{"id":170555,"date":"2022-12-08T10:37:19","date_gmt":"2022-12-08T09:37:19","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=170555"},"modified":"2022-12-08T10:38:27","modified_gmt":"2022-12-08T09:38:27","slug":"le-perou-apres-le-coup-manque-de-castillo","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/12\/08\/le-perou-apres-le-coup-manque-de-castillo\/","title":{"rendered":"Le P\u00e9rou apr\u00e8s le coup manqu\u00e9 de Castillo"},"content":{"rendered":"\n
La crise p\u00e9ruvienne est entr\u00e9e hier dans une spirale d’acc\u00e9l\u00e9ration irr\u00e9versible. En deux heures seulement, le pr\u00e9sident Pedro Castillo, qui avait tent\u00e9 de dissoudre le Congr\u00e8s, s’est retrouv\u00e9 compl\u00e8tement seul, a \u00e9t\u00e9 d\u00e9mis de ses fonctions par ce m\u00eame Congr\u00e8s et s’est retrouv\u00e9 en \u00e9tat d’arrestation apr\u00e8s des rumeurs selon lesquelles il \u00e9tait sur le point de se rendre \u00e0 l’ambassade du Mexique.<\/p>\n\n\n\n
\u00c0 midi au P\u00e9rou, Castillo a annonc\u00e9 dans un message \u00e0 la nation la dissolution du Congr\u00e8s \u2014 qui cherchait de nouveau \u00e0 obtenir les votes n\u00e9cessaires pour l’\u00e9carter du pouvoir \u2014 et la convocation \u00ab d\u00e8s que possible d’\u00e9lections pour un nouveau Congr\u00e8s dot\u00e9 de pouvoirs constituants afin d’\u00e9laborer une nouvelle Constitution dans un d\u00e9lai ne d\u00e9passant pas neuf mois \u00bb. \u00c0 partir de ce moment-l\u00e0, tout a d\u00e9raill\u00e9. Ses ministres ont d\u00e9missionn\u00e9 en masse, les forces arm\u00e9es ne l’ont pas soutenu et m\u00eame son avocat personnel l’a publiquement abandonn\u00e9. Personne ne voulait porter l’\u00e9tiquette de \u00ab putschiste \u00bb. Bien que le Congr\u00e8s ait une cote de popularit\u00e9 tr\u00e8s basse, sa dissolution a \u00e9t\u00e9 per\u00e7ue purement et simplement comme un coup d’\u00c9tat \u2014 l\u2019un des plus courts. \u00ab On n’a m\u00eame pas eu le temps de faire des m\u00e8mes \u00bb, ironise un analyste.<\/p>\n\n\n\n \u00ab On n’a m\u00eame pas eu le temps de faire des m\u00e8mes \u00bb, ironise un analyste.<\/p>Pablo Stefanoni<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Dirigeant d’un syndicat d’enseignants rural de Cajamarca, Castillo est arriv\u00e9 de mani\u00e8re surprenante au second tour du scrutin du 6 juin 2021 dans un contexte de fragmentation extr\u00eamement \u00e9lev\u00e9 : les deux principaux candidats \u2014 lui et Keiko Fujimori \u2014 n’ont r\u00e9uni que 32 % des voix. La crise des partis est si profonde que, avec un crayon g\u00e9ant comme symbole, il a gagn\u00e9 des voix dans les r\u00e9gions laiss\u00e9es pour compte et est parvenu \u00e0 d\u00e9fier la fille de l’ancien pr\u00e9sident et ex-dictateur Alberto Fujimori pour le pouvoir.<\/p>\n\n\n\n\n\n Castillo a d’abord essay\u00e9 de cr\u00e9er un parti d’enseignants, mais il a finalement \u00e9chou\u00e9 et s’est pr\u00e9sent\u00e9 avec Per\u00fa Libre<\/em>, un parti qui combine un \u00ab marxisme-l\u00e9ninisme \u00bb sui generis<\/em> avec des positions anti-progressistes sur les questions sociales. Il a gagn\u00e9 par la plus petite des marges possible gr\u00e2ce au rejet du nom de Fujimori par la moiti\u00e9 du pays. Le leader de Per\u00fa Libre<\/em>, Vladimir Cerr\u00f3n, qui se d\u00e9finit comme de \u00ab gauche provinciale \u00bb, est all\u00e9 jusqu’\u00e0 dire que la \u00ab gauche caviar \u00bb \u00e9tait le principal ennemi, plus encore que l’extr\u00eame droite.<\/p>\n\n\n\n Dans un premier temps, cependant, Castillo a constitu\u00e9 un gouvernement avec diff\u00e9rents secteurs de la gauche, y compris les \u00ab caviars \u00bb : il a convaincu, par exemple, Pedro Francke de prendre le portefeuille de l’\u00e9conomie. Mais le chaos au sein du gouvernement et les difficult\u00e9s d’interaction avec le pr\u00e9sident ont progressivement ali\u00e9n\u00e9 plusieurs de ses collaborateurs, au profit de politiciens et de dirigeants opportunistes qui ont cherch\u00e9 \u00e0 tirer des avantages personnels de son administration, notamment des travaux publics. Tout cela a entra\u00een\u00e9 de plus en plus de probl\u00e8mes avec le syst\u00e8me judiciaire. Il s’est m\u00eame retrouv\u00e9 en crise avec Per\u00fa Libre.<\/p>\n\n\n\n Sans exp\u00e9rience politique et sans capacit\u00e9 \u00e0 former des \u00e9quipes, Castillo n’a pas r\u00e9ussi \u00e0 trouver une dynamique gouvernementale. En f\u00e9vrier dernier, dans un effort de normalisation, Castillo a abandonn\u00e9 le chapeau qui avait marqu\u00e9 son image pendant la campagne et la premi\u00e8re phase de son gouvernement. Nombre de ses collaborateurs soutiennent qu’il prenait ses d\u00e9cisions en fonction de la derni\u00e8re personne \u00e0 qui il avait parl\u00e9. C\u2019est \u00e0 l\u2019issue de cette spirale que l’on en est arriv\u00e9 \u00e0 la dissolution frustr\u00e9e du Congr\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n Sans exp\u00e9rience politique et sans capacit\u00e9 \u00e0 former des \u00e9quipes, Castillo n’a pas r\u00e9ussi \u00e0 trouver une dynamique gouvernementale.<\/p>Pablo Stefanoni<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n De la droite \u00e0 la gauche, elle a \u00e9t\u00e9 lue comme une rupture constitutionnelle qui rappelle le coup d’Alberto Fujimori le 5 avril 1992. Mais si Fujimori avait le soutien de l’arm\u00e9e, \u00e0 l’heure d’une lutte anti-insurrectionnelle qui n’avait cure des violations des droits de l’homme, Castillo n’avait pas la force n\u00e9cessaire pour un coup d’\u00c9tat. Plut\u00f4t que de devenir un dictateur, l’ancien dirigeant du corps des instituteurs a maladroitement tent\u00e9 de survivre dans le Palais.<\/p>\n\n\n\n\n\n \u00ab D’abord, il a trahi la promesse de changement pour laquelle le peuple a vot\u00e9, et maintenant il perp\u00e9tue un coup d’\u00c9tat, digne \u00e9mule du fujimorisme \u00bb, \u00e9crit l’ancienne candidate de gauche \u00e0 la pr\u00e9sidence Ver\u00f3nika Mendoza sur ses r\u00e9seaux sociaux. \u00ab Il n’aurait jamais d\u00fb franchir ce pas \u00bb, d\u00e9clare le d\u00e9put\u00e9 Guido Bellido (ex-Per\u00fa Libre), qui met la faute sur de mauvais conseillers. Plusieurs ministres ont pris la parole dans les m\u00e9dias pour se dissocier du dernier discours du pr\u00e9sident. Vladimir Cerr\u00f3n a quant \u00e0 lui tweet\u00e9 : \u00ab Pedro Castillo s\u2019est pr\u00e9cipit\u00e9, il n’y avait pas les votes suffisants pour la destitution \u00bb. Le maire \u00e9lu de Lima, Rafael Bernardo L\u00f3pez-Aliaga (extr\u00eame droite), a d\u00e9clar\u00e9 que \u00ab personne ne doit ob\u00e9ir \u00e0 un gouvernement usurpateur, ni \u00e0 ceux qui assument des fonctions publiques en violation de la Constitution et des lois \u00bb.<\/p>\n\n\n\n Sans base de soutien dans les institutions, et sans personne pr\u00eate \u00e0 le d\u00e9fendre dans la rue, la derni\u00e8re initiative de Castillo \u00e9tait un saut dans le vide. Le Congr\u00e8s, qui avant sa \u00ab dissolution \u00bb ne disposait pas des voix n\u00e9cessaires pour destituer le pr\u00e9sident pour \u00ab incapacit\u00e9 morale permanente \u00bb, a fini par se r\u00e9unir en urgence en milieu d’apr\u00e8s-midi et, dans un vote \u00e0 main lev\u00e9e o\u00f9 les oui se sont succ\u00e9d\u00e9s, le pr\u00e9sident a \u00e9t\u00e9 d\u00e9mis de ses fonctions.<\/p>\n\n\n\n Castillo n’avait pas la force n\u00e9cessaire pour un coup d’\u00c9tat. Plut\u00f4t que de devenir un dictateur, l’ancien dirigeant du corps des instituteurs a maladroitement tent\u00e9 de survivre dans le Palais.<\/p>Pablo Stefanoni<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Dina Boluarte, sa vice-pr\u00e9sidente, exclue de Per\u00fa Libre, prend ainsi le pouvoir par succession constitutionnelle.<\/p>\n\n\n\n L’opposition contre Castillo a combin\u00e9 des raisons li\u00e9es \u00e0 son imperfection gouvernementale, qui a entra\u00een\u00e9 la chute d’un gouvernement apr\u00e8s l’autre, avec un rejet de classe d’un pr\u00e9sident originaire d’un P\u00e9rou rural et \u00e9loign\u00e9. Mais au total, il n’a satisfait ni la droite, qui l’a rejet\u00e9 d\u00e8s le d\u00e9but de son mandat et conspu\u00e9 depuis le Congr\u00e8s, ni la gauche, qui n’a vu aucun changement r\u00e9el dans son administration. <\/p>\n\n\n\n Apr\u00e8s la destitution et l’arrestation de Castillo, la machine \u00e9tatique s’est mise en marche \u00e0 toute vitesse et \u00e0 trois heures de l’apr\u00e8s-midi, le tapis rouge \u00e9tait pr\u00eat pour que Boluarte puisse marcher vers la pr\u00e9sidence. La nouvelle pr\u00e9sidente l’a fait, d’un air calme, apr\u00e8s 15h15.<\/p>\n\n\n\n\n\n Sans repr\u00e9sentation au Congr\u00e8s, Boluarte devra faire face \u00e0 un pays confront\u00e9 \u00e0 une grave s\u00e9cheresse dans les Andes, qui a \u00e9chauff\u00e9 le climat social, \u00e0 une situation \u00e9conomique compliqu\u00e9e et \u00e0 un rejet g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 des politiciens. Pour l’instant, la nouvelle pr\u00e9sidente, la premi\u00e8re dans l’histoire du P\u00e9rou, b\u00e9n\u00e9ficie d’un ch\u00e8que conditionnel de la part de l’\u00e9lite politique et \u00e9conomique.<\/p>\n\n\n\n Signe de la crise chronique de la politique p\u00e9ruvienne, qui a vu son syst\u00e8me de partis imploser, c’est la troisi\u00e8me fois que la succession constitutionnelle est appliqu\u00e9e en cinq ans.<\/p>Pablo Stefanoni<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Signe de la crise chronique de la politique p\u00e9ruvienne, qui a vu son syst\u00e8me de partis imploser, c’est la troisi\u00e8me fois que la succession constitutionnelle est appliqu\u00e9e en cinq ans. Presque tous les derniers pr\u00e9sidents ont \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9s et, dans le cas le plus tragique, Alan Garc\u00eda s’est suicid\u00e9 en se tirant une balle dans la t\u00eate en avril 2019, alors qu’il \u00e9tait sur le point d’\u00eatre arr\u00eat\u00e9.<\/p>\n\n\n\n Le mandat de Boluarte prendra fin, comme elle l’a d\u00e9clar\u00e9 dans son serment, le 28 juillet 2026. Mais beaucoup doutent que l’ex\u00e9cutif et le Congr\u00e8s aient une vie aussi longue. Selon une enqu\u00eate du cabinet IPSOS, 66 % des personnes interrog\u00e9es ont choisi l’option \u00ab qu\u2019ils partent tous \u00bb.<\/p>\n\n\n\n Hier, tous les regards \u00e9taient tourn\u00e9s vers la \u00ab haute politique \u00bb de Lima. Il reste \u00e0 voir ce qui se passe en bas, l\u00e0 o\u00f9 les cam\u00e9ras tardent \u00e0 arriver.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":" Hier, en l\u2019espace de quelques heures, l\u2019ex\u00e9cutif du P\u00e9rou a chang\u00e9. Apr\u00e8s une tentative de dissolution, le pr\u00e9sident Pedro Castillo s\u2019est retrouv\u00e9 en \u00e9tat d\u2019arrestation. Sa vice-pr\u00e9sidente, Dina Boluarte, a appliqu\u00e9 la succession constitutionnelle. Signe d\u2019une crise chronique \u00e0 Lima, c\u2019est la troisi\u00e8me fois en cinq ans. <\/p>\n","protected":false},"author":10,"featured_media":170560,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"templates\/post-angles.php","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_trash_the_other_posts":false,"footnotes":""},"categories":[1731],"tags":[],"staff":[3231],"editorial_format":[],"serie":[],"audience":[],"geo":[525],"class_list":["post-170555","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-politique","staff-pablo-stefanoni","geo-ameriques"],"acf":{"open_in_webview":false,"accent":false},"yoast_head":"\n
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