{"id":174827,"date":"2023-01-21T07:47:24","date_gmt":"2023-01-21T06:47:24","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=174827"},"modified":"2023-01-24T15:47:55","modified_gmt":"2023-01-24T14:47:55","slug":"une-anthropologie-de-lesprit","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2023\/01\/21\/une-anthropologie-de-lesprit\/","title":{"rendered":"Une anthropologie de l&rsquo;esprit"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"intro\">Contrairement \u00e0 ce qu\u2019on aurait pu attendre, le <em>Cours de po\u00e9tique<\/em> profess\u00e9 par Paul Val\u00e9ry au Coll\u00e8ge de France huit ann\u00e9es durant, de 1937 \u00e0 1945, ne fut pas un cours de po\u00e9sie. Val\u00e9ry lui-m\u00eame trompa son monde. Quand ils l\u2019\u00e9lurent sur une chaire de Po\u00e9tique, ses futurs coll\u00e8gues du Coll\u00e8ge croyaient promouvoir un po\u00e8te qui parlerait de la litt\u00e9rature en tant que tel.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"intro\">Or Val\u00e9ry ne l\u2019entendait pas de cette mani\u00e8re \u2013 et il se garda bien d\u2019insister l\u00e0-dessus dans sa campagne de candidature. Il r\u00e9f\u00e9rait la po\u00e9tique \u00e0 son origine \u00e9tymologique, le verbe grec <em>po\u00efein<\/em>, signifiant <em>faire<\/em>, et souvent orthographiait le mot ainsi&#160;: <em>po\u00ef\u00e9tique<\/em>. Il s\u2019agit donc pour lui de l\u2019\u00e9tude du faire, et du faire intellectuel en g\u00e9n\u00e9ral, artistique, scientifique, et non pas seulement litt\u00e9raire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"intro\">Comment l\u2019esprit produit-il, en exploitant quelles donn\u00e9es involontaires fournies par le corps, la m\u00e9moire, l\u2019imagination, et par l\u2019environnement&#160;? Et comment ses donn\u00e9es sont-elles ensuite trait\u00e9es de fa\u00e7on consciente par l\u2019auteur&#160;? Comment le langage permet-il la cr\u00e9ation individuelle, mais aussi la formation de ce que Val\u00e9ry nomme \u00ab&#160;les \u0153uvres collectives de l\u2019esprit&#160;\u00bb, \u00e0 savoir le droit, la politique, la religion&#160;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"intro\">Ainsi Val\u00e9ry retrace-t-il le parcours complet de l\u2019\u0153uvre depuis sa gen\u00e8se dans l\u2019individu jusqu\u2019\u00e0 sa carri\u00e8re dans l\u2019espace social, non sans s\u2019interroger par ailleurs sur les conditions mat\u00e9rielles, politiques et culturelles qui rendent possible l\u2019existence d\u2019un \u00ab&#160;univers de l\u2019esprit&#160;\u00bb, d\u00e9fini comme \u00ab&#160;tangent&#160;\u00bb \u00e0 l\u2019univers social.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"intro\">La po\u00e9tique selon Val\u00e9ry est en v\u00e9rit\u00e9 une th\u00e9orie totale de l\u2019homme et de la soci\u00e9t\u00e9 \u2013 et m\u00eame plus pr\u00e9cis\u00e9ment une anthropologie de l\u2019esprit, en ce sens qu\u2019elle englobe des consid\u00e9rations sur l\u2019\u00eatre biologique aussi bien que social. C\u2019est ce qu\u2019il nommait dans sa jeunesse le \u00ab&#160;Syst\u00e8me&#160;\u00bb, jamais explicit\u00e9 dans son ensemble, mais dont il fournit finalement, dans les derni\u00e8res ann\u00e9es de sa vie, une synth\u00e8se admirable et sans \u00e9gale dans son enseignement du Coll\u00e8ge de France.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"intro\">Enfin r\u00e9v\u00e9l\u00e9 au public, le <em>Cours de po\u00e9tique<\/em> peut d\u00e9sormais appara\u00eetre comme la meilleure introduction possible \u00e0 la pens\u00e9e de Val\u00e9ry dans toute sa richesse et sa complexit\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 l\u2019une des plus \u00e9tonnantes tentatives de penser totalement l\u2019\u00eatre humain au prisme de ce qui lui conf\u00e8re toute valeur et toute dignit\u00e9, \u00e0 savoir sa capacit\u00e9 \u00e0 faire et \u00e0 cr\u00e9er. Ce qui compte en effet aux yeux de Val\u00e9ry, c\u2019est l\u2019effort accompli par l\u2019humanit\u00e9 en g\u00e9n\u00e9ral et par chaque \u00eatre humain en particulier pour surmonter les donn\u00e9es originelles de la biologie, qui rangent en principe l\u2019homme au niveau purement animal, pour se transformer eux-m\u00eames et pour laisser \u00e9ventuellement dans l\u2019histoire une trace, une \u0153uvre, sans commune mesure avec la vie organique brute, monotone et d\u00e9primante. Mais l\u2019important est d\u2019abord de se transformer, de se travailler soi-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"intro\">Or s\u2019il est vrai que le <em>Cours de po\u00e9tique<\/em> n\u2019est pas \u00e0 proprement parler, comme on vient de le voir, un cours de po\u00e9sie, toute la r\u00e9flexion qu\u2019il contient, et que Val\u00e9ry cherche et parvient \u00e0 rendre accessible \u00e0 ses auditeurs et aujourd\u2019hui lecteurs, n\u2019en demeure pas moins fond\u00e9e intrins\u00e8quement sur son exp\u00e9rience propre de la cr\u00e9ation po\u00e9tique, qu\u2019il observe en ph\u00e9nom\u00e9nologue de la vie intellectuelle, avec une pr\u00e9cision et une acuit\u00e9 qui suscit\u00e8rent l\u2019admiration de ses contemporains, Andr\u00e9 Gide, T. S. Eliot, Jean-Paul Sartre ou Maurice Blanchot.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"intro\">La po\u00e9sie ne figure pas au centre du cours, mais elle infuse partout, comme la source ultime et concr\u00e8te de toute cette pens\u00e9e, m\u00eame si les r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 la litt\u00e9rature et aux arts sont plus souvent implicites qu\u2019explicites.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"intro\">Le 21 janvier 1938, cependant \u2013 une fois n\u2019est pas coutume \u2013, la le\u00e7on fut presque tout enti\u00e8re consacr\u00e9e aux arts, \u00e0 la musique, \u00e0 la peinture, \u00e0 l\u2019architecture, \u00e0 la po\u00e9sie. Val\u00e9ry le constate et fait mine de s\u2019en excuser&#160;: \u00ab&#160;faisons une comparaison po\u00e9tique, pour une fois, dans ce cours&#160;\u00bb, avance-t-il non sans une certaine ironie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"intro\">La r\u00e9flexion porte sur l\u2019effet esth\u00e9tique des diff\u00e9rents arts, un effet qui se donne toujours dans le temps. M\u00eame les arts dits de la simultan\u00e9it\u00e9, comme les nommait le philosophe allemand Lessing dans le <em>Laocoon<\/em>, exercent en pratique leurs effets dans une certaine dur\u00e9e incompressible et dans un mouvement&#160;: \u00ab&#160;l\u2019architecture n\u2019est pas du tout un art immobile&#160;\u00bb. La cath\u00e9drale est un \u00ab&#160;morceau&#160;\u00bb de musique, et le visiteur la parcourt comme une partition.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"intro\">L\u2019instant de la perception \u00ab&#160;n\u2019est rien par soi-m\u00eame&#160;\u00bb, et cette insistance sur la dur\u00e9e inh\u00e9rente \u00e0 la vie psychique rapproche Val\u00e9ry de Bergson. Le cerveau lui-m\u00eame nous trompe sur nos perceptions et leur substitue des concepts tout pr\u00e9par\u00e9s, celui de rectangle ou de m\u00e8tre, par exemple, tandis qu\u2019en r\u00e9alit\u00e9 \u00ab&#160;nous ne voyons jamais de rectangle&#160;\u00bb, et que \u00ab&#160;l\u2019\u0153il ne voit pas un m\u00e8tre vertical comme il voit un m\u00e8tre horizontal&#160;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"intro\">Par l\u2019action sur la sensibilit\u00e9, l\u2019artiste man\u0153uvre l\u2019\u00eatre tout entier, en cr\u00e9ant un \u00e9cart dans son existence ordinaire&#160;: \u00ab&#160;tout morceau de musique est une mani\u00e8re de s\u2019\u00e9carter du silence et d\u2019y revenir&#160;\u00bb et de rev\u00eatir \u00ab&#160;l\u2019apparence humaine d\u2019une g\u00e9om\u00e9trie&#160;\u00bb. \u00c0 la diff\u00e9rence de la musique, toutefois, la po\u00e9sie est un art impur, car le po\u00e8te est oblig\u00e9 de composer avec les usages pratiques du langage et de combiner des valeurs incommensurables, la sensibilit\u00e9 ou sensation, d\u2019une part, et la ressemblance, compr\u00e9hension ou signification, d\u2019autre part.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"intro\">Sans envol\u00e9es lyriques inutiles, mais pos\u00e9ment, avec m\u00e9thode et rationalit\u00e9, Paul Val\u00e9ry offre \u00e0 profusion des formules et des r\u00e9flexions qui font du <em>Cours de po\u00e9tique<\/em> un outil pr\u00e9cieux pour toute personne s\u2019interrogeant sur la nature m\u00eame des \u0153uvres artistiques et de leurs effets, comme sur l\u2019existence humaine en g\u00e9n\u00e9ral, et cette le\u00e7on du 21 janvier 1938 en fournit un exemple remarquable.<\/p>\n\n\n\n<p>Mesdames, Messieurs,<\/p>\n\n\n\n<p>Samedi dernier, nous avons examin\u00e9 ce que le syst\u00e8me entier des sons pr\u00e9sente au musicien, quand il se fait pressentir comme un ensemble de combinaisons possibles et que le musicien a devant lui de quoi produire une infinit\u00e9 d\u2019effets \u00e0 l\u2019aide d\u2019un nombre fini de moyens&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-1-174827' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2023\/01\/21\/une-anthropologie-de-lesprit\/#easy-footnote-bottom-1-174827' title='Archives Gallimard. Dactylographie transcrivant une st\u00e9nographie compl\u00e8te de la le\u00e7on par Fernande Sergent. Des notes pr\u00e9paratoires de la le\u00e7on figurent en NAF 19088, f. 235\u2011236'><sup>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Alors je vous ai dit que nous ressentions en nous-m\u00eames, au moment o\u00f9 la musique nous saisit \u2014 j\u2019entends d\u2019une certaine musique et de certains compositeurs, bien entendu, mais c\u2019est mon droit de prendre des sujets de l\u2019exp\u00e9rience comme je le veux \u2014, eh bien, ce sujet trouve en soi-m\u00eame non seulement ce qui lui est produit par la musique m\u00eame, mais toute la musique elle-m\u00eame en puissance. En somme, je vous disais qu\u2019on se trouve \u00e0 la fois g\u00e9n\u00e9rateur et engendr\u00e9, \u00e0 ce point de vue, par la musique, constructeur et construit&#160;; et saisi par la pr\u00e9sence d\u2019une forme du temps, d\u2019une forme d\u2019univers qui est absolument diff\u00e9rente, particuli\u00e8re, tout \u00e0 fait diff\u00e9rente du monde ordinaire, du monde incoh\u00e9rent, du monde significatif, du monde dont les \u00e9l\u00e9ments n\u2019ont entre eux aucune relation, qui est le monde de l\u2019exp\u00e9rience ordinaire.<\/p>\n\n\n\n<p>En somme, toute la musique en tant que possible \u2014 et, sous la musique, bien d\u2019autres choses&nbsp;\u2014, tout le groupe immense de la sensibilit\u00e9 se trouve en quelque sorte d\u00e9sign\u00e9, venant \u00e0 fleur de notre connaissance par le cas particulier, par le morceau que nous entendons et dont cet ensemble, cet univers musical ou plut\u00f4t cet univers de sensibilit\u00e9, constitue la profondeur. La musique peut se comparer ici \u2014 faisons une comparaison po\u00e9tique, pour une fois, dans ce cours \u2014, la musique peut se comparer \u00e0 la surface d\u2019une mer&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-2-174827' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2023\/01\/21\/une-anthropologie-de-lesprit\/#easy-footnote-bottom-2-174827' title='Charles Baudelaire, \u00ab&amp;#160;La Musique&amp;#160;\u00bb (Les Fleurs du mal), v. 1&amp;#160;: \u00ab&amp;#160;La musique souvent me prend comme une mer&amp;#160;!&amp;#160;\u00bb'><sup>2<\/sup><\/a><\/span><\/span>&#160;: si elle est belle et grande, elle nous fait sentir par les mouvements de la surface toute sa profondeur. Les vagues, vous le savez, les ondes sont d\u2019autant plus hautes que la mer est plus profonde et plus \u00e9tendue. Et tout ceci est possible par les propri\u00e9t\u00e9s que j\u2019ai essay\u00e9 peu \u00e0 peu, dans une suite de cours, de vous exposer.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019ailleurs, nous trouvons dans d\u2019autres arts des propri\u00e9t\u00e9s analogues. Par exemple, dans le domaine des couleurs, en nous \u00e9cartant de la peinture proprement dite, vous trouvez dans certains vitraux, dans des verri\u00e8res de cath\u00e9drales, des dispositions de couleurs qui sont curieusement combin\u00e9es avec les figures que ces vitraux repr\u00e9sentent ou semblent repr\u00e9senter. En r\u00e9alit\u00e9, il y a l\u00e0 un m\u00e9lange tr\u00e8s particulier de la signification des personnages qui sont donn\u00e9s par les vitraux et du chatoiement g\u00e9n\u00e9ral de la couleur, des compl\u00e9mentaires qui se produisent \u00e0 l&rsquo;\u0153il quand il regarde ce vitrail. Ce sont \u00e9galement l\u00e0 de ces formations peut-\u00eatre un peu plus significatives que dans la musique pure, mais qui se rattachent \u00e9galement au m\u00eame syst\u00e8me.<\/p>\n\n\n\n<p>De m\u00eame encore, puisque j\u2019ai parl\u00e9 de cath\u00e9drale, les combinaisons d\u2019architecture&#160;: l\u2019architecture n\u2019est pas du tout un art immobile, c\u2019est une immense erreur de le croire, puisque nous nous mouvons. C\u2019est nous qui donnons le mouvement \u00e0 ces figures, \u00e0 ces syst\u00e8mes de vo\u00fbtes ou de perspectives qu\u2019on trouve dans tous les monuments.&nbsp; Le monument est \u00e9videmment un objet immobile, mais l\u2019homme se meut, et le monument est fait pour que, \u00e9tant dans un monument id\u00e9al, il faudrait que tous les mouvements de l\u2019homme qui passe, du visiteur ou de celui qui fait le tour de la cath\u00e9drale ou du temple, engendrent une s\u00e9rie de formes ou une s\u00e9rie de figures qui se d\u00e9duisent les unes des autres. Ceci est extr\u00eamement important. Cette d\u00e9duction doit \u00eatre une v\u00e9ritable modulation dont l\u2019ex\u00e9cutant est celui qui se prom\u00e8ne&#160;: le morceau \u00e9crit est la cath\u00e9drale.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 ce propos, je ne comptais pas parler aujourd\u2019hui de cette question-l\u00e0, mais l\u2019occasion s\u2019en pr\u00e9sente, et je la saisis&#160;: toutes les fois que nous parlons de proportions, au sens non pas math\u00e9matique du mot, parce que l\u2019oeil, la sensibilit\u00e9, ne conna\u00eet pas la math\u00e9matique directement \u2014 lorsque nous voyons une figure, que je suppose un rectangle, certaines personnes peuvent r\u00e9agir \u00e0 la forme de ce rectangle, forme d\u2019une porte, forme d\u2019un format de livre, forme d\u2019un meuble quelconque&#160;: eh bien, l&rsquo;\u0153il ne dit pas que ce rectangle a des c\u00f4t\u00e9s AB, &#8230;, dont l\u2019un est de trois m\u00e8tres, l\u2019autre de quatre m\u00e8tres, etc.&#160;; il ne voit pas cela. Il a cependant une impression sp\u00e9ciale&#160;; cette impression m\u00eame est tellement ant\u00e9rieure \u00e0 toute g\u00e9om\u00e9trie que le m\u00eame rectangle au sens g\u00e9om\u00e9trique, si vous l\u2019envisagez dans une&nbsp; direction ou dans une autre, vous procure des impressions tout \u00e0 fait diff\u00e9rentes.<\/p>\n\n\n\n<p>Et la pratique des arts a conduit \u00e0 attribuer \u00e0 cette dimension, par cons\u00e9quent \u00e0 l\u2019esp\u00e8ce g\u00e9n\u00e9rique <em>rectangle<\/em>, suivant le cas particulier, des propri\u00e9t\u00e9s extr\u00eamement diff\u00e9rentes. Dans tel cas nous trouverons que ce rectangle est disgracieux, qu\u2019il est disproportionn\u00e9, comme on dit&#160;; dans tel autre, au contraire, le m\u00eame rectangle semblable sera tr\u00e8s exact, parce qu\u2019il appara\u00eetra avec son grand c\u00f4t\u00e9 vertical au lieu d\u2019\u00eatre horizontal. Le g\u00e9om\u00e8tre a \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9 de se borner uniquement \u00e0 des mesures de longueur qui lui permettent de ne tenir aucun compte de l\u2019orientation du rectangle, qui conserve ses propri\u00e9t\u00e9s quelle que soit son orientation dans le plan. Mais l\u2019oeil absolument s\u00e9par\u00e9 de tout autre secours, ne pensant pas du tout \u00e0 l\u2019unit\u00e9 de mesure, \u00e0 un nombre qui mesurera les c\u00f4t\u00e9s, l\u2019oeil n\u2019aper\u00e7oit pas du tout les qualit\u00e9s g\u00e9om\u00e9triques imm\u00e9diates&#160;; il percevra des qualit\u00e9s qui tiennent uniquement \u00e0 la sensibilit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais quelles sont ces qualit\u00e9s&#160;? Et en quoi verra-t-il que ce rectangle est plus ou moins convenable, plus ou moins agr\u00e9able \u00e0 l\u2019oeil&#160;? Eh bien, je n\u2019en sais rien d\u2019une fa\u00e7on positive, mais j\u2019ai l\u2019impression que, saisi par la vue de cette figure, s\u2019y arr\u00eatant, il prononce une tentative pour la modifier. Dans tous les cas o\u00f9 il semble besoin d\u2019une modification de la figure, le rectangle n\u2019est pas pour lui ce qu\u2019il devrait \u00eatre. Il y a une modification virtuelle qui va enseigner \u00e0 l\u2019oeil, parce que l\u2019oeil doit, en quelque sorte, a la propri\u00e9t\u00e9 d\u2019essayer de prolonger de tel c\u00f4t\u00e9 ou, au contraire, de raccourcir&#160;; si l\u2019oeil essaie cette op\u00e9ration, essaie ces modifications virtuelles, inconscientes, alors il trouvera que ce rectangle n\u2019est pas celui qu\u2019il lui faudrait. Il y a, par cons\u00e9quent, pour un oeil suffisamment sensible \u00e0 cette chose-l\u00e0 \u2014 dans la plupart des cas, les gens ne font pas attention, mais enfin, si vous voyez un tr\u00e8s petit chapeau sur une tr\u00e8s grande et tr\u00e8s forte personne, vous trouvez que c\u2019est disproportionn\u00e9, par cons\u00e9quent, vous serez tent\u00e9s d\u2019agrandir&nbsp; le chapeau, votre oeil tentera d\u2019agrandir le chapeau ou de diminuer la personne. Ce n\u2019est pas une op\u00e9ration commode&#160;; dans le fait, la personne r\u00e9siste, mais votre \u0153il quand m\u00eame a essay\u00e9, et c\u2019est l\u00e0 l\u2019important. Cet essai arriverait, s\u2019il \u00e9tait suivi d\u2019effet, \u00e0 un point d\u2019\u00e9quilibre&#160;; c\u2019est ce point d\u2019\u00e9quilibre que nous appellerons, au point de vue purement esth\u00e9tique, la proportion, qui n\u2019est pas la proportion math\u00e9matique.<\/p>\n\n\n\n<p>Et \u00e0 ce sujet je fais encore une digression&#160;: il ne faut pas se faire d\u2019illusion sur les recherches que l\u2019on a faites pour trouver pr\u00e9cis\u00e9ment dans le domaine math\u00e9matique, \u00e0 l\u2019aide d\u2019une formule ou \u00e0 l\u2019aide de nombres d\u00e9termin\u00e9s, un secours pour l\u2019artiste. Je respecte beaucoup toutes ces tentatives, qui nous sont extr\u00eamement sympathiques, comme tout ce qui peut accro\u00eetre le pouvoir de celui qui fait, du producteur. Mais je ne puis pas croire que les formules ainsi \u00e9tablies, qui d\u2019ailleurs sont pr\u00e9sent\u00e9es, quand les choses se font honn\u00eatement, avec tout l\u2019arbitraire qui devait n\u00e9cessairement pr\u00e9sider \u00e0 leur construction, eh bien, je ne puis trouver dans ces formules quelque chose de tout \u00e0 fait convaincant. Je pense qu\u2019elles ont une grande utilit\u00e9, mais pas du tout l\u2019utilit\u00e9 qui consisterait \u00e0 arriver \u00e0 coup s\u00fbr \u00e0 une solution exacte, \u00e0 la meilleure solution possible.<\/p>\n\n\n\n<p>Par exemple, vous avez tous entendu parler de ce fameux nombre d\u2019or qui nous vient de l\u2019Antiquit\u00e9, qui a \u00e9t\u00e9 repris au XVe si\u00e8cle par des hommes comme L\u00e9onard de Vinci, comme Alberti et autres, et qui est \u00e9videmment un nombre des plus int\u00e9ressants par soi-m\u00eame. Au point de vue alg\u00e9brique, ce nombre a des proportions int\u00e9ressantes, il se reproduit d\u2019une fa\u00e7on remarquable quand on op\u00e8re sur lui, et il est lui-m\u00eame d\u2019un emploi extr\u00eamement int\u00e9ressant par ses multiples et par ses puissances. Ce nombre est \u00e9gal, vous le savez, \u00e0 1,618&#8230; et je m\u2019arr\u00eate, parce qu\u2019il y a un nombre de d\u00e9cimales qui n\u2019en finit plus, des fractions irrationnelles, et on pr\u00e9tend que, si on donne \u00e0 une figure un c\u00f4t\u00e9 \u00e9gal \u00e0 l\u2019unit\u00e9 et un c\u00f4t\u00e9 \u00e9gal \u00e0 1,618&#8230; \u2014 naturellement en pratique, vous savez que le nombre d\u00e9cimal est une chose qui s\u2019arr\u00eate tr\u00e8s vite&#160;; dans la pratique, il n\u2019y a gu\u00e8re que l\u2019astronomie qui, dans les nombres, puisse en utiliser jusqu\u2019\u00e0 la sixi\u00e8me et septi\u00e8me d\u00e9cimale, tandis que la chimie s\u2019arr\u00eate \u00e0 la deuxi\u00e8me ou troisi\u00e8me. Toutes les sciences peuvent se classer par le nombre de d\u00e9cimales utiles \u00e0 calculer, parce que l\u2019observation ne permet pas d\u2019aller plus loin.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsqu\u2019on vous dit, par exemple, qu\u2019un nombre comme \u03c0 est un nombre transcendant, cela est vrai th\u00e9oriquement. Pratiquement, tout le monde s\u2019en sert pour faire une roue, tracer un cercle, et on traite ce nombre comme s\u2019il \u00e9tait parfaitement commensurable, parce qu\u2019en arrivant \u00e0 un certain point de pr\u00e9cision, c\u2019est-\u00e0-dire marqu\u00e9 par une d\u00e9cimale, au fond, tr\u00e8s rapproch\u00e9e du commencement de cette fraction, nous ne pouvons plus du tout v\u00e9rifier, constater que nous sommes dans l\u2019erreur. L\u2019erreur est imperceptible \u00e0 nos instruments et \u00e0 nos sens.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le cas dont je parle, le nombre d\u2019or, le nombre 1,618, qu\u2019on pr\u00e9sente comme celui qui doit entrer dans la constitution, dans la table de construction d\u2019un rectangle ou d\u2019une figure id\u00e9ale et qui, en effet, a \u00e9t\u00e9 extr\u00eamement employ\u00e9, et employ\u00e9 avec succ\u00e8s, je ne dis pas le contraire, eh bien, il est clair que la moindre observation nous montre que l&rsquo;\u0153il n\u2019a rien \u00e0 voir avec cela. Et la preuve, la voici, elle est tr\u00e8s simple&#160;: construisez un rectangle dans les conditions que je dis, 1 sur 1,618&#160;; eh bien, ce rectangle, qu\u2019il soit trac\u00e9 sur un monument, qu\u2019il soit un format de livre, le format d\u2019une table, lui et ses multiples, bien entendu, ne nous appara\u00eet pas \u00e0 l\u2019oeil en tant que chiffre et, quant \u00e0 l\u2019effet produit, il est vici\u00e9 dans tous les cas ou, si vous voulez, il n\u2019est pas vici\u00e9 dans tous les cas sur une infinit\u00e9 de cas, par ce simple fait que nous ne voyons jamais de rectangle, nous voyons tout \u00e0 fait autre chose, pas plus que nous ne voyons de cercle&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-3-174827' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2023\/01\/21\/une-anthropologie-de-lesprit\/#easy-footnote-bottom-3-174827' title='Voir l\u2019\u00ab&amp;#160;Introduction \u00e0 la m\u00e9thode de L\u00e9onard de Vinci&amp;#160;\u00bb (1895, OE1, p. 1165&amp;#160;; LP1, p. 128)&amp;#160;: \u00ab&amp;#160;La plupart des gens y voient par l\u2019intellect bien plus souvent que par les yeux. Au lieu d\u2019espaces color\u00e9s, ils prennent connaissance de concepts.&amp;#160;\u00bb'><sup>3<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Nous voyons des figures qui sont des transformations, des projections.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est tr\u00e8s rare qu\u2019on se mette juste en face d\u2019un rectangle, qu\u2019on puisse \u00eatre assur\u00e9 par la convergence des deux yeux que l\u2019on voit v\u00e9ritablement une figure rectangulaire, que l\u2019on voit rectangles les angles qui sont au sommet. En g\u00e9n\u00e9ral, une figure, dans la plupart des cas, dans une infinit\u00e9 de cas contre un, se pr\u00e9sente comme une projection. Par cons\u00e9quent, c\u2019est un losange qui se pr\u00e9sente \u00e0 nous, ou une figure analogue, un trap\u00e8ze. Dans ces conditions, il est clair que le nombre en question ne joue plus qu\u2019un r\u00f4le, mon Dieu, tr\u00e8s modeste. Et cependant il a servi, il a pu servir, et c\u2019est pourquoi je vous disais qu\u2019il m\u2019est tr\u00e8s sympathique&#160;: c\u2019est parce qu\u2019il sert au constructeur, il sert au producteur beaucoup plus qu\u2019il ne peut servir \u00e0 l\u2019op\u00e9ration de l\u2019oeil, du consommateur.<\/p>\n\n\n\n<p>Il sert parce qu\u2019il simplifie \u00e9norm\u00e9ment bien des t\u00e2tonnements, bien des h\u00e9sitations, et que, par exemple, dans une invention quelconque, d\u2019ordre plastique \u2014 construction, plan d\u2019une construction, \u00e9l\u00e9vation d\u2019une construction, d\u00e9termination des proportions d\u2019une toile pour un tableau, pour une composition \u00e0 faire \u2014, dans ces cas-l\u00e0, il offre un nombre tr\u00e8s int\u00e9ressant par ses propri\u00e9t\u00e9s arithm\u00e9tiques. Et elles se passent dans l\u2019atelier et dans le moment, dans la phase de fabrication.<\/p>\n\n\n\n<p>Et \u00e0 ce propos, remarquez que, puisque nous parlons architecture, disons-en un petit mot&#160;: le m\u00e8tre, l\u2019unit\u00e9 de mesure que l\u2019architecte, le praticien appliquera horizontalement, verticalement et dans le sens de la profondeur, en r\u00e9alit\u00e9 est une fausse mesure, puisque l&rsquo;\u0153il ne le suit pas l\u00e0-dedans. L&rsquo;\u0153il ne voit pas un m\u00e8tre vertical comme il voit un m\u00e8tre horizontal. Et peut-\u00eatre \u2014 j\u2019y avais song\u00e9 dans le temps, je ne suis pas arriv\u00e9 \u00e0 de grands r\u00e9sultats, car d\u2019abord ce n\u2019est pas mon affaire, mais on se laisse toujours s\u00e9duire par quelque id\u00e9e qui passe \u2014, je m\u2019\u00e9tais demand\u00e9 s\u2019il n\u2019y avait pas lieu de cr\u00e9er pour l\u2019architecture trois unit\u00e9s de longueur, apr\u00e8s tout aussi diff\u00e9rentes entre elles que l\u2019unit\u00e9 de longueur, l\u2019unit\u00e9 de temps et l\u2019unit\u00e9 de masse en m\u00e9canique. Cela fait trois longueurs tr\u00e8s diff\u00e9rentes, qu\u2019on pourrait prendre pour construire. Et alors on aurait un syst\u00e8me h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne, qui conviendrait \u00e0 l\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 de notre sentiment de la dimension, suivant la direction dans l\u2019espace.<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 ce que j\u2019avais \u00e0 vous dire sur cette question-l\u00e0, en g\u00e9n\u00e9ralisant ce que j\u2019avais dit sur le syst\u00e8me des sons. On pourrait \u00e9galement observer, dans la po\u00e9sie, quelques traits semblables \u00e0 ceci, quoique dans ces mati\u00e8res-l\u00e0 nous sortions des sens ordinaires pour nous adresser \u00e0 un sens tr\u00e8s particulier, dont je parlerai beaucoup plus tard, que j\u2019appellerai grosso modo le sens du langage, qui n\u2019est pas un sens simple, qui n\u2019est pas un organe simple, mais qui repr\u00e9sente une complexit\u00e9, complexit\u00e9 cependant tellement unie par l\u2019image, tellement associ\u00e9e \u00e0 notre personne mentale, qu\u2019on peut presque la consid\u00e9rer comme un sens.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Dans tous ces cas-l\u00e0, syst\u00e8me des sons ou autre, nous avons \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des cas particuliers, sous ces cas particuliers, constituant la troisi\u00e8me dimension, la profondeur de tous ces cas particuliers de la sensibilit\u00e9, nous trouvons une totalit\u00e9 virtuelle qui peut \u00eatre ordonn\u00e9e comme sont ordonn\u00e9es les notes de la gamme, qu\u2019on peut ordonner de plusieurs fa\u00e7ons diff\u00e9rentes, mais que l\u2019on peut ordonner comme sont ordonn\u00e9es les couleurs d\u2019apr\u00e8s le syst\u00e8me que je vous ai expos\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Et alors, comme je vous l\u2019ai dit, chaque figure, chaque cas particulier nous fait sentir un ordre, une existence totale du possible. Et toute oeuvre, alors, \u00e0 ce point de vue-l\u00e0, prend ce caract\u00e8re particulier&#160;: c\u2019est qu\u2019elle se pr\u00e9sente comme un certain d\u00e9rangement de l\u2019ordre. Elle fait sentir une sorte d\u2019\u00e9cart \u00e0 un ordre qui tendra \u00e0 se reconstituer, et en effet, pendant que nous \u00e9coutons la musique, dans l\u2019esprit que je vous ai dit, esprit qui est peut-\u00eatre plus ou moins conscient, que nous pouvons mettre en \u00e9vidence ou non, nous consid\u00e9rons que ce morceau est comme un d\u00e9rangement. Faisons encore une image, si vous voulez&#160;: celui qui pince ses cordes de harpe les d\u00e9place de la position de repos, mais la corde revient \u00e0 sa position d\u2019\u00e9quilibre, et l\u2019ensemble des cordes de la harpe repr\u00e9sentera le syst\u00e8me, dont je vous ai parl\u00e9, de la sonorit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale. Et chaque oeuvre sera une mani\u00e8re particuli\u00e8re d\u2019\u00e9cart et de retour au z\u00e9ro, \u00e0 l\u2019\u00e9quilibre total de la virtualit\u00e9 musicale, dont je parlais.<\/p>\n\n\n\n<p>On pourrait dire, d\u2019une mani\u00e8re paradoxale, mais assez imag\u00e9e, que tout morceau de musique est une mani\u00e8re de s\u2019\u00e9carter du silence et d\u2019y revenir \u2014 exactement comme on peut dire que l\u2019eau, que des forces ant\u00e9rieures ont amen\u00e9e sur un niveau tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9, l\u2019eau qui tombe des hauteurs, revient \u00e0 l\u2019\u00e9tat d\u2019\u00e9quilibre, et elle peut y revenir apr\u00e8s des aventures plus ou moins vari\u00e9es, et parmi ces aventures elle peut rencontrer des obstacles et des moyens qui en feront une chose utilisable. Telle sera, par analogie, l&rsquo;\u0153uvre. L\u2019eau peut, par cons\u00e9quent, tombant d\u2019un niveau \u00e9lev\u00e9 jusqu\u2019au point le plus bas, au niveau, mettons, de la mer, elle peut avoir \u00e9t\u00e9 forc\u00e9e au moyen de barrages, de roues, de turbines, etc., \u00e0 revenir au niveau z\u00e9ro, \u00e0 la mer, apr\u00e8s avoir abandonn\u00e9 en cours de route son \u00e9nergie d\u2019utilisation&#160;: toute l\u2019\u00e9nergie utilisable qu\u2019elle contenait a \u00e9t\u00e9 perdue en route.<\/p>\n\n\n\n<p>En particulier, lorsqu\u2019il s\u2019agit des oeuvres d\u2019art \u2014 et \u00e0 ce propos vous pourriez me demander comment, dans une oeuvre qui n\u2019est pas, en apparence, une oeuvre dans le temps, une architecture ou un tableau, comment est-ce que mon image peut se poursuivre&#160;? C\u2019est qu\u2019en r\u00e9alit\u00e9 il ne faut pas consid\u00e9rer qu\u2019un tableau, une architecture, un ornement soient des \u0153uvres d\u2019espace, pas du tout. Le temps intervient forc\u00e9ment. Je dis, entre parenth\u00e8ses, que j\u2019emploie ces termes <em>espace<\/em> et <em>temps<\/em> parce qu\u2019ils sont commodes actuellement, mais si je dois revenir sur la question je les remplacerai par d\u2019autres. Mais je prends maintenant ces mots-l\u00e0 dans leur sens tout \u00e0 fait courant, et on peut me dire ceci&#160;: \u00ab&#160;Mais enfin, votre cath\u00e9drale ou votre tableau, cela se passe dans l\u2019espace&#160;; c\u2019est enti\u00e8rement contenu dans l\u2019espace&#160;; nous pouvons, par cons\u00e9quent, consid\u00e9rer l\u2019oeuvre comme un fait simultan\u00e9. Ce sont des parties simultan\u00e9es.&#160;\u00bb Je r\u00e9ponds non.<\/p>\n\n\n\n<p>En r\u00e9alit\u00e9, celui qui regarde cela, celui qui fait le tour de la cath\u00e9drale, celui qui passe et qui s\u2019arr\u00eate devant le tableau, se met en \u00e9tat, consid\u00e8re, si vous voulez, le tableau, cette cath\u00e9drale, comme une utilisation de son temps propre \u00e0 lui&#160;; et, en effet, dans l\u2019instant, ce n\u2019est pas une cath\u00e9drale ou un tableau, c\u2019est un ensemble absolument quelconque de sensations, et ce n\u2019est que par l\u2019usage, c\u2019est-\u00e0-dire en regardant de plus pr\u00e8s, en se d\u00e9pla\u00e7ant, en voyant varier son accommodation le long des lignes, en ressentant, en retransformant cette forme dans ses mouvements g\u00e9n\u00e9rateurs, que le temps intervient.<\/p>\n\n\n\n<p>Si je regarde une ligne, je puis \u00e9videmment supposer qu\u2019elle est enti\u00e8rement dans un instant. Mais, au fond, rien n\u2019existe dans l\u2019instant que le choc. L\u2019instant est une mani\u00e8re de parler, commode \u00e9videmment, mais, dans le domaine o\u00f9 nous sommes, on peut dire que l\u2019instant n\u2019est toujours qu\u2019un commencement et n\u2019est rien par soi-m\u00eame. Il n\u2019aboutit \u00e0 rien, il n\u2019a aucune signification, il est le choc initial.<\/p>\n\n\n\n<p>Au contraire, si vous observez ce qui se passe au moment o\u00f9 le consommateur du tableau, le consommateur d\u2019architecture, le visiteur du palais ou du temple prend conscience, ou plut\u00f4t prend \u2014 comment dire&#160;? \u2014 prend sensibilit\u00e9 de l\u2019objet qu\u2019il consid\u00e8re, cette sensibilit\u00e9 ne peut exister que par les ph\u00e9nom\u00e8nes que nous nous repr\u00e9senterons momentan\u00e9ment par le mot de temps. Et en effet, je dis&#160;: ce sont des ph\u00e9nom\u00e8nes d\u2019accommodation, des ph\u00e9nom\u00e8nes de description, par la convergence oculaire, par exemple, description des perspectives, p\u00e9n\u00e9tration dans les perspectives, description des formes, engendrements successifs, modulations, en somme, qui r\u00e9sident, au point de vue actif, dans le sujet qui regarde, mais qui trouve dans le monument qui lui est propos\u00e9, dans le tableau qui est devant lui, une sorte de guide, le guide de ses mouvements instinctifs, qu\u2019il fera demain.<\/p>\n\n\n\n<p>Par cons\u00e9quent, je puis dire \u00e9galement ici, je puis \u00e9galement comparer ce ph\u00e9nom\u00e8ne-l\u00e0 \u00e0 celui de la musique, que j\u2019ai compar\u00e9 lui-m\u00eame \u00e0 celui d\u2019une chute d\u2019un niveau \u00e0 un autre, ce niveau \u2014 attention&#160;! \u2014 \u00e9tant consid\u00e9r\u00e9 par un \u00e9tat sp\u00e9cial d\u2019attention \u00e0 l\u2019objet. Car, en pr\u00e9sence du morceau de musique, en pr\u00e9sence de l\u2019oeuvre d\u2019art, toute la distraction est possible, je puis ne pas m\u2019y pr\u00eater. Je puis ne pas avoir m\u00eame la sensibilit\u00e9 musicale, et, quoiqu\u2019ayant une excellente oreille, une oreille qui n\u2019est malade en rien, n\u2019avoir aucune notion de la valeur esth\u00e9tique des sons. Rien n\u2019est plus fr\u00e9quent qu\u2019un monsieur qui dit&#160;: \u00ab&#160;Je ne comprends rien \u00e0 la musique.&#160;\u00bb Et nous avons m\u00eame de tr\u00e8s grands hommes qui l\u2019ont avou\u00e9, et tr\u00e8s couramment. Gautier disait que la musique est le plus cher de tous les bruits&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-4-174827' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2023\/01\/21\/une-anthropologie-de-lesprit\/#easy-footnote-bottom-4-174827' title='Dans Caprices et Zigzags (1852), Th\u00e9ophile Gautier attribue \u00e0 un g\u00e9om\u00e8tre la phrase suivante&amp;#160;: \u00ab&amp;#160;La musique est le plus d\u00e9sagr\u00e9able et le plus cher de tous les bruits.&amp;#160;\u00bb'><sup>4<\/sup><\/a><\/span><\/span>&#160;: il percevait bien la musique dans la po\u00e9sie, et pas dans la musique proprement dite.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019oreille la mieux organis\u00e9e, au point de vue acoustique, peut absolument se refuser \u00e0 comprendre la sensibilit\u00e9, au sens simple du mot, l\u2019int\u00e9r\u00eat qu\u2019il y a dans une simultan\u00e9it\u00e9 de sons. Cela ne parle pas \u00e0 sa sensibilit\u00e9. Donc, il faut se mettre en pr\u00e9sence, imaginer un \u00eatre sensible \u00e0 cette musique, pour que les effets que je d\u00e9cris se produisent en lui. L\u2019\u00e9volution qui se produit dans ce sujet, l\u2019\u00e9volution qui se produit dans ce sujet en pr\u00e9sence de l&rsquo;\u0153uvre, qu\u2019elle soit une \u0153uvre temporaire ou une \u0153uvre sp\u00e9ciale, est au fond assez analogue et consistera toujours, comme je vous l\u2019ai expliqu\u00e9, dans une sorte d\u2019\u00e9cart et dans une sorte de retour. Nous verrons, d\u2019ailleurs, que ce type est extr\u00eamement f\u00e9cond, en mille mati\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors il arrivera que, par une sorte de d\u00e9bordement de ces propri\u00e9t\u00e9s purement sensibles dont je parle, la musique en question, m\u00eame la musique la plus pure, et la construction, ou le paysage aussi, pourront agir, exciter au passage autre chose que cet univers purement musical dont je vous ai parl\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Il se pourra qu\u2019une musique m\u00eame sans signification d\u00e9termin\u00e9e, qui ne portera pas pour titre <em>R\u00eaverie<\/em>, mais qui portera pour titre <em>Sonate en sol mineur<\/em>, et cette musique f\u00fbt-elle aussi combinatoire que vous voudrez, aussi fond\u00e9e sur les conventions musicales, comme une fugue, par exemple, pourra cependant exciter au passage des possibilit\u00e9s nombreuses, des possibilit\u00e9s affectives, des possibilit\u00e9s passionnelles. Ceci sera \u00e9videmment tr\u00e8s particulier aux individus, ce ne sera pas du tout une chose qui sera comprise dans le programme m\u00eame de l\u2019auteur, qui aura pu ne pas se pr\u00e9occuper le moins du monde d\u2019agir sur des souvenirs, sur des regrets, sur des espoirs, sur des craintes, qui se sera pr\u00e9occup\u00e9 de construire simplement une sorte de g\u00e9om\u00e9trie sonore, ob\u00e9issant \u00e0 des conventions qu\u2019il s\u2019est donn\u00e9es&#160;; mais il arrivera, il pourra arriver, sans que ce soit certain, que la production de ce morceau excitera chez un sujet ses possibilit\u00e9s passionnelles, affectives, particuli\u00e8res et personnelles.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, le musicien, par l\u00e0 m\u00eame, sans le vouloir, aura prise sur les puissances \u00e9motives, sur les connexions visc\u00e9rales. Il pourra nous manoeuvrer l\u2019\u00eatre tout entier. Et cet \u00eatre r\u00e9agira, de son c\u00f4t\u00e9, psychiquement \u00e0 cette excitation de pure sensibilit\u00e9. Il fournira tout ce qu\u2019il faut nous souvenir de sa vie, ou de d\u00e9sirs, ou d\u2019espoirs, pour compl\u00e9ter l\u2019effet, comme s\u2019il rev\u00eatait l\u2019apparence humaine d\u2019une g\u00e9om\u00e9trie. Et il arrivera que son \u00eatre tout entier demeure \u00e9branl\u00e9 par cette construction qui n\u2019avait aucun dessein de le faire.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, m\u00eame si l\u2019intention se trouvait l\u00e0, m\u00eame si le musicien a eu cette intention d\u2019agir sur la sensibilit\u00e9, rien de pr\u00e9cis ne peut \u00eatre fait par lui, du moins dans le cas g\u00e9n\u00e9ral, \u00e0 moins qu\u2019il ne se serve de moyens comme l\u2019harmonie imitative, ou qu\u2019il n\u2019ait recours au th\u00e9\u00e2tre, \u00e0 la parole, etc. Il ne peut pas disposer de ces effets de fausse ressemblance. Je l\u2019ai priv\u00e9 de ses moyens d\u2019expression directe et significative pour le laisser tout entier en possession des moyens purement de sensibilit\u00e9 pure. Il ne pourra pas viser \u00e0 une ressemblance quelconque comme le fait un peintre, par exemple&#160;; rien ne ressemblera \u00e0 quoi que ce soit d\u2019humain, et cependant il agira sur l\u2019humain.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout ceci nous montre \u00e0 quel point cette sensibilit\u00e9, qu\u2019il a ainsi \u00e9branl\u00e9e, touche \u00e0 la sensibilit\u00e9 tout enti\u00e8re, sous toutes ses formes, et que le travail de l\u2019artiste dans ce cas-l\u00e0 est une v\u00e9ritable man\u0153uvre sur le vif. C\u2019est de la vivisection, il travaille sur l\u2019animal vivant \u2014 animal vivant, c\u2019est-\u00e0-dire animal o\u00f9 on ne peut pas, ou tr\u00e8s difficilement, ou, dans des laboratoires, avec des pr\u00e9cautions extr\u00eames, isoler, cloisonner les fonctions, mettre \u00e0 part les diverses irradiations du syst\u00e8me nerveux.<\/p>\n\n\n\n<p>Par cons\u00e9quent, nous avons, en revenant aux possibilit\u00e9s de l\u2019art, nous avons au contraire un mouvement qui peut \u00eatre une sorte de recul en lui-m\u00eame de l\u2019artiste, qui peut ne pas vouloir de ces g\u00e9n\u00e9ralisations, qui peut ne pas vouloir de ce que l\u2019on pourrait appeler, de ce que j\u2019appellerai l\u2019impuret\u00e9, en mati\u00e8re d\u2019art&#160;: l\u2019impuret\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire le m\u00e9lange des fonctions de sensibilit\u00e9 et des fonctions significatives.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019artiste peut ne vouloir exactement, et ne tenir qu\u2019\u00e0 manoeuvrer, exciter, que la n\u00e9cessit\u00e9 esth\u00e9tique, sans aucun recours ni au trompe-l\u2019oeil, ni \u00e0 la falsification du r\u00e9el, ni \u00e0 des hypoth\u00e8ses. Et sans doute il y a dans son art des conventions, il est m\u00eame n\u00e9cessaire qu\u2019il y en ait. Les conventions sont souvent tr\u00e8s int\u00e9ressantes \u00e0 examiner, parce que toute convention, dans cet ordre, n\u2019est jamais tout \u00e0 fait conventionnelle, et, d\u2019ailleurs, dans les sciences non plus, toute convention se donne comme telle pour se d\u00e9fendre contre l\u2019objection. On dira&#160;: \u00ab&#160;Je pose ceci. Si vous acceptez de jouer la partie, jouez-la, mais voici la r\u00e8gle du jeu&#160;: il faut la prendre ou la laisser.&#160;\u00bb Cependant, quand on prend les r\u00e8gles du jeu, quel que soit le jeu, f\u00fbt-ce le jeu math\u00e9matique ou bien le jeu de cartes, ces conventions ne sont pas choisies au hasard, croyez-le bien. Il y a toujours une arri\u00e8re-pens\u00e9e, il y a toujours l\u2019intention que ces conventions soient ou les plus commodes, ou les plus f\u00e9condes possible. Ces conventions sont indispensables pour additionner les \u00e9v\u00e9nements et les \u00e9tats successifs qui seront provoqu\u00e9s par la suite des sensations.<\/p>\n\n\n\n<p>Et ceci est tr\u00e8s important au point de vue sensibilit\u00e9. Sans les conventions, la sensibilit\u00e9 est une affaire instantan\u00e9e. La sensibilit\u00e9 n\u2019a que des suites, qui arrivent tr\u00e8s vite aux v\u00e9ritables accidents de suite, \u00e0 l\u2019accidentel, au hasard, \u00e0 l\u2019incoh\u00e9rent. Toutes les fois que vous trouverez une suite assez prolong\u00e9e, vous \u00eates s\u00fbrs que la sensibilit\u00e9 toute seule n\u2019y a pas pu contribuer, qu\u2019il a fallu l\u2019intervention d\u2019autre chose, une sorte d\u2019acte ext\u00e9rieur de la sensibilit\u00e9, une sorte d\u2019action m\u00eame ext\u00e9rieure de la sensibilit\u00e9, pour produire cela. Les conventions sont ici, en mati\u00e8re d\u2019art, aussi n\u00e9cessaires, aussi fondamentales, aussi efficaces, d\u2019ailleurs, que les conventions fondamentales qui sont dans les sciences, qui permettent de combiner des op\u00e9rations num\u00e9riques ou des op\u00e9rations g\u00e9om\u00e9triques, et qui permettent de poursuivre, dans ces univers de possibilit\u00e9s, suppos\u00e9s d\u00e9j\u00e0 \u00e9tablis ou construits, ou du moins ordonn\u00e9s, dans ces possibilit\u00e9s innombrables, qui permettent de suivre, dans un groupe de sensations, une id\u00e9e particuli\u00e8re, un but particulier, qui lui-m\u00eame est le r\u00e9sultat de ces conventions.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est ce qui arrive \u2014 l\u2019exemple est classique \u2014 un des plus beaux exemples est celui de la fugue. Un autre exemple serait pris non pas dans le d\u00e9tail d\u2019une oeuvre, comme dans le cas de la fugue, mais dans les parties successives. Par exemple, j\u2019estime qu\u2019avoir trouv\u00e9 le type de la symphonie est une tr\u00e8s grande cr\u00e9ation, avec ses mouvements divers qui correspondent \u00e0 quelque chose, qui, au moins dans l\u2019origine, devaient avoir pour fonction, j\u2019imagine du moins, de correspondre \u00e0 des \u00e9tats de sensibilit\u00e9 successifs, qui doivent se prolonger l\u2019un dans l\u2019autre. Par exemple un andante et un allegro, un scherzo, un largo repr\u00e9sentent des phases de l\u2019\u00eatre sensible. \u00c9videmment, techniquement, ce n\u2019est plus vrai. Techniquement, le musicien y voit simplement je ne sais quelle convention, car \u2014 je ne sais pas la musique \u2014 mais ce n\u2019est pas pour lui aussi marqu\u00e9 d\u2019intention comme cela a d\u00fb l\u2019\u00eatre au commencement, comme les noms m\u00eames l\u2019indiquent.<\/p>\n\n\n\n<p>Et tandis que les sensations donnaient une allure et m\u00e9langeaient, quant \u00e0 leur esp\u00e8ce, comme la vie ordinaire nous les offre, un son, une couleur, une forme, etc., tandis qu\u2019elles se suivent, qu\u2019elles coexistent dans une esp\u00e8ce d\u2019incoh\u00e9rence, incoh\u00e9rence qui est notre milieu naturel, le fait de choisir, de discerner les affinit\u00e9s, d\u2019abord, une esp\u00e8ce m\u00eame de sensation, et puis leurs affinit\u00e9s propres, d\u2019observer les d\u00e9veloppements purs, propres, formels, en quelque sorte, qu\u2019on trouve en les classant, en les isolant, le fait de percevoir et de pr\u00e9voir leurs r\u00e9actions r\u00e9ciproques, comme celles des compl\u00e9mentaires entre elles, ou comme celles des sons rapproch\u00e9s de la gamme, qui constituent les accords, ou comme d\u2019autres qui sont plus subtils, le fait de percevoir leurs classifications naturelles, c\u2019est-\u00e0-dire non seulement celles qu\u2019on aper\u00e7oit entre elles quand elles sont donn\u00e9es, mais celles qui r\u00e9sultent de la production de l\u2019une par rapport \u00e0 l\u2019autre, comme je vous l\u2019ai d\u00e9j\u00e0 plusieurs fois indiqu\u00e9, comme tout \u00e0 l\u2019heure j\u2019y faisais allusion en parlant des proportions, quand je parlais de ces modifications virtuelles qui, en pr\u00e9sence d\u2019une figure d\u00e9termin\u00e9e, nous font tendre \u00e0 la modifier dans un certain sens \u2014 on peut ajouter \u00e0 cela, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des compl\u00e9mentaires, les harmoniques \u2014, tout ceci a donn\u00e9 naissance \u00e0 cette immense classe des arts purs.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019art pur est cet art qui est presque enti\u00e8rement soustrait \u00e0 l\u2019imitation, qui n\u2019a pas affaire directement au probl\u00e8me tr\u00e8s difficile, \u00e0 un des plus difficiles de la po\u00e9sie, de combiner \u00e0 la fois la sensibilit\u00e9 et la ressemblance, la sensibilit\u00e9 et la compr\u00e9hension, la sensibilit\u00e9 et la signification, et ce que l\u2019on pourrait appeler des valeurs de <em>v\u00e9rit\u00e9 pour la m\u00e9moire <\/em>et des valeurs de <em>v\u00e9rit\u00e9 sensorielle<\/em>, en appelant v\u00e9rit\u00e9 sensorielle pr\u00e9cis\u00e9ment cette sorte d\u2019accord qu\u2019il y a entre les diverses sonorit\u00e9s ou entre les diverses couleurs et qui se fait de soi-m\u00eame par l\u2019organe m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces combinaisons entre ces deux ordres de choses si diff\u00e9rents ne peuvent avoir lieu, ne peuvent s\u2019effectuer qu\u2019au prix de sacrifices r\u00e9ciproques. Il faut payer en signification, en d\u00e9formation de la v\u00e9rit\u00e9 de m\u00e9moire, ce que l\u2019on gagne en valeur de v\u00e9rit\u00e9 sensorielle, et r\u00e9ciproquement.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019un c\u00f4t\u00e9, par exemple, vous arriverez \u00e0 des invraisemblances. Il y aura dans votre r\u00e9cit, dans votre po\u00e8me, des choses que vous raconterez, qui seront compl\u00e8tement invraisemblables, mais qui cadreront avec soit la sensibilit\u00e9 musicale, soit une autre esp\u00e8ce de sensibilit\u00e9, dont je n\u2019ai pas parl\u00e9 jusqu\u2019ici, qui est celle des images m\u00eames. Et r\u00e9ciproquement, vous prendrez quelquefois la libert\u00e9, vous serez oblig\u00e9s m\u00eame de faire un vers qui sera un vers, mon Dieu, peu sonore, qui par lui-m\u00eame aura peu les caract\u00e8res musicaux qu\u2019on peut exiger d\u2019un vers, parce que vous \u00eates oblig\u00e9s de c\u00e9der \u00e0 la signification et de dire quelque chose. Les vers ne sont pas faits pour dire quelque chose, mais enfin il y a des cas o\u00f9 il faut dire quelque chose&#160;; c\u2019est le cas g\u00e9n\u00e9ral des vers dramatiques, dans lesquels le m\u00e9lange des v\u00e9ritables vers et de ces vers qui sont n\u00e9cessaires \u00e0 dire quelque chose s\u2019impose naturellement.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faut suivre, d\u2019une part, une action qui n\u2019a pas un rapport direct avec la sensibilit\u00e9 musicale ou avec la sensibilit\u00e9 image, mais qui a ses conditions propres&#160;; il faut que tel \u00e9v\u00e9nement soit amen\u00e9, que tel \u00e9v\u00e9nement soit d\u00e9crit, que tel \u00e9v\u00e9nement s\u2019encha\u00eene. Tout ceci n\u2019a rien \u00e0 voir avec la sensibilit\u00e9 dont nous parlons. Vous avez choisi de dire cela en vers, tr\u00e8s bien&#160;; mais alors le langage po\u00e9tique reprend ses droits et vous dit&#160;: \u00ab&#160;Pardon, moi je suis langage po\u00e9tique, moi je suis rythme, moi je suis rime, moi je suis timbre du langage, et il faut tout de m\u00eame me c\u00e9der quelque chose.&#160;\u00bb De l\u00e0 ce combat qui se r\u00e9duit toujours par la d\u00e9faite de quelqu\u2019un, des \u00e9v\u00e9nements.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, mon art pur est celui qui ne contient plus \u2014 ou plut\u00f4t l\u2019art pur serait celui qui ne contiendrait plus que les fonctions sensibilit\u00e9, sans leur application aux circonstances accidentelles de la vie, qui est d\u2019\u00e9chelle sociale ou d\u2019\u00e9chelle pratique. Il n\u2019y a pas d\u2019histoire. Et naturellement toute histoire, tout r\u00e9cit emprunt\u00e9 \u00e0 la vie, comporte toute l\u2019incoh\u00e9rence de la vie. Ce que nous appelons l\u2019irr\u00e9el, dans le r\u00e9cit, c\u2019est de l\u2019incoh\u00e9rent, c\u2019est-\u00e0-dire une interruption, un arr\u00eat des conditions de sensibilit\u00e9, pour passer \u00e0 autre chose, tel que la vie nous le pr\u00e9sente. C\u2019est l\u2019incoh\u00e9rent qui est \u00e0 la base de la vie pratique et de la vie ordinaire. La vie sociale est un ensemble de choses qui n\u2019ont aucun rapport entre elles, mais que nous manions fort bien. Nous nageons l\u00e0-dedans comme des poissons dans l\u2019eau. Et cependant, mieux saisi \u00e0 chaque instant, le moindre instant de notre vie est, comme je vous l\u2019ai d\u00e9j\u00e0 expliqu\u00e9&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-5-174827' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2023\/01\/21\/une-anthropologie-de-lesprit\/#easy-footnote-bottom-5-174827' title='Voir plus haut la le\u00e7on du 15 janvier 1938, p. 281-282. '><sup>5<\/sup><\/a><\/span><\/span>, une sorte d\u2019accord dissonant o\u00f9 il y a du son, des odeurs, etc., o\u00f9 il y a des impulsions. \u00c0 chaque instant, nous sommes dans cette incoh\u00e9rence.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019art pur essaie de s\u2019en tirer, essaie de construire un syst\u00e8me homog\u00e8ne dans lequel il n\u2019y ait plus ou que des sons, ou que des couleurs, etc. Cet art, par cons\u00e9quent, a l\u2019intention de cr\u00e9er un syst\u00e8me absolu, ou du moins de donner l\u2019impression de la possibilit\u00e9 d\u2019un tel syst\u00e8me qui, d\u2019une part, est \u00e0 la fois un syst\u00e8me ferm\u00e9, complet en soi-m\u00eame, comme si le monde entier n\u2019existait pas \u2014 l\u2019univers musical ou l\u2019univers des couleurs nous pr\u00e9sente un syst\u00e8me qui n\u2019a aucune r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de lui&#160;; il est donc ce que j\u2019appellerai un syst\u00e8me complet en soi-m\u00eame ou un syst\u00e8me ferm\u00e9&#160;: il est enti\u00e8rement constitu\u00e9 par des relations intrins\u00e8ques&nbsp;&#160;; et d\u2019autre part, il semble aussi qu\u2019il soit le plus g\u00e9n\u00e9ral de tous, parce qu\u2019il contient sans exception, \u00e0 l\u2019\u00e9tat virtuel, toutes les possibilit\u00e9s que les d\u00e9finitions donn\u00e9es par le sens lui-m\u00eame, par la r\u00e9ception-production, qui est la caract\u00e9ristique de notre sens, nous donnent.<\/p>\n\n\n\n<p>Eh bien, ceci est une remarque assez curieuse. Il arrive que dans l\u2019art, lorsque l\u2019artiste se trouve, par sa propre sensibilit\u00e9, port\u00e9 \u00e0 cr\u00e9er des choses de cet ordre de sensibilit\u00e9 pure, qu\u2019il s\u2019enivre en quelque sorte de son univers particulier, par exemple, un sculpteur qui manoeuvre sa glaise et qui l\u00e0-dedans essaie des formes, qui peut, dans une phase pr\u00e9paratoire, ne pas chercher \u00e0 repr\u00e9senter un buste, un visage, un corps, un objet quelconque, mais presque s\u2019amuser avec cette chose plastique qui ob\u00e9it \u00e0 ses mains et qui sera dieu, table ou cuvette&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-6-174827' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2023\/01\/21\/une-anthropologie-de-lesprit\/#easy-footnote-bottom-6-174827' title='&amp;nbsp;Jean de La Fontaine, \u00ab&amp;#160;Le Statuaire et la statue de Jupiter&amp;#160;\u00bb (&lt;em&gt;Fables&lt;\/em&gt;, IX, 6).'><sup>6<\/sup><\/a><\/span><\/span>, il peut essayer une forme de vase, il peut essayer une courbure, il peut essayer et il cr\u00e9e, en quelque sorte, par la propre sensation de son tact r\u00e9ciproque apr\u00e8s sa sensation motrice et sa sensation de force, il peut cr\u00e9er des formes qui lui plaisent, les suivre, en trouver les modulations, passer insensiblement d\u2019une figure dans l\u2019autre. Eh bien, il peut arriver que cet art de sensibilit\u00e9 totale et intrins\u00e8que, quand on veut en faire une oeuvre, quand on veut du moins, de cette condition de sensibilit\u00e9, arriver \u00e0 faire une oeuvre de quelque \u00e9tendue, il arrivera que ce soit peut-\u00eatre cet art pur qui exigera le maximum d\u2019emploi de ce qu\u2019on appelle l\u2019intelligence. Et c\u2019est l\u00e0 ce que je pourrai appeler le paradoxe de l\u2019art pur.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Et en effet, on ne peut poursuivre \u2014 j\u2019ai parl\u00e9 d\u2019une oeuvre de quelque dimension, de quelque longueur, par exemple, de quelque \u00e9tendue, une oeuvre qui n\u2019est pas en quelque sorte engendr\u00e9e, dans un coup de sensibilit\u00e9 de l\u2019instant, par une sorte de mouvement de r\u00e9action, de r\u00e9flexe, de production r\u00e9flexe imm\u00e9diat, mais je parle d\u2019une chose qui se prolonge assez longuement, d\u2019une oeuvre, par exemple, qui est assez grande au point de vue des dimensions ext\u00e9rieures, ou une oeuvre assez longue au point de vue des oeuvres du temps \u2014 eh bien, il faut l\u00e0 ce que j\u2019ai appel\u00e9 un maximum d\u2019emploi de l\u2019intelligence, et vous me permettrez de ne pas, aujourd\u2019hui, insister sur ce mot d\u2019intelligence, qui n\u2019est pas clair du tout. Mais je ne peux pas tout faire \u00e0 la fois.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 ce moment-l\u00e0, l\u2019artiste qui s\u2019occupe de cette \u0153uvre-l\u00e0, de cette \u0153uvre de sensibilit\u00e9 prolong\u00e9e ou compliqu\u00e9e, il ne peut la produire que moyennant un effort. Pourquoi&#160;? Parce que, je vous l\u2019ai dit, il y a une sorte de pression ext\u00e9rieure, d\u2019incoh\u00e9rence, qui se produit toujours en lui. Il est sollicit\u00e9 par mille choses \u00e0 la fois, les id\u00e9es, les sensations, et des choses incoh\u00e9rentes se produisent. S\u2019il a eu un instant la vision d\u2019un effet d\u2019ordre sensible pur, il sera instantan\u00e9ment assi\u00e9g\u00e9 par tous ces ph\u00e9nom\u00e8nes de diversion dans lesquels nous vivons. Donc, il lui faudra un effort pour ne pas c\u00e9der \u00e0 la dispersion, \u00e0 la distraction, \u00e0 la diversion perp\u00e9tuelle. Il lui faudra un effort qui sera pr\u00e9cis\u00e9ment l\u2019effort de puret\u00e9, l\u2019effort de choix, de s\u00e9paration, exactement d\u2019ailleurs comme un monde physique, car l\u2019image s\u2019impose.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le monde physique, un chimiste ou un physicien s\u2019attachera \u00e0 pr\u00e9parer des corps purs, plus tard il cherchera des corps simples. Mais le corps pur est un corps qui est homog\u00e8ne, qui est fait d\u2019une seule phase, comme on dit en physique, et en g\u00e9n\u00e9ral ce corps commande un travail pour le pr\u00e9parer. Et il est assez curieux, vous le savez tr\u00e8s bien, que les applications du principe d\u2019irr\u00e9versibilit\u00e9, du principe de Carnot, sont celles-ci&#160;: c\u2019est que le m\u00e9lange est facile, il se fait de soi-m\u00eame, tandis qu\u2019au contraire le fractionnement qui donne la puret\u00e9 demande une d\u00e9pense d\u2019\u00e9nergie. C\u2019est le cas, par exemple, de l\u2019homme qui verserait dans un bassin un verre de vin&#160;: c\u2019est tr\u00e8s facile, le m\u00e9lange se fait de lui-m\u00eame. Le vin se diffuse dans la masse de l\u2019eau, mais s\u2019il s\u2019agit de rattraper le vin, ce sera tr\u00e8s difficile, et cependant les mol\u00e9cules du vin sont dans l\u2019eau&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-7-174827' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2023\/01\/21\/une-anthropologie-de-lesprit\/#easy-footnote-bottom-7-174827' title='Tel est le th\u00e8me du \u00ab&amp;#160;Vin perdu&amp;#160;\u00bb, dans &lt;em&gt;Charmes&lt;\/em&gt; (Paul Val\u00e9ry, &lt;em&gt;\u0152uvres&lt;\/em&gt;, t. I, \u00e9d. Jean Hytier, Paris, Gallimard, \u00ab&amp;#160;Biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade&amp;#160;\u00bb, 1957, p. 146\u2011147).'><sup>7<\/sup><\/a><\/span><\/span>. De m\u00eame, si vous faites un m\u00e9lange de deux gaz purs, vous aurez un travail tr\u00e8s difficile, et tr\u00e8s compliqu\u00e9, et tr\u00e8s co\u00fbteux \u00e0 faire, pour les s\u00e9parer, pour s\u00e9parer l\u2019hydrog\u00e8ne de votre oxyg\u00e8ne.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Eh bien, ici, c\u2019est la m\u00eame chose&#160;: la pr\u00e9paration \u00e0 l\u2019\u00e9tat pur demande un effort. Et cet effort ne peut pas \u00eatre un effort inconscient. Il exige un effort conscient, comme la pr\u00e9paration \u00e0 l\u2019\u00e9tat pur des sons, quand on les a retir\u00e9s de l\u2019univers des bruits pour en former l\u2019univers des sons, a demand\u00e9 un travail conscient. Il a bien fallu trouver des moyens de pr\u00e9parer \u00e0 l\u2019\u00e9tat pur les notes de la gamme, et pour cela il a fallu faire intervenir des m\u00e9thodes d\u2019exp\u00e9rience, des m\u00e9thodes de mesure. Vous savez qu\u2019on attribue m\u00eame \u2014 c\u2019est une l\u00e9gende, je pense \u2014, on attribue la fondation de la physique math\u00e9matique \u00e0 la remarque de Pythagore, que les marteaux d\u2019un forgeron donnaient des notes diff\u00e9rentes et \u00e0 l\u2019id\u00e9e qu\u2019il a eue de peser les marteaux. Il a trouv\u00e9 une relation simple entre les nombres du poids de ces marteaux du forgeron, et il a fait correspondre, aux sons qu\u2019il entendait, ces deux poids. La physique math\u00e9matique \u00e9tait \u00e9bauch\u00e9e. Cet effort-l\u00e0 a consist\u00e9, par cons\u00e9quent, \u00e0 retirer de l\u2019univers des bruits des sons. Les bruits, c\u2019est le m\u00e9lange, c\u2019est l\u2019incoh\u00e9rence dont je vous parlais, puisque ce sont des sons qui sont m\u00eal\u00e9s. Mais il a fallu un travail pour cela. Ce travail s\u2019est traduit dans une suite de travaux, d\u2019op\u00e9rations, de mesures, et dans une suite de constructions et de tables de construction. Et c\u2019est pourquoi un instrument de musique est un instrument de physique, puisque c\u2019est un instrument de mesure. Vous \u00eates s\u00fbrs que les cordes de telle longueur donneront tel son, et il vous suffira de mesurer avec un m\u00e8tre une longueur de corde et de la tendre \u00e0 un certain point donn\u00e9 pour avoir tel son.<\/p>\n\n\n\n<p>Par cons\u00e9quent, un effort s\u2019impose pour passer de l\u2019impuret\u00e9 constante, courante de la vie, \u00e0 la puret\u00e9 de cet art dont je vous parlais. Et alors l\u2019op\u00e9ration consistera \u00e0 s\u00e9parer, \u00e0 fractionner ce milieu dans lequel nous vivons, \u00e0 le traiter de mani\u00e8re \u00e0 s\u00e9parer les \u00e9l\u00e9ments imitatifs ou les \u00e9l\u00e9ments trop humains, c\u2019est-\u00e0-dire trop m\u00eal\u00e9s. Ce sont ces \u00e9l\u00e9ments, au contraire, qui dans leur \u00e9tat plus ou moins pur, ou plut\u00f4t plus ou moins impur, raccorderont l\u2019oeuvre \u2014 parce qu\u2019il en restera toujours \u2014 raccorderont l\u2019oeuvre au d\u00e9sordre vital permanent. Et ces oeuvres-l\u00e0 pourront \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es comme des oeuvres presque pures \u2014 en r\u00e9alit\u00e9, elles ne sont jamais absolument pures, pas plus qu\u2019un corps n\u2019est absolument pur en physique. Ce sont des oeuvres \u00e0 peu pr\u00e8s pures, qu\u2019on pourrait appeler aussi syst\u00e8mes isolables, dans lesquelles, par une nouvelle application de nos principes, nous trouverons ce fait remarquable, c\u2019est que nous \u00e9liminons le plus possible les combinaisons de hasard.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ces combinaisons de hasard, qui sont celles qui se pr\u00e9sentent le plus souvent dans l\u2019existence, dans la vie, sont \u00e9limin\u00e9es du moment que nous avons constitu\u00e9 un syst\u00e8me ordonn\u00e9. Sans doute le hasard se produira, dans une certaine mesure, dans la composition m\u00eame de l\u2019oeuvre. Par exemple, il suffira qu\u2019un musicien entende un certain son de hasard, fourni par le hasard \u2014 par exemple, il entendra tomber un corps qui rendra un son qui, par hasard, sera un son pur&#160;: son attention sera \u00e9veill\u00e9e, il y aura l\u00e0 comme un germe cristallin qui tombera dans ce terrain pr\u00e9par\u00e9, qui est \u2014 ah, qui est quoi&#160;? \u2014 qui est dans le musicien. Ce milieu pr\u00e9par\u00e9 est un milieu d\u00e9termin\u00e9, o\u00f9 un son d\u00e9termin\u00e9 ne va pas \u00e9veiller l\u2019id\u00e9e&#160;; il ne dira pas&#160;: \u00ab&#160;Tiens, c\u2019est un verre qui est tomb\u00e9, c\u2019est un marteau qui est heurt\u00e9.&#160;\u00bb Non, ce que le son \u00e9veillera en lui, c\u2019est le syst\u00e8me des sons, et non seulement le syst\u00e8me des sons tel quel, qui serait tr\u00e8s difficile, mais ce son \u00e9veillera en lui ou les harmoniques ou le besoin d\u2019un contraste avec lui, et peut-\u00eatre d\u00e9j\u00e0 sera \u00e9voqu\u00e9 un \u00e9l\u00e9ment de composition, un \u00e9l\u00e9ment d\u2019oeuvre qui, lui, ne sera encore rien&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-8-174827' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2023\/01\/21\/une-anthropologie-de-lesprit\/#easy-footnote-bottom-8-174827' title='L\u2019exemple du son qui \u00ab&amp;#160;\u00e9voque, \u00e0 soi seul, l\u2019univers musical&amp;#160;\u00bb figure d\u00e9j\u00e0 dans&amp;nbsp;\u00ab&amp;#160;Po\u00e9sie et pens\u00e9e abstraite&amp;#160;\u00bb (1939, &lt;em&gt;\u0152uvres&lt;\/em&gt;, t. I, \u00e9d. Jean Hytier, Paris, Gallimard, \u00ab&amp;#160;Biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade&amp;#160;\u00bb, 1957, p. 1327)'><sup>8<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n<p>De m\u00eame, si nous ne parlons plus d\u2019un son, mais d\u2019une s\u00e9rie de bruits, se succ\u00e9dant d\u2019une certaine fa\u00e7on, comme ce marteau que j\u2019entends, il lui suffira de ne percevoir que ce syst\u00e8me de battements, de chocs, pour entrer dans l\u2019univers des rythmes. Et alors il se s\u00e9parera enti\u00e8rement de la signification marteau-choc-ouvrier, etc., par association, pour construire \u00e0 partir de ce petit \u00e9l\u00e9ment tout un syst\u00e8me qu\u2019on peut dire \u00e0 la rigueur \u00eatre pr\u00e9existant dans son syst\u00e8me interne des sons possibles, un peu mieux encore que la statue n\u2019est pr\u00e9existante dans le bloc de marbre.<\/p>\n\n\n\n<p>Je terminerai ces explications demain.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le <em>Cours de po\u00e9tique<\/em> que Paul Val\u00e9ry dispensa pendant pr\u00e8s de huit au Coll\u00e8ge de France ne parle qu&rsquo;accessoirement de po\u00e9sie. Son ambition est autre&#160;&#160;: faire une anthropologie de l&rsquo;esprit, de celui de l&rsquo;\u00eatre biologique \u00e0 celui de l&rsquo;\u00eatre social. D\u00e9sormais accessibles gr\u00e2ce au travail de William Marx, les le\u00e7ons comme celle prononc\u00e9e le 21 janvier 1938, que nous publions en int\u00e9gralit\u00e9, sont repr\u00e9sentatives de cet effort \u2014\u00a0et constituent aussi l&rsquo;une des meilleures introductions \u00e0 la pens\u00e9e de Paul Val\u00e9ry.<\/p>\n","protected":false},"author":10,"featured_media":174908,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"templates\/post-speeches.php","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_trash_the_other_posts":false,"footnotes":""},"categories":[1728],"tags":[],"staff":[3351],"editorial_format":[],"serie":[],"audience":[],"geo":[1917],"class_list":["post-174827","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-arts","staff-william-marx","geo-europe"],"acf":{"open_in_webview":false,"accent":false},"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v26.1.1 - https:\/\/yoast.com\/wordpress\/plugins\/seo\/ -->\n<title>Une anthropologie de l&#039;esprit | Le Grand Continent<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2023\/01\/21\/une-anthropologie-de-lesprit\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Une anthropologie de l&#039;esprit | Le Grand Continent\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Le Cours de po\u00e9tique que Paul Val\u00e9ry dispensa pendant pr\u00e8s de huit au Coll\u00e8ge de France ne parle qu&#039;accessoirement de po\u00e9sie. 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