{"id":177369,"date":"2023-02-13T07:50:58","date_gmt":"2023-02-13T06:50:58","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=177369"},"modified":"2023-02-13T09:58:45","modified_gmt":"2023-02-13T08:58:45","slug":"irak-et-syrie-les-autonomies-kurdes-menacees","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2023\/02\/13\/irak-et-syrie-les-autonomies-kurdes-menacees\/","title":{"rendered":"Irak et Syrie&#160;: les autonomies kurdes menac\u00e9es"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-drop-cap\">En novembre 2022, la Turquie bombarde les forces kurdes en Syrie et le PKK (Parti des Travailleurs du Kurdistan) dans le Nord de l\u2019Irak en repr\u00e9sailles de l\u2019attentat d\u2019Istanbul, que le Pr\u00e9sident turc, Recep Tayeb Erdogan, attribue au PKK. La Turquie d\u00e9clare vouloir lancer une offensive terrestre d\u2019envergure contre l\u2019Administration Autonome du Nord et de l\u2019Est de la Syrie (AANES) dirig\u00e9e par les Kurdes syriens. Dans le m\u00eame temps des missiles iraniens s\u2019abattent sur les locaux du parti d\u2019opposition iranien r\u00e9fugi\u00e9s au Kurdistan d\u2019Irak. Lors de la visite officielle du premier ministre irakien, Mohamed Shia al-Soudani \u00e0 Teheran d\u00e9but d\u00e9cembre 2022, le guide supr\u00eame, l\u2019ayatollah Ali Khamenei, menace lui aussi de lancer une offensive contre le Gouvernement R\u00e9gional du Kurdistan (GRK) si le gouvernement irakien ne contr\u00f4le pas mieux la fronti\u00e8re avec l\u2019Iran&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-1-177369' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2023\/02\/13\/irak-et-syrie-les-autonomies-kurdes-menacees\/#easy-footnote-bottom-1-177369' title='\u201cKhamenei urges Iraqi PM to stand up to common &amp;lsquo;enemies&amp;rsquo;\u201d, al-Monitor, 29 novembre 2022&lt;br&gt;&lt;a href=&quot;https:\/\/www.al-monitor.com\/originals\/2022\/11\/khamenei-urges-iraqi-pm-stand-common-enemies#ixzz7rK3CPXkq&quot;&gt;https:\/\/www.al-monitor.com\/originals\/2022\/11\/khamenei-urges-ir&lt;\/a&gt;&lt;a href=&quot;https:\/\/www.al-monitor.com\/originals\/2022\/11\/khamenei-urges-iraqi-pm-stand-common-enemies#ixzz7rK3CPXkq&quot; target=&quot;_blank&quot; rel=&quot;noreferrer noopener&quot;&gt;a&lt;\/a&gt;&lt;a href=&quot;https:\/\/www.al-monitor.com\/originals\/2022\/11\/khamenei-urges-iraqi-pm-stand-common-enemies#ixzz7rK3CPXkq&quot;&gt;qi-pm-stand-common-enemies#ixzz7rK3CPXkq&lt;\/a&gt;'><sup>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Le r\u00e9gime iranien attribue aux Kurdes et plus particuli\u00e8rement aux Kurdes r\u00e9fugi\u00e9s en Irak <a href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/11\/15\/iran-les-symboles-dune-revolte-une-conversation-avec-farhad-khosrokhavar\/\">l\u2019origine des manifestations anti-r\u00e9gime qui secoue l\u2019Iran depuis l\u2019assassinat de la jeune kurde Mahsa Amini<\/a> par la police religieuse. Les actions simultan\u00e9es de la Turquie et de l\u2019Iran contre les Kurdes en Syrie et en Irak t\u00e9moignent d\u2019une volont\u00e9 commune de r\u00e9duire, voire de supprimer, leur autonomie. Les deux pays comptent d\u2019importantes minorit\u00e9s kurdes (20&#160;% en Turquie et 10&#160;% en Iran) et ils n\u2019ont aucune envie de les voir demander elles-aussi un statut d\u2019autonomie.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faut souligner que les Kurdes ont r\u00e9ussi \u00e0 s\u2019\u00e9manciper de la tutelle des \u00c9tats centraux \u00e0 la faveur de leur affaiblissement et gr\u00e2ce au soutien des \u00c9tats-Unis. Le Kurdistan d\u2019Irak s\u2019est lib\u00e9r\u00e9 du r\u00e9gime de Saddam Hussein en 1991 \u00e0 la faveur de la premi\u00e8re guerre du Golfe qui a vu la cr\u00e9ation d\u2019une zone d\u2019exclusion a\u00e9rienne par les \u00c9tats-Unis, la France et la Grande-Bretagne qui sauv\u00e9 les Kurdes du massacre et permi de construire un embryon d\u2019\u00c9tat. L\u2019invasion de l\u2019Irak par les \u00c9tats-Unis en 2003 a consacr\u00e9 leur statut d\u2019autonomie inscrit dans la constitution irakienne de 2004. En Syrie, les Kurdes se sont lib\u00e9r\u00e9s du joug du r\u00e9gime baathiste en 2012, lorsqu\u2019il a abandonn\u00e9 l\u2019essentiel de ses positions dans le Nord de la Syrie. La milice kurde des YPG, branche syrienne du PKK, a pris le contr\u00f4le des territoires kurdes. Le soutien de la coalition internationale contre Daesh a permis aux YPG, \u00e0 partir de 2014, de s\u2019imposer dans le Nord-Est et de construire un embryon d\u2019\u00c9tat&nbsp;&#160;: le \u00ab&#160;Rojava&#160;\u00bb, devenu aujourd\u2019hui l\u2019AANES. Mais les conditions g\u00e9opolitiques qui ont permis l\u2019\u00e9mergence de ces deux entit\u00e9s kurdes sont remises en question avec le d\u00e9sint\u00e9r\u00eat des \u00c9tats-Unis \u00e0 l\u2019\u00e9gard de cette r\u00e9gion, la d\u00e9faite de l\u2019\u00c9tat Islamique, la r\u00e9affirmation des \u00c9tats centraux soutenus par leurs parrains et la strat\u00e9gie n\u00e9o-ottomane de la Turquie. Apr\u00e8s des d\u00e9cennies de guerres et de crises, Liban, Syrie et Irak constituent d\u00e9sormais un espace g\u00e9opolitique tampon marqu\u00e9 par le retour des Empires ottoman, perse et russe, au d\u00e9triment des Occidentaux et de leurs alli\u00e9s. Or les deux entit\u00e9s kurdes de Syrie et d\u2019Irak sont consid\u00e9r\u00e9es comme telles par les rivaux des \u00c9tats-Unis.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Apr\u00e8s des d\u00e9cennies de guerres et de crises, Liban, Syrie et Irak constituent d\u00e9sormais un espace g\u00e9opolitique tampon marqu\u00e9 par le retour des Empires ottoman, perse et russe, au d\u00e9triment des Occidentaux et de leurs alli\u00e9s.<\/p><cite>Fabrice Balanche<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/lh4.googleusercontent.com\/mdnYrWdqyjsdCdZBpw72MuhqED-R7QfgylbAMS7m9gXouULKsK8OwR6AwWbU7M715KJqm4F61xc4yjCInQix_DgD8V8QwhcI3WWbafcSQxX7Hrdyu8IRHxX7GAeCVBXdE9P5zeoix6iV\" alt=\"\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Cartes&nbsp;&#160;: 1 &#8211; la distribution communautaire au Levant<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>1.&nbsp;Kurdistan syrien et irakien&nbsp;&#160;: deux cheminements distincts vers l\u2019autonomie<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les deux r\u00e9gions kurdes autonomes sont n\u00e9es et se sont construites dans un contexte de guerre civile et d\u2019intervention am\u00e9ricaine. Le GRK est n\u00e9 en 1991, il s\u2019appuyait sur une longue r\u00e9sistance arm\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00c9tat irakien. L\u2019AANES, quant \u00e0 elle, est plus r\u00e9cente, puisqu\u2019elle est apparue en 2012 sous le nom de Rojava. En Syrie, le mouvement nationaliste kurde \u00e9tait beaucoup plus faible qu\u2019en Irak&#160;: il n\u2019a jamais contest\u00e9 le r\u00e9gime syrien par les armes avant 2012. Les histoires du Kurdistan syrien et irakien sont donc tr\u00e8s diff\u00e9rentes, tout comme sont diff\u00e9rentes leurs g\u00e9ographies, leurs populations, leurs ressources et leurs gouvernances sur lesquelles il convient de revenir pour comprendre leur situation g\u00e9opolitique actuelle.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>1.1.&nbsp;Le Kurdistan d\u2019Irak&nbsp;&#160;: une autonomie acquise par une longue lutte et enracin\u00e9e dans le territoire<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Le GRK compte 6,2 millions d\u2019habitants dont 80&#160;% de Kurdes. Il s\u2019\u00e9tend sur 38,000 km2, soit un peu moins que la Suisse. Il revendique 45&nbsp;000 km2 de plus (Sinjar, plaine de Ninive, Kirkouk, etc.) qui constituent les \u00ab&#160;territoires disput\u00e9s&#160;\u00bb. Ces derniers sont depuis la reconqu\u00eate du territoire de Daesh en 2017 et l\u2019offensive des milices chiites contre le GRK en 2018 largement sous le contr\u00f4le des forces arm\u00e9es irakiennes. Le territoire du GRK poss\u00e8de un peuplement kurde homog\u00e8ne&#160;; les enclaves arabes, turkm\u00e8nes et chr\u00e9tiennes sont r\u00e9duites et ne brisent donc pas son unit\u00e9. Le territoire est urbanis\u00e9 \u00e0 plus de 70&#160;%, comme dans le reste de l\u2019Irak. Erbil, la capitale, Souleymanyeh et Dohuk polarisent l\u2019espace g\u00e9ographique. Le GRK s\u2019appuie sur les contreforts du Zagros et culmine \u00e0 3&nbsp;607 m\u00e8tres au Gundah Zhur, \u00e0 la fronti\u00e8re avec l\u2019Iran. Ce relief accident\u00e9 a permis aux Kurdes de r\u00e9sister aux assauts de l\u2019arm\u00e9e irakienne pendant des d\u00e9cennies. En 1991, les peshmergas sont descendus de leurs maquis pour s\u2019emparer des villes et des plaines entre Mossoul et Kirkouk.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/lh4.googleusercontent.com\/8gMuN5mpiuQK0SI1Ptn8DS33swXoJiaH_VeeUW-IkDqyX_qgIIG6ag1IHRjbKkDcLIK7Os-EloxtNH4AGCk3K-KEc-5CizQa0tE8LmzJ9wIAfkoY20rgJEHXvS3JQpkG9Zea9rU8q0uh\" alt=\"\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Carte&nbsp;&#160;: 2 &#8211; Contr\u00f4le territorial dans le nord de l\u2019Irak<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s des d\u00e9cennies de combats entrecoup\u00e9s de tr\u00eaves \u00e9ph\u00e9m\u00e8res, Saddam Hussein a d\u00e9cid\u00e9 d\u2019en finir avec les Kurdes et a lanc\u00e9 une v\u00e9ritable politique g\u00e9nocidaire \u00e0 leur \u00e9gard&nbsp;&#160;: l\u2019Anfal, en 1988. Deux mille villages ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9truits et la population regroup\u00e9e dans des camps surveill\u00e9s par l\u2019arm\u00e9e irakienne. La campagne \u00e9tait d\u00e9clar\u00e9e \u00ab&#160;<em>free killing zone<\/em>&#160;\u00bb, toute personne se trouvant en dehors des camps pouvait \u00eatre imm\u00e9diatement abattue. Au total, l\u2019Anfal fit 182&nbsp;000 victimes. L\u2019objectif de Saddam Hussein \u00e9tait tout simplement de d\u00e9truire le peuple kurde et son territoire en Irak, si bien qu\u2019on peut consid\u00e9rer l\u2019Anfal comme un g\u00e9nocide. Des centaines de milliers de Kurdes furent transf\u00e9r\u00e9s dans le Sud de l\u2019Irak, tandis que des Arabes du Sud furent invit\u00e9s \u00e0 s\u2019installer \u00e0 leur place \u00e0 Mossoul ou Kirkouk. En 1988, Saddam Hussein ordonna une attaque chimique sur la ville kurde de Halabja, faisant 5&nbsp;000 morts. Ce massacre provoqua un exode massif de la population kurde vers l\u2019Iran et la Turquie. L\u2019Anfal a convaincu les Kurdes que seule une large autonomie, voire l\u2019ind\u00e9pendance, pourrait assurer leur s\u00e9curit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>L\u2019Anfal a convaincu les Kurdes que seule une large autonomie, voire l\u2019ind\u00e9pendance, pourrait assurer leur s\u00e9curit\u00e9.<\/p><cite>Fabrice Balanche<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>De 1991 \u00e0 2003, le territoire kurde a v\u00e9cu sous la protection de l\u2019aviation occidentale, mais il a souffert autant que le reste de l\u2019Irak de l\u2019embargo international. Les fronti\u00e8res avec l\u2019Iran et la Turquie \u00e9taient pratiquement ferm\u00e9es, ce qui l\u2019emp\u00eachait de se fournir \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, tandis que l\u2019Irak de Saddam Hussein commer\u00e7ait avec la Syrie. Sur fond de mis\u00e8re, une violente guerre civile \u00e9clata entre le PDK et l\u2019UPK entre 1994 et 1997, faisant 5&nbsp;000 \u00e0 8&nbsp;000 morts. Cette guerre intra-kurde a laiss\u00e9 des traces au GRK et contribue toujours \u00e0 saper son unit\u00e9 politique face \u00e0 Bagdad. En 2003, les forces kurdes se sont jointes \u00e0 l\u2019arm\u00e9e am\u00e9ricaine pour renverser Saddam Hussein. Cela leur a permis d\u2019augmenter leur territoire et d\u2019obtenir un statut d\u2019autonomie dans la Constitution irakienne de 2004. Les provinces kurdes et les territoires disput\u00e9s disposent de 64 d\u00e9put\u00e9s au parlement irakien \u2014&nbsp;sur 329 d\u00e9put\u00e9s \u2014 qui sont souvent indispensables pour construire les majorit\u00e9s, et la tradition veut que le Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique soit kurde. Enfin et surtout, le GRK est cens\u00e9 recevoir du gouvernement f\u00e9d\u00e9ral 17&#160;% du budget irakien. Ainsi, de 2004 \u00e0 2014, il a connu un prodigieux d\u00e9veloppement \u00e9conomique tandis que le reste de l\u2019Irak s\u2019enfon\u00e7ait dans la guerre civile. Il a pour mod\u00e8le de d\u00e9veloppement les p\u00e9tromonarchies du Golfe.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image wp-block-image-large\"\n    data-shadow=\"false\"\n    data-use-original-file=\"false\">\n    <a\n        data-pswp-src=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2023\/02\/Kurdistan-Irak-Vallee-du-Barzan-1-1-scaled.jpg\"\n        class=\"inline-block gallery-item no-underline \"\n        data-pswp-width=\"2560\"\n        data-pswp-height=\"1920\">\n                                        <picture>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2023\/02\/Kurdistan-Irak-Vallee-du-Barzan-1-1-330x248.jpg\"\r\n                media=\"(max-width: 374px)\" \/>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2023\/02\/Kurdistan-Irak-Vallee-du-Barzan-1-1-690x518.jpg\"\r\n                media=\"(max-width: 989px)\" \/>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2023\/02\/Kurdistan-Irak-Vallee-du-Barzan-1-1-1340x1005.jpg\"\r\n                media=\"(min-width: 990px)\" \/>\r\n                <img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2023\/02\/Kurdistan-Irak-Vallee-du-Barzan-1-1-125x94.jpg\" \/>\r\n        <\/picture>\r\n                            \n                    <figcaption class=\"pswp-caption-content \">Kurdistan irakien, vall\u00e9e du Barzan.<\/figcaption>\n            <\/a>\n<\/figure>\n\n\n<p>L\u2019exploitation directe des ressources p\u00e9troli\u00e8res, export\u00e9es en partie vers la Turquie, assure au GRK des revenus confortables qui lui permettent de s\u2019autonomiser davantage de Bagdad. La stabilit\u00e9 politique et la s\u00e9curit\u00e9 rendent attractif le GRK pour les entreprises qui souhaitent s\u2019installer en Irak. Erbil, Souleymanyeh et Dohuk poss\u00e8dent un march\u00e9 immobilier dynamique gr\u00e2ce aux investissements en provenance de tout l\u2019Irak. En effet, la s\u00e9curit\u00e9, la qualit\u00e9 des services et la relative libert\u00e9 des m\u0153urs attirent les classes moyennes et sup\u00e9rieures irakiennes qui ach\u00e8tent un pied \u00e0 terre pour les vacances. Il faut ajouter \u00e9galement les r\u00e9fugi\u00e9s de Mossoul et de Kirkouk, qu\u2019ils soient Kurdes, Chr\u00e9tiens ou Arabes qui sont venus chercher un havre de paix au Kurdistan. \u00c0 Dohuk, pr\u00e8s du tiers de la population est d\u00e9sormais compos\u00e9e d\u2019Arabes de Mossoul venus lors de la prise de la ville par Daesh et qui pr\u00e9f\u00e8rent demeurer au Kurdistan. Quant aux Chr\u00e9tiens de Mossoul, ils r\u00e9sident d\u00e9sormais dans le quartier d\u2019Ain Kawa (100&nbsp;000 habitants) et ne comptent plus jamais revenir \u00e0 Mossoul. L\u2019apport de cette nouvelle population non Kurde n\u2019est pas per\u00e7ue comme un probl\u00e8me par le GRK, bien au contraire&#160;: elle contribue \u00e0 la prosp\u00e9rit\u00e9 \u00e9conomique de la r\u00e9gion sans influencer les choix politiques puisqu\u2019ils continuent \u00e0 voter dans leur province d\u2019origine. En cas de nouveau r\u00e9f\u00e9rendum sur l\u2019ind\u00e9pendance du Kurdistan, ils ne seraient donc pas un obstacle.<\/p>\n\n\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image wp-block-image-large\"\n    data-shadow=\"false\"\n    data-use-original-file=\"false\">\n    <a\n        data-pswp-src=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2023\/02\/Kurdistan-Irak-Dohuk-1-scaled.jpg\"\n        class=\"inline-block gallery-item no-underline \"\n        data-pswp-width=\"2560\"\n        data-pswp-height=\"1920\">\n                                        <picture>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2023\/02\/Kurdistan-Irak-Dohuk-1-330x248.jpg\"\r\n                media=\"(max-width: 374px)\" \/>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2023\/02\/Kurdistan-Irak-Dohuk-1-690x518.jpg\"\r\n                media=\"(max-width: 989px)\" \/>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2023\/02\/Kurdistan-Irak-Dohuk-1-1340x1005.jpg\"\r\n                media=\"(min-width: 990px)\" \/>\r\n                <img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2023\/02\/Kurdistan-Irak-Dohuk-1-125x94.jpg\" \/>\r\n        <\/picture>\r\n                            \n                    <figcaption class=\"pswp-caption-content \">La ville de Dohuk, Kurdistan irakien<\/figcaption>\n            <\/a>\n<\/figure>\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>1.2.&nbsp;L\u2019autonomie du Kurdistan syrien est r\u00e9cente et mal assur\u00e9e<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Le Kurdistan syrien poss\u00e8de une g\u00e9ographie, une d\u00e9mographie et un cheminement tr\u00e8s diff\u00e9rent de celui d\u2019Irak. Il n\u2019est pas ancr\u00e9 autour de hautes montagnes propices \u00e0 la r\u00e9sistance et gardiennes de l\u2019identit\u00e9 kurde. La r\u00e9gion d\u2019Afrin est la plus accident\u00e9e avec son ensemble collinaire, mais le massif ne d\u00e9passe pas les 1000 m\u00e8tres d\u2019altitude. L\u2019essentiel du territoire kurde est compos\u00e9 de petites collines autour de Koban\u00e9 et surtout de vastes plaines en Jezireh. Entre ces trois zones au peuplement kurde homog\u00e8ne, la population est en majorit\u00e9 arabe. Contrairement \u00e0 l\u2019Irak, nous n\u2019avons donc pas un vaste territoire kurde homog\u00e8ne. Dans la vall\u00e9e de l\u2019Euphrate la population kurde se limite \u00e0 quelques quartiers de Raqqa, les populations rurales \u00e9tant venues s\u2019installer dans cette ville champignon \u00e0 partir des ann\u00e9es 1960. Qamechli et Hasakeh, les deux grandes villes de Jezireh sont divis\u00e9es entre quartiers kurdes et arabes. Les premiers sont majoritaires \u00e0 Qamechli mais minoritaires \u00e0 Hasakeh. Au total, la population kurde en Syrie \u00e9tait estim\u00e9e \u00e0 deux millions en 2011 sur 21 millions d\u2019habitants. La moiti\u00e9 se trouvait dans leurs territoires d\u2019origine et l\u2019autre moiti\u00e9 \u00e0 Alep et Damas. Le quartier kurde de Cheikh Maqsoud \u00e0 Alep comptait \u00e0 lui seul plus d\u2019un demi-million de Kurdes, r\u00e9ceptacle de l\u2019exode rural d\u2019Afrin et de Koban\u00e9. Dans le territoire qui constitue aujourd\u2019hui l\u2019AANES, la population kurde est estim\u00e9e \u00e0 un peu plus d\u2019un million d&rsquo;habitants, tandis que les Arabes sunnites sont 1,5 \u00e0 2 millions, dont un demi-million de d\u00e9plac\u00e9s venus de la zone gouvernementale. Les Chr\u00e9tiens (Assyriens, Syriaques et Arm\u00e9niens) ne sont plus que quelques dizaines de milliers. De l\u2019aveux des autorit\u00e9s eccl\u00e9siastiques elles-m\u00eames, plus des trois quarts ont fui la r\u00e9gion depuis 2011.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/lh3.googleusercontent.com\/mspemK9ShjRw3eawHa2CMFGH42yK3PmsRjJ5sPBWC9B8GpaDaOCegJRAe5o4v1Wxklep6i83kBi0nN3-B8kMn0bCepSUMY5YuNh10ByeX-IntcGouT5hVmtmbz3kLWUdibGJt6bSLfmQ\" alt=\"\" width=\"840\" height=\"572\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Carte&nbsp;&#160;: 3 &#8211; La Syrie divis\u00e9e et occup\u00e9e<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Les Kurdes syriens furent victimes de discrimination sous le r\u00e9gime baathiste, mais ils n\u2019ont pas subi une politique g\u00e9nocidaire comme dans l\u2019Irak de Saddam Hussein. En fait, la pire mesure \u00e0 l\u2019encontre des Kurdes date de 1961, lorsque la Syrie \u00e9tait dirig\u00e9e par un gouvernement nationaliste. La nationalit\u00e9 syrienne fut alors retir\u00e9e \u00e0 plusieurs dizaines de milliers de Kurdes qui devinrent alors des \u00e9trangers dans leur propre pays&nbsp;&#160;: les&nbsp;\u00ab&#160;<em>bidoun<\/em>-s&#160;\u00bb (sans papier). Ils disposaient d\u2019un titre de s\u00e9jour permanent mais ne pouvaient pas \u00eatre propri\u00e9taires ni obtenir de dipl\u00f4me, ni bien s\u00fbr entrer \u00e0 l\u2019universit\u00e9. Les <em>bidoun<\/em>-s ne pouvaient pas quitter la province de Hasakeh sans une autorisation de la police. Il faudra attendre 2011 et la r\u00e9volte en Syrie pour que Bachar al-Assad restitue la nationalit\u00e9 syrienne aux <em>bidoun<\/em>-s de 1961 et \u00e0 leurs descendants, soit au total pr\u00e8s de 300&nbsp;000 personnes&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-2-177369' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2023\/02\/13\/irak-et-syrie-les-autonomies-kurdes-menacees\/#easy-footnote-bottom-2-177369' title='Roussel, Cyril. \u00ab&amp;#160;&amp;nbsp;La construction d&amp;rsquo;un territoire kurde en Syrie&amp;nbsp;&amp;#160;: un processus en cours&amp;nbsp;&amp;#160;\u00bb,&amp;nbsp;&lt;em&gt;Maghreb &amp;#8211; Machrek&lt;\/em&gt;, vol. 213, no. 3, 2012, pp. 83-98'><sup>2<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Dans le Nord-Est de la Syrie, les Kurdes furent largement exclus de la r\u00e9forme agraire des ann\u00e9es 1960 puisqu\u2019elle ne fut pas appliqu\u00e9e dans la province de Hasakeh pour \u00e9viter qu\u2019une classe de petits propri\u00e9taires kurdes ne voit le jour. Les terres furent confisqu\u00e9es aux grands propri\u00e9taires terriens, comme dans le reste du pays, puis lou\u00e9es par l\u2019\u00c9tat aux m\u00eame grands propri\u00e9taires, chefs de tribus et bourgeoisie citadine s\u2019ils \u00e9taient loyaux \u00e0 l\u2019\u00e9gard du r\u00e9gime baathiste. L\u2019objectif du r\u00e9gime syrien \u00e9tait de maintenir les territoires kurdes dans le sous-d\u00e9veloppement afin que les populations quittent les r\u00e9gions rurales et frontali\u00e8res pour s\u2019installer dans les grandes villes afin qu\u2019elles s\u2019arabisent et qu\u2019elles perdent racine avec leur territoire d\u2019origine.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Le r\u00e9gime baathiste n\u2019a pas eu \u00e0 affronter de r\u00e9sistance arm\u00e9e kurde.<\/p><cite>Fabrice Balanche<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>Le r\u00e9gime baathiste n\u2019a pas eu \u00e0 affronter de r\u00e9sistance arm\u00e9e kurde. Leur dispersion sur le territoire et leur faiblesse num\u00e9rique rendait difficile la naissance d\u2019un puissant mouvement nationaliste kurde comme en Irak. Par ailleurs, le r\u00e9gime baathiste a accueilli sur son territoire le chef du PKK, Abdullah Ocalan, et son organisation militaire \u00e0 partir de 1980. Le dirigeant kurde avait toute libert\u00e9 pour d\u00e9stabiliser la Turquie, mais il devait s\u2019abstenir de toute activit\u00e9 politique en Syrie. Les Kurdes syriens \u00e9taient autoris\u00e9s \u00e0 rejoindre les rangs du PKK et \u00e0 se battre en Turquie. Parmi eux, nous pouvons citer les dirigeants actuels de l\u2019AANES, Ilham Ahmad, Mazloum Abdi (dit \u00ab&#160;Koban\u00e9&#160;\u00bb) et les centaines de \u00ab&#160;cadro&#160;\u00bb (officier ou cadre) qui sont venus en 2012 des monts Qandil en Irak pour organiser les YPG. En 1998, sous la pression turque, Hafez el-Assad a d\u00fb se r\u00e9soudre \u00e0 expulser Ocalan et le PKK de Syrie. Il perdrait ainsi un atout pour contr\u00f4ler les Kurdes syriens. En 2004, des \u00e9meutes \u00e9clat\u00e8rent \u00e0 Qamechli et gagn\u00e8rent toutes les r\u00e9gions kurdes de Syrie&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-3-177369' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2023\/02\/13\/irak-et-syrie-les-autonomies-kurdes-menacees\/#easy-footnote-bottom-3-177369' title='Tejel, Jordi. \u00ab&amp;#160;&amp;nbsp;La nouvelle donne kurde au regard du pass\u00e9&amp;nbsp;&amp;#160;\u00bb,&amp;nbsp;&lt;em&gt;\u00c9tudes&lt;\/em&gt;, vol. , no. 2, 2017, pp. 19-29.'><sup>3<\/sup><\/a><\/span><\/span>, y compris le quartier kurde de Cheikh Maqsoud \u00e0 Alep. Cependant, la population arabe ne montra aucune solidarit\u00e9 anti-r\u00e9gime avec les Kurdes qui furent violemment r\u00e9prim\u00e9s. Dans le Nord-Est, des tribus arabes, telles que les Tays, arm\u00e9es par le r\u00e9gime syrien, particip\u00e8rent \u00e0 la r\u00e9pression. Les magasins kurdes \u00e0 Qamechli et Hasakeh furent pill\u00e9s et des milliers de familles furent expuls\u00e9es de chez elles par les voisins arabes qui s\u2019empar\u00e8rent de leurs biens. C\u2019est ce qui explique pourquoi les Kurdes se dissoci\u00e8rent tout de suite de l\u2019opposition syrienne en 2011.<\/p>\n\n\n\n<p>Le PYD fond\u00e9 en 2003 par d\u2019anciens membres et sympathisants du PKK fut renforc\u00e9 en 2012 par l&rsquo;arriv\u00e9e des combattants du PKK et la cr\u00e9ation des YPG. Une guerre civile \u00e9clata au sein de la communaut\u00e9 kurde entre les YPG et les milices ind\u00e9pendantes ou li\u00e9es au PDK syrien, qui \u00e9tait le mouvement politique kurde le plus puissant en 2011. En 2013, toutes les autres milices kurdes avaient \u00e9t\u00e9 d\u00e9faites ou expuls\u00e9es vers le Kurdistan irakien. Le PKK, \u00e0 travers ses organisations locales, le PYD et le YPG r\u00e9gnait en ma\u00eetre au Rojava. L\u2019objectif \u00e9tait d\u2019unifier les territoires kurdes et d\u2019installer un mod\u00e8le de gouvernance bas\u00e9 sur l\u2019id\u00e9ologie d\u2019Ocalan. Cependant, les tentatives de s\u2019\u00e9tendre au-del\u00e0 des territoires kurdes furent un \u00e9chec jusqu\u2019\u00e0 ce que les \u00c9tats-Unis appuient le YPG dans le cadre de la lutte contre Daesh \u00e0 l\u2019automne 2014. Fort du soutien de la Coalition internationale, le YPG sauve Koban\u00e9 de Daesh et parvient \u00e0 l\u2019\u00e9liminer de toute la bande frontali\u00e8re turco-syrienne entre l\u2019Euphrate et l\u2019Irak. En juillet 2016, le YPG s\u2019empare de la ville de Manbej et d\u00e9cide d\u2019effectuer la jonction avec Afrin dans le but officiel de couper la route entre la Turquie et Raqqa afin que la Coalition Internationale les soutienne dans cette op\u00e9ration. En fait, Raqqa n\u2019\u00e9tait qu\u2019un pr\u00e9texte&#160;: l\u2019objectif r\u00e9el \u00e9tait bel et bien de r\u00e9unir tous les territoires kurdes du Nord de la Syrie&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-4-177369' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2023\/02\/13\/irak-et-syrie-les-autonomies-kurdes-menacees\/#easy-footnote-bottom-4-177369' title='Balanche, Fabrice. \u201cRojava&amp;rsquo;s Sustainability and the PKK&amp;rsquo;s Regional Strategy\u201d, The Washington Institute for Near East Policy, 24 ao\u00fbt 2016, &lt;a href=&quot;https:\/\/www.washingtoninstitute.org\/policy-analysis\/rojavas-sustainability-and-pkks-regional-strategy&quot; target=&quot;_blank&quot; rel=&quot;noreferrer noopener&quot;&gt;https:\/\/www.washingtoninstitute.org\/policy-analysis\/rojavas-sustainability-and-pkks-regional-strategy&lt;\/a&gt;'><sup>4<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Ce qui entra\u00eena l\u2019intervention militaire directe de la Turquie en Syrie et son rapprochement avec la Russie en ao\u00fbt 2016. Officiellement, la Turquie a elle aussi pour objectif l\u2019\u00e9limination de Daesh et la lib\u00e9ration de Raqqa, mais en r\u00e9alit\u00e9 c\u2019est la destruction de l\u2019entit\u00e9 kurde syrienne qui motive l\u2019envoi des troupes turques en Syrie.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Officiellement, la Turquie a elle aussi pour objectif l\u2019\u00e9limination de Daesh et la lib\u00e9ration de Raqqa, mais en r\u00e9alit\u00e9 c\u2019est la destruction de l\u2019entit\u00e9 kurde syrienne qui motive l\u2019envoi des troupes turques en Syrie.<\/p><cite>Fabrice Balanche<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/lh4.googleusercontent.com\/-TqKej6CRo1sH0xQsjcFkbZ7g_5DI_NdVnMStmI0JYqsTBBVCEM8b07qJUCB6VdE_SdvaiZ2-5xy7e9iYxPUzA3Z28RnjGadGiEh1nqSeXIAJETIxfMd9SdspjDo8Fogk4rIEKYMkjNh\" alt=\"\" width=\"840\" height=\"720\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Carte&nbsp;&#160;: 4 &#8211; La strat\u00e9gie du PKK&nbsp;en Syrie&nbsp;&#160;: un corridor vers la mer<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Avec le soutien de la Coalition internationale, les YPG cr\u00e9ent une alliance avec les diff\u00e9rentes milices arabes anti-Daesh&nbsp;&#160;: les Forces D\u00e9mocratiques Syriennes (FDS). Cette derni\u00e8re va lib\u00e9rer Raqqa \u00e0 l\u2019automne 2017 puis tout le nord de la vall\u00e9e de l\u2019Euphrate jusqu\u2019\u00e0 la prise de Baghouz, le dernier fief de Daesh en mars 2019. Le Rojava devient apr\u00e8s plusieurs changements de nom&nbsp;&#160;: l\u2019Administration Autonome du Nord et de l\u2019Est de la Syrie. Elle est divis\u00e9e entre plusieurs cantons et repose officiellement sur la d\u00e9mocratie participative dont l\u2019\u00e9chelle de base est la commune&nbsp;&#160;: une unit\u00e9 d&rsquo;environ mille habitants. En fait, tout cela n\u2019est qu\u2019un \u00e9cran de fum\u00e9e pour masquer un syst\u00e8me centralis\u00e9 et autoritaire, dont les v\u00e9ritables dirigeants sont dans l\u2019ombre mais issus du PKK&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-5-177369' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2023\/02\/13\/irak-et-syrie-les-autonomies-kurdes-menacees\/#easy-footnote-bottom-5-177369' title='Balanche Fabrice, \u201cFrom Qamishli to Qamishlo&amp;#160;: A Trip to Rojava\u2019s New Capital\u201d, The Washington Institute for Near East Policy, 8 mai 2017, &lt;a href=&quot;https:\/\/www.washingtoninstitute.org\/policy-analysis\/qamishli-qamishlo-trip-rojavas-new-capital&quot; target=&quot;_blank&quot; rel=&quot;noreferrer noopener&quot;&gt;https:\/\/www.washingtoninstitute.org\/policy-analysis\/qamishli-qamishlo-trip-rojavas-new-capital&lt;\/a&gt;'><sup>5<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Les \u00c9tats-Unis et les pays occidentaux feignent de faire une diff\u00e9rence entre le PKK et le YPG pour m\u00e9nager la Turquie, mais personne n\u2019est dupe. Le YPG est la colonne vert\u00e9brale des FDS et il est indispensable pour \u00e9liminer Daesh et emp\u00eacher l\u2019arm\u00e9e syrienne de reprendre le contr\u00f4le du Nord-Est. Les \u00c9tats-Unis misent sur la mont\u00e9e en puissance d\u2019une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration de cadres kurdes ind\u00e9pendants du PKK, mais pour cela il faudrait un soutien \u00e9conomique et politique beaucoup plus s\u00e9rieux et surtout au moins une \u00e0 deux d\u00e9cennies de paix.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>1.3.&nbsp;Prosp\u00e9rit\u00e9 \u00e9conomique \u00e0 l\u2019Est du Tigre et marasme durable \u00e0 l\u2019Ouest<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Sur le plan \u00e9conomique, la situation de l\u2019AANES est loin d\u2019\u00eatre comparable au GRK et il ne para\u00eet pas possible que le Kurdistan syrien acc\u00e8de au m\u00eame niveau de d\u00e9veloppement. Certes, la situation \u00e9conomique du GRK dans les ann\u00e9es 1990 n\u2019\u00e9tait gu\u00e8re diff\u00e9rente de celle de l\u2019AANES aujourd\u2019hui. L\u2019embargo international sur l\u2019Irak, mais \u00e9galement l\u2019hostilit\u00e9 de la Turquie, de l\u2019Iran et de l\u2019Irak cr\u00e9aient une situation pire que dans le Nord-Est syrien actuellement car l\u2019aide humanitaire \u00e9tait beaucoup plus restreinte. En effet, la fronti\u00e8re avec la Turquie est ferm\u00e9e, le r\u00e9gime syrien pr\u00e9l\u00e8ve des taxes prohibitives sur les produits \u00e0 destination de l\u2019AANES et les sanctions internationales contre la Syrie s\u2019appliquent \u00e9galement en partie sur elle. \u00c0 titre d\u2019exemple, l\u2019Union europ\u00e9enne ne peut pas financer des projets de reconstruction dans le Nord-Est, car elle refuse de financer la reconstruction de la Syrie tant que le r\u00e9gime syrien n\u2019aura pas accept\u00e9 un plan de transition politique conform\u00e9ment \u00e0 la r\u00e9solution 2254 du Conseil de S\u00e9curit\u00e9 de l\u2019ONU. Certes, des entorses \u00e0 la r\u00e8gle existent et les ONG qui op\u00e8rent dans le Nord-Est ont plus de marge de man\u0153uvre et de moyens financiers de la part des bailleurs occidentaux que celles qui se trouvent dans la Syrie gouvernementale, mais il n\u2019est pas question de lancer un \u00ab&#160;plan Marshall&#160;\u00bb sur le territoire de l\u2019AANES. Il faudrait pour cela que l\u2019AANES soit reconnue comme un gouvernement local l\u00e9gitime, mais en raison de ses liens avec le PKK et face \u00e0 l\u2019opposition farouche de la Turquie, ni les Europ\u00e9ens ni les \u00c9tats-Unis ne le feront. Seul le Parlement de Catalogne a officiellement reconnu l\u2019AANES en octobre 2021. Mais la reconnaissance n\u2019est pas suffisante, il faudrait qu\u2019une arm\u00e9e occidentale soit pr\u00e9sente pour garantir l\u2019autonomie de la r\u00e9gion. Or la pr\u00e9sence militaire am\u00e9ricaine est provisoire et la Russie n\u2019a aucune envie ni aucun int\u00e9r\u00eat \u00e0 pr\u00e9server l\u2019AANES.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>L\u2019Union europ\u00e9enne ne peut pas financer des projets de reconstruction dans le Nord-Est, car elle refuse de financer la reconstruction de la Syrie tant que le r\u00e9gime syrien n\u2019aura pas accept\u00e9 un plan de transition politique conform\u00e9ment \u00e0 la r\u00e9solution 2254 du Conseil de S\u00e9curit\u00e9 de l\u2019ONU.<\/p><cite>Fabrice Balanche<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/lh4.googleusercontent.com\/3Es88pJB-VVSORhfjmHFE036BfAkZBl1_iCrJ5EEAaHLxyC5FhghNUqJprfDMazD0swATWn9tUA8cYC7nfWoZK4NsQi4JYKIsS37Lz2O5taqoIn4CJmAMUcWlWreai9eU6A953ob2p4a\" alt=\"\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Carte&nbsp;&#160;: 5 \u2013 Les hydrocarbures en Syrie et en Irak<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>L\u2019AANES et le GRK disposent de gisements d\u2019hydrocarbures susceptibles de leur apporter une ind\u00e9pendance \u00e9nerg\u00e9tique et des recettes d\u2019exportation. En effet, plus de 80&#160;% de la production de p\u00e9trole syrien se trouve sur le territoire de l\u2019AANES et 10&#160;% du p\u00e9trole irakien pour le GRK \u2014 si nous excluons les champs de Kirkouk d\u00e9sormais sous contr\u00f4le de l\u2019Irak f\u00e9d\u00e9ral. Cependant, 80&#160;% du p\u00e9trole syrien ne repr\u00e9sente aujourd\u2019hui que moins de 100&nbsp;000 barils par jour en raison de l\u2019absence de maintenance (avant-guerre, la Syrie produisait 380&nbsp;000 barils par jour). Quant \u00e0 l\u2019Irak, sa production atteint d\u00e9sormais les 5 millions de barils\/jour. Les disponibilit\u00e9s p\u00e9troli\u00e8res ne sont donc pas les m\u00eames et les perspectives d&rsquo;accro\u00eetre la production syrienne sont faibles en l\u2019\u00e9tat actuel. Seule la paix et des investissements massifs dans le secteur pourraient ramener la production syrienne \u00e0 son niveau d\u2019avant-guerre. L\u2019AANES ne doit donc pas compter sur une manne p\u00e9troli\u00e8re pour assurer son d\u00e9veloppement. Par ailleurs, si l\u2019Irak peut abandonner 10&#160;% de sa production p\u00e9troli\u00e8re au GRK, il n\u2019est pas question pour la Syrie de laisser 80&#160;% du p\u00e9trole entre les mains de l\u2019AANES. D\u2019ores et d\u00e9j\u00e0, une partie du p\u00e9trole produit dans le Nord-Est est transf\u00e9r\u00e9e au r\u00e9gime syrien. L\u2019AANES ne dispose d\u2019aucune capacit\u00e9 de raffinage autre que celles des raffineries artisanales qui produisent un carburant de mauvaise qualit\u00e9 et g\u00e9n\u00e8rent une pollution consid\u00e9rable. Le projet de construire une raffinerie dans le Nord-Est par une soci\u00e9t\u00e9 am\u00e9ricaine, Delta Crescent, a \u00e9chou\u00e9. L\u2019administration Biden a refus\u00e9 de renouveler la licence d\u2019exportation de cette compagnie, proche des R\u00e9publicains, qui avait \u00e9t\u00e9 charg\u00e9e de moderniser et d\u2019exporter la production p\u00e9troli\u00e8re de l\u2019AANES en 2018.<\/p>\n\n\n\n<p>La production de mati\u00e8res premi\u00e8res agricoles est la seconde richesse de l\u2019AANES. Cette r\u00e9gion \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9e avant-guerre comme le grenier \u00e0 bl\u00e9 de la Syrie. Gr\u00e2ce au vaste syst\u00e8me d\u2019irrigation de la vall\u00e9e de l\u2019Euphrate, une forte pluviom\u00e9trie en Jezireh, un carburant bon march\u00e9 et l\u2019utilisation intensive d\u2019engrais phosphat\u00e9s, les agriculteurs produisaient de quoi assurer l\u2019ind\u00e9pendance alimentaire de la Syrie et exporter d\u2019importantes quantit\u00e9s les ann\u00e9es pluvieuses. Cependant, ce mode de production \u00e9tait obsol\u00e8te et reposait sur un soutien massif de l\u2019\u00c9tat et une utilisation pr\u00e9datrice des ressources en eau. La s\u00e9cheresse, la r\u00e9tention d\u2019eau pratiqu\u00e9e par la Turquie qui contr\u00f4le le court amont de l\u2019Euphrate et du Baligh, les intenses pr\u00e9l\u00e8vements turcs dans les nappes phr\u00e9atiques au nord de la fronti\u00e8re, provoquent une p\u00e9nurie d\u2019eau insolvables \u00e0 moins d\u2019une r\u00e9forme drastique et co\u00fbteuse du mode de production agricole. Or, l\u2019AANES n\u2019a pas les capacit\u00e9s techniques et financi\u00e8res pour faire cette r\u00e9forme, m\u00eame avec l\u2019aide des ONG occidentales. L\u2019ancien grenier \u00e0 bl\u00e9 de Syrie est d\u00e9sormais oblig\u00e9 d\u2019importer des c\u00e9r\u00e9ales pour nourrir sa propre population. Le pain est fabriqu\u00e9 avec un m\u00e9lange de farine de bl\u00e9 et de soja qui lui procure un go\u00fbt d\u00e9sagr\u00e9able. Il reste subventionn\u00e9, car sans cela la population ne pourrait m\u00eame plus se nourrir, mais il est rationn\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le coton \u00e9tait la seconde grande ressource agricole de la r\u00e9gion, mais cette culture estivale exige d\u2019importantes quantit\u00e9s d\u2019eau qui ne sont plus disponibles dans la majeure partie du territoire. Seuls les agriculteurs qui peuvent puiser directement dans l\u2019Euphrate sont garantis d\u2019avoir une r\u00e9colte. L\u2019irrigation par puits art\u00e9siens est trop co\u00fbteuse en fuel, lorsque les agriculteurs peuvent s\u2019en procurer, or l\u2019essentiel des surfaces cultiv\u00e9es en coton d\u00e9pendent de ce type d\u2019irrigation. Except\u00e9 dans la vall\u00e9e de l\u2019Euphrate, les surfaces cultiv\u00e9es ont nettement r\u00e9duit et se limitent d\u00e9sormais aux cultures d\u2019hiver gr\u00e2ce aux pr\u00e9cipitations car l\u2019irrigation estivale est prohibitive. L\u2019abandon du coton et autres cultures d\u2019\u00e9t\u00e9 ainsi que la chute de la production de c\u00e9r\u00e9ales privent la population rurale de l\u2019essentiel de ses revenus et la rendent de plus en plus d\u00e9pendante de l\u2019aide humanitaire internationale.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>L\u2019abandon du coton et autres cultures d\u2019\u00e9t\u00e9 ainsi que la chute de la production de c\u00e9r\u00e9ales privent la population rurale de l\u2019essentiel de ses revenus et la rendent de plus en plus d\u00e9pendante de l\u2019aide humanitaire internationale.&nbsp;<\/p><cite>Fabrice Balanche<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>Le GRK et l\u2019AANES sont dans deux temporalit\u00e9s diff\u00e9rentes. Le premier est parvenu \u00e0 obtenir un statut d\u2019autonomie reconnu au niveau national et international. Le second n\u2019a qu\u2019une reconnaissance symbolique de la part des pays occidentaux qui savent gr\u00e9 aux FDS de leur combat contre Daesh, mais \u00e0 mesure que les souvenir des batailles de Koban\u00e9 (2014) et Raqqa (2017) s\u2019\u00e9loignent, la gratitude occidentale s\u2019estompe et avec elle les promesses de garantir l\u2019autonomie kurde. Gr\u00e2ce \u00e0 la paix, aux revenus p\u00e9troliers et \u00e0 une gouvernance lib\u00e9rale, le GRK a r\u00e9ussi \u00e0 b\u00e2tir une \u00e9conomie prosp\u00e8re, \u00e0 d\u00e9velopper des infrastructures modernes et \u00e0 devenir un territoire attractif pour les investisseurs irakiens et \u00e9trangers. Le niveau de vie de la population du GRK est celui d\u2019un pays interm\u00e9diaire ( environ 5&nbsp;000 $ par habitant\/an en 2022), le taux de pauvret\u00e9 des provinces kurdes est le plus faible d\u2019Irak \u2014 moins de 10&#160;% en 2020. En revanche, la situation \u00e9conomique du Nord-Est syrien est d\u00e9sastreuse, le PIB est comparable \u00e0 celui des pays les moins avanc\u00e9s avec 500 $ par habitant\/an. La pauvret\u00e9 est immense&#160;: aucune statistique ne permet de d\u00e9crire le quotidien de la population de l\u2019AANES.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous ne nous attarderons pas sur les diff\u00e9rences en termes de gouvernance entre le GRK et l\u2019AANES. Les deux syst\u00e8mes ne peuvent pas \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme d\u00e9mocratiques selon les standards occidentaux. Cependant, selon les standards r\u00e9gionaux on peut consid\u00e9rer que la gouvernance du GRK et de l\u2019AANES sont respectivement dans les deux pays ce qui se fait de plus lib\u00e9ral. Certes, les \u00e9lections au GRK sont min\u00e9es par le client\u00e9lisme politique, mais elles ont le m\u00e9rite d\u2019exister et \u00e0 d\u00e9faut de permettre une alternance politique, l\u2019opposition est repr\u00e9sent\u00e9e. Le pouvoir se pr\u00e9occupe du d\u00e9veloppement \u00e9conomique et fait tout pour attirer les investissements ext\u00e9rieurs, ce qui implique un \u00c9tat de droit. Les m\u00e9dias ind\u00e9pendants existent et ne sont pas inqui\u00e9t\u00e9s lorsqu\u2019ils critiquent le gouvernement r\u00e9gional. La situation de l\u2019AANES est plus complexe car elle n\u2019a jamais connu d\u2019\u00e9lections. Elles ont \u00e9t\u00e9 syst\u00e9matiquement repouss\u00e9es en raison du conflit. Le pouvoir est verrouill\u00e9 par le YPG et ses branches politiques (PYD et CDS) intimement mais discr\u00e8tement li\u00e9s au PKK quoi qu\u2019en disent les responsables politiques et militaires. Certes, depuis l\u2019euphorie de la victoire de Raqqa et les promesses de lendemains qui chantent, le YPG a mis de l\u2019eau dans son vin id\u00e9ologique. Il n\u2019est plus question de supprimer la monnaie au profit du troc ni m\u00eame de collectiviser les terres. La polygamie n\u2019est m\u00eame plus proscrite dans les zones arabes. La r\u00e9alit\u00e9 du contr\u00f4le politique et les difficult\u00e9s \u00e9conomiques ont rendu les dirigeants kurdes beaucoup plus pragmatiques, mais il reste \u00e0 couper le cordon ombilical avec le PKK.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous sommes donc face \u00e0 deux situations et deux projets politiques extr\u00eamement diff\u00e9rents entre l\u2019AANES et le GRK. Mais tous les deux ont de fortes inqui\u00e9tudes quant \u00e0 leur autonomie en raison de probl\u00e8mes internes. La rivalit\u00e9 entre le PDK et le l\u2019UPK menace son unit\u00e9. La situation \u00e9conomique n\u2019est pas mauvaise, mais la versatilit\u00e9 des relations avec Bagdad inqui\u00e8te. En Syrie, l\u2019opposition croissante de la population arabe et la crise \u00e9conomique fragilisent l\u2019AANES. La population est gagn\u00e9e par une grande d\u00e9sesp\u00e9rance, y compris les Kurdes qui ont \u00e9t\u00e9 traumatis\u00e9s par la perte d\u2019Afrin en 2018 et de Ras el-Ain en 2019. En Irak comme en Syrie, les autonomies kurdes sont \u00e9galement menac\u00e9es par une \u00e9volution g\u00e9opolitique d\u00e9favorable \u00e0 l\u2019Occident.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>En Irak comme en Syrie, les autonomies kurdes sont \u00e9galement menac\u00e9es par une \u00e9volution g\u00e9opolitique d\u00e9favorable \u00e0 l\u2019Occident.<\/p><cite>Fabrice Balanche<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>2.&nbsp;Les \u00c9tats et les Empires r\u00e9gionaux alli\u00e9s contre les Kurdes<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Les menaces sur les autonomies kurdes proviennent \u00e0 la fois de la reconstitution des \u00c9tats centraux mais \u00e9galement de la g\u00e9opolitique r\u00e9gionale marqu\u00e9e par le d\u00e9sengagement am\u00e9ricain. La Turquie et l\u2019Iran ne souhaitent pas voir la Syrie et l\u2019Irak redevenir des Etats puissants, mais ils n\u2019ont pas plus int\u00e9r\u00eat \u00e0 ce que les Kurdes profitent de leur faiblesse pour construire des gouvernements locaux autonomes, voire ind\u00e9pendants \u00e0 terme. La Turquie soutient le PDK de Massoud Barzani et par cons\u00e9quent l\u2019autonomie du GRK et la fragmentation de l\u2019Irak. L\u2019Iran supporte l\u2019UPK de la famille Talabani, car cela lui permet d\u2019affaiblir le GRK. L\u2019Iran entretient des relations ambig\u00fces avec le PKK&#160;: d\u2019un c\u00f4t\u00e9 c\u2019est un levier qu\u2019il est possible d\u2019utiliser contre la Turquie et le PDK, mais le PKK en Syrie s\u2019appuyant sur la pr\u00e9sence am\u00e9ricaine pour contr\u00f4ler le Nord-Est, cela pose un probl\u00e8me \u00e0 l\u2019Iran. Quant \u00e0 la Turquie, alli\u00e9e des \u00c9tats-Unis au sein de l\u2019OTAN, elle s\u2019est rapproch\u00e9e de la Russie et de l\u2019Iran en Syrie justement pour lutter contre le PKK. Les trois pays ont un commun int\u00e9r\u00eat \u00e0 voir les \u00c9tats-Unis quitter la r\u00e9gion pour \u00e9tendre leur influence, mais ils ne sont pas d\u2019accord sur le partage du territoire. Ce d\u00e9saccord et le maintien de la pr\u00e9sence militaire am\u00e9ricaine permet aux autonomies kurdes de perdurer jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent.<\/p>\n\n\n\n<p>Les m\u00e9dias occidentaux se focalisent sur les difficult\u00e9s de l\u2019AANES, les attaques de Daesh en Syrie et les bombardements turcs, l\u2019attitude revancharde du r\u00e9gime syrien, mais ils oublient que le GRK est lui aussi menac\u00e9 par Bagdad, les milices chiites pro-iranienne et l\u2019Iran lui-m\u00eame. Le PKK dispose de meilleurs relais de communication en Occident que le GRK. La \u00ab&#160;r\u00e9volution du Rojava&#160;\u00bb fait davantage r\u00eaver en Europe que le d\u00e9veloppement sur le mode Duba\u00ef d\u2019Erbil et de Souleymanyeh. Les jeunes combattantes kurdes en treillis arborant avec un grand sourire et leurs kalachnikov sont plus souvent en couvertures des magazines que les \u00e9tudiantes de l\u2019Universit\u00e9 am\u00e9ricaine de Dohuk en jean moulant coll\u00e9es \u00e0 leur dernier iPhone. Certes, les m\u00e9thodes pour r\u00e9duire l\u2019autonomie du Kurdistan d\u2019Irak sont moins sanglantes que celles utilis\u00e9es contre le Kurdistan syrien, mais la volont\u00e9 d\u2019en finir avec le GRK est tout aussi pr\u00e9sente.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Les m\u00e9dias occidentaux se focalisent sur les difficult\u00e9s de l\u2019AANES, les attaques de Daesh en Syrie et les bombardements turcs, l\u2019attitude revancharde du r\u00e9gime syrien, mais ils oublient que le GRK est lui aussi menac\u00e9 par Bagdad, les milices chiites pro-iranienne et l\u2019Iran lui-m\u00eame.<\/p><cite>Fabrice Balanche<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>2.1.&nbsp;La lente mais d\u00e9termin\u00e9e asphyxie du Kurdistan irakien par Bagdad<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>En 2018, \u00e0 la suite du r\u00e9f\u00e9rendum sur l\u2019ind\u00e9pendance du Kurdistan d\u2019Irak, les milices chiites ont chass\u00e9 les peshmergas du PDK et de l\u2019UPK de l\u2019essentiel des territoires disput\u00e9s, en particulier la riche r\u00e9gion p\u00e9troli\u00e8re de Kirkouk (15&#160;% du p\u00e9trole irakien). Le retour de Kirkouk sous contr\u00f4le du gouvernement f\u00e9d\u00e9ral prive le GRK d\u2019une ressource \u00e9conomique essentielle pour s\u2019\u00e9manciper de la tutelle financi\u00e8re de Bagdad. En 2014, en raison de la chute des prix du p\u00e9trole, de l\u2019exploitation directe de nouveaux champs p\u00e9trolier par le GRK et de la volont\u00e9 du premier ministre irakien, Nouri al-Maliki, de centraliser le pays, le gouvernement f\u00e9d\u00e9ral interrompit les transferts financiers en direction du GRK, alors que la Constitution irakienne pr\u00e9voit qu\u2019il re\u00e7oive 17&#160;% du budget f\u00e9d\u00e9ral. Cette part est sup\u00e9rieure \u00e0 celle de la population r\u00e9sidant au GRK, mais il s\u2019agissait \u00e9galement d\u2019indemniser les Kurdes du g\u00e9nocide commis \u00e0 leur encontre par le r\u00e9gime baathiste. La vente du p\u00e9trole de Kirkouk par les forces kurdes de 2014 \u00e0 2017 permit de compenser en partie le manque \u00e0 gagner, mais le GRK fut ensuite plong\u00e9 dans une grave crise financi\u00e8re dont il n\u2019est sorti qu\u2019en 2021. La rationalisation des finances publiques et le retour des transferts de Bagdad permirent de payer de nouveau int\u00e9gralement les employ\u00e9s du GRK. Mais une fois les \u00e9lections l\u00e9gislatives de 2021 pass\u00e9es, les transferts sont de nouveau irr\u00e9guliers et incomplets en 2022. Le premier ministre kurde, Masrour Barzani, s\u2019est rendu \u00e0 Bagdad en janvier 2023 pour tenter de trouver un accord durable avec le premier ministre Mohamed Shia al-Soudani mais sans succ\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/lh5.googleusercontent.com\/ITjVQKnd53dEJ0fZojURIe6BB3cvKe3RnqhU6Q1Lc-dIIAYN42UCrEry-ty8eJ3evJLwUOKSUUmHuVYrjmUzTFM4kBXSvOr39tmOA3XL5ervLkxy4GeARPF5A4qbnxABdd9Wa1RHPWPP\" alt=\"\" width=\"840\" height=\"572\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Carte&nbsp;&#160;: 6 \u2013 L\u2019Irak en mal de souverainet\u00e9<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>La gestion des hydrocarbures est l\u2019autre point de d\u00e9saccord majeur entre Erbil et Bagdad. Le GRK a offert des concessions p\u00e9troli\u00e8res depuis 2004 \u00e0 des compagnies \u00e9trang\u00e8res pour d\u00e9velopper sa propre production. Puis, il a construit un ol\u00e9oduc pour l\u2019exporter directement via la Turquie. Bagdad refuse cet \u00e9tat de fait et pr\u00e9tend que les hydrocarbures sont exclusivement du ressort de l\u2019\u00c9tat f\u00e9d\u00e9ral, ce que conteste le GRK. Il n\u2019existe pas en Irak de loi sur les ressources naturelles, contrairement au GRK qui a promulgu\u00e9 une loi en 2007 lui permettant d\u2019exploiter et d\u2019exporter les hydrocarbures de son territoire. En f\u00e9vrier 2022, la cour supr\u00eame irakienne a d\u00e9clar\u00e9 cette loi inconstitutionnelle et ill\u00e9gaux tous les contrats sign\u00e9s par le GRK avec des compagnies \u00e9trang\u00e8res. Le GRK proteste et s\u2019appuie sur le fait qu\u2019il n\u2019existe pas de loi sur les ressources naturelles en Irak et que par cons\u00e9quent le jugement de la Cour Supr\u00eame serait abusif car infond\u00e9. Une bataille juridique s\u2019engage entre Bagdad et Erbil, mais elle a peu de chance d\u2019aboutir \u00e0 une d\u00e9cision accept\u00e9e par les deux partis car, dans ce contexte, c\u2019est la loi du plus fort qui l\u2019emporte. Bagdad fait pression sur les compagnies p\u00e9troli\u00e8res pour qu\u2019elles quittent le Kurdistan si elles veulent acc\u00e9der aux riches champs p\u00e9troliers du Sud et de Kirkouk. C\u2019est ainsi que Total Energie a vendu ses parts au Kurdistan, condition indispensable pour pr\u00e9tendre \u00e0 un contrat mirifique dans le Sud de l\u2019Irak estim\u00e9 \u00e0 $25 milliards \u2014 \u00e0 ce jour, rien n\u2019est encore sign\u00e9. Les difficult\u00e9s s\u2019amoncellent et Total Energie pourrait tr\u00e8s bien voir ce contrat lui \u00e9chapper. Les compagnies chinoises et russes qui op\u00e8rent au Kurdistan et en Irak sont moins soumises \u00e0 ce type de chantage par Bagdad, car elles sont soutenues par l\u2019Iran. Elles acceptent \u00e9galement de prendre plus de risques que les compagnies occidentales eu \u00e9gard aux sanctions am\u00e9ricaines qui punissent les compagnies travaillant avec des sous-traitants li\u00e9s \u00e0 l\u2019Iran. Le bras de fer entre Bagdad et Erbil pourrait se conclure par la prise de contr\u00f4le de la fronti\u00e8re irako-turque par l\u2019arm\u00e9e f\u00e9d\u00e9rale ou les milices pro-iraniennes comme ce fut le cas \u00e0 Kirkouk en 2018. On peut aussi imaginer une salve de missiles sur les installations p\u00e9troli\u00e8res et gazi\u00e8res kurdes tir\u00e9e par les milices chiites pro-iraniennes sur ordre de T\u00e9h\u00e9ran.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Le bras de fer entre Bagdad et Erbil pourrait se conclure par la prise de contr\u00f4le de la fronti\u00e8re irako-turque par l\u2019arm\u00e9e f\u00e9d\u00e9rale ou les milices pro-iraniennes comme ce fut le cas \u00e0 Kirkouk en 2018.<\/p><cite>Fabrice Balanche<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image wp-block-image-large\"\n    data-shadow=\"false\"\n    data-use-original-file=\"false\">\n    <a\n        data-pswp-src=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2023\/02\/Kurdistan-Irak-Le-Grand-Zab-1-scaled.jpg\"\n        class=\"inline-block gallery-item no-underline \"\n        data-pswp-width=\"2560\"\n        data-pswp-height=\"1920\">\n                                        <picture>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2023\/02\/Kurdistan-Irak-Le-Grand-Zab-1-330x248.jpg\"\r\n                media=\"(max-width: 374px)\" \/>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2023\/02\/Kurdistan-Irak-Le-Grand-Zab-1-690x518.jpg\"\r\n                media=\"(max-width: 989px)\" \/>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2023\/02\/Kurdistan-Irak-Le-Grand-Zab-1-1340x1005.jpg\"\r\n                media=\"(min-width: 990px)\" \/>\r\n                <img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2023\/02\/Kurdistan-Irak-Le-Grand-Zab-1-125x94.jpg\" \/>\r\n        <\/picture>\r\n                            \n                    <figcaption class=\"pswp-caption-content \">Kurdistan irakien, le Grand Zab<\/figcaption>\n            <\/a>\n<\/figure>\n\n\n<p>L\u2019autre moyen de revenir sur les autonomies kurdes pour Bagdad est de favoriser la division entre l\u2019UPK et le PDK. L\u2019UPK a \u00e9t\u00e9 d\u00e9stabilis\u00e9e par des querelles de succession apr\u00e8s l\u2019accident c\u00e9r\u00e9bral de Jalal Talabani en 2012 puis sa mort en 2017. Son \u00e9pouse a assur\u00e9 la r\u00e9gence en tentant de maintenir l\u2019unit\u00e9 du parti jusqu\u2019\u00e0 ce que Bafel Talabani soit en \u00e2ge de prendre les r\u00eanes du pouvoir \u00e0 Souleymanyeh. Mais pour cela, il lui a fallu \u00e9liminer des concurrents, tel que l\u2019ancien maire de Kirkouk, Najmaldin Karim qui s\u2019exila aux \u00c9tats-Unis en 2018, et surtout son cousin Lahour, l\u2019ex-chef des services de renseignement de l\u2019UPK, tr\u00e8s hostile \u00e0 toute collaboration avec le PDK. Enfin, au sein de l\u2019UPK, la succession dynastique est contest\u00e9e. \u00c0 l\u2019origine, il faut se souvenir que l\u2019UPK est n\u00e9e d\u2019une opposition au sein du PDK \u00e0 la mainmise de la famille Barzani sur le parti. Il n\u2019\u00e9tait donc pas question de reproduire le m\u00eame mod\u00e8le au sein de l\u2019UPK. Cela a conduit une partie des membres de l\u2019UPK \u00e0 cr\u00e9er un nouveau parti, le Gorran fond\u00e9 par Nawshirwa Mustapha en 2009. Mais ce parti n\u2019a pas r\u00e9ussi \u00e0 pr\u00e9senter une alternative durable et il a perdu sa repr\u00e9sentation au Parlement irakien aux \u00e9lections de 2021. Un nouveau parti politique est apparu en 2017 \u00e0 Souleymanyeh&nbsp;&#160;: \u00ab&#160;Nouvelle G\u00e9n\u00e9ration&#160;\u00bb qui regroupe l\u00e0 aussi les d\u00e9\u00e7us de l\u2019UPK et du Gorran. Lors des \u00e9lections l\u00e9gislatives de 2021, Nouvelle G\u00e9n\u00e9ration s\u2019est impos\u00e9 dans la ville de Souleymanyeh au d\u00e9triment de l\u2019UPK. Le PDK en revanche a beaucoup mieux r\u00e9sist\u00e9 et compte d\u00e9sormais deux fois plus de d\u00e9put\u00e9s au parlement irakien (34 si\u00e8ges) que l\u2019UPK (15 si\u00e8ges) gr\u00e2ce \u00e0 son enracinement \u00e0 Dohuk et Erbil. Le parti de Massoud Barzani est par cons\u00e9quent en position de force au parlement irakien et au sein du GRK. En termes de d\u00e9veloppement, Erbil a \u00e9galement pris le pas sur Souleymanyeh.<\/p>\n\n\n\n<p>En 2003, Souleymanyeh et Erbil \u00e9taient de taille comparable avec environ un demi-million d\u2019habitants. Vingt ann\u00e9es plus tard, la capitale du Kurdistan d\u2019Irak s\u2019est nettement impos\u00e9e avec 1,5 millions d\u2019habitants contre un million pour Souleymanyeh. L\u2019a\u00e9roport international d\u2019Erbil est dynamique alors que celui de Souleymanyeh v\u00e9g\u00e8te. Les ONG, les repr\u00e9sentations diplomatiques, les entreprises \u00e9trang\u00e8res s\u2019installent \u00e0 Erbil. La r\u00e9gion de Souleymanyeh est beaucoup moins riche en p\u00e9trole, ce qui prive l\u2019UPK de revenus pouvant \u00eatre recycl\u00e9s dans l\u2019immobilier comme \u00e0 Erbil. Les droits de douanes g\u00e9n\u00e9r\u00e9s par les postes fronti\u00e8res avec l\u2019Iran sont moins lucratifs que ceux d\u2019Ibrahim Khalil avec la Turquie et Faysh Khabour avec l\u2019AANES, contr\u00f4l\u00e9s par le PDK. La perte de Kirkouk et de ses champs p\u00e9troliers fut une catastrophe \u00e9conomique pour l\u2019UPK. L\u2019exploitation de gisements de gaz r\u00e9cemment d\u00e9couverts au nord de Souleymanyeh pourrait redynamiser l\u2019\u00e9conomie de la zone UPK, mais sans lui permettre de rattraper son retard sur Erbil. Cette marginalisation cr\u00e9e du ressentiment \u00e0 l\u2019\u00e9gard du PDK alors que les deux partis sont cens\u00e9s cog\u00e9rer le GRK. Bagdad joue sur cette division pour affaiblir le GRK. Il propose \u00e0 Souleymaneyh un statut d\u2019autonomie s\u00e9par\u00e9 qui lui permettrait d\u2019obtenir directement sa part du budget f\u00e9d\u00e9ral et sans retard. Mais l\u2019UPK peut-il croire les promesses de Bagdad&nbsp;&#160;? L\u2019objectif du pouvoir central est que le GRK disparaisse au profit de trois provinces kurdes (Dohuk, Erbil et Souleymanyeh&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-6-177369' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2023\/02\/13\/irak-et-syrie-les-autonomies-kurdes-menacees\/#easy-footnote-bottom-6-177369' title='Le GRK compte officiellement 4 provinces avec celle de Halabja fond\u00e9e en 2012 par le GRK, mais le Parlement irakien a refus\u00e9 de la reconna\u00eetre officiellement.'><sup>6<\/sup><\/a><\/span><\/span>) disposant \u00e9ventuellement de plus d\u2019autonomie que les autres provinces irakiennes mais pr\u00e9sentant moins de r\u00e9sistance vis-\u00e0-vis du centre. Cet \u00e9clatement du GRK permettrait d\u2019\u00e9loigner d\u00e9finitivement le spectre de l\u2019ind\u00e9pendance du Kurdistan d\u2019Irak pour Bagdad.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>2.2. Damas ne conc\u00e8de rien aux Kurdes&nbsp;<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Entre Damas et l\u2019AANES, les n\u00e9gociations sont au point mort depuis l\u2019offensive turque d\u2019octobre 2019. Le gouvernement syrien exige la r\u00e9int\u00e9gration pure et simple de l\u2019AANES sous son contr\u00f4le et la dissolution de ses institutions au profit de l\u2019administration syrienne&#160;: les milices qui constituent les FDS seront int\u00e9gr\u00e9es dans l\u2019arm\u00e9e syrienne, mais l\u2019unit\u00e9 des FDS sera bris\u00e9e. En \u00e9change, le r\u00e9gime promet une amnistie g\u00e9n\u00e9rale pour tous ceux qui ont travaill\u00e9 avec l\u2019AANES, une reconnaissance des dipl\u00f4mes d\u00e9livr\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent et l\u2019enseignement de la langue kurde en option. Ces mesures sont bien s\u00fbr jug\u00e9es tr\u00e8s insuffisantes par les dirigeants de l\u2019AANES qui exigent de conserver leur autonomie, leur gouvernance et la coh\u00e9sion des FDS. Ils acceptent que le drapeau syrien flotte \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du drapeau de l\u2019AANES et de partager le p\u00e9trole avec le r\u00e9gime syrien, comme c\u2019est d\u00e9j\u00e0 le cas aujourd\u2019hui, mais refuse qu\u2019il reprenne le contr\u00f4le total de cette ressource indispensable pour assurer leur autonomie \u00e9conomique.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Les deux points de vue sont donc tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9s, pour ne pas dire incompatibles. Ce n\u2019\u00e9tait pas le cas avant l\u2019offensive turque d\u2019octobre 2019. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, Bachar al-Assad faisait preuve de plus d&rsquo;ouverture \u00e0 l\u2019\u00e9gard des Kurdes. Il leur faisait miroiter un accord comparable \u00e0 celui qu\u2019ils avaient conclu avec les rebelles du Sud. Gr\u00e2ce \u00e0 la m\u00e9diation russe, les rebelles de la r\u00e9gion de Deraa avaient accept\u00e9 le retour du r\u00e9gime en juillet 2018 apr\u00e8s une courte bataille et beaucoup de garanties. L\u2019arm\u00e9e syrienne ne devait pas revenir et laisser les ex-rebelles faire la police eux-m\u00eames. Les anciens fonctionnaires devaient \u00eatre r\u00e9int\u00e9gr\u00e9s, les jeunes hommes avaient 18 mois pour se mettre en conformit\u00e9 avec leurs obligations militaires, une partie d\u2019entre eux ainsi que des milices rebelles \u00e9taient int\u00e9gr\u00e9es dans le 5<sup>\u00e8me<\/sup> corps de l\u2019arm\u00e9e syrienne sous protection russe. La police militaire russe s\u2019\u00e9tait d\u2019ailleurs d\u00e9ploy\u00e9e dans cette zone pour garantir le respect des accords. Mais d\u00e8s le printemps 2019, l\u2019arm\u00e9e syrienne reprenait <em>manu militari<\/em> le contr\u00f4le direct de toutes les localit\u00e9s de la r\u00e9gion, les promesses d\u2019amnistie, de sursis militaire et de r\u00e9int\u00e9gration des fonctionnaires n\u2019\u00e9taient pas respect\u00e9es, etc. Dans ces conditions, il va sans dire que les dirigeants de l\u2019AANES pouvaient l\u00e9gitimement douter de la bonne foi de Damas, ce qui ne les encourageaient pas \u00e0 n\u00e9gocier, d\u2019autant plus qu\u2019aur\u00e9ol\u00e9s de la victoire finale contre Daesh \u00e0 Baghouz, en mars 2019, il pensait pouvoir compter sur le soutien ind\u00e9fectible d\u00e9sormais des Occidentaux.<\/p>\n\n\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image wp-block-image-large\"\n    data-shadow=\"false\"\n    data-use-original-file=\"false\">\n    <a\n        data-pswp-src=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2023\/02\/Kurdistan-Syrie-Amouda-manifestation-octobre-2019-1-scaled.jpg\"\n        class=\"inline-block gallery-item no-underline \"\n        data-pswp-width=\"2560\"\n        data-pswp-height=\"1920\">\n                                        <picture>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2023\/02\/Kurdistan-Syrie-Amouda-manifestation-octobre-2019-1-330x248.jpg\"\r\n                media=\"(max-width: 374px)\" \/>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2023\/02\/Kurdistan-Syrie-Amouda-manifestation-octobre-2019-1-690x518.jpg\"\r\n                media=\"(max-width: 989px)\" \/>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2023\/02\/Kurdistan-Syrie-Amouda-manifestation-octobre-2019-1-1340x1005.jpg\"\r\n                media=\"(min-width: 990px)\" \/>\r\n                <img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2023\/02\/Kurdistan-Syrie-Amouda-manifestation-octobre-2019-1-125x94.jpg\" \/>\r\n        <\/picture>\r\n                            \n                    <figcaption class=\"pswp-caption-content \">Manifestation \u00e0 Amouda en octobre 2019, Kurdistan syrien<\/figcaption>\n            <\/a>\n<\/figure>\n\n\n<p>Le 6 octobre 2019, Donald Trump ordonne aux troupes am\u00e9ricaines de se retirer de la fronti\u00e8re syro-turque entre Tel-Abyad et Ras al-A\u00efn. Le lendemain, l\u2019arm\u00e9e turque et ses suppl\u00e9tifs syriens lancent l\u2019assaut contre les FDS. Ordre est donn\u00e9 aux troupes am\u00e9ricaines de se retirer compl\u00e8tement de l\u2019AANES. La France proteste contre l\u2019offensive turque, mais ne fait rien pour s\u2019y opposer et les 450 soldats fran\u00e7ais pr\u00e9sents sur place suivent les am\u00e9ricains&nbsp;sur la route de l\u2019Irak. Les FDS sont incapables de r\u00e9sister face \u00e0 l\u2019arm\u00e9e turque, son artillerie et son aviation. \u00c0 l\u2019arri\u00e8re, les cellules de Daesh sortent du bois et organisent des attentats. Mazloum Koban\u00e9 est oblig\u00e9 de n\u00e9gocier avec la Russie le retour de l\u2019arm\u00e9e syrienne et le d\u00e9ploiement de troupes russes sur les fronti\u00e8res et les lignes de front avec la Turquie pour \u00e9viter la destruction totale de l\u2019AANES. Selon ces accords, les FDS devaient \u00eatre int\u00e9gr\u00e9es dans l\u2019arm\u00e9e syrienne \u00e0 court terme. Mais finalement, les \u00c9tats-Unis d\u00e9cident de ne pas \u00e9vacuer compl\u00e8tement le Nord-Est syrien, ce qui permet \u00e0 Mazloum Koban\u00e9 de temporiser avec la Russie et Damas. Depuis cette date, la situation n\u2019a donc pas \u00e9volu\u00e9e, mais le r\u00e9gime syrien refuse d\u00e9sormais toute concession autonomiste \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019AANES, persuad\u00e9 qu\u2019elle n\u2019aura d\u2019autre choix de que r\u00e9int\u00e9grer sans condition l\u2019\u00c9tat syrien \u00e0 moins d\u2019\u00eatre d\u00e9truite par la Turquie lors d\u2019une prochaine offensive. La pr\u00e9sence am\u00e9ricaine est indispensable \u00e0 la survie de l\u2019AANES. Tout d\u00e9pend donc de la volont\u00e9 des \u00c9tats-Unis de rester dans le Nord-Est syrien. Damas, T\u00e9h\u00e9ran et Moscou sont persuad\u00e9s qu\u2019elle n\u2019est que tr\u00e8s provisoire. Les d\u00e9l\u00e9gations russes qui se succ\u00e8dent depuis novembre 2022 aupr\u00e8s de Mazloum Koban\u00e9 lui demandent d\u2019appliquer l\u2019accord d\u2019octobre 2019 s\u2019il ne veut pas que la Turquie lance un nouvel assaut.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Depuis 2019, la situation n\u2019a pas \u00e9volu\u00e9e, mais le r\u00e9gime syrien refuse d\u00e9sormais toute concession autonomiste \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019AANES, persuad\u00e9 qu\u2019elle n\u2019aura d\u2019autre choix de que r\u00e9int\u00e9grer sans condition l\u2019\u00c9tat syrien \u00e0 moins d\u2019\u00eatre d\u00e9truite par la Turquie lors d\u2019une prochaine offensive.<\/p><cite>Fabrice Balanche<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>Damas se sent en position de force vis-\u00e0-vis de l\u2019AANES, d\u2019autant plus que, sur le plan int\u00e9rieur, le r\u00e9gime conna\u00eet parfaitement ses faiblesses. Les probl\u00e8mes \u00e9conomiques de la r\u00e9gion peuvent \u00eatre accentu\u00e9s par Damas en bloquant par exemple l\u2019aide humanitaire onusienne qui doit d\u00e9sormais transiter par son territoire. En juillet 2020, la Russie a mis son veto au Conseil de S\u00e9curit\u00e9 de l\u2019ONU \u00e0 l\u2019aide transfrontali\u00e8re en direction de l\u2019AANES. Le r\u00e9gime syrien peut aussi fermer des postes \u00ab&#160;fronti\u00e8res&#160;\u00bb entre son territoire celui de l\u2019AANES et\/ou imposer de taxes prohibitives sur les marchandises. Si l\u2019AANES ne lui livre pas le p\u00e9trole exig\u00e9, l\u2019arm\u00e9e syrienne isole les enclaves kurdes de Shahba, au nord d\u2019Alep, et Cheikh Maqsoud (le quartier kurde d\u2019Alep). Bachar al-Assad entretient toujours des liens d\u2019amiti\u00e9s avec les chefs de tribus arabes de l\u2019AANES. Il sait qu\u2019elles ne supportent pas la domination des Kurdes, mais qu\u2019elles font profil bas puisqu&rsquo;elles ont la force militaire et les ressources financi\u00e8res. Dans chaque chefferie, le cadet de famille continue d\u2019entretenir d\u2019excellentes relations avec Damas tandis que l\u2019a\u00een\u00e9 occupe des responsabilit\u00e9s au sein de l\u2019AANES. C\u2019est ainsi le cas de la tribu Shammar, dont le cheikh Hamidi&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-7-177369' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2023\/02\/13\/irak-et-syrie-les-autonomies-kurdes-menacees\/#easy-footnote-bottom-7-177369' title='D\u00e9c\u00e9d\u00e9 en 2022.'><sup>7<\/sup><\/a><\/span><\/span> est vice-pr\u00e9sident du canton de Jezireh et sa milice, les Sanadid, collabore depuis 2013 \u00e9troitement avec le YPG. Cependant, son fr\u00e8re r\u00e9side toujours dans le quartier gouvernemental de Qamechli avec sa garde. Il entretient les meilleures relations avec les services de s\u00e9curit\u00e9 syriens, arborant fi\u00e8rement le portrait de Bachar al-Assad dans son salon de r\u00e9ception&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-8-177369' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2023\/02\/13\/irak-et-syrie-les-autonomies-kurdes-menacees\/#easy-footnote-bottom-8-177369' title='Je lui ai rendu visite en mars 2017.'><sup>8<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Il n\u2019existe aucune animosit\u00e9 entre les deux fr\u00e8res, mais tout simplement un partage des r\u00f4les afin d\u2019\u00eatre toujours du c\u00f4t\u00e9 du vainqueur&nbsp;&#160;: une tribu ne fonctionne que dans son int\u00e9r\u00eat. Leur loyaut\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9gard des YPG est transactionnelle et provisoire, car m\u00eame les Shammar ne peuvent accepter une r\u00e9gion autonome kurde.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Pour toutes ces raisons, internes et externes, les n\u00e9gociations avec Damas sont au point mort. Les Kurdes n\u2019ont pas confiance dans le r\u00e9gime syrien non plus. Ils ne peuvent pas esp\u00e9rer devenir son alli\u00e9 et conserver ainsi leur autonomie, car Bachar al-Assad s\u2019appuiera de nouveau sur les tribus arabes au d\u00e9triment des Kurdes, comme c\u2019\u00e9tait le cas avant la guerre civile. \u00c0 titre d\u2019exemple, la tribu Tays dans la r\u00e9gion de Qamechli est rest\u00e9e farouchement pro-r\u00e9gime, son territoire constitue une enclave de l\u2019arm\u00e9e syrienne au sein de l\u2019AANES. La tribu est arm\u00e9e par le r\u00e9gime, elle refuse de laisser les FDS p\u00e9n\u00e9trer sur son territoire. Avant 2011, les Tays avaient le quasi-monopole de la contrebande avec la Turquie gr\u00e2ce \u00e0 la tol\u00e9rance des autorit\u00e9s syriennes. En \u00e9change, ils rendaient de menus services tels que la r\u00e9pression de la r\u00e9volte kurde en 2004. Nous retrouvons des situations comparables \u00e0 Deir al-Zor, Manbej, Hasakeh et Raqqa avec d\u2019autres tribus qui r\u00eavent de retrouver leur sup\u00e9riorit\u00e9 d\u2019avant-guerre et les pr\u00e9bendes qui les accompagnent comme l\u2019exploitation des terres d\u2019\u00c9tat, les embauches privil\u00e9gi\u00e9es dans la fonction publique, etc. Par cons\u00e9quent, les Kurdes savent qu\u2019ils n\u2019ont d\u2019autre choix pour garantir leur libert\u00e9 et leurs biens que de conserver leur propre organisation militaire.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Les Kurdes savent qu\u2019ils n\u2019ont d\u2019autre choix pour garantir leur libert\u00e9 et leurs biens que de conserver leur propre organisation militaire.<\/p><cite>Fabrice Balanche<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image wp-block-image-large\"\n    data-shadow=\"false\"\n    data-use-original-file=\"false\">\n    <a\n        data-pswp-src=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2023\/02\/Frontiere-Irak-Syrie-Faysh-Khabour-1-scaled.jpg\"\n        class=\"inline-block gallery-item no-underline \"\n        data-pswp-width=\"2560\"\n        data-pswp-height=\"1920\">\n                                        <picture>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2023\/02\/Frontiere-Irak-Syrie-Faysh-Khabour-1-330x248.jpg\"\r\n                media=\"(max-width: 374px)\" \/>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2023\/02\/Frontiere-Irak-Syrie-Faysh-Khabour-1-690x518.jpg\"\r\n                media=\"(max-width: 989px)\" \/>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2023\/02\/Frontiere-Irak-Syrie-Faysh-Khabour-1-1340x1005.jpg\"\r\n                media=\"(min-width: 990px)\" \/>\r\n                <img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2023\/02\/Frontiere-Irak-Syrie-Faysh-Khabour-1-125x94.jpg\" \/>\r\n        <\/picture>\r\n                            \n                    <figcaption class=\"pswp-caption-content \">Fronti\u00e8re Irak-Syrie-Faysh Khabour<\/figcaption>\n            <\/a>\n<\/figure>\n\n\n<p>Dans le cas syrien comme dans le cas irakien, d\u00e8s que les \u00c9tat centraux retrouvent une certaine stabilit\u00e9, ils s\u2019efforcent de supprimer les autonomies locales, qui plus est lorsqu\u2019il s\u2019agit des Kurdes. Le nationalisme arabe retrouve sa vigueur. C\u2019est un excellent moyen de r\u00e9concilier les Syriens et les Irakiens de toute confession, divis\u00e9s par une violente guerre civile communautaire, faisant des Kurdes l\u2019ennemi int\u00e9rieur. Il faut rappeler qu\u2019il s\u2019agit de la base de l\u2019id\u00e9ologie baathiste d\u00e9finie par Michel Aflaq et ses amis. Ces jeunes id\u00e9ologues chr\u00e9tiens et alaouites constataient que les divisions confessionnelles divisaient les arabes et permettait au colonialisme de dominer le pays. Il fallait donc trouver une id\u00e9ologie qui permette de les rassembler et de garantir en Syrie aux minorit\u00e9s non-sunnites qu\u2019elles n\u2019allaient pas de nouveau \u00eatre plong\u00e9es dans la <em>dhimitude<\/em> (soumission). En Irak, il fallait \u00e0 la minorit\u00e9 arabe sunnite au pouvoir un \u00e9cran de fum\u00e9e id\u00e9ologique pour dominer un pays \u00e0 majorit\u00e9 chiite. Le baathisme a rassembl\u00e9 les arabes mais il a exclu les kurdes de la communaut\u00e9 nationale. Ce racisme antikurde est profond\u00e9ment ancr\u00e9 dans les mentalit\u00e9s. Cela explique pourquoi nous n\u2019avons pas d\u2019alliance entre les Alaouites et les Kurdes en Syrie, malgr\u00e9 leur d\u00e9fiance r\u00e9ciproque vis-\u00e0-vis de la majorit\u00e9 arabe sunnite. Au contraire, le r\u00e9gime tente de f\u00e9d\u00e9rer les diff\u00e9rentes communaut\u00e9s en accusant d\u00e9sormais les Kurdes d\u2019\u00eatre la cause de tous les malheurs de la Syrie&nbsp;&#160;: ils volent les c\u00e9r\u00e9ales, le p\u00e9trole, l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 des barrages, etc. En Irak, les Arabes sunnites de Mossoul rendent responsables les Kurdes de la lenteur de la reconstruction de la ville&nbsp;afin qu\u2019Erbil continue son d\u00e9veloppement. La population chiite de Bassorah se plaint de ne pas b\u00e9n\u00e9ficier des retomb\u00e9es de l\u2019exploitation p\u00e9troli\u00e8re, mais au lieu de bl\u00e2mer le gouvernement central ce sont les Kurdes qui sont accus\u00e9s de d\u00e9tourner la manne p\u00e9troli\u00e8re \u00e0 leur profit. De Mossoul \u00e0 Bassorah le Kurde est donc consid\u00e9r\u00e9 comme l\u2019ennemi int\u00e9rieur. Les logiques \u00e9tatiques et nationalistes arabes se conjuguent pour d\u00e9nier toute autonomie aux Kurdes en Syrie et en Irak. Les m\u00eames arguments sont utilis\u00e9s par Recep Tayep Erdogan pour f\u00e9d\u00e9rer la population turque et esp\u00e9rer remporter les \u00e9lections pr\u00e9sidentielles de mai 2023. Quant \u00e0 l\u2019Iran, il accuse les Kurdes de s\u00e9paratisme pour tenter de surmonter la crise actuelle en jouant sur l\u2019opposition entre Perses et les minorit\u00e9s ethniques. C\u2019est ce qui explique la simultan\u00e9it\u00e9 des attaques antikurdes de la part de l\u2019Iran et de la Turquie, m\u00eame si leurs logiques imp\u00e9riales dans la r\u00e9gion devraient \u00eatre favorables \u00e0 des autonomies kurdes en Syrie et en Irak.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>2.3.&nbsp;Les Kurdes syriens et irakiens sont au centre d\u2019un espace g\u00e9opolitique tampon<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>La Syrie, le Liban et l\u2019Irak constituent d\u00e9sormais un espace g\u00e9opolitique tampon sous l\u2019influence de puissants voisins, la Turquie, l\u2019Iran, l\u2019Arabie Saoudite et Isra\u00ebl, mais \u00e9galement l\u2019\u00e9picentre du nouvel arc de crises \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale entre l\u2019Occident, \u00c9tats-Unis en t\u00eate, et le couple eurasiatique form\u00e9 par la Russie et la Chine. Au niveau r\u00e9gional, l\u2019Iran et la Turquie renouent avec leur vocation imp\u00e9riale. Au Sud, Isra\u00ebl et l\u2019Arabie Saoudite se contentent d\u2019une position d\u00e9fensive vis-\u00e0-vis de cet espace largement domin\u00e9 par leurs ennemis. Quant aux \u00c9tats-Unis, ils ont plut\u00f4t tendance \u00e0 vouloir fixer le conflit international et r\u00e9gional dans cet espace pour \u00e9viter qu\u2019il ne d\u00e9borde dans le Golfe arabo-persique qui constitue le centre de leurs int\u00e9r\u00eats r\u00e9gionaux.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/lh4.googleusercontent.com\/ij4HQa4nrbzJvg7NjR9sfwo3nBh5hT6Aw5pNR8wISumXC2R3Qp0ej68rA_P0sxgz3t_d7LtyjxhzSliP-6KaLWoo7w8pwAQ7QBHHDnAyDOJ7bV_MGvQYp3LSrt8cID839hkKXqKACutN\" alt=\"\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Carte&nbsp;&#160;: 7 \u2013 Le Levant et le Caucase&nbsp;&#160;: des espaces g\u00e9opolitiques tampons<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>La Syrie, le Liban et l\u2019Irak constituent d\u00e9sormais un espace g\u00e9opolitique tampon sous l\u2019influence de puissants voisins, la Turquie, l\u2019Iran, l\u2019Arabie Saoudite et Isra\u00ebl, mais \u00e9galement l\u2019\u00e9picentre du nouvel arc de crises \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale entre l\u2019Occident, \u00c9tats-Unis en t\u00eate, et le couple eurasiatique form\u00e9 par la Russie et la Chine.<\/p><cite>Fabrice Balanche<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019\u00e9chelle de l\u2019histoire contemporaine du Moyen-Orient, les \u00c9tats-Unis font figure de nouveaux venus. Le Pacte du Quincy en 1945 marque le d\u00e9but de leur intervention dans la r\u00e9gion et le retrait d\u2019Irak le d\u00e9but de leur d\u00e9clin. Les puissances europ\u00e9ennes, la France et la Grande-Bretagne, ne comptent plus gu\u00e8re. La d\u00e9fense de la route des Indes et la strat\u00e9gie du lac fran\u00e7ais ont v\u00e9cu. En revanche, la Russie, la Turquie et l\u2019Iran poursuivent leur expansion s\u00e9culaire en d\u00e9pit des changements de r\u00e9gime. La Russie de Poutine reprend la politique de l\u2019URSS qui \u00e9tait celle de l\u2019Empire des tsars&nbsp;&#160;: la descente vers les mers chaudes, en l\u2019occurrence la M\u00e9diterran\u00e9e orientale. La Turquie veut reconstituer l\u2019Empire ottoman, tout du moins par l\u2019influence politique et \u00e9conomique, \u00e0 d\u00e9faut de l\u2019annexion des territoires arabes. La lutte contre le PKK lui sert de pr\u00e9texte pour justifier ses bases et ses op\u00e9rations militaires en Syrie et en Irak. Quant \u00e0 l\u2019Iran, il veut toujours prot\u00e9ger sa fronti\u00e8re occidentale par la conqu\u00eate de l\u2019autre versant du Zagros jusqu\u2019\u00e0 la M\u00e9diterran\u00e9e. Il s\u2019appuie sur les communaut\u00e9s chiites et assimil\u00e9es, telles que les alaouites en Syrie et les Shabak en Irak. La r\u00e9publique islamique a ajout\u00e9 un objectif id\u00e9ologique&nbsp;&#160;: la destruction d\u2019Isra\u00ebl pour justifier la construction de cet \u00ab&#160;axe de la r\u00e9sistance&#160;\u00bb&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-9-177369' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2023\/02\/13\/irak-et-syrie-les-autonomies-kurdes-menacees\/#easy-footnote-bottom-9-177369' title='Balanche, Fabrice, \u00ab&amp;#160;&amp;nbsp;From the Iranian Corridor to the Shia Crescent\u201d, Hoover Institution Press, 17 ao\u00fbt 2018. &lt;a href=&quot;https:\/\/www.hoover.org\/research\/iranian-corridor-shia-crescent&quot; target=&quot;_blank&quot; rel=&quot;noreferrer noopener&quot;&gt;https:\/\/www.hoover.org\/research\/iranian-corridor-shia-crescent&lt;\/a&gt;'><sup>9<\/sup><\/a><\/span><\/span> (milices chiites irakienne, r\u00e9gime alaouite en Syrie et Hezbollah au Liban).<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/lh6.googleusercontent.com\/fO1A-JB_u6cKcOuGiWnvXyyMk8UbXgialdNhXDuReh1h1qSRKT7xoXLjg_XjnT_Mirpk3pyY8sSODjnnb2VMmswTmqPDhb9BMRTX0AQuMbb39n_C4cQ-7ILCIzkDy6MMKUWrTmU9IoxL\" alt=\"\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Carte&nbsp;&#160;: 8 -L\u2019axe iranien entre id\u00e9ologie et g\u00e9opolitique<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>L\u2019axe iranien est s\u00e9cant avec la strat\u00e9gie russe. C\u2019est pour cette raison que les deux pays collaborent tr\u00e8s efficacement en Syrie. L\u2019alliance russo-iranienne contrarie les plans turcs, mais les trois puissances font preuve de pragmatisme dans le cadre de la conf\u00e9rence d\u2019Astana. La Turquie obtient sa part au d\u00e9triment des Kurdes, de la Syrie et de l\u2019Irak, dans la mesure o\u00f9 cela ne s\u2019oppose pas \u00e0 la r\u00e9alisation des plans russe et iranien. Les \u00c9tats-Unis font de la r\u00e9sistance, Isra\u00ebl tente de repousser les Iraniens le plus loin possible de sa fronti\u00e8re par des frappes a\u00e9riennes mais aussi en n\u00e9gociant avec la Russie\u2026 Quant \u00e0 l\u2019Arabie Saoudite et aux \u00c9mirats Arabes Unis, ils s\u2019efforcent davantage d\u2019utiliser le <em>soft power<\/em> financier pour emp\u00eacher la Syrie et l\u2019Irak de basculer totalement dans le cas iranien. Cette confrontation g\u00e9opolitique entretient la fragmentation territoriale issue des guerres civiles. Les logiques imp\u00e9riales s\u2019opposent \u00e0 la reconstitution des \u00c9tats centraux. En th\u00e9orie, cette configuration g\u00e9opolitique pourrait \u00eatre favorable au maintien des autonomies kurdes. C\u2019est le contraire qui se produit.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/lh4.googleusercontent.com\/LJgnGV2al8h6JTyfyUcTTRYWw7Og4o0DkSvxsp16IJhIFSERc3MQD65WYNvt1FP-g_JIwwGb56ZS64VyFzb0AviAw-T4ATxOMqP3JejaQE5cz-qSpc_gCSO7B-3VmhyiYUQkLIv3q7N-\" alt=\"\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Carte&nbsp;&#160;: 9 \u2013 La strat\u00e9gie russe au Levant<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>En Syrie, les Kurdes se trouvent entre le marteau turc et l\u2019enclume syrien. La survie de l\u2019AANES d\u00e9pend du soutien \u00e9conomique occidental et de la pr\u00e9sence militaire am\u00e9ricaine. Le rapprochement entre la Syrie de Bachar al-Assad et la Turquie d\u2019Erdogan sous les auspices de la Russie aboutira \u00e0 une op\u00e9ration conjointe contre l\u2019AANES. \u00c0 moins que Mazloum Koban\u00e9 accepte le diktat russo-syrien. Les \u00c9tats-Unis l\u2019encouragent \u00e0 r\u00e9sister, mais peuvent-ils prot\u00e9ger leurs alli\u00e9s d\u2019une offensive turque&nbsp;&#160;? Dans le contexte de la guerre en Ukraine, la priorit\u00e9 am\u00e9ricaine est de tout faire pour que la Turquie reste dans le camp de l\u2019OTAN. Or dans cette \u00e9quation, le sort des populations kurdes du Nord de la Syrie compte peu. La Russie ne se prive pas de rappeler aux Kurdes les pr\u00e9c\u00e9dents d\u2019Afrin et de Ras al-A\u00efn pour leur expliquer qu\u2019ils n\u2019ont plus rien \u00e0 attendre de la part des Occidentaux. Par cons\u00e9quent, ils doivent saisir la main russe avant que la Turquie ne lance son offensive. Mais les Kurdes syriens peuvent-ils avoir davantage confiance en la Russie&nbsp;&#160;? Il semble que la Russie ait int\u00e9r\u00eat \u00e0 conserver une entit\u00e9 kurde qui menace la Turquie \u2014 un excellent moyen pour l\u2019obliger \u00e0 conserver de bonnes relations avec elle. Il faut se rappeler que c\u2019est la menace kurde qui a pouss\u00e9 la Turquie \u00e0 changer de camp en ao\u00fbt 2016, permettant ainsi le succ\u00e8s de l\u2019intervention russe en Syrie, dont le point d\u2019orgue fut la reprise totale d\u2019Alep en d\u00e9cembre 2016. Certes, les Kurdes comptent aussi peu pour la Russie que pour les \u00c9tats-Unis \u00e0 l\u2019aune du conflit ukrainien&nbsp;&#160;; mais la politique \u00e9trang\u00e8re d\u2019une dictature poss\u00e8de davantage de constance que celle d\u2019une d\u00e9mocratie. Les Kurdes en ont d\u00e9j\u00e0 fait l\u2019am\u00e8re exp\u00e9rience avec Donald Trump.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Les Kurdes comptent aussi peu pour la Russie que pour les \u00c9tats-Unis \u00e0 l\u2019aune du conflit ukrainien&nbsp;&#160;; mais la politique \u00e9trang\u00e8re d\u2019une dictature poss\u00e8de davantage de constance que celle d\u2019une d\u00e9mocratie. Les Kurdes en ont d\u00e9j\u00e0 fait l\u2019am\u00e8re exp\u00e9rience avec Donald Trump.<\/p><cite>Fabrice Balanche<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>Les Kurdes irakiens sont d\u2019ailleurs inquiets \u00e0 l\u2019\u00e9gard du soutien des \u00c9tats-Unis. Malgr\u00e9 leur lutte contre Daesh dans le Nord de l\u2019Irak, les \u00c9tats-Unis n\u2019ont pas soutenu le r\u00e9f\u00e9rendum sur l\u2019ind\u00e9pendance en 2017. L\u2019ann\u00e9e suivante, ils ont laiss\u00e9 les milices chiites irakiennes, dirig\u00e9e par Qassem Souleimani, s\u2019emparer de Kirkouk et chasser les peshmergas de l\u2019essentiel des \u00ab&#160;territoires disput\u00e9s&#160;\u00bb. Les miliciens furent tout de m\u00eame bloqu\u00e9s alors qu\u2019ils comptaient s\u2019emparer de Faysh Khabour, le poste fronti\u00e8re avec la Syrie, et celui d\u2019Ibrahim Khalil avec la Turquie, ce qui aurait eu pour cons\u00e9quence d\u2019encercler compl\u00e8tement le GRK, mais aussi de priver les \u00c9tats-Unis d\u2019acc\u00e8s au Nord-Est syrien par voie terrestre. Cet \u00e9pisode a laiss\u00e9 un go\u00fbt amer aux dirigeants kurdes \u00e0 Erbil, qui sont dubitatifs quant \u00e0 la protection am\u00e9ricaine en cas de nouvel assaut des pro-iraniens. Ils ont par cons\u00e9quent diversifi\u00e9s leurs alli\u00e9s, accordant une importante concession p\u00e9troli\u00e8re \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 russe Luko\u00efl en 2019 et des projets immobiliers \u00e0 la Chine. Mais c\u2019est surtout sur la Turquie d\u2019Erdogan que Massoud Barzani compte en cas de vacance am\u00e9ricaine. La Turquie a beaucoup d\u2019int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques dans le Nord de l\u2019Irak et le PDK collabore dans la lutte contre le PKK. Enfin, les dirigeants kurdes s\u2019efforcent de m\u00e9nager la R\u00e9publique islamique en laissant les marchandises iraniennes affluer sur le territoire sans taxe. Ils sont muets \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la contestation qui a d\u00e9but\u00e9 en septembre 2022 en Iran ainsi que l\u2019ensemble des m\u00e9dias du GRK.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Les autonomies Kurdes d\u00e9pendent des strat\u00e9gies imp\u00e9riales am\u00e9ricaines et russes<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>L\u2019avenir des autonomies kurdes para\u00eet donc bien sombre. L\u2019AANES pourrait tout simplement dispara\u00eetre et la population kurde \u00eatre victime d\u2019une \u00e9puration ethnique. C\u2019est l\u2019objectif de la Turquie qui compte installer des r\u00e9fugi\u00e9s et d\u00e9plac\u00e9s syriens, arabes et turkm\u00e8nes sunnites, dans la bande des trente kilom\u00e8tres qu\u2019elle exige au sud de sa fronti\u00e8re. Ce processus est d\u00e9j\u00e0 en cours \u00e0 Afrin, al-Bab et Ras al-A\u00efn. La prochaine cible est bien s\u00fbr Koban\u00e9, afin que la jonction soit r\u00e9alis\u00e9e entre la r\u00e9gion d\u2019al-Bab-Jerablous et celle de Tel Abyad-Ras al-A\u00efn. Koban\u00e9 est aussi le symbole de la r\u00e9sistance kurde \u00e0 Daesh \u2014 qu\u2019Erdogan r\u00eave de d\u00e9truire pour flatter le nationalisme turc indispensable \u00e0 sa r\u00e9\u00e9lection au mois de mai. L\u2019autonomie du GRK semble plus assur\u00e9e, mais elle risque d\u2019\u00eatre rogn\u00e9e par l\u2019action conjointe de Bagdad et de l\u2019Iran. La rivalit\u00e9 entre le PDK et l\u2019UPK, instrumentalis\u00e9e par l\u2019Iran, pourrait aboutir \u00e0 l\u2019\u00e9clatement de la r\u00e9gion autonome en deux entit\u00e9s s\u00e9par\u00e9es. La r\u00e9gion de Souleymanyeh, sous protectorat iranien, re\u00e7oit directement son traitement de Bagdad. Tandis que les districts d\u2019Erbil et de Dohuk resteraient sous le contr\u00f4le du PDK, unis ou s\u00e9par\u00e9s administrativement, mais sous protection am\u00e9ricano-turque.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image wp-block-image-large\"\n    data-shadow=\"false\"\n    data-use-original-file=\"false\">\n    <a\n        data-pswp-src=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2023\/02\/Kurdistan-Irak-couche-de-soleil-1-scaled.jpg\"\n        class=\"inline-block gallery-item no-underline \"\n        data-pswp-width=\"2560\"\n        data-pswp-height=\"1920\">\n                                        <picture>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2023\/02\/Kurdistan-Irak-couche-de-soleil-1-330x248.jpg\"\r\n                media=\"(max-width: 374px)\" \/>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2023\/02\/Kurdistan-Irak-couche-de-soleil-1-690x518.jpg\"\r\n                media=\"(max-width: 989px)\" \/>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2023\/02\/Kurdistan-Irak-couche-de-soleil-1-1340x1005.jpg\"\r\n                media=\"(min-width: 990px)\" \/>\r\n                <img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2023\/02\/Kurdistan-Irak-couche-de-soleil-1-125x94.jpg\" \/>\r\n        <\/picture>\r\n                            \n                    <figcaption class=\"pswp-caption-content \">Couch\u00e9 de soleil au Kurdistan irakien.<\/figcaption>\n            <\/a>\n<\/figure>\n\n\n<p>Les h\u00e9ritiers des empires perses et ottomans cr\u00e9ent dans leur p\u00e9riph\u00e9rie des entit\u00e9s autonomes vassalis\u00e9es, sur le mod\u00e8le russe (Abkhazie, Oss\u00e9tie du Sud, Donbass, etc.) qui leur permettent d\u2019affaiblir les \u00c9tats centraux, m\u00eame s\u2019ils sont eux aussi sous leur domination. Les rivalit\u00e9s entre le territoire autonome et l\u2019\u00c9tat central donnent \u00e0 la puissance tut\u00e9laire un r\u00f4le d\u2019arbitre qui renforce sa domination. Dans cette configuration, la Syrie et l\u2019Irak conservent leurs fronti\u00e8res mais doivent accepter des autonomies locales <em>de facto<\/em>, \u00e0 condition qu\u2019elles soient favorables \u00e0 l\u2019Empire voisin. Malheureusement les autonomies kurdes ne b\u00e9n\u00e9ficient pas du soutien ni de la Turquie, ni de l\u2019Iran. Leur salut viendrait plut\u00f4t des Russes et des Am\u00e9ricains s\u2019ils d\u00e9cidaient de maintenir leur pr\u00e9sence au Moyen-Orient, dont le territoire n\u2019est pas menac\u00e9 par l\u2019irr\u00e9dentisme kurde et qui ont besoin d\u2019eux en tant que leviers strat\u00e9giques et base logistique. Pour conserver leur autonomie, les Kurdes n\u2019ont d\u2019autre choix que de lier leur destin avant tout aux strat\u00e9gies imp\u00e9riales am\u00e9ricaines et russes \u2014&nbsp;\u00e0 des puissances qui n\u2019ont pas d\u2019amis mais seulement des int\u00e9r\u00eats et qui ne leur seront redevables en aucune mani\u00e8re.&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il faut comprendre les diff\u00e9rences et les similitudes des autonomies kurdes \u00e0 partir de la g\u00e9ographie et de l\u2019histoire politique. 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