{"id":168584,"date":"2022-11-22T06:44:00","date_gmt":"2022-11-22T05:44:00","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=168584"},"modified":"2022-11-21T19:59:20","modified_gmt":"2022-11-21T18:59:20","slug":"le-siecle-de-lingerence","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/11\/22\/le-siecle-de-lingerence\/","title":{"rendered":"Le si\u00e8cle de l’ing\u00e9rence"},"content":{"rendered":"\n

\u00c0 la fin du XXe si\u00e8cle, un petit nombre d’institutions internationales en sont venues \u00e0 exercer une influence consid\u00e9rable sur les politiques \u00e9conomiques nationales de nombreux \u00c9tats dans le monde. Le Fonds mon\u00e9taire international (FMI) et la Banque mondiale, en particulier, ont conditionn\u00e9 l’aide aux \u00c9tats membres \u00e0 un large \u00e9ventail de r\u00e9formes, aux cons\u00e9quences politiques et sociales souvent profondes. De l’Afrique \u00e0 l’Am\u00e9rique latine en passant par l’Asie, les pr\u00eats \u00e9taient li\u00e9s \u00e0 l’\u00e9quilibre des budgets publics, \u00e0 la privatisation des industries d’\u00c9tat, \u00e0 la suppression des r\u00e9glementations et \u00e0 la r\u00e9duction des droits de douane. <\/p>\n\n\n\n

Le FMI a d\u00e9velopp\u00e9 ces capacit\u00e9s au cours de deux d\u00e9cennies d’agitation mondiale, avec la crise de la dette du tiers monde dans les ann\u00e9es 1980 et 1990, l’effondrement de l’Union sovi\u00e9tique et la crise financi\u00e8re asiatique de 1997-1998. Dans le m\u00eame temps, il a \u00e9t\u00e9 confront\u00e9 \u00e0 une crise de l\u00e9gitimit\u00e9. Dans le monde entier, le FMI a \u00e9t\u00e9 critiqu\u00e9 pour son ing\u00e9rence dans la politique int\u00e9rieure et sa volont\u00e9 d’imposer des politiques n\u00e9olib\u00e9rales aux \u00c9tats du Sud et de l’ancien bloc communiste. Dans les ann\u00e9es 2000, conscients de la mauvaise r\u00e9putation de l’institution, certains responsables du Fonds ont affirm\u00e9 que son aide serait d\u00e9sormais assortie de moins de conditions. Mais lorsque les conditions sont devenues plus souples, c’est g\u00e9n\u00e9ralement parce que le pays b\u00e9n\u00e9ficiaire des pr\u00eats avait d\u00e9j\u00e0 entrepris tellement de r\u00e9formes de lib\u00e9ralisation que seules quelques mesures restaient \u00e0 mettre en \u0153uvre. Et alors que certains membres du FMI insistent de plus en plus sur le fait que l’institution a abandonn\u00e9 son n\u00e9olib\u00e9ralisme doctrinaire, elle continue \u00e0 exiger les m\u00eames mesures d’aust\u00e9rit\u00e9 de grande envergure lorsque les \u00c9tats lui demandent de l’aide, m\u00eame au plus fort de la pand\u00e9mie de Covid-19.<\/p>\n\n\n\n

Aujourd’hui, si le FMI reste la seule institution financi\u00e8re internationale disposant des ressources n\u00e9cessaires pour faire face \u00e0 des crises financi\u00e8res graves, seuls les \u00c9tats les plus d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s font g\u00e9n\u00e9ralement appel \u00e0 lui. Il est probable que d’autres le feront dans les mois \u00e0 venir, alors que les banques centrales, au premier rang desquelles la R\u00e9serve f\u00e9d\u00e9rale am\u00e9ricaine, augmentent les taux d’int\u00e9r\u00eat, rendant le service de la dette souveraine beaucoup plus cher. Du Sri Lanka au Pakistan en passant par le Ghana, de nombreux pays connaissent aujourd’hui une situation de surendettement extr\u00eame, ce qui laisse pr\u00e9sager une nouvelle vague mondiale de d\u00e9faut de paiement des dettes souveraines. Apr\u00e8s les derni\u00e8res crises mondiales de la dette des ann\u00e9es 1980 et 1990, qui ont vu le FMI s’immiscer dans les politiques internes les plus sensibles de certains de ses \u00c9tats membres, une r\u00e9action g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e s’est manifest\u00e9e contre ce qui \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 comme une ing\u00e9rence de sa part. Afin d’\u00e9viter les renflouements du FMI, plusieurs \u00c9tats ont cherch\u00e9 d’autres moyens de se pr\u00e9munir contre l’instabilit\u00e9 financi\u00e8re, notamment en accumulant de grandes quantit\u00e9s de r\u00e9serves de change. Ce fut le cas non seulement pour les rivaux des \u00c9tats-Unis comme la Chine et la Russie, mais aussi pour de nombreux march\u00e9s \u00e9mergents et pays en d\u00e9veloppement \u00e0 faible revenu, dont la Cor\u00e9e du Sud et le Br\u00e9sil.<\/p>\n\n\n\n

Alors que certains membres du FMI insistent de plus en plus sur le fait que l’institution a abandonn\u00e9 son n\u00e9olib\u00e9ralisme doctrinaire, elle continue \u00e0 exiger les m\u00eames mesures d’aust\u00e9rit\u00e9 de grande envergure lorsque les \u00c9tats lui demandent de l’aide, m\u00eame au plus fort de la pand\u00e9mie de Covid-19.<\/p>Jamie Martin<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Cette strat\u00e9gie fut loin d’\u00eatre indolore : elle a d\u00e9tourn\u00e9 l’argent des investissements publics et des programmes de r\u00e9duction de la pauvret\u00e9 dans les pays \u00e0 faible revenu et a canalis\u00e9 les capitaux du Sud vers des investissements dans la dette publique du Nord. Mais pour certains \u00c9tats, l’alternative \u2014 accepter un pr\u00eat conditionnel d’une institution domin\u00e9e par le Tr\u00e9sor am\u00e9ricain \u2014 pouvait para\u00eetre encore pire. <\/p>\n\n\n\n

Alors que l’ampleur des d\u00e9fis mondiaux du XXIe si\u00e8cle ne fait que cro\u00eetre, l’id\u00e9al d’une coop\u00e9ration financi\u00e8re internationale qui n’implique pas ces exigences interventionnistes et impopulaires sur les politiques nationales ne para\u00eet gu\u00e8re plus proche de la r\u00e9alisation qu’auparavant. Jusqu’\u00e0 pr\u00e9sent, aucune forme stable et l\u00e9gitime de gouvernance \u00e9conomique mondiale pour naviguer dans une \u00e9conomie mondiale instable n’a \u00e9t\u00e9 trouv\u00e9e. <\/p>\n\n\n\n

Que faut-il faire ? La r\u00e9ponse d\u00e9pend en partie de la fa\u00e7on dont nous racontons l’histoire de la crise de la gouvernance \u00e9conomique mondiale. Une version populaire de l’histoire envisage la crise sous l’angle de la mont\u00e9e du n\u00e9olib\u00e9ralisme. Selon ce point de vue, les institutions de Bretton Woods, cr\u00e9\u00e9es en 1944 \u00e0 l’apog\u00e9e du consensus keyn\u00e9sien du milieu du vingti\u00e8me si\u00e8cle \u2014 y compris le FMI et la Banque mondiale \u2014 ne se sont transform\u00e9es en v\u00e9hicules d\u2019ing\u00e9rence qu’\u00e0 partir des ann\u00e9es 1970. Apr\u00e8s que Nixon eut mis fin \u00e0 la convertibilit\u00e9 du dollar en or en 1971, le FMI et la Banque mondiale perdirent leurs mandats d’origine et l’\u00c9tat am\u00e9ricain les utilisa pour superviser une r\u00e9volution du march\u00e9 mondial. Auparavant, ces institutions avaient repr\u00e9sent\u00e9 ce que le politologue John Ruggie<\/a> a appel\u00e9 \u00ab le compromis du lib\u00e9ralisme int\u00e9gr\u00e9 \u00bb au c\u0153ur de l’ordre \u00e9conomique d’apr\u00e8s-guerre \u2014 un syst\u00e8me \u00e0 la fois multilat\u00e9ral et r\u00e9volutionnaire, car il accordait aux \u00c9tats une plus grande autonomie pour mener des politiques \u00e9conomiques et sociales ambitieuses qu\u2019avant les ann\u00e9es 1930, lorsque l’\u00e9talon-or avait consid\u00e9rablement limit\u00e9 la gestion de leurs \u00e9conomies nationales.<\/p>\n\n\n\n

La morale de cette histoire est essentiellement nostalgique : si nous abandonnions le n\u00e9olib\u00e9ralisme actuel, ces institutions pourraient fonctionner \u00e0 nouveau comme les v\u00e9hicules l\u00e9gitimes de la coop\u00e9ration internationale qu’elles \u00e9taient autrefois. L’objectif, en bref, devrait \u00eatre de retrouver un \u00e2ge d’or perdu de la gouvernance \u00e9conomique mondiale. <\/p>\n\n\n\n

Mais se concentrer sur le tournant n\u00e9olib\u00e9ral de l’apr\u00e8s-guerre, aussi important qu’il ait \u00e9t\u00e9, masque les d\u00e9fauts des institutions lib\u00e9rales du milieu du XXe si\u00e8cle, d\u00e9fauts qui apparaissent plus clairement lorsque l’on remonte plus loin dans le temps. Les premiers efforts internationaux pour gouverner l’\u00e9conomie mondiale remontent en fait \u00e0 des d\u00e9cennies avant la Seconde Guerre mondiale, lorsque les empires du XIXe si\u00e8cle se sont adapt\u00e9s \u00e0 un ordre mondial transform\u00e9 par la Premi\u00e8re Guerre mondiale. Bien qu’elle ait \u00e9t\u00e9 exacerb\u00e9e par la r\u00e9volution n\u00e9olib\u00e9rale, l’\u00e9mergence d’un FMI interventionniste est ancr\u00e9e dans ce processus \u00e0 plus long terme d’adaptation imp\u00e9riale aux nouvelles formes de politique de masse et \u00e0 la mont\u00e9e de l’autod\u00e9termination au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n

Les premiers efforts internationaux pour gouverner l’\u00e9conomie mondiale remontent en fait \u00e0 des d\u00e9cennies avant la Seconde Guerre mondiale, lorsque les empires du XIXe si\u00e8cle se sont adapt\u00e9s \u00e0 un ordre mondial transform\u00e9 par la Premi\u00e8re Guerre mondiale.<\/p>Jamie Martin<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

En d’autres termes, l’id\u00e9e d’une \u00e8re stable de la coop\u00e9ration internationale au milieu du XXe si\u00e8cle qu’il s’agirait seulement de r\u00e9activer aujourd’hui est un mythe. Depuis leur apparition en 1918, les institutions \u00e9conomiques internationales ont toujours \u00e9t\u00e9 tax\u00e9es d’ing\u00e9rence, et elles ont toujours \u00e9t\u00e9 \u00e9troitement li\u00e9es aux pr\u00e9rogatives des empires. Contrairement aux organismes internationaux charg\u00e9s d’emp\u00eacher les minist\u00e8res des affaires \u00e9trang\u00e8res qui se chamaillent de d\u00e9clarer la guerre, leur travail consistait \u00e0 s’immiscer dans des questions nationales litigieuses. M\u00eame lorsque des limites ont \u00e9t\u00e9 impos\u00e9es \u00e0 leur pouvoir, ces institutions ont eu tendance, avec le temps, \u00e0 devenir plus interventionnistes, car leurs d\u00e9cisions se r\u00e9percutaient \u00e0 de nombreux niveaux de la vie politique, sociale et \u00e9conomique des \u00c9tats et des empires. Si l’on veut construire aujourd’hui des institutions v\u00e9ritablement coop\u00e9ratives pour la gouvernance \u00e9conomique mondiale, il est essentiel de comprendre et de prendre en compte cet h\u00e9ritage.<\/p>\n\n\n\n\n\n

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\u00a9 Tommaso Picone<\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

Le tournant de cette histoire n’est pas la Seconde Guerre mondiale, mais la Premi\u00e8re. C’est \u00e0 ce moment-l\u00e0 que les institutions \u00e9conomiques internationales \u2014 pour la premi\u00e8re fois dans l’histoire \u2014 commencent \u00e0 intervenir dans les d\u00e9cisions \u00e9conomiques nationales les plus importantes de certains de leurs \u00c9tats membres. Ce faisant, ces institutions ont supervis\u00e9 une transformation majeure de la souverainet\u00e9 et de l’ordre international, remodelant les anciens outils de l’imp\u00e9rialisme financier pour une nouvelle \u00e8re d’autod\u00e9termination. Cette \u00e8re d’ing\u00e9rence internationale dans l’\u00e9laboration des politiques \u00e9conomiques nationales a longtemps \u00e9t\u00e9 minimis\u00e9e, en grande partie parce que les institutions internationales de l’entre-deux-guerres \u00e9taient consid\u00e9r\u00e9es comme des \u00e9checs. Si on les compare \u00e0 leurs objectifs, qui \u00e9taient de sauver le monde de la d\u00e9pression et d’emp\u00eacher le d\u00e9clenchement d’une guerre, on ne peut tirer aucune autre conclusion. Mais les historiens ont r\u00e9cemment montr\u00e9 comment les exp\u00e9riences internationalistes de ces ann\u00e9es ont jet\u00e9 les bases de l’ordre international de l’apr\u00e8s-1945<\/a>. Parall\u00e8lement aux d\u00e9veloppements de la r\u00e9glementation internationale en mati\u00e8re de sant\u00e9 publique, de migration, de gestion des r\u00e9fugi\u00e9s et de lutte contre la contrebande, les efforts visant \u00e0 encadrer le capitalisme mondial ont \u00e9t\u00e9 inaugur\u00e9s au cours des ann\u00e9es tumultueuses qui s\u00e9parent les deux guerres mondiales \u2014 et non dans les ann\u00e9es 1940.<\/p>\n\n\n\n

Ces premi\u00e8res institutions \u00e9conomiques internationales ont \u00e9t\u00e9 con\u00e7ues pour d\u00e9fendre le capitalisme et stabiliser un ordre international domin\u00e9 par les Europ\u00e9ens que la Premi\u00e8re Guerre mondiale avait plong\u00e9 dans la tourmente. Leurs pouvoirs ont \u00e9t\u00e9 fa\u00e7onn\u00e9s en fonction des pr\u00e9rogatives de quelques gouvernements europ\u00e9ens et de banques centrales \u2014 principalement celles des puissances alli\u00e9es victorieuses, bien que des int\u00e9r\u00eats priv\u00e9s am\u00e9ricains et parfois des autorit\u00e9s publiques aient \u00e9galement jou\u00e9 un r\u00f4le dans leur gen\u00e8se. La plus importante de ces institutions a \u00e9t\u00e9 la Soci\u00e9t\u00e9 des Nations, con\u00e7ue en partie par le pr\u00e9sident am\u00e9ricain Woodrow Wilson, et fond\u00e9e en 1920, mais \u00e0 laquelle les \u00c9tats-Unis n’ont jamais adh\u00e9r\u00e9. Les quarante-deux membres fondateurs de la Soci\u00e9t\u00e9 s’\u00e9tendaient de l’Empire britannique et d’une grande partie de l’Europe \u00e0 l’Argentine, Cuba, la Chine et le Japon. La premi\u00e8re banque internationale du monde, la Banque des r\u00e8glements internationaux, a adh\u00e9r\u00e9 \u00e0 la SDN en 1930, et divers organismes intergouvernementaux ont rapidement vu le jour pour faciliter la production et l’\u00e9change de mati\u00e8res premi\u00e8res et de produits agricoles tels que l’\u00e9tain, le caoutchouc et le bl\u00e9. Dans le sillage de ces \u00e9volutions, l’intervention internationale est devenue une routine, les march\u00e9s mondiaux s’inscrivant dans de nouveaux cadres juridiques et institutionnels, soutenus par une poign\u00e9e d’\u00c9tats, d’empires et de grandes banques.<\/p>\n\n\n\n

L’intervention internationale est devenue une routine, les march\u00e9s mondiaux s’inscrivant dans de nouveaux cadres juridiques et institutionnels, soutenus par une poign\u00e9e d’\u00c9tats, d’empires et de grandes banques.<\/p>Jamie Martin<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Ces institutions ont \u00e9t\u00e9 \u00e0 l’origine de pouvoirs interventionnistes similaires \u00e0 ceux des actuels FMI, Banque mondiale et autres organisations. \u00c0 titre d’exemple, la premi\u00e8re fois qu’une institution internationale a subordonn\u00e9 l’octroi de pr\u00eats \u00e0 l’engagement d’un gouvernement \u00e0 mettre en \u0153uvre un programme d’aust\u00e9rit\u00e9 int\u00e9rieure et d’ind\u00e9pendance de la banque centrale remonte au d\u00e9but des ann\u00e9es 1920, lorsque la Soci\u00e9t\u00e9 des Nations a supervis\u00e9 des programmes de reconstruction financi\u00e8re dans les anciens territoires des Ottomans et des Habsbourg, notamment en Autriche et en Hongrie. Les banquiers et les fonctionnaires impliqu\u00e9s dans ces programmes les consid\u00e9raient comme essentiels pour \u00e9viter le chaos financier dans les r\u00e9gions instables d’Europe, la marche vers l’ouest du bolchevisme, le d\u00e9clenchement d’une nouvelle guerre ou des changements territoriaux majeurs qui auraient compromis le fragile \u00e9quilibre d’apr\u00e8s-guerre. <\/p>\n\n\n\n

De la m\u00eame mani\u00e8re, la premi\u00e8re fois que des investissements priv\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 dirig\u00e9s vers un programme de d\u00e9veloppement international remonte aux ann\u00e9es 1923-24, \u00e0 la suite de la crise des r\u00e9fugi\u00e9s en Gr\u00e8ce apr\u00e8s la guerre avec la Turquie, lorsque la SDN a supervis\u00e9 la d\u00e9pense d’un important pr\u00eat \u00e9tranger pour un projet de d\u00e9veloppement agricole, infrastructurel et de logement. Ce projet impliquait une commission dirig\u00e9e par des \u00e9trangers, d\u00e9tach\u00e9e du gouvernement grec, qui contr\u00f4lait essentiellement les moyens de subsistance \u00e9conomiques d’une importante et toute nouvelle partie de la population grecque. Quant \u00e0 la premi\u00e8re grande organisation intergouvernementale visant \u00e0 contr\u00f4ler la production et les prix des produits de base, comme le fait aujourd’hui l’Organisation des pays exportateurs de p\u00e9trole (OPEP) avec le p\u00e9trole, elle fut cr\u00e9\u00e9e au d\u00e9but des ann\u00e9es 1930 avec deux autres produits \u2014 l’\u00e9tain et le caoutchouc \u2014 alors que les responsables coloniaux britanniques et n\u00e9erlandais cherchaient \u00e0 contenir les soul\u00e8vements des travailleurs dans les colonies d’Asie du Sud-Est et \u00e0 r\u00e9pondre aux demandes des lobbies commerciaux. Le point commun de ces efforts tient aux demandes substantielles qu’ils formulaient \u00e0 l’\u00e9gard des politiques \u00e9conomiques, des ressources et des informations des puissances souveraines, dans le but de stabiliser un syst\u00e8me capitaliste mondial qui avait \u00e9t\u00e9 boulevers\u00e9 par la Premi\u00e8re Guerre mondiale et ses r\u00e9percussions. <\/p>\n\n\n\n

Bien s\u00fbr, il y a bien longtemps que les minist\u00e8res des affaires \u00e9trang\u00e8res, les entreprises et les banques collaboraient par-del\u00e0 les fronti\u00e8res nationales, mais sans pour autant permettre aux institutions internationales de toucher aux int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques vitaux d’\u00c9tats puissants. Au-del\u00e0 des fronti\u00e8res de l’Europe, peu d’\u00c9tats ont \u00e9t\u00e9 isol\u00e9s des demandes ext\u00e9rieures ; pendant des si\u00e8cles, les empires ont violemment convoit\u00e9 les richesses et les ressources du monde non-europ\u00e9en<\/a>. M\u00eame lorsque leurs incursions n’allaient pas jusqu’\u00e0 l’annexion coloniale, les puissances imp\u00e9riales, y compris les \u00c9tats-Unis, ont forc\u00e9 de nombreux pays \u00e0 ouvrir leurs espaces int\u00e9rieurs aux acteurs \u00e9trangers, que ce soit en Chine, au Moyen-Orient, en Am\u00e9rique latine, dans les Cara\u00efbes ou \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie des Balkans. En effet, au XIXe si\u00e8cle, les banques et les empires qui les prot\u00e9geaient ont perfectionn\u00e9 l’art de se m\u00ealer des affaires des autres pays sans s’engager dans une colonisation pure et simple. Les premi\u00e8res institutions multilat\u00e9rales de contr\u00f4le financier \u00e9taient en fait des commissions de la dette cr\u00e9\u00e9es \u00e0 la demande des investisseurs europ\u00e9ens en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, \u00e0 partir des ann\u00e9es 1860. Ces outils de l’imp\u00e9rialisme financier informel permettaient aux repr\u00e9sentants des banques et des gouvernements \u00e9trangers d’exercer des pouvoirs \u00e9tendus sur les revenus et les budgets des emprunteurs souverains consid\u00e9r\u00e9s comme pr\u00e9sentant un risque \u00e9lev\u00e9 de d\u00e9faillance. D\u00e8s la fin de la Premi\u00e8re Guerre mondiale, les pr\u00e9c\u00e9dents de pays forts violant la souverainet\u00e9 des faibles au nom du pouvoir et du profit ne manquent pas.<\/p>\n\n\n\n

M\u00eame lorsque leurs incursions n’allaient pas jusqu’\u00e0 l’annexion coloniale, les puissances imp\u00e9riales, y compris les \u00c9tats-Unis, ont forc\u00e9 de nombreux pays \u00e0 ouvrir leurs espaces int\u00e9rieurs aux acteurs \u00e9trangers, que ce soit en Chine, au Moyen-Orient, en Am\u00e9rique latine, dans les Cara\u00efbes ou \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie des Balkans.<\/p>Jamie Martin<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Pourtant, les institutions de l’apr\u00e8s-guerre comme la SDN \u00e9taient cens\u00e9es \u00eatre des m\u00e9canismes de coop\u00e9ration entre des entit\u00e9s formellement souveraines, et non simplement de nouvelles formes de coercition imp\u00e9riale. Une nouvelle \u00e8re d’autod\u00e9termination se profilait. L’effondrement de vieux empires comme la Russie et l’Autriche-Hongrie avait donn\u00e9 naissance \u00e0 de nouveaux \u00c9tats qui prot\u00e9geaient soigneusement leur souverainet\u00e9. Ces transformations de l’ordre mondial se d\u00e9roulent parall\u00e8lement \u00e0 des changements id\u00e9ologiques et politiques au niveau national. De nombreux gouvernements deviennent plus d\u00e9mocratiques \u00e0 mesure que les restrictions au droit de vote en fonction de la classe sociale et du sexe tombent et que les partis socialistes s’implantent dans les parlements. Il devient alors plus difficile que jamais pour les gouvernements de justifier l’incursion d’acteurs \u00e9trangers dans leurs politiques nationales, m\u00eame si les \u00e9lites nationales puissantes reconnaissent parfois que cela peut \u00eatre utile pour r\u00e9duire l’opposition nationale \u00e0 l’aust\u00e9rit\u00e9 ou \u00e0 d’autres r\u00e9formes controvers\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n

Au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, la notion de souverainet\u00e9 formelle prot\u00e9geant les \u00c9tats de l’influence des acteurs \u00e9trangers est profond\u00e9ment ancr\u00e9e dans le droit international. Cette conception de la souverainet\u00e9 \u2014 en tant que protection des espaces int\u00e9rieurs contre les ing\u00e9rences ext\u00e9rieures \u2014 s’est d’abord d\u00e9velopp\u00e9e dans le contexte des questions religieuses au d\u00e9but de la p\u00e9riode moderne, puis s’est concentr\u00e9e sur la question de savoir si les changements constitutionnels, les r\u00e9volutions et les guerres civiles dans certains \u00c9tats pouvaient \u00eatre \u00e9cras\u00e9s par d’autres \u00c9tats. \u00c0 la fin du XIXe si\u00e8cle, le droit de non-ing\u00e9rence a \u00e9t\u00e9 largement consid\u00e9r\u00e9 comme s’\u00e9tendant \u00e9galement aux mesures \u00e9conomiques, m\u00eame lorsqu’elles affectaient le bien-\u00eatre d’autres pays, comme par exemple les tarifs douaniers, la fiscalit\u00e9, les monnaies et les d\u00e9penses publiques. <\/p>\n\n\n\n

Or ce sont l\u00e0 exactement les domaines qui semblaient devoir faire l’objet d’une intervention au lendemain de la Premi\u00e8re Guerre mondiale alors qu’une s\u00e9rie de banquiers occidentaux, de fonctionnaires et de technocrates internationalistes (principalement issus des puissances alli\u00e9es victorieuses) incitaient les gouvernements \u00e0 s’engager dans une politique de restriction budg\u00e9taire, \u00e0 limiter les barri\u00e8res commerciales et \u00e0 superviser une politique mon\u00e9taire saine. Les demandes d’autod\u00e9termination \u00e9tant devenues une matrice id\u00e9ologique puissante, ces efforts pour gouverner l’\u00e9conomie mondiale pos\u00e8rent un nouveau probl\u00e8me : comment contraindre les gouvernements d’\u00c9tats souverains \u00e0 renoncer \u00e0 une autonomie totale en mati\u00e8re de politiques, de ressources et d’institutions internes sans pour autant para\u00eetre insulter leur fiert\u00e9 nationale et leurs revendications \u00e0 l\u2019auto-d\u00e9termination ?<\/p>\n\n\n\n

Ces innovations en mati\u00e8re de gouvernance mondiale \u00e9taient controvers\u00e9es pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu’elles semblaient \u00eatre poursuivies dans le sillage de l’imp\u00e9rialisme.<\/p>Jamie Martin<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Ces innovations en mati\u00e8re de gouvernance mondiale \u00e9taient controvers\u00e9es pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu’elles semblaient \u00eatre poursuivies dans le sillage de l’imp\u00e9rialisme. Dans un ordre mondial profond\u00e9ment in\u00e9galitaire, comment un \u00c9tat souverain pouvait-il exposer ses int\u00e9r\u00eats internes \u00e0 une intervention ext\u00e9rieure sans perdre sa puissance et son autonomie ? Comment pouvait-il permettre \u00e0 une institution repr\u00e9sentant les int\u00e9r\u00eats de gouvernements rivaux, de banques centrales ou de capitalistes d’exercer la moindre influence sur sa politique int\u00e9rieure ? S’engager dans une telle coop\u00e9ration internationale allait au-del\u00e0 du simple fait de signer des trait\u00e9s ; cela impliquait de donner \u00e0 une institution le pouvoir de porter des jugements sur les questions int\u00e9rieures les plus sensibles de l’\u00e9conomie politique. Et de fait, toute tentative de transcender la souverainet\u00e9 \u00e9conomique des \u00c9tats s’est heurt\u00e9e \u00e0 une r\u00e9sistance farouche \u2014 de la part des \u00e9lites politiques, des banquiers, des travailleurs et des entreprises. Tout en menant leurs propres batailles, ces acteurs se sont demand\u00e9s si les nouvelles institutions proposaient une forme d’internationalisme authentique ou simplement une m\u00e9thode ing\u00e9nieuse pour recycler ou justifier l’empire.<\/p>\n\n\n\n

L’exemple des premiers pr\u00eats conditionnels accord\u00e9s par la SDN dans les ann\u00e9es 1920 aux puissances centrales vaincues comme l’Autriche et la Hongrie est \u00e9clairant. Contrairement aux institutions qui virent le jour plus tard, comme le FMI et la Banque mondiale, la SDN n’avait pas d’acc\u00e8s direct aux capitaux qu’elle pouvait pr\u00eater. Ce qu’elle pouvait faire \u2014 et dont elle ne se priva pas \u2014 c’est agir comme un m\u00e9diateur entre les pr\u00eateurs \u00e9trangers et les \u00c9tats membres en nommant des conseillers aupr\u00e8s des gouvernements b\u00e9n\u00e9ficiaires pour contr\u00f4ler leurs budgets. Les responsables de la SDN soutenaient que ce m\u00e9canisme de surveillance am\u00e9liorerait le cr\u00e9dit des pays b\u00e9n\u00e9ficiaires et les rendrait moins susceptibles de se trouver en d\u00e9faut de paiement en veillant \u00e0 ce qu’ils s’engagent \u00e0 appliquer les politiques largement consid\u00e9r\u00e9es comme n\u00e9cessaires \u00e0 la stabilisation financi\u00e8re : r\u00e9duction des d\u00e9penses publiques, augmentation des imp\u00f4ts, fin de l’impression de la monnaie, soustraction des banques centrales au contr\u00f4le politique et retour \u00e0 l’\u00e9talon-or. Pour ce faire, il fallait adapter une forme de contr\u00f4le financier semi-colonial auparavant r\u00e9serv\u00e9 aux d\u00e9biteurs souverains situ\u00e9s en dehors de l’Europe ou de sa p\u00e9riph\u00e9rie balkanique suppos\u00e9ment sous-d\u00e9velopp\u00e9e. <\/p>\n\n\n\n

Toutefois, la perspective d’\u00e9tablir des commissions de la dette publique \u00e0 Vienne ou \u00e0 Berlin, comme celles cr\u00e9\u00e9es des d\u00e9cennies auparavant en Chine, en \u00c9gypte et dans l’Empire ottoman, \u00e9tait extr\u00eamement controvers\u00e9e. Elle remettait en cause les fronti\u00e8res imaginaires entre le monde europ\u00e9en dit \u00ab civilis\u00e9 \u00bb et le monde non-europ\u00e9en. En exposant les pays europ\u00e9ens \u00e0 une forme d’ing\u00e9rence \u00e9trang\u00e8re que les banquiers europ\u00e9ens (et les empires qui prot\u00e9geaient leurs int\u00e9r\u00eats) avaient depuis longtemps impos\u00e9e aux r\u00e9gions du monde qualifi\u00e9es d'\u00a0\u00bbarri\u00e9r\u00e9es \u00bb, la souverainet\u00e9 des pays europ\u00e9ens se trouvait plong\u00e9e dans la confusion \u2014 tout comme leur position dans l’ordre international d’apr\u00e8s-guerre. Les outils mis au point pour la p\u00e9riph\u00e9rie avaient \u00e9t\u00e9 introduits dans le centre. <\/p>\n\n\n\n

Les outils mis au point pour la p\u00e9riph\u00e9rie avaient \u00e9t\u00e9 introduits dans le centre. <\/p>Jamie Martin<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

De l’Am\u00e9rique latine \u00e0 la Chine en passant par l’Inde, les critiques ont vu dans ce nouveau type de gouvernance internationale un peu plus qu’une tentative de dissimuler des pratiques imp\u00e9riales archa\u00efques. En r\u00e9alit\u00e9, apr\u00e8s avoir pris conscience de la perte d’autonomie des b\u00e9n\u00e9ficiaires des pr\u00eats de stabilisation de la SDN, de nombreux pays ont rejet\u00e9 pareilles propositions d’aide. M\u00eame dans sa recherche d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e de capitaux, par exemple, le gouvernement nationaliste qui a pris le pouvoir en Chine \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1920 a refus\u00e9 d’envisager tout pr\u00eat assorti des m\u00eames exigences que celles que la SDN avait impos\u00e9es \u00e0 l’Autriche et \u00e0 la Hongrie. De m\u00eame, dans les ann\u00e9es 1930, le gouvernement du Liberia a rejet\u00e9 un projet d’assistance technique de la SDN en raison de l’ing\u00e9rence de grande envergure qu’il entra\u00eenerait dans les affaires int\u00e9rieures de l’un des seuls \u00c9tats africains souverains membres de la SDN. Du Portugal \u00e0 la Yougoslavie en passant par la Pologne, les \u00c9tats ont d\u00e9cid\u00e9 l’un apr\u00e8s l’autre que la pr\u00e9servation de leur autonomie \u00e9tait plus importante que l’acceptation de pr\u00eats assortis d’exigences on\u00e9reuses en mati\u00e8re de politique int\u00e9rieure. Cette r\u00e9sistance a constitu\u00e9 un pr\u00e9lude \u00e0 la lev\u00e9e de boucliers contre le m\u00e9canisme de conditionnalit\u00e9 du FMI mis en place plusieurs d\u00e9cennies plus tard. <\/p>\n\n\n\n

Malgr\u00e9 cette r\u00e9sistance farouche, cette nouvelle forme de diplomatie des banquiers finit par l’emporter. Une pratique durable de gouvernance internationale \u00e9tait n\u00e9e \u2014 une pratique qui continue de fa\u00e7onner les relations entre d\u00e9biteurs et cr\u00e9anciers aujourd’hui. <\/p>\n\n\n\n

Ces m\u00eames questions de souverainet\u00e9 et d’ing\u00e9rence ont occup\u00e9 le devant de la sc\u00e8ne lors des n\u00e9gociations qui ont abouti aux accords de Bretton Woods, au milieu du si\u00e8cle dernier. On oublie souvent ce point dans l’histoire de Bretton Woods \u2014 qui tend \u00e0 se concentrer sur la fa\u00e7on dont l’\u00e9conomiste britannique John Maynard Keynes s’est battu avec son homologue am\u00e9ricain, l’\u00e9conomiste du Tr\u00e9sor Harry Dexter White, dans le but de cr\u00e9er un syst\u00e8me mon\u00e9taire international qui stabiliserait les monnaies, \u00e9viterait un d\u00e9sastre de la balance des paiements pour la Grande-Bretagne et concilierait la stabilisation financi\u00e8re internationale avec les politiques nationales de plein emploi et de welfare. Le compromis auquel ils sont parvenus fut, \u00e0 quelques modifications pr\u00e8s, ratifi\u00e9 \u00e0 la conf\u00e9rence de Bretton Woods en juillet 1944.<\/p>\n\n\n\n\n\n

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Cependant, loin de marquer une rupture radicale avec le syst\u00e8me \u00e9conomique mondial d’avant-guerre, Bretton Woods est intervenu dans les diff\u00e9rends en cours sur la mani\u00e8re dont les institutions internationales pouvaient exercer un pouvoir l\u00e9gitime sur des \u00c9tats souverains sans les soumettre \u00e0 l’ing\u00e9rence de gouvernements \u00e9trangers et d’int\u00e9r\u00eats priv\u00e9s. En concevant le FMI, Keynes et ses pairs ont cherch\u00e9 \u00e0 s’assurer que l’institution respectait l’autonomie \u00e9conomique de ses \u00c9tats membres en se tenant \u00e0 l’\u00e9cart de leurs politiques fiscales et mon\u00e9taires nationales, d’autant plus qu’il devenait \u00e9vident que les repr\u00e9sentants am\u00e9ricains de l’institution seraient en mesure d’exercer un droit de veto effectif sur ses d\u00e9cisions ; son champ d’action devait se limiter \u00e0 ce que Keynes appelait \u00ab le terrain international \u00bb. Ils cherchaient \u00e0 \u00e9viter tout ce qui ressemblait au style de pr\u00eat de la SDN, qui impliquait clairement la possibilit\u00e9 que l’Empire britannique, affaibli par la guerre, soit confront\u00e9 au genre de contr\u00f4les \u00e9trangers autrefois r\u00e9serv\u00e9s aux ennemis vaincus de la Grande-Bretagne.<\/p>\n\n\n\n

Mais si les Britanniques furent rassur\u00e9s sur le fait que le FMI ne se doterait pas de tels pouvoirs, leurs efforts pour emp\u00eacher une organisation interventionniste n’aboutirent pas. Peu apr\u00e8s sa cr\u00e9ation, le FMI retourna progressivement au style archa\u00efque de la diplomatie des banquiers, en subordonnant l’acc\u00e8s \u00e0 ses ressources \u00e0 des demandes de plus en plus intrusives concernant des politiques \u00e9conomiques nationales sensibles. D\u00e8s le d\u00e9but des ann\u00e9es 1950, la promesse de pouvoir acc\u00e9der aux capitaux a permis au FMI d’exercer une influence consid\u00e9rable sur les politiques de certains de ses \u00c9tats membres, alors que les banquiers de Wall Street \u2014 qui avaient vu leur influence temporairement r\u00e9duite pendant la guerre \u2014 ont progressivement acquis plus de pouvoir au sein de l’institution. Il n’est pas surprenant que les exigences du FMI \u00e0 l’\u00e9gard des \u00c9tats b\u00e9n\u00e9ficiaires de son aide aient \u00e9t\u00e9, dans un premier temps, plus importantes dans les r\u00e9gions traditionnelles de l’empire informel am\u00e9ricain et europ\u00e9en, notamment en Am\u00e9rique latine. Si les repr\u00e9sentants europ\u00e9ens ont eu recours aux ressources du FMI, c’est en dehors de l’Europe que les conditions fiscales et mon\u00e9taires d’acc\u00e8s aux capitaux du FMI ont \u00e9t\u00e9 les plus importantes, de la Bolivie au Chili en passant par le Paraguay.<\/p>\n\n\n\n

Peu apr\u00e8s sa cr\u00e9ation, le FMI retourna progressivement au style archa\u00efque de la diplomatie des banquiers, en subordonnant l’acc\u00e8s \u00e0 ses ressources \u00e0 des demandes de plus en plus intrusives concernant des politiques \u00e9conomiques nationales sensibles.<\/p>Jamie Martin<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Ces pratiques se sont poursuivies tout au long des ann\u00e9es 1950 et 1960, alors que le FMI affinait ses m\u00e9thodes pour assortir les pr\u00eats de conditions par le biais de ce qu’on appelle les \u00ab stand-by arrangements<\/em> \u00bb (accords de confirmation) et qu’il concentrait ses efforts principalement sur la fourniture d’une assistance financi\u00e8re aux pays du monde dit en d\u00e9veloppement. Apr\u00e8s l’effondrement du syst\u00e8me de Bretton Woods au d\u00e9but des ann\u00e9es 1970, les pratiques de pr\u00eats conditionnels du FMI ont pris de l’ampleur, conduisant \u00e0 l’\u00e9mergence de la logique interventionniste au sein du Fonds, que nous connaissons aujourd’hui. Au cours des ann\u00e9es 1980, la port\u00e9e de l’institution dans les affaires int\u00e9rieures de certains \u00c9tats membres s’est consid\u00e9rablement \u00e9largie, d\u00e9passant les questions fiscales et mon\u00e9taires pour inclure \u00e9galement des r\u00e9formes structurelles majeures : privatisation, lib\u00e9ralisation du commerce, d\u00e9r\u00e9gulation, imposition de l’ind\u00e9pendance de la banque centrale et modifications des politiques sociales et du droit du travail. Bien que ces pouvoirs soient plus \u00e9tendus que ceux que le FMI avait jamais exerc\u00e9s auparavant, leur apparition n’a pas attendu la mont\u00e9e du n\u00e9olib\u00e9ralisme : ils ont toujours \u00e9t\u00e9 latents dans la configuration du FMI. <\/p>\n\n\n\n

Un des effets de cette perspective plus longue est de jeter un froid sur toute tentation d\u2019\u00eatre nostalgique \u00e0 l\u2019\u00e9gard du milieu du XXe si\u00e8cle. Les institutions \u00e9conomiques internationales cr\u00e9\u00e9es en 1944 n’\u00e9taient pas les premi\u00e8res du genre, et elles ne respectaient pas l’autonomie de tous leurs \u00c9tats membres. Le \u00ab lib\u00e9ralisme int\u00e9gr\u00e9 \u00bb \u00e9tait au mieux une doctrine limit\u00e9e, pertinente principalement pour les \u00c9tats de l’Atlantique Nord dans sa version la plus solide. Apr\u00e8s 1945, une grande partie du monde a continu\u00e9 \u00e0 vivre dans les confins d’empires coloniaux, et non d’\u00c9tats-nations souverains, o\u00f9 l’autonomie politique \u00e9tait faible. Les pays qui ont acc\u00e9d\u00e9 \u00e0 l’ind\u00e9pendance formelle ont rarement vu leur nouveau statut juridique se traduire imm\u00e9diatement par une absence de pressions ext\u00e9rieures. Mais surtout, les nouvelles institutions de Bretton Woods n’ont jamais, dans la pratique, renonc\u00e9 \u00e0 leur pouvoir d’intervention dans les affaires int\u00e9rieures des \u00c9tats. Pratiquement d\u00e8s que le FMI a commenc\u00e9 \u00e0 fournir une assistance financi\u00e8re aux \u00c9tats membres d’Am\u00e9rique latine, la r\u00e9ception de cette aide a \u00e9t\u00e9 subordonn\u00e9e \u00e0 des r\u00e9formes aust\u00e9ritaires et anti-inflationnistes. M\u00eame apr\u00e8s l’abandon de l’\u00e9talon-or, divers pays ont continu\u00e9 \u00e0 subir des pressions disciplinaires externes, d\u00e9sormais appliqu\u00e9es par des institutions intergouvernementales exer\u00e7ant des jugements discr\u00e9tionnaires qui \u00e9taient in\u00e9luctablement politiques. Ces institutions \u00e9taient moins les d\u00e9fenseurs d’une reconfiguration radicalement nouvelle de la souverainet\u00e9, de la d\u00e9mocratie et du capitalisme global que les h\u00e9riti\u00e8res d’un imp\u00e9rialisme financier informel d’ancien r\u00e9gime, actualis\u00e9 \u00e0 l’\u00e8re de la supr\u00e9matie am\u00e9ricaine.<\/p>\n\n\n\n

Le pendant de cette renonciation \u00e0 la nostalgie doit \u00eatre une confrontation lucide et ambitieuse avec les r\u00e9alit\u00e9s de la gouvernance mondiale du capitalisme du XXIe si\u00e8cle. Les d\u00e9fis sont bien plus importants que ne le laissent parfois entendre les histoires sch\u00e9matiques de la rupture n\u00e9olib\u00e9rale. \u00c0 la lumi\u00e8re des profonds d\u00e9s\u00e9quilibres de pouvoir \u00e0 l’\u00e9chelle mondiale, la capacit\u00e9 \u00e0 intervenir dans les affaires \u00e9conomiques internes d’un autre \u00c9tat, que ce soit directement ou indirectement, a toujours entra\u00een\u00e9 des probl\u00e8mes de l\u00e9gitimit\u00e9 majeurs, compromettant compl\u00e8tement le projet de coop\u00e9ration \u00e9conomique internationale. L’un des plus grands d\u00e9fis des internationalistes a \u00e9t\u00e9 de convaincre les \u00c9tats de renoncer \u00e0 une partie de leur souverainet\u00e9 au nom de la coop\u00e9ration, tout en affirmant l’existence d’un domaine qui n’appartient qu’\u00e0 l’\u00c9tat seul. Ces efforts sont menac\u00e9s lorsque ces sacrifices ne sont pas exig\u00e9s de tous les \u00c9tats mais seulement de ceux qui sont per\u00e7us comme occupant une position subordonn\u00e9e dans l’ordre mondial, et lorsqu’ils sont con\u00e7us pour promouvoir des profits priv\u00e9s et les objectifs strat\u00e9giques d’\u00c9tats concurrents plut\u00f4t qu’une v\u00e9ritable forme de coop\u00e9ration internationale. Le fait que ce probl\u00e8me, sous diverses formes, persiste depuis plus d’un si\u00e8cle sugg\u00e8re que de simples r\u00e9formes des institutions existantes ne suffiront pas \u00e0 produire une forme plus stable et l\u00e9gitime de gouvernance \u00e9conomique mondiale.<\/p>\n\n\n\n

L’un des plus grands d\u00e9fis des internationalistes a \u00e9t\u00e9 de convaincre les \u00c9tats de renoncer \u00e0 une partie de leur souverainet\u00e9 au nom de la coop\u00e9ration, tout en affirmant l’existence d’un domaine qui n’appartient qu’\u00e0 l’\u00c9tat seul.<\/p>Jamie Martin<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Mais ce m\u00eame manque pourrait \u00e9galement inciter \u00e0 une r\u00e9flexion plus ambitieuse sur la mani\u00e8re de concevoir une nouvelle architecture de coop\u00e9ration internationale qui d\u00e9passe les institutions du vingti\u00e8me si\u00e8cle et les h\u00e9ritages de l’empire.<\/p>\n\n\n\n

Quelles en seraient les implications ?<\/p>\n\n\n\n

Une premi\u00e8re \u00e9tape consisterait \u00e0 \u00e9tendre et \u00e0 consolider les formes existantes d’assistance financi\u00e8re aux \u00c9tats qui n’impliquent pas les m\u00eames exigences co\u00fbteuses en mati\u00e8re de politique int\u00e9rieure. Il existe d\u00e9j\u00e0 une telle m\u00e9thode au sein du FMI : Les droits de tirage sp\u00e9ciaux (DTS), qui fournissent des liquidit\u00e9s inconditionnelles \u00e0 tous les \u00c9tats membres, pour des montants d\u00e9termin\u00e9s par leurs quotas. Alors que le FMI a allou\u00e9 650 milliards de dollars de DTS en ao\u00fbt 2021, seule une petite partie de cette somme est all\u00e9e aux pays \u00e0 faible revenu qui en avaient le plus besoin. L’opposition du Congr\u00e8s rend toutefois improbable l’approbation d’un montant sup\u00e9rieur \u00e0 cette somme, en grande partie parce que ces actifs sont fournis non seulement aux partenaires des \u00c9tats-Unis, mais aussi \u00e0 des rivaux comme l’Iran et la Chine. L’\u00c9tat am\u00e9ricain n’est pas uniform\u00e9ment oppos\u00e9 \u00e0 l’assistance financi\u00e8re inconditionnelle : lors de graves crises en 2008 et 2020, la R\u00e9serve f\u00e9d\u00e9rale a mis \u00e0 la disposition des banques centrales \u00e9trang\u00e8res des milliards de dollars sans conditions dans le cadre d’accords d’\u00e9change de devises. Mais cet argent n’est all\u00e9 qu’\u00e0 un nombre restreint de pays, principalement des partenaires proches des \u00c9tats-Unis.<\/p>\n\n\n\n

Le minimum requis serait un v\u00e9ritable filet de s\u00e9curit\u00e9 financier mondial qui ne lierait pas le sort des d\u00e9biteurs aux caprices strat\u00e9giques des grandes puissances. Malgr\u00e9 ses d\u00e9fauts, le FMI est la seule institution multilat\u00e9rale existante qui pourrait, du moins en th\u00e9orie, fonctionner \u00e0 cette \u00e9chelle. Mais le capital dont dispose le Fonds n’est pas \u00e0 la hauteur des d\u00e9fis qu’il doit relever. Les efforts visant \u00e0 augmenter la taille des quotes-parts des membres \u2014 et \u00e0 r\u00e9\u00e9quilibrer la part de ces quotes-parts pour rendre le processus d\u00e9cisionnel de l’institution plus repr\u00e9sentatif \u2014 ont \u00e9t\u00e9 bloqu\u00e9s par ses directeurs am\u00e9ricains. Le fait que les \u00c9tats-Unis disposent d’un droit de veto au FMI signifie que la nature scl\u00e9ros\u00e9e de la politique int\u00e9rieure am\u00e9ricaine joue un r\u00f4le clef dans la d\u00e9termination de ce que cette institution officiellement mondiale peut et ne peut pas faire. Et cela garantit que les principales d\u00e9cisions du FMI, malgr\u00e9 sa nature multilat\u00e9rale, sont en fin de compte fa\u00e7onn\u00e9es par les imp\u00e9ratifs strat\u00e9giques des \u00c9tats-Unis.<\/p>\n\n\n\n

Le fait que les \u00c9tats-Unis disposent d’un droit de veto au FMI signifie que la nature scl\u00e9ros\u00e9e de la politique int\u00e9rieure am\u00e9ricaine joue un r\u00f4le clef dans la d\u00e9termination de ce que cette institution officiellement mondiale peut et ne peut pas faire.<\/p>Jamie Martin<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Tant que le FMI restera domin\u00e9 par ses repr\u00e9sentants am\u00e9ricains, il est peu probable que les nombreux nouveaux programmes de solutions technocratiques d\u00e9bouchent sur des changements significatifs. Il est essentiel d’exercer une pression r\u00e9elle pour que les d\u00e9cideurs politiques soutiennent une transformation fondamentale de la mani\u00e8re dont le pouvoir est distribu\u00e9 et dont les d\u00e9cisions sont prises dans ses murs. Sur le long terme, une politique revitalis\u00e9e d’internationalisme \u00e9conomique, ancr\u00e9e dans les mouvements sociaux existants et nouveaux, est n\u00e9cessaire pour faire pression en faveur de nouvelles institutions qui font avancer des objectifs ambitieux \u2014 qu’il s’agisse de canaliser le capital vers des transitions \u00e0 faible \u00e9mission de CO\u00b2 ou de cr\u00e9er un filet de s\u00e9curit\u00e9 financier mondial qui ne s’accompagne pas des m\u00eames exigences interventionnistes et uniformes envers les d\u00e9biteurs qui ont longtemps caract\u00e9ris\u00e9 leur relation avec les cr\u00e9anciers dans les institutions internationales. \u00c0 d\u00e9faut, l’avenir de la coop\u00e9ration \u00e9conomique internationale risque de rester coinc\u00e9 dans le m\u00eame cycle de crise, d’exc\u00e8s et de retour de b\u00e2ton qu’il a connu pendant plus d’un si\u00e8cle \u2014 s’il ne s’effondre pas compl\u00e8tement.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"

L’id\u00e9e d’un \u00e2ge d’or de la coop\u00e9ration internationale en mati\u00e8re \u00e9conomique est un mythe \u2014 \u00e0 l’\u00e9chelle globale, l’intervention d’entit\u00e9s supranationales dans la vie \u00e9conomique des \u00c9tats ne date pas des institutions de Bretton Woods. 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