{"id":163343,"date":"2022-10-13T17:55:17","date_gmt":"2022-10-13T15:55:17","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=163343"},"modified":"2022-10-13T17:55:18","modified_gmt":"2022-10-13T15:55:18","slug":"traduire-hitler-une-conversation-avec-olivier-mannoni","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/10\/13\/traduire-hitler-une-conversation-avec-olivier-mannoni\/","title":{"rendered":"\u00ab Traduire Hitler \u00bb, une conversation avec Olivier Mannoni"},"content":{"rendered":"\n

Vous \u00e9crivez qu\u2019au moment d’accepter la proposition de Fayard, vous aviez oubli\u00e9, \u00e0 force de travailler sur le Troisi\u00e8me Reich, que <\/strong>Mein Kampf <\/em><\/strong>n\u2019\u00e9tait pas une source comme les autres. Comprenez-vous les oppositions et les critiques qu\u2019a suscit\u00e9es cette entreprise de traduction ? Aurait-il fallu en publier une version uniquement accessible en ligne aux chercheurs, ou en limiter la vente strictement aux biblioth\u00e8ques ? Fallait-il restreindre l\u2019acc\u00e8s \u00e0 ce livre, ou au contraire donner \u00e0 lire sa d\u00e9construction ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Aujourd\u2019hui, j\u2019ai l\u2019avantage de pouvoir r\u00e9pondre \u00e0 cette question avec du recul. Elle s\u2019est effectivement beaucoup pos\u00e9e, notamment en 2016, lors de la premi\u00e8re vague de pol\u00e9mique autour de la sortie de cette nouvelle traduction de Mein Kampf<\/em>. Un remarquable historien, Andr\u00e9 Loez, mettait en garde contre le risque d\u2019une ru\u00e9e sur le livre, ce qui est une interrogation tout \u00e0 fait l\u00e9gitime. On sait qu\u2019en Allemagne, environ 80 000 exemplaires se sont vendus, ce qui est beaucoup, d\u2019autant plus que le livre n’existe plus l\u00e0-bas officiellement depuis 1945, et que personne n’y avait donc officiellement acc\u00e8s, bien qu’il soit en ligne absolument partout. En France, on doit aujourd\u2019hui avoisiner 15 000 exemplaires, ce qui est beaucoup moins. <\/p>\n\n\n\n

En Allemagne, nous avons pu savoir par des sondages aupr\u00e8s des libraires qui avait achet\u00e9 le volume : ce sont principalement des historiens, des chercheurs, des gens qui s’int\u00e9ressent \u00e0 l’histoire. Le risque, tout \u00e0 fait r\u00e9el, \u00e9tait que les gens s’emparent de l\u2019ouvrage par curiosit\u00e9 malsaine, qu\u2019ils se jettent dessus et le picorent, comme on l’a toujours fait \u2013 on trouve sur internet de nombreuses citations tronqu\u00e9es, on en reproduit des appels \u00e0 la haine sans parfois citer la source. Ainsi, la solution qui s\u2019\u00e9tait impos\u00e9e aux \u00e9ditions Fayard \u00e9tait de faire un livre qui ne soit pas accessible \u00e0 tout le monde. Tout d\u2019abord, c\u2019est un tr\u00e8s gros ouvrage, qui fait plus de mille pages et p\u00e8se plus de quatre kilos. Son prix \u00e9tait volontairement \u00e9lev\u00e9, pour que ceux qui l\u2019ach\u00e8tent le fassent pour des raisons l\u00e9gitimes. Enfin, la forme m\u00eame du livre en fait un antidote absolu \u00e0 la tentation de l\u2019utiliser \u00e0 titre de propagande. Dans Historiciser le mal<\/em>, la traduction de Mein Kampf<\/em> n\u2019occupe que le milieu des pages, entour\u00e9e par un gigantesque travail men\u00e9 par une \u00e9quipe d\u2019historiens pour d\u00e9construire le texte et montrer ce qu\u2019est ce livre, expliquer d\u2019o\u00f9 il venait, faire tout un travail qu\u2019on appellerait aujourd\u2019hui de fact checking<\/em>. Mein Kampf<\/em> est \u00e0 la fois un br\u00fblot id\u00e9ologique naus\u00e9abond, mais c\u2019est aussi un livre pseudo-autobiographique, dont beaucoup de gens se servaient par exemple pour soutenir que Hitler avait \u00e9t\u00e9 un h\u00e9ros pendant la Grande Guerre, l\u00e9gende que les historiens ont d\u00e9mont\u00e9e depuis longtemps. Chaque page du livre est en quelque sorte confront\u00e9e \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9, chaque propos est pass\u00e9 au crible de l\u2019analyse historienne.<\/p>\n\n\n\n

Aurait-il fallu une version en ligne ? Je r\u00e9pondrais, un peu par facilit\u00e9, que les versions en ligne existent et que c’est justement celles-l\u00e0 qui posent probl\u00e8me.  La solution qu\u2019ont trouv\u00e9e les \u00e9ditions Fayard, Sophie de Closets, puis Sophie Hogg et enfin Florent Brayard et son \u00e9quipe s\u2019est av\u00e9r\u00e9e intelligente et viable. Ce livre enserre le texte de Hitler, il l\u2019emp\u00eache de bouger et cherche \u00e0 d\u00e9magn\u00e9tiser au maximum son pouvoir de nuisance. Les biblioth\u00e8ques l\u2019ont toutes re\u00e7u gratuitement. Enfin, l\u2019objectif commercial est nul, puisque tous les b\u00e9n\u00e9fices sont revers\u00e9s \u00e0 la Fondation Auschwitz-Birkenau. Je crois que nous avons donc r\u00e9pondu \u00e0 ces interrogations, qui \u00e9taient tout \u00e0 fait l\u00e9gitimes, et qu\u2019elles nous ont aussi aid\u00e9s \u00e0 avancer dans notre travail, \u00e0 \u00eatre le plus rigoureux possible. <\/p>\n\n\n\n

En l\u2019\u00e9tat, je pense que ce livre est absolument inutilisable par toute personne qui voudrait faire l\u2019apologie d\u2019Hitler. <\/p>\n\n\n\n

Dans <\/strong>Traduire Hitler<\/em><\/strong>, vous revenez sur ce qu\u2019a repr\u00e9sent\u00e9 la t\u00e2che de traduire cet ouvrage et m\u00eame de le traduire \u00e0 deux reprises. Apr\u00e8s avoir rendu une premi\u00e8re version, les historiens de l\u2019\u00e9quipe d\u2019<\/strong>Historiciser le mal<\/em><\/strong> vous ont enjoint de rendre tout ce qu\u2019il y avait de \u00ab bourbeux, cribl\u00e9 de fautes souvent illisible, d’une syntaxe hasardeuse et truff\u00e9e de tournures obsessionnelles \u00bb dans l’original \u00e9crit par Hitler. Vous \u00e9crivez aussi que cette seconde version \u00e9tait une sorte de profanation de votre m\u00e9tier, et pourtant cet aspect du travail semble avoir \u00e9t\u00e9 crucial, et finalement plus riche. Comment expliquez-vous ce paradoxe ? <\/strong> <\/h3>\n\n\n\n

Lors de ma premi\u00e8re traduction, j\u2019\u00e9tais tout \u00e0 fait conscient du risque, m\u00eame en prenant de grandes pr\u00e9cautions, d\u2019appliquer \u00e0 un texte comme celui-ci les r\u00e8gles de la traduction. Par exemple, en allemand, une r\u00e9p\u00e9tition n\u2019a aucune importance, vous pouvez trouver dix fois le mot dans la m\u00eame page, tandis qu\u2019en fran\u00e7ais vous essaierez de ne pas l\u2019avoir plus de deux fois. Il y a des r\u00e8gles qu’on enseigne \u00e0 nos \u00e9l\u00e8ves et que connaissent tous les traducteurs, qui consistent \u00e0 adapter simplement la syntaxe d’un texte \u00e9tranger \u00e0 la syntaxe fran\u00e7aise, et donc \u00e0 gommer un certain nombre de choses : par exemple, il existe r\u00e9guli\u00e8rement des accumulations d\u2019adverbes qui sont tr\u00e8s courts en allemand, et tr\u00e8s longs en fran\u00e7ais. <\/p>\n\n\n\n

Ce travail-l\u00e0, je l’ai d\u2019abord men\u00e9 en essayant quand m\u00eame de garder le c\u00f4t\u00e9 confus du texte. Je n’avais franchement absolument aucune id\u00e9e de la mani\u00e8re dont on pouvait faire autrement. C\u2019est Florent Brayard qui m’a dit : voil\u00e0 ce que nous voulons faire en tant qu\u2019historiens pour travailler sur le livre. Il m\u2019a demand\u00e9 de restituer Mein Kampf<\/em>, non pas en mot \u00e0 mot car cela n\u2019aurait eu absolument aucun sens, mais dans une traduction au plus pr\u00e8s du texte et qui restitue la totalit\u00e9 de ses d\u00e9fauts. En me remettant \u00e0 cet immense travail, j\u2019ai red\u00e9couvert ce qu\u2019\u00e9tait ce texte, en ne dissociant plus sa syntaxe et son style de son fond id\u00e9ologique. Au bout du compte, nous sommes tous sortis \u00e9puis\u00e9s par ce travail. Ce texte n\u2019est pas seulement mal \u00e9crit, il est comme fauss\u00e9 \u00e0 chaque phrase. Par exemple, si je vous dis \u00ab la table est longue \u00bb, vous comprenez ce que je veux dire. Mais si je vous dis \u00ab la table est encore longue \u00bb, vous allez vous dire : pourquoi dit-il encore ? Et votre r\u00e9flexion va d\u00e9j\u00e0 se brouiller. C\u2019est le principe de Mein Kampf<\/em>. Partout, des mots vont l\u00e9g\u00e8rement transformer la phrase, laissant des interstices pour que s\u2019engouffrent le doute, la suspicion, la malhonn\u00eatet\u00e9 intellectuelle, le tout dans un ensemble difficilement lisible.<\/p>\n\n\n\n

Vous \u00e9voquez le destin du livre apr\u00e8s 1945 : le fait que beaucoup d\u2019exemplaires aient \u00e9t\u00e9 enterr\u00e9s ou br\u00fbl\u00e9s ou que les plaques d\u2019impression aient \u00e9t\u00e9 fondues par les Alli\u00e9s. Le travail que vous avez fait s\u2019apparente-t-il \u00e0 un travail d\u2019exhumation ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

D\u2019une certaine mani\u00e8re, peut-\u00eatre, mais le terme d\u2019exhumation me pose probl\u00e8me, car il fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019identification de victimes, tandis qu\u2019on cherche ici \u00e0 identifier un criminel. Il ne s\u2019agit pas d\u2019un travail de m\u00e9moire, mais d\u2019explication. Pour l\u2019\u00e9quipe comme pour moi, il s\u2019agissait, comme l\u2019a tr\u00e8s bien dit Christian Ingrao, de \u00ab refroidir Mein Kampf<\/em> \u00bb. C\u2019est un objet tr\u00e8s diffus\u00e9, disponible en 23 langues, sur internet, que l\u2019on peut trouver partout et dont beaucoup se servent \u00e0 des fins antis\u00e9mites, haineuses, complotistes. Il y avait donc l\u2019id\u00e9e d\u2019un livre auquel s\u2019attachait une sorte de pouvoir mal\u00e9fique. Comme vous l\u2019avez rappel\u00e9, certaines personnes ont enterr\u00e9 le livre apr\u00e8s la guerre. En 2016, j\u2019ai m\u00eame re\u00e7u un appel d\u2019une dame, \u00e0 Strasbourg, qui avait encore un vieil exemplaire de Mein Kampf<\/em> et me demandait ce qu\u2019elle pouvait en faire. On a vu la pol\u00e9mique que cette nouvelle \u00e9dition a caus\u00e9e dans les m\u00e9dias, aliment\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9poque par un Jean-Luc M\u00e9lenchon en campagne. Et quelque part, cette aura est aussi un r\u00e9sultat voulu par les nazis, elle participait de leur attirail id\u00e9ologique. Se replonger dedans, c\u2019\u00e9tait d\u2019abord le d\u00e9sacraliser, lui \u00f4ter sa mal\u00e9diction. C\u2019\u00e9tait le moyen de le regarder de pr\u00e8s, de d\u00e9crire tr\u00e8s pr\u00e9cis\u00e9ment tout ce qu\u2019il contenait, d\u2019analyser de fa\u00e7on tr\u00e8s fouill\u00e9e les racines de cette rh\u00e9torique et de ces arguments. <\/p>\n\n\n\n

Ce travail m\u2019a aussi permis de d\u00e9couvrir que ce livre, que tant de personnes disaient mort, continuait de produire ses effets. Une mani\u00e8re de le tuer d\u00e9finitivement, si une telle chose est possible, c\u2019\u00e9tait en tout cas de s\u2019y pencher avec beaucoup de rigueur et de pr\u00e9cision. C\u2019est aussi un travail d\u2019histoire simplement, de confronter le texte \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 du fonctionnement de ce r\u00e9gime, et partant pour moi, qui ne suis pas historien mais traducteur, de comprendre quelles sont les traces qu\u2019il a laiss\u00e9es, les traces dans les mots, dans le vocabulaire.  <\/p>\n\n\n\n

\u00c0 ce propos, vous \u00e9crivez : \u00ab si Hitler a conquis le pouvoir en Allemagne ce n\u2019est pas uniquement par la violence de ses troupes de casseurs qui \u00e9cumait les rues et attaquait les meetings de ses adversaires de gauche, […] mais aussi par une d\u00e9cennie enti\u00e8re de manipulation et d\u2019abus du langage \u00bb. Par del\u00e0 l\u2019illisibilit\u00e9 de <\/strong>Mein Kampf<\/em><\/strong>, comment la langue des nazis a-t-elle conquis l\u2019imaginaire mental de la langue allemande ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Il y a d\u2019un c\u00f4t\u00e9 la langue d’Hitler, en g\u00e9n\u00e9ral extraordinairement confuse, mais qui sait aussi se faire simple et directe. D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, il y a l’utilisation par le r\u00e9gime de la langue allemande pour prendre le pouvoir. C\u2019est ce que j\u2019essaie de retracer rapidement dans Traduire Hitler<\/em>. Comment ce pays capable de produire les plus grands po\u00e8tes, les plus grands livres et les plus grands penseurs, a pu basculer dans une folie collective o\u00f9 les mots ont perdu leur sens parce qu\u2019ils sont r\u00e9utilis\u00e9s et retourn\u00e9s par le pouvoir.<\/p>\n\n\n\n

Goebbels, de ce point de vue, est un exemple parfait. Chez lui, les mots sont en permanence tordus dans la direction de la violence et de la brutalit\u00e9. La sonorit\u00e9 m\u00eame de l\u2019allemand, qui peut \u00eatre magnifique, se transforme en jappement monstrueux dans les discours de Goebbels ou de Hitler. C\u2019est ce que Chaplin a si bien caricatur\u00e9. Les nazis ont appris \u00e0 utiliser la langue allemande pour faire peur. Je cite dans mon livre les exemples des grades de la SS, Rottenf\u00fchrer, Sturmbannf\u00fchrer, Hauptscharf\u00fchrer, <\/em>qui sont des titres absurdes, qui n\u2019ont aucun sens sinon celui d\u2019\u00eatre effrayants.<\/em> <\/p>\n\n\n\n

Ce qui est curieux chez Hitler, c\u2019est le m\u00e9lange de tout cela. Le r\u00e9sultat est une esp\u00e8ce de bouillie linguistique tr\u00e8s d\u00e9routante, avec des propositions contradictoires parfois dans la m\u00eame phrase, ce qui est surprenant pour un texte de propagande. Hitler lance les mots contre les mots comme il a su, pour conserver longtemps son pouvoir, lancer les gens contre les gens, les peuples contre les peuples, les nations contre les nations. Et dans chaque chapitre, au terme de ce magma confus, une charge violente identifie un groupe d\u00e9sign\u00e9 \u00e0 sa vindicte : juifs, enseignants, journalistes, Fran\u00e7ais, Anglais\u2026  Ces passages sont toujours \u00e9crits dans une langue simple et directe.   <\/p>\n\n\n\n

Avec beaucoup de pr\u00e9cautions, vous faites un parall\u00e8le entre le langage de Hitler et celui de Donald Trump, en montrant comment ils ont en commun une langue heurt\u00e9e, simplifi\u00e9e \u00e0 l\u2019extr\u00eame, souvent incorrecte, et vous y voyez un pr\u00e9alable \u00e0 la violence. Comment r\u00e9pondre \u00e0 une langue qui refuse \u00e0 ce point-l\u00e0 les conditions les plus \u00e9l\u00e9mentaires de la discussion, du d\u00e9bat, de la confrontation non violente<\/strong> ?<\/h3>\n\n\n\n

Il y a deux m\u00e9thodes. La premi\u00e8re, qui est celle qui vient en g\u00e9n\u00e9ral sous le sens, c’est d’essayer de raisonner, dans tous les sens du terme, de d\u00e9velopper des raisonnements et de raisonner les gens qui \u00e9coutent ce langage-l\u00e0. La deuxi\u00e8me m\u00e9thode, c\u2019est celle de la r\u00e9ponse \u00e0 la violence par la violence, comme on a vu par exemple Joe Biden d\u00e9cider de le faire r\u00e9cemment dans un discours o\u00f9 il attaque frontalement Donald Trump. C’est la m\u00e9thode du choc. En Allemagne, la lutte contre Hitler a d\u2019abord \u00e9t\u00e9 men\u00e9e par les sociaux-d\u00e9mocrates d’une mani\u00e8re tr\u00e8s rationnelle et raisonnable, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019ils se retrouvent tous dans des camps de de concentration, et par les communistes, qui ont choisi un mode d\u2019opposition beaucoup plus violent. Les ann\u00e9es 1931 \u00e0 1933 sont des moments de violence dont on n’a pas id\u00e9e, avec des fusillades dans la rue, des batailles de salle\u2026 Mais cela n\u2019a pas fonctionn\u00e9 non plus. Je pense qu\u2019il faut essayer de comprendre pourquoi ces discours-l\u00e0 arrivent \u00e0 s\u2019imposer, aussi bien dans l\u2019Allemagne des ann\u00e9es 1930 que dans les \u00c9tats-Unis des ann\u00e9es 2010 ou maintenant en Italie. Pourquoi, \u00e0 un moment, les barri\u00e8res naturelles qui prot\u00e8gent notre langue, qui prot\u00e8gent notre raisonnement, notre raison, sautent-elles ? On peut avancer toutes sortes de raisons, mais je vois un lien \u00e9troit entre le complotisme d\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale et le surgissement de ce type de discours.  <\/p>\n\n\n\n

Hitler utilise lui aussi des arguments complotistes pour d\u00e9fendre l\u2019id\u00e9e du coup de couteau dans le dos donn\u00e9 par les juifs et les communistes, \u00e0 coup de phrases dont le sens est parfois litt\u00e9ralement absurde et contradictoire. Donald Trump a us\u00e9 du m\u00eame syst\u00e8me rh\u00e9torique, et il continue de le faire. Son attitude de d\u00e9ni vis-\u00e0-vis du Covid-19 est une attitude n\u00e9gationniste. C\u2019est en travaillant sur ces articulations rh\u00e9toriques qu\u2019on peut d\u00e9sactiver le ferment du pi\u00e8ge dans lequel ce type de personnes politiques prennent leur auditoire. <\/p>\n\n\n\n

Dans <\/strong>LTI. Lingua Tertii Imperii<\/em><\/strong>, Victor Klemperer consignait ses remarques sur la fa\u00e7on dont l’id\u00e9ologie nazie a transform\u00e9 la langue de l’int\u00e9rieur. Comme traducteur d\u2019Hitler, cet ouvrage vous para\u00eet-il toujours aussi pertinent ? <\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Je crois que Victor Klemperer reste l’auteur absolu sur la manipulation de la langue allemande par Hitler, dans LTI <\/em>bien s\u00fbr mais aussi dans ses journaux que l\u2019on cite moins et qui sont absolument extraordinaires. Je pense notamment au premier volume qui s’appelle Mes soldats de papier<\/em>. Il montre comment le vocabulaire hitl\u00e9rien s’infiltre dans la langue quotidienne. L\u2019un des passages de son journal est tr\u00e8s frappant. Alors qu\u2019il s\u2019appelle Victor, on lui annonce qu’il va devoir choisir entre trois pr\u00e9noms juifs celui qu\u2019il portera d\u00e9sormais. Le nazisme a tent\u00e9 de transformer la r\u00e9alit\u00e9 quotidienne la plus intime, la plus apparemment intangible, comme un nom ou un pr\u00e9nom. <\/p>\n\n\n\n

Y-a-t-il eu des tentatives en Allemagne de \u00ab d\u00e9nazification \u00bb de la langue ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

On peut consid\u00e9rer qu\u2019il y a eu deux tentatives. La premi\u00e8re est d\u2019ordre politique. Apr\u00e8s la guerre, Adenauer a tent\u00e9 de r\u00e9tablir une v\u00e9ritable d\u00e9mocratie et un langage d\u00e9mocratique. Mais les crimes nazis sont tr\u00e8s peu \u00e9voqu\u00e9s jusqu\u2019en 1967-68. La d\u00e9mocratie allemande arrive \u00e0 se r\u00e9tablir sous cette esp\u00e8ce de chape de plomb, comme si le plafond nazi restait au-dessus de sa t\u00eate. Il faudra attendre le conflit g\u00e9n\u00e9rationnel tr\u00e8s fort qui se joue autour de 1968 pour que d\u00e9marre un autre travail qui n\u2019est pas encore termin\u00e9, qui consiste \u00e0 reconstituer tout ce qu\u2019on ne conna\u00eet pas, \u00e0 interroger, \u00e0 mener des enqu\u00eates minutieuses. <\/p>\n\n\n\n

Une autre tentative, beaucoup plus approfondie, a \u00e9t\u00e9 celle des \u00e9crivains, qui a donn\u00e9 des r\u00e9sultats tr\u00e8s int\u00e9ressants. En 1947, un groupe d\u2019\u00e9crivains, qu\u2019on a appel\u00e9 le groupe 47, affirme que son but est de restaurer une langue litt\u00e9raire allemande qui a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9e. Entre 1933 et 1945, deux litt\u00e9ratures allemandes existent. Celle de l\u2019ext\u00e9rieur, maintenue par les exil\u00e9s, de Thomas Mann \u00e0 Bertolt Brecht, continue \u00e9videmment de vivre. Un certain nombre d\u2019entre eux commence d\u2019ailleurs \u00e0 \u00e9crire dans d\u2019autres langues et \u00e0 interroger leur rapport \u00e0 \u00ab leur \u00bb langue, comme Hannah Arendt par exemple. Celle de l\u2019int\u00e9rieur, elle, est absolument inexistante. On peut voir de rares exceptions, et consid\u00e9rer quelqu\u2019un comme Ernst J\u00fcnger comme un \u00e9migr\u00e9 de l\u2019int\u00e9rieur lorsqu\u2019il publie Sur les falaises de marbre<\/em>, mais j\u2019ai du mal \u00e0 \u00eatre convaincu par cette interpr\u00e9tation.<\/p>\n\n\n\n

Cette tentative a permis de faire rena\u00eetre une litt\u00e9rature allemande tr\u00e8s consciente de ces enjeux, \u00e0 la sensibilit\u00e9 tr\u00e8s vive.<\/p>\n\n\n\n

Vous \u00e9voquez le \u00ab flot brun \u00bb qui vous a amen\u00e9 \u00e0 traduire <\/strong>Mein Kampf<\/em><\/strong>, c\u2019est-\u00e0-dire les nombreuses traductions issues de l’historiographie allemande sur la Seconde Guerre mondiale que vous avez faites. N\u2019avez-vous jamais \u00e9t\u00e9 tent\u00e9 d\u2019arr\u00eater de travailler sur le nazisme ? <\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Je m\u2019arr\u00eaterai le jour o\u00f9 j’aurai r\u00e9pondu \u00e0 toutes mes questions, et, du reste, le livre que je publie aujourd\u2019hui repr\u00e9sente de ce point de vue une \u00e9tape importante. Par ailleurs, je pense que le probl\u00e8me que pose le nazisme n\u2019est toujours pas r\u00e9gl\u00e9. En histoire, on ne cesse de faire des nouvelles d\u00e9couvertes \u2014 sur les relations internationales, sur la structure interne du r\u00e9gime \u2014 qui densifient notre regard sur cette p\u00e9riode. Philosophiquement, je pense que le nazisme pose toujours des questions fondamentales. On n\u2019a pas fini d\u2019analyser la rh\u00e9torique nazie : l\u2019apologie de l\u2019autodidactisme contre l\u2019\u00e9ducation ; l\u2019\u00e9loge de la croyance contre la d\u00e9monstration ; la haine du raisonnement ; le recours syst\u00e9matique \u00e0 l\u2019imaginaire du complot. On retrouve ces id\u00e9es ailleurs que dans Mein Kampf,<\/em> mais le nazisme a montr\u00e9 de mani\u00e8re paroxystique ce \u00e0 quoi pouvait mener ce discours.  <\/p>\n\n\n\n

Lorsque l\u2019on consid\u00e8re l’Allemagne contemporaine, l’extr\u00eame droite et notamment les groupuscules n\u00e9onazis sont beaucoup plus puissants dans les <\/strong>L\u00e4nder <\/em><\/strong>de l\u2019ancienne RDA qu\u2019\u00e0 l\u2019Ouest. Pensez-vous que par-del\u00e0 le traumatisme qu\u2019a pu repr\u00e9senter la r\u00e9unification, la s\u00e9duction du nazisme en ex-RDA pourrait aussi \u00eatre li\u00e9e au fait que les habitants de ces territoires ont \u00e9t\u00e9 expos\u00e9s \u00e0 une seconde op\u00e9ration de destruction du langage pendant 45 ans ? <\/strong><\/h3>\n\n\n\n

C’est une question extr\u00eamement int\u00e9ressante, qui ne me rel\u00e8ve pas de mon domaine de sp\u00e9cialit\u00e9, donc je n\u2019ai pas de r\u00e9ponse d\u00e9finitive. Tout d\u2019abord, je ne pense pas qu’il y ait eu une destruction du langage en RDA. Comme en Union sovi\u00e9tique a \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9e au domaine politique une langue de bois qui a forc\u00e9 les gens qui dont c\u2019\u00e9tait le m\u00e9tier de parler \u2014 les universitaires, les \u00e9crivains, les intellectuels \u2014 \u00e0 prendre d’infinies pr\u00e9cautions pour dire ce qu’ils voulaient exprimer. D\u2019autre part, j\u2019ai remarqu\u00e9 qu\u2019il y avait eu tr\u00e8s peu de r\u00e9sistance en Allemagne au langage nazi alors qu\u2019en RDA il y a eu une r\u00e9sistance permanente au langage plaqu\u00e9 par le pouvoir. C\u2019est une diff\u00e9rence tr\u00e8s importante : il y a eu des dissidents est-allemands, qui sont rest\u00e9s en RDA, qui y ont travaill\u00e9, et qui, pour certains, ont \u00e9t\u00e9 emprisonn\u00e9s. Sous le nazisme vous aviez une lobotomisation totale \u00e0 tous les niveaux et \u00e0 tous les \u00e9chelons.  C\u2019est ce que montre Klemperer dans tous les domaines.<\/p>\n\n\n\n

Historiens et politistes sont beaucoup plus comp\u00e9tents que moi pour analyser la place occup\u00e9e par l\u2019extr\u00eame droite en Allemagne de l\u2019Est. Je crois quant \u00e0 moi que cela tient \u00e0 notamment \u00e0 la mani\u00e8re dont la d\u00e9nazification a \u00e9t\u00e9 faite. On sait qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 incompl\u00e8te en RFA apr\u00e8s les grands proc\u00e8s de l\u2019imm\u00e9diat apr\u00e8s-guerre. Mais apr\u00e8s qu\u2019Adenauer a quitt\u00e9 le pouvoir, il y a eu une deuxi\u00e8me vague d\u2019introspection qui a permis d\u2019engager de nouveaux proc\u00e8s et, plus g\u00e9n\u00e9ralement, d\u2019affronter le pass\u00e9 nazi de l\u2019Allemagne. \u00c0 l’Est la th\u00e9orie officielle \u00e9tait que le fascisme capitaliste avait \u00e9t\u00e9 vaincu, que la RDA \u00e9tait le pays des travailleurs et des ouvriers \u2014 de la r\u00e9sistance antifasciste en somme. L\u2019analyse officielle en RDA \u00e9tait que le nazisme, un terme qui \u00e9tait du reste tr\u00e8s peu utilis\u00e9, \u00e9tait un ph\u00e9nom\u00e8ne extr\u00eame du capitalisme. Le travail qui a \u00e9t\u00e9 men\u00e9 \u00e0 l’Ouest n’a donc pas vraiment \u00e9t\u00e9 men\u00e9 \u00e0 l\u2019Est.<\/p>\n\n\n\n

Comment caract\u00e9riser la premi\u00e8re traduction \u2013 et la derni\u00e8re en date jusqu’\u00e0 la v\u00f4tre \u2013 de <\/strong>Mein Kampf<\/em><\/strong>, publi\u00e9e en 1934 en France ? Avec cette \u00e9dition, peut-on dire qu\u2019on est en contact avec une sorte de pr\u00e9-\u00e9tat de la r\u00e9ception du nazisme, devenu impossible \u00e0 reconstituer apr\u00e8s la Shoah ? <\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Comme toutes les traductions de cette p\u00e9riode, l\u2019\u00e9dition de 1934 repose sur des r\u00e8gles de traduction qui n\u2019ont plus cours aujourd\u2019hui. L\u2019objectif \u00e9tait de rendre le texte aussi lisible que possible, non pas dans le but qu\u2019on adh\u00e8re \u00e0 la propagande de Hitler, mais parce qu\u2019on voulait que le danger soit le plus visible possible. Paradoxalement, cette \u00e9dition a \u00e9t\u00e9 faite par l\u2019extr\u00eame droite fran\u00e7aise anti-allemande, par des nationalistes anti \u00ab boches \u00bb. Il s\u2019agissait de nuire \u00e0 Hitler, tout en laissant filer la propagande antis\u00e9mite. Mais, comme je le raconte aussi dans ce livre, la LICA, anc\u00eatre de l\u2019actuelle LICRA, avait aid\u00e9 \u00e0 la publication, et surtout \u00e0 sa conservation, quand Hitler a intent\u00e9 un proc\u00e8s pour l\u2019interdire.<\/p>\n\n\n\n

Beaucoup de contresens ont \u00e9t\u00e9 faits \u00e0 cause d\u2019une lecture r\u00e9trospective et anachronique de Mein Kampf<\/em>. On trouve en effet une phrase qui concerne la guerre de 1914, o\u00f9 Hitler dit qu\u2019il faudrait \u00ab exposer ces gens-l\u00e0 au gaz \u00bb. Certains interpr\u00e8tes du texte ont voulu y voir la preuve que tout \u00e9tait pr\u00e9vu d\u00e8s 1924. Mais c\u2019est une absurdit\u00e9 compl\u00e8te. Ce qu\u2019il dit l\u00e0 revient \u00e0 dire il faudrait une bonne guerre<\/em>, si vous voulez. Dans ma traduction, les pr\u00e9misses sont les m\u00eames que dans l\u2019\u00e9dition de 1934, elles apparaissent dans la violence du langage, mais sous la forme d\u2019une violence contenue. Par exemple, nous avons eu de grandes discussions avec les historiens pour savoir comment traduire le terme de Judentum<\/em>. Dans la premi\u00e8re \u00e9dition, c\u2019est le vocabulaire d\u2019\u00c9douard Drumont qui est mobilis\u00e9, et le terme est syst\u00e9matiquement traduit par juiverie<\/em>, un mot extr\u00eamement violent. Or, ce n\u2019est pas exactement cela que fait Hitler. Quand, \u00e0 deux reprises, il emploie le terme das Judentum<\/em>, c\u2019est pour l\u2019opposer \u00e0 das Deutschtum<\/em>, juda\u00eft\u00e9 vs<\/em> germanit\u00e9. Sur le fond, c\u2019est tout aussi violent, et le livre est parcouru de charges antis\u00e9mites insupportables, mais il faut remarquer qu\u2019ici, il tente de se donner une allure d\u2019homme d\u2019\u00c9tat, capable de th\u00e9oriser, d\u2019expliquer la forme qu\u2019il choisit, comme pour justifier intellectuellement l\u2019injustifiable. Dans l\u2019\u00e9dition de 1934, on retrouve bien s\u00fbr tout cela, avec parfois des glissements qui rendent le texte difficilement compr\u00e9hensible, sur des termes techniques dont les traducteurs ne connaissaient pas la signification exacte, ou des termes qui glissent vers la violence verbale alors que Mein Kampf<\/em>, tout en \u00e9tant un livre extr\u00eamement violent, conserve un vocabulaire contenu la plupart du temps. Que lisait-on, que devinait-on dans Mein Kampf<\/em> si on le lisait en 1934 en France ? Assur\u00e9ment, que Hitler avait des intentions bellicistes, des intentions, au moins, de s\u00e9gr\u00e9gation, vraisemblablement de d\u00e9portation comme cela appara\u00eet clairement \u00e0 certains endroits du livre. On pouvait comprendre l\u2019immense danger qu\u2019il repr\u00e9sentait en le lisant dans le texte. Genevi\u00e8ve de Gaulle-Anthonioz raconte que c\u2019est son p\u00e8re qui l\u2019a forc\u00e9e \u00e0 lire Mein Kampf<\/em> et que c\u2019est parce qu\u2019elle avait lu ce livre qu\u2019elle avait compris ce qui allait se passer, ce qui l\u2019a pouss\u00e9e \u00e0 r\u00e9sister d\u00e8s la premi\u00e8re heure. On pouvait donc savoir, comprendre, si on le lisait. Le probl\u00e8me, c\u2019est qu\u2019en Allemagne, on continue de penser qu\u2019il a en fait \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s peu lu, ou tr\u00e8s peu dans le d\u00e9tail, y compris au sein du parti nazi. Les membres du parti, les officiels du r\u00e9gime le citaient \u00e7\u00e0 et l\u00e0, il fallait montrer qu\u2019on faisait du Hitler, mais on picorait seulement, comme l\u2019\u00e9crit Johann Chapoutot. Les personnes qui l\u2019ont lu se sont tr\u00e8s vite exil\u00e9es. Les premiers \u00e0 partir avaient souvent lu Mein Kampf<\/em>, et compris le danger. Et en France \u00e9galement. Cette traduction, quoique illisible et incompl\u00e8te, \u00e9tait relativement fid\u00e8le, \u00e0 l\u2019exception de quelques grosses erreurs techniques. On pouvait donc savoir ce qui allait se passer et en tirer les cons\u00e9quences. L\u2019autre traduction, celle que nous avons faite avec les historiens dans Historiciser le mal<\/em>, a un autre but : celui de rendre le langage tel de Hitler qu\u2019il est apparu aux Allemands et d\u2019essayer de comprendre comment, avec cette soupe, Hitler a pu se porter au pouvoir.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"

Dans Traduire Hitler<\/em> (H\u00e9lo\u00efse d\u2019Ormesson, 2022), Olivier Mannoni revient sur le travail de plusieurs ann\u00e9es qui a donn\u00e9 lieu \u00e0 l\u2019\u00e9dition d\u2019une nouvelle traduction de Mein Kampf<\/em>, r\u00e9alis\u00e9e en collaboration avec une \u00e9quipe d\u2019historiens dirig\u00e9e par Florent Brayard et Andreas Wirsching (Historiciser le mal<\/em>, Fayard, 2019).<\/p>\n","protected":false},"author":10,"featured_media":163347,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"templates\/post-reviews.php","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_trash_the_other_posts":false,"footnotes":""},"categories":[1734],"tags":[],"staff":[1738,1753],"editorial_format":[],"serie":[],"audience":[],"geo":[1917],"class_list":["post-163343","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-doctrines","staff-baptiste-roger-lacan","staff-mathieu-roger-lacan","geo-europe"],"acf":{"open_in_webview":false,"accent":false},"yoast_head":"\n\u00abTraduire Hitler\u00bb, une conversation avec Olivier Mannoni | Le Grand Continent<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/10\/13\/traduire-hitler-une-conversation-avec-olivier-mannoni\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"\u00abTraduire Hitler\u00bb, une conversation avec Olivier Mannoni | Le Grand Continent\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Dans Traduire Hitler (H\u00e9lo\u00efse d\u2019Ormesson, 2022), Olivier Mannoni revient sur le travail de plusieurs ann\u00e9es qui a donn\u00e9 lieu \u00e0 l\u2019\u00e9dition d\u2019une nouvelle traduction de Mein Kampf, r\u00e9alis\u00e9e en collaboration avec une \u00e9quipe d\u2019historiens dirig\u00e9e par Florent Brayard et Andreas Wirsching (Historiciser le mal, Fayard, 2019).\" \/>\n<meta property=\"og:url\" content=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/10\/13\/traduire-hitler-une-conversation-avec-olivier-mannoni\/\" \/>\n<meta property=\"og:site_name\" content=\"Le Grand Continent\" \/>\n<meta property=\"article:published_time\" content=\"2022-10-13T15:55:17+00:00\" \/>\n<meta property=\"article:modified_time\" content=\"2022-10-13T15:55:18+00:00\" \/>\n<meta property=\"og:image\" content=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/10\/gc-mannoni-scaled.jpg\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:width\" content=\"2560\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:height\" content=\"1440\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:type\" content=\"image\/jpeg\" \/>\n<meta name=\"author\" content=\"Matheo Malik\" \/>\n<meta name=\"twitter:card\" content=\"summary_large_image\" \/>\n<meta name=\"twitter:image\" content=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/10\/gc-mannoni-scaled.jpg\" \/>\n<meta name=\"twitter:label1\" content=\"\u00c9crit par\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data1\" content=\"Matheo Malik\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:label2\" content=\"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data2\" content=\"20 minutes\" \/>\n<script type=\"application\/ld+json\" class=\"yoast-schema-graph\">{\"@context\":\"https:\/\/schema.org\",\"@graph\":[{\"@type\":\"WebPage\",\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/10\/13\/traduire-hitler-une-conversation-avec-olivier-mannoni\/\",\"url\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/10\/13\/traduire-hitler-une-conversation-avec-olivier-mannoni\/\",\"name\":\"\u00abTraduire Hitler\u00bb, une conversation avec Olivier Mannoni | Le Grand Continent\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#website\"},\"primaryImageOfPage\":{\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/10\/13\/traduire-hitler-une-conversation-avec-olivier-mannoni\/#primaryimage\"},\"image\":{\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/10\/13\/traduire-hitler-une-conversation-avec-olivier-mannoni\/#primaryimage\"},\"thumbnailUrl\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/10\/510bvWNbyaL.jpg\",\"datePublished\":\"2022-10-13T15:55:17+00:00\",\"dateModified\":\"2022-10-13T15:55:18+00:00\",\"author\":{\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#\/schema\/person\/a1c2123a1ef5abd663fcde8f63063d45\"},\"breadcrumb\":{\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/10\/13\/traduire-hitler-une-conversation-avec-olivier-mannoni\/#breadcrumb\"},\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"ReadAction\",\"target\":[\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/10\/13\/traduire-hitler-une-conversation-avec-olivier-mannoni\/\"]}]},{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/10\/13\/traduire-hitler-une-conversation-avec-olivier-mannoni\/#primaryimage\",\"url\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/10\/510bvWNbyaL.jpg\",\"contentUrl\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/10\/510bvWNbyaL.jpg\",\"width\":800,\"height\":1200},{\"@type\":\"BreadcrumbList\",\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/10\/13\/traduire-hitler-une-conversation-avec-olivier-mannoni\/#breadcrumb\",\"itemListElement\":[{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":1,\"name\":\"Accueil\",\"item\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/\"},{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":2,\"name\":\"\u00ab Traduire Hitler \u00bb, une conversation avec Olivier Mannoni\"}]},{\"@type\":\"WebSite\",\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#website\",\"url\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/\",\"name\":\"Le Grand Continent\",\"description\":\"L'\u00e9chelle pertinente\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"SearchAction\",\"target\":{\"@type\":\"EntryPoint\",\"urlTemplate\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?s={search_term_string}\"},\"query-input\":{\"@type\":\"PropertyValueSpecification\",\"valueRequired\":true,\"valueName\":\"search_term_string\"}}],\"inLanguage\":\"fr-FR\"},{\"@type\":\"Person\",\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#\/schema\/person\/a1c2123a1ef5abd663fcde8f63063d45\",\"name\":\"Matheo Malik\",\"image\":{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#\/schema\/person\/image\/\",\"url\":\"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/62cbadb9f7f0804282928747d8d2051d?s=96&d=mm&r=g\",\"contentUrl\":\"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/62cbadb9f7f0804282928747d8d2051d?s=96&d=mm&r=g\",\"caption\":\"Matheo Malik\"}}]}<\/script>\n<!-- \/ Yoast SEO plugin. -->","yoast_head_json":{"title":"\u00abTraduire Hitler\u00bb, une conversation avec Olivier Mannoni | Le Grand Continent","robots":{"index":"index","follow":"follow","max-snippet":"max-snippet:-1","max-image-preview":"max-image-preview:large","max-video-preview":"max-video-preview:-1"},"canonical":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/10\/13\/traduire-hitler-une-conversation-avec-olivier-mannoni\/","og_locale":"fr_FR","og_type":"article","og_title":"\u00abTraduire Hitler\u00bb, une conversation avec Olivier Mannoni | Le Grand Continent","og_description":"Dans Traduire Hitler (H\u00e9lo\u00efse d\u2019Ormesson, 2022), Olivier Mannoni revient sur le travail de plusieurs ann\u00e9es qui a donn\u00e9 lieu \u00e0 l\u2019\u00e9dition d\u2019une nouvelle traduction de Mein Kampf, r\u00e9alis\u00e9e en collaboration avec une \u00e9quipe d\u2019historiens dirig\u00e9e par Florent Brayard et Andreas Wirsching (Historiciser le mal, Fayard, 2019).","og_url":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/10\/13\/traduire-hitler-une-conversation-avec-olivier-mannoni\/","og_site_name":"Le Grand Continent","article_published_time":"2022-10-13T15:55:17+00:00","article_modified_time":"2022-10-13T15:55:18+00:00","og_image":[{"width":2560,"height":1440,"url":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/10\/gc-mannoni-scaled.jpg","type":"image\/jpeg"}],"author":"Matheo Malik","twitter_card":"summary_large_image","twitter_image":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/10\/gc-mannoni-scaled.jpg","twitter_misc":{"\u00c9crit par":"Matheo Malik","Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e":"20 minutes"},"schema":{"@context":"https:\/\/schema.org","@graph":[{"@type":"WebPage","@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/10\/13\/traduire-hitler-une-conversation-avec-olivier-mannoni\/","url":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/10\/13\/traduire-hitler-une-conversation-avec-olivier-mannoni\/","name":"\u00abTraduire Hitler\u00bb, une conversation avec Olivier Mannoni | Le Grand Continent","isPartOf":{"@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#website"},"primaryImageOfPage":{"@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/10\/13\/traduire-hitler-une-conversation-avec-olivier-mannoni\/#primaryimage"},"image":{"@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/10\/13\/traduire-hitler-une-conversation-avec-olivier-mannoni\/#primaryimage"},"thumbnailUrl":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/10\/510bvWNbyaL.jpg","datePublished":"2022-10-13T15:55:17+00:00","dateModified":"2022-10-13T15:55:18+00:00","author":{"@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#\/schema\/person\/a1c2123a1ef5abd663fcde8f63063d45"},"breadcrumb":{"@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/10\/13\/traduire-hitler-une-conversation-avec-olivier-mannoni\/#breadcrumb"},"inLanguage":"fr-FR","potentialAction":[{"@type":"ReadAction","target":["https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/10\/13\/traduire-hitler-une-conversation-avec-olivier-mannoni\/"]}]},{"@type":"ImageObject","inLanguage":"fr-FR","@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/10\/13\/traduire-hitler-une-conversation-avec-olivier-mannoni\/#primaryimage","url":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/10\/510bvWNbyaL.jpg","contentUrl":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/10\/510bvWNbyaL.jpg","width":800,"height":1200},{"@type":"BreadcrumbList","@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/10\/13\/traduire-hitler-une-conversation-avec-olivier-mannoni\/#breadcrumb","itemListElement":[{"@type":"ListItem","position":1,"name":"Accueil","item":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/"},{"@type":"ListItem","position":2,"name":"\u00ab Traduire Hitler \u00bb, une conversation avec Olivier Mannoni"}]},{"@type":"WebSite","@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#website","url":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/","name":"Le Grand Continent","description":"L'\u00e9chelle pertinente","potentialAction":[{"@type":"SearchAction","target":{"@type":"EntryPoint","urlTemplate":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?s={search_term_string}"},"query-input":{"@type":"PropertyValueSpecification","valueRequired":true,"valueName":"search_term_string"}}],"inLanguage":"fr-FR"},{"@type":"Person","@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#\/schema\/person\/a1c2123a1ef5abd663fcde8f63063d45","name":"Matheo Malik","image":{"@type":"ImageObject","inLanguage":"fr-FR","@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#\/schema\/person\/image\/","url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/62cbadb9f7f0804282928747d8d2051d?s=96&d=mm&r=g","contentUrl":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/62cbadb9f7f0804282928747d8d2051d?s=96&d=mm&r=g","caption":"Matheo Malik"}}]}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/163343","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/10"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=163343"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/163343\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/163347"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=163343"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=163343"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=163343"},{"taxonomy":"staff","embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/staff?post=163343"},{"taxonomy":"editorial_format","embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/editorial_format?post=163343"},{"taxonomy":"serie","embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/serie?post=163343"},{"taxonomy":"audience","embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/audience?post=163343"},{"taxonomy":"geo","embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/geo?post=163343"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}