{"id":179420,"date":"2023-03-12T13:35:03","date_gmt":"2023-03-12T12:35:03","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=179420"},"modified":"2023-03-23T17:34:45","modified_gmt":"2023-03-23T16:34:45","slug":"une-histoire-inquiete-une-conversation-avec-sabina-loriga-et-jacques-revel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2023\/03\/12\/une-histoire-inquiete-une-conversation-avec-sabina-loriga-et-jacques-revel\/","title":{"rendered":"\u00ab Une histoire inqui\u00e8te \u00bb, une conversation avec Sabina Loriga et Jacques Revel"},"content":{"rendered":"\n
Le tournant linguistique est un des nombreux tournants qui ont affect\u00e9 l\u2019historiographie et plus g\u00e9n\u00e9ralement une partie des sciences humaines et sociales depuis la fin des ann\u00e9es 1960 et dont on peut penser qu\u2019ils traduisent une instabilit\u00e9 nouvelle de la r\u00e9flexion historiographique. Ce fut le premier de ces turns<\/em> et probablement celui qui a cr\u00e9\u00e9 le plus de remous dans nos professions. On s\u2019est beaucoup mobilis\u00e9 contre, et parfois farouchement pour le tournant linguistique. Pourtant, en d\u00e9pit de ces engagements forts, la nature et le p\u00e9rim\u00e8tre du linguistic turn<\/em> ne se laissent pas ais\u00e9ment d\u00e9finir. Partons du cadrage le plus assur\u00e9. Le probl\u00e8me du langage, on le sait<\/a>, a \u00e9t\u00e9 au centre de la r\u00e9flexion philosophique et de celle de toute une part des sciences sociales tout au long du XXe si\u00e8cle. Il l\u2019a \u00e9t\u00e9 sous des formes tr\u00e8s diverses et \u00e9ventuellement contradictoires, tout \u00e0 la fois \u00e0 travers le questionnement herm\u00e9neutique mais aussi du c\u00f4t\u00e9 de la philosophie analytique, dans ses commencement viennois puis dans ses d\u00e9veloppements anglo-am\u00e9ricains, tandis que les sciences du langage proprement dites connaissaient elles aussi une croissance et une diversification spectaculaires, jusqu\u2019\u00e0 \u00eatre promues en mod\u00e8le pour les sciences humaines et sociales aux beaux temps du structuralisme. Ce sont autant de sources, pas toujours convergentes, du tournant linguistique. Tout ou presque a pu \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme \u00ab langage \u00bb. Le tournant linguistique repose sur l\u2019affirmation, qui peut de prime abord sembler triviale, que notre rapport au monde, \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 du monde, est enti\u00e8rement m\u00e9diatis\u00e9 par le langage. <\/p>\n\n\n\n\n\n Cela, les historiens le savent puisqu\u2019ils scrutent depuis longtemps des documents qui sont souvent \u00e9crits et qu\u2019ils les commentent avec des mots. Il n\u2019y a donc rien que de tr\u00e8s normal \u00e0 s\u2019interroger sur les mots de l\u2019histoire. Mais le tournant linguistique va plus loin en ce qu\u2019il consid\u00e8re que si le langage est une ressource, il est aussi un pi\u00e8ge, en ce qu\u2019il s\u2019interpose entre nous et la r\u00e9alit\u00e9. Cela aussi, les historiens ne sont pas les plus mal plac\u00e9s pour y \u00eatre attentifs. Mais dans les formulations les plus extr\u00eames du linguistic turn<\/em>, on en est arriv\u00e9 \u00e0 affirmer que le langage est tout ce que nous pouvons appr\u00e9hender de la r\u00e9alit\u00e9, qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019acc\u00e8s \u00e0 cette r\u00e9alit\u00e9 en tant que telle car nous vivrions dans un monde de mots qui ne renvoient jamais qu\u2019\u00e0 d\u2019autres mots. Chez certains, l\u2019habitude s\u2019est m\u00eame prise de parler de la \u00ab r\u00e9alit\u00e9 \u00bb en la pla\u00e7ant entre des guillemets. Pour les historiens, comme pour toute corporation ayant des ambitions cognitives, pr\u00e9tendant donc dire quelque chose de vrai sur un \u00e9tat du monde, une telle proposition est bien \u00e9videmment probl\u00e9matique.<\/p>\n\n\n\n Oui, et c\u2019est ce qui rend l\u2019appr\u00e9hension de ce moment tr\u00e8s complexe Dans les premiers temps du linguistic turn<\/em>, certains de ceux qui ont eu l’initiative de cette r\u00e9flexion, le britannique Gareth Stedman Jones, l\u2019am\u00e9ricaine Joan Scott, ont eu une lecture fortement inspir\u00e9e par la lecture de Saussure et reposant sur la conviction que le langage n\u2019est pas de nature symbolique \u2014 les mots ne renvoient pas \u00e0 des choses \u2014 mais qu\u2019il est un syst\u00e8me de diff\u00e9rences dans lequel les mots prennent leur valeur par diff\u00e9rence par rapport \u00e0 d\u2019autres mots. De cette conception s\u00e9miotique du langage, on a pu tirer la conclusion extr\u00eame qu\u2019il ne fallait plus pr\u00e9tendre appr\u00e9hender la r\u00e9alit\u00e9, mais seulement les constructions langagi\u00e8res qui nous la font conna\u00eetre : ce que les historiens appellent des \u00ab sources \u00bb, mais aussi la masse des commentaires qui ont \u00e9t\u00e9 produits et qui continuent de l\u2019\u00eatre \u00e0 propos de ces sources. C\u2019est, si l\u2019on veut, la version la plus radicale du linguistic turn<\/em>. Elle n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 majoritaire, mais elle n\u2019a cess\u00e9 d\u2019\u00eatre pr\u00e9sente et elle a pu aboutir, \u00e0 la faveur de pol\u00e9miques, \u00e0 des positions extr\u00eames, qui d\u00e9niaient \u00e0 l\u2019histoire, r\u00e9duite \u00e0 sa seule dimension langagi\u00e8re \u2014 les historiens ne peuvent que raconter des histoires \u2014 toute pr\u00e9tention \u00e0 conna\u00eetre et \u00e0 dire le vrai. Mais il a aussi exist\u00e9 une version que l\u2019on peut qualifier de \u00ab discursive \u00bb ou de \u00ab textuelle \u00bb, qui posait que le r\u00e9el sur lequel les historiens \u2013 mais aussi les sociologues, les anthropologues, etc. \u2013 travaillent, peut \u00eatre appr\u00e9hend\u00e9 comme un texte. C\u2019est la position d\u2019un philosophe comme Paul Ricoeur ou celle qu\u2019a th\u00e9oris\u00e9e et mise en \u0153uvre un anthropologue dont l\u2019influence a \u00e9t\u00e9 consid\u00e9rable comme l\u2019am\u00e9ricain Clifford Geerz. Cette approche est celle qui a eu le plus de succ\u00e8s car elle est la plus man\u0153uvrable. Elle pr\u00e9sente en effet l\u2019avantage de ne pas m\u00eame exiger d\u2019engagement pour, contre ou \u00e0 propos de la r\u00e9alit\u00e9. Elle propose une mani\u00e8re de travailler sur les traces dont l\u2019historien peut disposer. Elle a \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement bienvenue dans un moment o\u00f9 l\u2019histoire \u00ab culturelle \u00bb \u2014 quel que soit ce que l\u2019on met sous ce pavillon \u2014 prenait le relais de l\u2019\u00ab histoire \u00e9conomique et sociale \u00bb qui avait massivement domin\u00e9 les d\u00e9cennies d\u2019apr\u00e8s-guerre. Ce que l\u2019on appelle alors les cultural studies<\/em> \u2014 l\u2019histoire et une bonne part des sciences sociales, mais aussi les \u00e9tudes litt\u00e9raires et artistiques et plus largement les grandes th\u00e9matiques soci\u00e9tales \u2014 connaissaient alors un essor spectaculaire, souvent accompagn\u00e9 de forts investissements id\u00e9ologiques, et dont t\u00e9moigne une \u00e9norme production de livres, d\u2019articles, d\u2019\u00e9changes, accords et d\u00e9saccords confondus.<\/p>\n\n\n\n La nature et le p\u00e9rim\u00e8tre du linguistic turn<\/em> ne se laissent pas ais\u00e9ment d\u00e9finir.<\/p>Jacques Revel<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n \u00c0 l\u2019origine, nous avions l\u2019id\u00e9e de proposer une anthologie rendant accessible au lectorat francophone les principales pi\u00e8ces du d\u00e9bat. En effet, la plupart des textes qui ont constitu\u00e9 le corpus du tournant linguistique n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 traduits en fran\u00e7ais et cette absence de traduction n\u2019est pas un hasard. Elle exprime une m\u00e9fiance g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e vis-\u00e0-vis de cette exp\u00e9rience, voire une attitude d\u00e9fensive \u00e0 son \u00e9gard. La France a \u00e9t\u00e9 sans doute le pays le moins r\u00e9ceptif au linguistic turn<\/em>. Au d\u00e9but, on l\u2019a consid\u00e9r\u00e9 avec une certaine suffisance et un sentiment de sup\u00e9riorit\u00e9 et l\u2019on en a souvent donn\u00e9 une vision caricaturale l\u2019assimilant avec le nihilisme voire le n\u00e9gationnisme, avant de chercher finalement \u00e0 l\u2019oublier en se f\u00e9licitant de la relative imperm\u00e9abilit\u00e9 fran\u00e7aise \u00e0 cette exp\u00e9rience dont on s\u2019est empress\u00e9 de dire qu\u2019elle \u00e9tait close et qu\u2019il s\u2019\u00e9tait agi d\u2019un emballement, d\u2019une mode superficielle voire absurde. Avec Jacques, nous pensons au contraire qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une exp\u00e9rience-clef sur laquelle on ne saurait fermer les yeux. Il s\u2019agit d\u2019une crise majeure dans la mani\u00e8re de penser le rapport entre pass\u00e9 et histoire et in fine<\/em> de concevoir la notion de v\u00e9rit\u00e9 historique. De ce point de vue, nous pensons que le tournant linguistique nous offre une opportunit\u00e9 pour r\u00e9fl\u00e9chir sur l\u2019historiographie et sur la t\u00e2che de l\u2019historien dans l\u2019espace public. En r\u00e9digeant cet essai, il ne s\u2019agissait donc pas pour nous de ranimer le d\u00e9bat sur le tournant linguistique mais de prendre au s\u00e9rieux cette exp\u00e9rience, de l\u2019examiner dans toute son ampleur mais aussi dans ses \u00e9volutions. Ce n\u2019est en effet pas seulement une exp\u00e9rience large mais aussi une stratification, un d\u00e9bat qui n\u2019a pas cess\u00e9 de se transformer et d\u2019\u00eatre reformul\u00e9.<\/p>\n\n\n\n Ne serait-ce que pour des raisons d\u2019\u00e2ge, Sabina et moi n\u2019avons pas la m\u00eame exp\u00e9rience de ce mouvement ou, mieux, de ce moment historiographique. Pour Sabina, c\u2019est d\u2019abord une exp\u00e9rience de lectrice attentive. Dans mon cas, il se trouve que j\u2019ai \u00e9t\u00e9, non pas un acteur, mais quelque chose comme un \u00ab accompagnateur \u00bb, en tout cas un observateur des d\u00e9veloppements du linguistic turn<\/em> dont l\u2019\u00e9mergence a co\u00efncid\u00e9 avec une fr\u00e9quentation r\u00e9guli\u00e8re des universit\u00e9s am\u00e9ricaines o\u00f9 j\u2019allais enseigner. J\u2019ai donc \u00e9t\u00e9 confront\u00e9 plus directement \u00e0 ce ph\u00e9nom\u00e8ne. Je l\u2019ai d\u2019abord re\u00e7u de fa\u00e7on tr\u00e8s critique parce qu\u2019il allait \u00e0 l\u2019encontre de toutes mes convictions d\u2019historien, puis il m\u2019a fallu faire l\u2019effort de comprendre ce qui se passait. De fa\u00e7on r\u00e9p\u00e9t\u00e9e, j\u2019ai eu l\u2019occasion de d\u00e9battre avec plusieurs des historiennes et des historiens qui sont pr\u00e9sents dans notre livre, et avec certains d\u2019entre eux j\u2019ai nou\u00e9 des amiti\u00e9s durables. Pour moi, il s\u2019agissait donc aussi de faire le point sur une exp\u00e9rience d\u2019une vingtaine d\u2019ann\u00e9es qui avait \u00e9t\u00e9 assez tumultueuse : le d\u00e9bat nord-am\u00e9ricain tranchait avec la relative s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 du cadre intellectuel fran\u00e7ais. Mais au-del\u00e0 de ce qui rel\u00e8ve de l\u2019exp\u00e9rience personnelle, nous avons eu l\u2019une et l\u2019autre, Sabina et moi, la conviction que quelque soit le jugement que l\u2019on pouvait porter sur lui (et ces jugements n\u2019ont pas manqu\u00e9), le tournant linguistique \u00e9tait le sympt\u00f4me d\u2019un malaise plus g\u00e9n\u00e9ral dans l\u2019historiographie.<\/p>\n\n\n\n La France a \u00e9t\u00e9 sans doute le pays le moins r\u00e9ceptif au linguistic turn<\/em>.<\/p>Sabina Loriga<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Nous avons articul\u00e9 nos deux exp\u00e9riences personnelles qui sont diff\u00e9rentes. Jacques conna\u00eet, il est vrai, mieux que moi le monde universitaire \u00e9tats-unien. Toutefois, en tant qu\u2019historienne form\u00e9e en Italie, un pays o\u00f9 les travaux du linguistic turn<\/em> ont \u00e9t\u00e9 beaucoup plus traduits et donc lus qu\u2019en France, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s expos\u00e9e non seulement aux livres mais \u00e0 l\u2019ambiance postmoderne dans laquelle s\u2019inscrivait le tournant linguistique. Le rapport italien au linguistic turn <\/em>diff\u00e8re du rapport fran\u00e7ais non seulement en raison du diff\u00e9rentiel de traduction mais aussi pour des raisons contextuelles d\u2019ordre plus g\u00e9n\u00e9ral. Ma g\u00e9n\u00e9ration, celle qui vient apr\u00e8s la longue saison de 1968, a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s marqu\u00e9e par la crise postmoderne : il suffit de penser au volume \u00e9dit\u00e9 en 1979 par Aldo Gargani, Crisi della ragione<\/em> (dans lequel Carlo Ginzburg a publi\u00e9 la premi\u00e8re version de \u00ab Spie \u00bb, son essai sur la d\u00e9marche indiciaire) ou encore \u00e0 un \u00e9crivain comme Pier Vittorio Tondelli. Et ceci est d\u2019autant plus vrai pour les femmes. Par ailleurs, la vie politique de la p\u00e9ninsule des ann\u00e9es 1970-1980 a \u00e9t\u00e9 scand\u00e9e par une s\u00e9rie de \u00ab myst\u00e8res \u00bb qui rappelle la situation \u00e9tats-unienne \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque. En France, il n\u2019y a pas eu de myst\u00e8res aussi lourds et donc capables de d\u00e9stabiliser la notion de v\u00e9rit\u00e9 historique en profondeur dans la soci\u00e9t\u00e9 que l\u2019ont \u00e9t\u00e9 aux \u00c9tats-Unis les affaires Rosenberg ou Kennedy, ou en Italie, notamment, le terrorisme n\u00e9o-fasciste, en liaison avec les services secrets de l\u2019\u00c9tat pendant les \u00ab ann\u00e9es de plomb \u00bb. Dans notre livre, nous cherchons pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 traiter du linguistic turn<\/em> du point de vue historiographique mais aussi de mieux comprendre quel a \u00e9t\u00e9 le terrain politique et social qui l\u2019a nourri.<\/p>\n\n\n\n Metahistory <\/em>est un ouvrage tr\u00e8s complexe dans lequel White renverse la question pos\u00e9e par Erich Auerbach dans Mimesis<\/em>. L\u00e0 o\u00f9 Auerbach se demande \u00ab qu\u2019est-ce qui est proprement historique dans l\u2019art r\u00e9aliste \u00bb, White s\u2019interroge sur \u00ab ce qui est artistique au sein de l\u2019historiographie \u00bb. \u00c0 partir de la lecture de grands historiens (Michelet, Ranke, Tocqueville, Burckhardt) et de philosophes (Hegel, Marx, Nietzsche, Croce, etc.) du XIXe<\/sup> si\u00e8cle, White propose une approche formaliste centr\u00e9e sur le r\u00f4le du langage et la structure narrative de l\u2019historiographie avec la conviction que le contenu historique ne peut pas \u00eatre d\u00e9tach\u00e9 de sa forme discursive. De l\u00e0, toute une r\u00e9flexion sur l\u2019id\u00e9e que la forme narrative joue un r\u00f4le cognitif d\u00e9cisif. Toutefois, dans Metahistory<\/em>, White ne sugg\u00e8re pas que tout n\u2019est que langage, discours ou texte. Il ne nie pas l\u2019existence de la r\u00e9alit\u00e9 externe au langage. Mais il privil\u00e9gie la fonction m\u00e9talinguistique <\/strong>\u00e0 la fonction r\u00e9f\u00e9rentielle et, qualifiant l\u2019historiographie de \u00ab fiction-making operation<\/em> \u00bb, il consid\u00e8re qu\u2019elle est une formalisation d\u2019intuitions po\u00e9tiques ou de conceptions id\u00e9ologiques. Ces questions commencent \u00e0 \u00eatre abord\u00e9es par White dans Metahistory<\/em>, mais ce n\u2019est sans doute pas cet ouvrage qui a le plus marqu\u00e9 la r\u00e9ception de sa pens\u00e9e. Les tr\u00e8s vives r\u00e9actions \u00e0 Hayden White dans la communaut\u00e9 historienne sont plut\u00f4t li\u00e9es aux articles qu\u2019il a publi\u00e9s dans les ann\u00e9es qui suivent Metahistory<\/em>, \u00e0 savoir les textes r\u00e9unis dans une s\u00e9rie de recueils, Tropics of Discourse : Essays in Cultural Criticism<\/em> (1978) et dans The Content of the Form : Narrative Discourse and Historical Representation<\/em> (1987). C\u2019est l\u00e0 que l\u2019assimilation de la fiction \u00e0 l\u2019histoire devient plus sensible, particuli\u00e8rement dans \u00ab The Historical Text as Literary Artifact \u00bb, un article publi\u00e9 en 1974, juste apr\u00e8s la publication de Metahistory <\/em>et qui en est un peu le prolongement th\u00e9orique. Je pense que la r\u00e9ception de Metahistory<\/em> est beaucoup pass\u00e9e \u00e0 travers la lecture de cet article dans lequel White met en discussion la capacit\u00e9 mim\u00e9tique de l\u2019histoire et la traite comme un artefact litt\u00e9raire dans le sillage d\u2019un autre texte c\u00e9l\u00e8bre, \u00ab Le discours de l\u2019histoire \u00bb de Roland Barthes (1967). Un autre essai important de Hayden White est \u00ab The politics of historical interepretation \u00bb. Paru plus tard, au d\u00e9but des ann\u00e9es 1980, c\u2019est un article complexe dans lequel White d\u00e9place son regard sur la dimension politique plut\u00f4t que rh\u00e9torique et stylistique et affirme que la narration est fond\u00e9e sur des choix \u00e9pist\u00e9miques qui ont toujours des implications id\u00e9ologiques.<\/p>\n\n\n\n Il n\u2019y aurait donc pas d\u2019historiographie politiquement innocente et toute connaissance historique serait nourrie d\u2019id\u00e9ologie m\u00eame si elle ne participe pas d\u2019un programme politique explicite. Se pla\u00e7ant ici dans le sillage de Michel Foucault, White renverse l\u2019image habituelle du processus de professionnalisation de l\u2019histoire en affirmant que le \u00ab noble r\u00eave \u00bb de l\u2019objectivit\u00e9 n\u2019est pas seulement une illusion mais un dispositif politique. Ce sont ces deux articles qui ont suscit\u00e9 des pr\u00e9occupations profondes de nombre d\u2019historiens, \u00e0 commencer par Arnaldo Momigliano. Ces pr\u00e9occupations \u00e9taient d\u2019autant plus justifi\u00e9es qu\u2019elles intervenaient dans les ann\u00e9es du d\u00e9ferlement n\u00e9gationniste qui donnait \u00e0 la question de la preuve une acuit\u00e9 politique et sociale fondamentale, et cela d\u2019autant plus que les n\u00e9gationnistes les plus m\u00e9diatiques, tels Robert Faurisson ou David Irving, se pr\u00e9sentaient comme des chercheurs et des d\u00e9fenseurs de la v\u00e9rit\u00e9 historique. Malheureusement, il y a eu dans les ann\u00e9es 1980 une association entre postmodernisme et n\u00e9gationnisme qui a fig\u00e9 les positions. Elle a donn\u00e9 \u00e0 la discussion un tour pol\u00e9mique qui a emp\u00each\u00e9 de saisir la complexit\u00e9 de l\u2019exp\u00e9rience du tournant linguistique, ses tensions internes et ses contradictions. <\/p>\n\n\n\n Dans notre livre, nous cherchons pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 traiter du linguistic turn<\/em> du point de vue historiographique mais aussi de mieux comprendre quel a \u00e9t\u00e9 le terrain politique et social qui l\u2019a nourri.<\/p>Sabina Loriga<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Le fait que l\u2019anthologie \u00e0 laquelle vous faites r\u00e9f\u00e9rence ait \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e par Philippe Carrard, un historien d\u2019origine suisse enseignant aux \u00c9tats-Unis, est \u00e0 lui seul significatif. L\u2019historiographie fran\u00e7aise, y compris celle des Annales<\/em>, a sans doute eu trop longtemps le sentiment d\u2019\u00eatre au centre du monde savant. Apr\u00e8s que les \u00c9tats-Unis ont \u2014 tardivement, il faut bien le dire \u2014 d\u00e9couvert les Annales<\/em> au d\u00e9but des ann\u00e9es 1970, les historiens fran\u00e7ais ont pu \u00eatre confort\u00e9s dans cette certitude, d\u2019o\u00f9 peut \u00eatre leur manque de curiosit\u00e9 pour ce qui se passait ailleurs. Il existe par ailleurs un tr\u00e8s solide socle positiviste dans l\u2019historiographie fran\u00e7aise. L\u2019h\u00e9ritage durkheimien, qui a lui-m\u00eame produit une critique du positivisme en son temps, a, jusqu\u2019\u00e0 un certain point, instaur\u00e9 un nouveau positivisme. Depuis la fin du XIXe<\/sup> si\u00e8cle, on a effet toujours eu un positivisme \u00e0 critiquer sans s\u2019interroger sur son propre \u00ab positivisme \u00bb, au point que le mot s\u2019est largement vid\u00e9 d\u2019un sens pr\u00e9cis. L\u2019histoire \u00ab \u00e9conomique et sociale \u00bb qu\u2019ont illustr\u00e9e de tr\u00e8s grands noms, ceux d\u2019Ernest Labrousse et de Fernand Braudel en premier lieu, reposait en tout cas sur une conviction qu\u2019il vaudrait mieux qualifier de scientiste et qui \u00e9tait ins\u00e9parable d\u2019une confiance dans le caract\u00e8re cumulatif de nos connaissances. Nous participions tous \u00e0 la construction d\u2019un mur de savoir au sein duquel chaque brique individuelle trouverait sa place et avec la conviction qu\u2019\u00e0 terme, il y aurait bien un mur qui aurait une forme. C\u2019est un r\u00eave qui a dur\u00e9 jusqu\u2019aux ann\u00e9es 1970, puis l\u2019historiographie, dans tous nos pays ou presque, est entr\u00e9e dans une forte zone de turbulence. Cela a aussi \u00e9t\u00e9 le cas en France, mais sans consid\u00e9ration pour le tournant linguistique. Le vieux rejet de la philosophie par l\u2019historiographie fran\u00e7aise a aussi jou\u00e9 son r\u00f4le : on sait qu\u2019au XIXe si\u00e8cle, l\u2019histoire savante s\u2019est construite, en France en particulier, contre les philosophies de l\u2019histoire et le pli est rest\u00e9 tr\u00e8s durable. Il s\u2019est accompagn\u00e9 d\u2019une r\u00e9ticence de longue dur\u00e9e \u00e0 l\u2019encontre de la r\u00e9flexion historiographique. Celle-ci n\u2019a commenc\u00e9 \u00e0 prendre consistance chez nous \u2014 \u00e0 la diff\u00e9rence de ce qui se passait en Allemagne, en Italie ou en Grande-Bretagne \u2014 qu\u2019\u00e0 la faveur de ce que l\u2019on a commenc\u00e9 \u00e0 appeler d\u2019un terme bien trop g\u00e9n\u00e9ral, la \u00ab crise de l\u2019histoire \u00bb, dans les ann\u00e9es 1980.<\/p>\n\n\n\n Je n\u2019en suis pas certain. Le livre de Veyne, qui \u00e9tait une sorte de pav\u00e9 dans la mare des historiens, n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 trop bien re\u00e7u. La note critique qui lui a \u00e9t\u00e9 consacr\u00e9e dans les Annales <\/em>avait \u00e9t\u00e9 confi\u00e9e \u00e0 Michel de Certeau, qui n\u2019\u00e9tait pas pr\u00e9cis\u00e9ment un positiviste. Il s\u2019y livrait \u00e0 une critique assez s\u00e9v\u00e8re de l\u2019ouvrage. Cette critique a d\u00e9plu \u00e0 Raymond Aron qui, apr\u00e8s la publication de Comment on \u00e9crit l\u2019histoire <\/em>(1971), consid\u00e9rait Veyne comme son continuateur dans la critique de la raison historique et \u00e9tait occup\u00e9 \u00e0 le faire \u00e9lire au Coll\u00e8ge de France. Tant et si bien que \u2014 et je crois que c\u2019est un cas unique dans l\u2019histoire de la revue \u2014 il y eut une deuxi\u00e8me note critique dans les Annales<\/em>, sign\u00e9e d\u2019Aron, disant tout le bien qu\u2019il pensait du livre. Il reste que l\u2019ouvrage a plut\u00f4t \u00e9t\u00e9 mal re\u00e7u par les historiens, je me souviens d\u2019en avoir parl\u00e9 avec Veyne apr\u00e8s coup, parce qu\u2019il arrivait \u00e0 contre-temps : nous \u00e9tions encore dans les hautes eaux de la confiance scientiste, ce qui n\u2019invitait pas sp\u00e9cialement \u00e0 revoir les ambitions de la discipline \u00e0 la baisse, comme il nous le proposait. Veyne \u00e9tait proche de Foucault, mais il s\u2019\u00e9tait aussi plong\u00e9 dans ce que les philosophes analytiques anglo-am\u00e9ricains avaient \u00e9crit sur l\u2019histoire. Il \u00e9tait proche aussi du sociologue Jean-Claude Passeron, et tous s\u2019int\u00e9ressaient, \u00e0 des titres divers, aux op\u00e9rations logiques et discursives impliqu\u00e9es dans le processus de connaissance propre aux sciences sociales. Par ailleurs, je ne pense pas que le livre de Veyne ait jou\u00e9 un r\u00f4le important aux origines du linguistic turn<\/em>, \u00e0 la diff\u00e9rence d\u2019un certain nombre d\u2019auteurs fran\u00e7ais qui ont \u00e9t\u00e9 beaucoup sollicit\u00e9s \u2014 Foucault, Derrida, Barthes, Lacan, mais aussi Bourdieu et quelques autres \u2014 et plus encore cit\u00e9s, sans qu\u2019on se soucie toujours de la compatibilit\u00e9 de leurs propositions respectives. Ce que l\u2019on a appel\u00e9 la French Theory<\/em>, r\u00e9f\u00e9rence oblig\u00e9e pendant quinze ou vingt ans, avant d\u2019\u00eatre vou\u00e9e aux g\u00e9monies, a \u00e9t\u00e9, pour l\u2019essentiel une construction d\u2019outre-Atlantique, qui faisait \u00e9cho \u00e0 certaines tendances de fond de la culture am\u00e9ricaine. C\u2019est au fond ce que r\u00e9sumait Derrida en d\u00e9clarant : \u00ab l\u2019Am\u00e9rique, mais c\u2019est la d\u00e9construction \u00bb !<\/p>\n\n\n\n Ce que l\u2019on a appel\u00e9 la French Theory<\/em>, r\u00e9f\u00e9rence oblig\u00e9e pendant quinze ou vingt ans, avant d\u2019\u00eatre vou\u00e9e aux g\u00e9monies, a \u00e9t\u00e9, pour l\u2019essentiel une construction d\u2019outre-Atlantique, qui faisait \u00e9cho \u00e0 certaines tendances de fond de la culture am\u00e9ricaine.<\/p><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Pour moi, le livre de Levi, Se questo \u00e8 un uomo<\/em>, n\u2019est pas de la litt\u00e9rature. C\u2019est un t\u00e9moignage qui a une forme litt\u00e9raire, mais ce n\u2019est pas de la fiction. L\u2019article auquel vous faites r\u00e9f\u00e9rence appartient \u00e0 la derni\u00e8re phase du travail de White dont la pens\u00e9e a chang\u00e9 avec le temps. Les ann\u00e9es 1970 \u00e9taient centr\u00e9es sur les tropes et les intrigues, les ann\u00e9es 1980 l\u2019ont \u00e9t\u00e9 sur la question politique et id\u00e9ologique et enfin, \u00e0 partir des ann\u00e9es 1990, White s\u2019\u00e9loigne de cette lecture politique de l\u2019histoire pour revenir \u00e0 la question du r\u00e9cit, mais dans une perspective diff\u00e9rente de sa premi\u00e8re phase. Ce changement r\u00e9sulte sans doute du colloque organis\u00e9 par Saul Friedl\u00e4nder \u00e0 Los Angeles auquel vous faites r\u00e9f\u00e9rence et au cours duquel White s\u2019est probablement aper\u00e7u des dangers dont \u00e9taient porteuses certaines de ses d\u00e9clarations. \u00c0 partir de ce moment, il a en tout cas commenc\u00e9 \u00e0 privil\u00e9gier la litt\u00e9rature par rapport l\u2019histoire, au motif que les traumas historiques propres au XXe<\/sup> si\u00e8cle, d\u2019une part, et les nouvelles technologies, de l\u2019autre, avaient dissous l\u2019\u00e9v\u00e9nement dans un nombre infini de d\u00e9tails et qu\u2019il fallait inventer de nouvelles formes de r\u00e9cit. C\u2019est cette crise de l\u2019\u00e9v\u00e9nement qui avait, selon lui, d\u00e9truit la distinction entre discours r\u00e9aliste et discours fictionnel. C\u2019est un point tr\u00e8s int\u00e9ressant car White s\u2019\u00e9loigne ici de la proposition poststructuraliste qui \u00e9tait celle de Metahistory <\/em>et qui exaltait la dimension rh\u00e9torique du discours historique pour adopter une position historiciste, en affirmant que pour raconter les \u00e9v\u00e9nements traumatiques du XXe<\/sup> si\u00e8cle, il y a des formes de narration qui fonctionnent mieux que d\u2019autres. Il en revient donc \u00e0 une conception mim\u00e9tique du r\u00e9cit historique.<\/p>\n\n\n\n Ces derni\u00e8res ann\u00e9es, de nombreux romanciers se sont lanc\u00e9s en qu\u00eate du pass\u00e9 et certains se voient comme les v\u00e9ritables m\u00e9diateurs entre le pass\u00e9 et le pr\u00e9sent voire comme les d\u00e9fenseurs d\u2019une m\u00e9moire bafou\u00e9e \u00e0 l\u2019instar d\u2019un \u00c9douard Glissant qui se pose en gardien de la m\u00e9moire contre l\u2019histoire \u00ab officielle \u00bb. Il est \u00e9vident que la forme du r\u00e9cit n\u2019est plus celle du roman historique \u00e0 la Walter Scott mais plut\u00f4t celle de l\u2019\u0153uvre-t\u00e9moignage ou la m\u00e9tafiction historiographique. C\u2019est un ph\u00e9nom\u00e8ne majeur qui m\u00e9rite d\u2019\u00eatre compris en profondeur. Ce retour \u00e0 l\u2019histoire a produit des chefs-d\u2019\u0153uvre incontestables comme l\u2019Austerlitz <\/em>de W. G. Sebald. C\u2019est donc un mouvement qui peut \u00eatre tr\u00e8s positif, mais qui soul\u00e8ve une s\u00e9rie de questions. La premi\u00e8re concerne le statut de l\u2019histoire dans la mesure o\u00f9 tr\u00e8s souvent les romanciers ont cherch\u00e9 \u00e0 d\u00e9l\u00e9gitimer l\u2019histoire \u00e0 l\u2019image d\u2019Edgar L. Doctorow qui revendique la sup\u00e9riorit\u00e9 de la fiction sur l\u2019histoire. Il me semble que cette revendication n\u2019est pas le propre de la litt\u00e9rature mais que cette derni\u00e8re exhale un \u00e9tat d\u2019esprit soup\u00e7onneux de plus en plus r\u00e9pandu dans la soci\u00e9t\u00e9 et qui voit dans l\u2019histoire un instrument du pouvoir. On retrouve les traces de ce sentiment soup\u00e7onneux dans les m\u00e9dias o\u00f9 il est fr\u00e9quemment question d\u2019\u00ab histoire manipul\u00e9e \u00bb, d\u2019\u00ab histoire occulte \u00bb ou encore de \u00ab tabous de l\u2019histoire \u00bb.<\/p>\n\n\n\n Il est \u00e9vident que la forme du r\u00e9cit n\u2019est plus celle du roman historique \u00e0 la Walter Scott mais plut\u00f4t celle de l\u2019\u0153uvre-t\u00e9moignage ou la m\u00e9tafiction historiographique. C\u2019est un ph\u00e9nom\u00e8ne majeur qui m\u00e9rite d\u2019\u00eatre compris en profondeur.<\/p>Sabina Loriga<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Nous devons chercher \u00e0 mieux comprendre la signification de cette vague de la fictionnalisation. Il me semble d\u2019abord qu\u2019elle exprime une demande de dramatisation du r\u00e9cit historique. Il est vrai que l\u2019histoire positiviste a souvent produit une double d\u00e9sertification du r\u00e9cit historique : on a occult\u00e9 les individus qui peuplaient le pass\u00e9 et, d\u2019autre part, pour souligner la dimension scientifique, l\u2019historien s\u2019est cach\u00e9 derri\u00e8re la troisi\u00e8me personne. Or je pense que de ce point de vue la confrontation avec la litt\u00e9rature peut jouer un r\u00f4le extr\u00eamement positif et aider les historiens \u00e0 redonner au pass\u00e9 sa dimension dramatique, \u00e0 mieux m\u00e9diter sur les strat\u00e9gies narratives \u00e0 mettre en \u0153uvre pour restituer le drame de la libert\u00e9 du pass\u00e9. En revanche, il y a dans cette vague de fictionnalisation une tendance \u00e0 l\u2019effacement de la distance entre pass\u00e9 et pr\u00e9sent qui me pr\u00e9occupe, non pas bien s\u00fbr dans le cadre de la fiction, mais si on l\u2019applique \u00e0 l\u2019historiographie. L\u2019id\u00e9e que le pass\u00e9 devient pr\u00e9sent par intuition, qu\u2019on peut le mettre \u00e0 jour par un geste proph\u00e9tique plut\u00f4t qu\u2019analytique, me semble dangereuse. La t\u00e2che de l\u2019histoire est au contraire de travailler \u00e0 restituer l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 et l\u2019\u00e9tranget\u00e9 du pass\u00e9 et elle doit donc \u00e9viter d\u2019en donner des images faussement famili\u00e8res \u00e0 travers l\u2019usage d\u2019\u00ab effets sp\u00e9ciaux \u00bb.<\/p>\n\n\n\n L\u2019hommage de Nora auquel vous faites r\u00e9f\u00e9rence peut sans doute \u00eatre compris comme celui d\u2019un acad\u00e9micien \u2014 et d\u2019un \u00e9diteur \u2014 \u00e0 un autre acad\u00e9micien. Que Duby ait \u00e9t\u00e9 un grand \u00e9crivain d\u2019histoire, nul n\u2019en doute, comme Braudel l\u2019avait \u00e9t\u00e9 avant lui. Devrait-on oublier pour autant que Duby \u00e9t\u00e9 un grand savant, un homme qui n\u2019a pas seulement \u00e9crit de beaux livres mais qui a jou\u00e9 un r\u00f4le majeur dans le renouvellement de notre connaissance du Moyen \u00c2ge, en m\u00eame temps qu\u2019un artisan rigoureux, exigeant, toujours soucieux d\u2019\u00e9tayer et d\u2019argumenter son propos ? Jouer l\u2019un contre l\u2019autre, le beau style contre le savoir, me semble mal venu. Je ne pense pas que l\u2019on puisse penser la relation entre le fond et la forme dans les termes d\u2019un choix alternatif. Pour prendre un autre exemple, on sait que Carlo Ginzburg a \u00e9t\u00e9 un des plus rudes critiques de Hayden White et de ses th\u00e8ses formalistes. Pourtant il est lui-m\u00eame, tout \u00e0 la fois un historien \u00e9rudit, toujours soucieux de la preuve, et<\/em> un auteur qui a su mobiliser de brillantes ressources rh\u00e9toriques avec une efficacit\u00e9 extr\u00eame \u00e0 travers son \u0153uvre depuis plus d\u2019un demi-si\u00e8cle. Cela dit, la connaissance historique est r\u00e9visionniste, au meilleur sens du terme, elle l\u2019est dans son principe. L\u2019\u0153uvre de Duby a renouvel\u00e9 en son temps ce que nous savons de la soci\u00e9t\u00e9 f\u00e9odale. Elle a commenc\u00e9 \u00e0 \u00eatre r\u00e9vis\u00e9e et compl\u00e9t\u00e9e par les travaux de ceux-l\u00e0 m\u00eame qu\u2019elle avait inspir\u00e9s et qui ont poursuivi et, pour une part, renouvel\u00e9 ses enqu\u00eates. Il n\u2019y a rien l\u00e0 que de tr\u00e8s normal. Il se peut que dans un avenir plus ou moins lointain, il reste surtout de Georges Duby une pens\u00e9e forte et une grande \u00e9criture, comme c\u2019est le cas pour Gibbon, pour Michelet, pour Fustel de Coulanges, que nous continuons de lire. On ne saurait pour autant oublier que son ambition ne s\u2019est pas born\u00e9e au grand style, quand bien m\u00eame il aura su, par son talent d\u2019\u00e9crivain, faire exister, faire comprendre aussi, la profondeur des temps pass\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n L\u2019\u0153uvre de Duby a renouvel\u00e9 en son temps ce que nous savons de la soci\u00e9t\u00e9 f\u00e9odale. Elle a commenc\u00e9 \u00e0 \u00eatre r\u00e9vis\u00e9e et compl\u00e9t\u00e9e par les travaux de ceux-l\u00e0 m\u00eame qu\u2019elle avait inspir\u00e9s et qui ont poursuivi et, pour une part, renouvel\u00e9 ses enqu\u00eates. Il n\u2019y a rien l\u00e0 que de tr\u00e8s normal.<\/p>Jacques Revel<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Dans cette vague d\u2019histoire \u00e0 la premi\u00e8re personne, on trouve des ouvrages de nature tr\u00e8s diff\u00e9rente. Certains sont des m\u00e9moires dans la lign\u00e9e initi\u00e9e par Sa\u00fcl Friedl\u00e4nder, d\u2019autres des ego-histoires souvent issues de m\u00e9moires d\u2019habilitation \u00e0 diriger des recherches, d\u2019autres encore sont des romans de famille. La nature et la qualit\u00e9 de ces ouvrages sont in\u00e9gales et il est donc difficile de g\u00e9n\u00e9raliser. Ces historiens articulent de mani\u00e8re nouvelle et plus vivante exp\u00e9rience personnelle et processus historique. Dans la plupart des cas, ils expriment le d\u00e9sir de sortir d\u2019une vision surplombante de l\u2019histoire et de reconna\u00eetre le fait qu\u2019ils parlent \u00e0 partir d\u2019une histoire particuli\u00e8re, d\u2019une position. Tout ceci me semble \u00eatre extr\u00eamement int\u00e9ressant. Il peut toutefois y avoir dans cet exercice de l\u2019histoire \u00e0 la premi\u00e8re personne une d\u00e9rive identitaire. J\u2019entends par l\u00e0 que la question historique est remplac\u00e9e par une interrogation sur soi-m\u00eame ou sur son groupe d\u2019appartenance et que l\u2019auteur devient le centre de la r\u00e9flexion. Ce choix est peut-\u00eatre dict\u00e9 par la volont\u00e9 d\u2019assumer le fait que ce n\u2019est qu\u2019un point de vue et le refus du surplomb que j\u2019\u00e9voquais. Mais le r\u00e9sultat risque parfois d\u2019\u00eatre le contraire de ce qui \u00e9tait recherch\u00e9, \u00e0 savoir une exposition excessive de l\u2019historien omniscient.<\/p>\n\n\n\n Le plaidoyer d\u2019Ivan Jablonka en faveur d\u2019une nouvelle rencontre entre histoire et litt\u00e9rature me semble trop optimiste. Lorsqu\u2019il parle de l\u2019histoire comme d\u2019un militantisme de la v\u00e9rit\u00e9 s\u2019exer\u00e7ant toujours en milieu hostile contre la tromperie, le d\u00e9ni et le mensonge, j\u2019ai l\u2019impression qu\u2019il pr\u00e9sente une vision glorieuse de la discipline. Je pense pour ma part que le rapport de l\u2019historien au pass\u00e9 a toujours une dimension m\u00e9lancolique dans la mesure o\u00f9 il est fond\u00e9 sur le d\u00e9calage entre l\u2019histoire et le pass\u00e9 et que l\u2019historien sait qu\u2019il ne peut pas adh\u00e9rer compl\u00e8tement au pass\u00e9. On pourrait dire pour reprendre une phrase c\u00e9l\u00e8bre que le pass\u00e9 demeure toujours un lieu \u00e9tranger. Cette inqui\u00e9tude m\u00e9lancolique me semble \u00eatre une qualit\u00e9 \u00e9thique et esth\u00e9tique de l\u2019histoire.<\/p>\n\n\n\n Dans un livre qui a eu en son temps un grand succ\u00e8s, Certitudes meurtri\u00e8res<\/em> (1991), l\u2019historien Simon Schama n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 inventer des monologues int\u00e9rieurs ou des dialogues imaginaires. Il y a l\u00e0 un saut que je trouve dangereux. Il revendique de pouvoir entrer dans les pens\u00e9es d\u2019autrui, ce qui me semble \u00eatre le propre de la fiction. Cette pr\u00e9tention omnisciente au psychisme de l\u2019autre me para\u00eet tr\u00e8s probl\u00e9matique. Que l\u2019imagination joue un r\u00f4le important en histoire est incontestable, et Georges Duby dont nous parlions a d\u2019ailleurs \u00e9crit un beau texte \u00e0 ce sujet. Toutefois, je pense que l\u2019imagination historienne n\u2019est pas la m\u00eame que l\u2019imagination qui est \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans la fiction. Elle ne cherche pas \u00e0 s\u2019\u00e9lever au-dessus de la r\u00e9alit\u00e9 et doit respecter certaines limitations, \u00e0 commencer par le fait que nous \u00e9crivons des choses qui peuvent \u00eatre contr\u00f4l\u00e9es par d\u2019autres. Si nous renon\u00e7ons \u00e0 cette possibilit\u00e9, il me semble qu\u2019on sort du cadre historiographique. Je pr\u00f4ne une forte confrontation avec la litt\u00e9rature, mais je plaide aussi pour une auto-limitation volontaire des historiens.<\/p>\n\n\n\n La premi\u00e8re chose qui nous importait \u00e9tait de reconna\u00eetre et de faire reconna\u00eetre que le tournant linguistique a eu lieu. Il faut ensuite, et c\u2019est ce que nous avons tent\u00e9 de faire, essayer de le comprendre, comme un ensemble de propositions que nous ne sommes pas tenus d\u2019accepter, et comme le sympt\u00f4me d\u2019un \u00e9tat de l\u2019historiographie \u00e0 un moment donn\u00e9. Ce moment est derri\u00e8re nous, ce qui ne signifie pas que les questions qui ont alors \u00e9t\u00e9 pos\u00e9es ont tout perdu de leur pertinence, ni m\u00eame de leur acuit\u00e9. La production historique a v\u00e9cu pendant les d\u00e9cennies d\u2019apr\u00e8s-guerre dans un r\u00e9gime de certitudes positives, dans l\u2019id\u00e9e qu\u2019elle \u00e9tait capable de produire des connaissances qui seraient cumulatives \u00e0 terme plus ou moins proche. Il importe de reconna\u00eetre qu\u2019elle l\u2019a fait, et de mani\u00e8re impressionnante. Des avanc\u00e9es dans le \u00ab territoire de l\u2019historien \u00bb, pour reprendre le titre c\u00e9l\u00e8bre d\u2019un livre d\u2019Emmanuel Le Roy Ladurie (1973), on attendait qu\u2019elles promettent la d\u00e9couverte et la ma\u00eetrise d\u2019un territoire unifi\u00e9. Cette confiance s\u2019est \u00e9branl\u00e9e au cours des ann\u00e9es 1970 et ce n\u2019est certainement pas un hasard.<\/p>\n\n\n\n
\r\n <\/picture>\r\n \n Ce caract\u00e8re probl\u00e9matique explique que le lingustic turn<\/em> ait pris des formes tr\u00e8s vari\u00e9es en histoire ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Pourquoi avoir d\u00e9cid\u00e9 de revenir aujourd\u2019hui sur un d\u00e9bat d\u00e9j\u00e0 ancien et qui peut para\u00eetre d\u00e9pass\u00e9 ? En arrivant \u00ab apr\u00e8s la bataille \u00bb, avez-vous l\u2019intention \u2014 ou la crainte ? \u2014 de la ranimer ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Sabina Loriga<\/h4>\n\n\n\n\n\n
\r\n <\/picture>\r\n \n Il s\u2019agissait aussi de revenir sur votre propre parcours d\u2019historiens en proie \u00e0 ce tournant ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Jacques Revel<\/h4>\n\n\n\n
Sabina Loriga<\/h4>\n\n\n\n
On consid\u00e8re g\u00e9n\u00e9ralement que c\u2019est la publication de Metahistory <\/em>d\u2019Hayden White en 1973 qui fait entrer, avec fracas, le tournant linguistique dans le champ historiographique. Pouvez-vous nous r\u00e9sumer la teneur de ce livre et nous expliquer pourquoi il suscita de vives r\u00e9actions dans la communaut\u00e9 historienne ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Comment expliquer l\u2019exception fran\u00e7aise dans la traduction des textes de White ? Alors que ceux-ci ont \u00e9t\u00e9 rapidement rendus accessibles aux lectorats italophone, hispanophone ou germanophone, il a fallu attendre 2009 pour qu\u2019une petite partie de <\/strong>Metahistory<\/em><\/strong> (l\u2019introduction) soit traduite en fran\u00e7ais, puis 2017 pour que paraisse un recueil en langue fran\u00e7aise d\u2019une s\u00e9lection de ses articles<\/strong> ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Jacques Revel<\/h4>\n\n\n\n
Deux ans avant la parution de Metahistory<\/em>, Paul Veyne avait toutefois publi\u00e9 un retentissant essai d\u2019historiographie<\/a> qui, d\u00e9j\u00e0, s\u2019interrogeait de mani\u00e8re critique \u00e0 la mani\u00e8re dont on \u00e9crit<\/em> l\u2019histoire. Il y r\u00e9futait les pr\u00e9tentions \u00e0 la scientificit\u00e9 de la discipline et mettait l\u2019accent sur sa dimension narrative. N\u2019y avait-il pas l\u00e0 une pr\u00e9figuration des th\u00e8ses de White ? D\u2019autant que Veyne \u00e9tait l\u2019un des historiens les plus proches de Foucault, dont les \u00e9crits ont largement nourri outre-Atlantique le linguistic turn<\/em>. Finalement, la non-traduction fran\u00e7aise de White vient peut-\u00eatre du fait qu\u2019il faisait double emploi avec Veyne dont les th\u00e8ses furent toutefois mieux accept\u00e9es que les siennes par les historiens fran\u00e7ais ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Comme nous l\u2019avons d\u00e9j\u00e0 soulign\u00e9, on a beaucoup reproch\u00e9 \u00e0 Hayden White, notamment lors d\u2019un colloque devenu fameux organis\u00e9 en avril 1990 \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Californie \u00e0 Los Angeles, de d\u00e9cr\u00e9dibiliser la parole historienne en mettant l\u2019accent sur sa discursivit\u00e9. Avec le risque d\u2019aboutir \u00e0 un relativisme pouvant aller jusqu\u2019\u00e0 faire le lit du n\u00e9gationnisme. Dans un article publi\u00e9 en 2004, il pr\u00e9tend au contraire d\u00e9montrer comment l\u2019\u0153uvre de Primo Levi, \u00ab constitue un mod\u00e8le de la fa\u00e7on dont un mode d’\u00e9criture sp\u00e9cifiquement litt\u00e9raire peut rehausser les valences r\u00e9f\u00e9rentielles et s\u00e9mantiques d’un discours de fait<\/em> \u00bb. Autrement dit, l\u2019\u00e9criture litt\u00e9raire, loin d\u2019alt\u00e9rer la factualit\u00e9 historique de la Shoah en la d\u00e9r\u00e9alisant ou en l\u2019esth\u00e9tisant, permettrait de la faire ressortir et ressentir mieux que n\u2019importe quelle prose historiographique : \u00ab Se questo \u00e8 un uomo, g\u00e9n\u00e9ralement reconnu comme un classique du t\u00e9moignage sur l’Holocauste, tire son pouvoir testimonial moins de l’enregistrement scientifique et positiviste des \u00ab faits \u00bb d’Auschwitz que de l’expression po\u00e9tique de ce que l’on a ressenti en endurant ces \u00ab faits \u00bb<\/em> \u00bb \u00e9crit-il.<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Sabina Loriga<\/h4>\n\n\n\n
Les travaux du dernier White soul\u00e8vent la question complexe du rapport de l\u2019histoire \u00e0 la litt\u00e9rature. Qu\u2019est-ce que la litt\u00e9rature peut selon vous apporter de plus ou d\u2019autre que l\u2019historiographie \u00e0 l\u2019intelligence du pass\u00e9 ? Ces deux modes d\u2019\u00e9criture sont-ils concurrents, compl\u00e9mentaires ou encore incommensurables ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Que faire face \u00e0 cette vague d\u2019incr\u00e9dulit\u00e9 \u00e0 l\u2019encontre du discours historique sur laquelle surfe la fictionnalisation du pass\u00e9 ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Georges Duby a r\u00e9cemment rejoint Jules Michelet au catalogue de la Biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade. Dans la pr\u00e9face du volume recueillant ses \u0153uvres, Pierre Nora \u00e9crit que ce qui vaut au grand m\u00e9di\u00e9viste cet honneur n\u2019est pas \u00ab son interpr\u00e9tation de la f\u00e9odalit\u00e9, souvent discut\u00e9e<\/em> \u00bb, mais bien plut\u00f4t son \u00ab style tendu, t\u00e9nu, l\u00e9g\u00e8rement solennel, plein de chair et de vie, chaleureux et sonore<\/em> \u00bb. De fait, quand nous lisons Michelet aujourd\u2019hui, n\u2019est-ce pas la forme plus que le fond qui nous int\u00e9resse ? Et n\u2019en sera-t-il pas bient\u00f4t de m\u00eame pour Duby, Braudel ou Hobsbawm ? L\u2019\u00e9criture historique serait-elle par nature sujette \u00e0 p\u00e9remption sur le fond ? Est-elle condamn\u00e9e \u00e0 perdre en validit\u00e9 avec le temps et les in\u00e9luctables progr\u00e8s de la discipline ? Autrement dit, notre int\u00e9r\u00eat pour elle aurait-il vocation au pire \u00e0 s\u2019estomper ou, au mieux, \u00e0 glisser avec le temps du registre du v\u00e9ridique \u00e0 celui de l\u2019esth\u00e9tique ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Jacques Revel<\/h4>\n\n\n\n
En \u00e9cho aux \u00e9crivains qui viennent \u00ab braconner \u00bb en terres historiennes, ces derni\u00e8res ann\u00e9es, un certain nombre d\u2019historiens ont publi\u00e9 des ouvrages \u00e9chappant aux formes classiques de l\u2019\u00e9criture savante, notamment en assumant un prisme subjectif voire litt\u00e9raire. Je pense par exemple \u00e0 ces livres dans lesquels des historiens se penchent, \u00e0 la premi\u00e8re personne du singulier, sur leur \u00ab roman familial \u00bb, \u00e0 l\u2019image de ceux de St\u00e9phane Audoin-Rouzeau, Chiara Frugoni, Mark Mazower ou de Camille Lefebvre. Quel regard portez-vous sur cette tendance historiographique qui tend \u00e0 brouiller ou en tout cas \u00e0 red\u00e9finir les distinctions classiques entre histoire et litt\u00e9rature ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Sabina Loriga<\/h4>\n\n\n\n
Ivan Jablonka est sans doute celui qui pousse le plus loin ce rapprochement entre l\u2019histoire et la litt\u00e9rature en th\u00e9orisant le fait que \u00ab l\u2019histoire est une litt\u00e9rature contemporaine \u00bb. Qu\u2019en pensez-vous ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Tout n\u2019est donc pas stylistiquement et rh\u00e9toriquement permis \u00e0 l\u2019historien ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Au terme de votre enqu\u00eate, quel bilan tirez-vous de la \u00ab querelle linguistique \u00bb qui a secou\u00e9 l\u2019historiographie dans le dernier quart du XXe<\/sup> si\u00e8cle ? Votre livre montre que l\u2019histoire en est ressortie inqui\u00e9t\u00e9e : n\u2019est-ce pas finalement une bonne chose ? Le doute n\u2019est-il pas au fondement de toute d\u00e9marche savante ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Jacques Revel<\/h4>\n\n\n\n