{"id":170375,"date":"2022-12-06T18:35:01","date_gmt":"2022-12-06T17:35:01","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=170375"},"modified":"2022-12-06T18:35:18","modified_gmt":"2022-12-06T17:35:18","slug":"la-multipolarite-inclusive","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/12\/06\/la-multipolarite-inclusive\/","title":{"rendered":"La multipolarit\u00e9 inclusive"},"content":{"rendered":"\n
Ce texte, disponible\u00a0en anglais<\/a>\u00a0sur le site du Groupe d\u2019\u00e9tudes g\u00e9opolitiques, est extrait en avant-premi\u00e8re du prochain num\u00e9ro de\u00a0la revue GREEN<\/a>, \u00e0 para\u00eetre, sous la direction scientifique de\u00a0Laurence Tubiana<\/a>.<\/em><\/p>\n\n\n\n En l’espace de deux ans, et malgr\u00e9 les r\u00e9sultats des \u00e9lections de mi-mandat aux \u00c9tats-Unis, les dirigeants europ\u00e9ens pourraient possiblement envisager une deuxi\u00e8me pr\u00e9sidence de Donald Trump d’un c\u00f4t\u00e9, et une Chine de plus en plus assertive et repli\u00e9e sur elle-m\u00eame de l’autre. Au c\u0153ur de la crise climatique, un tel sc\u00e9nario serait n\u00e9faste pour l’action climatique globale et pour le multilat\u00e9ralisme en g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n\n\n\n Cette simple possibilit\u00e9 doit servir aux dirigeants europ\u00e9ens \u00e0 se donner un cap. Le r\u00f4le central de l’Europe entre les \u00c9tats-Unis et la Chine n’a jamais \u00e9t\u00e9 aussi important et, de fait, la situation oblige l’Europe \u00e0 envisager son r\u00f4le et sa port\u00e9e bien au-del\u00e0 de ce \u00ab G3 \u00bb. En d’autres termes, c’est \u00e0 l’Europe qu’il incombe de cr\u00e9er les conditions \u2014 en gros, une d\u00e9pendance au sentier \u2014 qui permettraient de responsabiliser la Chine et les \u00c9tats-Unis en mati\u00e8re d\u2019action climatique, ainsi que de faciliter le fonctionnement du syst\u00e8me multilat\u00e9ral dans son ensemble. L’invasion russe de l’Ukraine a encore assombri la carte g\u00e9opolitique du continent, amplifiant la n\u00e9cessit\u00e9 d’une voix europ\u00e9enne plus affirm\u00e9e et plus coh\u00e9rente sur la sc\u00e8ne internationale.<\/p>\n\n\n\n Ces deux d\u00e9fis sont li\u00e9s, puisqu’ils rel\u00e8vent de la politique macro\u00e9conomique et de la diplomatie \u00e9nerg\u00e9tique. Les gouvernements europ\u00e9ens s’adaptent \u00e0 la crise \u00e9nerg\u00e9tique impos\u00e9e par l\u2019agression russe, en s’appuyant sur le Pacte vert europ\u00e9en et le plan d’urgence RePowerEU <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span> comme principe central d’organisation. Il s\u2019agit \u00e9galement de la bo\u00eete \u00e0 outils institutionnelle et bureaucratique la plus avanc\u00e9e pour faire progresser l’Accord de Paris, en fixant l\u2019objectif de neutralit\u00e9 carbone d’ici 2050, une r\u00e9duction de 57 % des \u00e9missions \u00e0 gaz \u00e0 effet de serre d’ici 2030, et un ensemble d\u00e9taill\u00e9 de mesures sectorielles ad\u00e9quatement financ\u00e9es pour y parvenir. En l\u2019absence de ce cadre, l’impact potentiel de la guerre \u00e9nerg\u00e9tique russe sur la solidarit\u00e9 europ\u00e9enne aurait probablement \u00e9t\u00e9 bien plus grave.<\/p>\n\n\n\n L’invasion russe de l’Ukraine a encore assombri la carte g\u00e9opolitique du continent, amplifiant la n\u00e9cessit\u00e9 d’une voix europ\u00e9enne plus affirm\u00e9e et plus coh\u00e9rente sur la sc\u00e8ne internationale.<\/p>Bernice Lee et Laurence Tubiana<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Cela met \u00e9galement en \u00e9vidence le r\u00f4le de leader que doit jouer l\u2019Union europ\u00e9enne : elle doit s’appuyer sur son engagement de pionnier en mati\u00e8re d\u2019action climatique et trouver de nouveaux moyens de peser de tout son poids dans ce processus. Elle doit le faire rapidement, de peur qu’une nouvelle crise \u2014 aujourd’hui en Ukraine, ou une autre demain \u2014 ne parvienne finalement \u00e0 fragmenter l’unit\u00e9 europ\u00e9enne, laissant la Chine et les \u00c9tats-Unis avec moins de garde-fous contre leurs pires instincts sur la sc\u00e8ne internationale.<\/p>\n\n\n\n Si l’Europe ne veut pas \u00eatre marginalis\u00e9e par les profondes tensions du G2<\/em> et par un monde de plus en plus multipolaire, elle doit repr\u00e9senter le pont vers un syst\u00e8me d\u00e9cisionnel mondial plus fonctionnel dans un contexte multipolaire. Sur le papier, cela semble parfaitement coh\u00e9rent. Mais l’Europe est en train d’\u00e9valuer le d\u00e9calage entre sa rh\u00e9torique et la profondeur du ressentiment qu’elle a engendr\u00e9 dans le monde ces derni\u00e8res ann\u00e9es. L’invasion de l’Ukraine par la Russie, loin d’isoler le Kremlin, a en fait expos\u00e9 une dynamique de non-alignement<\/a>.<\/p>\n\n\n\n De mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, ce sont les dirigeants europ\u00e9ens qui se retrouvent encore plus isol\u00e9s sur la sc\u00e8ne internationale qu’ils ne le pensaient. Les votes successifs \u00e0 l’Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale des Nations unies en faveur de la condamnation de l’agression russe ont vu la Chine s’abstenir ou s’opposer \u2014 m\u00eame si, en octobre 2022, cette tendance indiquait un isolement croissant de la Russie sur la question plus \u00ab pr\u00e9cise \u00bb de l’int\u00e9grit\u00e9 territoriale de l’Ukraine. De grandes d\u00e9mocraties comme le Br\u00e9sil, l’Indon\u00e9sie, l’Inde, le S\u00e9n\u00e9gal et l’Afrique du Sud ont pris leurs distances. En accueillant des d\u00e9l\u00e9gations et en effectuant des visites de haut niveau, la Russie a rivalis\u00e9 avec les d\u00e9marches de de l’Union europ\u00e9enne et des \u00c9tats-Unis aupr\u00e8s d’autres blocs r\u00e9gionaux, en courtisant intensivement les membres de de l’Union africaine et de ASEAN.<\/p>\n\n\n\nL’Europe et le nouveau non-alignement<\/strong><\/h2>\n\n\n\n