Pour quelles raisons avez-vous d\u00e9cid\u00e9 de quitter Tesla pour fonder Northvolt ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\nJe n\u2019ai pas quitt\u00e9 Tesla dans le but de cr\u00e9er Northvolt, mais dans les mois qui ont suivi mon d\u00e9part de Tesla, nous avons commenc\u00e9 \u00e0 jeter les premi\u00e8res bases de Northvolt. On venait de l\u2019exp\u00e9rience de la planification de Gigafactory 1 au Nevada. Tesla n\u2019avait pas l\u2019intention, \u00e0 cette \u00e9poque, de commencer \u00e0 produire des batteries elle-m\u00eame, consciente de la complexit\u00e9 du produit, de l\u2019intensit\u00e9 des investissements requis et de la p\u00e9nurie des comp\u00e9tences disponibles. Toutefois, en 2013, lorsque nous avons esquiss\u00e9 le premier business plan pour la Model 3, nous avons pris conscience que la production mondiale de batteries au lithium correspondait \u00e0 ce que au volume annuel consomm\u00e9 par ce mod\u00e8le. Il n\u2019y avait pas d\u2019alternative : soit nous prenions en main notre destin, soit Model 3 ne voyait pas le jour. C\u2019est ainsi que naquit Gigafactory 1, une collaboration entre Tesla et Panasonic. En 2016, alors qu\u2019on \u00e9tudiait le projet que serait devenu Northvolt, le monde de l\u2019automobile \u00e9tait en plein scandale du dieselgate<\/em>. Volkswagen cherchait d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment \u00e0 se refaire une image, Herbert Diess (PDG de Volkswagen \u00e0 l\u2019\u00e9poque) prenait des d\u00e9cisions courageuses et drastiques, en misant tout sur l’\u00e9lectrique. BMW, Daimler et Porsche suivirent et les annonces se multipli\u00e8rent exactement au moment o\u00f9 nous commen\u00e7ions un roadshow<\/em> pour rencontrer les comit\u00e9s ex\u00e9cutifs des principales entreprises du secteur en Europe. Rapidement, nous nous sommes rendu compte d\u2019une chose vertigineuse : l\u2019industrie n\u2019avait aucune id\u00e9e des risques et de la complexit\u00e9 de la supply chain<\/em> des batteries. Or nous pouvions compter non seulement sur nos id\u00e9es, mais aussi sur une certaine cr\u00e9dibilit\u00e9 : nous faisions partie de l\u2019\u00e9quipe de direction qui avait l\u00e9gitim\u00e9 Tesla.<\/p>\n\n\n\nL\u2019id\u00e9e \u00e9tait et reste simple : cr\u00e9er le produit le plus durable au monde en kilogramme de CO2 \u00e9mis par kilowattheure et int\u00e9grer verticalement une grande partie de la synth\u00e8se des mati\u00e8res actives pour obtenir un avantage concurrentiel. La production de batteries et encore plus celle de mat\u00e9riaux actifs n\u00e9cessitent beaucoup d’\u00e9nergie. Nous avons cherch\u00e9 des emplacements pour nos usines l\u00e0 o\u00f9 l’\u00e9nergie est 100 % hydro\u00e9lectrique et l’une des moins ch\u00e8res du monde. C’est l’une des principales raisons qui expliquent que nous nous soyons \u00e9tablis en Su\u00e8de.<\/p>\n\n\n\n
La plus grande chance que nous ayons eu est d’avoir \u00e9t\u00e9 les premiers \u00e0 int\u00e9grer l’importance de l’empreinte carbone du produit : c’est pourquoi nous avons pu nous positionner trois ou quatre ans avant les autres. Le march\u00e9 est \u00e9norme et il y a encore de la place pour la croissance, nous sommes loin d’une situation de saturation de la demande. Le plus grand obstacle est de pouvoir cro\u00eetre organiquement mais en structurant l’entreprise, qui est pass\u00e9e de 2 000 \u00e0 4 000 personnes en 5 ans, compte 114 nationalit\u00e9s diff\u00e9rentes et op\u00e8re dans 5 pays et sur deux continents. Le plus grand obstacle, c’est nous-m\u00eames. C\u2019est-\u00e0-dire notre capacit\u00e9 \u00e0 \u00e9voluer sans recourir \u00e0 la force brute mais avec finesse, en utilisant la force de l’adversaire, comme dans les arts martiaux.<\/p>\n\n\n\nLa production de batteries et encore plus celle de mat\u00e9riaux actifs n\u00e9cessitent beaucoup d’\u00e9nergie. Nous avons cherch\u00e9 des emplacements pour nos usines l\u00e0 o\u00f9 l’\u00e9nergie est 100 % hydro\u00e9lectrique et l’une des moins ch\u00e8res du monde. C’est l’une des principales raisons qui expliquent que nous nous soyons \u00e9tablis en Su\u00e8de.<\/p>Paolo Cerruti<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\nL’Union europ\u00e9enne s\u2019est dot\u00e9e de crit\u00e8res de r\u00e9duction des \u00e9missions qui ont suscit\u00e9 des discussions et des protestations dans l’industrie et les gouvernements, notamment en ce qui concerne la vente exclusive de voitures \u00e9lectriques. Quels seront les effets g\u00e9opolitiques des d\u00e9cisions r\u00e9glementaires europ\u00e9ennes \u00e0 court terme ? Quels aspects de la r\u00e9glementation et de la structure industrielle devraient \u00eatre modifi\u00e9s afin d’accro\u00eetre la comp\u00e9titivit\u00e9 europ\u00e9enne ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\nL’industrie qui a le plus protest\u00e9 contre ces mesures est celle des constructeurs automobiles qui ne sont pas pr\u00eats et dont les investissements sont limit\u00e9s, malgr\u00e9 la n\u00e9cessit\u00e9 de se conformer \u00e0 l’accord de Paris. La mobilit\u00e9 \u00e9lectrique est non seulement n\u00e9cessaire, mais aussi sup\u00e9rieure sur le plan technologique. C’est un meilleur produit pour le consommateur et nous assisterons donc \u00e0 un d\u00e9clin darwinien et inexorable du moteur \u00e0 combustion interne. Ce n’est qu’une question d’une dizaine d’ann\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n
Pour l\u2019industrie europ\u00e9enne, le risque est double. <\/p>\n\n\n\n
En premier lieu, une forte d\u00e9pendance par des fournisseurs qui font partie d\u2019un oligopole asiatique. Le risque est donc celui de la cr\u00e9ation d\u2019une grande vuln\u00e9rabilit\u00e9 de la fili\u00e8re parce que les gouvernements nationaux ont peu de prise sur les politiques d\u2019investissement de ces entreprises.<\/p>\n\n\n\n
En deuxi\u00e8me lieu, les batteries peuvent repr\u00e9senter 40 % du co\u00fbt de la production d\u2019une automobile et il y a donc une pr\u00e9occupation justifi\u00e9e qu\u2019une portion significative de la cr\u00e9ation de valeur se d\u00e9place. Or il est essentiel de pr\u00e9server et de d\u00e9velopper des champions nationaux qui permettent l\u2019av\u00e8nement d\u2019une ind\u00e9pendance technologique et industrielle. Cependant, je ne crois pas aux politiques de stimulation syst\u00e9matique sur le long terme. Les effets d’\u00e9chelle et le recyclage des batteries sont les clefs de la baisse du co\u00fbt des batteries \u2014 qui est le seul v\u00e9ritable obstacle \u00e0 la d\u00e9mocratisation de la mobilit\u00e9 \u00e9lectrique \u2014 mais pour d\u00e9clencher le syst\u00e8me, des politiques d’incitations, d’all\u00e8gements fiscaux et, surtout, d’accompagnement des investissements industriels sont indispensables.<\/p>\n\n\n\n
Par exemple, si l’on prend le cas de certains pays, comme l’Italie, le plus grand obstacle \u00e0 la mise en place d’un tissu productif \u00e0 grande \u00e9chelle est le co\u00fbt de l’\u00e9nergie, et cela \u00e9tait vrai bien avant la crise russe. La fabrication de batteries n\u00e9cessite une \u00e9norme quantit\u00e9 d’\u00e9nergie et, pour \u00eatre comp\u00e9titif, il faut rester en dessous de 60 euros par MWh. Mais une \u00e9nergie bon march\u00e9 ne suffit pas : l’\u00e9nergie doit \u00e9galement \u00eatre produite avec une empreinte carbone aussi faible que possible. Chez Northvolt, nous avons d\u00e9j\u00e0 r\u00e9duit de plus de moiti\u00e9 les \u00e9missions par kWh de capacit\u00e9 produite et r\u00e9duit \u00e0 z\u00e9ro les \u00e9missions de notre propre cycle de production. Ce qui reste, c’est la cha\u00eene d’approvisionnement. Et nous voulons atteindre une r\u00e9duction de 90 % des \u00e9missions de gaz \u00e0 effet de serre d’ici \u00e0 2030.<\/p>\n\n\n\nEn Italie, le plus grand obstacle \u00e0 la mise en place d’un tissu productif \u00e0 grande \u00e9chelle est le co\u00fbt de l’\u00e9nergie \u2014 et cela \u00e9tait vrai bien avant la crise russe.<\/p>Paolo Cerruti<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\nCompte tenu de la voie suivie par la Chine et de l’importance de la chimie \u00e9galement dans la cha\u00eene d’approvisionnement des semi-conducteurs, l’Union doit-elle r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 une r\u00e9industrialisation chimique ? <\/strong><\/h3>\n\n\n\nSans aucun doute, la r\u00e9industrialisation de la chimie en Europe est indispensable pour atteindre l’ind\u00e9pendance technologique dans les secteurs des batteries et des semi-conducteurs. Le travail minutieux que nous avons effectu\u00e9 chez Northvolt sur les cha\u00eenes d’approvisionnement profondes, c’est-\u00e0-dire la cartographie d\u00e9taill\u00e9e de tous les maillons de la cha\u00eene de valeur n\u00e9cessaires \u00e0 la fabrication des mat\u00e9riaux de batterie, montre que la d\u00e9pendance \u00e0 l’\u00e9gard de l’Asie \u2014 et en particulier de la Chine \u2014 est omnipr\u00e9sente. Or souvent, il n’existe pas de solutions de remplacement imm\u00e9diates.<\/p>\n\n\n\n
L’Europe a enfin ouvert les yeux. Le travail r\u00e9alis\u00e9 par Innoenergy et Diego Pavia pour sensibiliser la Commission et les dirigeants politiques est louable, mais l’infrastructure administrative est encore faible et son temps de r\u00e9action trop lent. L’Europe ne dispose pas elle-m\u00eame de fonds \u00e0 allouer et \u00e0 distribuer mais utilise le cadre IPCEI pour permettre aux \u00c9tats membres d’accorder des subventions directes aux consortiums priv\u00e9s. Ces subventions constituent une exception autoris\u00e9e aux r\u00e8gles de concurrence restrictives en vigueur \u2014 qui n’existent pas en Chine ou aux \u00c9tats-Unis, pour citer deux pays qui investissent des sommes astronomiques dans le d\u00e9veloppement acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 d’une cha\u00eene d’approvisionnement locale. Il en r\u00e9sulte que seuls les pays disposant de budgets importants peuvent se permettre de stimuler une nouvelle cha\u00eene d’approvisionnement. Sans surprise, l’Allemagne et la France figurent en t\u00eate de liste des d\u00e9penses.<\/p>\n\n\n\n
Ursula von der Leyen a d\u00e9clar\u00e9 que 2023 serait \u00ab l’ann\u00e9e europ\u00e9enne des comp\u00e9tences et de l’apprentissage tout au long de la vie \u00bb. Sur quoi devrait se fonder une strat\u00e9gie ambitieuse en mati\u00e8re de comp\u00e9tences pour la <\/strong>supply chain<\/em><\/strong> des batteries ? <\/strong><\/h3>\n\n\n\nLe probl\u00e8me auquel nous sommes confront\u00e9s en mati\u00e8re de batteries n’est pas un manque d’expertise scientifique exceptionnelle. Nous avons quelques-unes des meilleures universit\u00e9s et centres d’excellence acad\u00e9mique d’Europe. La p\u00e9nurie concerne les experts en conception et en industrialisation, les techniciens et les ouvriers qualifi\u00e9s. Il s’agit de disciplines qui, en r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, ne font pas l’objet de cours universitaires. Ce sont des savoir-faire que les entreprises gardent jalousement et enseignent sur le terrain, tout au long d’une carri\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n
Il faut repenser la mani\u00e8re dont les connaissances sont collect\u00e9es, formalis\u00e9es et distribu\u00e9es. Le d\u00e9fi consiste \u00e0 cr\u00e9er des cours qui permettent aux \u00e9tudiants d’assimiler en quelques mois ce qu’ils auraient appris en quelques ann\u00e9es en travaillant dans une entreprise. Plus de stages, plus d’\u00e9tudes en alternance, la revalorisation des fili\u00e8res professionnelles sont des outils parmi d’autres qui permettront de surmonter le plus grand obstacle auquel est confront\u00e9 ce secteur.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"
Composantes essentielles du futur \u00e9lectrique, les batteries font partie des produits les plus difficiles \u00e0 fabriquer. Alors que l’Union entend aujourd’hui favoriser ce secteur dans lequel elle accuse vingt ans de retard par rapport \u00e0 l’Asie, le co-fondateur de la premi\u00e8re gigafactory europ\u00e9enne nous fait entrer dans le syst\u00e8me d’une concurrence qui s’installe au c\u0153ur des capitalismes politiques.<\/p>\n","protected":false},"author":10,"featured_media":164097,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"templates\/post-angles.php","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_trash_the_other_posts":false,"_yoast_wpseo_estimated-reading-time-minutes":14,"footnotes":""},"categories":[1730],"tags":[],"staff":[2606],"editorial_format":[4944],"serie":[],"audience":[],"geo":[1917],"class_list":["post-164052","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-energie-et-environnement","staff-alessandro-aresu","editorial_format-actu-longues","geo-europe"],"acf":{"open_in_webview":false,"accent":false,"_thumbnail_id":164097,"excerpt":"Composantes essentielles du futur \u00e9lectrique, les batteries font partie des produits les plus difficiles \u00e0 fabriquer. Alors que l'Union entend aujourd'hui favoriser ce secteur dans lequel elle accuse vingt ans de retard par rapport \u00e0 l'Asie, le co-fondateur de la premi\u00e8re gigafactory europ\u00e9enne nous fait entrer dans le syst\u00e8me d'une concurrence qui s'installe au c\u0153ur des capitalismes politiques.","display_date":"","new_abstract":true},"yoast_head":"\n
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