{"id":169989,"date":"2022-12-02T09:57:40","date_gmt":"2022-12-02T08:57:40","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=169989"},"modified":"2022-12-02T13:01:12","modified_gmt":"2022-12-02T12:01:12","slug":"lavenir-des-cryptomonnaies-apres-ftx","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/12\/02\/lavenir-des-cryptomonnaies-apres-ftx\/","title":{"rendered":"L\u2019avenir des cryptomonnaies apr\u00e8s FTX"},"content":{"rendered":"\n
L\u2019ann\u00e9e 2022 aura \u00e9t\u00e9 celle des diff\u00e9rents krachs dans la sph\u00e8re des actifs num\u00e9riques. Le point de d\u00e9part est la faillite du protocole d\u00e9centralis\u00e9e de produits de rendement Terra et de son stablecoin associ\u00e9 Luna. D\u2019abord secouru par le hedge fund<\/em> Alameda Research, le protocole fait finalement d\u00e9faut, entra\u00eenant avec lui la plateforme canado-am\u00e9ricaine Voyager et des millions de clients, et le broker sur produits de rendement Celsius. C\u2019est la premi\u00e8re d\u00e9flagration : celle du printemps 2022. <\/p>\n\n\n\n Elle est suivie, \u00e0 l’automne 2022, par la faillite de la deuxi\u00e8me plateforme d\u2019\u00e9change d\u2019actifs num\u00e9rique mondiale, FTX, et de sa maison m\u00e8re, Alameda Research. Cette faillite entra\u00eene des cons\u00e9quences en cha\u00eene d\u2019ampleur diverses mais touchant des millions d\u2019investisseurs. Car, et c\u2019est l\u00e0 l\u2019une des caract\u00e9ristiques du march\u00e9 des actifs num\u00e9riques, les investisseurs dans ces produits restent majoritairement des personnes physiques. <\/p>\n\n\n\n Ce krach se diff\u00e9rencie toutefois assez sensiblement de celui de 2008 dans les march\u00e9s financiers. <\/p>\n\n\n\n Tout d\u2019abord, en terme de capitalisation boursi\u00e8re sur l\u2019ensemble du march\u00e9 des crypto actifs, les pertes de valeur s\u2019\u00e9l\u00e8vent \u00e0 environ 2 200 milliards de dollars entre le pic de la capitalisation des actifs num\u00e9riques et leur capitalisation \u00e0 fin novembre 2022, selon les donn\u00e9es de Statista. Il s\u2019agit donc ici de baisse de valeur \u2014 non de pertes nettes. S\u2019agissant de celles-ci, il est encore trop t\u00f4t pour disposer d\u2019un chiffre clair mais on parle d\u2019un montant de 31 milliards \u2014 ce dernier montant int\u00e9grant la baisse de valorisation des actifs bloqu\u00e9s sur la base Total Value Locked <\/em>sur Terra \/ Luna. Ce chiffre est sans doute sous-estim\u00e9 mais il est difficile d\u2019en savoir plus \u00e0 ce stade. Autrement dit, et toute proportion gard\u00e9e, ces pertes nettes s\u2019\u00e9l\u00e8vent peu ou prou au montant du scandale Madoff.<\/p>\n\n\n\n Le march\u00e9 des crypto actifs ne repr\u00e9sentait donc, \u00e0 son pic, qu\u2019une part relativement insignifiante de la totalit\u00e9 des actifs financiers qui s\u2019\u00e9l\u00e8verait \u00e0 530 000 milliards de dollars.<\/p>Hubert de Vauplane<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n \u00c0 son plus haut, le march\u00e9 des crypto repr\u00e9sentait un peu plus de 3 000 milliards de dollars alors que, dans le m\u00eame temps, la seule capitalisation boursi\u00e8re mondiales des entreprises \u2014 et donc du march\u00e9 actions, mais en omettant le march\u00e9 de la dette, le march\u00e9 des d\u00e9riv\u00e9s, et le march\u00e9 du Forex \u2014 s’\u00e9levait \u00e0 plus de 35 000 milliards de dollars, selon PwC. Le march\u00e9 des crypto actifs ne repr\u00e9sentait donc, \u00e0 son pic, qu\u2019une part relativement insignifiante de la totalit\u00e9 des actifs financiers qui s\u2019\u00e9l\u00e8verait \u00e0 530 000 milliards de dollars selon une \u00e9tude du BCG en 2020 et des chiffres quasi proches selon une autre \u00e9tude de McKinsey. <\/p>\n\n\n\n Il convient d\u00e8s lors de relativiser ce qui se passe sur le march\u00e9 des actifs num\u00e9riques. Surtout si l\u2019on compare avec les krachs boursiers \u2014 pour ne pas parler des krachs immobiliers.<\/p>\n\n\n\n Depuis la financiarisation de l\u2019\u00e9conomie, c\u2019est-\u00e0-dire la fin des ann\u00e9es 1980, il y a des crises financi\u00e8res, c\u2019est-\u00e0-dire des krachs boursiers environ tous les 10 \u00e0 15 ans. La plupart des crises boursi\u00e8res sont li\u00e9es \u00e0 de la sp\u00e9culation sur l\u2019immobilier, actif de \u00ab bon p\u00e8re de famille \u00bb par d\u00e9finition. Lehmann Brothers et les autres banques d’investissement de cette \u00e9poque ne finan\u00e7aient pas l\u2019\u00e9conomie mais utilisaient leurs fonds propres pour sp\u00e9culer sur les march\u00e9s financiers comme des hedge funds<\/em>. La sophistication \u2014 et la d\u00e9corr\u00e9lation d\u2019avec l\u2019\u00e9conomie dite r\u00e9elle \u2014 des produits financiers, a \u00e9t\u00e9 extravagante avec les CDO, conduisant \u00e0 la crise des subprimes<\/em>. En dehors m\u00eame des banques, l\u2019histoire tr\u00e8s r\u00e9cente des march\u00e9s financiers souligne les faillites fr\u00e9quentes de hedge funds<\/em> \u00ab traditionnels \u00bb et potentiellement syst\u00e9miques pour la stabilit\u00e9 du syst\u00e8me financier mondial : on se souvient de la d\u00e9route du fonds Archegos en 2021, mais qui se souvient du fonds LTCM qui, en 1999, a failli mettre la finance mondiale \u00e0 mal, et Amaranth en 2006 ? De son c\u00f4t\u00e9, et selon le Financial Stability Board, le march\u00e9 des crypto n’est pas syst\u00e9mique du fait de la relative faiblesse des montants, mais surtout du peu d\u2019interconnexion et d\u2019interd\u00e9pendance entre ces acteurs et les acteurs de la finance traditionnelle, permettant d\u2019\u00e9viter un effet domino. M\u00eame si la croissance de ce march\u00e9 pouvait selon la BCE, avant la crise, laisser augurer de plus grands risques pour la stabilit\u00e9 financi\u00e8re. <\/p>\n\n\n\n Pour ne retenir que la crise financi\u00e8re de 2008, celle-ci a conduit \u00e0 des pertes boursi\u00e8res sur les seuls march\u00e9s am\u00e9ricains de plus de 8 000 milliards de dollars et des pertes de valeurs d\u2019actifs immobiliers de plus de 9 800 milliards de dollars selon le Washington Post<\/em>. Pendant cette m\u00eame crise, les \u00c9tats et gouvernements ont massivement aid\u00e9 le secteur bancaire et financier pour \u00e9viter une d\u00e9route de l\u2019\u00e9conomie : le total de l\u2019aide de l\u2019Union europ\u00e9enne aux banques et au syst\u00e8me financier lors de la crise de 2008 a \u00e9t\u00e9 de 1 459 milliards d\u2019euros en capital et de 3 659 milliards d\u2019euros de tr\u00e9sorerie, selon la Cour des comptes europ\u00e9enne. Selon des recherches du M.I.T, le co\u00fbt direct total des renflouements li\u00e9s \u00e0 la crise, sur la base de la juste valeur, s’\u00e9l\u00e8ve pour les USA \u00e0 environ 498 milliards de dollars, soit 3,5 % du produit int\u00e9rieur brut en 2009. Au total, le FMI estime que le soutien public au secteur financier lors de la crise de 2008 s\u2019\u00e9l\u00e8ve \u00e0 quelques 3 500 milliards de dollars, largement r\u00e9partis dans le syst\u00e8me bancaire et aidant plus de mille banques \u2014 ce soutien se compose de 1 600 milliards de dollars d’interventions directes brutes et 1 900 milliards de dollars de garanties \u2014 alors que la crise du march\u00e9 des cryptos n\u2019a pas co\u00fbt\u00e9 un euro ou dollar aux \u00c9tats et gouvernements, et donc aux contribuables.<\/p>\n\n\n\n Il convient d\u00e8s lors de relativiser ce qui se passe sur le march\u00e9 des actifs num\u00e9riques. Surtout si l\u2019on compare avec les krachs boursiers \u2014 pour ne pas parler des krachs immobiliers.<\/p>Hubert de Vauplane<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Les cons\u00e9quences de la crise de 2008 sur les emplois dans le secteur financier ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9sastreuses : plusieurs dizaines de milliers de jobs d\u00e9truits, alors qu’on ne parle que de quelques centaines de pertes d’emplois dans la crise du march\u00e9 des cryptos. La crise de 2008 a ouvert la voie \u00e0 une explosion du ch\u00f4mage et des situations pr\u00e9caires pour des millions d’individus.<\/p>\n\n\n\n Lors de cette crise de 2008, de nombreuses voix, y compris politiques, se sont \u00e9lev\u00e9es pour mettre fin \u00e0 la sp\u00e9culation dans les banques et des mouvements pour stopper la sp\u00e9culation \u2014 que l’on se souvienne d\u2019Occupy Wall Street : relisons les rapports Vickers, Volcker et autre rapport Liikaneen en Europe sur la fin des activit\u00e9s dites sp\u00e9culatives dans les banques avec le \u00ab succ\u00e8s de mise en \u0153uvre \u00bb que l\u2019on conna\u00eet, notamment sous l’administration Trump.<\/p>\n\n\n\n De ce point de vue-l\u00e0, le march\u00e9 des crypto actifs n\u2019est pas tr\u00e8s diff\u00e9rent de celui des march\u00e9s financiers traditionnels avec leurs lots et s\u00e9ries de scandales. Qui a oubli\u00e9 Madoff \u2014 co\u00fbt de la fraude entre 20 et 50 milliards de dollars ! \u2014 et autres Enron, Parmalat ? De m\u00eame, la crise de 2008 a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 des pratiques plus que douteuses de certaines institutions financi\u00e8res pourtant r\u00e9gul\u00e9es, comme le \u00ab droit d’utilisation des titres \u00bb sans l’accord des clients par leurs banques \u2014 la pratique dite de re-hypoth\u00e9cation. C\u2019est exactement aujourd\u2019hui ce dont est accus\u00e9e FTX. Ces pratiques douteuses ou relevant de l\u2019escroquerie provenaient, comme pour FTX, d\u2019un d\u00e9faut de contr\u00f4le interne, lequel peut conduire \u00e0 des pertes gigantesques dans les banques : qui a oubli\u00e9 Kerviel en 2008 \u00e0 la Soci\u00e9t\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale \u2014 4,9 milliards de dollars de pertes pour la banque \u2014 ou encore Nick Leeson qui, \u00e0 lui tout seul en 1995, est arriv\u00e9 \u00e0 faire tomber la tr\u00e8s vieille et respectable banque Bearings, ou encore Yamanaka chez Sumitomo en 1996, et Stanford en 2009 ? Dans tous ces cas pr\u00e9cis, il s\u2019agit d\u2019une seule personne qui a pu passer \u00e0 travers les mailles de contr\u00f4le et proc\u00e9der \u00e0 la chute ou \u00e0 la fragilisation de ces institutions financi\u00e8res. Chez FTX, il s\u2019agit de la petite \u00e9quipe de traders<\/em> de Alameda Research bas\u00e9e aux Bahamas qui semble avoir pris ce march\u00e9 pour un escape game <\/em>dont eux seuls d\u00e9tenaient les cl\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n La crise du march\u00e9 des crypto-actifs est d\u2019abord une crise de confiance dans un march\u00e9 non mature \u2014 les actifs des clients n’\u00e9taient m\u00eame pas s\u00e9gr\u00e9gu\u00e9s des actifs pour compte propres \u2014 et peu r\u00e9glement\u00e9 : la r\u00e9gulation par les Bahamas, comme celle d\u2019autres juridictions du m\u00eame type, ressemble plus \u00e0 un \u00ab coup de tampon \u00bb qu\u2019\u00e0 une \u00e9tude pouss\u00e9e du dossier d\u2019agr\u00e9ment. De ce point de vue-l\u00e0, l\u2019Union europ\u00e9enne peut \u00eatre fi\u00e8re d\u2019avoir adopt\u00e9 le projet de r\u00e8glement MiCA. \u00c0 cela s\u2019ajoutent des fraudes et escroqueries comme il y en aura toujours d\u00e8s que l\u2019argent est \u00ab facile \u00bb et les contr\u00f4les absents.<\/p>\n\n\n\n Le march\u00e9 des crypto actifs n\u2019est pas tr\u00e8s diff\u00e9rent de celui des march\u00e9s financiers traditionnels avec leurs lots et s\u00e9ries de scandales.<\/p>Hubert de Vauplane<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Ceci \u00e9tant dit, dans quelle mesure le march\u00e9 des crypto actifs et des crypto monnaies va-t-il ou peut-il se relever dans ces scandales ? Pour le dire autrement, quel est l\u2019avenir de ce march\u00e9 ? va-t-on assister \u00e0 un rebond salutaire comme en 2000 avec la Tech ? Ou au contraire un retour aux usages douteux des crypto avant 2015 ?<\/p>\n\n\n\n Si la r\u00e9ponse est encore inconnue, plusieurs \u00e9l\u00e9ments permettent de penser que le march\u00e9 se rel\u00e8vera de cette crise.<\/p>\n\n\n\n Tout d\u2019abord, la disparition d\u2019acteurs, m\u00eame importants, ne suffit pas \u00e0 faire dispara\u00eetre un march\u00e9. Plus globalement, le march\u00e9 des crypto actifs apparaissait d\u00e9j\u00e0 depuis quelque temps comme une \u00ab nouvelle classe d\u2019actifs \u00bb certes sp\u00e9culative, aux c\u00f4t\u00e9s des actifs financiers, des mati\u00e8res premi\u00e8res et des devises, mais un nouveau support d\u2019investissement comme l\u2019a \u00e9tudi\u00e9 de fa\u00e7on d\u00e9taill\u00e9e Goldman Sachs <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Cette nouvelle classe d\u2019actifs repose d\u2019une part sur l\u2019utilisation croissante des protocoles blockchain dans l\u2019industrie num\u00e9rique mais aussi dans d\u2019autres secteurs d\u2019activit\u00e9s, \u00e0 commencer la finance, mais aussi la grande distribution, le luxe ou le commerce international. <\/p>\n\n\n\nUne suite de scandales \u2014 voire de fraudes<\/strong><\/h2>\n\n\n\n
L\u2019avenir du march\u00e9 des crypto actifs <\/strong><\/h2>\n\n\n\n