{"id":169709,"date":"2022-12-02T14:26:10","date_gmt":"2022-12-02T13:26:10","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=169709"},"modified":"2022-12-12T10:10:45","modified_gmt":"2022-12-12T09:10:45","slug":"il-nen-va-pas-seulement-des-interets-allemands-une-conversation-avec-le-ministre-tobias-lindner","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/12\/02\/il-nen-va-pas-seulement-des-interets-allemands-une-conversation-avec-le-ministre-tobias-lindner\/","title":{"rendered":"\u00ab Il n\u2019en va pas seulement des int\u00e9r\u00eats allemands \u00bb, une conversation avec le ministre Tobias Lindner"},"content":{"rendered":"\n
Je ne crois pas que l\u2019Allemagne ait \u00e9t\u00e9 auparavant un simple consommateur de s\u00e9curit\u00e9. Mais il est vrai que la conception que nous nous faisons de notre s\u00e9curit\u00e9 s\u2019est consid\u00e9rablement \u00e9tendue apr\u00e8s le 24 f\u00e9vrier. Nous engagions d\u00e9j\u00e0 beaucoup de troupes au niveau international, avec la Minusma au Mali, en Irak dans le cadre de la coalition internationale contre Daesh, mais aussi par le pass\u00e9 en Afghanistan et au Kosovo. Le 24 f\u00e9vrier a rappel\u00e9 aux Allemands que nos forces arm\u00e9es doivent remplir la mission de d\u00e9fense du pays et de l\u2019Alliance atlantique<\/a> et qu\u2019elles doivent \u00eatre \u00e9quip\u00e9es en cons\u00e9quence. C\u2019est pourquoi le changement d\u2019\u00e9poque s\u2019accompagne d\u2019un plan de 100 milliards d\u2019euros pour \u00e9quiper la Bundeswehr et investir dans de nouvelles capacit\u00e9s, afin que nous puissions remplir nos obligations vis-\u00e0-vis de l\u2019Alliance atlantique.\u00a0<\/p>\n\n\n\n Mais ce changement d\u2019\u00e9poque signifie aussi que nous consid\u00e9rons d\u00e9sormais la s\u00e9curit\u00e9 de mani\u00e8re beaucoup plus int\u00e9gr\u00e9e et que nous prenons conscience que notre politique \u00e9conomique et commerciale, par exemple, est directement li\u00e9e \u00e0 notre s\u00e9curit\u00e9. Dans le pass\u00e9, certains ont ignor\u00e9 cette v\u00e9rit\u00e9. C\u2019est pourquoi notre coalition travaille pour la premi\u00e8re fois \u00e0 une strat\u00e9gie de s\u00e9curit\u00e9 nationale pour l\u2019Allemagne. Nous passons au crible notre politique \u00e9trang\u00e8re et de d\u00e9fense, mais aussi chaque domaine de nos actions sur notre s\u00e9curit\u00e9 et, inversement, en quoi la s\u00e9curit\u00e9 de l\u2019Allemagne, c\u2019est-\u00e0-dire la situation s\u00e9curitaire g\u00e9n\u00e9rale affecte notre marge de man\u0153uvre politique dans les autres domaines. <\/p>\n\n\n\n Lorsqu\u2019en 1998 les Verts ont pour la premi\u00e8re fois particip\u00e9 au gouvernement f\u00e9d\u00e9ral et que l\u2019Allemagne s\u2019est engag\u00e9e militairement pour la premi\u00e8re fois au Kosovo avec nos partenaires de l\u2019OTAN quelques mois plus tard, mon propre parti, Les Verts, a v\u00e9cu un tournant historique. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, de nombreuses certitudes ont \u00e9t\u00e9 remises en question et cela a conduit mon parti \u00e0 s\u2019interroger de mani\u00e8re tr\u00e8s approfondie sur la justification de l\u2019usage de la force militaire et des conditions n\u00e9cessaires pour qu\u2019un engagement de la Bundeswehr \u00e0 l\u2019\u00e9tranger dans le cadre d’une mission de paix puisse \u00eatre un succ\u00e8s.\u00a0<\/p>\n\n\n\n Nous avons alors d\u00e9fini un concept de s\u00e9curit\u00e9 interconnect\u00e9e<\/a>. Cela signifie que l\u2019engagement militaire doit toujours \u00eatre associ\u00e9 avec des moyens civils, \u00e0 la diplomatie, \u00e0 l\u2019aide humanitaire, \u00e0 la coop\u00e9ration au d\u00e9veloppement et \u00e0 la pr\u00e9vention des crises. Mais nous passons maintenant \u00e0 l\u2019\u00e9tape suivante. <\/p>\n\n\n\n Nous voulons passer d\u2019une \u00ab s\u00e9curit\u00e9 interconnect\u00e9e \u00bb \u00e0 une \u00ab s\u00e9curit\u00e9 int\u00e9gr\u00e9e \u00bb. La pand\u00e9mie nous a d\u00e9montr\u00e9 combien les questions de sant\u00e9, par exemple, peuvent avoir des r\u00e9percussions directes sur notre s\u00e9curit\u00e9. Avec cette nouvelle strat\u00e9gie de s\u00e9curit\u00e9, nous souhaitons avoir une approche de s\u00e9curit\u00e9 qui soit homog\u00e8ne.<\/p>\n\n\n\n Nous voulons passer d\u2019une \u00ab s\u00e9curit\u00e9 interconnect\u00e9e \u00bb \u00e0 une \u00ab s\u00e9curit\u00e9 int\u00e9gr\u00e9e \u00bb. La pand\u00e9mie nous a d\u00e9montr\u00e9 combien les questions de sant\u00e9, par exemple, peuvent avoir des r\u00e9percussions directes sur notre s\u00e9curit\u00e9. Avec cette nouvelle strat\u00e9gie de s\u00e9curit\u00e9, nous souhaitons penser la s\u00e9curit\u00e9 d\u2019un seul bloc.<\/p>Tobias Lindner<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n L\u2019Allemagne n\u2019est pas une \u00eele, nous sommes au c\u0153ur de l\u2019Europe, et c\u2019est pourquoi, pour \u00e9laborer notre propre strat\u00e9gie, nous nous appuyons sur la boussole strat\u00e9gique de l\u2019Union europ\u00e9enne publi\u00e9e cette ann\u00e9e et sur le concept strat\u00e9gique de l\u2019OTAN de 2019<\/a>. Mais, naturellement, nous tenons \u00e9galement compte des strat\u00e9gies de s\u00e9curit\u00e9 de chacun de nos alli\u00e9s, comme la France. Dans la revue strat\u00e9gique fran\u00e7aise publi\u00e9e il y a peu, nous retrouvons les th\u00e8mes classiques sur lesquels nos deux nations se distinguent pour ainsi dire par nature. La France a par exemple des territoires d\u2019outre-mer et dispose de ses propres armes nucl\u00e9aires, ce qui n\u2019est pas notre cas. Logiquement, la strat\u00e9gie fran\u00e7aise a une perspective diff\u00e9rente de la n\u00f4tre en mati\u00e8re de dissuasion nucl\u00e9aire. En Allemagne, nous continuerons cependant, comme l\u2019a soulign\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises la ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res Annalena Baerbock, \u00e0 assumer nos obligations au sein de l\u2019OTAN, dont le partage nucl\u00e9aire dans le cadre de l\u2019Alliance. Nous poursuivrons nos investissements en cons\u00e9quence.\u00a0<\/p>\n\n\n\n Si nous mettons de c\u00f4t\u00e9 ces domaines o\u00f9 nos d\u00e9saccords ne reposent pas sur des positions politiques diff\u00e9rentes, mais sur notre histoire, on observe de nombreuses convergences. Je per\u00e7ois dans cette strat\u00e9gie une forte adh\u00e9sion de la France \u00e0 la fois \u00e0 l\u2019OTAN et \u00e0 l\u2019Union. L\u2019Allemagne y est nomm\u00e9e dans le texte comme le premier partenaire, ce que nous dirions \u00e9galement bien s\u00fbr en Allemagne au sujet de la France. Notre premier partenaire sur la plan\u00e8te est la R\u00e9publique fran\u00e7aise. Du point de vue fran\u00e7ais, la souverainet\u00e9 strat\u00e9gique de l\u2019Europe rev\u00eat une importance particuli\u00e8re. Bien entendu, nous pouvons discuter en d\u00e9tail de la signification que l\u2019on donne \u00e0 ce mot, mais le constat fondamental que l\u2019Europe du XXIe si\u00e8cle doit \u00eatre davantage en capacit\u00e9 d’agir dans sa politique ext\u00e9rieure et de s\u00e9curit\u00e9 pour faire face aux d\u00e9fis politiques, est une conception qui nous unit et pour laquelle nous allons continuer \u00e0 coop\u00e9rer.\u00a0<\/p>\n\n\n\n Je ne pense pas que ces inqui\u00e9tudes soient justifi\u00e9es, car si nous examinons ces mesures vraiment en d\u00e9tail, il n\u2019en va pas seulement des int\u00e9r\u00eats allemands. Les 100 milliards pour la Bundeswehr nous permettront de renforcer l\u2019Alliance et de tenir nos engagements vis-\u00e0-vis de nos alli\u00e9s, et d\u2019apporter la contribution \u00e0 la d\u00e9fense de l\u2019alliance qui nous est demand\u00e9e \u00e0 juste titre. Avec ces 100 milliards, nous atteignons le seuil de 2 % de notre produit int\u00e9rieur brut pour les d\u00e9penses de d\u00e9fense, et r\u00e9pondons ainsi aux demandes qui nous ont \u00e9t\u00e9 adress\u00e9es \u00e0 maintes reprises au niveau am\u00e9ricain et europ\u00e9en. La r\u00e9action de nos alli\u00e9s a d\u2019ailleurs \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s positive \u00e0 l\u2019annonce de fonds sp\u00e9cial car cet argent contribuera directement \u00e0 renforcer notre s\u00e9curit\u00e9 collective.<\/p>\n\n\n\n Avec les 200 milliards destin\u00e9s \u00e0 stabiliser notre march\u00e9 de l\u2019\u00e9nergie, nous prot\u00e9geons bien s\u00fbr d\u2019abord notre propre \u00e9conomie nationale et soulageons les charges de notre population. Mais toute l\u2019Europe a int\u00e9r\u00eat \u00e0 ce que l\u2019Allemagne ne devienne pas \u00e9conomiquement instable, car nous entretenons aussi la demande sur tout le continent. Je crois que tout le monde souhaite \u00e0 ce stade une Allemagne performante.<\/p>\n\n\n\n Il n\u2019en va pas seulement des int\u00e9r\u00eats allemands. Avec les 200 milliards destin\u00e9s \u00e0 stabiliser notre march\u00e9 de l\u2019\u00e9nergie, nous prot\u00e9geons bien s\u00fbr d\u2019abord notre propre \u00e9conomie nationale et soulageons les charges de la population. Mais toute l\u2019Europe a int\u00e9r\u00eat \u00e0 ce que l\u2019Allemagne ne devienne pas \u00e9conomiquement instable, car nous entretenons aussi la demande sur tout le continent.<\/p>Tobias Lindner<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Par ailleurs cet hiver, nous allons fournir de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 \u00e0 la France et, inversement, la France va nous fournir du gaz. Je ne peux pas imaginer plus concret et meilleur partenariat que cet \u00e9change r\u00e9ciproque. Ici, en France, il y a actuellement des probl\u00e8mes pour raccorder les centrales nucl\u00e9aires au r\u00e9seau. En Allemagne, nous n\u2019avons pas de probl\u00e8me de quantit\u00e9 d\u2019\u00e9lectricit\u00e9, mais plut\u00f4t de stabilit\u00e9 du r\u00e9seau \u00e0 certains endroits, mais nous aurons des exc\u00e9dents. Pour le gaz, nous devons faire attention et nos amis fran\u00e7ais peuvent nous aider. Je pense que c\u2019est une approche politique raisonnable.\u00a0<\/p>\n\n\n\n Notre premier d\u00e9fi \u00e0 relever est \u00e9videmment li\u00e9 \u00e0 la d\u00e9cision que nous avons prise il y a 12 ans de mettre fin au service militaire obligatoire en Allemagne, c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019entamer la transition vers une arm\u00e9e de m\u00e9tier, ce que la France a fait beaucoup plus t\u00f4t que nous. Nous devons travailler sur la visibilit\u00e9 publique et l\u2019image des militaires dans la soci\u00e9t\u00e9. C\u2019est une t\u00e2che de longue haleine, mais la situation s\u2019est am\u00e9lior\u00e9e. De nombreux Allemands voient d\u00e9sormais ce que leur arm\u00e9e accomplit, tant lors de catastrophes naturelles sur le territoire national qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9tranger, non seulement lors de nos missions \u00ab classiques \u00bb \u00e0 l\u2019\u00e9tranger mais aussi lorsque nous renfor\u00e7ons le flanc est de l\u2019OTAN, en Lituanie, en Estonie et en Slovaquie.<\/p>\n\n\n\n Deuxi\u00e8mement, nous devons aussi investir dans nos capacit\u00e9s. Il s\u2019agit en partie purement et simplement de remplacer des mat\u00e9riels, comme les avions de combat Tornado achet\u00e9s au d\u00e9but des ann\u00e9es 1980. Nous devons remplacer des h\u00e9licopt\u00e8res de transport lourd plus vieux que nous qui sommes dans cette pi\u00e8ce. Nous devons donc moderniser l\u2019\u00e9quipement de nos forces arm\u00e9es dans ces domaines, tout en investissant dans de nouvelles capacit\u00e9s en mati\u00e8re de cybers\u00e9curit\u00e9 et dans nos satellites d\u2019imagerie spatiale d’observation.<\/p>\n\n\n\n Je pense qu\u2019en France et en Allemagne, nous devons discuter ensemble des points suivants : o\u00f9 pouvons-nous d\u00e9velopper des choses ensemble, o\u00f9 avons-nous des possibilit\u00e9s technologiques, o\u00f9 avons-nous des industries nationales que nous voulons prot\u00e9ger \u2014 car il y en a aussi \u2014 et o\u00f9 les exigences sont-elles si urgentes que nous allons acheter des solutions internationales. La France construit par exemple des sous-marins nucl\u00e9aires. C\u2019est une comp\u00e9tence que la France ne partagera jamais avec l\u2019Allemagne, et je peux tout \u00e0 fait le comprendre. C\u2019est une comp\u00e9tence clef fran\u00e7aise. En ce qui concerne les avions de combat, les chars, et m\u00eame l’euro-drone, nos pays peuvent coop\u00e9rer de mani\u00e8re formidable, les deux pays apportant des comp\u00e9tences mutuellement b\u00e9n\u00e9fiques.<\/p>\n\n\n\n La m\u00eame approche s\u2019applique \u00e0 nos projets dans le domaine de la d\u00e9fense a\u00e9rienne. En Allemagne, nous avons essay\u00e9 pendant plus de vingt ans de d\u00e9velopper notre propre syst\u00e8me de d\u00e9fense a\u00e9rienne moderne. Finalement, les partenaires internationaux se sont retir\u00e9s les uns apr\u00e8s les autres et les co\u00fbts ont explos\u00e9. C\u2019est pourquoi notre nouvelle approche consiste \u00e0 moderniser et \u00e0 compl\u00e9ter progressivement le syst\u00e8me existant dont nous disposons, sur la base du Patriot am\u00e9ricain. Le chancelier allemand a \u00e9galement pr\u00e9sent\u00e9 cette id\u00e9e \u00e0 Prague lors de la premi\u00e8re r\u00e9union de la Communaut\u00e9 politique europ\u00e9enne. C\u2019est justement parce que nous voulons d\u00e9velopper rapidement notre capacit\u00e9 de d\u00e9fense a\u00e9rienne que nous ach\u00e8terons les syst\u00e8mes internationaux disponibles sur le march\u00e9. Il en va de m\u00eame pour l\u2019achat d\u2019avions F-35. Il ne s\u2019agit pas d\u2019une d\u00e9claration contre le SCAF, mais du fait que nous devons remplacer le Tornado dans les cinq prochaines ann\u00e9es afin de pouvoir faire notre part dans le partage nucl\u00e9aire au sein de l\u2019Alliance, et ce sans lacune ni interruption.<\/p>\n\n\n\n Il y a eu irritation parce que nous n\u2019en avons pas assez parl\u00e9 ensemble. En l\u2019occurrence, nous devons acheter au niveau international parce que le temps presse et que nous avons besoin d\u2019une solution pr\u00eate \u00e0 l\u2019emploi. Dans d\u2019autres domaines, nous voulons d\u00e9velopper nos propres capacit\u00e9s, parce que nous le pouvons, que c\u2019est profitable \u00e0 tous et que cela sert la souverainet\u00e9 de l\u2019Europe. C\u2019est pourquoi le FCAS et le MGCS sont si importants.<\/p>\n\n\n\n La guerre d\u2019agression russe en Ukraine nous a rappel\u00e9 tr\u00e8s douloureusement qu\u2019une bonne politique \u00e9nerg\u00e9tique et climatique est aussi une bonne politique de s\u00e9curit\u00e9. C\u2019est pourquoi nous prenons aussi des d\u00e9cisions \u00e0 court terme. Ce matin [11 novembre, au Bundestag, nous avons vot\u00e9 la poursuite de l\u2019exploitation de trois centrales nucl\u00e9aires jusqu\u2019\u00e0 la mi-avril 2023 au maximum. Nos deux soci\u00e9t\u00e9s diff\u00e8rent en ce qui concerne l\u2019utilisation de l\u2019\u00e9nergie nucl\u00e9aire pour la production d\u2019\u00e9lectricit\u00e9, et l\u2019Allemagne sortira d\u00e9finitivement du nucl\u00e9aire \u00e0 la mi-avril 2023. <\/p>\n\n\n\n Je suis fermement convaincu que notre transition \u00e9nerg\u00e9tique est \u00e9troitement li\u00e9e \u00e0 la souverainet\u00e9 europ\u00e9enne. Si la plus grande \u00e9conomie d\u2019Europe r\u00e9duit sa d\u00e9pendance \u00e9nerg\u00e9tique vis-\u00e0-vis des autres pays, cela contribue \u00e9galement \u00e0 la souverainet\u00e9 de l\u2019Europe.<\/p>Tobias Lindner<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n La situation du charbon est plus nuanc\u00e9e en Allemagne. D\u2019une part, nous avons besoin de centrales \u00e0 charbon, mais il a \u00e9t\u00e9 r\u00e9cemment convenu, par exemple dans le Land de Rh\u00e9nanie-du-Nord-Westphalie, d\u2019avancer de quelques ann\u00e9es la sortie du charbon. M\u00eame si c\u2019est douloureux :actuellement, nous avons besoin de l\u2019\u00e9nergie du charbon, mais en contrepartie, nous garantissons que la sortie progressive du charbon se fera plus rapidement que pr\u00e9vu. En outre, nous avons lev\u00e9 quelques obstacles au d\u00e9veloppement des \u00e9nergies renouvelables au cours des derniers mois. Il est d\u00e9sormais encore plus facile de d\u00e9velopper les \u00e9nergies renouvelables en Allemagne. C\u2019est essentiel, car cela nous permet par exemple de remplacer le gaz par des sources d\u2019\u00e9nergie renouvelables pour certaines utilisations, sans devoir l\u2019acheter \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur. Je suis fermement convaincu que notre transition \u00e9nerg\u00e9tique est \u00e9troitement li\u00e9e \u00e0 la souverainet\u00e9 europ\u00e9enne. Si la plus grande \u00e9conomie d\u2019Europe r\u00e9duit sa d\u00e9pendance \u00e9nerg\u00e9tique vis-\u00e0-vis des autres pays, cela contribue \u00e9galement \u00e0 la souverainet\u00e9 de l\u2019Europe.<\/p>\n\n\n\n Nous connaissons les diff\u00e9rences d\u2019attitude de nos deux pays vis-\u00e0-vis de l\u2019\u00e9nergie nucl\u00e9aire. Le pire qui pourrait nous arriver dans la relation franco-allemande serait de nous faire mutuellement la le\u00e7on. Nous avons pris des d\u00e9cisions diff\u00e9rentes il y a plusieurs d\u00e9cennies. Il s\u2019agit aussi de questions d\u2019identit\u00e9 nationale et de convictions politiques fondamentales. En fin de compte, il est important que nous coop\u00e9rions raisonnablement pour d\u00e9velopper le r\u00e9seau \u00e9lectrique et gazier europ\u00e9en. Nous devons continuer \u00e0 d\u00e9velopper ensemble l\u2019infrastructure des gazoducs, car \u00e0 l\u2019avenir, nous alimenterons davantage nos \u00e9conomies en hydrog\u00e8ne vert. En ce qui concerne le d\u00e9veloppement de la structure des gazoducs, il est actuellement tr\u00e8s important que le Portugal, l\u2019Espagne, la France et l\u2019Allemagne travaillent ensemble.\u00a0<\/p>\n\n\n\n Il y a en effet deux visions diff\u00e9rentes pour r\u00e9aliser ce projet de gazoduc. Ce qui compte, c\u2019est que le gazoduc soit op\u00e9rationnel et que nous ne perdions pas de temps. Le changement d\u2019\u00e9poque signifie aussi savoir o\u00f9 et comment nous pouvons acc\u00e9der rapidement \u00e0 de nouvelles sources d\u2019\u00e9nergie, et il exige de nous que nous n\u2019attendions pas ind\u00e9finiment, mais que nous prenions d\u00e8s maintenant les mesures d\u00e9cisives.<\/p>\n\n\n\n La Chine a chang\u00e9 ces derni\u00e8res ann\u00e9es. Nous devons adapter nos relations politiques, mais aussi et surtout \u00e9conomiques, \u00e0 la Chine telle qu’elle est aujourd’hui. Dans l\u2019accord de coalition, nous avions d\u00e9j\u00e0 d\u00e9cid\u00e9 d\u2019\u00e9tablir une nouvelle strat\u00e9gie pour nos relations avec la Chine. La relation avec la Chine peut \u00eatre un partenariat sur certains sujets, par exemple la lutte contre la crise climatique, elle peut aussi \u00eatre une concurrence ou une rivalit\u00e9 syst\u00e9mique, comme l\u2019Union europ\u00e9enne le rappelle \u00e0 juste titre. Il faut trouver un \u00e9quilibre entre ces trois piliers. Notre future strat\u00e9gie vis-\u00e0-vis de la Chine se fondera d\u2019une part sur notre propre relation bilat\u00e9rale avec la Chine, mais contiendra \u00e9galement des lignes directrices sur la mani\u00e8re dont nous nous comportons avec nos partenaires et alli\u00e9s vis-\u00e0-vis de la Chine.\u00a0<\/p>\n\n\n\n La relation avec la Chine peut \u00eatre un partenariat sur certains sujets, par exemple la lutte contre la crise climatique, elle peut aussi \u00eatre une concurrence ou une rivalit\u00e9 syst\u00e9mique, comme l\u2019Union europ\u00e9enne le rappelle \u00e0 juste titre. Il faut trouver un \u00e9quilibre entre ces trois piliers.<\/p>Tobias Lindner<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Par principe, nous ne parlons des livraisons d\u2019armes que lorsqu\u2019elles ont eu lieu et nous ne sp\u00e9culons pas \u00e0 leur sujet. Mais ce que la ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res et le chancelier ont r\u00e9p\u00e9t\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises s\u2019applique en g\u00e9n\u00e9ral : nous nous concertons toujours, surtout au sein du G7 et aucun des partenaires ne fait cavalier seul sans concertation. En ce qui concerne les syst\u00e8mes de d\u00e9fense a\u00e9rienne Iris-T, nous sommes toutefois la premi\u00e8re nation \u00e0 avoir fourni de telles capacit\u00e9s \u00e0 l\u2019Ukraine. Nous pouvons donc aussi bien fournir des armements que d\u2019autres pays ne fournissent pas, mais nous le faisons toujours de mani\u00e8re coordonn\u00e9e et dans le cadre d\u2019une r\u00e9partition raisonnable des r\u00f4les. Pour tous les syst\u00e8mes d\u2019armes livr\u00e9s, nous prenons en compte diff\u00e9rents param\u00e8tres, par exemple ce qui peut \u00eatre livr\u00e9 \u00e0 partir de nos stocks et ce qui est disponible aupr\u00e8s de l\u2019industrie. La Bundeswehr a \u00e9galement des obligations \u00e0 remplir dans l\u2019Alliance. Toutefois, pour les obusiers PzH2000, les lance-missiles MARS, les syst\u00e8mes de d\u00e9fense a\u00e9rienne Iris-T, mais aussi les munitions, l\u2019Allemagne fait partie du groupe de t\u00eate des nations qui soutiennent l\u2019Ukraine en armes \u2014 et nous continuerons \u00e0 le faire aussi longtemps que n\u00e9cessaire.\u00a0<\/p>\n\n\n\n Pour moi, une victoire ukrainienne dans cette guerre d\u2019agression russe signifie que la guerre se termine \u00e0 des conditions d\u00e9cid\u00e9es \u00e0 Kiev et non \u00e0 Moscou. La d\u00e9finition de ces conditions, y compris territoriales, est la d\u00e9cision souveraine du peuple ukrainien et de son gouvernement. <\/p>\n\n\n\n Si nous voulons pr\u00e9server l\u2019ordre international fond\u00e9 sur des r\u00e8gles, nous devons le faire vivre nous-m\u00eames et nous y tenir. La s\u00e9quence qui s\u2019est ouverte le 24 f\u00e9vrier a \u00e9galement prouv\u00e9 que toutes les rengaines sur la fin du multilat\u00e9ralisme s\u2019\u00e9taient r\u00e9v\u00e9l\u00e9es fausses. On a par exemple souvent affirm\u00e9 que l\u2019Union europ\u00e9enne n\u2019\u00e9tait pas capable d\u2019agir : nous travaillons d\u00e9sormais au niveau europ\u00e9en sur un neuvi\u00e8me train de sanctions contre la Russie. Les n\u00e9crologies des Nations unies \u00e9taient tout aussi pr\u00e9matur\u00e9es : nous avons recueilli 143 voix lors de la derni\u00e8re r\u00e9solution de l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale condamnant les annexions russes, soit deux voix de plus que lors de la pr\u00e9c\u00e9dente r\u00e9solution sur la guerre en Ukraine. <\/p>\n\n\n\nLe gouvernement f\u00e9d\u00e9ral a donc commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9laborer une strat\u00e9gie de s\u00e9curit\u00e9 nationale. Que peut retirer l\u2019Allemagne d\u2019un tel processus ? Et pourquoi est-ce justement votre parti, les Verts, qui fait avancer ce processus ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
A Paris et dans d\u2019autres capitales europ\u00e9ennes, le fonds sp\u00e9cial de 100 milliards d\u2019euros pour l\u2019arm\u00e9e allemande annonc\u00e9 le 27 f\u00e9vrier et le bouclier \u00e9nerg\u00e9tique de 200 milliards r\u00e9cemment annonc\u00e9 ont \u00e9galement \u00e9t\u00e9 accueillis avec une sorte de sourde inqui\u00e9tude. L\u2019Allemagne fait-elle actuellement de plus en plus cavalier seul en Europe sur ces questions ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Vous avez observ\u00e9 l\u2019arm\u00e9e allemande pendant dix ans pour votre parti. Comment doit-elle maintenant \u00eatre transform\u00e9e, tant en ce qui concerne ses capacit\u00e9s que sa relation avec la soci\u00e9t\u00e9 allemande ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Le gouvernement allemand a aussi r\u00e9cemment annonc\u00e9 de son propre chef un programme de renforcement de sa d\u00e9fense a\u00e9rienne, ce qui a \u00e9galement suscit\u00e9 une certaine irritation en France\u2026<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
En Europe, la guerre se joue aussi sur la question de l\u2019\u00e9nergie. Votre gouvernement a finalement d\u00e9cid\u00e9 de prolonger les trois derni\u00e8res centrales nucl\u00e9aires jusqu\u2019en avril prochain, mais a \u00e9galement d\u00e9cid\u00e9 de rouvrir des centrales \u00e0 charbon. Parall\u00e8lement, le d\u00e9veloppement des \u00e9nergies renouvelables semble parfois lent. L\u2019Allemagne est-elle en mesure de poursuivre son plan d\u2019ind\u00e9pendance \u00e9nerg\u00e9tique ? <\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Mais le d\u00e9veloppement de l\u2019\u00e9nergie nucl\u00e9aire en France va \u00e9galement de pair avec cet objectif de souverainet\u00e9…<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Il a en effet souvent \u00e9t\u00e9 question ces derniers mois d\u2019un gazoduc pyr\u00e9n\u00e9en entre l\u2019Espagne et la France<\/a>\u2026<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Le voyage d\u2019Olaf Scholz en Chine<\/a> a fait l\u2019objet de critiques, car P\u00e9kin qui se dirige actuellement vers plus d\u2019autocratie et pr\u00e9voit d\u2019acqu\u00e9rir des infrastructures critiques en Allemagne. Ce pays est-il aujourd\u2019hui un partenaire pour relever des d\u00e9fis majeurs comme le climat ou l\u2019\u00e9nergie, ou un rival dont il faut se m\u00e9fier ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
L\u2019Allemagne fournit diff\u00e9rents syst\u00e8mes d\u2019armes \u00e0 l\u2019Ukraine, comme des obusiers ou des syst\u00e8mes de d\u00e9fense a\u00e9rienne, mais ne veut pas livrer directement de chars. Comment de telles d\u00e9cisions sont-elles prises, y compris au sein de la coalition ? <\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Ces derniers mois, l\u2019Ukraine a remport\u00e9 des victoires importantes sur les envahisseurs russes et peut enfin esp\u00e9rer r\u00e9tablir un jour son int\u00e9grit\u00e9 territoriale. Que doivent faire et fournir l\u2019Allemagne et l\u2019OTAN pour garantir une victoire ukrainienne ? <\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Aujourd\u2019hui, le mod\u00e8le d\u2019un ordre international bas\u00e9 sur des n\u00e9gociations collectives et des obligations mutuelles est indispensable mais attaqu\u00e9 de toutes parts. Face \u00e0 cela, le multilat\u00e9ralisme a-t-il encore une chance, notamment <\/strong>au temps de l\u2019\u00e9cologie de guerre<\/strong><\/a> ? <\/strong><\/h3>\n\n\n\n