sont les valeurs europ\u00e9ennes ?<\/p>\n\n\n\n Et surtout : qu’est-ce que l’Europe ? Son histoire n’a pas commenc\u00e9 il y a quelques d\u00e9cennies. L’Europe a plus de deux mill\u00e9naires. L’Europe se nourrit de l’h\u00e9ritage des Grecs anciens, des Romains et de la chr\u00e9tient\u00e9. Ce sont nos racines, nous grandissons \u00e0 partir d’elles, nous ne pouvons pas nous en d\u00e9tacher.<\/p>\n\n\n\n Morawiecki promeut une vision de l\u2019Europe en tant que civilisation, socle culturel commun dont l\u2019histoire est pluris\u00e9culaire. Celle-ci fait \u00e9cho \u00e0 une critique de l\u2019histoire europ\u00e9enne officielle r\u00e9pandue en Europe centrale, \u00e0 laquelle il est reproch\u00e9 de pr\u00e9senter une histoire qui survalorise l\u2019h\u00e9ritage des Lumi\u00e8res et stigmatise les nations, au d\u00e9triment du legs de l\u2019Antiquit\u00e9 gr\u00e9co-romaine et de la Chr\u00e9tient\u00e9. On lira \u00e0 ce sujet : Platform of European Memory and Conscience<\/em>, \u00ab The House of European History. Report on the Permanent Exhibition<\/a> \u00bb, 30 octobre 2017.<\/p>\n\n\n\n On retrouve une vision similaire de l\u2019Europe comme identit\u00e9 et h\u00e9ritage culturel du c\u00f4t\u00e9 de la droite conservatrice. Si cela n\u2019est pas nouveau, il s\u2019agit d\u2019une conception de l\u2019Europe sur laquelle le gouvernement polonais cherche \u00e0 baser sa vision d\u2019une Europe des nations, oppos\u00e9e \u00e0 une Europe f\u00e9d\u00e9rale. On pourra notamment se reporter aux r\u00e9flexions de l\u2019historien belge David Engels, professeur \u00e0 l\u2019Instytut Zachodni de Poznan, dont son \u00ab Pr\u00e9ambule d\u2019une constitution pour une conf\u00e9d\u00e9ration de nations europ\u00e9ennes<\/a> \u00bb ; ainsi que l\u2019ouvrage sous sa direction : Renovatio Europae. Plaidoyer pour un renouveau hesp\u00e9rialiste de l’Europe<\/em>, \u00c9ditions du Cerf, 2019.<\/p>\n\n\n\n Il n’y a pas d’Europe sans cath\u00e9drales gothiques ni sans \u00e9difices universitaires. L’Europe a toujours vol\u00e9 sur les ailes de la foi et de la raison. Et le mod\u00e8le universitaire d’\u00e9ducation cr\u00e9\u00e9 en Europe s’est r\u00e9pandu dans le monde entier.<\/p>\n\n\n\n Cela s’est produit parce que l’universit\u00e9 europ\u00e9enne \u00e9tait un espace de discussion et de confrontation d’id\u00e9es oppos\u00e9es – l’environnement le plus propice \u00e0 la d\u00e9couverte de la v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n Il ne devrait pas y avoir de place en Europe pour la censure ou l’endoctrinement id\u00e9ologique. Nous avons d\u00e9j\u00e0 connu cela dans le pass\u00e9, lorsque les autorit\u00e9s communistes nous disaient ce qu’il fallait penser. Les Allemands en ont \u00e9galement fait l’exp\u00e9rience \u00e0 l’\u00e9poque d’Hitler, lorsque les livres des auteurs libres-penseurs ont \u00e9t\u00e9 br\u00fbl\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n L’Europe devrait \u00eatre une cath\u00e9drale du bien et une universit\u00e9 de la v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n Ici aussi, il convient de souligner que les diverses interdictions, les d\u00e9cisions arbitraires sur ce qui peut ou ne peut pas \u00eatre pr\u00e9sent\u00e9 dans les murs des universit\u00e9s, ainsi que le politiquement correct, sapent la mission \u00e9ternelle de l’acad\u00e9mie, \u00e0 savoir la recherche de la v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n On retrouve ici encore une rh\u00e9torique commune aux droites et extr\u00eames droites, autour de la d\u00e9nonciation du \u00ab politiquement correct \u00bb et plus r\u00e9cemment du \u00ab wokisme \u00bb, qui constitueraient des menaces pour la libert\u00e9 d\u2019expression, mises ici sur le m\u00eame plan que les autodaf\u00e9s nazis. Outre l\u2019exag\u00e9ration grossi\u00e8re, il faut faire observer que, ironiquement, ce sont pr\u00e9cis\u00e9ment les gouvernements polonais et hongrois qui ont mis en place des politiques conduisant \u00e0 r\u00e9duire les possibilit\u00e9s d\u2019expression pour des groupes minoritaires (notamment LGBT) et men\u00e9 des campagnes contre \u00ab l\u2019id\u00e9ologie du genre \u00bb, notamment dans l\u2019enseignement sup\u00e9rieur. On peut consulter utilement \u00e0 ce sujet les travaux de David Paternotte et Mieke Verloo, \u00ab De-democratization and the Politics of Knowledge : Unpacking the Cultural Marxism Narrative<\/a> \u00bb, Social Politics : International Studies in Gender, State & Society, vol. 29, no 3, 2021.<\/p>\n\n\n\n Par ailleurs, ces discours pr\u00e9sentent des convergences certaines avec ceux de Vladimir Poutine, \u00e9rig\u00e9 en h\u00e9ros \u00ab anti-woke \u00bb c\u00e9l\u00e9br\u00e9 par une partie de la droite am\u00e9ricaine trumpiste. L\u2019argumentaire de Morawiecki en faveur de valeurs europ\u00e9ennes \u00ab d\u00e9mocratiques \u00bb et \u00ab lib\u00e9rales \u00bb trouve ici ses limites pratiques, puisque l\u2019id\u00e9ologie nationale-conservatrice qui est celle de son camp politique est aux antipodes des valeurs europ\u00e9ennes telles que d\u00e9finies \u00e0 l\u2019article 2 du TUE : \u00ab L’Union est fond\u00e9e sur les valeurs de respect de la dignit\u00e9 humaine, de libert\u00e9, de d\u00e9mocratie, d’\u00e9galit\u00e9, de l’\u00c9tat de droit, ainsi que de respect des droits de l’homme, y compris des droits des personnes appartenant \u00e0 des minorit\u00e9s. Ces valeurs sont communes aux \u00c9tats membres dans une soci\u00e9t\u00e9 caract\u00e9ris\u00e9e par le pluralisme, la non-discrimination, la tol\u00e9rance, la justice, la solidarit\u00e9 et l’\u00e9galit\u00e9 entre les femmes et les hommes. \u00bb<\/p>\n\n\n\n Tout comme nous prot\u00e9geons notre patrimoine mat\u00e9riel, nous devrions \u00e9galement prot\u00e9ger notre patrimoine spirituel, qui consiste en des dizaines de traditions culturelles et linguistiques diff\u00e9rentes. La force de l’Europe au fil des si\u00e8cles a \u00e9t\u00e9 sa diversit\u00e9. Nous partageons des valeurs communes, mais chaque nation a sa propre identit\u00e9. <\/p>\n\n\n\n Gleichschalten, uravnilovka<\/em>, est une route qui ne m\u00e8ne nulle part.<\/p>\n\n\n\n L’Allemagne et la France sont deux acteurs centraux de l’Europe.<\/p>\n\n\n\n Au cours des 75 ann\u00e9es qui se sont \u00e9coul\u00e9es entre 1870 et 1945, elles se sont livr\u00e9 trois guerres, et ce n’est qu’apr\u00e8s la derni\u00e8re qu’elles se sont r\u00e9concili\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n Cette r\u00e9conciliation porte aujourd’hui ses fruits dans les relations politiques particuli\u00e8res entre Berlin et Paris. Cette sensibilit\u00e9 mutuelle particuli\u00e8re aux logiques et aux sensibilit\u00e9s des deux capitales est n\u00e9e d’un pass\u00e9 tragique.<\/p>\n\n\n\n Dans l’int\u00e9r\u00eat de l’\u00e9quilibre europ\u00e9en, mais aussi en raison d’un pass\u00e9 beaucoup plus tragique, le m\u00eame mod\u00e8le de sensibilit\u00e9 mutuelle \u00e0 la logique et aux int\u00e9r\u00eats de Varsovie est n\u00e9cessaire. Aujourd’hui, nous ne ressentons pas cette sensibilit\u00e9 \u00e0 Varsovie.<\/p>\n\n\n\n Les fondements de cette r\u00e9conciliation ont \u00e9t\u00e9 pos\u00e9s par deux grands Europ\u00e9ens, Charles de Gaulle et Konrad Adenauer. Tous deux voulaient construire une paix durable en Europe.<\/p>\n\n\n\n\n\n Ils ont compris que le respect mutuel et la connaissance des racines de l’autre \u00e9taient des conditions pr\u00e9alables \u00e0 la coop\u00e9ration. Le chancelier Adenauer a d\u00e9clar\u00e9 : \u00ab Si nous nous d\u00e9tournons maintenant des sources de notre civilisation europ\u00e9enne, n\u00e9e du christianisme, il nous est impossible de ne pas \u00e9chouer dans nos efforts pour reconstruire l’unit\u00e9 de la vie europ\u00e9enne. C’est le seul moyen efficace de maintenir la paix. \u00bb <\/p>\n\n\n\n Le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle \u00e9tait \u00e9galement profond\u00e9ment conscient \u00e0 la fois du grand h\u00e9ritage culturel de l’Europe et des horreurs de la \u00ab guerre int\u00e9rieure \u00bb. De Gaulle a d\u00e9clar\u00e9 : \u00ab Dante, Goethe, Chateaubriand appartiennent \u00e0 l’Europe dans la mesure o\u00f9 ils \u00e9taient respectivement et \u00e9minemment italien, allemand et fran\u00e7ais. Ils n’auraient pas \u00e9t\u00e9 d’une grande utilit\u00e9 \u00e0 l’Europe s’ils avaient \u00e9t\u00e9 apatrides et s’ils avaient pens\u00e9 et \u00e9crit dans une sorte d’esp\u00e9ranto ou de volap\u00fck \u00bb.<\/p>\n\n\n\n Notre identit\u00e9 de base est l’identit\u00e9 nationale. Je suis Europ\u00e9en parce que je suis Polonais, Fran\u00e7ais ou Allemand, et non parce que je nie ma polonit\u00e9 ou ma germanit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n La tentative de l’Europe d’aujourd’hui d’\u00e9liminer cette diversit\u00e9, de cr\u00e9er un homme nouveau, d\u00e9racin\u00e9 de son identit\u00e9 nationale, revient \u00e0 couper les racines et \u00e0 scier la branche sur laquelle nous sommes assis.<\/p>\n\n\n\n Il faut s’en m\u00e9fier : Nous pouvons facilement tomber – des cultures fortes et des dictatures dures d’autres coins du monde n’attendent que cela. Elles seraient certainement heureuses de voir l’Europe tomber dans l’insignifiance.<\/p>\n\n\n\n Voudrions-nous que tous les Europ\u00e9ens oublient leurs langues et ne parlent plus que le volap\u00fck ? Je ne le voudrais pas.<\/p>\n\n\n\n Certains tentent de nier la contribution de l’Europe au d\u00e9veloppement du monde parce qu’ils ne voient que les c\u00f4t\u00e9s sombres de l’histoire. En effet, les pays responsables de l’exploitation, du colonialisme, de l’imp\u00e9rialisme et de crimes terribles – comme le nazisme allemand et le communisme russe, comme les crimes commis dans les colonies – doivent faire amende honorable pour leur propre pass\u00e9.<\/p>\n\n\n\n Cela fait partie de notre ADN europ\u00e9en : la recherche de la v\u00e9rit\u00e9 et de la justice. Mais l’Europe historique n’est pas seulement une source de honte pour nous. Le d\u00e9veloppement scientifique et la prosp\u00e9rit\u00e9 extraordinaire d’aujourd’hui sont, pourrait-on dire, le fruit de l’Europe.<\/p>\n\n\n\n La voie \u00e0 suivre pour l’Europe n’est pas non plus la \u00ab McDonaldisation politique \u00bb. Elle doit s’appuyer sur sa propre diversit\u00e9. La tentative d’unifier artificiellement l’Europe au nom de l’abolition des diff\u00e9rences nationales et politiques conduira en pratique au chaos et aux conflits entre Europ\u00e9ens.<\/p>\n\n\n\n C’est la coop\u00e9ration combin\u00e9e \u00e0 la concurrence qui est le meilleur moyen pour l’Europe de r\u00e9ussir dans le monde global.<\/p>\n\n\n\n Des millions de personnes du monde entier visitent chaque ann\u00e9e Paris, Rome, Cologne, Madrid, Cracovie, Londres ou Prague. La richesse de ces belles villes et leur pouvoir d’attraction tiennent au fait que chacune d’entre elles poss\u00e8de sa propre identit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n —————————<\/p>\n\n\n\n Nous ne voulons pas d’une Europe qui pose un ultimatum : rem\u00e9diez volontairement \u00e0 votre nationalit\u00e9 ou nous exercerons sur vous toutes sortes de pressions politiques et \u00e9conomiques pour que vous le fassiez.<\/p>\n\n\n\n La Pologne a accueilli des millions de r\u00e9fugi\u00e9s ces derniers mois. Des Ukrainiens ont trouv\u00e9 refuge chez nous. Notre conception des valeurs europ\u00e9ennes inclut certainement le soutien \u00e0 un voisin dans le besoin. Cependant, nous n’avons re\u00e7u qu’une aide minimale. Dans ce contexte, nous constatons des diff\u00e9rences de traitement entre des pays qui se trouvent dans la m\u00eame situation, ce qui est la d\u00e9finition m\u00eame de la discrimination.<\/p>\n\n\n\n\n
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