{"id":171460,"date":"2022-12-15T16:45:11","date_gmt":"2022-12-15T15:45:11","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=171460"},"modified":"2022-12-16T10:59:43","modified_gmt":"2022-12-16T09:59:43","slug":"comment-je-nai-pas-tue-mon-pere-et-combien-je-le-regrette","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/12\/15\/comment-je-nai-pas-tue-mon-pere-et-combien-je-le-regrette\/","title":{"rendered":"Comment je n\u2019ai pas tu\u00e9 mon p\u00e8re et combien je le regrette"},"content":{"rendered":"\n<p>Traduit du polonais par Charles Zaremba<\/p>\n\n\n\n<p><em>p. 6-14<\/em><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Chapitre premier<\/h2>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Novembre-avril (2019-2020)<\/h2>\n\n\n\n<p>Papa \u00e9tait jaune quand je suis arriv\u00e9. Il \u00e9tait assis dans le salon, tout jaune, il se sentait mal. Comme on donnait justement<em> Os hardcore, monde mort<\/em> au th\u00e9\u00e2tre \u017beromski de Kielce, on a pass\u00e9 la nuit chez mes parents, avec Zuzia et les gar\u00e7ons.<\/p>\n\n\n\n<p>Non, ce n\u2019est pas comme \u00e7a. Tout se d\u00e9roule au pr\u00e9sent.<\/p>\n\n\n\n<p>Papa est jaune quand j\u2019arrive. Il est assis dans le salon, tout jaune, il se sent mal. Pour soigner sa jaunisse, maman lui pr\u00e9pare une pomme r\u00e2p\u00e9e et se demande tout haut s\u2019il ne faudrait pas aller aux urgences. Quelques jours plus tard, il est clair qu\u2019il a un cancer du pancr\u00e9as. Un grosse tumeur maligne s\u2019est mise sur le dos du pancr\u00e9as et nous dit&#160;: Appelez-moi Verdict de Mort.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00b0<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0, voil\u00e0. C\u2019est novembre, presque la fin du monde. Papa se retrouve aux urgences le jour de la f\u00eate de l\u2019Ind\u00e9pendance, il a cinquante-neuf ans. Moi, j\u2019en ai trente-six. On est de retour \u00e0 Cracovie, \u00e0 la pizzeria <em>Il Calzone<\/em>, pr\u00e8s du th\u00e9\u00e2tre Stary, quand j\u2019apprends qu\u2019il a un cancer et que les marqueurs n\u2019augurent rien de bon. J\u2019ai maman au t\u00e9l\u00e9phone et je pleure sur ma pizza. Zuzia se joint aussit\u00f4t \u00e0 moi et nous pleurons tous les deux, sans pr\u00eater attention ni aux serveurs ni aux autres clients, tout absorb\u00e9s que nous sommes par nos sanglots (je signale que nous pleurons abondamment dans ce livre, et si ce n\u2019est pas beaucoup, c\u2019est terriblement).<\/p>\n\n\n\n<p>Le 16 novembre, apr\u00e8s avoir assist\u00e9 \u00e0 la premi\u00e8re de mes <em>Tristes tropiques<\/em> au th\u00e9\u00e2tre Polski qui tente de rena\u00eetre \u00e0 Wroc\u0142aw, fort attrist\u00e9 par la mise en sc\u00e8ne (je ne sais pas si ce texte a vieilli ou si la mise en sc\u00e8ne \u00e9tait effroyablement mauvaise), je vais \u00e0 Kielce, voir mon papa. Je m\u2019assieds pr\u00e8s de lui, il est tr\u00e8s faible et angoiss\u00e9 par l\u2019op\u00e9ration qui l\u2019attend, et ce doit \u00eatre la premi\u00e8re fois depuis trente ans que je lui tiens la main.<\/p>\n\n\n\n<p>Un instant plus tard, on parle de ce qu\u2019il faudra faire s\u2019il meurt. Tout simplement&#160;: on se demande que deviendra l\u2019entreprise, la maison, si maman pourra la tenir toute seule ou si elle doit revenir \u00e0 Ma\u0142gosia, ma s\u0153ur qui a deux ans de moins que moi et a quatre enfants.<\/p>\n\n\n\n<p>En d\u00e9cembre, quand je termine mon spectacle sur l\u2019\u00e9volution au th\u00e9\u00e2tre Stary, maman emm\u00e8ne papa se faire op\u00e9rer \u00e0 Varsovie. Comme disent les m\u00e9decins, c\u2019est une op\u00e9ration qui sauve la vie. Tandis que Charles Darwin danse lors de mes r\u00e9p\u00e9titions, le cancer de papa est excis\u00e9 avec tout son pancr\u00e9as et de nombreux tissus adjacents. Les chirurgiens ont vraiment fait du bon boulot.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00b0<\/p>\n\n\n\n<p>Mes parents passent No\u00ebl et la semaine pr\u00e9c\u00e9dente \u00e0 l\u2019h\u00f4pital, papa au bloc op\u00e9ratoire, maman dans le couloir. Elle reste un peu \u00e0 l\u2019h\u00f4tel, elle erre un peu dans les rues de la capitale, mais de pr\u00e9f\u00e9rence, elle fait le guet dans le couloir et demande \u00e0 toutes les infirmi\u00e8res qui passent de dire \u00e0 papa qu\u2019elle, maman, c\u2019est\u2212\u00e0-dire sa femme, est l\u00e0, tout pr\u00e8s, derri\u00e8re la cloison. Visiter un patient dans un \u00e9tat si grave, apporter des bact\u00e9ries, des microbes et des salet\u00e9s est, bien s\u00fbr, strictement interdit. Dans toute cette impuissance face au cancer, \u00e0 l\u2019op\u00e9ration, \u00e0 la menace de mort, on ne peut m\u00eame pas se tenir la main&#160;?&#160;! On ne sait pas si papa survivra, s\u2019il se r\u00e9veillera de l\u2019anesth\u00e9sie, si son organisme tiendra le coup. Finalement, au bout de quelques jours, maman a le droit de le voir. Durant la veill\u00e9e de No\u00ebl, on fait depuis leur maison une visioconf\u00e9rence par Messenger. Pour leur montrer que tout fonctionne, que c\u2019est beau, que la table est mise, avec plein de bouffe, un tas de drivepetits-enfants, qu\u2019on est tous ensemble pour eux, et ainsi de suite. On se fait des signes par t\u00e9l\u00e9phone, tous agitent les mains et sanglotent. Grand-m\u00e8re Halina, qui est totalement sourde d\u2019une oreille et \u00e0 moiti\u00e9 de l\u2019autre, crie vers l\u2019\u00e9cran&#160;: Rentre \u00e0 la maison&#160;! Tu entends&#160;? Rentre tout de suite&#160;!<\/p>\n\n\n\n<p>\u00b0<\/p>\n\n\n\n<p>Progr\u00e8s postop\u00e9ratoires laborieux, convalescence, tous ont bon espoir, comme on dit. Papa rentre \u00e0 la maison, je lui rends visite, le tiens par la main, m\u2019agenouille au-dessus de lui. Il me montre sa cicatrice, elle est \u00e9tonnamment grande. Les chirurgiens se sont dits surpris par l\u2019\u00e9tendue des d\u00e9g\u00e2ts, ce salopard de cancer avait eu le temps de s\u2019\u00e9tendre pendant les deux semaines qu\u2019il avait d\u00fb attendre l\u2019op\u00e9ration, laquelle a \u00e9t\u00e9 difficile et tr\u00e8s longue.<\/p>\n\n\n\n<p>On se dit qu\u2019en f\u00e9vrier, il viendra avec maman et des amis regarder mon <em>Chaos du premier niveau<\/em>. Papa ne tarit pas d\u2019\u00e9loges \u00e0 propos des d\u00e9cors de Justyna. Mais ensuite, on reporte \u00e7a \u00e0 une autre date. Aux calendes grecques, mais on ne le sait pas encore.<\/p>\n\n\n\n<p>Avant de partir, j\u2019offre \u00e0 papa l\u2019excellent <em>Guerres des tribus modernes<\/em> de Micha\u0142 Pawe\u0142 Markowski. Les faits, pas les valeurs. Les faits&#160;! Parlons des faits&#160;! Si on continue \u00e0 radoter \u00e0 propos des valeurs, on ne risque pas de s\u2019entendre.<\/p>\n\n\n\n<p>En revenant de Kielce \u00e0 Cracovie, je suis l\u00e9ger et heureux pendant un instant. Le premier compte rendu de la premi\u00e8re au th\u00e9\u00e2tre Stary est paru. Le site Onet dit que mon spectacle est un <em>hit<\/em>. L\u2019\u00e9nergie, la folie, etc. Juste apr\u00e8s viennent des comptes rendus critiques voire tr\u00e8s critiques. Des enthousiastes aussi, mais moi, je ne suis plus content.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00b0<\/p>\n\n\n\n<p>Le bon espoir postop\u00e9ratoire prend fin quelques semaines plus tard. Il est temps de passer \u00e0 la chimioth\u00e9rapie, recommand\u00e9e de toute urgence. Papa a d\u00e9j\u00e0 des m\u00e9tastases, partout. Le cancer s\u2019est propag\u00e9, tout le corps de papa est illumin\u00e9 par des foyers canc\u00e9reux, les lumignons cadav\u00e9riques de ces \u00e9tranges cellules qui se dupliquent comme des dingues, dans une course folle suicidaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Ils lui installent un port, il peut d\u00e9sormais naviguer sur la mer de la chimioth\u00e9rapie. Les premiers jours apr\u00e8s la premi\u00e8re s\u00e9ance, l\u2019effet secondaire, c\u2019est le hoquet. Je lui t\u00e9l\u00e9phone, il est d\u2019excellente humeur. Lajos, son ami hongrois, lui d\u00e9roule la vision de futures entreprises, projets et r\u00e9alisation \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Mon ami polonais Dominik Koza m\u2019invite \u00e0 prendre une bi\u00e8re. On rigole tous les deux en imaginant Marek Paku\u0142a t\u00e9l\u00e9phoner aux gens et leur dire&#160;: Je te dis, mon vieux, quelle merde, cette chimio, un vrai carnage, Sa\u00efgon, quoi. Et tu sais ce que j\u2019ai apr\u00e8s&#160;? Un putain de hoquet&#160;!<\/p>\n\n\n\n<p>Oui, mais apr\u00e8s le hoquet viennent d\u2019autres effets sp\u00e9ciaux, plus du tout aussi gais. Et un simple hoquet qui dure sans interruption des journ\u00e9es enti\u00e8res devient quelque chose d\u2019infernal.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00b0<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019un coup, \u00e0 l\u2019instar de ma\u00eetre Shifu (ma\u00eetre Jan, \u00e0 savoir Peszek&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-1-171460' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/12\/15\/comment-je-nai-pas-tue-mon-pere-et-combien-je-le-regrette\/#easy-footnote-bottom-1-171460' title='Jan Peszek, voix polonaise de ma\u00eetre Shifu dans le film d\u2019animation &lt;em&gt;Kung Fu Panda&lt;\/em&gt;. (Note du traducteur.)'><sup>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>), on se plonge \u00e0 donf dans le zen. Car voici venu le temps du coronavirus. Notre petite apocalypse. Eu \u00e9gard aux circonstances, on vit une p\u00e9riode assez heureuse \u00e0 la maison. Et m\u00eame tr\u00e8s heureuse. Moi, j\u2019\u00e9cris la pi\u00e8ce <em>Stanis\u0142aw Lem contre Philip K. Dick<\/em>, qu\u2019un th\u00e9\u00e2tre m\u2019a command\u00e9e il y a six mois. Zuzia aide Wiktor \u00e0 suivre ses cours en ligne. Notre \u00e9cole Montessori est tr\u00e8s cool, donc c\u2019est cool. On d\u00e9jeune tous les jours ensemble, de temps en temps, je fais les courses, et l\u2019apr\u00e8s-midi se passe en puzzle Mizieli\u0144ski, Lego, dessin de BD, lecture, batailles, rod\u00e9o. Witek a les cheveux jusqu\u2019\u00e0 la taille. W\u0142adziu est \u00e0 croquer.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00b0<\/p>\n\n\n\n<p>Outre d\u2019innombrables Lem et Dick, je lis l\u2019excellent <em>H\u00e9r\u00e9tiques, r\u00e9volt\u00e9s, visionnaires<\/em> de Ja\u0142ochowski, <em>L\u2019\u00c9toffe de la r\u00e9alit\u00e9<\/em> de Deutsch, <em>Les Mondes parall\u00e8les<\/em> de Lam\u017ca, <em>Apr\u00e8s l\u2019\u00e9criture<\/em> de Dukaj, <em>1000 Pi\u00e8ces d\u2019avant-garde<\/em> de Koch, <em>Les Extraordinaires Aventures de Kavalier et Clay<\/em> (que j\u2019ai re\u00e7u pour mon anniversaire et qui marque le d\u00e9but de mon amour pour Michael Chabon), le g\u00e9nial roman graphique de Tomine <em>Les Intrus<\/em>, deux volumes de nouvelles de SF de Ted Chiang (nouvelle d\u00e9couverte fantastique apr\u00e8s la trilogie de Cixin Liu), <em>La Maison des feuilles<\/em> de Danielewski et les po\u00e8mes d\u2019Ursula Le Guin dans la traduction magistrale de Bargielska et Jarniewicz. Je reviens \u00e0 leurs po\u00e8mes \u00e0 eux, et je me sens chez moi. Je m\u2019installe avec plaisir dans ces <em>loverooms<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s Harari, gr\u00e2ce auquel j\u2019ai compris que je n\u2019avais pas d\u2019\u00e2me, et suis entr\u00e9 de plain-pied dans un nouveau cercle d\u2019ath\u00e9isme lib\u00e9rateur, apr\u00e8s Steven Pinker (<em>Le Triomphe des Lumi\u00e8res<\/em> et <em>Tabula rasa<\/em>) dont l\u2019humanisme et l\u2019optimisme ont quelque peu \u00e9clairci le miroir noir \u00e9labor\u00e9 par Harari dans sa trilogie, le groupe de mes gourous intellectuels accueille Sean Carroll, l\u2019auteur du<em> Grand Tout. Sur l\u2019origine de la vie, son sens, et l\u2019univers lui-m\u00eame<\/em>. Carroll est, comme il se d\u00e9finit lui-m\u00eame, un \u00ab&#160;r\u00e9aliste po\u00e9tique&#160;\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire encore un sataniste, un ant\u00e9christ, une b\u00eate pi\u00e9tinant sans vergogne les sentiments religieux et les valeurs chr\u00e9tiennes qui, soyons sinc\u00e8res, sont incomparablement plus pr\u00e9cieux qu\u2019un quelconque amas de chair humaine. Pas vrai&#160;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u00b0<\/p>\n\n\n\n<p>Histoire de contrarier tout ce hot16challenge qui commence s\u00e9rieusement \u00e0 faire chier, ma femme chante&#160;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&#160;Paaaand\u00e9mie.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai peur de la nuit.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand la vie se brise.<\/p>\n\n\n\n<p>La mort se d\u00e9guise.<\/p>\n\n\n\n<p>Je rev\u00eats un masque.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u00e0, dans mes p\u00e9nates.<\/p>\n\n\n\n<p>Ou sur ma terrasse.<\/p>\n\n\n\n<p>Je p\u00e9tris la p\u00e2te.<\/p>\n\n\n\n<p>Je vois des renards.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne les mets pas au bout d\u2019un dard.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Des coups de fusil.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est dimanche, vas-y.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 Wola Justowska, devant notre immeuble, il y a vraiment des renards qui font des petits (on voit aussi des sangliers et des faisans, des chouettes ont \u00e9lu domicile dans l\u2019arbre qui se trouve devant la fen\u00eatre de notre chambre), et l\u2019un voisins leur tire vraiment dessus de temps en temps. Enfoir\u00e9 du dimanche.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00b0<\/p>\n\n\n\n<p>Si la vie avec une tumeur n\u2019est pas des plus spectaculairement joyeuses, la vie avec une tumeur en temps de pand\u00e9mie, c\u2019est autre chose. Papa fait des s\u00e9ances en oncologie, il est totalement \u00e9puis\u00e9. Marchant avec peine, emmitoufl\u00e9 de la t\u00eate aux pieds, couvert de masques, de gants et de blouses, il attend six heures dans un hall rempli de gens qui sont venu prendre leur nouvelle dose de chimio. Tous attendent plus longtemps que d\u2019habitude, en nage, g\u00e9missant, tenant \u00e0 peine sur leur tabouret, parce qu\u2019un type suspect\u00e9 de covid est entr\u00e9 dans le service.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019appelle maman presque tous les jours. Papa vomit, maigrit, perd ses cheveux \u2013 la totale, quoi. On se parle quand il en a la force et l\u2019envie. Il y a des jours o\u00f9 il ne veut pas parler. \u00c0 personne. O\u00f9 il ne veut voir personne, ne r\u00e9pond pas au t\u00e9l\u00e9phone.<\/p>\n\n\n\n<p>Je sais par maman qu\u2019ils ont emprunt\u00e9 un d\u00e9ambulateur et qu\u2019ils marchent, qu\u2019ils font des tours \u00e0 l\u2019\u00e9tage, au rez-de-chauss\u00e9e. Marcin, mon fr\u00e8re de quinze ans plus jeune que moi, habite \u00e0 nouveau chez nos parents, parce ses \u00e9tudes ont \u00e9t\u00e9 interrompues par la pand\u00e9mie. Chaque fois qu\u2019ils se croisent dans le couloir, papa avec son d\u00e9ambulateur et Marcin, ils se font un check. \u00c7a m\u2019\u00e9meut terriblement (oui, je pleure terriblement). Je suis aussi tr\u00e8s touch\u00e9 par la proposition de Janek Duerschlag, un coll\u00e8gue de papa r\u00e9apparu au bout de trente ans. Il est tellement boulevers\u00e9 par ce qu\u2019il apprend \u00e0 propos de mon p\u00e8re qu\u2019il m\u2019\u00e9crit un mail, or j\u2019avais sept ans la derni\u00e8re fois que je l\u2019ai vu, \u00e0 Rybnik, j\u2019avais mang\u00e9 du pumpernickel chez lui. Jan s\u2019appr\u00eatait \u00e0 survoler Kielce dans son avion de tourisme. Et il propose \u00e0 papa de l\u2019accompagner \u2013 ils d\u00e9colleront d\u00e8s que papa lui fera signe. Ils survoleront les Monts Sainte-Croix, Nowiny, Ch\u0119ciny, toute la ville de Kielce. Je m\u2019imagine ce vol, mon p\u00e8re ext\u00e9nu\u00e9 monte \u00e0 grand-peine dans la cabine, ensuite, bien que ce genre de sport ne l\u2019ait jamais attir\u00e9, il \u00e9prouve de la joie et de la b\u00e9atitude \u00e0 foncer \u00e0 travers des tas de nuages. Mais on n\u2019est pas dans <em>Bien que le temps nous presse<\/em>&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-2-171460' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/12\/15\/comment-je-nai-pas-tue-mon-pere-et-combien-je-le-regrette\/#easy-footnote-bottom-2-171460' title='Titre polonais du film am\u00e9ricain &lt;em&gt;The Bucket List&lt;\/em&gt; (2007) sorti en France sous le titre &lt;em&gt;Sans plus attendre&lt;\/em&gt;. (NdT)'><sup>2<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Le temps ne nous presse pas, parce qu\u2019on ne sait pas combien il lui en reste. Et bien que le temps soit une inconnue, bien qu\u2019il s\u2019incurve \u00e9trangement avec l\u2019espace, bien qu\u2019on veuillez faire une telle <em>bucket list<\/em>, on n\u2019en fait pas. Une liste des choses \u00e0 faire avant de mourir, \u00e7a n\u2019a pas de sens. Papa est trop faible pour ouvrir les yeux, s\u2019approcher de la fen\u00eatre ou aller faire pipi, alors que dire d\u2019un voyage autour du monde, ou m\u00eame rien qu\u2019autour de la vo\u00efvodie. La vie n\u2019est tout simplement pas un film avec Morgan Freeman. C\u2019est peut-\u00eatre un film avec Jack Nicholson, mais s\u00fbrement un autre.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00b0<\/p>\n\n\n\n<p>Comment \u00e9crire tout \u00e7a&#160;? Bon, disons que je vais l\u2019\u00e9crire comme \u00e7a vient. Ce sera un flux de conscience, si tant est qu\u2019un tel truc existe. Parce que nous pensons autrement, par pulsars en quelque sorte, par \u00e9clairs, par enroulements, nous avons beaucoup de pens\u00e9es \u00e0 la fois, certaines sont vagues, d\u2019autres ont des couleurs criardes ou des contours de bande dessin\u00e9e. Je pense presque tout le temps \u00e0 mon p\u00e8re mourant. Presque. Parfois, j\u2019oublie que je ne devrais pas oublier qu\u2019il est en train de mourir, et je ne pense pas \u00e0 lui pendant un moment, un quart d\u2019heure, une heure, une heure et demie. Et puis \u00e7a me revient, je suis pris d\u2019un sentiment de culpabilit\u00e9, de remords, et je pense de nouveau \u00e0 lui. Je le vois comme un film, une BD, une ombre de mes souvenirs. Non, ce ne sera pas un flux de conscience \u00e0 la con, je ne sais ni ce que ce sera ni comment je l\u2019\u00e9crirai. Ce sera en partie un journal, en partie un journal \u00e0 rebours, en partie un <em>Mon combat<\/em> \u00e0 moi.<\/p>\n\n\n\n<p>Mi-mai, j\u2019ach\u00e8ve mon texte sur Lem et Philip K. Dick. Je me demande longuement s\u2019il doit faire partie de ce livre. Finalement, je consid\u00e8re que oui. C\u2019est le meilleur enregistrement des \u00e9motions qui m\u2019ont travers\u00e9 \u00e0 cette \u00e9poque.<\/p>\n\n\n<section class=\"dive print-block my-16\" style=\"background-color:#010617;\">\n\t<div class=\"wrapper\">\n\t\t<div class=\"container mx-auto \">\n\t\t\t<div class=\"row flex flex-wrap relative pt-6 pb-16 lg:py-8\">\n\t\t\t\t<div class=\"col w-full xl:ml-1\/10\n\t\t\t\t\t md:w-2\/5 xl:w-2\/5 \t\t\t\t\t\">\n\t\t\t\t\t<a href=\"https:\/\/3466.eu\" style=\"color:#FFFFFF;\" class=\"font-display font-normal text-4xl leading-9 mb-5 text-white no-underline\">\n\t\t\t\t\t\t3466\t\t\t\t\t<\/a>\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t<div style=\"color:#FFFFFF;\" class=\"text-base leading-none font-sans\">\n\t\t\t\t\t\t\t<p>Remis au c\u0153ur du massif du Mont Blanc, \u00e0 3466 m\u00e8tres d&rsquo;altitude, le Prix Grand Continent est le premier prix litt\u00e9raire qui reconna\u00eet chaque ann\u00e9e un grand r\u00e9cit europ\u00e9en.<\/p>\n\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t<div class=\"mt-12 dive-list\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t<a  style=\"color:#a29b96;\" class=\"no-underline block border-t border-grey-darker py-2 flex\"\n\t\t\t\t\t\t\t\t   href=\"https:\/\/3466.eu\/selection\/\"><span class=\"font-sans font-semibold pr-4\">\u2192<\/span> Voir la s\u00e9lection des finalistes de l&rsquo;\u00e9dition 2022 du Prix Grand Continent<\/a>\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t<a  style=\"color:#a29b96;\" class=\"no-underline block border-t border-grey-darker py-2 flex\"\n\t\t\t\t\t\t\t\t   href=\"https:\/\/3466.eu\/jury\/\"><span class=\"font-sans font-semibold pr-4\">\u2192<\/span> D\u00e9couvrir le jury du Prix<\/a>\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t<a  style=\"color:#a29b96;\" class=\"no-underline block border-t border-grey-darker py-2 flex\"\n\t\t\t\t\t\t\t\t   href=\"https:\/\/3466.eu\"><span class=\"font-sans font-semibold pr-4\">\u2192<\/span> En savoir plus<\/a>\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t<div style=\"color:#FFFFFF;\" class=\"dive-footer font-sans text-xs border-t border-grey-darker py-2 leading-4\">\n\t\t\t\t\t\t\t<p>Jury du Prix&#160;&#160;: Giuliano da Empoli, Nora Bossong, Andrea Marcolongo, Achille Mbembe, Barbara Cassin, Patrick Boucheron, Galyna Dranenko, Alberto Manguel et Agata Tuszy\u0144ska<\/p>\n\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\n\t\t\t\t\t\t\t<div class=\"col w-full md:w-3\/5 xl:w-2\/5  md:px-0 relative overflow-hidden mt-8 md:mt-0 macron-img\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t<a class=\"!absolute !bg-none w-full h-full pin-t pin-l\" href=\"https:\/\/3466.eu\" class=\"no-underline\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t<img decoding=\"async\" style=\"object-fit: contain; width: 100%; height: 100%;\" src=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/12\/MB-009-990x659.jpg\" \/>\n\t\t\t\t\t\t\t\t<\/a> \n\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\n\t\t\t<\/div>\n\t\t<\/div>\n\t<\/div>\n<\/section>\n\n\n\n<p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;-<\/p>\n\n\n\n<p><em>p. 98-100<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>La chimioth\u00e9rapie est interrompue entre autres parce que papa est incapable d\u2019aller tout seul aux toilettes. Au d\u00e9but, je ne peux pas y croire, mais c\u2019est ce qu\u2019affirme maman. Les m\u00e9decins lui disent qu\u2019il n\u2019y a pas assez de personnel, qu\u2019un patient admis en chimioth\u00e9rapie doit \u00eatre en \u00e9tat d\u2019aller tout seul aux toilettes. Je ne sais pas si c\u2019est \u00e0 cause de la pand\u00e9mie. Dans le cas contraire, y aurait-il chaque jour, plusieurs fois, quelqu\u2019un pour accompagner papa faire pipi&#160;? Parce que le caca, c\u2019est plus rare. \u00c7a arrive, mais seulement \u00e0 quelques jours d\u2019intervalle. Il a des couches, mais il en a honte. Cela dit, c\u2019est seulement \u00e0 tout hasard. Il ne veut pas faire pipi ou caca dans sa couche. Il n\u2019y arrive pas, il doit aller aux toilettes.<\/p>\n\n\n\n<p>Le probl\u00e8me du pipi-caca s\u2019aggrave. C\u2019est une p\u00e9riode terriblement fatigante, tant pour papa que pour nous, pendant une semaine, jour apr\u00e8s jour, toute la journ\u00e9e, nous allons \u00e0 chaque instant dans la salle de bains. Et nous passons les trois quarts du temps aux alentours de la cuvette. Le reste de la journ\u00e9e, nous trottinons dans un sens et dans l\u2019autre. Papa s\u2019assoit sur la cuvette o\u00f9 se tient debout \u00e0 c\u00f4t\u00e9, appuy\u00e9 au lavabo. Dans cette position, il a moins mal.<\/p>\n\n\n\n<p>La premi\u00e8re fois que je le maintiens dans la salle de bains, la puanteur est insupportable, j\u2019ai l\u2019impression que je vais d\u00e9gueuler, inonder de vomi tous ces petits tapis velus. Tellement \u00e7a empeste. (En dehors des chiottes, papa sent tr\u00e8s bon. Aux chiottes, personne n\u2019embaume, surtout pas un malade.) Avant, je l\u2019accompagnais et je m\u2019effa\u00e7ais, je soulevais la lunette, je l\u2019aidais \u00e0 s\u2019asseoir et le laissais seul \u00e0 seul avec sa physiologie. J\u2019attendais qu\u2019il m\u2019appelle. \u00c0 pr\u00e9sent, je ne me sauve plus, m\u00eame si j\u2019ai du mal \u00e0 m\u2019emp\u00eacher de vomir. Pas moyen de me sauver, parce que papa m\u2019\u00e9chappe des mains. Je dois le tenir, rester \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui, le laisser appuyer la t\u00eate contre moi. Je me dis que le pipi-caca des enfants c\u2019est des broutilles (comme dirait papa). Cette puanteur adulte et morbide est d\u2019un autre calibre, c\u2019est un autre cercle de l\u2019enfer. Pourtant, au bout d\u2019un certain temps, relativement bref, maximum deux jours, je m\u2019habitude \u00e0 ces tortures et je me sens tout \u00e0 fait \u00e0 l\u2019aise dans ce cercle infernal, les relents non seulement cessent de m\u2019irriter, mais deviennent totalement neutres. Plus rien de m\u2019effraie, que ce soit torcher un derri\u00e8re endolori, appliquer du Sudocrem sur les rougeurs (comme on le fait encore de temps \u00e0 autres pour W\u0142adziu), essuyer la merde qui goutte sur le sol, placer la cuvette entre les jambes, ou encore masser le dos de celui qui g\u00e9mit et hurle de douleur en essayant d\u2019\u00e9liminer quelque chose.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand je le raccompagne vers son lit, on dirait qu\u2019on fait la queue-leu-leu, le petit train&#160;: papa pose les mains sur mes \u00e9paules et moi, la locomotive, je le tire doucement, mais surtout pas jusqu\u2019\u00e0 Varsovie. Il arrive qu\u2019en chemin, le wagonnet p\u00e8se soudain de tout son poids et se serre contre moi&#160;; il m\u2019est parfois difficile de deviner si c\u2019est un acc\u00e8s de tendresse ou de faiblesse. Je le couche, le couvre avec des plaids, un \u00e9dredon, puis encore des couvertures, parce qu\u2019il a toujours tr\u00e8s froid. Et je lui parle, je lui dis ce que j\u2019ai le plus de mal \u00e0 lui dire, ce qui ne veut pas sortir de ma bouche, je lui dis ce que selon Zuzia je dois absolument lui dire, me forcer et oser lui dire. Et finalement, je lui dis&#160;:<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Je t\u2019aime, papa.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Moi aussi, je t\u2019aime beaucoup, dit papa en me prenant les mains, les yeux mi-clos.<\/p>\n\n\n\n<p>Et je vois alors qu\u2019il a les mains pleines de caca, et l\u00e0 on est deux. Les mains couvertes de merde, barbouill\u00e9es de ses excr\u00e9ments. Il s\u2019est manifestement touch\u00e9 \u00e0 l\u2019entrejambe et n\u2019a rien remarqu\u00e9. Moi non plus, je n\u2019ai rien remarqu\u00e9. Et tandis qu\u2019on se serre nos mains merdeuses apr\u00e8s notre d\u00e9claration d\u2019amour, je me dis que \u00e7a ne fait rien, \u00e7a ne me d\u00e9range pas le moins du monde.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00b0<\/p>\n\n\n\n<p>Cette merde, hrabalienne pourrait-on dire&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-3-171460' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/12\/15\/comment-je-nai-pas-tue-mon-pere-et-combien-je-le-regrette\/#easy-footnote-bottom-3-171460' title='Allusion \u00e0 un texte de l\u2019auteur tch\u00e8que Bohumil Hrabal, peut-\u00eatre Proluky [Br\u00e8ches], 1986, in\u00e9dit en fran\u00e7ais. (NdT)'><sup>3<\/sup><\/a><\/span><\/span>, nous surprendra encore plus d\u2019une fois. Au bain, par exemple. Ce qui me para\u00eet \u00e0 la fois comique et r\u00e9pugnant. Absurde et triste. Mais je vous \u00e9pargne les d\u00e9tails. Imaginez-les vous-m\u00eame si vous voulez. Bain du p\u00e8re \u2013 description de la nature. Je trouve cette remarque dans mes notes. En effet, c\u2019est presque comme soigner un animal \u00e9trange, engourdi et maladroit, ou une plante exotique mouvante. Lui \u00f4ter ses v\u00eatements sales, le mettre dans la baignoire, lui laver la t\u00eate avec une serviette humide, le ressortir de la baignoire, l\u2019essuyer, s\u00e9cher ce qu\u2019il lui reste de cheveux, lui mettre un maillot et un pantalon propre, l\u2019emmitoufler dans les couvertures. La premi\u00e8re fois que je le baigne (j\u2019aide maman \u00e0 lui donner le bain), je ne peux pas rassasier mes yeux de la vue de son corps qui fascine en tant que ph\u00e9nom\u00e8ne naturel, ses bras, ses jambes et surtout ses cuisses d\u2019une maigreur extr\u00eame, son derri\u00e8re en voie de disparition, son dos qui laisse voir la colonne vert\u00e9brale et chaque c\u00f4te. Et seul son ventre est gros comme un tonneau, et parfois aussi son bras gauche plein d\u2019eau au-dessus du coude \u00e0 cause de la perfusion, et donc pas si maigre que \u00e7a.<\/p>\n\n\n\n<p>Par la suite, nous nous dirons \u00ab&#160;je t\u2019aime, papa&#160;\u00bb et \u00ab&#160;je t\u2019aime, mon fils&#160;\u00bb \u00e9tonnamment souvent.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;-<\/p>\n\n\n\n<p>29 juin<\/p>\n\n\n\n<p>Je viens \u00e0 Kielce pour le premier tour des \u00e9lections. J\u2019ai pr\u00e9vu de rester jusqu\u2019au lendemain et d\u2019aller avec maman \u00e0 l\u2019h\u00f4pital pour essayer d\u2019avoir des nouvelles de papa. Apr\u00e8s tout, \u00e7a fait une semaine qu\u2019il est l\u00e0-bas.<\/p>\n\n\n\n<p>Notre service s\u2019enorgueillit d\u2019avoir une approche holistique, une s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 bouddhique, une chaleur ayurv\u00e9dique. Chez nous, l\u2019accompagnement psychologique au patient et \u00e0 ses proches est la norme. Des entretiens pleins de bienveillance et d\u2019empathie avec les m\u00e9decins font partie int\u00e9grante de la prise en charge professionnelle du patient. Plus s\u00e9rieusement, le site des soins palliatifs de Kielce assure vraiment qu\u2019ils assurent ce foutu accompagnement psychologique qui soit s\u2019est fait baiser quand il avait tourn\u00e9 la t\u00eate, soit est all\u00e9 lui-m\u00eame se faire foutre dans un acc\u00e8s de d\u00e9prime.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&#160;Cr\u00e9\u00e9 en l\u2019an 2000, le service de m\u00e9decine palliative prend en charge les malades en phase avanc\u00e9e de maladie tumorale. Dans la pratique clinique, il assure des soins complets aux patients qui ne r\u00e9agissent plus \u00e0 un traitement causal. L\u2019objectif est d\u2019att\u00e9nuer les sympt\u00f4mes p\u00e9nibles, de satisfaire les besoins psycho-sociaux et spirituels du malade, et d\u2019apporter \u00e0 la famille un soutien lors de la maladie et du d\u00e9c\u00e8s d\u2019un proche. Les soins palliatifs constituent une d\u00e9marche pluridisciplinaire et suivie assur\u00e9e par un collectif auquel participent m\u00e9decins, infirmi\u00e8res, psychologues, religieux, th\u00e9rapeutes, b\u00e9n\u00e9voles, travailleurs sociaux etc.&#160;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Le chef de service ne nous accorde m\u00eame pas un regard quand nous lui demandons si nous pouvons avoir des nouvelles du patient Marek Paku\u0142a.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Non.<\/p>\n\n\n\n<p>Maman est estomaqu\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Je suis estomaqu\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Sortez, s\u2019il vous pla\u00eet.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Mais nous avions rendez-vous, vous m\u2019avez dit de venir lundi \u00e0 onze heure, et il est justement\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Je n\u2019ai pas le temps, je vous prie de sortir&#160;!<\/p>\n\n\n\n<p>Les bras m\u2019en tombent et je sens que j\u2019enrage. Je tremble de rage. Je vais lui dire ce que je pense, \u00e0 ce connard, je me penche par l\u2019embrasure de la porte, je vais lui en mettre plein la gueule \u00e0 ce cr\u00e9tin, mais h\u00e9las maman me retient et claque la porte. Puis elle se met \u00e0 marcher sans but dans le couloir.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Ne lui dis rien, parce qu\u2019il va se venger sur papa et ne nous dira rien.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Qu\u2019est-ce que tu racontes, maman\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Bon, on va rentrer \u00e0 la maison\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Tu n\u2019y penses pas&#160;!<\/p>\n\n\n\n<p>On erre sans but dans le couloir, accostant des personnes au hasard. Maman fourre dans les mains des infirmi\u00e8res des sachets de sucreries. Il y a dans ce geste un d\u00e9sespoir que je n\u2019ai jamais vu de ma vie. Un d\u00e9sespoir qui me met \u00e0 nu et me place sous un \u00e9clairage mauvais, aveuglant, dans une honte ignoble. Cette mani\u00e8re de mendier du secours qui \u00e9veille en moi des images extr\u00eames, des images de guerre&#160;: tenez, madame, voici une poign\u00e9e de chocolats, dites-moi o\u00f9 est mon mari&#160;!<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Je les remettrai \u00e0 votre mari, dit l\u2019infirmi\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Non, non, c\u2019est pour vous, pour vous toutes, pour vos bons soins&#160;!<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Je n\u2019en veux pas\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Mais pourquoi&#160;? Tenez&#160;!<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Non, gardez-les\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Toute tremblante, maman supplie l\u2019infirmi\u00e8re de prendre le sac en plastique froiss\u00e9 o\u00f9 elle a mis une bo\u00eete de chocolats. Cette sc\u00e8ne embarrassante se termine enfin, et moi, je suis d\u00e9sol\u00e9, si terriblement d\u00e9sol\u00e9, j\u2019ai tellement honte, honte pour moi, pour ma pitoyable m\u00e8re et pour cette infirmi\u00e8re. Qui s\u2019\u00e9loigne dans le couloir avec le sac en marmonnant qu\u2019elle va revenir nous donner des informations.<\/p>\n\n\n\n<p>[\u2026]<\/p>\n\n\n\n<p>Nous sortons dans un pseudo-patio, une pseudo-cour, un pseudo-jardin sans plantes, une pseudo-promenade pour personne. C\u2019est la palliation, les gens sont couch\u00e9s et meurent. On est sur ce qui n\u2019est ni un balconnet ni un muret, avec un petit escalier. On se tient \u00e0 deux ou trois m\u00e8tres d\u2019une fen\u00eatre o\u00f9 surgissent des dames, et aussi papa sur son lit, en position semi-assise.<\/p>\n\n\n\n<p>Je n\u2019ai jamais vu un tel visage. Et s\u00fbrement pas chez papa. C\u2019est le visage de l\u2019incr\u00e9dulit\u00e9, de l\u2019\u00e9tonnement, de la m\u00e9fiance et de la haine. Envers le monde entier, y compris nous. Un visage but\u00e9, bris\u00e9. Je pleure au point de ne rien voir, je regarde \u00e0 travers les flaques qui me noient les yeux, des flaques grandes comme des lacs, des oc\u00e9ans.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Salut, ch\u00e9ri&#160;! lance maman.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Salut, papa&#160;! fais-je \u00e0 mon tour.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Qu\u2019est-ce qu\u2019il y a&#160;? dit-il si bas qu\u2019on l\u2019entend \u00e0 peine.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 On t\u2019aime&#160;! s\u2019\u00e9crie maman. Je t\u2019aime&#160;! Je t\u2019aime, tu m\u2019entends&#160;?<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Vous m\u2019avez abandonn\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Non, ch\u00e9ri, quelle id\u00e9e&#160;!<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Maman vient tous les jours, mais ils ne la laissent pas entrer \u00e0 cause de la pand\u00e9mie.<\/p>\n\n\n\n<p>Il secoue la t\u00eate.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Comment tu te sens&#160;?<\/p>\n\n\n\n<p>Il nous regarde en chien de fa\u00efence.&nbsp; &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Tu n\u2019as pas mal&#160;?<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Non.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Tu dors&#160;?<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Non.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Tu as besoin de quelque chose&#160;?<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Vous m\u2019avez oubli\u00e9&#160;?<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Non, quelle id\u00e9e. Il n\u2019y a pas de visites \u00e0 cause du coronavirus\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 On pense \u00e0 toi, mon mari, on t\u2019aime&#160;!<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Ils ne laissent entrer personne \u00e0 cause de la pand\u00e9mie\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Tu as besoin de quelque chose&#160;?<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Tu veux qu\u2019on t\u2019apporte quelque chose&#160;?<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Faites-moi sortir d\u2019ici.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Quoi&#160;?&#160;!<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Qu\u2019est-ce que tu dis&#160;!&#160;?<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Faites-moi sortir d\u2019ici&#160;!<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Oui, papa, d\u00e8s ce que sera possible, on te fera sortir.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Faites-moi sortir d\u2019ici, je vous en prie, je vous en supplie.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Je vais encore parler au m\u00e9decin\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Promettez-moi de tout faire pour que je puisse sortir.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Bien s\u00fbr, papa.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Faites-moi sortir d\u2019ici, je vous en supplie.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019infirmi\u00e8re ram\u00e8ne papa au fond de la chambr\u00e9e. Tremp\u00e9s de sueur, couverts de larmes et de morve, on redescend de ce balcon infernal et se blottit l\u2019un contre l\u2019autre, faute de pouvoir \u00e9treindre papa.<\/p>\n\n\n\n<p>Soudain \u2013 comme si une girafe passait devant nos yeux \u2013 un cureton sort du service d\u2019un pas alerte. Un confesseur&#160;! Un confesseur peut entrer et rester avec un malade, mais sa femme et son fils, non&#160;! Un confesseur qui tra\u00eene ses gu\u00eatres dans diff\u00e9rents h\u00f4pitaux, ramasse des monceaux de microbes peut entrer chez mon p\u00e8re et moi, je ne peux pas&#160;! Et ma maman ne peut pas non plus&#160;! J\u2019hallucine, putain&#160;!<\/p>\n\n\n\n<p>[\u2026]<\/p>\n\n\n\n<p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;-<\/p>\n\n\n\n<p>Papa m\u2019enlace, me serre fort. Apr\u00e8s la main, les caresses et les baisers sur la joue (pour dire bonne nuit, ou avant de repartir), c\u2019est une nouvelle fronti\u00e8re physique qui est franchie, ou plus pr\u00e9cis\u00e9ment abolie. Il s\u2019endort, blotti contre moi, comme si lui \u00e9tait mon fils. Ou plus pr\u00e9cis\u00e9ment mon tout petit, Witek ou W\u0142adek, ou les deux \u00e0 la fois. Ou les trois.<\/p>\n\n\n\n<p>[\u2026]<\/p>\n\n\n\n<p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;-<\/p>\n\n\n\n<p>Je vois en r\u00eave les jambes effroyablement longues de papa. En fait, c\u2019est un r\u00eave \u00e9rotique, je veux faire minette \u00e0 Zuzia et, soudain, ses merveilleuses cuisses se transforment en celles de papa. Non qu\u2019elles maigrissent et que ma femme se retrouve avec des jambes plus maigres, mais d\u2019un coup, elle a concr\u00e8tement des jambes d\u2019homme, les jambes de papa tout bonnement, la peau sur les os. J\u2019h\u00e9site un instant, mais je finis par me dire dans mon r\u00eave&#160;: eh bien, tant pis. Je le fais quand m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>[\u2026]<\/p>\n\n\n\n<p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;-<\/p>\n\n\n\n<p>27 juillet<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Vous voulez que votre mari meure \u00e0 l\u2019h\u00f4pital&#160;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Non&#160;! s\u2019exclame maman au t\u00e9l\u00e9phone.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Non&#160;? s\u2019\u00e9tonne le m\u00e9decin<\/p>\n\n\n\n<p>Nous nous rendons \u00e0 l\u2019h\u00f4pital. Le chef de service dit que dans ces cas-l\u00e0, les visites sont autoris\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Dans quels cas&#160;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Dans les cas o\u00f9 le patient peut mourir \u00e0 tout instant. Je ne peux pas vous dire quand, mais je lui donne maximum trois jours. L\u2019urine du sac est brun fonc\u00e9 et gadouilleuse, c\u2019est tr\u00e8s mauvais.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ajoute ma visite au service de m\u00e9decine interne \u00e0 ma collection d\u2019\u00e9v\u00e9nements absolument hollywoodiens. O\u00f9 se croisent des images de <em>Shining<\/em> et de <em>Beetlejuice<\/em>, de <em>La Chute du faucon noir<\/em> et d\u2019<em>\u00c9douard aux mains d\u2019argent<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>La chaleur est impitoyable, la dame soldat ne veut pas nous laisser entrer, alors on lui explique qu\u2019on a l\u2019autorisation du chef de service. Ah, alors c\u2019est OK, mais seulement un par un. Maman entre la premi\u00e8re, pour un quart d\u2019heure, \u00e9videmment. Une heure plus tard, c\u2019est \u00e0 moi. Je mets un masque, me d\u00e9sinfecte les mains, la dame soldat prend ma temp\u00e9rature, m\u2019indique par o\u00f9 aller. De toute fa\u00e7on, je ne trouve pas la chambr\u00e9e de papa. Je me perds dans un labyrinthe de couloirs, d\u2019ascenseurs qui ne vont qu\u2019aux \u00e9tages pairs ou impairs, ou seulement de c\u00f4t\u00e9, ou seulement en arri\u00e8re, d\u2019escaliers qui m\u00e8nent \u00e0 de myst\u00e9rieux demi ou quarts d\u2019\u00e9tage.<\/p>\n\n\n\n<p>Toutes les portes sont grandes ouvertes, chaque chambr\u00e9e est remplie de morts vivants, de vieillards \u00e0 l\u2019agonie, visages de bois, de cire, de plastique o\u00f9 fr\u00e9mit encore parfois un Dernier des Mohicans, un reste de muscle, un nerf. Une morgue, quoi, un mouroir. De vieilles foug\u00e8res dess\u00e9ch\u00e9es sous des \u00e9dredons. Zombieland.<\/p>\n\n\n\n<p>Je trouve papa, je reste un moment \u00e0 son chevet, je lui parle, je ne rappelle plus de quoi. Lui ne dit presque rien. La chaleur est insupportable. Une petite vieille crie qu\u2019on ferme la fen\u00eatre, parce que \u00e7a tire. Des infirmi\u00e8res arrivent.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Abr\u00e9gez, s\u2019il vous pla\u00eet&#160;!<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Je viens juste d\u2019arriver, dis-je, devinant que cela s\u2019adressait \u00e0 moi.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 C\u2019est quinze minutes, monsieur, pas plus, et d\u2019ailleurs o\u00f9 sont vos gants, votre blouse, vos sur-chaussures&#160;?<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Je ne savais pas que je devais en avoir.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Qui vous a laiss\u00e9 entrer&#160;?<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 La soldate.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 La soldate&#160;?<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 La dame soldat.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Et elle vous a laiss\u00e9 entrer comme \u00e7a&#160;?&#160;!<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Ben oui.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Vous exag\u00e9rez\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Papa est calme et triste. Je ressors dans la canicule.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00b0<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019apr\u00e8s-midi, je re\u00e7ois un coup de fil d\u2019Irek. Il veut me parler de vive voix et en particulier. Est-ce qu\u2019on peut se voir&#160;? C\u2019est bizarre. Je n\u2019ai pas id\u00e9e de quoi il peut s\u2019agir. On se voit dans les pr\u00e9s vallonn\u00e9s derri\u00e8re la rue B\u0119czkowska.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 \u00c9coute, je ne sais pas comment te le dire, donc je vais le dire sans d\u00e9tour&#160;: Marek m\u2019a t\u00e9l\u00e9phon\u00e9 il y a quelques heures, il m\u2019a dit qu\u2019il voudrait \u00eatre euthanasi\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Blackout.<\/p>\n\n\n\n<p>Mes chronom\u00e8tres se d\u00e9branchent, des ka\u00efrom\u00e8tres que je ne connaissais pas se mettent en marche.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Vraiment&#160;?<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Ouais.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c7a me surprend. Parce que pendant presque tout le mois de juin (except\u00e9 bien s\u00fbr son s\u00e9jour en soins palliatifs) et presque tout juillet, il a r\u00e9p\u00e9t\u00e9 qu\u2019il voulait rependre des forces et retourner en chimio. Mais le plus surprenant, c\u2019est qu\u2019il l\u2019ait dit \u00e0 Irek, et pas \u00e0 moi. Peut-\u00eatre parce que c\u2019est son beau-fr\u00e8re, et pas son enfant&#160;?<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Eh bien que c\u2019est devenu insupportable, et qu\u2019on doit l\u2019aider. Que si \u00e7a devait se r\u00e9p\u00e9ter, il pr\u00e9f\u00e8re en finir tout de suite.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 La douleur, les crises&#160;?<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Oui.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Mais c\u2019est ill\u00e9gal chez nous.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Il faudrait lui trouver quelque chose.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Tu sais o\u00f9&#160;?<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Non, euh, je ne sais pas, il faudrait chercher.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Ben oui, il y a s\u00fbrement un march\u00e9 noir.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Il m\u2019a dit de t\u2019en parler, et qu\u2019il fallait qu\u2019on trouve quelque chose. Et que tu ne dois pas en parler \u00e0 ta m\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Je ne peux pas ne pas lui en parler.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Eh bien, Marek a dit que\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 On ne peut rien faire sans la mettre au courant.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s que je rentre, je relate cette conversation \u00e0 maman et \u00e0 Marcin. On prend une bi\u00e8re dans la cuisine. C\u2019est la fin juillet, presque la fin du monde, quelques minutes avant le cr\u00e9puscule.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;-<\/p>\n\n\n\n<p>28 juillet<\/p>\n\n\n\n<p>On fait sortir papa de l\u2019h\u00f4pital. J\u2019ai vraiment les boules, pas moyen de trouver ces blouses \u00e0 la con&#160;! Papa me t\u00e9l\u00e9phone, il dit que le m\u00e9decin se plaint de nous, qu\u2019on exag\u00e8re, qu\u2019on se prom\u00e8ne dans le service sans habits de protection, votre famille exag\u00e8re, voil\u00e0 ce qu\u2019il dit. Tiens donc, putain, encore un roi Salomon&#160;! Il engueule un mourant parce que sa famille exag\u00e8re&#160;! Parce que sa femme et son fils sont entr\u00e9s, bordel, et qu\u2019ils avaient pas ces foutues blouses&#160;! Va te faire foutre, t\u00eate de n\u0153ud&#160;! Rends ta blouse, si t\u2019es tellement pointilleux, casse-toi, tu pues, va chier, esp\u00e8ce de fumier&#160;! Aaaaaaaaaa&#160;!<\/p>\n\n\n\n<p>Finalement je n\u2019ai pas besoin de blouse parce qu\u2019une infirmi\u00e8re raisonnable am\u00e8ne papa en fauteuil roulant \u00e0 l\u2019entr\u00e9e principale.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est une grosse op\u00e9ration. Je mets le si\u00e8ge passager avant du SUV en position allong\u00e9e. Transbahuter papa du fauteuil dans la voiture nous prend un bon quart d\u2019heure. C\u2019est bon, \u00e7a y est. Un coussin sous la t\u00eate (ce triste oreiller restera longtemps dans ma voiture). Irek monte \u00e0 l\u2019arri\u00e8re et maintient papa. Il y a aussi Marcin et Maja, une cousine, la fille de Bo\u017cenka et Irek. Ils sont venus avec une autre voiture et nous servent d\u2019escorte.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Tu n\u2019as pas peur de la mort&#160;? je demande \u00e0 mon p\u00e8re une fois qu\u2019on est arriv\u00e9s, qu\u2019on l\u2019a trimball\u00e9 jusqu\u2019en haut et mis au lit.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Non.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Mais de la douleur, oui&#160;?<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 J\u2019avais pens\u00e9 m\u2019acheter un pistolet et me tirer une balle dans la figure.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Tu nous aurais fait une sacr\u00e9e surprise\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 J\u2019aurais tir\u00e9 et ma t\u00eate\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Ta t\u00eate, oui, mais maman aurait pu dire adieu \u00e0 l\u2019assurance. Et il faudrait racler ta cervelle sur les murs.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Tu trouveras quelque chose&#160;?<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 S\u00fbrement pas un pistolet.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Un truc que j\u2019aie sous la main, \u00e0 tout hasard, une esp\u00e8ce de soupape de s\u00e9curit\u00e9, un bouton de s\u00e9curit\u00e9, tu sais.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Je sais. C\u2019est-\u00e0-dire je ne sais pas. Mais je comprends.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Tu trouveras quelque chose&#160;?<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Je vais t\u00e2cher.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Promets-le moi.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 On a beaucoup de morphine, je vais me renseigner.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Si au moins je pouvais crever comme un chien&#160;! Comme notre Morris&#160;! Si seulement je pouvais partir, m\u2019endormir tout simplement. Pourquoi je ne peux pas mourir comme un chien&#160;?<\/p>\n\n\n\n<p>Je vous hais&#160;! Je vous hais, d\u00e9biles de b\u00e9nitier&#160;! J\u2019essaie de ne pas vous ha\u00efr, et je n\u2019y arrive pas&#160;! Foutus \u00e9v\u00eaques&#160;! C\u2019est eux, c\u2019est de leur faute, gros lards d\u2019encul\u00e9s&#160;! \u00c7a va, bande de sacro-saints cr\u00e9tins&#160;? Je vous souhaite \u00e0 vous tous qui p\u00e9rorez contre l\u2019euthanasie d\u2019\u00eatre clou\u00e9s au lit pendant des mois \u00e0 hurler de douleur et \u00e0 r\u00e9clamer la mort. Ma col\u00e8re contre l\u2019\u00c9glise et toutes les conneries religieuses sorties du cul est si d\u00e9mente, si \u00e9norme que je voudrais voir toutes les notre-dame en feu, je m\u2019imagine toute cette communaut\u00e9 catho-pathologique agoniser au milieu des flammes, se noyer dans les flots glaciaux, dans tous les enfers qui excitent leurs cerveaux d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9s de d\u00e9v\u00f4ts. Crevez dans d\u2019atroces souffrances, bande d\u2019encul\u00e9s&#160;! Crevez dans d\u2019atroces souffrances puisque vos \u00e2mes, putain, y aspirent tellement&#160;! Rien \u00e0 foutre du politiquement correct, pas envie de m\u2019abstenir du discours de haine, vive le dieu de la tuerie&#160;! Tordez-vous de douleur, souffrez&#160;! Parce que c\u2019est ill\u00e9gal bien que ce soit absurde, parce que je dois me creuser la cervelle, faire une promesse \u00e0 papa, le tuer moi-m\u00eame sans savoir comment&#160;! Parce que mon p\u00e8re ne peut pas mourir comme une b\u00eate, qu\u2019il doit mourir comme un homme, \u00ab&#160;comme un \u00eatre humain&#160;\u00bb, dans d\u2019atroces souffrances, parce que \u00e7a s\u2019annonce, putain. Crevez, bande d\u2019encul\u00e9s&#160;!<\/p>\n\n\n\n<p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;-<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Laissez-moi enfin partir.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Pas encore. Donne-nous un instant, dit Irek en surgissant de la chambre et y retournant aussit\u00f4t.<\/p>\n\n\n\n<p>[\u2026]<\/p>\n\n\n\n<p>Deux cents milligrammes de morphine, c\u2019est une dose mortelle, un comprim\u00e9 de Sevredol en contient vingt milligrammes, il suffit donc d\u2019en avaler dix.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 On a la solution, papa. Au cas o\u00f9, on te donnera beaucoup de morphine. Tu t\u2019endormiras et tu ne te r\u00e9veilleras pas.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 C\u2019est bien ce que je veux.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Hum hum.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Et on en a assez&#160;?<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 On a en a tout une montagne.<\/p>\n\n\n\n<p>On pourrait ais\u00e9ment tuer trois personnes. Sauf que papa a du mal \u00e0 avaler un seul comprim\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Je ne sais pas si tu seras capable d\u2019en avaler autant \u00e0 la fois.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Doucement.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Hum hum.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Mais ne dis rien \u00e0 Ma\u0142gosia, elle me ha\u00efrait pour \u00e7a.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Bien s\u00fbr.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Elle me ha\u00efrait.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Elle le comprendrait s\u00fbrement.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Ne lui dis rien, je t\u2019en supplie.<\/p>\n\n\n\n<p>Serai-je capable de lui administrer cette morphine&#160;? Je lis les effets secondaires, les effets ind\u00e9sirables et fortement ind\u00e9sirables. Et j\u2019ai de plus en plus peur. Et si, en lui donnant du Sevredol, je lui infligeais des tortures encore plus grandes&#160;? Serai-je capable de l\u2019\u00e9touffer avec un coussin&#160;? Serai-je capable de l\u2019assassiner&#160;? Est-ce que \u00e7a se remarquera&#160;? Irek affirme que non. Personne ne verra rien. C\u2019est aussi ce qu\u2019il me semble. Ah, ce savoir puis\u00e9 dans les films.<\/p>\n\n\n\n<p>[\u2026]<\/p>\n\n\n\n<p>2 ao\u00fbt<\/p>\n\n\n\n<p>La nuit du 1<sup>er <\/sup>au 2 est horrible. Le 2 ao\u00fbt est le jour le plus douloureux depuis longtemps. Maman ne veut pas entendre parler de doses mortelles de morphine. Elle a peur. Papa n\u2019avale pas les cachets, son estomac accepte moyennement quoi que ce soit. Moi aussi, j\u2019ai peur.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai l\u2019impression d\u2019\u00eatre depuis des ann\u00e9es au chevet de papa qui me demande si c\u2019est encore long, pourquoi c\u2019est si long, combien de temps encore, pourquoi \u00e7a dure si longtemps, il bredouille que ses cheveux lui font mal, le br\u00fblent. Je t\u2019en supplie, Mateusz, aide-moi, s\u2019il te pla\u00eet, je t\u2019en supplie.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Papa, pardonne-moi si \u00e7a se passe comme \u00e7a, pardonne-moi si \u00e7a dure si longtemps, je fais tout ce qui est en mon pouvoir, papa, nous faisons tout pour soulager tes souffrances.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Je sais, papa, r\u00e9pond mon papa.<\/p>\n\n\n\n<p>Dois-je l\u2019\u00e9touffer avec un coussin&#160;? Dois-je l\u2019\u00e9touffer avec un coussin&#160;? Oui, je suis pr\u00eat, je serai l\u2019assassin de mon p\u00e8re. Bien. Je vais y arriver. Je vais y arriver. Je vais l\u2019\u00e9touffer parce que je ne supporte plus ces hurlements.<\/p>\n\n\n\n<p>Papa hurle&#160;: Doux J\u00e9suuus&#160;! Doux J\u00e9suuuuus&#160;!<\/p>\n\n\n\n<p>Sa sonde s\u2019est bouch\u00e9e. Je deviens fou, je suis une \u00e9pave, un bateau \u00e0 vapeur d\u00e9ment \u00e0 bout de souffle.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai perdu la t\u00eate. Je parcours Kielce d\u00e9serte dans ma bagnole, c\u2019est dimanche, je fais le tour des pharmacies de garde \u00e0 la recherche d\u2019une sonde avec argent collo\u00efdal, et j\u2019\u00e9coute du Taco Hemingway.<\/p>\n\n\n\n<p>Papa appelle&#160;: Maman, maman, mamounette, maman&#160;!<\/p>\n\n\n\n<p>Maman appelle une infirmi\u00e8re pour changer la sonde, ensuite elle appelle le m\u00e9decin parce que la nouvelle sonde semble apporter un mieux, comme un soulagement pendant un instant, mais il appara\u00eet bient\u00f4t que \u00e7a ne change rien, bordel, le soulagement n\u2019est que momentan\u00e9, aux chiottes cette r\u00e9alit\u00e9, aux chiottes tout \u00e7a, je veux le n\u00e9ant pour papa&#160;! Un n\u00e9ant \u00e9clair\u00e9, sans douleur, le droit \u00e0 cette putain de mort&#160;!<\/p>\n\n\n\n<p>Papa crie&#160;: Doux J\u00e9suuuuuuuuuuus&#160;!<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Papa, pardonne-moi que \u00e7a se passe comme \u00e7a, pardonne-moi si \u00e7a dure si longtemps, je fais tout ce qui est en mon pouvoir, nous faisons tout pour soulager tes souffrances.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Je sais, papa, r\u00e9pond mon papa.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;-<\/p>\n\n\n\n<p>3 ao\u00fbt<\/p>\n\n\n\n<p>[\u2026]<\/p>\n\n\n\n<p>Pourquoi je fais \u00e7a, pourquoi je fais \u00e7a&#160;? \u00c7a n\u2019a pas de sens, pourquoi je lui donne des forces, mon Dieu, pour allonger ses souffrances&#160;?<\/p>\n\n\n\n<p>On lui ajoute des patchs de morphine.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Qu\u2019est-ce qui te fait le plus mal, papa&#160;?<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Tout, mon Dieuuu&#160;!<\/p>\n\n\n\n<p>Je n\u2019y arrive pas, j\u2019enfonce dans le plancher, mes yeux d\u00e9passent \u00e0 peine de cette mer d\u2019huile, rien que les yeux et la frange, mes oreilles sont immerg\u00e9es sous les lames. Stupeur, apathie, isolement. Moments d\u2019insensibilit\u00e9 absolue.<\/p>\n\n\n\n<p>4 ao\u00fbt<\/p>\n\n\n\n<p>On y arrive enfin. On lui donne quinze milligrammes d\u2019hydroxyzine et on lui pulv\u00e9rise dans les narines de l\u2019Instanyl (au lieu du Sevredol). Il y a aussi l\u2019effet du Doltard, morphine \u00e0 lib\u00e9ration prolong\u00e9e en comprim\u00e9s, et deux patchs de morphine. Avec maman, on a d\u00e9j\u00e0 un doctorat <em>honoris causa<\/em> \u00e8s morphine. Elle lui \u00e9tale sur les jambes de l\u2019Ibuprom Max Sprint qu\u2019elle extrait de capsules translucides. Il dort huit heures d\u2019affil\u00e9e d\u2019un sommeil lourd, profond, il ronfle. Quel soulagement&#160;! Une vague de soulagement me submerge quand j\u2019entends ses terribles ronflements. Ses merveilleux, fabuleux, magnifiques ronflements&#160;!<\/p>\n\n\n\n<p>5 ao\u00fbt<\/p>\n\n\n\n<p>[\u2026]<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis deux jours, papa ne dit plus rien, seulement des g\u00e9missements et des balbutiements, en fin de journ\u00e9e, il prononce distinctement un mot&#160;: j\u2019entends. Et il ne s\u2019agit ni de ch\u0153urs d\u2019anges ni de piano. C\u2019est juste parce qu\u2019il a les boules qu\u2019on parle par-dessus sa t\u00eate.<\/p>\n\n\n\n<p>Le soir, il avale de travers l\u2019hydroxyzine que je lui verse dans la bouche. Il suffoque et tousse affreusement, j\u2019ai le r\u00e9flexe de le sauver, je le soul\u00e8ve, lui donne des tapes dans le dos, \u00e7a marche\u2026 Et merde&#160;! Dire que je voulais l\u2019\u00e9touffer avec un coussin&#160;! Comment l\u2019aurais-je fait, alors que mon corps le sauve machinalement, tout seul, et me permet pas de ne rien faire&#160;?&#160;! Je fonds en larmes.<\/p>\n\n\n\n<p>Dor\u00e9navant, je le noierai \u00e0 chaque fois que je le ferai boire. Et lui, il coulera en essayant d\u2019avaler les liquides que je lui verserai dans la bouche ou tout simplement sa salive.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;-<\/p>\n\n\n\n<p>6 ao\u00fbt<\/p>\n\n\n\n<p>Ce n\u2019est pas dr\u00f4le du tout, c\u2019est le jour o\u00f9 je suis plus en col\u00e8re que jamais. Contre papa. Contre moi-m\u00eame, parce que je suis impuissant. Incapable de tuer. Contre papa, parce qu\u2019il meurt. Contre papa, parce qu\u2019il ne meurt pas. Contre papa, parce que c\u2019est si long, si affreusement long. Meurs enfin, me dis-je alors que je suis \u00e0 son chevet depuis dix heures, alors que je suis avec lui depuis trois mois. Meurs enfin&#160;! Je suis en col\u00e8re. Contre papa, parce qu\u2019il m\u2019a fait promettre l\u2019impossible. Contre papa, parce qu\u2019il complique les choses. Qu\u2019il ne m\u2019aide pas en crachant, en serrant les dents, tout. Contre moi, parce que je suis incapable de tuer. Contre ce foutu pays qui me fout dans cette merde. Contre grand-m\u00e8re, parce qu\u2019elle est sourde, et qu\u2019elle parle et pleure trop fort sur papa. Contre maman, parce qu\u2019elle dit qu\u2019elle sort pour un instant, et qu\u2019elle revient au bout de trois heures. Contre moi, parce que je veux me soustraire \u00e0 tout \u00e7a. Contre moi parce que je suis incapable m\u2019y soustraire. Contre les \u00e9v\u00eaques et les Polonais, ces toutous abrutis. Je suis tellement en col\u00e8re que j\u2019ai envie de r\u00e9duire cette maison en miettes. Je suis tellement en col\u00e8re que j\u2019ai envie de prendre un bidon d\u2019essence et de foutre le feu \u00e0 l\u2019\u00e9glise la plus proche. Mais je vais seulement devant le garage, le dos courb\u00e9, je fume trois cigarettes puis je cours jusqu\u2019\u00e0 la salle de bain et je d\u00e9gueule dans le bidet.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;-<\/p>\n\n\n\n<p>8 ao\u00fbt<\/p>\n\n\n\n<p>Papa gargouille comme s\u2019il avait de l\u2019eau bouillante au fond de la gorge. Comme s\u2019il en avait plein les poumons, les bronches. Ses yeux s\u2019ass\u00e8chent parce qu\u2019il ne ferme pas les paupi\u00e8res, il ne cligne pas. Il regarde, mais on dirait qu\u2019il ne voir tien. Je ne peux pas supporter \u00e7a, je l\u2019ai d\u00e9\u00e7u, je l\u2019ai terriblement d\u00e9\u00e7u&#160;! Je dois le tuer, sur-le-champ, je le lui ai promis. Mais je n\u2019y arrive pas. Une voix me dit&#160;: \u00c9touffe-le avec un coussin, \u00e9touffe-le avec un coussin, connard. Tu le lui as promis, esp\u00e8ce de l\u00e2che&#160;! Mais j\u2019en suis incapable&#160;! Putain de merde&#160;! Pardon, pardon&#160;! Meeeeerde&#160;! Je me tiens au-dessus de lui et je chiale. Je ne sais pas encore que c\u2019est le dernier stade.<\/p>\n\n\n\n<p>[\u2026]<\/p>\n\n\n\n<p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;-<\/p>\n\n\n\n<p>9 ao\u00fbt<\/p>\n\n\n\n<p>Papa est mort. Enfin.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;-<\/p>\n\n\n\n<p>23 ao\u00fbt<\/p>\n\n\n\n<p>Je demande pardon sans cesse. Ce livre, c\u2019est ma demande de pardon. Je pense aussi que sa souffrance n\u2019aura pas \u00e9t\u00e9 vaines, bien que ce soit la chose la plus idiote qu\u2019on puisse penser. Mais je le pense quand m\u00eame. Oui, je pense que sa souffrance n\u2019aura pas \u00e9t\u00e9 vaines si j\u2019\u00e9cris un livre (non sur mon p\u00e8re, mais sur sa souffrance) et que ce livre suscite un d\u00e9bat sur la l\u00e9galisation de l\u2019euthanasie. Il faut y arriver. D\u00e9bat et L\u00c9GALISATION (L\u00e9galiser empanastie&#160;? L\u2019elphanasie&#160;? En aucun cas&#160;! \u00c0 quoi bon&#160;?). Donner un sens \u00e0 la souffrance n\u2019a pas de sens. La souffrance de mon p\u00e8re n\u2019avait pas de sens et n\u2019en a toujours pas. Mais moi, je dois lui donner un sens. Pour ne pas perdre la raison. Je comprends pourquoi les enfants des canc\u00e9reux s\u2019engagent si souvent dans l\u2019aide aux personnes qui sont dans la m\u00eame situation qu\u2019eux, cr\u00e9ent des fondations etc. C\u2019est pour ne pas perdre la raison.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce livre ne parle pas de mon p\u00e8re, mais de la souffrance. Si j\u2019avais voulu \u00e9crire un livre sur mon p\u00e8re, j\u2019aurais d\u00fb parler beaucoup plus longuement de ses d\u00e9fauts, dire \u00e0 qu\u2019il pouvait \u00eatre un macho-conservateur suffisant, qu\u2019il ne savait pas vraiment parler avec ses enfants, on peut m\u00eame affirmer que dans ce domaine, il \u00e9tait particuli\u00e8rement peu dou\u00e9. Soit il se taisait, soit il monologuait. Il posait des questions, mais n\u2019\u00e9coutait pas les r\u00e9ponses. Il analysait les situations familiales de mani\u00e8re cat\u00e9gorique et, la plupart du temps, parfaitement erron\u00e9e, il racontait des b\u00eatises \u00e0 propos de l\u2019\u00e9cologie et affichait son d\u00e9go\u00fbt pour la cuisine v\u00e9g\u00e9tarienne. Il \u00e9tait capable d\u2019\u00eatre un monstre pour lui-m\u00eame, se transformer en pierre pour de longues semaines, puis d\u00e9p\u00e9trifier d\u2019un coup son corps et son esprit pour une tocade quelconque.<\/p>\n\n\n\n<p>Oui, il avait des d\u00e9fauts, mais il ne m\u00e9ritait pas cette \u00ab&#160;belle souffrance&#160;\u00bb, putain (la souffrance sublim\u00e9e, ah, le fondement m\u00eame du christianisme&#160;! \u2013 si quelqu\u2019un ose encore me parler de la \u00ab&#160;belle souffrance&#160;\u00bb, je lui fous mon poing dans la gueule, parole). Il m\u00e9ritait de mourir conform\u00e9ment \u00e0 sa volont\u00e9, il m\u00e9ritait de mourir comme un chien&#160;! Putain, j\u2019ai un tel sentiment de culpabilit\u00e9&#160;!<\/p>\n\n\n\n<p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;-<\/p>\n\n\n\n<p>29 ao\u00fbt<\/p>\n\n\n\n<p>Comment je n\u2019ai pas tu\u00e9 mon p\u00e8re&#160;? Je ne l\u2019ai pas tu\u00e9 de mani\u00e8re rapide et indolore, je ne l\u2019ai pas \u00e9touff\u00e9 avec un coussin, je ne l\u2019ai pas tu\u00e9 dans son sommeil, je ne lui ai pas administr\u00e9 une dose mortelle de morphine, je ne lui ai pas coup\u00e9 les veines, je ne lui ai pas tir\u00e9 une balle dans la t\u00eate. Combien je le regrette&#160;? Je suis incapable de d\u00e9terminer l\u2019ampleur de mon chagrin, la profondeur de ce gouffre.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Jusqu&rsquo;\u00e0 samedi, nous publions chaque jour en avant-premi\u00e8re des extraits des cinq romans finalistes <a href=\"https:\/\/3466.eu\" \/>du Prix Grand Continent<\/a>, qui sera remis le dimanche 18 d\u00e9cembre \u00e0 3466, au c\u0153ur du massif du Mont Blanc. Aujourd&rsquo;hui, pour la premi\u00e8re fois en fran\u00e7ais, nous vous offrons des extraits du roman de Mateusz Paku\u0142a, <em>Comment je n\u2019ai pas tu\u00e9 mon p\u00e8re et combien je le regrette<\/em>. 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