{"id":167449,"date":"2022-11-13T18:45:00","date_gmt":"2022-11-13T17:45:00","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=167449"},"modified":"2025-04-06T16:23:17","modified_gmt":"2025-04-06T14:23:17","slug":"je-suis-un-lecteur-tres-capricieux-une-conversation-avec-horacio-castellanos-moya","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/11\/13\/je-suis-un-lecteur-tres-capricieux-une-conversation-avec-horacio-castellanos-moya\/","title":{"rendered":"\u00ab Je suis un lecteur tr\u00e8s capricieux \u00bb, une conversation avec Horacio Castellanos Moya"},"content":{"rendered":"\n

Toute votre \u0153uvre est plus ou moins centr\u00e9e sur le Salvador. La r\u00e9alit\u00e9 salvadorienne n’est-elle qu’un pr\u00e9texte pour raconter une histoire, ou y a-t-il un but \u00e0 vouloir montrer cette r\u00e9alit\u00e9 dans ce qu\u2019on pourrait appeler de la litt\u00e9rature engag\u00e9e ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

C’est li\u00e9 \u00e0 ma conception de la litt\u00e9rature et \u00e0 ma fa\u00e7on de faire de la litt\u00e9rature. Je pense que je pars d’un besoin d’\u00e9crire, d’un besoin interne d’expression qui me donne un sens dans le monde. Je pense que les exp\u00e9riences que j’ai v\u00e9cues au Salvador, \u00e0 la fois dans ma petite enfance, dans ma jeunesse et plus tard, lors de mes diff\u00e9rents retours, sont d\u00e9terminantes. Je pourrais dire que le temps pass\u00e9 au Salvador et au Mexique sont les deux parties les plus intenses de ma vie jusqu\u2019\u00e0 maintenant. <\/p>\n\n\n\n

Cela m’am\u00e8ne \u00e0 me plonger dans ma m\u00e9moire r\u00e9elle et sans doute invent\u00e9e \u2014 car on dit que les souvenirs ne sont pas r\u00e9els mais invent\u00e9s. Cela me relie \u00e0 une g\u00e9ographie, mais surtout \u00e0 une mani\u00e8re d’\u00eatre, \u00e0 une culture et, d’une certaine fa\u00e7on, \u00e0 une mani\u00e8re de comprendre le monde. Je comprends que ce n’est peut-\u00eatre pas la meilleure, mais c’est celle dont j’ai h\u00e9rit\u00e9 et dans laquelle j’ai \u00e9t\u00e9 form\u00e9. Le Salvador est donc au centre de mon \u0153uvre, mais aussi l’Am\u00e9rique du Sud dans une large mesure, car il y a aussi le Mexique, le Guatemala, le Honduras. Le cadre r\u00e9gional, m\u00e9so-am\u00e9ricain est \u00e9vident. Mais le c\u0153ur de ce cadre commence au Salvador, c’est l\u00e0 que mes exp\u00e9riences commencent.<\/p>\n\n\n\n

D’autre part, je ne comprends pas l’engagement comme quelque chose d’impos\u00e9. Je ne peux pas me mettre \u00e0 \u00e9crire un roman sur le d\u00e9but de la guerre au Salvador comme quelque chose d’obligatoire. Je ne fonctionne pas comme \u00e7a, simplement parce que je n’y \u00e9tais pas,  \u00e0 la guerre. Pour moi, la guerre est quelque chose que je vois toujours en l\u2019embrassant, comme si j\u2019en faisais le tour,  en faisant une circonvolution autour d’elle. Je n’ai donc pas l’intention de faire les choses de cette fa\u00e7on. Je ne cherche pas \u00e0 m’engager dans une certaine vision du monde. Je m’engage plut\u00f4t envers moi-m\u00eame, en termes de ce qui me pousse \u00e0 \u00e9crire.<\/p>\n\n\n\n

Le cadre r\u00e9gional, m\u00e9so-am\u00e9ricain, est \u00e9vident. Mais le c\u0153ur de ce cadre commence au Salvador, c’est l\u00e0 que mes exp\u00e9riences commencent.<\/p>Horacio Castellanos Moya<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Je vais vous donner un exemple : Tirana memoria<\/em> est un roman qui se d\u00e9roule en 1944 au Salvador. C’est la r\u00e9bellion contre Mart\u00ednez, le coup d’\u00c9tat manqu\u00e9, puis la gr\u00e8ve qui suit. C’est le noyau central du roman. Mais mon but n’\u00e9tait pas de refl\u00e9ter 1944, c’\u00e9tait d\u2019en sortir la chose int\u00e9rieure parce que mon p\u00e8re a particip\u00e9 \u00e0 ces \u00e9v\u00e9nements et a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 \u00e0 mort. Heureusement, tout cela est rest\u00e9 pr\u00e9sent dans mon esprit. Que s’est-il pass\u00e9 ? Qu’est-ce que tout cela ? Cette pulsion int\u00e9rieure, ce vide \u2014 c’\u00e9tait un vide parce que si mon p\u00e8re m’avait racont\u00e9 cette histoire, je n’aurais pas eu ce besoin. Mais il ne m\u2019a rien dit parce que j’\u00e9tais trop jeune. Alors je m\u2019introduis dans ce moment en question et je construis, j’imagine des personnages, des situations, des circonstances qui me permettent de me lib\u00e9rer de cette pulsion, de ce besoin int\u00e9rieur. C’est ma fa\u00e7on d’aborder les romans. Je n’ai pas de plan externe que je dois \u00e0 tout prix suivre.<\/p>\n\n\n\n

Au contraire, je dirais que mes romans sont presque toujours une remise en question d\u2019un suppos\u00e9 engagement. Si vous regardez mon premier roman, La di\u00e1spora<\/em>, il traite de mani\u00e8re critique de la gauche arm\u00e9e salvadorienne, \u00e0 un moment o\u00f9 elle essayait de constituer un projet pour l’avenir du pays. Dans ces circonstances, j’ai publi\u00e9 mon roman, qui r\u00e9pondait \u00e0 d’autres besoins internes et allait \u00e0 l’encontre de ce que l’on attendait de moi \u2014 comme un soutien \u00e0 la cause ; le roman \u00e9tait une critique des personnes qui pensaient se battre pour elle. <\/p>\n\n\n\n

Mes romans sont presque toujours une remise en question d\u2019un suppos\u00e9 engagement.<\/p>Horacio Castellanos Moya<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Cette pulsion ou ce besoin que vous \u00e9voquez peuvent-ils trouver une forme de satisfaction \u2014 au moins partielle, ce qui justifierait d’\u00e9crire d’autres romans ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Oui, il s\u2019agit d\u2019une satisfaction telle qu’on ressent m\u00eame un vide apr\u00e8s, un vide parce que cette satisfaction est combl\u00e9e. Cela permet en effet \u00e0 d’autres d’\u00e9merger. Et je dois dire que mes \u0153uvres sont capricieuses. Elles se pr\u00e9sentent sans strat\u00e9gie \u00e0 long terme, comme celle que pourrait avoir, disons, un narrateur qui \u00e9crit \u00e0 partir d’autres circonstances. Balzac ou Proust sont des narrateurs qui, lorsqu’ils se sont assis pour \u00e9crire leur \u0153uvre, avaient dans une large mesure une carte claire de ce qu’ils allaient faire. Ce n’est pas clair pour moi. On peut bien s\u00fbr trouver des coh\u00e9rences entre mes romans, mais la mani\u00e8re dont elles apparaissent est assez capricieuse. <\/p>\n\n\n\n

Quelle a \u00e9t\u00e9 la force motrice au moment d’\u00e9crire ce qui est sans doute votre roman le plus c\u00e9l\u00e8bre, <\/strong>Le D\u00e9go\u00fbt<\/em><\/strong> ? R\u00e9trospectivement, quel r\u00f4le ce roman a-t-il jou\u00e9 dans votre \u0153uvre : peut-on dire qu\u2019il est central ? <\/strong><\/h3>\n\n\n\n

J’entretiens une relation un peu paradoxale avec ce roman. Il a \u00e9t\u00e9 crucial car il a permis \u00e0 de nombreux lecteurs de me conna\u00eetre dans le monde hispanophone \u2014 il n’a pas beaucoup quitt\u00e9 ce monde, il n’a presque jamais \u00e9t\u00e9 traduit. Bien que je ne puisse pas m’en passer, ce n’est pas pour moi mon roman central, sur lequel j\u2019aurais tout mis\u00e9. C’est plut\u00f4t un roman qui m’est arriv\u00e9 et qui m’est venu presque comme un spasme. En r\u00e9alit\u00e9, je pense que le grand pari de mon \u0153uvre se refl\u00e8te dans les romans qui lui font suite, dans l’univers narratif de la famille Arag\u00f3n. <\/p>\n\n\n\n

Le D\u00e9go\u00fbt<\/em> a refl\u00e9t\u00e9 un moment tr\u00e8s pr\u00e9cis du Salvador qui, dans le cadre de la litt\u00e9rature d’Am\u00e9rique latine, a \u00e9t\u00e9 un point de rupture en termes des visions nationales qu\u2019on avait \u00e0 ce moment-l\u00e0. Il s’ajoute d’une certaine mani\u00e8re aux romans latino-am\u00e9ricains \u2014 comme La Virgen de los sicarios<\/em> de Fernando Vallejo \u2014 qui sont de grandes critiques de l’id\u00e9e de la nation. Ce qui est int\u00e9ressant, c’est que je n’ai pas vraiment cherch\u00e9 \u00e0 faire une critique intellectuelle de l’id\u00e9e de la nation. Avec Le D\u00e9go\u00fbt<\/em>, ce que j’ai fait, c’est faire ressortir mon grand ressentiment pour un \u00e9chec. J’avais \u00e9chou\u00e9 dans un projet journalistique et j’ai donc invent\u00e9 un personnage qui dit des choses que j’avais entendues, qui dit des choses que je ne pense pas bien s\u00fbr, mais cela m’a permis de faire sortir cette pulsion de l\u2019\u00e9chec. Il est sorti tr\u00e8s rapidement, en deux mois seulement, et je ne savais m\u00eame pas s’il \u00e9tait publiable. Je n’ai jamais imagin\u00e9 tout ce qui pouvait arriver. Apr\u00e8s la publication, cela a commenc\u00e9 \u00e0 avoir des r\u00e9percussions, au point que des gens se sont mis en col\u00e8re contre moi et m’ont dit de quitter le Salvador parce qu’ils allaient me tuer.<\/p>\n\n\n\n

Le D\u00e9go\u00fbt<\/em> a refl\u00e9t\u00e9 un moment tr\u00e8s pr\u00e9cis du Salvador qui, dans le cadre de la litt\u00e9rature d’Am\u00e9rique latine, a \u00e9t\u00e9 un point de rupture en termes des visions nationales qu\u2019on avait \u00e0 ce moment-l\u00e0.<\/p>Horacio Castellanos Moya<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Je n’ai pas \u00e9crit dans la perspective de la grande provocation nationale mais plut\u00f4t avec le plaisir du rancunier, je dirais. <\/p>\n\n\n\n

Si vous n’aviez pas ce but <\/strong>a priori<\/em><\/strong>, ce r\u00e9sultat de \u00ab grande provocation nationale \u00bb dans la r\u00e9ception et la critique du roman a-t-il chang\u00e9 quelque chose dans la conception de vos publications ult\u00e9rieures ? <\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Pas vraiment. Le monde litt\u00e9raire salvadorien, o\u00f9 le roman a fait du mal, est un monde tr\u00e8s r\u00e9duit ; il n’y a pratiquement pas eu de critique litt\u00e9raire du roman. La critique \u00e9tait tr\u00e8s visc\u00e9rale, comme quelque chose de politique. Bien que cela m’ait affect\u00e9 et m’ait caus\u00e9 de la peur, de l’anxi\u00e9t\u00e9 parce que les gens avaient r\u00e9agi de fa\u00e7on si extr\u00eame, cela n’a pas beaucoup chang\u00e9 la fa\u00e7on dont j’ai d\u00e9cid\u00e9 d’affronter le ph\u00e9nom\u00e8ne litt\u00e9raire et la fa\u00e7on de faire de la litt\u00e9rature. <\/p>\n\n\n\n

Je me suis habitu\u00e9 \u00e0 faire de la litt\u00e9rature, \u00e0 \u00e9crire sans march\u00e9, sans critique, sans ces \u00e9l\u00e9ments de stimulation qui sont normaux dans une autre soci\u00e9t\u00e9. Quand Le D\u00e9go\u00fbt<\/em> est arriv\u00e9, ma vie a un peu chang\u00e9 : je ne suis plus retourn\u00e9 vivre au Salvador. J’avais d\u00e9j\u00e0 v\u00e9cu \u00e0 l\u2019\u00e9tranger plusieurs ann\u00e9es : le changement est fort au d\u00e9but, \u00e0 cause de la menace, mais cela ne change pas ma fa\u00e7on d’\u00e9crire \u2014 puis vient Insensatez<\/em>, qui est encore plus fort. Cela n’a certainement pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9cisif dans ma compr\u00e9hension de la litt\u00e9rature, mais cela a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cisif dans ma fa\u00e7on de survivre dans le monde, o\u00f9 j’ai d\u00fb trouver une autre vie.<\/p>\n\n\n\n

Diriez-vous que ce changement a \u00e9galement influenc\u00e9 la mani\u00e8re dont vous en \u00eates venu \u00e0 repr\u00e9senter la soci\u00e9t\u00e9 salvadorienne, d’un processus de repr\u00e9sentation depuis un \u00ab l’int\u00e9rieur \u00bb vers un \u00ab ext\u00e9rieur \u00bb ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Non, je n’ai pas pens\u00e9 \u00e0 cela \u00e0 l’\u00e9poque. Tout ce que j’ai \u00e9crit pendant dix, douze ans se passait au Salvador. Les trois derniers romans ne se d\u00e9roulent pas dans le pays, et les deux derniers sont ceux qui se d\u00e9roulent plus loin. El sue\u00f1o del retorno<\/em> se d\u00e9roule au Mexique mais est impr\u00e9gn\u00e9 du Salvador, tout comme dans La di\u00e1spora<\/em>. Lorsque l’histoire se d\u00e9roule aux \u00c9tats-Unis ou au Mexique, la question culturelle est moins \u00e9loign\u00e9e que lorsqu’elle se passe en Su\u00e8de, comme dans mon dernier roman. Quand j’ai \u00e9crit Le D\u00e9go\u00fbt<\/em>, je n’avais pas l’intention de quitter le Salvador. Je n’\u00e9cris pas sur la base d’intentions, mais sur la base de la fa\u00e7on dont je ressens les choses.<\/p>\n\n\n\n

Je me suis habitu\u00e9 \u00e0 faire de la litt\u00e9rature, \u00e0 \u00e9crire sans march\u00e9, sans critique, sans ces \u00e9l\u00e9ments de stimulation qui sont normaux dans une autre soci\u00e9t\u00e9.<\/p>Horacio Castellanos Moya<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Quel proc\u00e9d\u00e9 vous semble le plus int\u00e9ressant et le plus efficace dans la dynamique d’une histoire ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Je peux l’expliquer par la satisfaction que j’\u00e9prouve avec le livre que j’\u00e9cris. Je peux dire que Moronga<\/em>, qui est un roman qui se d\u00e9roule avec des Salvadoriens aux \u00c9tats-Unis, est mon plus grand effort litt\u00e9raire \u00e0 ce jour. J’ai mis beaucoup de temps \u00e0 l’\u00e9crire parce que j’ai d\u00fb accumuler des choses en moi pour les faire exploser. Je venais de changer radicalement de vie, j’\u00e9tais aux \u00c9tats-Unis depuis plusieurs ann\u00e9es et il \u00e9tait naturel que cela se passe ainsi. Les romans sur le Salvador \u00e9crits de l’ext\u00e9rieur me donnent beaucoup de satisfaction car ils refl\u00e8tent une relation avec ma m\u00e9moire plus lointaine. Il est plus difficile de savoir comment ils fonctionnent vis-\u00e0-vis des lecteurs. Parce que les lois de la distribution, du march\u00e9, de la critique ne sont pas entre nos mains. Un \u00e9crivain comme moi, dans une large mesure, continue \u00e0 \u00e9crire pour lui-m\u00eame, pour ses lecteurs, parce que je n’ai pas ce qui est \u00e0 proprement parler un march\u00e9 int\u00e9rieur, comme l’aurait un \u00e9crivain fran\u00e7ais qui peut tout mesurer. Dans mon cas, mes livres n’arrivent m\u00eame pas au Salvador. Et si je mets mon oeuvre dans le champ de la litt\u00e9rature latino-am\u00e9ricaine \u2014 qui est si fragment\u00e9e \u2014 je manque d’informations pour avoir une vision exacte de la fa\u00e7on dont elle est re\u00e7ue dans chaque pays, pour savoir m\u00eame o\u00f9 mes livres arrivent ou non. C’est l\u2019Espagne o\u00f9 je suis le plus \u00e0 m\u00eame de savoir quelle est la r\u00e9ception de mon \u0153uvre, car c’est un march\u00e9 plus isol\u00e9, dans le sens o\u00f9 il est tr\u00e8s centr\u00e9 sur lui-m\u00eame. Mais je n’ai aucun moyen de savoir comment mes livres sont re\u00e7us au Chili, en Argentine, ou m\u00eame au Salvador ou au Mexique.<\/p>\n\n\n\n

En parlant de la g\u00e9ographie de la langue espagnole, vous avez dit que vos histoires sont \u00ab impr\u00e9gn\u00e9es \u00bb du Salvador. Comment trouver le juste \u00e9quilibre entre une couleur locale et l’universalit\u00e9 qu\u2019entend proposer le roman ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Ce sont deux choses diff\u00e9rentes. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, il y a le m\u00e9tier d\u2019\u00e9crivain ; et de l\u2019autre, la vision du monde. Le m\u00e9tier se d\u00e9veloppe au fil des ann\u00e9es, c’est quelque chose qu\u2019on assume \u2014 ou non \u2014 d\u00e8s le d\u00e9part, dans la mani\u00e8re de se rapporter \u00e0 ses personnages, \u00e0 l’intrigue, quelle distance prendre ou pas. Et ce travail implique aussi le langage, qui est essentiel dans le sens de la construction d’une langue, qui ait une couleur locale et en m\u00eame temps une universalit\u00e9. Je pense que le travail ici s’exprime surtout dans un jeu d’\u00e9quilibre entre le local et l’universel de l’espagnol. Et d’autre part, la vision du monde est de savoir que malgr\u00e9 ce qui se passe dans l’histoire qu\u2019on raconte, en fin de compte, on \u00e9crit sur un monde qui int\u00e9resse pratiquement tr\u00e8s peu de gens. C’est un monde lointain qui n’int\u00e9ressera que les personnes qui en sont issues.<\/p>\n\n\n\n

Cette vision vous donne un certain courage pour raconter les r\u00e9alit\u00e9s plus efficacement. Je pense que plus on remonte dans le temps, plus le d\u00e9fi est grand en termes de langue. Je dirais que la contemporan\u00e9it\u00e9 comprise en d\u00e9cennies est beaucoup plus facile \u00e0 assumer dans la langue ; on parvient \u00e0 m\u00e9langer la couleur et perception locales, le son local de la langue, l’usage, l’accent, les doubles sens et en m\u00eame temps, tout en faisant en sorte que cela acquiert une vision universelle. Quand on remonte plus loin dans le temps, c’est plus compliqu\u00e9, car on a plut\u00f4t tendance \u00e0 standardiser. Si j’\u00e9cris un roman sur l’ann\u00e9e 1944, il est beaucoup plus difficile de retrouver les tournures de la langue de l’\u00e9poque au Salvador, qui est un pays o\u00f9 il y a peu de travaux sur l\u2019histoire. Et par ailleurs, je n\u2019aime pas faire autant de recherches pour \u00e9crire un roman.<\/p>\n\n\n\n

Le roman n’acquiert pas d’universalit\u00e9 si l’on n’a pas une vision un minimum g\u00e9n\u00e9rale de la fa\u00e7on dont les choses se passent. Je pense qu’il est tr\u00e8s difficile, si l’on vit dans un trou, de dire que ce n’est pas le paradis : il faut sortir du trou pour voir la dimension du trou, ce qu’il y a autour du trou et les certitudes, surtout quand on cr\u00e9e ses propres personnages pour qu’ils puissent \u00eatre vus au-del\u00e0 du trou. <\/p>\n\n\n\n

Le travail sur la langue s’exprime dans un jeu d’\u00e9quilibre entre le local et l’universel de l’espagnol.<\/p>Horacio Castellanos Moya<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

En suivant votre m\u00e9taphore de cette esp\u00e8ce de grotte salvadorienne \u2014 ou latino-am\u00e9ricaine \u2014 diriez-vous qu’il existe une particularit\u00e9 latino-am\u00e9ricaine, comme Garc\u00eda M\u00e1rquez a pu le dire lorsqu’il a affirm\u00e9 que les \u00e9crivains latino-am\u00e9ricains n’avaient pas besoin d’imagination comme les \u00e9crivains europ\u00e9ens, car ils devaient seulement \u00e9crire et d\u00e9crire leur environnement et leur r\u00e9alit\u00e9 ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Cela ressemble au discours de quelqu’un qui vend de l’exotique. Je ne vois pas la litt\u00e9rature comme cela : il est vrai que la r\u00e9alit\u00e9 latino-am\u00e9ricaine est tr\u00e8s forte, sanglante, mais beaucoup de r\u00e9alit\u00e9s le sont, et dans le monde il y a toujours eu des civilisations qui ont v\u00e9cu avec elles. Je pense vraiment que cela arrive partout, ce n’est pas sp\u00e9cifique \u00e0 l’Am\u00e9rique latine.<\/p>\n\n\n\n

Souvent, l’Am\u00e9rique latine est invraisemblable. Pour comprendre cela, il suffit d\u2019\u00e9crire que quelqu’un a essay\u00e9 de tuer Cristina Kirchner en appuyant cinq fois sur la g\u00e2chette du pistolet et qu’il a \u00e9chou\u00e9 parce qu’il avait oubli\u00e9 de charger l’arme au pr\u00e9alable ; ou si vous \u00e9crivez qu’au Japon, un type avec une arme qu’il a fabriqu\u00e9e dans son garage tue le premier ministre, qui n’avait pas de garde du corps. Les r\u00e9alit\u00e9s sont riches, o\u00f9 qu’elles se trouvent. L’une ou l’autre de ces deux situations pourrait para\u00eetre fictive, tout comme ce qui se passe au Salvador. <\/p>\n\n\n\n

Je pense que, lorsque Garc\u00eda M\u00e1rquez \u00e9crit ces mots, il donne un contexte \u00e0 son \u0153uvre, mais pas \u00e0 l’\u0153uvre latino-am\u00e9ricaine. Il suffit de regarder tous les \u00e9crivains qui ont une vision du monde qui n’a rien \u00e0 voir avec ce romantisme.<\/p>\n\n\n\n

On raconte que lorsqu\u2019Asturias \u00e9tait \u00e0 Paris, il aurait parl\u00e9 \u00e0 Val\u00e9ry de son projet de roman \u2014 <\/strong>Monsieur le Pr\u00e9sident<\/em><\/strong> \u2014 et ce dernier lui aurait r\u00e9pondu qu’il devait faire quelque chose de plus universel car personne ne s\u2019int\u00e9resserait au Guatemala. Et de fait, le roman en question d\u2019Asturias se d\u00e9roule bien au Guatemala sans que cela soit n\u00e9cessairement explicite. N\u2019y a-t-il pas quelque chose de similaire dans <\/strong>Insensatez<\/em><\/strong> : l’histoire se d\u00e9roule bien s\u00fbr au Guatemala, mais en m\u00eame temps par certains aspects et moments, cela pourrait aussi \u00eatre, par exemple, le Salvador ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

C’est dr\u00f4le, quand Tusquets a publi\u00e9 le roman en Espagne en 2005, les deux principaux journaux de l’\u00e9poque avec leurs suppl\u00e9ments litt\u00e9raires \u2014 El Pa\u00eds<\/em> avec Babelia<\/em> et El Mundo<\/em> avec El Cultural<\/em> \u2014 ont \u00e9crit des critiques tr\u00e8s importantes, et certaines l’ont m\u00eame nomm\u00e9 le livre de la semaine. Dans les deux journaux, les journalistes ont dit que c’\u00e9tait un formidable roman sur ce qui s’\u00e9tait pass\u00e9 au Salvador. J’ai \u00e9t\u00e9 surpris, car si l’on parle de cachiquel<\/em> <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span> d\u00e8s la premi\u00e8re page, il ne fait aucun doute que l’on parle du Guatemala. J’ai \u00e9t\u00e9 surpris par le niveau d’ignorance de la r\u00e9alit\u00e9 latino-am\u00e9ricaine.<\/p>\n\n\n\n

Les r\u00e9alit\u00e9s sont riches, o\u00f9 qu’elles se trouvent.<\/p>Horacio Castellanos Moya<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Le but de ce livre \u00e9tait de parler d’un d\u00e9bat qui a lieu au Guatemala. Le Guatemala est un pays tr\u00e8s marqu\u00e9 par les t\u00e9moignages et le succ\u00e8s de ce genre litt\u00e9raire, probablement \u00e0 la suite du prix Nobel d\u00e9cern\u00e9 \u00e0 Rigoberta Mench\u00fa. \u00c0 l’\u00e9poque, lorsqu’elle a re\u00e7u le prix, un d\u00e9bat a \u00e9t\u00e9 ouvert sur son livre par des universitaires nord-am\u00e9ricains. Puis j’ai entrepris de publier moi-m\u00eame un roman sur le t\u00e9moignage. J’ai utilis\u00e9 les t\u00e9moignages dans le livre et j’ai essay\u00e9 de les voir comme le ferait un personnage totalement tourment\u00e9. C’\u00e9tait le but initial. Un autre but, c\u2019est vrai, est qu’il y avait des choses tr\u00e8s proches de la r\u00e9alit\u00e9 qui n\u00e9cessitaient une teinte plus universelle \u00e0 l’histoire : elle pourrait \u00eatre appliqu\u00e9e au P\u00e9rou, au Salvador, qui ont connu ce niveau de sauvagerie, de g\u00e9nocide. Mais l’objectif \u00e9tait de sortir le roman du cadre du d\u00e9bat sur le t\u00e9moignage et de le placer dans le champ de la fiction. <\/p>\n\n\n\n

Il me semble que <\/strong>Insensatez<\/em><\/strong> pr\u00e9sente une particularit\u00e9 tr\u00e8s int\u00e9ressante : bien que le roman aborde les grands th\u00e8mes qui structurent toute votre \u0153uvre, comme la violence, la peur, la parano\u00efa \u2014 \u00e0 la limite de la folie \u2014 il y a ici un traitement diff\u00e9rent dans la mesure o\u00f9 ces sensations sont l\u00e9gitim\u00e9es d’une certaine mani\u00e8re \u00e0 la fin avec la confirmation des soup\u00e7ons et des menaces. Pourquoi cette diff\u00e9rence entre le cas du protagoniste de <\/strong>Insensatez<\/em><\/strong> et celui de <\/strong>Moronga<\/em><\/strong> ou de Erasmo de <\/strong>Un hombre amansado<\/em><\/strong> dont la parano\u00efa est totale et dont le narrateur nous laisse toujours dans le doute ? <\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Je pense que c’est le r\u00e9sultat de ce processus que Roque Dalton a r\u00e9sum\u00e9 dans un vers :  \u00ab les conditions dans lesquelles j’\u00e9cris sont la cl\u00e9 de ma po\u00e9sie \u00bb. Il faut comprendre ces conditions pour comprendre ce qu’il dit.<\/p>\n\n\n\n

J’ai commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9crire Insensatez<\/em> \u00e0 un moment particulier de ma vie, lorsque j’\u00e9tais au Mexique et que je survivais en tant que journaliste. Le groupe dont je faisais partie jusqu’alors avait \u00e9t\u00e9 ostracis\u00e9 pour des raisons politiques. La plupart de mes coll\u00e8gues \u00e9taient Mexicains, et ils ont r\u00e9ussi \u00e0 entrer dans d’autres m\u00e9dias, mais pas moi. J’ai d\u00fb retourner au Guatemala pour chercher du travail, et le journaliste Rub\u00e9n Zamora, aujourd’hui en prison, m’a propos\u00e9 un poste dans un journal dont Juan Luis Font \u00e9tait le directeur \u00e0 l’\u00e9poque.<\/p>\n\n\n\n

J’allais donc quitter le Mexique, mais j’avais tr\u00e8s peur de retourner au Guatemala. Ainsi, alors que j’\u00e9tais dans une sorte de chapelle ardente en attendant de retourner au Guatemala, je n’avais pas encore \u00e9t\u00e9 pleinement approuv\u00e9 pour le poste, quelques mois se sont donc \u00e9coul\u00e9s, pendant lesquels j’ai commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9crire le roman avec une s\u00e9rieuse anxi\u00e9t\u00e9, en 2002-2003. Je racontais des \u00e9v\u00e9nements survenus cinq ans auparavant, mais dans une large mesure, l’intensit\u00e9 du personnage et le fait que la r\u00e9alit\u00e9 confirme ses craintes ont \u00e0 voir avec l’intensit\u00e9 de ma peur de retourner travailler au Guatemala et de travailler dans un journal o\u00f9 le directeur avait besoin de gardes du corps et avait \u00e9t\u00e9 victime d\u2019attentats. Cette animosit\u00e9 \u00e0 son \u00e9gard est toujours aussi forte et d\u2019actualit\u00e9 puisqu\u2019il est maintenant en prison.<\/p>\n\n\n\n

Dans ces conditions, je suis all\u00e9 au Guatemala avec 70 % du roman d\u00e9j\u00e0 \u00e9crit \u00e0 la main dans un carnet, mais avec une grande anxi\u00e9t\u00e9 : c’est un changement par rapport aux autres conditions dans lesquelles j’ai \u00e9crit. Insensatez<\/em> a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit dans des conditions de danger, dans une aventure dangereuse pour survivre, pas une aventure pour le plaisir de l’aventure. Ce n’est qu’apr\u00e8s avoir quitt\u00e9 le Guatemala que j’ai pu terminer le roman. Je l’ai termin\u00e9 avec beaucoup de crainte, j’avais peur que l’histoire ne trouve pas la voix qu’elle avait et que j’aie du mal \u00e0 l\u2019achever. Les conditions dans lesquelles les livres sont \u00e9crits d\u00e9terminent l’intensit\u00e9 et la vision que peut avoir le produit final.<\/p>\n\n\n\n

Insensatez<\/em> a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit dans des conditions de danger, dans une aventure dangereuse pour survivre, pas une aventure pour le plaisir de l’aventure. Ce n’est qu’apr\u00e8s avoir quitt\u00e9 le Guatemala que j’ai pu terminer le roman.<\/p>Horacio Castellanos Moya<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Dans <\/strong>Insensatez<\/em><\/strong>, on sent effectivement cette tension nerveuse dans la phrase.<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Oui, cette tension nerveuse vient pr\u00e9cis\u00e9ment de cela : quand je suis devenu le correcteur de t\u00e9moignages au Guatemala, ce que je transmettais, c’\u00e9tait la peur. La peur que j’ai ressentie au Mexique, en sachant que je retournais au Guatemala pour travailler dans une entreprise qui faisait l’objet de nombreuses menaces, qui subissait des attaques perp\u00e9tr\u00e9es par les autorit\u00e9s et les militaires. C’est pourquoi les conditions ont eu une influence.<\/p>\n\n\n\n

Vous avez mentionn\u00e9 Roque Dalton, quels sont les auteurs qui vous ont le plus influenc\u00e9 dans votre \u0153uvre en g\u00e9n\u00e9ral et dans Insensatez en particulier ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Il y en a en g\u00e9n\u00e9ral et dans Insensatez<\/em> en particulier, mais aucun de pr\u00e9cis ne me vient \u00e0 l’esprit. Les \u00e9crivains sont souvent les personnes les moins qualifi\u00e9es pour savoir ce qui nous influence et parfois nous ne voulons pas accepter ce qui nous influence. La v\u00e9rit\u00e9 est que personne ne me vient \u00e0 l’esprit.<\/p>\n\n\n\n

Je pense que les influences s’expriment davantage \u00e0 travers les livres et les accumulations. Dans les livres, il y a des influences g\u00e9n\u00e9rales que l’on accepte, que l’on suppose et que l’on croit vraies, qui peuvent ne pas \u00eatre per\u00e7ues d’une mani\u00e8re sp\u00e9cifique. Face \u00e0 cette question, je mentionne toujours Onetti en termes latino-am\u00e9ricains, que j’aime relire \u2014 bien que je ne sache pas s’il influence mon travail. Ce que je peux vous dire, c’est que, premi\u00e8rement, je suis un lecteur autodidacte et, deuxi\u00e8mement, je suis un lecteur tr\u00e8s capricieux. Parfois, j’aime couvrir des p\u00e9riodes dans le sens o\u00f9 je m’empare d’une culture particuli\u00e8re, d’une langue, d’une \u00e9poque et de ses \u00e9crivains, mais malheureusement je ne lis pas dans beaucoup de langues. J’appr\u00e9cie le travail des aphoristes, des \u00e9crivains et des \u00e9pistoliers et \u00e9pistoli\u00e8res du XVIIIe si\u00e8cle en France, je pense qu’ils sont fondamentaux, mais je ne sais pas s’ils influencent mon \u0153uvre ou du moins je ne sais pas dans quelle mesure. La litt\u00e9rature allemande de l’entre-deux-guerres est \u00e9galement tr\u00e8s pertinente, tout comme les Grecs auxquels je reviens toujours, ainsi que tous les classiques, notamment Sophocle. C’est un lieu commun, j\u2019en conviens, mais il me d\u00e9bloque et me stimule. La famille Aragon vient de Sophocle bien s\u00fbr ; il est le premier \u00e0 avoir mis en place la coh\u00e9rence d’une petite \u0153uvre \u00e0 partir d’un noyau. Et cette m\u00eame id\u00e9e du monde se retrouve chez Faulkner, Garc\u00eda M\u00e1rquez, Onetti… Je pense que c’est int\u00e9ressant car c’est une graine \u00e0 partir de laquelle on peut travailler sur un nouveau monde dans diff\u00e9rentes \u0153uvres. Pour en revenir au roman latino-am\u00e9ricain, Onetti, Rulfo, Ram\u00f3n Ribeyro sont des auteurs que j’aime et auxquels je m’identifie. Mais c\u2019est sans doute vous qui pouvez voir mieux que moi quelles influences sont pr\u00e9sentes dans mes romans. <\/p>\n\n\n\n

Premi\u00e8rement, je suis un lecteur autodidacte et, deuxi\u00e8mement, je suis un lecteur tr\u00e8s capricieux.<\/p>Horacio Castellanos Moya<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Dans <\/strong>Insensatez<\/em><\/strong>, il me semble que l’on retrouve quelque chose du <\/strong>modus operandi<\/em><\/strong> de Dalton, notamment dans le po\u00e8me \u00ab La Taberna \u00bb de <\/strong>Los Testimonios<\/em><\/strong> (<\/strong>Les t\u00e9moignages<\/em><\/strong>), o\u00f9 il enregistre et reproduit ce qu’un \u00ab je \u00bb po\u00e9tique per\u00e7oit dans un bistrot de Prague. Diriez-vous que l’on pourrait le comparer \u00e0 l’exercice de reproduction justement de t\u00e9moignages auquel se livre le narrateur dans votre roman ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

\u00c0 vrai dire je n’y avais jamais vraiment pens\u00e9. Roque Dalton, dans le po\u00e8me de la conversation de \u00ab La Taberna \u00bb, pr\u00e9cise qu’il n’est pas responsable des opinions qui y sont exprim\u00e9es. Disons qu’il se lave les mains parce qu’il \u00e9tait au service de la Cause, critiqu\u00e9e dans le texte. Cela fait une diff\u00e9rence en termes d’approche des mat\u00e9riaux. Cela dit, vous faites r\u00e9f\u00e9rence en particulier \u00e0 la structure. Je dirais qu’il y a une diff\u00e9rence fondamentale en ce sens que nous ne savons jamais quelle est la voix de Dalton, on ne peut jamais l’identifier, m\u00eame si le format du po\u00e8me change, passant de l’italique \u00e0 la majuscule. Il est difficile de suivre une voix, c’est un po\u00e8me sans axe, tr\u00e8s long \u2014 et l’un des grands po\u00e8mes latino-am\u00e9ricains \u2014 et l’une de ses grandes vertus est qu’il n’y a pas de voix qui incorpore les t\u00e9moignages dans un axe principal. Dans le cas d’Insensatez<\/em>, en revanche, il y a une voix qui s’identifie comme le personnage central qui tisse les t\u00e9moignages \u00e0 partir de ses lectures, de ses peurs, de ses exp\u00e9riences.<\/p>\n\n\n\n

En fait, les t\u00e9moignages contenus dans le roman sont des t\u00e9moignages que j’avais dans mon carnet lorsque je suis all\u00e9 couvrir la situation au Guatemala en 1997. Ils ne sont pas dans cet ordre, car je ne m’int\u00e9ressais pas aux faits mais plut\u00f4t \u00e0 la relation du personnage avec son carnet. Il est donc vrai que les t\u00e9moignages apparaissent comme dans le po\u00e8me de Dalton, ordonn\u00e9s de mani\u00e8re capricieuse. Car on ne comprend pas le sens hi\u00e9rarchique autour duquel les voix sont structur\u00e9es dans \u00ab La Taberna \u00bb : toutes les voix sont au m\u00eame niveau, elles s\u2019entrem\u00ealent. Ce n’est pas un contrepoint d’une ou trois voix, on ne peut pas les distinguer. En ce sens, \u00ab La Taberna \u00bb est une exp\u00e9rience po\u00e9tique de haut niveau, je ne sais pas si la comparaison est tout \u00e0 fait juste, car dans Insensatez<\/em> il y a une voix centrale et une autre n\u00e9cessit\u00e9. <\/p>\n\n\n\n

Le narrateur d’<\/strong>Insensatez<\/em><\/strong> est impressionn\u00e9 par le caract\u00e8re litt\u00e9raire \u2014 voire po\u00e9tique \u2014 des t\u00e9moignages qu’il cite. Contrairement \u00e0 Adorno, qui disait qu’il serait impossible d’\u00e9crire de la po\u00e9sie apr\u00e8s Auschwitz, est-ce que votre roman dit, comme Agamben, que le t\u00e9moignage peut cr\u00e9er la possibilit\u00e9 de la po\u00e9sie ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Je n’aime pas beaucoup les phrases grandiloquentes sur ce qui peut ou ne peut pas \u00eatre fait. Comme je l’ai d\u00e9j\u00e0 dit, je ne suis pas non plus un grand ami de l’id\u00e9e d’accorder au t\u00e9moignage un caract\u00e8re litt\u00e9raire. Cela se produit en raison d’une circonstance tr\u00e8s particuli\u00e8re ; c’est une r\u00e9action dont je connais l’origine mais dont je ne peux pas contr\u00f4ler la cons\u00e9quence.<\/p>\n\n\n\n

Lorsque j’ai commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9crire, \u00e0 la fin de la guerre civile au Salvador et pendant la premi\u00e8re p\u00e9riode d’apr\u00e8s-guerre, au cours des deux derni\u00e8res d\u00e9cennies du XXe si\u00e8cle, le t\u00e9moignage \u00e9tait le genre dominant dans cette partie du monde. De m\u00eame que le philosophe allemand disait qu’on ne pouvait plus \u00e9crire de po\u00e9sie apr\u00e8s Auschwitz, de m\u00eame les universitaires am\u00e9ricains engag\u00e9s \u00e0 Cuba et au Nicaragua, disaient qu’il \u00e9tait d\u00e9sormais possible d’\u00e9crire de la fiction en Am\u00e9rique latine car le testimonio<\/em> \u00e9tait le nouveau genre litt\u00e9raire. On disait que le t\u00e9moignage \u00e9tait n\u00e9 \u00e0 Cuba, d’o\u00f9 l’id\u00e9e de donner au t\u00e9moignage le statut de genre litt\u00e9raire avec les romans de t\u00e9moignage. Cela a commenc\u00e9 \u00e0 s’exporter et ces livres – comme ceux de Rigoberta Mench\u00fa, Omar Cabezas, etc. – ont \u00e9t\u00e9 parrain\u00e9s par l’acad\u00e9mie am\u00e9ricaine comme la nouvelle litt\u00e9rature avec l\u2019id\u00e9e selon laquelle la fiction n’avait plus de raison d’\u00eatre. Dans plusieurs de mes romans, il y a une r\u00e9action \u00e0 cela. Dans Insensatez<\/em>, par exemple, les t\u00e9moignages sont lus du point de vue de quelqu’un qui n’a aucun engagement. C\u2019est pour cela que ma relation avec le t\u00e9moignage est compliqu\u00e9e. Je peux le situer dans son cadre beaucoup plus g\u00e9n\u00e9ral, et il est vrai qu’il existe des textes de t\u00e9moignage de grande qualit\u00e9 litt\u00e9raire, mais tout texte \u00e9crit par n’importe quel homme politique n’est pas n\u00e9cessairement litt\u00e9raire. Il est difficile de d\u00e9terminer ce qui l’est et ce qui ne l’est pas. Mais, personnellement, dans Insensatez<\/em> comme dans El arma en el hombre<\/em>, il y a une r\u00e9action au t\u00e9moignage qui n’est pas contre le t\u00e9moignage mais contre l’utilisation qui en est faite, contre le fait qu’ils pensaient avoir invent\u00e9 le t\u00e9moignage et contre la mort suppos\u00e9e de la fiction.<\/p>\n\n\n\n

Lorsque j’ai commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9crire, \u00e0 la fin de la guerre civile au Salvador et pendant la premi\u00e8re p\u00e9riode d’apr\u00e8s-guerre, au cours des deux derni\u00e8res d\u00e9cennies du XXe si\u00e8cle, le t\u00e9moignage \u00e9tait le genre dominant dans cette partie du monde.<\/p>Horacio Castellanos Moya<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Dans la premi\u00e8re partie du chapitre 6, le narrateur \u00e9voque explicitement le \u00ab r\u00e9alisme magique \u00bb. Accepteriez-vous de parler aussi de ce qu’on a appel\u00e9 le r\u00e9alisme violent ou m\u00eame le r\u00e9alisme atroce dans ce passage particulier mais aussi dans toute votre \u0153uvre ? <\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Non. Parce qu’en tant qu’\u00e9crivain, je suis allergique aux cat\u00e9gories. Dans certains de mes romans, il y a certainement des \u00e9l\u00e9ments qui justifient qu\u2019on puisse parler en effet de r\u00e9alisme violent, surtout si on le compare au r\u00e9alisme magique, aux romans de voyage. Cependant, si l’on y regarde avec une objectivit\u00e9 absolue, dans Insensatez<\/em> la violence est seulement dans le texte qui est lu.<\/p>\n\n\n\n

C’est la m\u00eame m\u00e9diation qu’il y a dans le Quichotte<\/em>, qui lit des romans de chevalerie, et cela le rend fou, mais on ne per\u00e7oit pas la violence de ces romans de chevalerie. Il y a des romans dans lesquels il y a beaucoup de violence, comme dans El baile con serpientes<\/em>. Il y a des sc\u00e8nes dures dans ce roman, mais les autres ne s’en approchent pas. Moronga<\/em> \u00e9volue dans un domaine psychologique que presque personne ne touche ; beaucoup de mes romans se d\u00e9roulent dans l’esprit de mes personnages. C’est le mouvement de leur esprit qui nous fait percevoir cette r\u00e9alit\u00e9 et nous permet de la comprendre \u00e0 partir de l\u00e0. C’est un d\u00e9fi pour moi, celui de cr\u00e9er les mouvements de la r\u00e9alit\u00e9 qu’ils per\u00e7oivent. Dans Insensatez<\/em>, c’est un personnage ordinaire et son esprit r\u00e9agit et s\u2019agite face aux t\u00e9moignages. Les faits sont secondaires car ils sont cr\u00e9\u00e9s \u00e0 partir de l’esprit. Il en va de m\u00eame pour El Sue\u00f1o del retorno<\/em>, Moronga<\/em> et El hombre amansado<\/em> : ils se passent dans l’esprit du personnage \u00e0 partir desquels ils sont racont\u00e9s. <\/p>\n\n\n\n

C’est une fa\u00e7on diff\u00e9rente de percevoir les \u0153uvres. Les romans les plus violents sont ceux o\u00f9 la violence n’est pas tant dans l’esprit des personnages que dans les faits en eux-m\u00eames.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"

Les fictions extraordinaires prennent-elles toujours naissance dans des grottes  ? Dans cet entretien fleuve, Horacio Castellanos Moya, l’\u00e9crivain le plus embl\u00e9matique du Salvador, revient avec Florent Zemmouche sur les conditions dans lesquelles ont \u00e9merg\u00e9 ses romans \u2014 le long d’une vie d’exils, pass\u00e9e \u00e0 lire et \u00e0 recueillir des t\u00e9moignages.<\/p>\n","protected":false},"author":10,"featured_media":167450,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"templates\/post-interviews.php","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_trash_the_other_posts":false,"footnotes":""},"categories":[4344],"tags":[],"staff":[1631],"editorial_format":[],"serie":[],"audience":[],"geo":[525],"class_list":["post-167449","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-litterature","staff-florent-zemmouche","geo-ameriques"],"acf":{"open_in_webview":false,"accent":false},"yoast_head":"\n\u00abJe suis un lecteur tr\u00e8s capricieux\u00bb, une conversation avec Horacio Castellanos Moya | Le Grand Continent<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/11\/13\/je-suis-un-lecteur-tres-capricieux-une-conversation-avec-horacio-castellanos-moya\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"\u00abJe suis un lecteur tr\u00e8s capricieux\u00bb, une conversation avec Horacio Castellanos Moya | Le Grand Continent\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Les fictions extraordinaires prennent-elles toujours naissance dans des grottes ? 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