on est persuad\u00e9s qu\u2019il s\u2019agit de \u00ab bons guerriers \u00bb<\/a>.<\/p>\n\n\n\nPourtant, tous n’ont pas la carrure physique d’Omar Sy. Au bout du compte, ils souffrent beaucoup plus que la moyenne ; d’abord d’un choc culturel. Il faut se souvenir que ces \u00ab S\u00e9n\u00e9galais \u00bb ne se comprennent pas tous entre eux. En r\u00e9alit\u00e9, ils viennent d’un peu partout en Afrique et n\u2019ont pas tous la m\u00eame langue ni la m\u00eame culture. Arrivant en France, ils subissent un choc culturel dont on a du mal \u00e0 imaginer l\u2019ampleur aujourd’hui, \u00e0 l’\u00e9poque de la mondialisation. Il faut imaginer des gens qui arrivent \u00ab de la brousse \u00bb et qui, d’un seul coup, sont propuls\u00e9s dans les tranch\u00e9es du nord-est de la France. Il s’agit d’un choc terrible. Il faut aussi compter avec un choc climatique. Beaucoup de ces soldats africains souffrent \u00e9norm\u00e9ment des affres du climat, des maladies, sans compter le\u00a0 traitement qui leur est inflig\u00e9 assez rapidement en les retirant du front au moment de l’hiver, les conditions \u00e9tant trop dures pour eux. C’est une situation assez terrible, comme s\u2019ils arrivaient sur une autre plan\u00e8te.<\/p>\n\n\n\n Le film \u00e9tait l’occasion de rappeler l’histoire des tirailleurs et de leur rendre hommage. Ce fut notamment la volont\u00e9 d’Omar Sy, qui en est \u00e9galement le producteur, et qui me disait qu’il ne connaissait pas lui-m\u00eame cette histoire \u2014 trop absente des manuels et du d\u00e9bat public.<\/p>Michel Goya<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\nMais pour le reste, ils sont employ\u00e9s sensiblement de la m\u00eame fa\u00e7on que les autres unit\u00e9s d’infanterie fran\u00e7aises. Il faut donc tuer la l\u00e9gende selon laquelle ils auraient \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9s comme chair \u00e0 canon, comme forces d’assaut sp\u00e9cifiques. En r\u00e9alit\u00e9, ce n’\u00e9tait pas le cas : les pertes de tirailleurs s\u00e9n\u00e9galais sont, en proportion, sensiblement les m\u00eames que celles des autres r\u00e9giments fran\u00e7ais. En revanche, il y a\u00a0 chez eux davantage de pertes par des causes qui ne sont pas li\u00e9es au combat.<\/p>\n\n\n\n
Il faut pr\u00e9ciser d’ailleurs que sur le front, ils sont m\u00e9lang\u00e9s avec des soldats blancs \u2014 il y a donc des unit\u00e9s mixtes. Mon grand-p\u00e8re lui-m\u00eame faisait partie de cette arm\u00e9e coloniale. Il a fait la Premi\u00e8re Guerre mondiale avec des tirailleurs s\u00e9n\u00e9galais. J’insiste parce que c’est une particularit\u00e9 qui nous distingue du reste du monde. Notre cas est tr\u00e8s diff\u00e9rent de celui des unit\u00e9s am\u00e9ricaines qui arrivent en France en 1917 et o\u00f9 r\u00e8gne une v\u00e9ritable s\u00e9gr\u00e9gation : on n\u2019y m\u00e9lange pas du tout les soldats noirs et blancs. Les soldats afro-am\u00e9ricains engag\u00e9s aupr\u00e8s de l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise s\u2019y sentaient donc globalement mieux trait\u00e9s que chez eux. Il y a une photographie assez c\u00e9l\u00e8bre o\u00f9 l’on voit tous ces combattants noirs am\u00e9ricains en France, d\u00e9cor\u00e9s de la m\u00e9daille militaire et qui, par ailleurs, vont conna\u00eetre assez souvent un destin funeste en rentrant aux \u00c9tats-Unis. Une autre photographie c\u00e9l\u00e8bre montre aussi d\u2019anciens combattants afro-am\u00e9ricains de la Premi\u00e8re Guerre mondiale pendus aux \u00c9tats-Unis. <\/p>\n\n\n\n
Avez-vous \u00e9t\u00e9 surpris lorsqu\u2019on vous a contact\u00e9 pour \u00eatre conseiller historique sur le film ? Avez-vous h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 dire oui ? <\/strong><\/h3>\n\n\n\nQuand Mathieu Vadepied m\u2019a contact\u00e9, c\u2019\u00e9tait pour en apprendre plus sur la psychologie du combattant. Il se trouve que j’ai \u00e9crit un livre sur ce sujet, Sous le feu. La mort comme hypoth\u00e8se de travail,<\/em> dans lequel je d\u00e9cris tout cela ; je suis \u00e9galement historien de la Premi\u00e8re Guerre mondiale, ayant travaill\u00e9 sur l\u2019exp\u00e9rience des soldats fran\u00e7ais. C’\u00e9tait donc une raison pour collaborer avec lui. Ce que j’ai fait avec grand plaisir et imm\u00e9diatement, car c’est une exp\u00e9rience enrichissante.<\/p>\n\n\n\nQuel est le r\u00f4le d’un conseiller historique sur un film ? Quel est son pouvoir et sa marge de man\u0153uvre ? <\/strong><\/h3>\n\n\n\nCela passe par plusieurs \u00e9tapes. La premi\u00e8re, c’est la r\u00e9daction du sc\u00e9nario. Mon travail, c’\u00e9tait de rendre ce sc\u00e9nario vraisemblable. J’\u00e9tais conseiller historique et militaire. Donc il y a \u00e0 la fois tout ce qui concerne la vie militaire, le rapport entre tous les individus dans ce film, entre tous les officiers et sous-officiers, les tirailleurs. Il fallait faire quelque chose de vraisemblable militairement et historiquement. Je n’ai pas contribu\u00e9 \u00e0 la r\u00e9daction du sc\u00e9nario en tant que tel, mais j’\u00e9tais plut\u00f4t dans une mission consistant \u00e0 le passer au crible en disant, le cas \u00e9ch\u00e9ant : \u00ab l\u00e0 ce n\u2019est pas possible, ici c’est possible. \u00bb La deuxi\u00e8me \u00e9tape, c\u2019est la pr\u00e9paration du tournage. <\/p>\n\n\n\n
Ce sont ici des \u00e9l\u00e9ments tr\u00e8s concrets : quelles sont les tenues militaires, comment les soldats sont \u00e9quip\u00e9s, comment un assaut est cens\u00e9 se d\u00e9rouler… J’ai donc collabor\u00e9 avec diff\u00e9rentes \u00e9quipes de costumiers, de d\u00e9corateurs pour, encore une fois, essayer de faire en sorte que les choses soient aussi fid\u00e8les que possible sur le plan historique. Ce n\u2019\u00e9tait pas toujours r\u00e9ussi, d\u2019autant qu\u2019on se heurte \u00e0 des probl\u00e8mes tr\u00e8s concrets et mat\u00e9riels. Par exemple, quand je dis que les tirailleurs ont des casques avec des ancres marines dessus, on me r\u00e9pond qu\u2019il n’y en a pas de disponibles, et qu\u2019il faudra faire sans. Il faut donc faire autrement pour beaucoup de d\u00e9tails de ce genre. Et ce d\u2019autant plus que la pr\u00e9paration a \u00e9t\u00e9 br\u00e8ve. Entre l\u2019obtention des financements, le Covid et les disponibilit\u00e9s de l’acteur principal Omar Sy, il n\u2019y a que peu de temps. Cela explique parfois des petits rat\u00e9s du point de vue historique qui sont de ma faute parce que je n’ai pas \u00e9t\u00e9 assez pr\u00e9cis ou pas assez convaincant. Mais globalement, et c’est le plus important, l\u2019intrigue reste historiquement vraisemblable.<\/p>\n\n\n\nMon travail, c’\u00e9tait de rendre ce sc\u00e9nario vraisemblable.<\/p>Michel Goya<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\nCe travail vous a-t-il paru compl\u00e9mentaire de celui de consultant pour les m\u00e9dias sur les questions militaires que vous effectuez depuis plusieurs ann\u00e9es maintenant ? De mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, comment d\u00e9finissez-vous aujourd’hui votre r\u00f4le, en tant que personnage public, au c\u0153ur du lien arm\u00e9e-nation ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\nJe me fais une r\u00e8gle de r\u00e9pondre \u00e0 toutes les sollicitations. Ce peut \u00eatre des sollicitations m\u00e9diatiques mais aussi politiques, par exemple de la part d\u2019\u00e9lus qui demandent \u00e0 me rencontrer. Je le fais car je consid\u00e8re que c’est mon devoir de citoyen. Je pars du constat que j’ai une expertise dans un domaine particulier et que si on me pose des questions sur celui-ci, j\u2019ai le devoir d’y r\u00e9pondre. Ici, c’\u00e9tait une exp\u00e9rience un peu originale mais je n’ai pas h\u00e9sit\u00e9 une seconde. Pour moi, cela rel\u00e8ve sensiblement de la m\u00eame chose. Accessoirement, je souffre beaucoup quand je vois un film qui montre des militaires fran\u00e7ais qui font n’importe quoi, qui n’est absolument pas r\u00e9aliste. Je me dis donc que si je peux aider \u00e0 \u00e9viter cela, je dois le faire. <\/p>\n\n\n\n
Avez-vous \u00e9chang\u00e9 avec d’anciens tirailleurs pour pr\u00e9parer ce film ? Quelles ont \u00e9t\u00e9 leurs r\u00e9actions ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\nEn fait, j’ai rencontr\u00e9 pour la premi\u00e8re fois de vrais tirailleurs s\u00e9n\u00e9galais apr\u00e8s le film. Leurs retours \u00e9taient positifs. C’est aussi cela, l’int\u00e9r\u00eat du film : faire parler de ces gens-l\u00e0 et les faire parler ; leur rendre tout simplement hommage. Ces tirailleurs ont \u00e9t\u00e9 un peu effac\u00e9s de l’histoire, parce qu’ils n’ont pas beaucoup \u00e9crit. La Premi\u00e8re Guerre mondiale a donn\u00e9 naissance \u00e0 une abondante litt\u00e9rature. C’est la premi\u00e8re fois que des millions d’hommes alphab\u00e9tis\u00e9s sont engag\u00e9s au combat. \u00c0 l’issue de cette exp\u00e9rience extraordinaire, beaucoup ressentent un besoin d’\u00e9crire. On assiste donc \u00e0 l\u2019\u00e9mergence de toute une litt\u00e9rature de guerre assez remarquable, mais de laquelle les tirailleurs, rarement alphab\u00e9tis\u00e9s, sont absents. C’est un facteur d’effacement.<\/p>\n\n\n\n
Qui plus est, ce sont des gens pris dans un entre-deux, entre la France et leur pays d’origine. Au moment des ind\u00e9pendances, ils sont un peu sortis de l’histoire de France sans pour autant \u00eatre compl\u00e8tement int\u00e9gr\u00e9s \u00e0 celle de ces nouvelles nations qui voulaient couper le lien colonial. Le film \u00e9tait donc l’occasion de rappeler leur histoire et de leur rendre hommage. C’est l\u00e0 son point d\u2019origine. Ce fut notamment la volont\u00e9 d’Omar Sy, qui en est \u00e9galement le producteur, et qui me disait qu’il ne connaissait pas lui-m\u00eame cette histoire, trop absente des manuels et du d\u00e9bat public. La puissance d’\u00e9vocation et de projection du cin\u00e9ma est beaucoup plus importante que celle de n’importe quel livre universitaire. \u00c9videmment, le fond ne sera pas forc\u00e9ment le m\u00eame, mais cela aura plus d\u2019impact et donnera peut-\u00eatre envie aux spectateurs d’aller voir plus loin, de creuser le sujet.<\/p>\n\n\n\nLa puissance d’\u00e9vocation et de projection du cin\u00e9ma est beaucoup plus importante que celle de n’importe quel livre universitaire.<\/p>Michel Goya<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\nPour revenir sur le lien arm\u00e9e-nation, comment ce genre de films est-il per\u00e7u par l’institution militaire ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\nJe n’ai quasiment plus aucun contact avec l’institution, \u00e0 part des liens personnels. Il y a en tout cas une grande difficult\u00e9 de l’institution militaire \u00e0 se vendre, \u00e0 mettre en avant ses combattants, ses h\u00e9ros. J’ai toujours \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9 par un film comme La Chute du faucon noir<\/em> de Ridley Scott, qui retrace le parcours d\u2019un combattant am\u00e9ricain \u00e0 Mogadiscio. Au d\u00e9part, c’est un best-seller grand public d’un journaliste et cela fait un film tr\u00e8s connu. Ce qui me g\u00eane, c’est que les Fran\u00e7ais ont combattu exactement au m\u00eame endroit quelques mois plus t\u00f4t et que jamais personne en France n’en a entendu parler. Pour avoir v\u00e9cu quelques op\u00e9rations, il y a un sentiment de frustration \u00e0 l\u2019\u00e9gard d\u2019une institution qui parle mal d’elle-m\u00eame et d’un monde ext\u00e9rieur qui n’a pas forc\u00e9ment envie non plus de parler de la chose militaire. Et quand l\u2019institution le fait, elle propose des choses parfois un peu caricaturales. J’essaye donc \u00e0 mon niveau de contribuer \u00e0 tisser ce lien entre le monde militaire et le reste de la soci\u00e9t\u00e9. <\/p>\n\n\n\nL’exp\u00e9rience des tirailleurs s\u00e9n\u00e9galais s’est arr\u00eat\u00e9e \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1950. A-t-elle laiss\u00e9 un h\u00e9ritage dans les arm\u00e9es fran\u00e7aises ? <\/strong><\/h3>\n\n\n\nLes tirailleurs s\u00e9n\u00e9galais sont reconnus ; toutes les troupes des anciennes colonies dans l’arm\u00e9e fran\u00e7aise le sont. J’ai moi-m\u00eame commenc\u00e9 ma carri\u00e8re comme sous-officier dans un r\u00e9giment de tirailleurs alg\u00e9riens. Je fais partie des troupes de marine qui, jusqu’en 1959, \u00e9taient l’arm\u00e9e coloniale. Je porte toujours sur moi une ancre marine, la m\u00eame que celle port\u00e9e par les tirailleurs s\u00e9n\u00e9galais dans le film. C\u2019est pour moi la m\u00eame histoire et je me reconnais parfaitement en eux, en qui je vois des fr\u00e8res d’armes, avant de voir des Africains ou des Fran\u00e7ais.<\/p>\n\n\n\n
Paradoxalement, les tirailleurs s\u00e9n\u00e9galais que j’ai pu rencontrer sont reconnus par l’institution militaire : ils ont des \u00ab placards de m\u00e9dailles \u00bb qui me font p\u00e2lir de jalousie. Mais d’un autre c\u00f4t\u00e9, la France est aussi capable d\u2019incroyables mesquineries \u00e0 leur \u00e9gard. C’est toujours assez \u00e9tonnant d’avoir ce m\u00e9lange de grandeur et de petitesse. Et puis il s\u2019agit de mesquineries des plus stupides. Par exemple, comment se fait-il qu\u2019en 1959, lorsqu\u2019on met fin aux colonies et donc aux r\u00e9giments de tirailleurs s\u00e9n\u00e9galais, les anciens combattants aient droit \u00e0 des pensions diff\u00e9rentes de celles de ces r\u00e9giments ? Il y a donc quelqu’un \u00e0 Paris qui s’est dit, de mani\u00e8re arbitraire, que les Fran\u00e7ais auraient un tel montant de pension, alors que les Africains en auraient un autre. Fran\u00e7ais ou Africains, les soldats \u00e9taient des fr\u00e8res d\u2019armes et d\u2019\u00e2me : ils ont couru les m\u00eames risques, ont servi la France de la m\u00eame fa\u00e7on. Pourquoi la France ne les a-t-elle pas trait\u00e9s en retour de mani\u00e8re identique ? Il y a ici une injustice. Depuis quelques jours, cela a chang\u00e9 et c’est peut-\u00eatre une des cons\u00e9quences b\u00e9n\u00e9fiques du film.<\/p>\n\n\n\nJe porte toujours sur moi une ancre marine, la m\u00eame que celle port\u00e9e par les tirailleurs s\u00e9n\u00e9galais dans le film.\u00a0 C\u2019est pour moi la m\u00eame histoire et je me reconnais parfaitement en eux, en qui je vois des fr\u00e8res d’armes, avant de voir des Africains ou des Fran\u00e7ais.<\/p>Michel Goya<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\nBeaucoup d’institutions, que ce soient des \u00c9tats, des entreprises ou des collectivit\u00e9s locales, se tournent, s’interrogent voire s’inqui\u00e8tent de leur pass\u00e9 colonial. Vue de l’ext\u00e9rieur, l’arm\u00e9e fran\u00e7aise donne l’impression de ne pas se poser ces questions. Quel rapport entretient-elle avec son pass\u00e9 colonial ? <\/strong><\/h3>\n\n\n\nC’est assez complexe. Dans le jargon militaire, un membre de la Marine, on appelle encore cela un \u00ab colonial \u00bb. C’est un terme qui s\u2019y emploie encore, et l\u2019on s\u2019y raconte en permanence notre histoire coloniale, une histoire militaire certainement un peu fantasm\u00e9e et enjoliv\u00e9e. C\u2019est effacer \u00e0 coup s\u00fbr les aspects les plus sombres, mais, au sein de l\u2019arm\u00e9e, l\u2019on ne s\u2019en repent gu\u00e8re ni n\u2019en a honte. D\u2019autant que le lien n’est pas forc\u00e9ment rompu. Les troupes de marine et la L\u00e9gion \u00e9trang\u00e8re n’ont pas cess\u00e9 d’intervenir en Afrique depuis les ind\u00e9pendances. L\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise reste une des principales puissances militaires actives en Afrique, r\u00e9gion qui est donc pleinement rest\u00e9e dans notre univers mental. <\/p>\n\n\n\n
Certains diront qu\u2019il y a dans cette pr\u00e9sence une forme de continuation de la colonisation apr\u00e8s la d\u00e9colonisation qui n\u2019en aurait donc pas vraiment \u00e9t\u00e9 une… <\/strong><\/h3>\n\n\n\nOn y fait souvent r\u00e9f\u00e9rence, d’autant plus que la France est souvent engag\u00e9e dans des combats qui ressemblent un peu dans leur forme aux guerres coloniales. Quand je suis devenu officier des troupes de marine, on m’a dit que mon travail, c’\u00e9tait de faire aimer la France et que la meilleure m\u00e9thode, h\u00e9rit\u00e9e de l\u2019\u00e9poque coloniale, c’\u00e9tait de comprendre les populations au contact desquelles on m\u2019envoyait.. Mon travail, me disait-on, c’\u00e9tait d’\u00eatre en empathie avec le milieu \u00e9tranger dans lequel je serai engag\u00e9, donc de le comprendre.<\/p>\n\n\n\n
Notre mission n\u2019\u00e9tait pas forc\u00e9ment de \u00ab flinguer des mecs en face \u00bb, mais aussi de rencontrer des gens, de simplement discuter avec eux, voire vivre au milieu d\u2019eux. Lorsque j\u2019\u00e9tais au Rwanda, je vivais dans un village rwandais au milieu des gens. L\u00e0 o\u00f9 j\u2019\u00e9tais au plus proche des gens, c’est paradoxalement en Europe, dans la ville assi\u00e9g\u00e9e de Sarajevo. Quand j\u2019y suis arriv\u00e9 avec mon unit\u00e9, on nous a dit que nous allions devoir faire cela \u00e0 notre mani\u00e8re, \u00ab la mani\u00e8re coloniale \u00bb. On m’a donc dit : \u00ab voici le secteur de la ville dont tu es responsable. Quand tu pars dans six mois, tous les gens doivent pleurer de tristesse en te voyant partir, parce que tu seras devenu indispensable \u00e0 leur vie. \u00bb J’ai ainsi pass\u00e9 des mois \u00e0 \u00eatre au milieu des gens, \u00e0 rigoler avec eux, alors qu’on \u00e9tait dans l’endroit le plus dangereux du monde pour qui vivait dans les ann\u00e9es 1990. J’ai organis\u00e9 un spectacle de marionnettes, distribu\u00e9 notre nourriture et notre eau, j’ai contribu\u00e9 \u00e0 la construction d’un gazoduc pour les habitants du secteur\u2026<\/p>\n\n\n\n
Ces derni\u00e8res ann\u00e9es, on entend de plus en plus dire que la France serait en train d’\u00eatre chass\u00e9e d’Afrique \u00e0 la fois par les Africains eux-m\u00eames, mais aussi par les Russes. Ce recul de la pr\u00e9sence fran\u00e7aise en Afrique vous para\u00eet-il r\u00e9el ? S’agit-il simplement d’un simple repli ? Est-ce que c’est une bonne chose ? <\/strong><\/h3>\n\n\n\nLes interventions postcoloniales sont toujours compliqu\u00e9es pour de multiples raisons. C’est l’objet de mon dernier ouvrage, Le Temps des gu\u00e9pards, <\/em>qui porte sur l’histoire de nos interventions en Afrique apr\u00e8s les ind\u00e9pendances. Elles sont complexes parce que nous sommes pr\u00e9sents, et aussi parce que nous sommes militairement forts.<\/p>\n\n\n\nNous sommes de fait plus forts que toutes les forces sur place, mais nous sommes soumis \u00e0 une sorte de mal\u00e9diction qui veut que si nous n’intervenons pas alors que nous sommes \u00e0 c\u00f4t\u00e9, nous serons accus\u00e9s d\u2019une coupable passivit\u00e9. L\u2019ennui \u00e9tant que, si nous intervenons rapidement, nous serons aussi accus\u00e9s, mais cette fois d’entrisme, d’ing\u00e9rence, voire de n\u00e9ocolonialisme. On peut m\u00eame \u00eatre parfois accus\u00e9 des deux en m\u00eame temps. C’est arriv\u00e9 en Centrafrique. En 2016, la France d\u00e9cide de quitter le territoire centrafricain en mettant fin \u00e0 l’op\u00e9ration Sangaris ; elle est alors accus\u00e9e d’abandon alors que le jour d’avant, on lui reprochait d’\u00eatre trop pr\u00e9sente.<\/p>\n\n\n\n
Ce genre de situations tr\u00e8s complexes s\u2019explique aussi parce que les soci\u00e9t\u00e9s elles-m\u00eames sont tr\u00e8s polaris\u00e9es…<\/strong><\/h3>\n\n\n\nBien s\u00fbr. Nous sommes pass\u00e9s par une premi\u00e8re phase o\u00f9, jusqu’en 1978, la France intervient directement sur place, vient en aide \u00e0 un \u00c9tat local en difficult\u00e9 et qui l\u2019appelle \u00e0 l’aide parce qu\u2019il n’est pas capable de r\u00e9soudre le probl\u00e8me lui-m\u00eame, souvent pour des raisons d\u2019ordre structurel. Cette phase d\u2019intervention directe se termine en 1978. La France est alors engag\u00e9e au Tchad et d\u00e9cide de se mettre en retrait, dans une posture de deuxi\u00e8me \u00e9chelon dans laquelle elle laisse faire les gens sur place en les soutenant. J’\u00e9tais engag\u00e9 dans ce cadre-l\u00e0 au Rwanda en 1992. Nous \u00e9tions alors en appui de l’arm\u00e9e rwandaise. En r\u00e9alit\u00e9, cette m\u00e9thode ne marche pas tr\u00e8s bien ou, plus exactement, elle est bien moins efficace militairement. Cela d\u00e9pend de la valeur de l’arm\u00e9e locale que l\u2019on appuie, et cette valeur militaire elle-m\u00eame d\u00e9pend souvent de la solidit\u00e9 de son \u00c9tat. Quand on appuie des \u00c9tats corrompus et faibles, g\u00e9n\u00e9ralement, cela ne donne pas grand-chose. \u00c0 tout le moins est-on un peu plus en retrait, donc moins visibles \u2014 mais aussi moins efficaces.<\/p>\n\n\n\n
Il y a ensuite toute une phase d’interposition, comme l’op\u00e9ration Turquoise au Rwanda, o\u00f9 l’on va s’interposer entre les combattants. On s’aper\u00e7oit vite que c’est un pi\u00e8ge, que la situation est tr\u00e8s compliqu\u00e9e. Ensuite, en 2013, nous sommes revenus au Mali avec l’op\u00e9ration Serval. Le Mali nous appelle pour vaincre les djihadistes, une op\u00e9ration qui fonctionne militairement, bien qu\u2019il ne faille jamais rester au c\u0153ur des probl\u00e8mes trop longtemps, au risque de devenir associ\u00e9 au probl\u00e8me. Pour faire une comparaison m\u00e9dicale, la greffe finit toujours par rejeter le corps fran\u00e7ais. C’est l’erreur que nous avons faite au Sahel : nous n\u2019aurions jamais d\u00fb rester apr\u00e8s l’op\u00e9ration Serval. Il fallait se retirer et attendre qu’on nous appelle de nouveau au secours.<\/p>\n\n\n\nNous n\u2019aurions jamais d\u00fb rester apr\u00e8s l’op\u00e9ration Serval. Il fallait se retirer et attendre qu’on nous appelle de nouveau au secours.<\/p>Michel Goya<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\nPourquoi \u00eatre rest\u00e9s ? <\/strong><\/h3>\n\n\n\nNous avons d\u2019abord \u00e9t\u00e9 pris par une sorte d’hybris<\/em> de toute-puissance. Nous avons fait une op\u00e9ration militaire r\u00e9ussie et nous avons pens\u00e9 qu\u2019\u00e0 partir de l\u00e0, nous pourrions faire bien d\u2019autres choses. Donc nous avons continu\u00e9, d\u2019autant que la menace \u00e9tait r\u00e9duite. Dans le m\u00eame temps, nous nous sommes engag\u00e9s en Centrafrique, en Irak, et avons d\u00e9ploy\u00e9 Sentinelle en France, tout en r\u00e9duisant, jusqu\u2019\u00e0 2015 du moins, les moyens des arm\u00e9es. Il y a une coh\u00e9rence globale de cette strat\u00e9gie dispers\u00e9e. Elle tient au fait qu\u2019il est facile en France d’engager la force militaire. C’est tr\u00e8s simple pour l’ex\u00e9cutif : il d\u00e9cide et le lendemain, les militaires sont d\u00e9ploy\u00e9s sur le terrain. On a cru, avec Barkhane, \u00eatre en mesure de maintenir la pression sur les groupes djihadistes en attendant de reformer une arm\u00e9e locale, des institutions locales qui prendraient ensuite le relais. C\u2019\u00e9tait un leurre d\u00e8s le d\u00e9part. Les probl\u00e8mes structurels sont tellement profonds, particuli\u00e8rement au Mali, que l’effort \u00e9tait vain. La Mauritanie, quant \u00e0 elle, a r\u00e9ussi \u00e0 se sortir de cette menace djihadiste. C’est l\u00e0 la preuve qu\u2019une telle prise de relais demeure possible. <\/p>\n\n\n\nD’autres acteurs, comme le groupe Wagner, profitent aujourd\u2019hui des difficult\u00e9s rencontr\u00e9es par la France sur le th\u00e9\u00e2tre africain pour y avancer leurs pions. <\/strong><\/h3>\n\n\n\nLe c\u00f4t\u00e9 paradoxal de l’affaire, c’est que les \u00c9tats africains qui font appel \u00e0 Wagner accusent les Fran\u00e7ais de piller leurs ressources naturelles, ce qui est \u00e9videmment absurde, tout en payant les Russes nouvellement arriv\u00e9s en concessions mini\u00e8res. Les Russes savent jouer habilement de ce ressentiment \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019ancienne puissance coloniale, d’une mani\u00e8re parfois tout \u00e0 fait basique : il suffit de payer des journalistes ou des leaders d\u2019opinion pour dire du mal des Fran\u00e7ais.<\/p>\n\n\n\n
La guerre d\u2019Ukraine a contraint l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise, comme toutes les arm\u00e9es occidentales, \u00e0 se r\u00e9orienter vers le front europ\u00e9en. Les soldats fran\u00e7ais qui sont habitu\u00e9s aux th\u00e9\u00e2tres africains ou moyen-orientaux sont-ils capables de s’adapter rapidement \u00e0 ce nouveau th\u00e9\u00e2tre ? <\/strong><\/h3>\n\n\n\nOn est l\u00e0 en pr\u00e9sence d\u2019un autre type de conflit, la confrontation. La confrontation signifie qu’on est en situation d’opposition face \u00e0 un autre \u00c9tat o\u00f9 l’on va tout faire pour faire pression sur lui, sans mener toutefois de combats ouverts de grande \u00e9chelle \u00e0 son encontre. <\/p>\n\n\n\n
On parle de confrontation en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 celle de Born\u00e9o entre le Royaume-Uni et l’Indon\u00e9sie, qui est rest\u00e9e une situation secr\u00e8te et n’a jamais d\u00e9bouch\u00e9 sur une guerre ouverte entre les deux pays. La chose est d\u00e9j\u00e0 arriv\u00e9e dans notre histoire \u00e9galement. \u00c0 petite \u00e9chelle, en 1963, nous sommes en confrontation avec le Br\u00e9sil sur des zones de p\u00eache de langoustes. Et c’est finalement en engageant la marine nationale que nous arrivons \u00e0 d\u00e9bloquer la situation, faire peur aux Br\u00e9siliens et les faire c\u00e9der. Cet \u00e9pisode est connu comme la \u00ab guerre de la langouste \u00bb.<\/p>\n\n\n\n
Dans les ann\u00e9es 1980, la France se retrouve en confrontation avec l’Iran. Nous faisons pression sur le r\u00e9gime et il nous surclasse compl\u00e8tement : prise d’otages au Liban, assassinats, attaques contre le contingent fran\u00e7ais \u00e0 Beyrouth, attentat \u00e0 Paris… la France reste alors un peu impuissante face \u00e0 ces actions clandestines. Finalement, nous finissons par c\u00e9der \u00e0 l’Iran sur tout ce qu’il demande, perdant donc cette confrontation contre T\u00e9h\u00e9ran. Nous en menons ensuite une autre contre la Libye de Kadhafi, qui nous r\u00e9ussit un peu mieux. Pour r\u00e9ussir cette confrontation, le Tchad fait appel \u00e0 nous pour faire face \u00e0 la menace libyenne. La France d\u00e9ploie son arm\u00e9e tr\u00e8s rapidement, met en place une ligne rouge et emploie une force a\u00e9rienne. Nous disons aux Libyens que s’ils franchissent la ligne rouge, il y aura des combats et que nous leur ferons la guerre. En m\u00eame temps, la France appuie l’arm\u00e9e tchadienne pour reconqu\u00e9rir le Nord et faire face \u00e0 l’arm\u00e9e libyenne.<\/p>\n\n\n\n
Ce cadre th\u00e9orique vous semble-t-il op\u00e9ratoire pour d\u00e9crire la situation actuelle ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\nIl fonctionne, mais il se trouve qu’on a un peu oubli\u00e9 ces situations parce que ce genre de confrontations rappelait beaucoup la guerre froide. Or l\u00e0, nous nous retrouvons dans un contexte similaire. Depuis le milieu des ann\u00e9es 2010, c’est le retour du jeu de la puissance nucl\u00e9aire. La grammaire utilis\u00e9e par la Russie est tout \u00e0 fait classique, nous avons l\u00e0 des relations tr\u00e8s proches de ce qui se passait pendant la guerre froide. Il n’y a donc aucune nouveaut\u00e9 en la mati\u00e8re. Nous avons simplement un peu oubli\u00e9 cet aspect des choses depuis un certain temps.<\/p>\n\n\n\n
La France se retrouve donc en confrontation avec la Russie. Celle-ci prend plusieurs formes : sanctions, cyberattaques… Il faut aussi compter avec des aspects militaires qui consistent \u00e0 faire des d\u00e9monstrations de force, \u00e9ventuellement \u00e0 menacer d’utiliser le nucl\u00e9aire, \u00e0 faire peur, en somme. On aurait pu imaginer, comme nous l\u2019avons fait au Tchad, de d\u00e9ployer des soldats fran\u00e7ais \u00e0 Kiev pour faire acte de pr\u00e9sence et attendre la r\u00e9action russe. Nous aussi, nous sommes une puissance nucl\u00e9aire. Nous n’avons pas os\u00e9 le faire. Nous n\u2019avions pas forc\u00e9ment les moyens d’agir aussi vite. Nous l\u2019avons donc fait de mani\u00e8re plus indirecte, en se d\u00e9ployant dans les pays baltes apr\u00e8s 2014 et en Roumanie depuis 2022, avec la m\u00eame id\u00e9e, la m\u00eame posture. Ce n’est pas un bataillon fran\u00e7ais qui va arr\u00eater quoi que ce soit. Le raisonnement est donc plut\u00f4t : si vous p\u00e9n\u00e9trez en Roumanie, vous serez oblig\u00e9s de tuer des soldats fran\u00e7ais.<\/p>\n\n\n\n
Cela est-il suffisant ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\nIl y a, en tout cas, quelque chose que nous avons compl\u00e8tement rat\u00e9 : c\u2019est la capacit\u00e9 \u00e0 aider un autre pays. <\/p>\n\n\n\n
Personne ne s’est dit que peut-\u00eatre, un jour, nous aurions besoin d’aider mat\u00e9riellement et massivement un autre pays. Nous n’avons aucune r\u00e9serve. Or le stock, c’est la survie. Et pour faire face \u00e0 l’inattendu, \u00e0 une grande surprise, il faut \u00eatre capable de remonter en puissance rapidement. <\/p>\n\n\n\n
Quand je mettais en place un dispositif militaire sur le terrain, je mettais toujours une unit\u00e9 derri\u00e8re en r\u00e9serve, au cas o\u00f9 je me ferais attaquer. Cet \u00e9l\u00e9ment de r\u00e9serve, c’est, en termes comptables, un actif non utilis\u00e9 \u2014 or quand on veut faire des \u00e9conomies, la premi\u00e8re chose qu’on supprime, c’est la r\u00e9serve. <\/p>\n\n\n\n
Le probl\u00e8me, c\u2019est qu\u2019en supprimant cette r\u00e9serve, nous devenons vuln\u00e9rables. Si une surprise nous arrive, nous ne pouvons rien faire de plus parce que nous n’avons rien derri\u00e8re. Ce sont ceux qui ont conserv\u00e9 quelques r\u00e9serves, comme les \u00c9tats-Unis, qui prennent donc in\u00e9vitablement le leadership.<\/p>\n\n\n\n
Ce n’\u00e9tait pas faute d’alerter depuis des ann\u00e9es. Je parlais tout \u00e0 l\u2019heure d’inertie : il faut souvent le choc des \u00e9v\u00e9nements pour d\u00e9bloquer les situations. Les choses ont chang\u00e9 dans notre politique de d\u00e9fense en 2015, apr\u00e8s les attentats qui n\u2019\u00e9taient pourtant pas une surprise : tous les sp\u00e9cialistes disaient qu’il y avait une menace d’attentats sur le sol fran\u00e7ais. En soi, il n’y avait donc pas lieu de changer notre politique de d\u00e9fense face \u00e0 un \u00e9v\u00e9nement pr\u00e9vu. Mais le choc des faits est plus important que celui des \u00e9crits. De la m\u00eame mani\u00e8re, cela fait des ann\u00e9es que nous disons qu\u2019il faut se pr\u00e9parer, monter en puissance. Mais nous sommes devenus une arm\u00e9e purement exp\u00e9ditionnaire qui semble prise par surprise par la guerre ukrainienne.<\/p>\n\n\n\nIl y a quelque chose que nous avons compl\u00e8tement rat\u00e9. C\u2019est la capacit\u00e9 \u00e0 aider un autre pays. Personne ne s’est dit que peut-\u00eatre, un jour, nous aurions besoin d’aider mat\u00e9riellement et massivement un autre pays. Nous n’avons aucune r\u00e9serve.\u00a0<\/p>Michel Goya<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\nPourtant, vous dites vous-m\u00eames qu\u2019il ne faut pas s\u2019\u00e9terniser sur nos th\u00e9\u00e2tres d\u2019intervention ext\u00e9rieurs. Cette logique d\u2019arm\u00e9e exp\u00e9ditionnaire n\u2019est-elle pas la meilleure pour un pays aux ressources d\u00e9mographiques somme toute limit\u00e9es comme la France, qui n\u2019a pas, comme les \u00c9tats-Unis, plusieurs centaines de millions d\u2019habitants ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\nCertes, mais la diff\u00e9rence, c’est que si nous faisions le m\u00eame effort que les \u00c9tats-Unis en termes de pourcentage du PIB, si chaque Fran\u00e7ais d\u00e9pensait autant que chaque Am\u00e9ricain pour sa d\u00e9fense, le budget fran\u00e7ais de la d\u00e9fense serait de 92 milliards d’euros et non de 42 milliards.<\/p>\n\n\n\n
Si nous faisions simplement le m\u00eame effort de d\u00e9fense en pourcentage de PIB qu’en 1990 nous aurions un budget entre 65 et 70 milliards d’euros \u2014 et donc un budget d\u2019une autre dimension. Sur plusieurs ann\u00e9es accumul\u00e9es, nous aurions peut-\u00eatre plus de moyens et dans le cas de l’Ukraine et serions peut-\u00eatre une alternative plus cr\u00e9dible aux \u00c9tats Unis qui \u00e9crasent le march\u00e9 de l’aide \u00e0 l’Ukraine avec 70 % des ressources fournies. Si nous voulons peser sur la dimension politique, il faut s\u2019en donner les moyens. Sinon, il ne faut pas s\u2019\u00e9tonner que les pays d’Europe de l’Est se tournent vers les \u00c9tats Unis pour les prot\u00e9ger. Notre position n’est pas une fatalit\u00e9, mais la puissance se m\u00e9rite.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"
\u00c0 l\u2019occasion de la sortie du film Tirailleurs<\/em>, produit par Omar Sy, pour lequel il est intervenu en tant que conseiller militaire et historique, nous rencontrons Michel Goya. Au-del\u00e0 des pol\u00e9miques st\u00e9riles, il brosse un tableau panoramique des paradoxes de l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise dans ses interventions \u00e0 l\u2019\u00e9tranger jusqu\u2019\u00e0 l\u2019actualit\u00e9 du front ukrainien.<\/p>\n","protected":false},"author":10,"featured_media":174014,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"templates\/post-interviews.php","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_trash_the_other_posts":false,"footnotes":""},"categories":[1732],"tags":[],"staff":[3041,3182,2508],"editorial_format":[],"serie":[],"audience":[],"geo":[1917],"class_list":["post-174016","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-guerre","staff-anthony-guyon","staff-asma-mhalla","staff-florian-louis","geo-europe"],"acf":{"open_in_webview":false,"accent":false},"yoast_head":"\n\u00abLes tirailleurs \u00e9taient nos fr\u00e8res d\u2019armes et nos fr\u00e8res d\u2019\u00e2me\u00bb, une conversation avec Michel Goya | Le Grand Continent<\/title>\n \n \n \n \n \n \n \n \n \n \n \n\t \n\t \n\t \n \n \n \n \n\t \n\t \n\t \n