{"id":174218,"date":"2023-01-16T09:15:32","date_gmt":"2023-01-16T08:15:32","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=174218"},"modified":"2023-01-16T09:15:35","modified_gmt":"2023-01-16T08:15:35","slug":"le-pacte-vert-et-la-securite-humaine-mondiale","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2023\/01\/16\/le-pacte-vert-et-la-securite-humaine-mondiale\/","title":{"rendered":"Le Pacte vert et la s\u00e9curit\u00e9 humaine mondiale"},"content":{"rendered":"\n
Cet article est extrait de la nouvelle livraison de la revue GREEN, dirig\u00e9e par Laurence Tubiana et consacr\u00e9e \u00e0 la g\u00e9opolitique du Pacte vert apr\u00e8s la COP27. Le num\u00e9ro est \u00e0 retrouver\u00a0ici<\/a>.<\/em><\/p>\n\n\n\n La guerre en Ukraine nous apprend que tout futur syst\u00e8me international reposant sur des r\u00e8gles devra \u00eatre associ\u00e9 \u00e0 un nouveau Pacte vert, non seulement pour l’Europe mais aussi pour le monde entier. La guerre a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 la mani\u00e8re dont la d\u00e9pendance aux combustibles fossiles n’est pas seulement un probl\u00e8me pour l’environnement. Elle a fragilis\u00e9 l’\u00e9conomie mondiale et a contribu\u00e9 \u00e0 la mont\u00e9e de l’autoritarisme et de la violence.<\/p>\n\n\n\n Nous traversons une p\u00e9riode de transition fondamentale, un \u00ab interr\u00e8gne \u00bb <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>, comme l’appelait Antonio Gramsci, o\u00f9 \u00ab le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde \u00e0 appara\u00eetre et dans ce clair-obscur surgissent les monstres \u00bb <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Il s’agit d’une p\u00e9riode o\u00f9 les institutions politiques sont en porte-\u00e0-faux par rapport aux profondes mutations \u00e9conomiques, sociales et technologiques. D’une part, le mod\u00e8le de d\u00e9veloppement domin\u00e9 par les \u00c9tats-Unis et l\u2019Union sovi\u00e9tique, fond\u00e9 sur la production et la consommation de masse, le militarisme et, surtout, la d\u00e9pendance excessive \u00e0 l’\u00e9gard des combustibles fossiles, est d\u00e9pass\u00e9. D’autre part, un nouveau mod\u00e8le bas\u00e9 sur les technologies de l’information et de la communication et sur la sobri\u00e9t\u00e9 est sur le point d\u2019\u00e9merger, mais nos institutions politiques, principalement les \u00c9tats, sont toujours fa\u00e7onn\u00e9es par l\u2019ancien mod\u00e8le. Celui-ci \u00e9tait fond\u00e9 sur un ensemble d’arrangements politiques compos\u00e9s d’\u00c9tats et de blocs. Le nouveau mod\u00e8le exige une forme de gouvernance mondiale fond\u00e9e sur des r\u00e8gles, pour laquelle l’Union europ\u00e9enne pourrait servir de mod\u00e8le. <\/p>\n\n\n\n Dans le pass\u00e9, les grandes guerres inter\u00e9tatiques ont jou\u00e9 un r\u00f4le d\u00e9terminant dans la naissance d\u2019un monde nouveau, en transformant les \u00c9tats et l’ordre international. C’est pourquoi la l\u00e9gitimit\u00e9 des \u00c9tats est li\u00e9e aux strat\u00e9gies classiques de s\u00e9curit\u00e9 nationale, fond\u00e9es sur les forces militaires r\u00e9guli\u00e8res con\u00e7ues pour faire la guerre. Cela n’est plus possible. La technologie militaire a connu de tels progr\u00e8s en termes de pr\u00e9cision et de l\u00e9talit\u00e9 que les guerres ne peuvent plus \u00eatre gagn\u00e9es de mani\u00e8re d\u00e9cisive. Le type d’affrontement radical th\u00e9oris\u00e9 par Clausewitz<\/a> conduirait \u00e0 l’an\u00e9antissement. Cela signifie que toute transition fondamentale n\u00e9cessaire pour \u00e9viter la possibilit\u00e9 d’une extinction de l’humanit\u00e9 doit impliquer non seulement une action climatique, mais aussi la fin de la guerre comme moyen de r\u00e9gler les diff\u00e9rends internationaux. Cela ne signifie pas n\u00e9cessairement la fin de la force militaire, mais un changement dans la fa\u00e7on dont la force militaire est utilis\u00e9e et con\u00e7ue.<\/p>\n\n\n\n La technologie militaire a connu de tels progr\u00e8s en termes de pr\u00e9cision et de l\u00e9talit\u00e9 que les guerres ne peuvent plus \u00eatre gagn\u00e9es de mani\u00e8re d\u00e9cisive. <\/p>Mary Kaldor<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Cela signifie un passage de la guerre \u00e0 l’utilisation limit\u00e9e de la force visant \u00e0 faire respecter le droit international fond\u00e9 sur les droits de l’homme. Comme je le pr\u00e9ciserai, c’est ce que j\u2019appelle le passage de la s\u00e9curit\u00e9 nationale \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 humaine.<\/p>\n\n\n\n Je commencerai par d\u00e9crire la nature changeante de la guerre et l’importance de la d\u00e9pendance aux combustibles fossiles comme facteur de guerre. Je pr\u00e9senterai ensuite l’\u00e9volution du concept de s\u00e9curit\u00e9 humaine et ce qu’il signifie en termes pratiques pour la r\u00e9organisation du domaine de la s\u00e9curit\u00e9 et la pr\u00e9vention des catastrophes climatiques. Enfin, j’examinerai les d\u00e9veloppements r\u00e9cents au sein de l’OTAN et de l’Union europ\u00e9enne pour d\u00e9terminer s’ils repr\u00e9sentent un nouveau point de d\u00e9part pour la mise en \u0153uvre de la s\u00e9curit\u00e9 humaine. <\/p>\n\n\n\n Les guerres inter\u00e9tatiques arch\u00e9typales sont les guerres th\u00e9oris\u00e9es par Clausewitz dans son grand classique \u00ab De la guerre \u00bb, lecture obligatoire pour tout militaire <\/span>3<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Il s’agit de guerres au cours desquelles les \u00c9tats s’emparent militairement de territoires et consolident leur contr\u00f4le sur ceux-ci. Clausewitz d\u00e9finit ces guerres comme un affrontement de volont\u00e9s politiques. Son argument central consiste \u00e0 dire qu\u2019elles tendent vers l’extr\u00eame, car chaque partie a comme objectif de gagner. Les politiciens veulent atteindre leurs objectifs politiques ; les g\u00e9n\u00e9raux doivent d\u00e9sarmer leurs adversaires ; et la passion et la haine se d\u00e9cha\u00eenent au sein de la population. <\/p>\n\n\n\n Ces guerres ont eu des d\u00e9buts et des fins bien d\u00e9finis. En effet, tout au long de la p\u00e9riode moderne, la dur\u00e9e de la guerre a diminu\u00e9 et les p\u00e9riodes de paix ont commenc\u00e9 \u00e0 \u00eatre entrecoup\u00e9es de p\u00e9riodes de guerre alors qu’auparavant, la guerre \u00e9tait plus ou moins continue. Dans le m\u00eame temps, ces guerres ont gagn\u00e9 en ampleur et en intensit\u00e9, se caract\u00e9risant par des pertes humaines toujours plus \u00e9lev\u00e9es et culminant avec les deux guerres mondiales du XXe si\u00e8cle, qui ont fait entre 80 et 100 millions de morts, en comptant les g\u00e9nocides. Toute la p\u00e9riode moderne a, bien s\u00fbr, \u00e9t\u00e9 caract\u00e9ris\u00e9e par une violence incessante dans les r\u00e9gions du monde colonis\u00e9es, principalement dirig\u00e9e contre des civils, m\u00eame si cette violence n’a pas \u00e9t\u00e9 comptabilis\u00e9e comme guerre. <\/p>\n\n\n\n La Guerre clausewitzienne \u00e9tait intrins\u00e8quement li\u00e9e \u00e0 l’\u00c9tat moderne, \u00e0 l’empire et au syst\u00e8me \u00e9tatique. \u00ab La guerre a fait l’\u00c9tat et l’\u00c9tat a fait la guerre \u00bb, selon la c\u00e9l\u00e8bre formule de Charles Tilly <\/span>4<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Jusqu’au milieu du XIXe si\u00e8cle, les \u00c9tats \u00e9taient avant tout des machines de guerre. \u00c0 la fin du XVIIe si\u00e8cle Louis XIV consacrait 75 % des recettes de l’\u00c9tat \u00e0 l’arm\u00e9e, la Grande-Bretagne d\u00e9pensait un montant similaire, tandis que Pierre le Grand en d\u00e9pensait 82 % <\/span>5<\/sup><\/a><\/span><\/span>. <\/p>\n\n\n\n Les guerres clausewitziennes \u00e9taient des p\u00e9riodes structurantes, o\u00f9 l’effort de guerre exigeait de vastes changements administratifs, politiques, technologiques, sociaux, culturels et \u00e9conomiques. Elles ont \u00e9t\u00e9 extr\u00eamement destructrices mais aussi transformatrices. C\u2019\u00e9taient des moments exp\u00e9rimentaux o\u00f9, apr\u00e8s une p\u00e9riode de t\u00e2tonnement, les \u00c9tats mettaient en \u0153uvre les r\u00e9formes n\u00e9cessaires pour gagner la guerre ou bien \u00e9taient vaincus. Les guerres napol\u00e9oniennes ont ainsi donn\u00e9 lieu \u00e0 des r\u00e9formes administratives et judiciaires dans toute l’Europe, qui ont cr\u00e9\u00e9 les conditions n\u00e9cessaires \u00e0 la propagation de la r\u00e9volution industrielle. Les guerres du milieu du XIXe si\u00e8cle ont marqu\u00e9 la fin de l’esclavage aux \u00c9tats-Unis et du servage dans les empires russe et habsbourgeois, l’unification de l’Allemagne et de l’Italie et la g\u00e9n\u00e9ralisation des chemins de fer et du t\u00e9l\u00e9graphe.<\/p>\n\n\n\n Les guerres clausewitziennes \u00e9taient des p\u00e9riodes structurantes, o\u00f9 l’effort de guerre exigeait de vastes changements administratifs, politiques, technologiques, sociaux, culturels et \u00e9conomiques. Elles ont \u00e9t\u00e9 extr\u00eamement destructrices mais aussi transformatrices.<\/p>Mary Kaldor<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Parall\u00e8lement \u00e0 cette acc\u00e9l\u00e9ration de la mise en place des fondements administratifs et politiques de l’\u00c9tat moderne, les guerres ont \u00e9galement forg\u00e9 les identit\u00e9s nationales de nombreux pays et ont servi \u00e0 classer les \u00c9tats \u00e0 l’int\u00e9rieur d\u2019une hi\u00e9rarchie internationale bien \u00e9tablie. En effet, chacune des grandes guerres a d\u00e9termin\u00e9 les principales puissances ainsi qu’un nouvel ensemble d’arrangements internationaux <\/span>6<\/sup><\/a><\/span><\/span>. On peut affirmer que la Guerre froide a repr\u00e9sent\u00e9 l’institutionnalisation des innovations introduites pendant la Seconde Guerre mondiale, fournissant ainsi un cadre pour la diffusion des mod\u00e8les de d\u00e9veloppement am\u00e9ricain et sovi\u00e9tique <\/span>7<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Au c\u0153ur de ces innovations se trouve l’utilisation g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e du moteur \u00e0 combustion interne, sous la forme de voitures, de chars et d’avions, d\u00e9pendant d’un approvisionnement continu en p\u00e9trole.<\/p>\n\n\n\n Le type des guerres contemporaines auxquelles nous assistons dans des endroits comme la Syrie, le Y\u00e9men ou l’Afrique centrale et orientale est tr\u00e8s diff\u00e9rent. Il est plus facile de les d\u00e9crire comme une condition sociale, voire une entreprise mutuelle, plut\u00f4t que comme une lutte entre des \u00ab camps \u00bb. Elles impliquent de nombreux groupes arm\u00e9s, tant mondiaux que locaux, qui tirent profit de la violence proprement dite plut\u00f4t que de la victoire ou de la perte. Ils peuvent y gagner politiquement parce qu’ils sont associ\u00e9s \u00e0 des identit\u00e9s extr\u00e9mistes (ethniques ou religieuses) qui se construisent souvent par la violence. Ces groupes peuvent aussi s’enrichir \u00e9conomiquement gr\u00e2ce \u00e0 des activit\u00e9s lucratives li\u00e9es \u00e0 la violence, par exemple le pillage, la prise d’otages, la cr\u00e9ation de postes de contr\u00f4le, la \u00ab taxation \u00bb de l’aide humanitaire ou des envois de fonds de la diaspora, ou la contrebande de ressources, qu’il s’agisse de p\u00e9trole, de drogues, d’antiquit\u00e9s ou d’\u00eatres humains, pour n’en citer que quelques-unes. Les combats entre groupes arm\u00e9s sont rares, la plupart des violences \u00e9tant plut\u00f4t dirig\u00e9es contre les civils ; cela s’explique par le fait que les diff\u00e9rents groupes \u00e9tablissent leur contr\u00f4le territorial par des moyens politiques plut\u00f4t que militaires \u2014 ils tuent ou expulsent ceux qui s’opposent \u00e0 eux, g\u00e9n\u00e9ralement ceux qui ont une religion et une ethnie diff\u00e9rentes. Les d\u00e9placements forc\u00e9s, le nettoyage ethnique, la destruction de symboles culturels ou les violences sexuelles syst\u00e9matiques sont autant de caract\u00e9ristiques des guerres contemporaines.<\/p>\n\n\n\n Elles ont une tendance \u00e0 la persistance plut\u00f4t qu’\u00e0 la r\u00e9solution. Il est tr\u00e8s difficile d’y mettre fin. Elles ont aussi tendance \u00e0 se propager par le biais des r\u00e9fugi\u00e9s, des r\u00e9seaux de contrebande ou des id\u00e9ologies extr\u00e9mistes. Ce sont des guerres de d\u00e9structuration et de fragmentation des \u00c9tats. Elles d\u00e9mant\u00e8lent l’autorit\u00e9 publique et transforment le pouvoir \u00e9tatique en un archipel de fiefs arm\u00e9s. Elles affaiblissent et sapent d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment l’\u00c9tat de droit. <\/p>\n\n\n\n Les guerres sont des sympt\u00f4mes des profonds changements qui ont eu lieu au cours des derni\u00e8res d\u00e9cennies, lorsque le mod\u00e8le de d\u00e9veloppement dominant a commenc\u00e9 \u00e0 vaciller et que les recettes n\u00e9olib\u00e9rales ont supplant\u00e9 les formes d’intervention de l’\u00c9tat typiques du mod\u00e8le de d\u00e9veloppement de l’apr\u00e8s-guerre. En effet, les nouvelles guerres pourraient \u00eatre d\u00e9crites comme une forme extr\u00eame de n\u00e9olib\u00e9ralisme. Elles se d\u00e9roulent g\u00e9n\u00e9ralement dans des soci\u00e9t\u00e9s autoritaires qui s’ouvrent au monde \u00e0 la suite de la lib\u00e9ralisation \u00e9conomique et politique. <\/p>\n\n\n\n Les guerres actuelles ont une tendance \u00e0 la persistance plut\u00f4t qu’\u00e0 la r\u00e9solution. Il est tr\u00e8s difficile d’y mettre fin. Elles ont aussi tendance \u00e0 se propager par le biais des r\u00e9fugi\u00e9s, des r\u00e9seaux de contrebande ou des id\u00e9ologies extr\u00e9mistes.<\/p>Mary Kaldor<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n En termes politiques, la lib\u00e9ralisation ouvre la possibilit\u00e9 de manifestations en faveur de la d\u00e9mocratie et c’est souvent de cette mani\u00e8re que les guerres commencent. Ce nouveau type de guerre peut \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9 comme une mani\u00e8re de supprimer les demandes en fomentant des conflits sectaires. Qu’il s’agisse de l’ex-Yougoslavie ou de la Syrie, la majorit\u00e9 des manifestants s’opposent \u00e0 la violence et, en r\u00e9ponse \u00e0 celle-ci, ils se transforment en groupes de la soci\u00e9t\u00e9 civile \u2014 apportant la premi\u00e8re r\u00e9ponse humanitaire, documentant les crimes, offrant une m\u00e9diation locale, essayant de maintenir les \u00e9coles et les installations m\u00e9dicales, s’opposant aux r\u00e9cits sectaires. Ceux qui se tournent vers la violence sont souvent de jeunes hommes sans emploi issus des zones rurales qui rejoignent des milices ou des groupes arm\u00e9s d\u00e9finis en termes d’identit\u00e9 ethnique ou religieuse. La soci\u00e9t\u00e9 civile est souvent la premi\u00e8re cible des bellig\u00e9rants ; beaucoup quittent les lieux ou sont tu\u00e9s. <\/p>\n\n\n\n En termes \u00e9conomiques, la conjugaison typique de la lib\u00e9ralisation du commerce et des capitaux, de la privatisation et de la stabilisation macro\u00e9conomique entra\u00eene une r\u00e9duction des d\u00e9penses publiques, notamment des services sociaux tels que la sant\u00e9 et l’\u00e9ducation ou des subventions alimentaires et \u00e9nerg\u00e9tiques, une augmentation du ch\u00f4mage, en particulier dans les zones rurales, et l’\u00e9mergence d’une classe de \u00ab capitalistes de connivence \u00bb ou \u00ab d’oligarques \u00bb poss\u00e9dant le secteur public nouvellement privatis\u00e9 ou li\u00e9 \u00e0 l’\u00c9tat par contrat. La guerre acc\u00e9l\u00e8re ces processus. Le revenu national chute de fa\u00e7on spectaculaire, tout comme les d\u00e9penses publiques et les recettes fiscales. Le ch\u00f4mage augmente. Tout ceci est souvent aggrav\u00e9 par les sanctions \u00e9conomiques. Des \u00e9lites militaro-criminelles li\u00e9es \u00e0 la guerre apparaissent ou sont renforc\u00e9es et ont tout int\u00e9r\u00eat \u00e0 ce que le d\u00e9sordre persiste <\/span>8<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n Il est souvent avanc\u00e9 que ces nouvelles guerres seraient caus\u00e9es par le changement climatique et qu’elles y contribuent. Ainsi, le prince Charles, aujourd’hui roi du Royaume-Uni, a sugg\u00e9r\u00e9 que c’est la s\u00e9cheresse qui a provoqu\u00e9 les guerres au Darfour et en Syrie <\/span>9<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Le probl\u00e8me avec cet argument est que la question de savoir si les \u00e9v\u00e9nements climatiques extr\u00eames provoquent ou non des conflits d\u00e9pend des relations sociales ; les p\u00e9nuries d’eau, les incendies de for\u00eat ou les inondations peuvent accro\u00eetre la coop\u00e9ration sociale autant qu\u2019intensifier les conflits. En Syrie, on peut affirmer que c’est l’incapacit\u00e9 du r\u00e9gime \u00e0 aider les personnes touch\u00e9es par la s\u00e9cheresse qui a contribu\u00e9 \u00e0 la guerre plut\u00f4t que la s\u00e9cheresse en elle-m\u00eame. Comme l’a soulign\u00e9 David Livingstone : \u00ab Lorsque nous rejetons la responsabilit\u00e9 de la violence sur le climat et que nous consid\u00e9rons la lutte entre les hommes comme un simple \u00e9tat de nature, nous r\u00e9duisons la complexit\u00e9 de la guerre \u00e0 une seule dimension. Nous d\u00e9chargeons \u00e9galement les agents du conflit de la responsabilit\u00e9 morale de leurs actions \u00bb <\/span>10<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n Il semble y avoir un lien clair entre la guerre et la d\u00e9pendance au p\u00e9trole.<\/p>Mary Kaldor<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Quant aux cons\u00e9quences, les preuves sont mitig\u00e9es. Les guerres peuvent entra\u00eener l’abattage ill\u00e9gal d’arbres, la d\u00e9forestation et la destruction de terres agricoles, voire de centrales nucl\u00e9aires, ainsi qu’une absence de gestion pouvant conduire \u00e0 l’\u00e9puisement de l’eau, \u00e0 l’absence de protection contre les inondations, etc. D’autre part, la baisse de la production industrielle r\u00e9duit l’utilisation des combustibles fossiles et les p\u00e9nuries peuvent conduire \u00e0 des solutions locales plus respectueuses du climat. Par exemple, en Syrie, des panneaux solaires ont \u00e9t\u00e9 install\u00e9s pour compenser les p\u00e9nuries de gazole dues \u00e0 la guerre, de nouvelles pratiques agricoles \u00ab intelligentes du point de vue climatique \u00bb ont \u00e9t\u00e9 introduites pour compenser les p\u00e9nuries d’eau, tandis que des engrais organiques ont remplac\u00e9 les engrais chimiques parce que ces derniers \u00e9taient moins disponibles <\/span>11<\/sup><\/a><\/span><\/span>. <\/p>\n\n\n\n En revanche il semble y avoir un lien clair entre la guerre et la d\u00e9pendance au p\u00e9trole <\/span>12<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Les r\u00e9gimes capitalistes de type client\u00e9liste ou oligarchique qui sont associ\u00e9s \u00e0 la guerre sont presque toujours des r\u00e9gimes rentiers, c’est-\u00e0-dire que les revenus de l’\u00c9tat d\u00e9pendent de la rente plut\u00f4t que de l’imp\u00f4t. La rente peut prendre la forme d’une aide \u00e9conomique ou d’un emprunt \u00e0 l’\u00e9tranger, ou encore d’une rente mini\u00e8re, notamment p\u00e9troli\u00e8re. C’est Max Weber qui a soulign\u00e9 que le caract\u00e8re des \u00c9tats est fa\u00e7onn\u00e9 par leur type de revenus <\/span>13<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Lorsque les \u00c9tats d\u00e9pendent de l’imp\u00f4t, cela n\u00e9cessite une sorte de contrat social implicite ou explicite avec les citoyens, qui paient des imp\u00f4ts en \u00e9change de la fourniture de services, tels que le maintien de l’ordre, l’\u00e9ducation, la sant\u00e9, etc. Les \u00c9tats rentiers, en revanche, sont tr\u00e8s souvent caract\u00e9ris\u00e9s par une concurrence politique portant sur l’acc\u00e8s aux rentes plut\u00f4t que sur la qualit\u00e9 des services publics <\/span>14<\/sup><\/a><\/span><\/span>. L’expression \u00ab mal\u00e9diction des ressources naturelles \u00bb s’appliquait \u00e0 l’origine aux \u00e9conomies o\u00f9 les formes de production \u00e0 valeur ajout\u00e9e, telles que l’industrie manufacturi\u00e8re ou l’agriculture, d\u00e9clinent en raison de l’augmentation des flux de la rente p\u00e9troli\u00e8re. Mais elle est de plus en plus utilis\u00e9e pour d\u00e9crire le type de corruption syst\u00e9matique li\u00e9 \u00e0 l’autoritarisme et \u00e0 la violence associ\u00e9s aux rentes p\u00e9troli\u00e8res<\/a>.<\/p>\n\n\n Apr\u00e8s l’invasion de l’Ukraine, l’Europe a besoin d’un nouveau contrat social \u2014 le Pacte vert lanc\u00e9 par l’Union pourrait jouer ce r\u00f4le. Quelle est sa g\u00e9n\u00e9alogie, quelles sont ses priorit\u00e9s, comment se transforme-t-il ? Ce nouveau num\u00e9ro de la GREEN, dirig\u00e9 par Laurence Tubiana, croise les \u00e9chelles et les approches et pose une question clef, au lendemain de la COP27 de Charm el-Cheikh : comment construire la transition \u00e9cologique dans l’asym\u00e9trie.<\/p>\n\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\tLa nature changeante de la guerre<\/h2>\n\n\n\n
Conflits inextricables<\/h2>\n\n\n\n
Le r\u00f4le du p\u00e9trole<\/h2>\n\n\n\n