{"id":167449,"date":"2022-11-13T18:45:00","date_gmt":"2022-11-13T17:45:00","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=167449"},"modified":"2025-04-06T16:23:17","modified_gmt":"2025-04-06T14:23:17","slug":"je-suis-un-lecteur-tres-capricieux-une-conversation-avec-horacio-castellanos-moya","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/11\/13\/je-suis-un-lecteur-tres-capricieux-une-conversation-avec-horacio-castellanos-moya\/","title":{"rendered":"\u00ab Je suis un lecteur tr\u00e8s capricieux \u00bb, une conversation avec Horacio Castellanos Moya"},"content":{"rendered":"\n
C’est li\u00e9 \u00e0 ma conception de la litt\u00e9rature et \u00e0 ma fa\u00e7on de faire de la litt\u00e9rature. Je pense que je pars d’un besoin d’\u00e9crire, d’un besoin interne d’expression qui me donne un sens dans le monde. Je pense que les exp\u00e9riences que j’ai v\u00e9cues au Salvador, \u00e0 la fois dans ma petite enfance, dans ma jeunesse et plus tard, lors de mes diff\u00e9rents retours, sont d\u00e9terminantes. Je pourrais dire que le temps pass\u00e9 au Salvador et au Mexique sont les deux parties les plus intenses de ma vie jusqu\u2019\u00e0 maintenant. <\/p>\n\n\n\n
Cela m’am\u00e8ne \u00e0 me plonger dans ma m\u00e9moire r\u00e9elle et sans doute invent\u00e9e \u2014 car on dit que les souvenirs ne sont pas r\u00e9els mais invent\u00e9s. Cela me relie \u00e0 une g\u00e9ographie, mais surtout \u00e0 une mani\u00e8re d’\u00eatre, \u00e0 une culture et, d’une certaine fa\u00e7on, \u00e0 une mani\u00e8re de comprendre le monde. Je comprends que ce n’est peut-\u00eatre pas la meilleure, mais c’est celle dont j’ai h\u00e9rit\u00e9 et dans laquelle j’ai \u00e9t\u00e9 form\u00e9. Le Salvador est donc au centre de mon \u0153uvre, mais aussi l’Am\u00e9rique du Sud dans une large mesure, car il y a aussi le Mexique, le Guatemala, le Honduras. Le cadre r\u00e9gional, m\u00e9so-am\u00e9ricain est \u00e9vident. Mais le c\u0153ur de ce cadre commence au Salvador, c’est l\u00e0 que mes exp\u00e9riences commencent.<\/p>\n\n\n\n
D’autre part, je ne comprends pas l’engagement comme quelque chose d’impos\u00e9. Je ne peux pas me mettre \u00e0 \u00e9crire un roman sur le d\u00e9but de la guerre au Salvador comme quelque chose d’obligatoire. Je ne fonctionne pas comme \u00e7a, simplement parce que je n’y \u00e9tais pas, \u00e0 la guerre. Pour moi, la guerre est quelque chose que je vois toujours en l\u2019embrassant, comme si j\u2019en faisais le tour, en faisant une circonvolution autour d’elle. Je n’ai donc pas l’intention de faire les choses de cette fa\u00e7on. Je ne cherche pas \u00e0 m’engager dans une certaine vision du monde. Je m’engage plut\u00f4t envers moi-m\u00eame, en termes de ce qui me pousse \u00e0 \u00e9crire.<\/p>\n\n\n\n Le cadre r\u00e9gional, m\u00e9so-am\u00e9ricain, est \u00e9vident. Mais le c\u0153ur de ce cadre commence au Salvador, c’est l\u00e0 que mes exp\u00e9riences commencent.<\/p>Horacio Castellanos Moya<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Je vais vous donner un exemple : Tirana memoria<\/em> est un roman qui se d\u00e9roule en 1944 au Salvador. C’est la r\u00e9bellion contre Mart\u00ednez, le coup d’\u00c9tat manqu\u00e9, puis la gr\u00e8ve qui suit. C’est le noyau central du roman. Mais mon but n’\u00e9tait pas de refl\u00e9ter 1944, c’\u00e9tait d\u2019en sortir la chose int\u00e9rieure parce que mon p\u00e8re a particip\u00e9 \u00e0 ces \u00e9v\u00e9nements et a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 \u00e0 mort. Heureusement, tout cela est rest\u00e9 pr\u00e9sent dans mon esprit. Que s’est-il pass\u00e9 ? Qu’est-ce que tout cela ? Cette pulsion int\u00e9rieure, ce vide \u2014 c’\u00e9tait un vide parce que si mon p\u00e8re m’avait racont\u00e9 cette histoire, je n’aurais pas eu ce besoin. Mais il ne m\u2019a rien dit parce que j’\u00e9tais trop jeune. Alors je m\u2019introduis dans ce moment en question et je construis, j’imagine des personnages, des situations, des circonstances qui me permettent de me lib\u00e9rer de cette pulsion, de ce besoin int\u00e9rieur. C’est ma fa\u00e7on d’aborder les romans. Je n’ai pas de plan externe que je dois \u00e0 tout prix suivre.<\/p>\n\n\n\n Au contraire, je dirais que mes romans sont presque toujours une remise en question d\u2019un suppos\u00e9 engagement. Si vous regardez mon premier roman, La di\u00e1spora<\/em>, il traite de mani\u00e8re critique de la gauche arm\u00e9e salvadorienne, \u00e0 un moment o\u00f9 elle essayait de constituer un projet pour l’avenir du pays. Dans ces circonstances, j’ai publi\u00e9 mon roman, qui r\u00e9pondait \u00e0 d’autres besoins internes et allait \u00e0 l’encontre de ce que l’on attendait de moi \u2014 comme un soutien \u00e0 la cause ; le roman \u00e9tait une critique des personnes qui pensaient se battre pour elle. <\/p>\n\n\n\n Mes romans sont presque toujours une remise en question d\u2019un suppos\u00e9 engagement.<\/p>Horacio Castellanos Moya<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Oui, il s\u2019agit d\u2019une satisfaction telle qu’on ressent m\u00eame un vide apr\u00e8s, un vide parce que cette satisfaction est combl\u00e9e. Cela permet en effet \u00e0 d’autres d’\u00e9merger. Et je dois dire que mes \u0153uvres sont capricieuses. Elles se pr\u00e9sentent sans strat\u00e9gie \u00e0 long terme, comme celle que pourrait avoir, disons, un narrateur qui \u00e9crit \u00e0 partir d’autres circonstances. Balzac ou Proust sont des narrateurs qui, lorsqu’ils se sont assis pour \u00e9crire leur \u0153uvre, avaient dans une large mesure une carte claire de ce qu’ils allaient faire. Ce n’est pas clair pour moi. On peut bien s\u00fbr trouver des coh\u00e9rences entre mes romans, mais la mani\u00e8re dont elles apparaissent est assez capricieuse. <\/p>\n\n\n\n J’entretiens une relation un peu paradoxale avec ce roman. Il a \u00e9t\u00e9 crucial car il a permis \u00e0 de nombreux lecteurs de me conna\u00eetre dans le monde hispanophone \u2014 il n’a pas beaucoup quitt\u00e9 ce monde, il n’a presque jamais \u00e9t\u00e9 traduit. Bien que je ne puisse pas m’en passer, ce n’est pas pour moi mon roman central, sur lequel j\u2019aurais tout mis\u00e9. C’est plut\u00f4t un roman qui m’est arriv\u00e9 et qui m’est venu presque comme un spasme. En r\u00e9alit\u00e9, je pense que le grand pari de mon \u0153uvre se refl\u00e8te dans les romans qui lui font suite, dans l’univers narratif de la famille Arag\u00f3n. <\/p>\n\n\n\n Le D\u00e9go\u00fbt<\/em> a refl\u00e9t\u00e9 un moment tr\u00e8s pr\u00e9cis du Salvador qui, dans le cadre de la litt\u00e9rature d’Am\u00e9rique latine, a \u00e9t\u00e9 un point de rupture en termes des visions nationales qu\u2019on avait \u00e0 ce moment-l\u00e0. Il s’ajoute d’une certaine mani\u00e8re aux romans latino-am\u00e9ricains \u2014 comme La Virgen de los sicarios<\/em> de Fernando Vallejo \u2014 qui sont de grandes critiques de l’id\u00e9e de la nation. Ce qui est int\u00e9ressant, c’est que je n’ai pas vraiment cherch\u00e9 \u00e0 faire une critique intellectuelle de l’id\u00e9e de la nation. Avec Le D\u00e9go\u00fbt<\/em>, ce que j’ai fait, c’est faire ressortir mon grand ressentiment pour un \u00e9chec. J’avais \u00e9chou\u00e9 dans un projet journalistique et j’ai donc invent\u00e9 un personnage qui dit des choses que j’avais entendues, qui dit des choses que je ne pense pas bien s\u00fbr, mais cela m’a permis de faire sortir cette pulsion de l\u2019\u00e9chec. Il est sorti tr\u00e8s rapidement, en deux mois seulement, et je ne savais m\u00eame pas s’il \u00e9tait publiable. Je n’ai jamais imagin\u00e9 tout ce qui pouvait arriver. Apr\u00e8s la publication, cela a commenc\u00e9 \u00e0 avoir des r\u00e9percussions, au point que des gens se sont mis en col\u00e8re contre moi et m’ont dit de quitter le Salvador parce qu’ils allaient me tuer.<\/p>\n\n\n\n Le D\u00e9go\u00fbt<\/em> a refl\u00e9t\u00e9 un moment tr\u00e8s pr\u00e9cis du Salvador qui, dans le cadre de la litt\u00e9rature d’Am\u00e9rique latine, a \u00e9t\u00e9 un point de rupture en termes des visions nationales qu\u2019on avait \u00e0 ce moment-l\u00e0.<\/p>Horacio Castellanos Moya<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Je n’ai pas \u00e9crit dans la perspective de la grande provocation nationale mais plut\u00f4t avec le plaisir du rancunier, je dirais. <\/p>\n\n\n\n Pas vraiment. Le monde litt\u00e9raire salvadorien, o\u00f9 le roman a fait du mal, est un monde tr\u00e8s r\u00e9duit ; il n’y a pratiquement pas eu de critique litt\u00e9raire du roman. La critique \u00e9tait tr\u00e8s visc\u00e9rale, comme quelque chose de politique. Bien que cela m’ait affect\u00e9 et m’ait caus\u00e9 de la peur, de l’anxi\u00e9t\u00e9 parce que les gens avaient r\u00e9agi de fa\u00e7on si extr\u00eame, cela n’a pas beaucoup chang\u00e9 la fa\u00e7on dont j’ai d\u00e9cid\u00e9 d’affronter le ph\u00e9nom\u00e8ne litt\u00e9raire et la fa\u00e7on de faire de la litt\u00e9rature. <\/p>\n\n\n\n Je me suis habitu\u00e9 \u00e0 faire de la litt\u00e9rature, \u00e0 \u00e9crire sans march\u00e9, sans critique, sans ces \u00e9l\u00e9ments de stimulation qui sont normaux dans une autre soci\u00e9t\u00e9. Quand Le D\u00e9go\u00fbt<\/em> est arriv\u00e9, ma vie a un peu chang\u00e9 : je ne suis plus retourn\u00e9 vivre au Salvador. J’avais d\u00e9j\u00e0 v\u00e9cu \u00e0 l\u2019\u00e9tranger plusieurs ann\u00e9es : le changement est fort au d\u00e9but, \u00e0 cause de la menace, mais cela ne change pas ma fa\u00e7on d’\u00e9crire \u2014 puis vient Insensatez<\/em>, qui est encore plus fort. Cela n’a certainement pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9cisif dans ma compr\u00e9hension de la litt\u00e9rature, mais cela a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cisif dans ma fa\u00e7on de survivre dans le monde, o\u00f9 j’ai d\u00fb trouver une autre vie.<\/p>\n\n\n\n Non, je n’ai pas pens\u00e9 \u00e0 cela \u00e0 l’\u00e9poque. Tout ce que j’ai \u00e9crit pendant dix, douze ans se passait au Salvador. Les trois derniers romans ne se d\u00e9roulent pas dans le pays, et les deux derniers sont ceux qui se d\u00e9roulent plus loin. El sue\u00f1o del retorno<\/em> se d\u00e9roule au Mexique mais est impr\u00e9gn\u00e9 du Salvador, tout comme dans La di\u00e1spora<\/em>. Lorsque l’histoire se d\u00e9roule aux \u00c9tats-Unis ou au Mexique, la question culturelle est moins \u00e9loign\u00e9e que lorsqu’elle se passe en Su\u00e8de, comme dans mon dernier roman. Quand j’ai \u00e9crit Le D\u00e9go\u00fbt<\/em>, je n’avais pas l’intention de quitter le Salvador. Je n’\u00e9cris pas sur la base d’intentions, mais sur la base de la fa\u00e7on dont je ressens les choses.<\/p>\n\n\n\n Je me suis habitu\u00e9 \u00e0 faire de la litt\u00e9rature, \u00e0 \u00e9crire sans march\u00e9, sans critique, sans ces \u00e9l\u00e9ments de stimulation qui sont normaux dans une autre soci\u00e9t\u00e9.<\/p>Horacio Castellanos Moya<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Je peux l’expliquer par la satisfaction que j’\u00e9prouve avec le livre que j’\u00e9cris. Je peux dire que Moronga<\/em>, qui est un roman qui se d\u00e9roule avec des Salvadoriens aux \u00c9tats-Unis, est mon plus grand effort litt\u00e9raire \u00e0 ce jour. J’ai mis beaucoup de temps \u00e0 l’\u00e9crire parce que j’ai d\u00fb accumuler des choses en moi pour les faire exploser. Je venais de changer radicalement de vie, j’\u00e9tais aux \u00c9tats-Unis depuis plusieurs ann\u00e9es et il \u00e9tait naturel que cela se passe ainsi. Les romans sur le Salvador \u00e9crits de l’ext\u00e9rieur me donnent beaucoup de satisfaction car ils refl\u00e8tent une relation avec ma m\u00e9moire plus lointaine. Il est plus difficile de savoir comment ils fonctionnent vis-\u00e0-vis des lecteurs. Parce que les lois de la distribution, du march\u00e9, de la critique ne sont pas entre nos mains. Un \u00e9crivain comme moi, dans une large mesure, continue \u00e0 \u00e9crire pour lui-m\u00eame, pour ses lecteurs, parce que je n’ai pas ce qui est \u00e0 proprement parler un march\u00e9 int\u00e9rieur, comme l’aurait un \u00e9crivain fran\u00e7ais qui peut tout mesurer. Dans mon cas, mes livres n’arrivent m\u00eame pas au Salvador. Et si je mets mon oeuvre dans le champ de la litt\u00e9rature latino-am\u00e9ricaine \u2014 qui est si fragment\u00e9e \u2014 je manque d’informations pour avoir une vision exacte de la fa\u00e7on dont elle est re\u00e7ue dans chaque pays, pour savoir m\u00eame o\u00f9 mes livres arrivent ou non. C’est l\u2019Espagne o\u00f9 je suis le plus \u00e0 m\u00eame de savoir quelle est la r\u00e9ception de mon \u0153uvre, car c’est un march\u00e9 plus isol\u00e9, dans le sens o\u00f9 il est tr\u00e8s centr\u00e9 sur lui-m\u00eame. Mais je n’ai aucun moyen de savoir comment mes livres sont re\u00e7us au Chili, en Argentine, ou m\u00eame au Salvador ou au Mexique.<\/p>\n\n\n\n Ce sont deux choses diff\u00e9rentes. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, il y a le m\u00e9tier d\u2019\u00e9crivain ; et de l\u2019autre, la vision du monde. Le m\u00e9tier se d\u00e9veloppe au fil des ann\u00e9es, c’est quelque chose qu\u2019on assume \u2014 ou non \u2014 d\u00e8s le d\u00e9part, dans la mani\u00e8re de se rapporter \u00e0 ses personnages, \u00e0 l’intrigue, quelle distance prendre ou pas. Et ce travail implique aussi le langage, qui est essentiel dans le sens de la construction d’une langue, qui ait une couleur locale et en m\u00eame temps une universalit\u00e9. Je pense que le travail ici s’exprime surtout dans un jeu d’\u00e9quilibre entre le local et l’universel de l’espagnol. Et d’autre part, la vision du monde est de savoir que malgr\u00e9 ce qui se passe dans l’histoire qu\u2019on raconte, en fin de compte, on \u00e9crit sur un monde qui int\u00e9resse pratiquement tr\u00e8s peu de gens. C’est un monde lointain qui n’int\u00e9ressera que les personnes qui en sont issues.<\/p>\n\n\n\n Cette vision vous donne un certain courage pour raconter les r\u00e9alit\u00e9s plus efficacement. Je pense que plus on remonte dans le temps, plus le d\u00e9fi est grand en termes de langue. Je dirais que la contemporan\u00e9it\u00e9 comprise en d\u00e9cennies est beaucoup plus facile \u00e0 assumer dans la langue ; on parvient \u00e0 m\u00e9langer la couleur et perception locales, le son local de la langue, l’usage, l’accent, les doubles sens et en m\u00eame temps, tout en faisant en sorte que cela acquiert une vision universelle. Quand on remonte plus loin dans le temps, c’est plus compliqu\u00e9, car on a plut\u00f4t tendance \u00e0 standardiser. Si j’\u00e9cris un roman sur l’ann\u00e9e 1944, il est beaucoup plus difficile de retrouver les tournures de la langue de l’\u00e9poque au Salvador, qui est un pays o\u00f9 il y a peu de travaux sur l\u2019histoire. Et par ailleurs, je n\u2019aime pas faire autant de recherches pour \u00e9crire un roman.<\/p>\n\n\n\n Le roman n’acquiert pas d’universalit\u00e9 si l’on n’a pas une vision un minimum g\u00e9n\u00e9rale de la fa\u00e7on dont les choses se passent. Je pense qu’il est tr\u00e8s difficile, si l’on vit dans un trou, de dire que ce n’est pas le paradis : il faut sortir du trou pour voir la dimension du trou, ce qu’il y a autour du trou et les certitudes, surtout quand on cr\u00e9e ses propres personnages pour qu’ils puissent \u00eatre vus au-del\u00e0 du trou. <\/p>\n\n\n\n Le travail sur la langue s’exprime dans un jeu d’\u00e9quilibre entre le local et l’universel de l’espagnol.<\/p>Horacio Castellanos Moya<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Cela ressemble au discours de quelqu’un qui vend de l’exotique. Je ne vois pas la litt\u00e9rature comme cela : il est vrai que la r\u00e9alit\u00e9 latino-am\u00e9ricaine est tr\u00e8s forte, sanglante, mais beaucoup de r\u00e9alit\u00e9s le sont, et dans le monde il y a toujours eu des civilisations qui ont v\u00e9cu avec elles. Je pense vraiment que cela arrive partout, ce n’est pas sp\u00e9cifique \u00e0 l’Am\u00e9rique latine.<\/p>\n\n\n\n Souvent, l’Am\u00e9rique latine est invraisemblable. Pour comprendre cela, il suffit d\u2019\u00e9crire que quelqu’un a essay\u00e9 de tuer Cristina Kirchner en appuyant cinq fois sur la g\u00e2chette du pistolet et qu’il a \u00e9chou\u00e9 parce qu’il avait oubli\u00e9 de charger l’arme au pr\u00e9alable ; ou si vous \u00e9crivez qu’au Japon, un type avec une arme qu’il a fabriqu\u00e9e dans son garage tue le premier ministre, qui n’avait pas de garde du corps. Les r\u00e9alit\u00e9s sont riches, o\u00f9 qu’elles se trouvent. L’une ou l’autre de ces deux situations pourrait para\u00eetre fictive, tout comme ce qui se passe au Salvador. <\/p>\n\n\n\n Je pense que, lorsque Garc\u00eda M\u00e1rquez \u00e9crit ces mots, il donne un contexte \u00e0 son \u0153uvre, mais pas \u00e0 l’\u0153uvre latino-am\u00e9ricaine. Il suffit de regarder tous les \u00e9crivains qui ont une vision du monde qui n’a rien \u00e0 voir avec ce romantisme.<\/p>\n\n\n\nCette pulsion ou ce besoin que vous \u00e9voquez peuvent-ils trouver une forme de satisfaction \u2014 au moins partielle, ce qui justifierait d’\u00e9crire d’autres romans ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Quelle a \u00e9t\u00e9 la force motrice au moment d’\u00e9crire ce qui est sans doute votre roman le plus c\u00e9l\u00e8bre, <\/strong>Le D\u00e9go\u00fbt<\/em><\/strong> ? R\u00e9trospectivement, quel r\u00f4le ce roman a-t-il jou\u00e9 dans votre \u0153uvre : peut-on dire qu\u2019il est central ? <\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Si vous n’aviez pas ce but <\/strong>a priori<\/em><\/strong>, ce r\u00e9sultat de \u00ab grande provocation nationale \u00bb dans la r\u00e9ception et la critique du roman a-t-il chang\u00e9 quelque chose dans la conception de vos publications ult\u00e9rieures ? <\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Diriez-vous que ce changement a \u00e9galement influenc\u00e9 la mani\u00e8re dont vous en \u00eates venu \u00e0 repr\u00e9senter la soci\u00e9t\u00e9 salvadorienne, d’un processus de repr\u00e9sentation depuis un \u00ab l’int\u00e9rieur \u00bb vers un \u00ab ext\u00e9rieur \u00bb ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Quel proc\u00e9d\u00e9 vous semble le plus int\u00e9ressant et le plus efficace dans la dynamique d’une histoire ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
En parlant de la g\u00e9ographie de la langue espagnole, vous avez dit que vos histoires sont \u00ab impr\u00e9gn\u00e9es \u00bb du Salvador. Comment trouver le juste \u00e9quilibre entre une couleur locale et l’universalit\u00e9 qu\u2019entend proposer le roman ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
En suivant votre m\u00e9taphore de cette esp\u00e8ce de grotte salvadorienne \u2014 ou latino-am\u00e9ricaine \u2014 diriez-vous qu’il existe une particularit\u00e9 latino-am\u00e9ricaine, comme Garc\u00eda M\u00e1rquez a pu le dire lorsqu’il a affirm\u00e9 que les \u00e9crivains latino-am\u00e9ricains n’avaient pas besoin d’imagination comme les \u00e9crivains europ\u00e9ens, car ils devaient seulement \u00e9crire et d\u00e9crire leur environnement et leur r\u00e9alit\u00e9 ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
On raconte que lorsqu\u2019Asturias \u00e9tait \u00e0 Paris, il aurait parl\u00e9 \u00e0 Val\u00e9ry de son projet de roman \u2014 <\/strong>Monsieur le Pr\u00e9sident<\/em><\/strong> \u2014 et ce dernier lui aurait r\u00e9pondu qu’il devait faire quelque chose de plus universel car personne ne s\u2019int\u00e9resserait au Guatemala. Et de fait, le roman en question d\u2019Asturias se d\u00e9roule bien au Guatemala sans que cela soit n\u00e9cessairement explicite. N\u2019y a-t-il pas quelque chose de similaire dans <\/strong>Insensatez<\/em><\/strong> : l’histoire se d\u00e9roule bien s\u00fbr au Guatemala, mais en m\u00eame temps par certains aspects et moments, cela pourrait aussi \u00eatre, par exemple, le Salvador ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n