{"id":174000,"date":"2023-01-12T14:30:00","date_gmt":"2023-01-12T13:30:00","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=174000"},"modified":"2023-01-15T19:32:23","modified_gmt":"2023-01-15T18:32:23","slug":"au-mexique-un-incendie-nomme-ovidio-guzman","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2023\/01\/12\/au-mexique-un-incendie-nomme-ovidio-guzman\/","title":{"rendered":"Au Mexique, un incendie nomm\u00e9 Ovidio Guzm\u00e1n"},"content":{"rendered":"\n
\u00c0 l’hiver 2019, la ville de Culiac\u00e1n \u2014 capitale de Sinaloa, sur la c\u00f4te Pacifique mexicaine \u2014 semblait vivre une f\u00eate ininterrompue. On pouvait entendre de la musique, des rires et des coups de feu \u00e0 toute heure. Beaucoup pensaient que l’atmosph\u00e8re d\u00e9tendue c\u00e9l\u00e9brait la fin de l’ann\u00e9e, mais dans les zones plus recul\u00e9es de la ville, on parlait d’autres raisons : les hommes arm\u00e9s du cartel de Sinaloa c\u00e9l\u00e9braient une victoire : leurs menaces d\u2019assassiner des civils avaient pouss\u00e9 l\u2019arm\u00e9e mexicaine \u00e0 lib\u00e9rer l\u2019un des fils de Joaqu\u00edn \u00ab Chapo \u00bb Guzm\u00e1n apr\u00e8s l’avoir bri\u00e8vement arr\u00eat\u00e9. <\/p>\n\n\n\n
C’est l’ivresse qui a suivi le \u00ab Culiacanazo \u00bb, une op\u00e9ration rat\u00e9e visant \u00e0 capturer Ovidio Guzm\u00e1n, h\u00e9ritier de l’empire criminel le plus c\u00e9l\u00e8bre du Mexique. Le 17 octobre 2019, le gouvernement f\u00e9d\u00e9ral s’est empress\u00e9 de l\u2019\u00e9crouer sans mandat d’arr\u00eat et sans mesurer la r\u00e9action violente de ses fr\u00e8res, connus sous le nom Los Chapitos<\/em>, qui ont mis le feu \u00e0 la ville et encercl\u00e9 des familles de militaires, mena\u00e7ant de tuer femmes et enfants pour exiger la lib\u00e9ration du jeune homme \u00e2g\u00e9 alors de 29 ans.<\/p>\n\n\n\n Le pr\u00e9sident mexicain, Andr\u00e9s Manuel L\u00f3pez Obrador, accul\u00e9, a pris l’une des d\u00e9cisions les plus controvers\u00e9es de son administration : il a ordonn\u00e9 qu’Ovidio Guzm\u00e1n soit livr\u00e9 aux mains de ses fr\u00e8res criminels, le transformant automatiquement en l\u00e9gende noire et en symbole de l’\u00e9chec de sa strat\u00e9gie de s\u00e9curit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n \u00c0 partir de ce jour, les Chapitos<\/em> se sont sentis invincibles. Iv\u00e1n Archivaldo, 36 ans, et Alfredo, 33 ans, croyaient que rien ni personne ne pouvait les toucher \u2014 encore moins dans leur fief. Mais 1 176 jours apr\u00e8s le d\u00e9but de la f\u00eate, la gueule de bois est arriv\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n Le 5 janvier 2023, \u00e0 l\u2019aube, vingt minutes avant le lever du jour \u00e0 Culiac\u00e1n, des membres de la Garde nationale, escort\u00e9s par l’arm\u00e9e mexicaine, ont pris d’assaut un ranch de la communaut\u00e9 de Jes\u00fas Mar\u00eda, avec en ligne de mire Ovidio Guzm\u00e1n, \u00ab El Rat\u00f3n \u00bb (\u00ab la souris \u00bb), dont le surnom vient de sa nature fragile mais insaisissable.<\/p>\n\n\n\n Par voie terrestre, les agents ont pris d’assaut avec des armes \u00e0 longue port\u00e9e une maison discr\u00e8te, traversant un cercle de gardes et une flotte de v\u00e9hicules blind\u00e9s. Par voie a\u00e9rienne, ils \u00e9taient suivis par un h\u00e9licopt\u00e8re UH-60M Black Hawk \u00e9quip\u00e9 d’un Minigun capable de cracher 3 000 tirs de pr\u00e9cision en une minute. Par voie maritime, si toutefois c\u2019\u00e9tait n\u00e9cessaire, les navires de la marine attendaient les ordres pour soutenir leurs coll\u00e8gues des forces arm\u00e9es mexicaines.<\/p>\n\n\n\n Des centaines de membres de la Garde nationale et de l’arm\u00e9e ont encercl\u00e9 la maison signal\u00e9e par le Centre national de renseignement, mais un groupe d’\u00e9lite a \u00e9t\u00e9 choisi pour entrer et fouiller les pi\u00e8ces \u00e0 la recherche d’Ovidio Guzm\u00e1n, comme ils l’avaient pr\u00e9vu depuis six mois, lorsque l’emplacement de la cible a \u00e9t\u00e9 connu gr\u00e2ce aux patrouilles des soldats de la neuvi\u00e8me zone militaire.<\/p>\n\n\n\n Au moment de son arrestation, Ovidio Guzm\u00e1n a cri\u00e9 son nom en pensant que les soldats le laisseraient \u00e0 nouveau libre.<\/p><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n C’\u00e9tait la phase la plus dangereuse de la mission : Ovidio vivait non seulement avec ses gardes du corps, mais aussi avec ses deux filles, \u00e2g\u00e9es de neuf et trois ans, qui ont \u00e9t\u00e9 l\u00e9g\u00e8rement bless\u00e9es pendant l’op\u00e9ration.<\/p>\n\n\n\n L\u00e0, dans une pi\u00e8ce entour\u00e9e de v\u00eatements de luxe, entre des chemises Calvin Klein et des Rolex, le gouvernement mexicain a arr\u00eat\u00e9 Ovidio Guzm\u00e1n. Au moment de son arrestation, il a cri\u00e9 son nom en pensant que les soldats le laisseraient \u00e0 nouveau libre. <\/p>\n\n\n\n Ce n’est pas arriv\u00e9.<\/p>\n\n\n\n\n\n En quelques minutes, l’ordre a \u00e9t\u00e9 ex\u00e9cut\u00e9 de mettre le jeune mafieux dans un avion du gouvernement mexicain pour une extraction imm\u00e9diate. Le gouvernement se doutait que le cartel de Sinaloa tenterait de le sauver, et pour cause : en quelques minutes, le crime organis\u00e9 avait dress\u00e9 19 barrages sur les routes et autoroutes pour r\u00e9cup\u00e9rer le fils du \u00ab Chapo \u00bb Guzm\u00e1n.<\/p>\n\n\n\n Culiac\u00e1n s’est imm\u00e9diatement enflamm\u00e9e. La ville connue au Mexique pour son ambiance festive et ses d\u00e9licieux fruits de mer est entr\u00e9e dans une psychose collective d\u00e8s que les informations locales ont rapport\u00e9 que des sicarios<\/em> \u2014 tueurs \u00e0 gages \u2014 volaient des v\u00e9hicules priv\u00e9s sous la menace d’une arme pour les incendier et bloquer les autoroutes, un drame que les Mexicains connaissent sous le nom de \u00ab narcobloqueos<\/em> \u00bb.<\/p>\n\n\n\n Au m\u00eame moment, des centaines d’hommes arm\u00e9s et masqu\u00e9s ont commenc\u00e9 \u00e0 incendier des commerces. Puis ils ont commenc\u00e9 \u00e0 tirer sur les stations-service. Et, fait in\u00e9dit en dix-sept ans de \u00ab guerre de la drogue \u00bb, des commandos de sicarios<\/em> se sont dirig\u00e9s vers l’a\u00e9roport international de Culiac\u00e1n pour abattre tout avion. D\u00e9sesp\u00e9rant de sauver Ovidio Guzm\u00e1n, les tireurs ont ouvert le feu sur un avion de passagers transportant des enfants et des familles qui \u00e9tait sur le point de d\u00e9coller pour Mexico.<\/p>\n\n\n\n Le gouvernement de Sinaloa a ordonn\u00e9 la suspension des cours via les r\u00e9seaux sociaux. Les bureaux gouvernementaux et priv\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 ferm\u00e9s. Le gouverneur Rub\u00e9n Rocha Moya a demand\u00e9 aux gens de ne pas quitter leur domicile et de bien fermer leurs portes \u00e0 clef. Le secteur de la communication sociale du cartel de Sinaloa a fait de m\u00eame : il a averti que toute personne aper\u00e7ue dans la rue se verrait enlever son v\u00e9hicule, voire sa vie.<\/p>\n\n\n\n \u00c0 11 heures, le 5 janvier, il n’y avait plus que cinq types de personnes dans les rues de Culiac\u00e1n : les sicarios<\/em>, les soldats, les policiers, les ambulanciers et les journalistes. Les autres, terrifi\u00e9s, suivaient le chaos sur les r\u00e9seaux sociaux ou \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision.<\/p>\n\n\n\n \u00c0 11 heures, le 5 janvier, il n’y avait plus que cinq types de personnes dans les rues de Culiac\u00e1n : les sicarios<\/em>, les soldats, les policiers, les ambulanciers et les journalistes.<\/p><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n \u00c0 ce moment-l\u00e0, il n’y avait pas encore de confirmation officielle que l\u2019origine du chaos \u00e9tait Ovidio Guzm\u00e1n, mais son nom \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 parmi les plus mentionn\u00e9s sur Twitter. Les actions violentes du cartel de Sinaloa \u00e9taient une copie conforme du \u00ab Culiacanazo \u00bb de 2019. Sur Instagram, des centaines de jeunes qui font partie de La Chapiza \u2014 un groupe de jeunes sicarios<\/em> adeptes de Los Chapitos<\/em> \u2014 ont post\u00e9 des messages de soutien \u00e0 leur patron, \u00ab El Rat\u00f3n \u00bb, mena\u00e7ant de tuer des civils sans lien avec le crime organis\u00e9 pour faire pression en faveur de sa lib\u00e9ration.<\/p>\n\n\n\n
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