{"id":170746,"date":"2022-12-10T06:19:00","date_gmt":"2022-12-10T05:19:00","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=170746"},"modified":"2023-04-15T18:43:53","modified_gmt":"2023-04-15T16:43:53","slug":"wang-hui-et-la-nouvelle-gauche","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/12\/10\/wang-hui-et-la-nouvelle-gauche\/","title":{"rendered":"Wang Hui et la Nouvelle Gauche"},"content":{"rendered":"\n

M\u00eame s\u2019il refuse cette \u00e9tiquette, Wang Hui (\u6c6a\u6656, n\u00e9 en 1959) est consid\u00e9r\u00e9 comme le leader de la Nouvelle Gauche chinoise. Professeur de langue et de litt\u00e9rature chinoises \u00e0 l’universit\u00e9 de Tsinghua de P\u00e9kin, il a d’abord travaill\u00e9 sur Lu Xun \u9c81\u8fc5 (1881-1936), l’\u00e9crivain moderne le plus c\u00e9l\u00e8bre de Chine. Mais Wang a aussi publi\u00e9 sur un large \u00e9ventail de sujets, notamment l’histoire, la philosophie, la g\u00e9opolitique et l’\u00e9conomie, ainsi que la litt\u00e9rature, \u00e0 l’instar des chercheurs post-modernes engag\u00e9s en Occident. Son domaine, au sens le plus large, est le \u00ab discours \u00bb. Il existe des traductions en anglais de certaines de ses \u0153uvres majeures <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>, mais beaucoup reste encore \u00e0 traduire, notamment son influent ouvrage en quatre volumes intitul\u00e9 The Rise of Modern Chinese Thought<\/em> <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span>(\u73b0\u4ee3\u4e2d\u56fd\u601d\u60f3\u7684\u5174\u8d77). <\/p>\n\n\n\n

La Nouvelle Gauche est n\u00e9e dans les ann\u00e9es 1990 comme une forme de r\u00e9sistance au n\u00e9olib\u00e9ralisme. Une grande partie de cette r\u00e9sistance \u00e9tait purement intellectuelle, suscit\u00e9e par l’arrogance per\u00e7ue d’ouvrages comme La Fin de l’histoire et le Dernier Homme<\/em> de Francis Fukuyama, qui partait du principe que la \u00ab victoire \u00bb occidentale dans la Guerre froide signifiait que le capitalisme d\u00e9mocratique lib\u00e9ral avait gagn\u00e9, qu’il n’y avait pas d’autres options pour l’humanit\u00e9. L’affront a \u00e9t\u00e9 rendu d’autant plus r\u00e9el par les r\u00e9formes du march\u00e9 en cours en Chine dans les ann\u00e9es 1990<\/a>, r\u00e9formes qui mena\u00e7aient d’\u00e9carter l’h\u00e9ritage socialiste du pays dans une poursuite effr\u00e9n\u00e9e du d\u00e9veloppement \u00e0 tout prix. Pour beaucoup, le \u00ab socialisme aux caract\u00e9ristiques chinoises \u00bb ressemblait \u00e9trangement au capitalisme, qui semblait mettre en p\u00e9ril \u00e0 la fois le parti, corrompu par les nouvelles possibilit\u00e9s d’argent rapide, et le peuple, trop souvent laiss\u00e9 sur le bord de la route.<\/p>\n\n\n\n

La Nouvelle Gauche \u00e9tait \u00ab nouvelle \u00bb en ce qu’elle \u00e9tait diff\u00e9rente d’une \u00ab gauche \u00bb plus ancienne et plus conservatrice qui n’avait jamais vraiment approuv\u00e9 le programme de r\u00e9forme de Deng Xiaoping ou l’ouverture \u00e0 l’Ouest. La Nouvelle Gauche \u2014 un surnom qui a \u00e9t\u00e9 choisi par leurs adversaires lib\u00e9raux pour tenter de les discr\u00e9diter \u2014 \u00e9tait au contraire moderne voire post-moderne et internationalis\u00e9e. Pratiquement tous les membres \u00e9minents du groupe ont profit\u00e9 de l’engagement de la Chine dans le monde pour \u00e9tudier en Occident \u2014 le plus souvent aux \u00c9tats-Unis \u2014 et ils ont \u00e9t\u00e9 attir\u00e9s par divers courants de la th\u00e9orie critique populaire dans la gauche universitaire de l’\u00e9poque : post-modernisme, post-colonialisme, post-structuralisme \u2014 souvent abr\u00e9g\u00e9 en \u00ab post-isme \u00bb en Chine. Ils se sont rapidement appropri\u00e9s ce vocabulaire et l’ont appliqu\u00e9 \u00e0 la situation de la Chine.<\/p>\n\n\n\n

Trois caract\u00e9ristiques fondamentales ont d\u00e9fini la Nouvelle Gauche chinoise dans les ann\u00e9es 1990 et la majeure partie des ann\u00e9es 2000. Premi\u00e8rement, ses repr\u00e9sentants \u00e9taient oppos\u00e9s au n\u00e9olib\u00e9ralisme, \u00e0 la fois dans son discours h\u00e9g\u00e9monique de \u00ab fin de l’histoire \u00bb et en raison du d\u00e9fi qu’il repr\u00e9sentait pour l’h\u00e9ritage du socialisme chinois au niveau de la base. Deuxi\u00e8mement, les penseurs de la Nouvelle Gauche ont fait preuve d’une grande cr\u00e9ativit\u00e9 en recherchant dans le canon socialiste, en Chine et ailleurs, de nouvelles possibilit\u00e9s. S\u2019ils \u00e9taient bien s\u00fbr des nationalistes chinois, ils ont relu Marx, Proudhon, John Stuart Mill, James Meade, Antonio Gramsci, Roberto Unger… et Mao Zedong, pour tenter de sugg\u00e9rer que d\u2019autres visions du monde que celle du n\u00e9olib\u00e9ralisme \u00e9taient non seulement souhaitables mais possibles. Les exp\u00e9riences de grande envergure entreprises sous la direction de Bo Xilai (\u8584\u7199\u6765, n\u00e9 en 1949) \u00e0 Chongqing, qui pr\u00e9tendaient combiner d\u00e9veloppement rapide et service au \u00ab peuple \u00bb \u2014 c’est-\u00e0-dire aux moins fortun\u00e9s \u2014 ont \u00e0 la fois inspir\u00e9 et ont \u00e9t\u00e9 inspir\u00e9es par la Nouvelle Gauche. Cui Zhiyuan (\u5d14\u4e4b\u5143, n\u00e9 en 1963), un autre membre \u00e9minent de la Nouvelle Gauche, a pris cong\u00e9 de son poste de politologue \u00e0 l’Universit\u00e9 de Tsinghua pour travailler dans l’administration de Chongqing. Enfin, la Nouvelle Gauche a, au cours de cette p\u00e9riode, souvent \u00e9t\u00e9 v\u00e9ritablement critique \u00e0 l’\u00e9gard des r\u00e9sultats de la politique de r\u00e9forme et d’ouverture, d\u00e9non\u00e7ant la corruption de ce qu’ils consid\u00e9raient comme un capitalisme de connivence et soulignant l’\u00e9rosion constante des protections pour les pauvres.<\/p>\n\n\n\n

C’est \u00e0 cette \u00e9poque que, de professeur, Wang Hui gagne en notori\u00e9t\u00e9 pour devenir un intellectuel public. De 1996 \u00e0 2007, il sera r\u00e9dacteur en chef de la revue litt\u00e9raire la plus importante de Chine, Dushu<\/em> (\u8bfb\u4e66). Il a publi\u00e9 sur une vari\u00e9t\u00e9 \u00e9tonnante de sujets, notamment la litt\u00e9rature \u2014 par des articles sur Lu Xun <\/span>3<\/sup><\/a><\/span><\/span>et Mao Dun <\/span>4<\/sup><\/a><\/span><\/span>\u2014 l’histoire \u2014 \u00e0 travers des articles sur Liang Qichao <\/span>5<\/sup><\/a><\/span><\/span> et le mouvement du 4-Mai <\/span>6<\/sup><\/a><\/span><\/span>\u2014 la nature de la modernit\u00e9 chinoise \u2014 et de la modernit\u00e9 en g\u00e9n\u00e9ral <\/span>7<\/sup><\/a><\/span><\/span>\u2014 et l’identit\u00e9 asiatique <\/span>8<\/sup><\/a><\/span><\/span>, ainsi que les probl\u00e8mes li\u00e9s au programme de r\u00e9forme de la Chine contemporaine <\/span>9<\/sup><\/a><\/span><\/span>. <\/p>\n\n\n\n

Cependant, la popularit\u00e9 de Wang Hui n\u2019est pas unanime. Il s’est in\u00e9vitablement fait des ennemis, et son ton critique s’est aiguis\u00e9 \u00e0 la suite d’\u00e2pres d\u00e9bats avec les lib\u00e9raux au cours des ann\u00e9es 1990 et 2000. Il a \u00e9t\u00e9 accus\u00e9 de s’\u00eatre attribu\u00e9 le prix Cheung Kong Dushu<\/em> de litt\u00e9rature en 2000, parce qu’il \u00e9tait le r\u00e9dacteur en chef de la revue qui d\u00e9cernait le prix <\/span>10<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Il a \u00e9t\u00e9 accus\u00e9 de plagiat et de mauvaise \u00e9rudition.<\/p>\n\n\n\n

Le texte traduit ici <\/span>11<\/sup><\/a><\/span><\/span>signale une \u00e9volution importante de la pens\u00e9e de Wang Hui et de celle de la Nouvelle Gauche en g\u00e9n\u00e9ral : au cours de la derni\u00e8re d\u00e9cennie, la Nouvelle Gauche a largement abandonn\u00e9 sa position critique vis-\u00e0-vis de l’\u00e9conomie politique et de l’\u00c9tat chinois et est devenue une sorte de simple relais du r\u00e9gime actuel et de ses politiques. Ce processus ne s’est pas d\u00e9roul\u00e9 sans heurts. Comme mentionn\u00e9 plus haut, la Nouvelle Gauche \u00e9tait une ardente d\u00e9fenderesse du mod\u00e8le de Chongqing, et lorsque Bo Xilai est tomb\u00e9 du pouvoir en 2012, Wang Hui a publi\u00e9 un article critique d\u00e9non\u00e7ant les machinations n\u00e9olib\u00e9rales \u00e0 l’origine des \u00e9v\u00e9nements <\/span>12<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Le texte ci-dessous a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 en 2010, ce qui sugg\u00e8re que Wang faisait d\u00e9j\u00e0 sa paix avec le r\u00e9gime. Les deux \u00e9v\u00e9nements qui ont incit\u00e9 Wang \u00e0 changer d’avis sont la mont\u00e9e de la Chine au rang de grande puissance \u2014 et le d\u00e9clin apparent de l’Occident \u2014 et l’ascension de Xi Jinping \u00e0 la pr\u00e9sidence.<\/p>\n\n\n\n

L’ascension de la Chine au rang de grande puissance a donn\u00e9 de la consistance \u00e0 la notion qui autrefois plus fantaisiste d’un \u00ab mod\u00e8le chinois \u00bb. Si le mod\u00e8le chinois est une r\u00e9alit\u00e9, alors l’h\u00e9g\u00e9monie du n\u00e9olib\u00e9ralisme, tout comme le Consensus de Washington et l’\u00e9cole de Chicago d’\u00e9conomie de march\u00e9 ne sont plus des paradigmes universels. Pour Wang, c’est un changement radical, un changement de paradigme, un moment historique. En outre, Xi Jinping semble d\u00e9termin\u00e9 \u00e0 ce que le socialisme reste un \u00e9l\u00e9ment crucial du r\u00eave chinois \u00e0 l’avenir, m\u00eame si ce qu’il entend par socialisme n’est pas tout \u00e0 fait clair. Compte tenu de ces changements, prot\u00e9ger la Chine du n\u00e9olib\u00e9ralisme ne peut plus \u00eatre le principal objectif de Wang, et son texte doit \u00eatre lu comme sa tentative de formuler une nouvelle compr\u00e9hension du pass\u00e9, du pr\u00e9sent et de l’avenir de la Chine \u00e0 la lumi\u00e8re du d\u00e9clin du p\u00e9ril n\u00e9olib\u00e9ral.<\/p>\n\n\n\n

\u00c0 mon sens, cela explique l’\u00e9trange gravit\u00e9 du texte de Wang, ses silences et ses pauses. Wang essaie sinc\u00e8rement de travailler \u00e0 une nouvelle fa\u00e7on de voir le monde apr\u00e8s la crise du n\u00e9olib\u00e9ralisme<\/a>. Bien s\u00fbr, une grande partie du texte reste une d\u00e9nonciation du n\u00e9olib\u00e9ralisme, mais c’est parce qu’il doit formuler un nouveau r\u00e9cit de la r\u00e9ussite de la Chine sur fond de l’ancien paradigme.<\/p>\n\n\n\n

Le succ\u00e8s de la Chine, insiste Wang, d\u00e9pend avant tout de son accession \u00e0 la souverainet\u00e9, qui a permis \u00e0 la Chine de suivre sa propre voie, malgr\u00e9 les pressions des h\u00e9g\u00e9monies de gauche et de droite. Jiang Shigong<\/a> avance un argument similaire dans son ouvrage Philosophie et histoire<\/em>. Deuxi\u00e8mement, l’importance de la th\u00e9orie et de la pratique. Ici, Wang affirme ses racines marxistes et mao\u00efstes, et insiste sur le fait que l’histoire politique du mouvement communiste en Chine doit \u00eatre lue non pas comme une histoire de lutte entre factions, mais comme une s\u00e9rie de d\u00e9bats th\u00e9oriques r\u00e9solus par la \u00ab pratique \u00bb \u2014 un euph\u00e9misme pour parler du Grand Bond en avant… Troisi\u00e8mement, \u00e0 un autre niveau discursif, Wang se fait l’\u00e9cho de Wang Shaoguang<\/a> en citant des preuves que le leadership post-Mao, apr\u00e8s avoir flirt\u00e9 avec le n\u00e9olib\u00e9ralisme, est revenu au peuple. Concr\u00e8tement, cela fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 un certain nombre de r\u00e9formes habituellement associ\u00e9es \u00e0 la p\u00e9riode Hu-Wen (2002-2013) : les trois questions rurales, la r\u00e9forme des soins de sant\u00e9, la r\u00e9forme du syst\u00e8me des entreprises d’\u00c9tat. Ces mesures sugg\u00e8rent un engagement socialiste renouvel\u00e9, et lorsqu’elles sont associ\u00e9es \u00e0 la comp\u00e9tence dont aurait fait preuve le r\u00e9gime pour n\u00e9gocier la crise financi\u00e8re de 2008 \u2014 en plus du tremblement de terre de Wenchuan et des \u00e9meutes tib\u00e9taines \u2014 elles donnent \u00e0 Wang un grand espoir pour l’avenir.<\/p>\n\n\n\n

Wang conserve un esprit critique, et s’abstient d’annoncer un nouveau paradigme audacieux. Si elles sont justes, ses critiques sont famili\u00e8res. La Chine doit s’\u00e9loigner de son \u00e9conomie ax\u00e9e sur les exportations et cr\u00e9er un march\u00e9 int\u00e9rieur<\/a>. La Chine doit accorder une attention particuli\u00e8re \u00e0 ses probl\u00e8mes environnementaux<\/a>, qui sont \u00e9galement des probl\u00e8mes mondiaux. Lorsque Wang demande \u00ab Quelle sorte de d\u00e9mocratie la Chine devrait-elle avoir ? \u00bb, son ton est s\u00e9rieux. Il a longtemps averti que la d\u00e9mocratie n\u00e9olib\u00e9rale n’\u00e9tait pas d\u00e9mocratique du tout<\/a>, mais c’est une chose de d\u00e9noncer son adversaire, une autre de vanter son propre mod\u00e8le. Alors qu’il r\u00e9imagine le pass\u00e9, le pr\u00e9sent et l’avenir de la Chine \u00e0 la lumi\u00e8re de l’\u00e9chec du n\u00e9olib\u00e9ralisme, il ne sait pas encore quelle forme concr\u00e8te devrait prendre l\u2019engagement de la Nouvelle Gauche envers la d\u00e9mocratie. Mais il a apparemment d\u00e9cid\u00e9 qu’il aurait plus d’influence au sein des instances du Parti \u2014 en faisant partie de l’\u00e9quipe de Xi Jinping \u2014  et accomplissant le r\u00eave chinois de l’int\u00e9rieur.<\/p>\n\n\n\n

Le d\u00e9veloppement de l’\u00e9conomie chinoise a d\u00e9fi\u00e9 de nombreuses pr\u00e9dictions. Depuis 1989, l’effondrement de la Chine a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9dit \u00e0 maintes reprises, mais la Chine ne s’est pas effondr\u00e9e. Au contraire, les th\u00e9ories d’effondrement se sont effondr\u00e9es. Pour cette raison, les gens ont commenc\u00e9 \u00e0 chercher une explication pour savoir pourquoi la Chine non seulement ne s’est pas effondr\u00e9e, mais a continu\u00e9 \u00e0 se d\u00e9velopper. Dans le processus de r\u00e9forme et d’ouverture, il y a eu de nombreux d\u00e9bats en faveur et contre la r\u00e9forme, et ces d\u00e9bats ont souvent port\u00e9 sur la fa\u00e7on d’\u00e9valuer les questions li\u00e9es \u00e0 l’\u00e8re socialiste et \u00e0 l’\u00e8re de la r\u00e9forme. De plus en plus de personnes pensent que, quelle que soit la mani\u00e8re dont nous \u00e9valuons les r\u00e9alisations et les difficult\u00e9s de la p\u00e9riode socialiste et de la p\u00e9riode de r\u00e9forme et d’ouverture, l’\u00e9conomie chinoise a \u00e9t\u00e9 construite sur la base de ces deux traditions. Dans le m\u00eame temps, la crise financi\u00e8re mondiale actuelle et les contradictions accumul\u00e9es sur une longue p\u00e9riode indiquent \u00e9galement que la Chine ne peut et ne doit pas simplement revenir au mod\u00e8le de d\u00e9veloppement du pass\u00e9, que l’on entende par l\u00e0 le mod\u00e8le traditionnel d’\u00e9conomie planifi\u00e9e ou le mod\u00e8le d\u00e9veloppementaliste dont le seul objectif \u00e9tait la croissance du PIB. Nous devons trouver une nouvelle fa\u00e7on de penser l’exp\u00e9rience de la Chine au cours des 60 derni\u00e8res ann\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n

Le caract\u00e8re souverain ind\u00e9pendant et sa signification politique<\/h2>\n\n\n\n

Dans les discussions sur le mod\u00e8le chinois, de nombreux universitaires mettent l’accent sur la stabilit\u00e9 du d\u00e9veloppement de la Chine, arguant qu’il n’y a pas eu de grande crise. Ceci est incorrect. Au cours des trente ann\u00e9es de r\u00e9forme et d’ouverture, la plus grande crise de la Chine a \u00e9t\u00e9 celle de 1989. La Chine a surv\u00e9cu \u00e0 cette grande crise, mais les traces de cette issue malheureuse peuvent encore \u00eatre trouv\u00e9es dans diff\u00e9rents domaines. Cette crise avait \u00e9galement un aspect international, bien qu’elle ait \u00e9t\u00e9 politique et non \u00e9conomique. La crise de la Chine peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme le pr\u00e9lude \u00e0 la crise de l’Union sovi\u00e9tique et de l’Europe de l’Est. Comme la Chine, ces pays \u00e9taient \u00e9galement des pays socialistes dirig\u00e9s par des partis communistes, alors pourquoi la Chine n’a-t-elle pas chut\u00e9 comme eux ? Quelles sont les caract\u00e9ristiques qui ont maintenu la stabilit\u00e9 de la Chine et aliment\u00e9 la croissance rapide de la Chine ? Apr\u00e8s 30 ans de r\u00e9formes, comment les conditions qui ont rendu cela possible ont-elles chang\u00e9 ? Si nous voulons discuter de la voie chinoise ou du caract\u00e8re unique de la Chine, c’est la premi\u00e8re question \u00e0 laquelle nous devons r\u00e9pondre.<\/p>\n\n\n\n

L’effondrement de l’Union sovi\u00e9tique et de l’Europe de l’Est avait des causes historiques complexes et profondes, notamment l’opposition entre le bureaucratisme et les masses, la politique autoritaire de l’\u00e9poque de la guerre froide et les difficult\u00e9s de subsistance du peuple caus\u00e9es par une \u00e9conomie de p\u00e9nurie, entre autres. A titre de comparaison, la capacit\u00e9 d’auto-renouvellement du syst\u00e8me chinois s’est av\u00e9r\u00e9e beaucoup plus forte. M\u00eame apr\u00e8s les conflits de la R\u00e9volution culturelle, au cours de laquelle des fonctionnaires de haut niveau de l’\u00c9tat et du parti ont \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9s par Mao Zedong pour travailler et vivre au niveau de la base de la soci\u00e9t\u00e9, l’\u00c9tat a fait preuve de r\u00e9activit\u00e9 face aux besoins de la soci\u00e9t\u00e9 de base lorsque ces m\u00eames fonctionnaires ont repris le pouvoir \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1970. Ce n’\u00e9tait pas le cas en Union sovi\u00e9tique et en Europe de l’Est. Mais je ne m’engagerai pas ici dans une discussion d\u00e9taill\u00e9e des tenants et aboutissants de ces questions. Mon propos principal est de souligner la diff\u00e9rence entre le syst\u00e8me chinois et ceux de l’Union sovi\u00e9tique et de l’Europe de l’Est, \u00e0 savoir que la Chine a cherch\u00e9 de mani\u00e8re ind\u00e9pendante et autonome sa ligne de d\u00e9veloppement social, et a cr\u00e9\u00e9 sur cette base sa position souveraine unique.<\/p>\n\n\n\n

Dans ses m\u00e9moires, Egon Krenz (n\u00e9 en 1937), le dernier secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral du parti communiste de l’ancienne Allemagne de l’Est, a expliqu\u00e9 les raisons de l’effondrement du pays apr\u00e8s 1989, et a mentionn\u00e9 de nombreux facteurs, dont les plus importants \u00e9taient les changements internes au sein de l’ensemble du bloc URSS-Europe de l’Est provoqu\u00e9s par les changements en Union sovi\u00e9tique. Pendant la guerre froide, les \u00e9conomistes occidentaux ont souvent utilis\u00e9 la notion de \u00ab r\u00e8gle Brejnev \u00bb pour se moquer de la \u00ab souverainet\u00e9 incompl\u00e8te \u00bb des pays d’Europe de l’Est. Selon les termes du \u00ab Consensus de Washington \u00bb, les pays d’Europe de l’Est n’avaient pas une souverainet\u00e9 totale, mais \u00e9taient sous le contr\u00f4le de l’Union sovi\u00e9tique, de sorte que si l’Union sovi\u00e9tique avait des probl\u00e8mes, l’ensemble du syst\u00e8me URSS-Europe de l’Est s’effondrerait. <\/p>\n\n\n\n

Apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale, le syst\u00e8me de la souverainet\u00e9 nationale a \u00e9t\u00e9 affirm\u00e9, mais, dans le monde de l’\u00e9poque, tr\u00e8s peu de pays poss\u00e9daient une v\u00e9ritable souverainet\u00e9. C’\u00e9tait vrai non seulement des pays du bloc sovi\u00e9tique, mais aussi de ceux de l’alliance occidentale. En Asie, la souverainet\u00e9 de pays comme le Japon et la Cor\u00e9e dans la structure de la guerre froide \u00e9tait soumise \u00e0 la strat\u00e9gie mondiale am\u00e9ricaine, ce qui signifie qu’ils n’\u00e9taient pas des nations totalement souveraines. Dans le cadre de la structure de la guerre froide, les deux camps \u00e9taient des syst\u00e8mes de nations alli\u00e9es, et si l’h\u00e9g\u00e9mon de l’un ou l’autre camp subissait un changement ou une transformation politique, les autres pays en seraient n\u00e9cessairement profond\u00e9ment affect\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n

\u00c0 la fin de la guerre civile en Chine, la RPC a \u00e9t\u00e9 \u00e9tablie. Au d\u00e9but de l’histoire de la RPC, la Chine se situait du c\u00f4t\u00e9 socialiste du syst\u00e8me bipolaire de la guerre froide, et le conflit entre les Etats-Unis et la Chine en Cor\u00e9e au d\u00e9but des ann\u00e9es 1950 n’a fait qu’accro\u00eetre l’antagonisme entre la Chine et les Etats-Unis et leurs alli\u00e9s. Au cours de cette p\u00e9riode, et surtout pendant la p\u00e9riode du premier plan quinquennal (1953-1957), le d\u00e9veloppement industriel de la Chine, sa reconstruction d’apr\u00e8s-guerre et son statut international ont tous re\u00e7u une aide immense de l’Union sovi\u00e9tique, et dans un certain sens, on peut dire que la Chine \u00e9tait dans une relation de d\u00e9pendance avec l’URSS. <\/p>\n\n\n\n

N\u00e9anmoins, tout comme le processus r\u00e9volutionnaire chinois a eu sa propre voie unique, la Chine a finalement cherch\u00e9 sa propre voie de d\u00e9veloppement unique \u00e9galement. \u00c0 partir du milieu des ann\u00e9es 1950, la Chine a soutenu activement le mouvement des non-align\u00e9s, et plus tard, elle a \u00e9galement d\u00e9velopp\u00e9 des diff\u00e9rends ouverts avec l’Union sovi\u00e9tique, non seulement sur des questions politiques, mais aussi sur des questions \u00e9conomiques et militaires, et s’est progressivement d\u00e9tach\u00e9e de ce que certains universitaires ont appel\u00e9 sa \u00ab relation de lign\u00e9e \u00bb (\u5b97\u4e3b\u5173\u7cfb) avec l’URSS, \u00e9tablissant sa propre position ind\u00e9pendante dans le syst\u00e8me socialiste et dans le monde. <\/p>\n\n\n\n

Malgr\u00e9 la division du d\u00e9troit de Taiwan, le caract\u00e8re politique de la nation chinoise est souverain et hautement ind\u00e9pendant et autonome, et les syst\u00e8mes \u00e9conomiques et industriels nationaux fa\u00e7onn\u00e9s sous la direction de ce caract\u00e8re politique sont \u00e9galement hautement ind\u00e9pendants et autonomes. Sans cette autonomie comme condition pr\u00e9alable, il est tr\u00e8s difficile d’imaginer la voie de l’ouverture et de la r\u00e9forme de la Chine, et il est \u00e9galement tr\u00e8s difficile d’imaginer le destin de la Chine apr\u00e8s 1989. Au d\u00e9but du processus de r\u00e9forme et d’ouverture, la Chine disposait d\u00e9j\u00e0 d’un syst\u00e8me \u00e9conomique national ind\u00e9pendant et autonome, ce qui \u00e9tait une condition pr\u00e9alable \u00e0 la r\u00e9forme. La r\u00e9forme de la Chine a sa propre logique interne ; c’est une r\u00e9forme autonome, une r\u00e9forme dynamique et non passive, qui est compl\u00e8tement diff\u00e9rente des diverses \u00ab r\u00e9volutions de couleur \u00bb d’Europe de l’Est et du Moyen-Orient et de leurs contextes complexes. <\/p>\n\n\n\n

Le d\u00e9veloppement de la Chine n’est pas seulement diff\u00e9rent des \u00e9conomies d\u00e9pendantes d’Am\u00e9rique latine, il est \u00e9galement diff\u00e9rent du mod\u00e8le est-asiatique tel que repr\u00e9sent\u00e9 par les exp\u00e9riences du Japon, de la Cor\u00e9e du Sud et de Ta\u00efwan \u2014 m\u00eame si en termes de r\u00f4le jou\u00e9 par l’\u00c9tat, de politique industrielle gouvernementale et sur certaines strat\u00e9gies de d\u00e9veloppement, il existe des similitudes et des interactions. Mais d’un point de vue politique, la condition pr\u00e9alable \u00e0 la r\u00e9forme de la Chine \u00e9tait l’autonomie, alors que dans une large mesure, le d\u00e9veloppement de ces pays peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme d\u00e9pendant \u2014 la diff\u00e9rence avec l’Am\u00e9rique latine est que les relations de d\u00e9pendance de la guerre froide sont devenues la condition pr\u00e9alable politique du d\u00e9veloppement.<\/p>\n\n\n\n

Cette nature souveraine relativement ind\u00e9pendante et compl\u00e8te a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e par la pratique d’un parti politique, et c’est une caract\u00e9ristique remarquable de la politique du vingti\u00e8me si\u00e8cle. Peu importe le nombre d’erreurs th\u00e9oriques ou de pratique commises par le Parti communiste chinois, son anti-imp\u00e9rialisme et son d\u00e9bat ult\u00e9rieur avec l’Union sovi\u00e9tique ont \u00e9t\u00e9 les \u00e9l\u00e9ments de base qui ont abouti \u00e0 la souverainet\u00e9 de la Chine, et sur ces questions, on ne peut pas porter un jugement limit\u00e9 bas\u00e9 sur des d\u00e9tails mineurs. Gr\u00e2ce \u00e0 son d\u00e9bat ouvert avec le Parti communiste de l’Union sovi\u00e9tique, la Chine s’est d’abord d\u00e9barrass\u00e9e de la relation lignag\u00e8re entre les deux partis, puis de la relation lignag\u00e8re entre les deux pays, devenant ainsi un nouveau mod\u00e8le ind\u00e9pendant. <\/p>\n\n\n\n

En d’autres termes, les racines de cette souverainet\u00e9 sont politiques, une ind\u00e9pendance politique particuli\u00e8re d\u00e9velopp\u00e9e au cours des relations entre les partis politiques et des progr\u00e8s politiques, et exprim\u00e9e dans les domaines de l’\u00c9tat et de l’\u00e9conomie, entre autres. Il est difficile de comprendre la signification de l’ind\u00e9pendance et de l’autonomie \u00e0 partir des notions standard de souverainet\u00e9. Dans l’histoire du colonialisme, les notions standard de souverainet\u00e9 n’avaient peut-\u00eatre aucun rapport avec l’ind\u00e9pendance et l’autonomie ; par exemple, les pays qui signaient des trait\u00e9s in\u00e9gaux \u00e9taient, du point de vue du droit international, des nations souveraines, mais cette souverainet\u00e9 n’avait rien \u00e0 voir avec l’ind\u00e9pendance et l’autonomie. En fait, la dissolution progressive de la structure extr\u00eamement polaris\u00e9e de l’\u00e9poque de la guerre froide est li\u00e9e \u00e0 la critique constante de la Chine et \u00e0 sa lutte contre cette structure bipolaire ; si la Chine n’\u00e9tait pas entr\u00e9e en sc\u00e8ne, la possibilit\u00e9 que les \u00c9tats-Unis et l’URSS s’engagent dans une r\u00e9sistance directe aurait \u00e9t\u00e9 beaucoup plus grande.  <\/p>\n\n\n\n

Dans les domaines de l’\u00e9conomie, de la politique et de la culture, les explorations de la Chine sur la voie du socialisme et ses exp\u00e9riences de r\u00e9forme ont produit toutes sortes d’erreurs, de probl\u00e8mes et m\u00eame de r\u00e9sultats tragiques, mais au cours des ann\u00e9es 1950, 1960 et 1970, le gouvernement et le parti politique chinois ont continuellement ajust\u00e9 leurs politiques. Ces ajustements n’\u00e9taient pas dirig\u00e9s par des forces ext\u00e9rieures, mais \u00e9taient pour la plupart des auto-ajustements bas\u00e9s sur les probl\u00e8mes rencontr\u00e9s au cours de la pratique. En tant que m\u00e9canisme par lequel un parti politique corrige sa trajectoire, les d\u00e9bats th\u00e9oriques, et surtout les d\u00e9bats th\u00e9oriques ouverts, ont jou\u00e9 un r\u00f4le important dans le processus d’auto-ajustement et d’auto-r\u00e9forme dans lequel le parti et la nation \u00e9taient engag\u00e9s. En raison de l’absence de m\u00e9canisme d\u00e9mocratique au sein du PCC, les luttes de ligne peuvent souvent se transformer en luttes de pouvoir aliment\u00e9es par des attaques impitoyables, mais ces facteurs ne doivent pas occulter l’importance historique des d\u00e9bats sur la ligne ou la th\u00e9orie. <\/p>\n\n\n\n

Dans cette perspective, nous devons repenser certaines interpr\u00e9tations habituelles de l’\u00e8re de la r\u00e9forme, par exemple l’id\u00e9e que la r\u00e9forme ne poss\u00e9dait pas de mod\u00e8le ou de strat\u00e9gie pr\u00e9con\u00e7ue, que nous avons \u00ab travers\u00e9 la rivi\u00e8re en t\u00e2tant les pierres. \u00bb C’est \u00e9videmment exact, mais en fait, l’absence de mod\u00e8le pr\u00e9con\u00e7u est la caract\u00e9ristique particuli\u00e8re de toute la r\u00e9volution chinoise, et Mao Zedong a dit quelque chose \u00e0 cet effet dans \u00ab Sur la contradiction \u00bb. Sur quoi nous appuyons-nous lorsque nous n’avons pas de mod\u00e8le ? Nous nous appuyons sur le d\u00e9bat th\u00e9orique, sur la lutte politique, sur la pratique sociale. Sur ce que nous appelons \u00ab de la pratique \u00e0 la pratique \u00bb. <\/p>\n\n\n\n

Mais la conclusion de Mao concernant la pratique est en soi th\u00e9orique ; la pratique ne peut pas ne pas poss\u00e9der de conditions pr\u00e9alables et d’orientations. En l’absence d’orientations de valeurs fondamentales, nous ne saurions pas o\u00f9 nous allons lorsque nous \u00ab traversons la rivi\u00e8re en t\u00e2tant les pierres \u00bb. Dans \u00ab Sur la pratique \u00bb, Mao Zedong cite un passage de L\u00e9nine : \u00ab Sans th\u00e9orie r\u00e9volutionnaire, il n’y aurait pas de mouvement r\u00e9volutionnaire. \u00bb La cr\u00e9ation et la promotion de la th\u00e9orie r\u00e9volutionnaire jouent \u00e9galement un r\u00f4le d\u00e9cisif \u00e0 certains moments cl\u00e9s. Lorsqu’il y a quelque chose \u00e0 faire (et peu importe quoi) en l’absence d’un programme, d’une m\u00e9thode, d’un plan ou d’une politique, la fa\u00e7on dont vous vous y prenez pour d\u00e9cider d’un programme, d’une m\u00e9thode, d’un plan ou d’une politique est d’une importance d\u00e9cisive. Lorsque la politique, la culture, la superstructure, etc., entravent le d\u00e9veloppement de la base \u00e9conomique, alors la politique et la culture sont les \u00e9l\u00e9ments centraux et deviennent les choses les plus d\u00e9cisives.<\/p>\n\n\n\n\n\n

\n \n \r\n \r\n \r\n \r\n \r\n \r\n \r\n \r\n <\/picture>\r\n \n
\u00a9 Zhang Kechun, \u00ab  The Yellow River  \u00bb<\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

Dans le processus de r\u00e9volution et de r\u00e9forme de la Chine, le d\u00e9bat th\u00e9orique a jou\u00e9 un r\u00f4le tr\u00e8s important. Les origines des th\u00e9ories relatives \u00e0 la r\u00e9forme se trouvent dans les id\u00e9es li\u00e9es \u00e0 l’\u00e9conomie socialiste de la marchandise, ce qui signifie qu’elles se sont d\u00e9velopp\u00e9es \u00e0 partir de discussions sur des notions telles que les marchandises, l’\u00e9conomie de la marchandise, les lois de la valeur et les droits bourgeois, tout comme elles ont \u00e9t\u00e9 model\u00e9es par la pratique socialiste. La discussion de la question de la loi de la valeur est apparue dans les ann\u00e9es 1950 avec la publication des essais de Sun Yefang (\u5b59\u51b6\u65b9, 1908-1983) et de Gu Zun (\u987e\u51c6, 1915-1974), dans le contexte plus large de la scission sino-sovi\u00e9tique et de l’analyse par Mao Zedong des contradictions au sein du socialisme chinois. La m\u00eame question est redevenue un sujet central dans les d\u00e9bats internes du Parti au milieu des ann\u00e9es 1970. <\/p>\n\n\n\n

Sun Yefang \u00e9tait un \u00e9minent \u00e9conomiste chinois qui a encourag\u00e9 les r\u00e9formes du march\u00e9 bien avant que le Parti ne mette finalement en \u0153uvre de telles r\u00e9formes. Gu Zhun \u00e9tait une figure majeure dans le d\u00e9veloppement de la discipline de la comptabilit\u00e9 en Chine durant la p\u00e9riode r\u00e9publicaine, qui s’est ensuite tourn\u00e9 vers le marxisme et finalement vers le lib\u00e9ralisme \u00e9conomique lorsqu’il a \u00e9t\u00e9 emprisonn\u00e9 pour avoir dit ce qu’il pensait dans les ann\u00e9es 1950. La publication posthume de ses journaux de prison dans les ann\u00e9es 1990, qui illustraient sa \u00ab r\u00e9invention \u00bb des principes d’une \u00e9conomie lib\u00e9rale, a fait grand bruit.<\/p>\n\n\n\n

En l’absence de tels d\u00e9bats th\u00e9oriques, il est tr\u00e8s difficile d’imaginer comment les r\u00e9formes ult\u00e9rieures ont pu se d\u00e9velopper selon la logique de la loi de la valeur, de la r\u00e9partition selon le travail, de l’\u00e9conomie socialiste de la marchandise et m\u00eame de l’\u00e9conomie socialiste de march\u00e9. Aujourd’hui, les d\u00e9bats sur la voie de d\u00e9veloppement \u00e0 suivre ne se limitent plus, comme par le pass\u00e9, aux d\u00e9bats internes aux partis, mais l’importance des d\u00e9bats th\u00e9oriques pour les ajustements de la ligne politique reste tr\u00e8s importante. S’il n’y avait pas eu de critiques et de r\u00e9sistance au d\u00e9veloppementalisme pur ax\u00e9 sur le PIB de l’int\u00e9rieur et de l’ext\u00e9rieur de l’establishment dans les ann\u00e9es 1990, l’exploration du nouveau mod\u00e8le de d\u00e9veloppement scientifique \u79d1\u5b66\u53d1\u5c55\u6a21\u5f0f[16] n’aurait jamais \u00e9t\u00e9 \u00e0 l’ordre du jour.<\/p>\n\n\n\n

Par \u00ab d\u00e9veloppementalisme \u00bb, Wang Hui fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 une vision n\u00e9olib\u00e9rale de la croissance \u00e9conomique qui met l’accent sur le d\u00e9veloppement. Le nouveau mod\u00e8le de d\u00e9veloppement scientifique a \u00e9t\u00e9 approuv\u00e9 par les autorit\u00e9s du PCC en octobre 2005, lors de la r\u00e9union du cinqui\u00e8me pl\u00e9num du 16e Comit\u00e9 central, et devait \u00eatre un correctif au \u00ab d\u00e9veloppementalisme aveugle \u00bb.<\/p>\n\n\n\n

Dans les ann\u00e9es 1990, \u00e0 la suite du changement de la structure politique de la Chine, les d\u00e9bats dans les cercles intellectuels chinois ont partiellement remplac\u00e9 la fonction de ce qui \u00e9tait jusqu’alors des d\u00e9bats internes au parti sur la ligne, et ont eu des impacts importants sur les ajustements de la politique nationale sur les trois questions rurales (\u4e09\u519c) des ann\u00e9es 1990, sur les r\u00e9formes m\u00e9dicales (\u533b\u7597\u6539\u9769) apr\u00e8s 2003, sur la r\u00e9forme des entreprises publiques (\u56fd\u4f01\u6539\u9769) et les droits du travail (\u52b3\u52a8\u6743\u5229) en 2005, et sur la th\u00e9orie, la propagande et les mouvements sociaux li\u00e9s \u00e0 la protection de l’environnement. <\/p>\n\n\n\n

De nos jours, les gens parlent souvent de la d\u00e9mocratie comme d’un m\u00e9canisme correcteur, mais en fait, les d\u00e9bats th\u00e9oriques ou les d\u00e9bats sur la ligne du parti sont \u00e9galement des m\u00e9canismes correcteurs, des m\u00e9canismes correcteurs pour le PCC. En raison de l’absence de m\u00e9canismes d\u00e9mocratiques au sein du PCC, dans l’histoire du vingti\u00e8me si\u00e8cle, les d\u00e9bats sur la ligne du parti ont souvent produit de la violence et de l’autoritarisme, et nous devrions y r\u00e9fl\u00e9chir longuement, mais la critique de la violence qui a caract\u00e9ris\u00e9 la lutte interne au parti ne devrait pas nous amener \u00e0 nier la lutte th\u00e9orique ou la lutte sur la ligne du parti, car en fait, ces derni\u00e8res servent de m\u00e9canisme nous permettant de nous d\u00e9barrasser de l’autoritarisme et de trouver la voie de l’autocorrection. Le slogan \u00ab la pratique est le seul test de la v\u00e9rit\u00e9 \u00bb affirme l’importance absolue de la pratique, mais cette question fondamentale est elle-m\u00eame th\u00e9orique, et nous ne pouvons comprendre l’importance de ce slogan qu’en saisissant l’importance du d\u00e9bat th\u00e9orique.<\/p>\n\n\n\n

Le dynamisme paysan<\/h2>\n\n\n\n

Que ce soit dans les premi\u00e8res luttes r\u00e9volutionnaires ou pendant l’\u00e8re de la construction et des r\u00e9formes socialistes, les sacrifices et les contributions de la classe paysanne ont \u00e9t\u00e9 \u00e9normes, et son esprit dynamique et sa cr\u00e9ativit\u00e9 ont \u00e9t\u00e9 profond\u00e9ment impressionnants. Par rapport \u00e0 d’autres pays du tiers monde, au cours du vingti\u00e8me si\u00e8cle, la mobilisation de la soci\u00e9t\u00e9 rurale chinoise et les r\u00e9formes organisationnelles de la soci\u00e9t\u00e9 rurale ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9volutionnaires et sans pr\u00e9c\u00e9dent. Dans le sillage de la r\u00e9volution et de la r\u00e9forme agraire, l’ordre rural tout entier a \u00e9t\u00e9 r\u00e9organis\u00e9 en profondeur. <\/p>\n\n\n\n

Cette longue et intense p\u00e9riode de r\u00e9forme rurale a produit trois r\u00e9sultats importants : tout d’abord, la classe paysanne a obtenu un fort sentiment de conscience politique ; m\u00eame en Europe de l’Est ou en Union sovi\u00e9tique, nous avons rarement vu une lutte arm\u00e9e et une r\u00e9volution agraire aussi durables. En l’absence de ce contexte, la mobilisation paysanne de longue dur\u00e9e, avec les relations fonci\u00e8res et la r\u00e9forme au c\u0153ur, aurait \u00e9t\u00e9 impossible. Par rapport \u00e0 de nombreux pays socialistes et post-socialistes, la valeur de l’\u00e9galit\u00e9 est plus profond\u00e9ment ancr\u00e9e dans le c\u0153ur du peuple chinois.<\/p>\n\n\n\n

Deuxi\u00e8mement, si nous voulons vraiment comprendre la relation entre les mouvements socialistes chinois et les mouvements paysans, nous devons \u00e9galement comprendre le r\u00f4le du parti r\u00e9volutionnaire chinois. La cr\u00e9ation du PCC \u00e9tait un produit du mouvement communiste international, mais ce qui \u00e9tait diff\u00e9rent, c’est que la mission principale de ce parti socialiste \u00e9tait de mobiliser les paysans, et par la mobilisation des paysans de cr\u00e9er une nouvelle politique et une nouvelle soci\u00e9t\u00e9. Apr\u00e8s trente ans de r\u00e9volution arm\u00e9e et de lutte sociale, ce parti a fini par \u00eatre li\u00e9 aux mouvements sociaux au niveau le plus \u00e9l\u00e9mentaire, et sa nature populaire et sa capacit\u00e9 d’organisation et de mobilisation sont tr\u00e8s diff\u00e9rentes de celles des partis des pays socialistes d’Europe de l’Est. <\/p>\n\n\n\n

Les m\u00e9dias et les commentateurs d’aujourd’hui attribuent trop souvent le succ\u00e8s ou l’\u00e9chec de la r\u00e9volution chinoise \u00e0 telle ou telle figure de proue, et omettent de discuter pleinement du processus r\u00e9volutionnaire lui-m\u00eame. Et \u00e0 cause des r\u00e9flexions sur la violence qui s’est produite au cours de la r\u00e9volution, ils ignorent ou m\u00eame nient que le processus a produit un nouvel organisme social.  Pour mener \u00e0 bien la r\u00e9volution socialiste dans une soci\u00e9t\u00e9 compos\u00e9e principalement de paysans, nous devons accorder une importance cruciale au dynamisme subjectif, \u00e0 la volont\u00e9 subjective des dirigeants, mais ne consid\u00e9rer que cet aspect nous rend incapables de comprendre l’histoire.<\/p>\n\n\n\n

Troisi\u00e8mement, les nouvelles relations fonci\u00e8res produites par la r\u00e9volution chinoise et la reconstruction ont fourni la condition pr\u00e9alable aux r\u00e9formes. S’ils n’avaient pas connu ce genre de transformation sociale profonde, il est difficile d’imaginer que les paysans traditionnels et leur organisation sociale auraient pu faire preuve de ce genre de dynamisme. Sur ce point, il suffira de jeter un coup d’\u0153il aux conditions des soci\u00e9t\u00e9s paysannes ou des soci\u00e9t\u00e9s de march\u00e9 en Asie \u2014 en particulier en Asie du Sud \u2014 et en Am\u00e9rique latine pour comprendre clairement que dans ces soci\u00e9t\u00e9s o\u00f9, m\u00eame aujourd’hui, elles n’ont pas connu de r\u00e9formes fonci\u00e8res aussi intenses, les paysans restent pour la plupart d\u00e9pendants des propri\u00e9taires terriens ou de l’encomienda, et ils n’ont pas et ne peuvent pas d\u00e9velopper un fort sentiment d’autonomie. Le processus de r\u00e9forme agraire est intimement li\u00e9 \u00e0 la diffusion de l’\u00e9ducation rurale et \u00e0 l’augmentation de l’alphab\u00e9tisation, ainsi qu’\u00e0 la croissance de la capacit\u00e9 d’auto-organisation et des capacit\u00e9s techniques. Dans les conditions de la r\u00e9forme du march\u00e9, l’h\u00e9ritage de ces exp\u00e9riences ant\u00e9rieures a \u00e9t\u00e9 transform\u00e9, devenant les conditions pr\u00e9alables d’une \u00e9conomie de travail mature.<\/p>\n\n\n\n

Face au n\u00e9olib\u00e9ralisme, la soci\u00e9t\u00e9 chinoise, par rapport \u00e0 d’autres soci\u00e9t\u00e9s, a \u00e9t\u00e9 plus forte pour exiger l’\u00e9galit\u00e9 et rejeter la corruption, et pour cette raison, les classes inf\u00e9rieures ont jou\u00e9 un r\u00f4le fort en tant que freins et contrepoids. Cette situation est diff\u00e9rente de celle du d\u00e9but des ann\u00e9es 1990, lorsque plusieurs pays ont \u00e9volu\u00e9 rapidement vers l’oligarchie, et la raison de cette \u00e9volution n’a pas seulement \u00e0 voir avec le pays ou le Parti, mais doit \u00e9galement \u00eatre expliqu\u00e9e sous l’angle de la force sociale. \u00c0 la fin du vingti\u00e8me si\u00e8cle, les questions li\u00e9es aux trois probl\u00e8mes ruraux et \u00e0 la main-d’\u0153uvre migrante, telles que la mani\u00e8re de traiter les probl\u00e8mes urbains-ruraux dans une \u00e9conomie de march\u00e9, ou la mani\u00e8re de r\u00e9soudre le probl\u00e8me des terres, sont redevenues des sujets de discussion dans la Chine contemporaine. En raison du degr\u00e9 \u00e9lev\u00e9 de d\u00e9pendance de l’\u00e9conomie rurale \u00e0 l’\u00e9gard de l’\u00e9conomie urbaine et du processus de commercialisation, de nombreux paysans ont migr\u00e9, devenant une nouvelle classe ouvri\u00e8re urbaine, et une paysannerie autrefois ancr\u00e9e dans les relations fonci\u00e8res rurales est transform\u00e9e en une source de main-d’\u0153uvre \u00e0 bas prix pour les zones c\u00f4ti\u00e8res et pour l’industrie et le commerce urbains. Ce processus a une relation profonde avec la crise contemporaine des zones rurales.<\/p>\n\n\n\n

Le r\u00f4le de l’\u00c9tat<\/h2>\n\n\n\n

Un autre \u00e9l\u00e9ment crucial pour comprendre la Chine de l’\u00e8re des r\u00e9formes est de comprendre la nature de l’\u00c9tat chinois et sa transformation. Comme l’ont d\u00e9montr\u00e9 de nombreux historiens, l’Asie de l’Est poss\u00e8de une riche et ancienne tradition d’\u00c9tats et de relations \u00e9tatiques. Par exemple, Giovanni Arrighi (1937-2009) a soutenu dans son r\u00e9cent livre, Adam Smith in Beijing, que : \u00ab Dans le contexte des \u00c9tats-nations et des syst\u00e8mes inter\u00e9tatiques, l’\u00e9conomie nationale n’est pas une invention de l’Occident… Pendant tout le XVIIIe si\u00e8cle, le march\u00e9 national le plus important du monde ne se trouvait pas en Europe mais plut\u00f4t en Chine. \u00bb Il analyse ensuite les raisons du d\u00e9veloppement de l’\u00e9conomie chinoise contemporaine, et notamment son attrait pour les capitaux ext\u00e9rieurs, et affirme que \u00ab Le principal attrait de la RPC pour les capitaux \u00e9trangers n’est pas ses riches ressources en main-d’\u0153uvre bon march\u00e9….mais plut\u00f4t la qualit\u00e9 \u00e9lev\u00e9e de cette main-d’\u0153uvre en termes de sant\u00e9, d’\u00e9ducation et de capacit\u00e9 d’autogestion, associ\u00e9e \u00e0 l’expansion rapide de la capacit\u00e9 de production de l’\u00e9conomie nationale chinoise. \u00bb Dans sa conception, Adam Smith n’\u00e9tait pas un chef de file dans la cr\u00e9ation de l’ordre du march\u00e9, mais plut\u00f4t un penseur aux id\u00e9es p\u00e9n\u00e9trantes sur la nature de la r\u00e9gulation du march\u00e9 par l’\u00c9tat. Suivant g\u00e9n\u00e9ralement cette ligne d’analyse, l’\u00e9conomiste de l’Universit\u00e9 de P\u00e9kin Yao Yang \u59da\u6d0b (n\u00e9 en 1964), dans un r\u00e9sum\u00e9 des conditions \u00e0 l’origine du d\u00e9veloppement \u00e9conomique de la Chine, a soutenu qu’un gouvernement neutre ou un \u00c9tat neutre constituait les conditions pr\u00e9alables au succ\u00e8s des r\u00e9formes de la Chine.<\/p>\n\n\n\n

La capacit\u00e9 de l’\u00c9tat est une question importante dans le contexte des r\u00e9formes. J’ai deux observations \u00e0 faire pour compl\u00e9ter les propos d’Arrighi et de Yao Yang. Le point de vue d’Arrighi est construit sur un r\u00e9cit dans lequel les march\u00e9s nationaux chinois et asiatiques ont une longue tradition. Pourtant, en l’absence de la r\u00e9volution chinoise et de sa r\u00e9organisation des relations sociales, il est difficile d’imaginer que le \u00ab march\u00e9 national \u00bb traditionnel se transforme automatiquement en un nouveau march\u00e9 national. Les efforts d\u00e9ploy\u00e9s par les Qing tardifs pour b\u00e2tir une force militaire et un syst\u00e8me commercial gr\u00e2ce \u00e0 la force de l’\u00c9tat, et les efforts inlassables de r\u00e9forme agraire apr\u00e8s la r\u00e9volution de 1911 ont cr\u00e9\u00e9 un march\u00e9 national diff\u00e9rent de celui des temps traditionnels, nouvellement configur\u00e9 sur le plan int\u00e9rieur et dans les relations avec les pays \u00e9trangers. <\/p>\n\n\n\n

En critiquant le \u00ab Plan de d\u00e9veloppement national \u00bb de Sun Yat-sen, L\u00e9nine a soulign\u00e9 que la r\u00e9volution agraire et un nouveau programme national aux accents socialistes ou de bien-\u00eatre populaire rempliraient les conditions pr\u00e9alables au d\u00e9veloppement du capitalisme agricole. En discutant de la nature de l’\u00c9tat chinois moderne, nous ne pouvons pas l’abstraire des conditions pr\u00e9alables des relations fonci\u00e8res apport\u00e9es par la r\u00e9volution chinoise et le changement de statut de la paysannerie. Par exemple, les gens critiquent l’exp\u00e9rience du Grand Bond en avant, mais notent rarement que cette m\u00eame exp\u00e9rience \u00e9tait le r\u00e9sultat des changements continus des relations fonci\u00e8res dans la Chine moderne. D’une part, la petite \u00e9conomie paysanne des lignages et des familles a pris fin, et d’autre part, la propri\u00e9t\u00e9 familiale, le lignage et les relations territoriales ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9organis\u00e9s en un nouvel ensemble de relations sociales. Les r\u00e9formes villageoises \u00e9taient des r\u00e9formes du syst\u00e8me communal, mais en m\u00eame temps, elles \u00e9taient aussi construites sur la base des relations sociales cr\u00e9\u00e9es par cette exp\u00e9rience. Les premi\u00e8res r\u00e9formes villageoises ont \u00e9t\u00e9 men\u00e9es \u00e0 l’initiative de l’\u00c9tat, un mouvement de r\u00e9forme impliquant de nombreux efforts pour g\u00e9rer et ajuster les prix des produits ruraux. Ce mouvement de r\u00e9forme a en fait h\u00e9rit\u00e9 de nombreux \u00e9l\u00e9ments, et le d\u00e9veloppement de l’industrie des townships vers les entreprises des townships s’est d\u00e9roul\u00e9 selon une logique qui n’\u00e9tait pas celle du n\u00e9olib\u00e9ralisme. <\/p>\n\n\n\n

Sur ce th\u00e8me, on peut renvoyer \u00e0 l\u2019ouvrage de Barry Naughton, Chinese Institutional Innovation and Privatization from Below<\/em>, The American Economic Review 84.2, mai 1994, notamment les pages 266-270.<\/p>\n\n\n\n

Quant \u00e0 l’argument de Yao Yang selon lequel l’histoire de la r\u00e9volution moderne et du socialisme a produit un gouvernement neutre, la condition pr\u00e9alable \u00e0 cela n’\u00e9tait en fait pas la neutralit\u00e9. La pratique socialiste de la Chine s’est consacr\u00e9e \u00e0 la cr\u00e9ation d’un \u00c9tat qui repr\u00e9senterait les int\u00e9r\u00eats universels de la majorit\u00e9 du peuple, et la condition pr\u00e9alable \u00e0 cela \u00e9tait une rupture avec la notion selon laquelle l’\u00c9tat ou le gouvernement serait li\u00e9 \u00e0 des int\u00e9r\u00eats particuliers. D’un point de vue th\u00e9orique, cette pratique de l’\u00c9tat socialiste a \u00e9t\u00e9 produite par une r\u00e9vision pr\u00e9coce de la th\u00e9orie marxiste, et des textes comme \u00ab Sur les dix grandes relations \u00bb et \u00ab Sur le traitement correct des contradictions au sein du peuple \u00bb de Mao Zedong constituent la base de cette nouvelle th\u00e9orie de l’\u00c9tat. Parce qu’un \u00c9tat socialiste prend pour mission la repr\u00e9sentation des int\u00e9r\u00eats de la majorit\u00e9, alors dans les conditions du march\u00e9, il est plus libre que d’autres formes d’\u00c9tat des liens avec les groupes d’int\u00e9r\u00eats. Ce n’est qu’en ce sens que nous pouvons le d\u00e9crire comme un \u00c9tat neutre. <\/p>\n\n\n\n\n\n

\n \n \r\n \r\n \r\n \r\n \r\n \r\n \r\n \r\n <\/picture>\r\n \n
\u00a9 Zhang Kechun, \u00ab  The Yellow River  \u00bb<\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

C’est un \u00e9l\u00e9ment cl\u00e9 du succ\u00e8s des premi\u00e8res r\u00e9formes, et c’est la base de la l\u00e9gitimit\u00e9 des r\u00e9formes. Sans cette condition pr\u00e9alable, les diff\u00e9rentes couches sociales auront du mal \u00e0 croire que la r\u00e9forme pouss\u00e9e par l’\u00c9tat repr\u00e9sente les int\u00e9r\u00eats de cette couche. En outre, le terme technique \u00ab neutre \u00bb camoufle son contenu r\u00e9el, \u00e0 savoir que le caract\u00e8re universel des int\u00e9r\u00eats repr\u00e9sent\u00e9s par l’\u00c9tat est construit sur la base de la r\u00e9volution chinoise et de la pratique socialiste. Au moins dans la premi\u00e8re p\u00e9riode de la r\u00e9forme, la l\u00e9gitimit\u00e9 du programme provenait pr\u00e9cis\u00e9ment du fait que les int\u00e9r\u00eats repr\u00e9sent\u00e9s par l’\u00c9tat socialiste \u00e9taient universels. <\/p>\n\n\n\n

Il est difficile de d\u00e9finir la nature de l’\u00c9tat chinois sur la base d’une seule formule car il contient en lui de nombreuses traditions. Dans le processus de r\u00e9forme, les gens ont souvent utilis\u00e9 des \u00e9tiquettes telles que \u00ab r\u00e9forme \u00bb et \u00ab anti-r\u00e9forme \u00bb, \u00ab progressiste \u00bb et \u00ab conservateur \u00bb, pour d\u00e9crire les contradictions et les luttes entre ces traditions, du point de vue de l’histoire des tendances de d\u00e9veloppement, les tensions, les contrepoids et les contradictions entre les traditions ont \u00e9galement jou\u00e9 un r\u00f4le important. Au cours de la p\u00e9riode socialiste, nous avons vu deux, voire plusieurs forces qui se sont mutuellement aliment\u00e9es, ainsi que la sublimation de l'\u00a0\u00bbextr\u00eame gauche \u00bb et de l'\u00a0\u00bbextr\u00eame droite \u00bb ; lorsque les r\u00e9formes du march\u00e9 sont devenues le courant dominant, s’il n’y avait pas eu les freins et contrepoids de la force socialiste au sein de l’\u00c9tat, du parti et de tous les domaines sociaux, l’\u00c9tat aurait rapidement \u00e9t\u00e9 monopolis\u00e9 par les groupes d’int\u00e9r\u00eat. Au milieu des ann\u00e9es 1980, des appels \u00e0 la privatisation ont \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9s, mais contre une forte r\u00e9sistance de la part de l’establishment et de l’ext\u00e9rieur, l’id\u00e9e d’\u00e9tablir d’abord le m\u00e9canisme du march\u00e9 a pr\u00e9valu. C’est la cl\u00e9 qui a permis \u00e0 la Chine de r\u00e9sister au traitement de choc \u00e0 la russe. <\/p>\n\n\n\n

En d’autres termes, le capital social accumul\u00e9 pendant la p\u00e9riode socialiste a constitu\u00e9 un frein \u00e0 la politique sociale \u00e0 ce moment cl\u00e9 de la transformation. M\u00eame dans ce sens, il nous est difficile de d\u00e9finir ces forces critiques comme oppos\u00e9es \u00e0 la r\u00e9volution. En fait, dans les d\u00e9bats id\u00e9ologiques qui ont \u00e9clat\u00e9 dans les ann\u00e9es 1990, nous pouvons trouver un ph\u00e9nom\u00e8ne similaire. La critique du d\u00e9veloppementalisme a finalement stimul\u00e9 l’\u00e9mergence d’id\u00e9es li\u00e9es au d\u00e9veloppement scientifique ou \u00e0 d’autres types de d\u00e9veloppement. La condamnation universelle de la soci\u00e9t\u00e9 chinoise et sa r\u00e9sistance \u00e0 la corruption ont \u00e9galement \u00e9t\u00e9 une force poussant \u00e0 la r\u00e9forme du syst\u00e8me. La neutralit\u00e9 de l’\u00c9tat est n\u00e9e de l’interaction mutuelle entre les forces non neutres susmentionn\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n

Il y a de nombreuses le\u00e7ons \u00e0 tirer de la r\u00e9forme, telles que le talent et la strat\u00e9gie humaine, la r\u00e9forme de l’\u00e9ducation et d’autres politiques et mesures \u00e9conomiques, mais j’ai le sentiment que les points \u00e9voqu\u00e9s ci-dessus sont fondamentaux et que, pour cette raison, ils sont souvent n\u00e9glig\u00e9s. Ces points font partie des caract\u00e9ristiques les plus uniques de l’exp\u00e9rience chinoise du vingti\u00e8me si\u00e8cle. <\/p>\n\n\n\n

Changements dans la structure de la souverainet\u00e9<\/h2>\n\n\n\n

Dans les nouvelles conditions de la mondialisation, de la r\u00e9gionalisation et de la commercialisation, toutes les conditions \u00e9voqu\u00e9es ci-dessus sont confront\u00e9es \u00e0 un d\u00e9fi important : les bases des relations sociales, des activit\u00e9s \u00e9conomiques et des sujets politiques subissent des changements. Si nous ne parvenons pas \u00e0 saisir les nouvelles conditions historiques et la direction dans laquelle elles \u00e9voluent, il sera difficile de parvenir \u00e0 des m\u00e9canismes et des politiques nouveaux et efficaces. Pour comprendre ces changements, nous devons ajouter quelques remarques sur certaines nouvelles tendances du monde contemporain.<\/p>\n\n\n\n

Premi\u00e8rement, avec la tendance de la mondialisation, la souverainet\u00e9 traditionnelle subit actuellement une grande transformation. Le processus actuel de mondialisation s’exprime de deux mani\u00e8res fondamentales. La premi\u00e8re est la mondialisation des mouvements transnationaux de capitaux, qui entra\u00eene une production, une consommation et des d\u00e9placements transnationaux, impliquant de nombreux migrants dans une relation de d\u00e9pendance vis-\u00e0-vis des march\u00e9s cr\u00e9\u00e9s par le commerce et les investissements et les dangers qui y sont associ\u00e9s. La seconde est constitu\u00e9e par les nouvelles agences internationales de r\u00e9gulation cr\u00e9\u00e9es pour g\u00e9rer et r\u00e9pondre aux mouvements transnationaux de capitaux et \u00e0 leurs dangers, comme l’OMC, l’Union europ\u00e9enne et d’autres organisations nationales ou r\u00e9gionales. Le premier type de mondialisation s’apparente davantage \u00e0 une force non gouvernementale, tandis que le second est un m\u00e9canisme con\u00e7u pour coordonner et contr\u00f4ler cette force non gouvernementale, et les deux fonctionnent simultan\u00e9ment.<\/p>\n\n\n\n

Dans le sillage de ces changements importants, la forme de la souverainet\u00e9 de l’\u00c9tat a n\u00e9cessairement aussi \u00e9volu\u00e9 : dans le contexte des mouvements mondiaux de capitaux, \u00e0 partir du d\u00e9but des ann\u00e9es 1980, l’\u00e9conomie chinoise s’est progressivement orient\u00e9e vers un mode ax\u00e9 sur l’exportation, la production transnationale ayant fait de la Chine \u00ab l’usine du monde \u00bb, ce qui \u00e9tait compl\u00e8tement diff\u00e9rent de la relation pass\u00e9e entre le travail et le capital, entra\u00eenant \u00e9galement des changements sous la forme de nouvelles relations entre les zones c\u00f4ti\u00e8res et int\u00e9rieures et entre les villes et les zones rurales. Avec l’ouverture progressive du syst\u00e8me financier, les r\u00e9serves \u00e9trang\u00e8res de la Chine ont bondi pour atteindre la premi\u00e8re place mondiale, et l’\u00e9conomie est devenue tr\u00e8s d\u00e9pendante des march\u00e9s internationaux, en particulier du march\u00e9 am\u00e9ricain. L’id\u00e9e de \u00ab Chimerica \u00bb est peut-\u00eatre exag\u00e9r\u00e9e, mais \u00e9tant donn\u00e9 la transformation de l’\u00e9conomie nationale relativement ind\u00e9pendante en une forme contenant une d\u00e9pendance consid\u00e9rable \u2014 des march\u00e9s ext\u00e9rieurs \u2014 le terme d\u00e9livre n\u00e9anmoins un message puissant.<\/p>\n\n\n\n

\u00ab Chimerica \u00bb est un concept invent\u00e9 par l’historien Niall Ferguson qui fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la relation \u00e9conomique symbiotique et cod\u00e9pendante entre la Chine et les \u00c9tats-Unis<\/a>. On pourra se reporter \u00e0 son ouvrage de r\u00e9f\u00e9rence The Ascent of Money : A Financial History of the World<\/em>, Allen Lane, 2008.<\/p>\n\n\n\n

Dans le contexte des nouvelles agences de r\u00e9gulation, la Chine a adh\u00e9r\u00e9 \u00e0 l’OMC et \u00e0 d’autres trait\u00e9s et accords internationaux et participe activement aux organisations r\u00e9gionales, \u00e0 tel point qu’il est difficile de discuter de la structure de la souverainet\u00e9 de la Chine d’un point de vue traditionnel. La crise financi\u00e8re actuelle a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que la racine de la crise elle-m\u00eame r\u00e9side pr\u00e9cis\u00e9ment dans la menace pour l’autonomie sociale, en d’autres termes, une crise n’importe o\u00f9 peut devenir notre propre crise. Et nous ne pouvons pas r\u00e9soudre la crise en utilisant simplement les anciens outils de la souverainet\u00e9 (par exemple, lorsque les pratiques commerciales internationales de la Chine sont accus\u00e9es de dumping, de subventions ou de protectionnisme sp\u00e9cial, la Chine ne peut pas r\u00e9soudre le probl\u00e8me en utilisant simplement la souverainet\u00e9 nationale, mais doit plut\u00f4t passer par une m\u00e9diation internationale ; les dangers des r\u00e9serves de change \u00e9lev\u00e9es ne peuvent pas non plus \u00eatre r\u00e9solus par les outils de la souverainet\u00e9 nationale, mais doivent \u00e0 nouveau passer par des trait\u00e9s et une protection internationaux ; les maladies contagieuses et leur pr\u00e9vention sont d\u00e9sormais des questions internationales \u00e9galement). La coop\u00e9ration internationale est un choix in\u00e9vitable. C’est pourquoi, dans les conditions de la mondialisation, dans les r\u00e9seaux internationaux ouverts, comment fa\u00e7onner une nouvelle forme de souverainet\u00e9 autonome est une nouvelle question qui exige de consulter l’histoire et d’engager une r\u00e9flexion renouvel\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n

Ensuite, non seulement dans le domaine de la mondialisation, mais aussi sur le plan int\u00e9rieur, la nature de l’\u00c9tat change \u00e9galement. D\u00e9crire simplement la Chine comme un \u00ab \u00c9tat extr\u00eamement souverain \u00bb revient trop souvent \u00e0 confondre le c\u00f4t\u00e9 positif et le c\u00f4t\u00e9 n\u00e9gatif. Contrairement \u00e0 la Russie, les r\u00e9formes de la Chine ne sont pas pass\u00e9es par la th\u00e9rapie de choc<\/a>, et la capacit\u00e9 de l’\u00c9tat \u00e0 guider l’\u00e9conomie reste assez forte. Le syst\u00e8me financier chinois est relativement stable, car la Chine n’a pas compl\u00e8tement emprunt\u00e9 la voie n\u00e9olib\u00e9rale ; les terres chinoises n’ont pas \u00e9t\u00e9 privatis\u00e9es \u2014 m\u00eame si les terres peuvent facilement changer de mains pour r\u00e9pondre aux demandes du march\u00e9 \u2014 ce qui a non seulement fourni la base pour la pr\u00e9servation de la nature peu co\u00fbteuse de la soci\u00e9t\u00e9 rurale chinoise, mais a \u00e9galement rendu possible les organisations nationales utilisant les ressources fonci\u00e8res pour initier et faire avancer les certificats fonciers. <\/p>\n\n\n\n

Les certificats fonciers sont associ\u00e9s \u00e0 la Nouvelle Gauche et sont consid\u00e9r\u00e9s comme des moyens de d\u00e9dommager les paysans pour les terres ind\u00e9sirables, leur permettant de migrer vers les villes et permettant \u00e0 l’\u00c9tat de restructurer le secteur rural. Voir Cui Zhiyuan, \u00ab Partial Intimations of the Coming Whole : The Chongqing Experiment in the Light of the Theories of Henry George, James Meade, and Antonio Gramsci \u00bb, Modern China<\/em>, 37.6, 2011, pp. 646-660.<\/p>\n\n\n\n

Tous ces sujets sont li\u00e9s \u00e0 la capacit\u00e9 de l’\u00c9tat et \u00e0 sa signification. L’\u00c9tat chinois doit assumer ses responsabilit\u00e9s, par exemple en r\u00e9solvant activement la crise rurale, en reconstruisant le syst\u00e8me de s\u00e9curit\u00e9 sociale, en prot\u00e9geant l’environnement, en augmentant les investissements dans l’\u00e9ducation et en r\u00e9formant le syst\u00e8me \u00e9ducatif. Sur ces fronts, le gouvernement chinois doit transformer sa posture de gouvernement de d\u00e9veloppement en gouvernement de protection sociale, une transformation qui obligera \u00e9galement l’\u00e9conomie chinoise \u00e0 ne plus d\u00e9pendre excessivement des exportations et \u00e0 se tourner vers une \u00e9conomie tir\u00e9e par la demande interne.<\/p>\n\n\n\n

La possibilit\u00e9 de mener \u00e0 bien ces politiques sociales positives ne d\u00e9pendra pas uniquement de la volont\u00e9 de l’\u00c9tat. Apr\u00e8s 30 ans de r\u00e9forme et les efforts de ceux qui poussent aux r\u00e9formes du march\u00e9, les organes de l’\u00c9tat sont profond\u00e9ment impliqu\u00e9s dans les activit\u00e9s du march\u00e9 au point qu’il n’est plus appropri\u00e9 de d\u00e9crire les diff\u00e9rents bureaux et minist\u00e8res de l’\u00c9tat comme \u00ab neutres \u00bb. L’\u00c9tat ne fait pas cavalier seul, mais est int\u00e9gr\u00e9 dans la structure sociale et en relation avec les groupes d’int\u00e9r\u00eat. La question de la corruption aujourd’hui n’est pas uniquement une question de corruption de fonctionnaires individuels, mais est \u00e9galement li\u00e9e aux politiques sociales, aux politiques \u00e9conomiques et \u00e0 la question des int\u00e9r\u00eats particuliers. <\/p>\n\n\n\n

Par exemple, le d\u00e9veloppement de l’industrie \u00e0 forte teneur en carbone et des projets \u00e9nerg\u00e9tiques a souvent \u00e9t\u00e9 domin\u00e9, voire monopolis\u00e9, par certains groupes d’int\u00e9r\u00eat. Les efforts visant \u00e0 contenir ces groupes par le biais de la politique publique comprennent des discussions publiques, des mouvements de protection sociale et diff\u00e9rentes traditions au sein de l’\u00c9tat et du parti. \u00c0 la fin des ann\u00e9es 1990, par exemple, le grand d\u00e9bat sur les \u00ab trois probl\u00e8mes ruraux \u00bb a entra\u00een\u00e9 un ajustement de la politique rurale nationale ; en 2003, la crise du SRAS a donn\u00e9 lieu \u00e0 un grand d\u00e9bat sur le syst\u00e8me de soins de sant\u00e9 et a conduit \u00e0 des changements ; en 2005, le d\u00e9bat sur la r\u00e9forme du syst\u00e8me des entreprises d’\u00c9tat et un mouvement ouvrier \u00e0 grande \u00e9chelle ont conduit \u00e0 une s\u00e9rie de politiques connexes ; les appels provenant de l’int\u00e9rieur du syst\u00e8me de l’\u00c9tat exigeant la fin de la corruption et une discipline stricte du parti ont donn\u00e9 l’impulsion aux mouvements de lutte contre la corruption. Mais les relations d’int\u00e9r\u00eat nationales et internationales ont p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 les m\u00e9canismes de l’\u00c9tat \u00e0 un degr\u00e9 sans pr\u00e9c\u00e9dent, au point que m\u00eame le processus d’\u00e9laboration des lois, la question de savoir comment garantir que l’\u00c9tat et ses politiques publiques repr\u00e9sentent des int\u00e9r\u00eats larges et non les int\u00e9r\u00eats de groupes d’int\u00e9r\u00eat minoritaires, est d\u00e9j\u00e0 devenu un probl\u00e8me pressant.<\/p>\n\n\n\n

Cet ensemble de politiques men\u00e9es par le r\u00e9gime Hu-Wen a signal\u00e9 un regain d’int\u00e9r\u00eat de l’\u00c9tat pour les moyens de subsistance de base de la population.<\/p>\n\n\n\n\n\n

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\u00a9 Zhang Kechun, \u00ab  The Yellow River  \u00bb<\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

Changements dans la structure de la souverainet\u00e9<\/h2>\n\n\n\n

Une discussion sur l’\u00c9tat a une incidence directe sur la question du d\u00e9veloppement des m\u00e9canismes d\u00e9mocratiques. Les discussions sur la question de l’\u00c9tat chinois doivent affronter un paradoxe fondamental : d’une part, en comparaison avec les gouvernements de nombreux autres \u00c9tats, la capacit\u00e9 du gouvernement chinois est largement reconnue, comme en t\u00e9moigne la mobilisation de l’aide \u00e0 la suite du tremblement de terre de Wenchuan (\u6c76\u5ddd\u5927\u5730\u9707) qui s’est produit en mai 2008, l’\u00e9laboration rapide de plans de sauvetage du march\u00e9 apr\u00e8s la crise financi\u00e8re, l’organisation r\u00e9ussie des Jeux olympiques de 2008 et l’efficacit\u00e9 de divers gouvernements locaux en termes de d\u00e9veloppement organisationnel et de r\u00e9solution des crises \u2014 tous ces \u00e9l\u00e9ments signalent les avantages exceptionnels de la capacit\u00e9 de l’\u00c9tat chinois. <\/p>\n\n\n\n

Pourtant, d’un autre c\u00f4t\u00e9, m\u00eame si les sondages d’opinion montrent que le peuple est globalement satisfait des performances du gouvernement, il n’en reste pas moins que, dans certaines r\u00e9gions et \u00e0 certaines p\u00e9riodes, les contradictions entre les fonctionnaires et le peuple sont tr\u00e8s aigu\u00ebs, et que la capacit\u00e9 de mise en \u0153uvre des politiques des diff\u00e9rents niveaux de gouvernement ainsi que leur niveau d’honn\u00eatet\u00e9 sont souvent sujets \u00e0 caution. La question la plus cruciale est que ces types de contradictions d\u00e9clenchent souvent une crise de l\u00e9gitimit\u00e9. En revanche, dans certains pays, m\u00eame si la capacit\u00e9 de l’\u00c9tat est faible et le gouvernement inefficace, l’\u00e9conomie \u00e0 la tra\u00eene et les politiques sociales non impliqu\u00e9es, il n’existe toujours pas de crise politique syst\u00e9mique. Cette question est intimement li\u00e9e \u00e0 la d\u00e9mocratie en tant que source de l\u00e9gitimit\u00e9 politique.<\/p>\n\n\n\n

Dans les ann\u00e9es 1980, la question de la d\u00e9mocratie semblait assez simple. Apr\u00e8s avoir travers\u00e9 20 ans de mobilisation d\u00e9mocratique, d’une part, la d\u00e9mocratie \u00e9tait toujours la source la plus importante de l\u00e9gitimit\u00e9 politique ; d’autre part, la simple importation des m\u00e9thodes d\u00e9mocratiques occidentales dans la r\u00e9gion asiatique dans les ann\u00e9es 1980 et 1990 semblait moins attrayante. Apr\u00e8s la crise des nouvelles d\u00e9mocraties et l’essoufflement des \u00ab r\u00e9volutions de couleur \u00bb, les mouvements d\u00e9mocratiques en Europe de l’Est, au Moyen-Orient et dans d’autres r\u00e9gions ont connu un d\u00e9clin apr\u00e8s 1989. <\/p>\n\n\n\n

Au m\u00eame moment, dans les d\u00e9mocraties occidentales et du tiers-monde \u2014 comme l’Inde \u2014 le vide de la d\u00e9mocratie devenait une crise universelle. La crise de la d\u00e9mocratie est intimement li\u00e9e aux conditions de la marchandisation et de la mondialisation : <\/p>\n\n\n\n