{"id":164608,"date":"2022-10-24T13:12:33","date_gmt":"2022-10-24T11:12:33","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=164608"},"modified":"2022-10-24T16:41:59","modified_gmt":"2022-10-24T14:41:59","slug":"il-faudra-shabituer-a-gerer-plusieurs-crises-a-la-fois-une-conversation-avec-gayle-smith","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/10\/24\/il-faudra-shabituer-a-gerer-plusieurs-crises-a-la-fois-une-conversation-avec-gayle-smith\/","title":{"rendered":"\u00ab Il faudra s\u2019habituer \u00e0 g\u00e9rer plusieurs crises \u00e0 la fois \u00bb, une conversation avec Gayle Smith"},"content":{"rendered":"\n
Ce texte est disponible en anglais<\/a> sur le site du Groupe d’\u00e9tudes g\u00e9opolitiques.<\/em><\/p>\n\n\n\n Il est \u00e9norme. Il met notamment en \u00e9vidence l’une des principales difficult\u00e9s de la coop\u00e9ration internationale : les ressources destin\u00e9es au d\u00e9veloppement sont limit\u00e9es, les fonds militaires ne le sont pas.<\/p>\n\n\n\n Le montant total des fonds allou\u00e9s \u00e0 la coop\u00e9ration \u00e9conomique est fixe et, par cons\u00e9quent, une grande partie de l’aide va \u00e0 l’Ukraine \u2013 \u00e0 juste titre \u2013, mais la taille du g\u00e2teau n’augmente pas. Il s’agit donc de prendre une quantit\u00e9 limit\u00e9e de ressources, d\u00e9j\u00e0 mises \u00e0 rude \u00e9preuve, et de les \u00e9tirer encore davantage.<\/p>\n\n\n\n La communaut\u00e9 internationale doit r\u00e9agir comme elle le fait \u00e0 l’agression de la Russie contre l\u2019Ukraine, mais nous avons toujours des conflits chroniques en Syrie, en Afrique du Nord, en \u00c9thiopie, au Soudan ou au Y\u00e9men. L’Afghanistan a des besoins \u00e9normes, le Pakistan a subi cet \u00e9t\u00e9 des inondations d\u00e9vastatrices. Nous avons une demande croissante et une offre nettement inf\u00e9rieure. L’un des principaux impacts sur la coop\u00e9ration internationale est la forte pression sur le montant limit\u00e9 de ces aides.<\/p>\n\n\n\n Le montant total des fonds allou\u00e9s \u00e0 la coop\u00e9ration \u00e9conomique est fixe et, par cons\u00e9quent, une grande partie de l’aide va \u00e0 l’Ukraine \u2013 \u00e0 juste titre \u2013, mais la taille du g\u00e2teau n’augmente pas.<\/p>Gayle Smith<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Il y a un deuxi\u00e8me aspect : en 2015, lorsque l’Europe a connu un afflux important de demandeurs d\u2019asile, qui cherchaient \u00e0 fuir la guerre en Syrie, certains pays ont \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s r\u00e9actifs, mais d’autres ont \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s r\u00e9ticents \u00e0 l\u2019accueil. Cela a marqu\u00e9 le d\u00e9but des prises de position anti-r\u00e9fugi\u00e9s et anti-immigration tr\u00e8s fortes dans de nombreuses r\u00e9gions du monde. Dans le cas de l’Ukraine, la bonne nouvelle est que la r\u00e9ception et l’accueil des citoyens ukrainiens fuyant la guerre s’est tr\u00e8s bien pass\u00e9e. N\u00e9anmoins, ce n’est pas le cas pour d’autres r\u00e9fugi\u00e9s provenant d’autres pays. Ensuite, beaucoup de pays utilisent maintenant l’aide au d\u00e9veloppement international et l’aide humanitaire pour les r\u00e9fugi\u00e9s dans leur propre pays. Cela r\u00e9duit encore plus l’offre globale et il est tr\u00e8s facile pour les observateurs de dire ou de sugg\u00e9rer que les Ukrainiens sont aid\u00e9s au d\u00e9triment des autres.<\/p>\n\n\n\n Ce n’est pas du tout mon avis. Je crois que nous devons augmenter le volume des fonds et faire preuve de la m\u00eame souplesse que pour l’aide militaire. La situation l’exige. Nous ne devons pas avoir un d\u00e9compte limit\u00e9 pour l’aide humanitaire et \u00e9conomique.<\/p>\n\n\n\n Il y a toujours le risque que le monde n\u2019arrive pas \u00e0 g\u00e9rer plus d’une crise \u00e0 la fois et si vous regardez autour de vous en ce moment, il y a de multiples crises qui doivent \u00eatre g\u00e9r\u00e9es. Le conflit en Ukraine vient s’ajouter \u00e0 cette liste. Mais d\u00e9tourne-t-il vraiment l’attention ? Dans une certaine mesure, oui. Toutefois, c’est un faux choix que de se demander si nous devons aider le peuple ukrainien ou plut\u00f4t financer la sant\u00e9 mondiale et la lutte contre le changement climatique. Nous devons trouver un moyen de faire les deux.<\/p>\n\n\n\n Il y a toujours le risque que le monde n\u2019arrive pas \u00e0 g\u00e9rer plus d’une crise \u00e0 la fois.<\/p>Gayle smith<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Il s’agit en effet d’une augmentation tr\u00e8s modeste ! D’autant plus que la demande augmente depuis des ann\u00e9es, notamment la demande d’aide humanitaire. Nous devons prendre plus en compte le fait que de nombreux conflits dans le monde sont chroniques.<\/p>\n\n\n\n Il est toujours mauvais de supposer que les \u00c9tats vont suivre nos orientations. Il est toujours plus sage de demander d’abord. <\/p>\n\n\n\n Nous avons eu tort de croire, apr\u00e8s le vote, que tant de pays soutenaient la Russie. C’est une simplification excessive de supposer que leur vote \u00e9tait le reflet d’un soutien explicite \u00e0 Moscou. La r\u00e9alit\u00e9 est tr\u00e8s complexe. J’ai parl\u00e9 avec plusieurs dirigeants de pays en voie de d\u00e9veloppement et leur priorit\u00e9 est de g\u00e9rer l’impact de la guerre. Pour vous donner un exemple, les prix des engrais sont mont\u00e9s en fl\u00e8che. Certains pays peuvent estimer que l’invasion russe de l\u2019Ukraine est tout \u00e0 fait r\u00e9pr\u00e9hensible, mais selon eux la guerre doit prendre fin surtout parce qu’ils ne peuvent pas se permettre le co\u00fbt des denr\u00e9es alimentaires et de l’\u00e9nergie. <\/p>\n\n\n\n Ce qui a \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 de nombreux observateurs, c’est que si vous regardez le conflit du point de vue d’un pays \u00e0 revenu faible ou interm\u00e9diaire, qui d\u00e9pend dans une certaine mesure des pays europ\u00e9ens, dans une certaine mesure de la Chine et de la Russie, il est tr\u00e8s difficile de se positionner. C’est la premi\u00e8re raison pour laquelle nous avons eu tort. Certains pays sont trop pauvres pour choisir leur camp. <\/p>\n\n\n\n L’une des d\u00e9clarations les plus \u00e9loquentes sur l’\u00e9tat du monde a \u00e9t\u00e9 faite par le repr\u00e9sentant permanent du Kenya<\/a>. Elle \u00e9tait excellente sur les droits et les torts et sur la signification historique du conflit.<\/p>\n\n\n\n Si vous regardez le conflit du point de vue d’un pays \u00e0 revenu faible ou interm\u00e9diaire, qui d\u00e9pend dans une certaine mesure des pays europ\u00e9ens, dans une certaine mesure de la Chine et de la Russie, il est tr\u00e8s difficile de se positionner.<\/p>Gayle smith<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n En outre, il existe une crainte que nous entrions dans une nouvelle \u00e8re tr\u00e8s semblable \u00e0 celle de la guerre froide<\/a>. Les pays h\u00e9sitent \u00e0 choisir leur camp. Je crois que s’il s’agissait d’un vote secret, il aurait \u00e9t\u00e9 massivement contre l’invasion. Certains ont tendance \u00e0 voir cela comme la r\u00e9-\u00e9mergence du mouvement des non-align\u00e9s<\/a>. Pendant la guerre froide, le non-alignement traduisait le rejet de l’imp\u00e9rialisme. C’\u00e9tait un positionnement tr\u00e8s politique. Aujourd’hui, les pays peuvent \u00ab se non-aligner \u00bb mais je ne pense pas qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019une position politique. C’est tr\u00e8s pratique. La plupart des dirigeants africains pensent que la Russie est hors de contr\u00f4le et ce qui se passe en Ukraine est tout \u00e0 fait effroyable.<\/p>\n\n\n\n Certains d’entre eux pourraient dire que nous devrions \u00e9galement nous int\u00e9resser aux conflits en Afrique, dont personne ne semble se soucier, mais qui sont sans doute aussi graves. Lavrov passe son temps \u00e0 chercher du soutien sur le continent africain. On assiste \u00e0 une \u00e9norme bataille g\u00e9opolitique entre la Russie et l’Occident et les Africains ne veulent tout simplement pas se retrouver au milieu. Je crains que leur position ne soit sur-interpr\u00e9t\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n Aujourd’hui, les pays peuvent \u00ab se non-aligner \u00bb mais je ne pense pas qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019une position politique.<\/p>Gayle smith<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Il serait dommage que des \u00c9tats d\u00e9cident de r\u00e9duire leur aide au d\u00e9veloppement parce qu’un pays s’est abstenu lors d’un vote aux Nations-Unies. Quelqu’un m’a dit une fois \u00ab parlez aux gens l\u00e0 o\u00f9 ils sont et non l\u00e0 o\u00f9 vous pensez qu’ils devraient \u00eatre \u00bb. Si le but de notre aide au d\u00e9veloppement est de pousser les pays \u00e0 voter comme nous, on pourrait simplement leur donner un ch\u00e8que et leur dire comment voter au prochain Conseil de s\u00e9curit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n Ils doivent engager un dialogue. Nous devons parler avec ces pays. La plupart d’entre eux nous diront que s’il s’agissait d’un vote secret, ils auraient absolument vot\u00e9 avec nous. La plupart d’entre eux pourrait nous dire aussi que nous ne devrions jamais prendre leur vote pour acquis, car ce serait de la condescendance.<\/p>\n\n\n\n Il est important d’engager une conversation sur la fa\u00e7on dont cela est interpr\u00e9t\u00e9 diff\u00e9remment. Les pays africains sont t\u00e9moins du r\u00e9alignement du monde. Le sommet Union europ\u00e9enne \u2013 Union africaine du f\u00e9vrier dernier a \u00e9t\u00e9 positif, mais est-ce que cette premi\u00e8re impulsion se transformera en quelque chose qui pourrait avoir la profondeur et la port\u00e9e en termes de financement par rapport \u00e0 la relation entre les pays africains et la Chine ? La plupart d’entre eux pr\u00e9f\u00e9reraient peut-\u00eatre avoir cette relation avec l’Europe et les \u00c9tats-Unis. Mais nous n’avons pas investi les m\u00eames capitaux que la Chine.<\/p>\n\n\n\n Ce dialogue doit s’inscrire dans une conversation plus longue sur la fa\u00e7on dont ils voient le monde en ce moment fragment\u00e9 et dangereux, et comment ils le voient dans les 25 prochaines ann\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n Nous n’avons pas une longue tradition de d\u00e9lib\u00e9rations strat\u00e9giques entre les pays les plus riches du monde et les pays les plus pauvres. Le dialogue existe, mais le type de conversation strat\u00e9gique qui a lieu, par exemple, entre les \u00c9tats membres de l’OTAN, est tr\u00e8s diff\u00e9rent. <\/p>\n\n\n\n Un \u00e9minent chef d’entreprise africain m’a dit qu’il \u00e9tait tr\u00e8s inquiet de l’impact de la guerre en Ukraine sur les prix des denr\u00e9es alimentaires et des engrais et de ses retomb\u00e9es \u00e9conomiques. Il m’a dit qu’il ne savait pas \u00e0 qui parler et o\u00f9 avoir la conversation, car il ne s’agit pas d’une simple r\u00e9union, mais d’un dialogue strat\u00e9gique qui porte sur les d\u00e9pendances du monde. Il ne s’agit pas d’une conversation sur la fa\u00e7on dont nous pouvons fournir plus de nourriture au Programme alimentaire mondial, mais d’une conversation de fonds, \u00e0 plus long terme.<\/p>\n\n\n\n Je pense que le G7 doit entamer une s\u00e9rie de conversations strat\u00e9giques avec l’Afrique, l’Am\u00e9rique latine et l’Asie. Et pas seulement une fois, pas une r\u00e9union de deux heures avec des points de discussion. Ils doivent se r\u00e9unir dans la m\u00eame pi\u00e8ce pour d\u00e9finir ce que la guerre en Ukraine signifie, ce qu\u2019elle change aux dynamiques internationales et d\u00e9cider de ce que nous devons faire. Ce type de conversation strat\u00e9gique est important. Elle commence \u00e0 avoir lieu, mais seulement par petits bouts pour l\u2019instant.<\/p>\n\n\n\n Je pense que le G7 doit entamer une s\u00e9rie de conversations strat\u00e9giques avec l’Afrique, l’Am\u00e9rique latine et l’Asie.<\/p>Gayle smith<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Si l’on consid\u00e8re par exemple la question des vaccins, je dirais que non. Le monde a essay\u00e9 de cr\u00e9er, par le biais de Covax, un m\u00e9canisme qui pourrait r\u00e9pondre, en partie, \u00e0 la question des biens publics mondiaux. L’initiative a eu quelques succ\u00e8s, mais elle s’est av\u00e9r\u00e9e insuffisante pour r\u00e9soudre les probl\u00e8mes les plus importants. <\/p>\n\n\n\n La discussion int\u00e9ressante sur les biens publics mondiaux concerne actuellement la Banque mondiale. La secr\u00e9taire d’\u00c9tat Janet Yellen a lanc\u00e9 l’un des premiers appels \u00e0 la r\u00e9forme des banques de d\u00e9veloppement il y a quelques mois, et elle a indiqu\u00e9 que la banque devait trouver un moyen de g\u00e9rer les biens publics mondiaux. Dans le cas du vaccin Covid, la Banque mondiale n’a pas pu jouer un r\u00f4le tr\u00e8s efficace car elle est archa\u00efque. <\/p>\n\n\n\n Nous disposons de certaines institutions qui pourraient assurer cette fonction, mais je ne pense pas que nous ayons suffisamment exerc\u00e9 leurs muscles. Covax \u00e9tait une excellente id\u00e9e, mais personne ne garantissait que l’initiative obtiendrait 20 % des vaccins sur le march\u00e9. Les entreprises \u00e9taient libres de vendre ou non. Si nous voulons g\u00e9rer les biens publics mondiaux, nous devons concevoir une approche plus d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n Je ne le pense pas. La Chine r\u00e9fl\u00e9chit \u00e0 la mani\u00e8re d’alimenter son \u00e9conomie au cours des 25 prochaines ann\u00e9es. Le projet de Nouvelles routes de la soie est un \u00e9l\u00e9ment important de cette strat\u00e9gie plus vaste. Je ne pense pas que nous, Occidentaux, pensions aux 25 prochaines ann\u00e9es de la m\u00eame mani\u00e8re, car si c’\u00e9tait le cas, nous aurions une relation plus profonde et plus strat\u00e9gique avec l’Afrique. La relation avec l’Am\u00e9rique latine serait diff\u00e9rente. Ensuite, nous avons tendance \u00e0 nous servir du pass\u00e9, alors que la Chine est un acteur relativement nouveau.<\/p>\n\n\n\n Non, elle devient tr\u00e8s difficile \u00e0 g\u00e9rer et il y a un certain nombre de r\u00e9actions n\u00e9gatives. Mais la Chine a toujours tendance \u00e0 apprendre et \u00e0 pr\u00eater attention aux \u00e9volutions. Je ne dirais pas que c’est un \u00e9chec. Je dirais plut\u00f4t qu’il faudra proc\u00e9der \u00e0 des ajustements radicaux pour la rendre durable. Toutefois, elle a eu un impact. Il faut \u00e9videmment parler de la qualit\u00e9 des projets, mais au moins, on a vu \u00e9merger toutes sortes d’infrastructures qui n’existaient pas auparavant, que nous ne finan\u00e7ons pas sur nos march\u00e9s de capitaux.<\/p>\n\n\n\n Je pense que la dimension r\u00e9gionale en Afrique est plus forte qu’elle ne l’a jamais \u00e9t\u00e9, et ce de mani\u00e8re tr\u00e8s positive. Regardez la zone de libre-\u00e9change continentale. Lorsque les objectifs de d\u00e9veloppement durable ont \u00e9t\u00e9 n\u00e9goci\u00e9s, l’Afrique est arriv\u00e9e avec une position commune qui avait \u00e9t\u00e9 approuv\u00e9e par les chefs d’\u00c9tat. Lorsque la r\u00e9forme des op\u00e9rations de maintien de la paix a \u00e9t\u00e9 inscrite \u00e0 l’ordre du jour des Nations unies, l’Afrique a pr\u00e9sent\u00e9 une position commune, en raison de sa situation unique \u2014 les troupes africaines se trouvaient pour la plupart en premi\u00e8re ligne des missions de maintien de la paix.<\/p>\n\n\n\n On voit \u00e9merger une conscience r\u00e9gionale. C’est une question de s\u00e9curit\u00e9, d’\u00e9conomie, mais aussi de confiance.<\/p>Gayle smith<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Au cours des derni\u00e8res ann\u00e9es, avant un sommet du G7 ou du G20, derri\u00e8re la pr\u00e9sidence de l’Union africaine, un certain nombre de dirigeants africains se sont syst\u00e9matiquement r\u00e9unis pour d\u00e9finir la position de l’Afrique. Pendant la pand\u00e9mie, le continent a cr\u00e9\u00e9 une plateforme de cha\u00eene d’approvisionnement pour l’Afrique et les Cara\u00efbes et a mis en place son fonds d’acquisition de vaccins.<\/p>\n\n\n\n On voit \u00e9merger une conscience r\u00e9gionale. C’est une question de s\u00e9curit\u00e9, d’\u00e9conomie, mais aussi de confiance.<\/p>\n\n\n\n Le fait que l’Afrique travaille en bloc est l’une des tendances les plus significatives sur la sc\u00e8ne mondiale. En termes de votes, c’est un grand bloc. Lorsqu’ils ont pr\u00e9sent\u00e9 des positions communes, ils ont eu une r\u00e9elle influence. L’Afrique a beaucoup plus de poids politique en tant que bloc.<\/p>\n\n\n\n Les pays africains sont venus au sommet avec l’espoir que si nous parlons d’un nouveau partenariat, il faut vraiment que ce soit un nouveau partenariat. Il ne doit pas s’agir d’une relation de type donateur-b\u00e9n\u00e9ficiaire. Ils sont venus avec l’id\u00e9e que nous devions commencer \u00e0 parler d’une relation entre \u00e9gaux. <\/p>\n\n\n\n Je pense aussi qu’il y a beaucoup de dignit\u00e9. Ce que j’ai trouv\u00e9 int\u00e9ressant dans ce sommet, apr\u00e8s avoir v\u00e9cu l’exp\u00e9rience de l’allocation des vaccins pendant la pand\u00e9mie, c’est qu’il a \u00e9t\u00e9 question de souverainet\u00e9 sanitaire. Ils ne veulent pas \u00eatre \u00e0 nouveau d\u00e9pendants en cas de crise. C’est une tendance positive que nous avons \u00e9t\u00e9 un peu lents \u00e0 reconna\u00eetre. Nous devrions garder les yeux ouverts sur la COP27 car je pense qu’avec l’\u00c9gypte \u00e0 la man\u0153uvre, l’Afrique va arriver avec une position plus forte.<\/p>\n\n\n\n J’h\u00e9siterais \u00e0 parler au nom des Africains. J’ai entendu dire, apr\u00e8s le sommet, qu’il y avait une prise de conscience du c\u00f4t\u00e9 europ\u00e9en. De mon point de vue, quelques mois avant le sommet, il semblait que les r\u00e9sultats allaient \u00eatre un peu d\u00e9cevants, mais ils se sont av\u00e9r\u00e9s bien meilleurs que pr\u00e9vu.<\/p>\n\n\n\n Les retours que j\u2019ai eus de la part des Africains vont dans ce sens : les Europ\u00e9ens commencent \u00e0 comprendre. Regardez, par exemple, la n\u00e9cessit\u00e9 de remplacer le gaz russe. Il y a deux fa\u00e7ons d’y parvenir : il pourrait y avoir des conversations individuelles entre les pays europ\u00e9ens et les pays africains ou une conversation entre l’Europe et l’Afrique de l’Ouest. L’une de ces voies est un peu plus strat\u00e9gique que l’autre et un peu plus ax\u00e9e sur le long terme mais il semble que, jusqu’\u00e0 pr\u00e9sent, l’Europe ait du mal \u00e0 penser strat\u00e9giquement.<\/p>\n\n\n\n Lorsque je suis retourn\u00e9e au d\u00e9partement d’\u00c9tat, j’ai vu que d’autres r\u00e9gions \u00e9taient tr\u00e8s int\u00e9ress\u00e9es par ce que l’Afrique faisait en termes de cha\u00eene d’approvisionnement et d’achat de vaccins et qu’il y avait un int\u00e9r\u00eat \u00e0 r\u00e9pliquer le mod\u00e8le en Am\u00e9rique latine et dans la r\u00e9gion de l\u2019ASEAN.<\/p>\n\n\n\n Les blocs r\u00e9gionaux sont susceptibles de se d\u00e9velopper davantage dans un sens politique, mais l’Afrique est bien mieux \u00e9quip\u00e9e.<\/p>Gayle smith<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Des discussions ont donc eu lieu, des d\u00e9l\u00e9gations ont \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9es en Afrique. L’Afrique a toutefois davantage besoin de s’unir politiquement en tant que bloc pour se hisser sur la sc\u00e8ne internationale, un besoin plus per\u00e7u en tout cas que celui de l\u2019ASEAN ou de l’Am\u00e9rique latine. Les blocs r\u00e9gionaux sont susceptibles de se d\u00e9velopper davantage dans un sens politique, mais l’Afrique est bien mieux \u00e9quip\u00e9e, et a une capacit\u00e9 \u00e0 penser strat\u00e9giquement sur ce sujet.<\/p>\n\n\n\n Il faut du dialogue. Je ne sais pas si les agences de notation sont aussi rigides qu’on le dit. Peut-\u00eatre qu’il est tout \u00e0 fait possible de dire \u00ab prenons tous un peu de recul \u00bb.<\/p>\n\n\n\n Si vous regardez leur analyse du risque que les investisseurs peuvent supporter \u2013 l’une dit 11 %, d’autres 40 %, ce qui n’a pas beaucoup de sens. Il pourrait y avoir un dialogue pour voir si les proc\u00e9dures op\u00e9rationnelles standard des agences de notation de cr\u00e9dit s’appliquent r\u00e9ellement aux circonstances de ces pays.<\/p>\n\n\n\n Concernant une agence de notation de cr\u00e9dit africaine, les march\u00e9s financiers am\u00e9ricains ne l\u2019accepteraient pas. Cependant, l’Afrique a de bons ant\u00e9c\u00e9dents en mati\u00e8re de mesure et d’obligation de progr\u00e8s, car elle l’a fait en grande partie dans le domaine de l’agriculture et dans d’autres domaines, dans le cadre d’examens par les pairs, o\u00f9 certains pays ont accept\u00e9 d’\u00eatre \u00e9valu\u00e9s par d’autres Africains. Ces \u00e9valuations ont incit\u00e9 les pays \u00e0 s’am\u00e9liorer. La volont\u00e9 que ces pays soient performants est tout aussi forte, sinon plus, sur le continent qu’\u00e0 Bruxelles ou \u00e0 Washington. Il serait donc int\u00e9ressant de se demander \u00e0 quoi ressemblerait une agence africaine de notation. <\/p>\n\n\n\n D’une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, il devrait probablement y avoir plus d’agences de notation que seulement trois, qui sont toutes venues du nord et des \u00e9conomies riches et d\u00e9velopp\u00e9es. Au niveau mondial, il est probablement judicieux d’avoir un meilleur \u00e9quilibre.<\/p>\n\n\n\n Il n’est pas aussi efficace qu’il l’a \u00e9t\u00e9 par le pass\u00e9. Mais il est plus n\u00e9cessaire que jamais. La r\u00e9ponse \u00e0 la pand\u00e9mie a \u00e9t\u00e9 extr\u00eamement difficile. Il est compliqu\u00e9 de r\u00e9unir les pays en raison des rapports de force et de la fragmentation du syst\u00e8me mondial. Les \u00c9tats se replient sur eux-m\u00eames. Ils se concentrent sur des accords bilat\u00e9raux. Nous pouvons esp\u00e9rer que cela suffira et que nous serons pr\u00eats pour la prochaine crise \u2014 mais nous risquons d\u2019\u00eatre confront\u00e9s \u00e0 de nombreuses failles.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":" Alors que l\u2019invasion de l\u2019Ukraine par la Russie a provoqu\u00e9 un choc mondial et r\u00e9v\u00e9l\u00e9 les fractures entre pays riches et les pays en voie de d\u00e9veloppement, la pr\u00e9sidente de l\u2019ONG ONE plaide dans cet entretien exclusif pour une transformation des organisations de coop\u00e9ration en forums strat\u00e9giques.<\/p>\n","protected":false},"author":10,"featured_media":164611,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"templates\/post-interviews.php","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_trash_the_other_posts":false,"footnotes":""},"categories":[1727],"tags":[],"staff":[3049,1697],"editorial_format":[],"serie":[],"audience":[],"geo":[1917],"class_list":["post-164608","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-economie","staff-mario-pezzini","staff-ramona-bloj","geo-europe"],"acf":{"open_in_webview":false,"accent":false},"yoast_head":"\nQuel est l’impact de la guerre en Ukraine sur la coop\u00e9ration internationale ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
L’aide publique au d\u00e9veloppement a augment\u00e9 de moins de 5 % l’ann\u00e9e derni\u00e8re malgr\u00e9 la pand\u00e9mie de Covid-19 et l’all\u00e8gement des dettes a \u00e9t\u00e9 faible…<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Sur le conflit en Ukraine, les pays d’Afrique et d’Am\u00e9rique latine <\/strong>ne se sont pas align\u00e9s automatiquement sur le positionnement des pays occidentaux<\/strong><\/a> comme la plupart des d\u00e9cideurs politiques europ\u00e9ens l’avaient esp\u00e9r\u00e9. <\/strong>Qu\u2019avons-nous mal compris<\/strong><\/a> ? <\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Quelles pourraient \u00eatre les cons\u00e9quences de ce nouveau non-alignement ? <\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Quelle devrait \u00eatre la position des Occidentaux ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Nous avons besoin de structures pour que cette conversation puisse avoir lieu. O\u00f9 peut-on vraiment \u00e9couter les pays africains ou les pays d’Am\u00e9rique latine et discuter avec eux ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Lorsqu’il s’agit de biens publics mondiaux, comme la sant\u00e9 et l’environnement, avons-nous les bonnes organisations, les bons forums pour y r\u00e9pondre ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
En 2009, la Chine est devenue le premier partenaire commercial de l’Afrique, et le premier partenaire des pays d’Am\u00e9rique latine comme l’Argentine, le Chili, le Br\u00e9sil, le P\u00e9rou. Nos gouvernements ont-ils pris conscience que cette transformation \u00e9tait en cours ? <\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Mais est-ce que l’initiative des Nouvelles routes de la soie est encore une option r\u00e9aliste pour la Chine pour garantir son d\u00e9veloppement \u00e9conomique \u00e0 l’avenir ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Pensez-vous que l’Afrique en tant que continent, notamment dans sa dimension r\u00e9gionale, prend de plus en plus d’importance au niveau international ? <\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Comment cela a-t-il jou\u00e9 lors du sommet Union europ\u00e9enne-Union africaine ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Avez-vous le sentiment que les Europ\u00e9ens ont \u00e9galement commenc\u00e9 \u00e0 voir l’Afrique comme un partenaire possible parce qu’ils ont besoin, par exemple, de d\u00e9localiser et de diversifier les cha\u00eenes d’approvisionnement et de diversifier les sources d’approvisionnement en \u00e9nergie ? Ce changement est-il \u00e9galement per\u00e7u du c\u00f4t\u00e9 africain ? <\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Et l’Am\u00e9rique latine ? <\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Les droits de tirage sp\u00e9ciaux n’ont pas \u00e9t\u00e9 redistribu\u00e9s comme promis, ce qui obligera, de plus en plus, les pays africains \u00e0 se tourner vers les march\u00e9s, o\u00f9 la notation compte beaucoup. Quelle serait la bonne approche pour surmonter ce probl\u00e8me \u00e9vident ? Certains \u00e9viquent la cr\u00e9ation d’une agence de notation africaine.<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Est-ce que le multilat\u00e9ralisme reste efficace dans un monde domin\u00e9 par les politiques de puissance ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n