{"id":162609,"date":"2022-10-14T15:17:45","date_gmt":"2022-10-14T13:17:45","guid":{"rendered":"https:\/\/lgctesting.piramid.studio\/fr\/?p=162609"},"modified":"2022-10-14T15:46:15","modified_gmt":"2022-10-14T13:46:15","slug":"syrie-le-pays-brule","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/10\/14\/syrie-le-pays-brule\/","title":{"rendered":"Syrie, le pays br\u00fbl\u00e9"},"content":{"rendered":"\n

Chercheurs, journalistes et \u00e9crivains, syriens et occidentaux, ont particip\u00e9 \u00e0 la production de <\/strong>Syrie, le pays br\u00fbl\u00e9<\/em><\/strong>. Du fait de la diversit\u00e9 de ses contributeurs, du m\u00e9lange des genres et de la vari\u00e9t\u00e9 des sources mobilis\u00e9es, cet ouvrage poss\u00e8de un format atypique. Pouvez-vous nous expliquer votre d\u00e9marche ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Catherine Coquio<\/h4>\n\n\n\n

La cr\u00e9ation du comit\u00e9 \u00ab Syrie-Europe, apr\u00e8s Alep \u00bb en 2016, d\u00e9clench\u00e9e par la chute de la ville d\u2019Alep et l\u2019intervention russe, est \u00e0 l\u2019origine de ce projet. Le groupe, compos\u00e9 de Syriens et de Fran\u00e7ais, chercheurs, journalistes et activistes des droits de l\u2019homme, a commenc\u00e9 par des r\u00e9unions de veille, d\u2019alerte, des communiqu\u00e9s dans la presse, des lettres ouvertes au pr\u00e9sident, des demandes d\u2019audition \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e Nationale et des colloques \u00e0 dimension de recherche. L\u2019id\u00e9e d\u2019un livre noir des Assad a rapidement \u00e9merg\u00e9 et c\u2019est au printemps 2017 que nous avons commenc\u00e9 \u00e0 r\u00e9aliser ce projet. Il \u00e9tait alors question de traiter de la criminalit\u00e9 politique dans la guerre syrienne et de recenser l\u2019ensemble des ph\u00e9nom\u00e8nes et faits de r\u00e9sistance en essayant de continuellement donner voix \u00e0 ceux qui avaient agi. Il nous importait de faire comprendre que ce que le r\u00e9gime avait voulu \u00e9craser n\u2019\u00e9tait pas seulement une population\u2013cible, mais une r\u00e9volution. <\/p>\n\n\n\n

C\u2019est aussi de l\u00e0 que vient la diversit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rique du volume, qui fait alterner les t\u00e9moignages et les analyses de chercheurs historiens, anthropologues, juristes, linguistes, sp\u00e9cialistes des violences de masse, de l\u2019archive, de l\u2019image, etc. Nous avons d\u00e9sir\u00e9 cette alternance entre les r\u00e9cits des t\u00e9moins internes et externes (survivants, journalistes, acteurs et parfois transfuges du r\u00e9gime) et des travaux scientifiques \u00e0 caract\u00e8re r\u00e9flexif. Le livre avait plusieurs objectifs \u00e0 la fois : livrer des faits, faire comprendre l\u2019engrenage des violences et en saisir l\u2019ampleur, instruire un dossier \u00e0 charge mais aussi rendre hommage \u00e0 ces activistes devenus archivistes du crime, et tenter de transmettre les valeurs en jeu dans ce conflit mortel. Le travail de documentation supposait de s\u00e9lectionner parmi l\u2019\u00e9tourdissante archive n\u00e9e de l\u2019auto-documentation du mouvement et de la mettre en perspective critique, en s\u2019appuyant sur les enqu\u00eates de journalistes et d\u2019ONG et sur la bibliographie savante \u00e0 disposition ; comme les analyses pr\u00e9cieuses que Michel Seurat avait faites de \u00ab l\u2019\u00c9tat de barbarie \u00bb assadien sous Hafez\u2026<\/p>\n\n\n\n

Le livre avait plusieurs objectifs \u00e0 la fois : livrer des faits, faire comprendre l\u2019engrenage des violences et en saisir l\u2019ampleur, instruire un dossier \u00e0 charge mais aussi rendre hommage \u00e0 ces activistes devenus archivistes du crime, et tenter de transmettre les valeurs en jeu dans ce conflit mortel.<\/p>Catherine Coquio<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Jo\u00ebl Hubrecht<\/h4>\n\n\n\n

Cette transversalit\u00e9 provient ainsi d\u2019une combinaison entre l\u2019engagement et l\u2019\u00e9nergie du collectif pr\u00e9c\u00e9demment cit\u00e9 et l\u2019expertise d\u2019intellectuels avec un objectif commun : celui de faire comprendre la nature m\u00eame du r\u00e9gime syrien dans la dur\u00e9e et la teneur des crimes perp\u00e9tr\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n

Farouk Mardam-Bey<\/h4>\n\n\n\n

Nous tenions aussi \u00e0 int\u00e9grer dans ce livre des textes litt\u00e9raires extraits de romans ou po\u00e8mes en rapport avec les massacres, la torture dans les prisons-abattoirs, les si\u00e8ges, et cela aussi bien du temps de Hafez al-Assad que pendant le soul\u00e8vement.<\/p>\n\n\n\n

Catherine Coquio<\/h4>\n\n\n\n

Plusieurs g\u00e9n\u00e9rations d\u2019\u00e9crivains sont repr\u00e9sent\u00e9es au sein de l\u2019ouvrage, avec de grandes plumes de la litt\u00e9rature syrienne telles que Mustafa Khalif\u00e9, qui ouvre le volume et Yassin al-Haj Saleh qui le ferme, ou Faraj Bayrakdar dont nous avons int\u00e9gr\u00e9 des po\u00e8mes de prison, et des auteurs plus jeunes qui se sont form\u00e9s dans les ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dant le soul\u00e8vement, ou pendant, comme Abdallah el-Khatib, Omar Kaddour, Nisrine al-Zahre\u2026<\/p>\n\n\n\n

Jo\u00ebl Hubrecht<\/h4>\n\n\n\n

Nous avons introduit une dimension artistique en insistant sur les productions d\u2019artistes d\u00e9tenus dans les prisons syriennes. Par exemple, les dessins \u00e0 la plume de Najah al-Bukai \u2014 dont nous avons recueilli le t\u00e9moignage carc\u00e9ral \u2014 et les gravures et aquarelles d\u2019Azza Abo Rebieh, qui constituent un t\u00e9moignage \u00e0 part enti\u00e8re des exactions commises au sein de la branche 215, l\u2019une des plus dures du r\u00e9gime, o\u00f9 elle fut d\u00e9tenue avec 15 autres femmes pendant 70 jours. Comme l\u2019a tr\u00e8s bien montr\u00e9 Catherine (dans le Livre noir <\/em>et dans \u00c0 quoi bon encore le monde ?<\/em>, paru chez Actes Sud cet automne), la r\u00e9volution sociale et politique de 2011 \u00e9tait \u00e9galement, et indissociablement, une r\u00e9volution culturelle.<\/p>\n\n\n\n

Il s\u2019agit d\u2019un travail de recherche et de collecte d\u2019information colossal. Vous \u00e9voquez six ann\u00e9es d\u2019\u00e9criture. Alors que la guerre s\u00e9vit toujours en Syrie et que les exactions du r\u00e9gime sur sa population perdurent, pourquoi avoir d\u00e9cid\u00e9 de le faire para\u00eetre aujourd\u2019hui ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Catherine Coquio<\/h4>\n\n\n\n

C\u2019est justement parce que les exactions perdurent qu\u2019il fallait sortir le livre, pour les m\u00eames raisons qu\u2019il avait fallu le commencer et le faire. Il nous \u00e9tait impossible de laisser les choses se poursuivre simplement en les regardant ou en ne les regardant plus. En r\u00e9alit\u00e9, nous aurions m\u00eame voulu le faire sortir plus t\u00f4t. Au-del\u00e0 de constituer une archive cons\u00e9quente et de l\u2019inscrire sur un temps long, il s\u2019agissait aussi d\u2019une tentative d\u2019agir encore, m\u00eame si celle-ci \u00e9tait un peu d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e, par une prise de conscience plus large de la population.<\/p>\n\n\n\n

Vous avez restitu\u00e9 les textes de nombreux auteurs syriens. \u00c0 quels dangers font-ils face en acceptant de t\u00e9moigner publiquement ? Qu\u2019est-ce qui les pousse \u00e0 s\u2019exposer ainsi ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Na\u00efla Mansour <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span><\/h4>\n\n\n\n

Quelle est ma motivation \u00e0 moi par exemple ? Je ne sais pas. On ne peut pas parler de motivation car la motivation est un ressort positif interne ou externe qui te pousse vers l\u2019avant. Dans ce cas-ci, il s\u2019agit d\u2019un \u00e9tat naturel des choses. On n\u2019a pas le choix, il faut payer sa contribution \u00e0 sa propre syrianit\u00e9. C\u2019est comme la r\u00e9silience : ce n\u2019est pas de l\u2019h\u00e9ro\u00efsme, c\u2019est un manque de choix. On n\u2019a pas le luxe d\u2019oublier notre identit\u00e9 profonde forg\u00e9e par le massacre et on n\u2019a pas non plus le luxe de devenir fou. On n\u2019est pas non plus des salauds qui profitons du r\u00e9gime et pr\u00eats \u00e0 se vendre, donc on le fait. On le fait car on s\u2019est trouv\u00e9 dans des circonstances et avec des gens pr\u00eats \u00e0 le faire. On nous a sollicit\u00e9s, on ne peut pas refuser, c\u2019est tout. Pour les dangers, on ne peut jamais savoir et c\u2019est en soi effrayant. Qu\u2019est-ce que risquent les proches toujours dans le pays ? On ne peut jamais savoir.<\/p>\n\n\n\n

On n\u2019a pas le choix, il faut payer sa contribution \u00e0 sa propre syrianit\u00e9. C\u2019est comme la r\u00e9silience : ce n\u2019est pas de l\u2019h\u00e9ro\u00efsme, c\u2019est un manque de choix.<\/p>Na\u00efla Mansour<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Jo\u00ebl Hubrecht<\/h4>\n\n\n\n

Quand nous avons commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9chafauder cet ouvrage, les espoirs des r\u00e9volutionnaires syriens apparaissaient d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 hors d\u2019atteinte. Mais ils poursuivent aujourd\u2019hui leur combat par la force de leurs t\u00e9moignages que le r\u00e9gime tente toujours d\u2019\u00e9touffer. Les risques qu\u2019ils encourent demeurent. Plusieurs auteurs ont d\u00fb user de pseudonymes, le plus souvent parce que leurs familles en Syrie sont menac\u00e9es de repr\u00e9sailles. La situation en Turquie se d\u00e9grade \u00e9galement pour les r\u00e9fugi\u00e9s : d\u2019un c\u00f4t\u00e9 les derni\u00e8res issues de secours se ferment, comme le montre la situation d\u2019un collaborateur du livre noir, Hussam Hammoud dont la demande de visa humanitaire a \u00e9t\u00e9 refus\u00e9e par la France, et de l\u2019autre, les aides se tarissent et la pression que l\u2019on exerce sur eux s\u2019accroit afin de les pousser \u00e0 retourner en Syrie.<\/p>\n\n\n\n

Na\u00efla Mansour<\/h4>\n\n\n\n

Nous avons voulu donner une place aux t\u00e9moignages des Syriens, malgr\u00e9 leur fatigue, leur irritabilit\u00e9 et cette restitution des faits devenue sisyph\u00e9enne apr\u00e8s une d\u00e9cennie d\u2019impunit\u00e9 et d\u2019absurdit\u00e9. Nous avons essay\u00e9 de redonner une voix aux Syriens comme \u00e9tant une voix d\u2019introspection et de production de connaissance sur leur propre exp\u00e9rience.<\/p>\n\n\n\n

Une des vis\u00e9es de cet ouvrage est d\u2019informer et de sensibiliser ses lecteurs sur l\u2019ampleur de la r\u00e9pression du r\u00e9gime syrien. Quel r\u00f4le joue l\u2019opinion publique fran\u00e7aise dans l\u2019\u00e9volution de la guerre en Syrie ? Selon vous, la m\u00e9diatisation de ce conflit et ses r\u00e9percussions sont-elles insuffisantes ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Farouk Mardam-Bey<\/h4>\n\n\n\n

Au d\u00e9but du soul\u00e8vement, en 2011 et au cours des premiers mois de 2012, la Syrie n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 absente des m\u00e9dias, ni plus tard aux grands tournants, surtout dans la presse \u00e9crite. Moins que nous le souhaitions sans doute, et les horreurs de Daech ont souvent occult\u00e9 toutes les autres. L\u2019opinion publique en France, comme ailleurs dans le monde, \u00e9tait plut\u00f4t favorable au soul\u00e8vement en Syrie, d\u00e9clench\u00e9 dans le sillage du \u00ab Printemps arabe \u00bb. Parmi les forces politiques, seule l\u2019extr\u00eame-droite lui \u00e9tait franchement hostile, ou du moins \u00e9tait la seule \u00e0 exprimer avec enthousiasme son soutien au r\u00e9gime. Les choses ont chang\u00e9 par la suite, en raison de l\u2019irruption des islamistes de Daech dont les exactions d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment spectaculaires ont \u00e9t\u00e9 mises \u00e0 profit par la propagande du r\u00e9gime et de ses protecteurs iranien et russe, pour pr\u00e9senter Bachar al-Assad comme le dernier rempart contre cette barbarie. \u00c0 droite, on le disait protecteur des minorit\u00e9s religieuses, et de tout ce qui se passait en Syrie il n\u2019\u00e9tait presque plus question pour elle que du sauvetage des \u00ab chr\u00e9tiens d\u2019Orient \u00bb. Une partie notable de la gauche, spontan\u00e9ment campiste, comme du temps de la guerre froide, prenait, elle, pour argent comptant la phras\u00e9ologie anti-imp\u00e9rialiste du r\u00e9gime, et croyait ou feignait croire qu\u2019il faisait face \u00e0 un vaste complot occidental. Contre toute \u00e9vidence, elle n\u2019a cess\u00e9 d\u2019agiter le spectre d\u2019une intervention militaire am\u00e9ricaine en vue de le renverser. Plus g\u00e9n\u00e9ralement, il faut reconna\u00eetre que l\u2019opinion publique en France s\u2019int\u00e9resse de moins en moins aux causes lointaines, les \u00e9lans de solidarit\u00e9 ne durent qu\u2019un moment, puis, c\u2019est l\u2019indiff\u00e9rence. Dans les m\u00e9dias, on a tendance, \u00e0 chaque nouvelle crise internationale, \u00e0 oublier celle qui l\u2019a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n

Une partie notable de la gauche, spontan\u00e9ment campiste, comme du temps de la guerre froide, prenait, elle, pour argent comptant la phras\u00e9ologie anti-imp\u00e9rialiste du r\u00e9gime, et croyait ou feignait croire qu\u2019il faisait face \u00e0 un vaste complot occidental. Contre toute \u00e9vidence, elle n\u2019a cess\u00e9 d\u2019agiter le spectre d\u2019une intervention militaire am\u00e9ricaine en vue de le renverser.<\/p>Farouk Mardam-Bey<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Jo\u00ebl Hubrecht<\/h4>\n\n\n\n

\u00c0 un certain moment, le conflit a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s m\u00e9diatis\u00e9, compar\u00e9 \u00e0 ce qu\u2019il est aujourd\u2019hui. Il a aussi suscit\u00e9 de fortes indignations comme en 2015, face \u00e0 la photo du petit Aylan, trois ans, \u00e9chou\u00e9 sur une plage en Turquie, ou en 2014 au moment de la publication dans la presse des photos des cadavres de prisonniers du dossier C\u00e9sar. Toutefois, Garance Le Caisne, qui en retrace la d\u00e9couverte, montre qu\u2019apr\u00e8s le blocage de la Cour p\u00e9nale internationale par le veto russe au Conseil de s\u00e9curit\u00e9 et du fait du manque de pers\u00e9v\u00e9rance d\u2019Obama qui ne recevra jamais C\u00e9sar, on est vite pass\u00e9 \u00e0 autre chose. Les mobilisations amorc\u00e9es se sont perdues au profit d\u2019une focalisation sur les violences commises par Daesh. Et puis il y a la dur\u00e9e des conflits. Comme cela avait \u00e9t\u00e9 le cas dans les ann\u00e9es 1990 face au si\u00e8ge de Sarajevo en Yougoslavie, l\u2019opinion publique finit par s\u2019accoutumer aux images de guerre. En Syrie, le si\u00e8ge de la Ghouta orientale a dur\u00e9 cinq ann\u00e9es, mais le trop plein d\u2019horreurs, leur d\u00e9mesure, finit par servir leurs auteurs. En mai dernier, la publication de la vid\u00e9o du massacre de 2013 de Tadamon et plus r\u00e9cemment, la r\u00e9v\u00e9lation d\u2019un nouvel ensemble de photographies de 800 corps de prisonniers tortur\u00e9s n\u2019ont eu que peu d\u2019\u00e9chos.<\/p>\n\n\n\n

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Na\u00efla Mansour<\/h4>\n\n\n\n

La politique et les m\u00e9dias de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, en France et ailleurs, n\u2019arrivent plus \u00e0 mobiliser une opinion publique qui est lass\u00e9e du flux d\u2019informations, du flux de catastrophes plan\u00e9taires et des modalit\u00e9s classiques de faire la politique. D\u2019ailleurs, dire que \u00ab la crise syrienne est la plus document\u00e9e \u00bb est devenu une banalit\u00e9 mais cela n\u2019a pas donn\u00e9 de r\u00e9sultats concrets contre l\u2019impunit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n

Au printemps 2011, c\u2019est une r\u00e9volution qui \u00e9clate en Syrie et non une guerre, car les aspirations du peuple syrien sont de nature d\u00e9mocratique. Dans ce sens, comment aurait-on pu mieux accompagner le soul\u00e8vement populaire syrien ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Farouk Mardam-Bey<\/h4>\n\n\n\n

Le point le plus faible du soul\u00e8vement syrien, et pas seulement au plan m\u00e9diatique, a \u00e9t\u00e9 l\u2019absence d\u2019une repr\u00e9sentation politique cr\u00e9dible \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du pays comme \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur. Le Conseil national syrien puis la Coalition nationale des forces de la r\u00e9volution et de l\u2019opposition syriennes, autoproclam\u00e9s et sans enracinement militant sur le terrain, ont \u00e9t\u00e9 bien en-de\u00e7\u00e0 des immenses sacrifices et des espoirs de la population. Par leurs illusions et leurs divisions, ils ont laiss\u00e9 le soul\u00e8vement se noyer aux yeux du monde, ainsi que le souhaitait le r\u00e9gime, dans le mar\u00e9cage des conflits r\u00e9gionaux et des alliances douteuses. Cela a eu pour effet de rendre inaudible la voix des forces vives du pays qui s\u2019organisaient localement comme elles le pouvaient, dans des conditions extr\u00eamement difficiles. Il a manqu\u00e9 au soul\u00e8vement, surtout apr\u00e8s son in\u00e9vitable militarisation, une direction r\u00e9volutionnaire, d\u00e9mocratique, r\u00e9ellement ind\u00e9pendante et repr\u00e9sentative, avec une vision strat\u00e9gique et un programme en due forme.<\/p>\n\n\n\n

Il a manqu\u00e9 au soul\u00e8vement, surtout apr\u00e8s son in\u00e9vitable militarisation, une direction r\u00e9volutionnaire, d\u00e9mocratique, r\u00e9ellement ind\u00e9pendante et repr\u00e9sentative, avec une vision strat\u00e9gique et un programme en due forme.<\/p>Farouk Mardam-Bey<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Jo\u00ebl Hubrecht<\/h4>\n\n\n\n

Cette faiblesse repr\u00e9sentative s\u2019explique aussi par la long\u00e9vit\u00e9 de la dictature syrienne. Depuis un demi-si\u00e8cle, il est impossible de d\u00e9battre, d\u2019organiser et d\u2019incarner \u00e0 un niveau politique une v\u00e9ritable alternative. Par ailleurs, c\u2019est paradoxalement le caract\u00e8re populaire et d\u00e9mocratique du soul\u00e8vement qui a constitu\u00e9 un frein \u00e0 son soutien par les \u00c9tats occidentaux. \u00c0 rebours de la propagande du r\u00e9gime, qui d\u00e9non\u00e7ait un complot foment\u00e9 de l\u2019ext\u00e9rieur, force est de constater que nos gouvernements parviennent mieux \u00e0 aider un \u00c9tat agress\u00e9 par un autre \u00c9tat, comme aujourd\u2019hui l\u2019Ukraine par la Russie, qu\u2019une population r\u00e9prim\u00e9e par son propre \u00c9tat. Cela interroge douloureusement notre rapport aux autres soci\u00e9t\u00e9s et \u00e0 la d\u00e9mocratie et nous devrions en tirer des le\u00e7ons.<\/p>\n\n\n\n

Catherine Coquio<\/h4>\n\n\n\n

L\u2019absence d\u2019incarnation dans une figure forte est par ailleurs l\u2019une des causes de la division de la gauche fran\u00e7aise \u00e0 l\u2019\u00e9gard de ce mouvement. Le soul\u00e8vement syrien a attir\u00e9 une partie libertaire de la gauche, tandis que sa partie jacobine, port\u00e9e par M\u00e9lenchon, a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 l\u2019ignorer. Cette gauche a r\u00e9agi de fa\u00e7on pavlovienne en activant son anti-atlantisme et son la\u00efcisme, \u00e0 contretemps et \u00e0 contresens car la \u00ab la\u00efcit\u00e9 \u00bb du r\u00e9gime est aussi fantomatique que son \u00ab socialisme \u00bb et son pro-palestinisme, qui rel\u00e8ve de l\u2019imposture. Il y a bel et bien eu une exp\u00e9rience de d\u00e9mocratie directe en Syrie, pass\u00e9e par les comit\u00e9s locaux des r\u00e9gions insurg\u00e9es. Elle a souffert de conditions \u00e9pouvantables et a \u00e9t\u00e9 alt\u00e9r\u00e9e puis d\u00e9truite par les men\u00e9es islamistes. Mais elle existe et doit \u00eatre recueillie, reconnue, comprise jusque dans ses erreurs ou limites. Malheureusement, cette derni\u00e8re a \u00e9t\u00e9 laiss\u00e9e en souffrance, alors m\u00eame qu\u2019il faudrait tout mettre en \u0153uvre pour ne pas la laisser s\u2019effacer. On a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 marteler qu\u2019il n\u2019y avait pas d\u2019opposition cr\u00e9dible en Syrie.<\/p>\n\n\n\n

Vous d\u00e9noncez l\u2019inaction des puissances occidentales face aux crimes de guerre du r\u00e9gime syrien. On se souvient de la \u00ab ligne rouge \u00bb fix\u00e9e par le pr\u00e9sident des \u00c9tats-Unis Barack Obama au d\u00e9but de la guerre qui, maintes fois franchie par Bachar al-Assad, n\u2019aura en fin de compte jamais pouss\u00e9 les puissances occidentales \u00e0 s\u2019impliquer dans le conflit. Comment l\u2019expliquez-vous ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

M\u00eame lorsque les photos et les films des massacres ont produit de l\u2019indignation, les \u00e9lans de l\u2019opinion publique ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9samorc\u00e9s par les emp\u00eachements d\u2019agir au niveau international, \u00e0 l\u2019ONU notamment, du fait des v\u00e9tos russes et chinois imm\u00e9diats. D\u00e8s lors, l\u2019aggravation croissante des faits imm\u00e9diatement r\u00e9percut\u00e9s dans les m\u00e9dias mondiaux a eu un effet pervers qu\u2019analyse Chamsy Sarkis, le cr\u00e9ateur l\u2019agence franco-syrienne SMART : Bachar al-Assad et bien s\u00fbr Vladimir Poutine s\u2019en sont servi pour tester le degr\u00e9 de tol\u00e9rance de la communaut\u00e9 internationale. Celui-ci s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 immense, ouvrant ainsi la porte aux pires crimes et \u00e0 une sorte de convergence de deux nihilismes : cynisme politique inou\u00ef d\u2019un c\u00f4t\u00e9, consentement finalement consensuel de l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n

La gauche de M\u00e9lenchon a r\u00e9agi de fa\u00e7on pavlovienne en activant son anti-atlantisme et son la\u00efcisme, \u00e0 contretemps et \u00e0 contresens car la \u00ab la\u00efcit\u00e9 \u00bb du r\u00e9gime est aussi fantomatique que son \u00ab socialisme \u00bb et son pro-palestinisme, qui rel\u00e8ve de l\u2019imposture.<\/p>Catherine Coquio<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Jo\u00ebl Hubrecht<\/h4>\n\n\n\n

Il y a eu des barrages et des oppositions \u00e0 l\u2019action occidentale mais il y a aussi eu des renoncements et un aveuglement persistant. Contrairement au cas ukrainien, o\u00f9 des armes ont \u00e9t\u00e9 fournies aux agress\u00e9s pour se d\u00e9fendre, il n\u2019y a pas eu de soutien militaire consistant envers l\u2019Arm\u00e9e libre syrienne ni de tentatives pour imposer une zone a\u00e9rienne d\u2019exclusion. Mais m\u00eame sur les volets de l\u2019aide humanitaire ou de l\u2019information, nous avons fini par abdiquer. Chamsy Sarkis montre que non seulement l\u2019aide a \u00e9t\u00e9 trop tardive, la p\u00e9riode d\u00e9cisive s\u2019\u00e9tant jou\u00e9e en 2011-2012, mais aussi qu\u2019elle s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e parfois contre-productive. Ainsi les agences europ\u00e9ennes de soutien aux m\u00e9dias ont censur\u00e9 les m\u00e9dias ind\u00e9pendants qu\u2019elles \u00e9taient sens\u00e9es soutenir en leur imposant une vision \u00ab neutre et d\u00e9politis\u00e9e \u00bb du journalisme. Sur un plan diplomatique aussi, les n\u00e9gociations de Gen\u00e8ve, supervis\u00e9es par l\u2019ONU, se sont enlis\u00e9es et nous avons finalement laiss\u00e9 la Russie, la Turquie et l\u2019Iran prendre la main pour mettre en place des accords de cessez-le-feu qui ont consolid\u00e9 la reconqu\u00eate du territoire par Bachar et conduit \u00e0 la mise sous tutelle du pays par des \u00ab parrains \u00bb r\u00e9gionaux.<\/p>\n\n\n\n

Vous mentionnez l\u2019existence en France d\u2019un n\u00e9gationnisme des crimes perp\u00e9tr\u00e9s en Syrie par le r\u00e9gime et d\u00e9clarez vouloir lutter contre. Sous quelles formes se manifeste ce ph\u00e9nom\u00e8ne et comment le d\u00e9jouer ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Farouk Mardam-Bey<\/h4>\n\n\n\n

Le n\u00e9gationnisme est d\u2019abord le fait du r\u00e9gime pour lequel tous les t\u00e9moignages irr\u00e9futables sur ses crimes sont fabriqu\u00e9s. Selon lui, son arm\u00e9e, ses milices, ses services de renseignement n\u2019ont pas massacr\u00e9, tortur\u00e9, viol\u00e9, vol\u00e9, d\u00e9port\u00e9, en d\u00e9pit de ce que prouvent les dizaines de milliers de documents produits par leurs victimes, et parfois par les criminels eux-m\u00eames. Ce discours falsificateur se r\u00e9percute ensuite par l\u2019interm\u00e9diaire de relais internationaux, dont une multitude de sites conspirationnistes. Il y a un autre type de n\u00e9gationnisme qu\u2019on entend en France, c\u2019est quand quelqu\u2019un vous dit :  \u00ab Oui, c\u2019est vrai, je ne le nie pas, Bachar est un dictateur, mais\u2026 \u00bb. Mais quoi ? \u00ab mais il est la\u00efque, il est moderne, il est anti-imp\u00e9rialiste, il prot\u00e8ge les chr\u00e9tiens, et puis, franchement, les Arabes sont-ils m\u00fbrs pour la d\u00e9mocratie ? \u00bb. Pour nous qui recevons tous les jours des preuves suppl\u00e9mentaires des crimes commis par le r\u00e9gime, c\u2019est absolument insupportable, surtout pour moi quand celui ou celle qui prof\u00e8re de telles insanit\u00e9s se proclame \u00ab de gauche \u00bb. Cela dit, il faut noter que tous les partisans en France de Bachar al-Assad ne nient pas ses crimes. Certains les reconnaissent et les approuvent. Les plus cyniques d\u2019entre eux au nom de la realpolitik et de la \u00ab stabilit\u00e9 r\u00e9gionale \u00bb, cette belle stabilit\u00e9 qui ne profite qu\u2019aux despotes, aux mafieux et aux islamistes les plus obtus. Les m\u00eames admirent forc\u00e9ment Vladimir Poutine.<\/p>\n\n\n\n

Jo\u00ebl Hubrecht<\/h4>\n\n\n\n

Finalement, aucune famille politique n\u2019\u00e9tait compl\u00e8tement indemne d\u2019une certaine complaisance vis-\u00e0-vis de Poutine. La port\u00e9e du n\u00e9gationnisme op\u00e9r\u00e9 par le r\u00e9gime syrien aurait \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s r\u00e9duite sans la puissance extraordinaire des relais dont il a pu b\u00e9n\u00e9ficier gr\u00e2ce aux r\u00e9seaux de fake<\/em> russes dont la diffusion mord bien au-del\u00e0 des r\u00e9seaux d\u2019extr\u00eame droite et d\u2019extr\u00eame gauche. D\u00e8s lors, l\u2019amoncellement des preuves ne compte plus face \u00e0 l\u2019\u00e9tat de confusion et de suspicion cr\u00e9\u00e9 et les places des victimes et des bourreaux peuvent \u00eatre confondues, voire invers\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n

Catherine Coquio<\/h4>\n\n\n\n

On retrouve \u00e0 propos de cette \u00ab guerre civile \u00bb tous les grands classiques de la rh\u00e9torique n\u00e9gationniste : falsification des faits, renversement des responsabilit\u00e9s, disqualification des t\u00e9moins, etc. Une des singularit\u00e9s du cas syrien est la force de frappe de la fabrique \u00e0 trolls poutinienne, qui, beaucoup plus active et puissante que l\u2019Electronic Army syrienne, a rendu cette guerre de l\u2019information redoutable. Face \u00e0 cette artillerie lourde du fake<\/em>, l\u2019Occident n\u2019a pas pris la mesure de la gravit\u00e9 de la situation en temps voulu. Par ailleurs, ce n\u2019est pas parce que l\u2019on d\u00e9construit un n\u00e9gationnisme que l\u2019on en triomphe. Le besoin de d\u00e9nier est tellement fort que le d\u00e9montage critique ne suffira pas.<\/p>\n\n\n\n

Une des singularit\u00e9s du cas syrien est la force de frappe de la fabrique \u00e0 trolls poutinienne, qui, beaucoup plus active et puissante que l\u2019Electronic Army syrienne, a rendu cette guerre de l\u2019information redoutable. Face \u00e0 cette artillerie lourde du fake<\/em>, l\u2019Occident n\u2019a pas pris la mesure de la gravit\u00e9 de la situation en temps voulu.<\/p>Catherine Coquio<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Farouk Mardam-Bey<\/h4>\n\n\n\n

En effet, le d\u00e9ni est confortable et, de toute fa\u00e7on, on ne voit pas quand on ne veut pas voir. Quand on craint, si l\u2019on ouvre les yeux, de devoir renoncer \u00e0 ses certitudes id\u00e9ologiques et br\u00fbler les idoles qu\u2019on a longtemps ador\u00e9es. Je doute fort que les n\u00e9gationnistes des atrocit\u00e9s commises en Syrie par les Assad se jettent sur le Livre noir<\/em> ! Combien de fois avons-nous eu affaire \u00e0 des gens qui affirmaient que les images documentant ces atrocit\u00e9s provenaient d\u2019une officine de la CIA.<\/p>\n\n\n\n

Na\u00efla Mansour<\/h4>\n\n\n\n

C\u2019est la cons\u00e9quence d\u2019une politique \u00e9trang\u00e8re des pays occidentaux qui traite la r\u00e9gion comme une gestion de crises successives, au m\u00e9pris des peuples et au profit de dirigeants dictateurs \u00ab gestionnaires \u00bb. La macro-g\u00e9opolitique impos\u00e9e \u00e0 notre r\u00e9gion est la vraie \u00ab n\u00e9cropolitique poscoloniale \u00bb, comme l\u2019exprime tr\u00e8s bien le politiste Yasser Munif dans The Syrian Revolution : Between Politics of Life and the Geopolitics of Death<\/em> <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n

Vous revenez sur la r\u00e9pression exerc\u00e9e par la famille Assad depuis son arriv\u00e9e au pouvoir en 1970, ce qui soul\u00e8ve la question des distinctions et des similitudes entre le r\u00e9gime de Hafez al-Assad et celui de son fils Bachar. Vous \u00e9voquez notamment une perp\u00e9tuation des institutions de r\u00e9pression. Plus g\u00e9n\u00e9ralement, comment l\u2019usage de la violence par le r\u00e9gime syrien a-t-il \u00e9volu\u00e9 depuis 1970 ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Farouk Mardam-Bey<\/h4>\n\n\n\n

Notons d\u2019abord, pour ce qui est de la similitude entre les deux hommes, que Hafez al-Assad puis son fils Bachar ont acc\u00e9d\u00e9 tous les deux au pouvoir dans des conditions qui leur \u00e9taient tr\u00e8s favorables. Quand Hafez a men\u00e9 son coup d\u2019\u00c9tat en novembre 1970 contre ses compagnons du parti Baath, la population \u00e9tait lasse de la surench\u00e8re gauchiste du r\u00e9gime pr\u00e9c\u00e9dent. Sur le plan r\u00e9gional, il a \u00e9t\u00e9 salu\u00e9 par les pays arabes \u00ab mod\u00e9r\u00e9s \u00bb, notamment l\u2019Arabie saoudite et l\u2019\u00c9gypte. Les Am\u00e9ricains esp\u00e9raient quant \u00e0 eux gagner la Syrie, consid\u00e9r\u00e9e jusqu\u2019alors comme prosovi\u00e9tique, tandis que les Sovi\u00e9tiques, qui y \u00e9taient solidement install\u00e9s, \u00e9taient \u00e9videmment soucieux de ne pas la perdre. Les deux superpuissances ont donc marqu\u00e9 leur soutien au nouveau ma\u00eetre du pays. Apr\u00e8s la guerre d\u2019Octobre 1973, son refus d\u2019accompagner Sadate dans le processus de paix avec Isra\u00ebl lui a permis de se pr\u00e9senter comme un intraitable anti-imp\u00e9rialiste. Il a tir\u00e9 ensuite profit de tous les \u00e9v\u00e9nements qui ont boulevers\u00e9 le Moyen-Orient pour jeter les fondements de son r\u00e9gime, un r\u00e9gime clanique o\u00f9 l\u2019arm\u00e9e, tourn\u00e9e contre l\u2019ennemi int\u00e9rieur, est flanqu\u00e9e d\u2019une milice sans foi ni loi dirig\u00e9e par son fr\u00e8re Rifaat, et de services de renseignement tentaculaires. La gu\u00e9rilla lanc\u00e9e par des djihadistes en 1979 sera le pr\u00e9texte d\u2019une r\u00e9pression f\u00e9roce \u00e9tendue \u00e0 toutes les forces politiques et \u00e0 une destruction syst\u00e9matique, ou une subordination, de toutes les organisations de la soci\u00e9t\u00e9 civile. C\u2019est ainsi qu\u2019entre 1980 et 1983, avec les massacres de la prison de Palmyre, puis de Hama, d\u2019Alep et d\u2019autres localit\u00e9s, et l\u2019enfermement sans jugement de dizaines de milliers de personnes, la Syrie est devenue le \u00ab royaume de la peur et du silence \u00bb. <\/p>\n\n\n\n

En 2000, lorsque Bachar a acc\u00e9d\u00e9 au pouvoir, il \u00e9tait adoub\u00e9 par les pays occidentaux, surtout par les \u00c9tats-Unis et la France qui voyaient en lui un homme d\u2019ouverture. Une majorit\u00e9 de la population pensait qu\u2019il n\u2019allait pas tarder \u00e0 lancer un train de r\u00e9formes, non seulement administratives et \u00e9conomiques, mais aussi politiques. Espoir vite d\u00e9\u00e7u quand ont \u00e9t\u00e9 ferm\u00e9s les clubs de d\u00e9bat qui \u00e9taient apparus apr\u00e8s son \u00e9lection. Crisp\u00e9 depuis lors \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, cramponn\u00e9 au Liban o\u00f9 il entendait prolonger la tutelle syrienne, il a r\u00e9agi aux \u00e9v\u00e9nements consid\u00e9rables qui se sont succ\u00e9d\u00e9s durant la premi\u00e8re moiti\u00e9 de cette d\u00e9cennie (le 11 septembre 2001, l\u2019invasion de l\u2019Irak en 2003, la r\u00e9solution 1559 du Conseil de s\u00e9curit\u00e9 exigeant entre autres l\u2019ind\u00e9pendance et la souverainet\u00e9 du Liban suivie de l\u2019assassinat en 2005 de Rafiq Hariri  et de la mise en cause des services de s\u00e9curit\u00e9 syriens dans ce crime) par l\u2019\u00e9touffement dans l\u2019\u0153uf de toute forme d\u2019opposition politique. Il s\u2019est alors montr\u00e9 le digne successeur de son p\u00e8re avant de le d\u00e9passer en cruaut\u00e9 quelques ann\u00e9es plus tard avec le d\u00e9clenchement du soul\u00e8vement.<\/p>\n\n\n\n

Jo\u00ebl Hubrecht<\/h4>\n\n\n\n

Pour perdurer, la dictature d\u2019Hafez a su tirer profit du contexte de la guerre froide puis se placer adroitement lors de la premi\u00e8re guerre du Golfe. Lorsque Bachar arrive au pouvoir en 2000, il fait mine de s\u2019adapter au contexte plus ouvert et moderne de la globalisation. Mais ce \u00ab dictateur malgr\u00e9 lui \u00bb, comme certains l\u2019ont cru, se r\u00e9v\u00e8lera fid\u00e8le \u00e0 l\u2019h\u00e9ritage de son p\u00e8re et aux int\u00e9r\u00eats de son clan. Lorsque la r\u00e9pression monte en puissance avec les manifestations de 2011, le r\u00e9gime n\u2019a pas besoin d\u2019ouvrir de nouvelles prisons. Il va seulement les faire plonger dans une dimension encore plus inhumaine en entassant toujours plus de prisonniers dans les cellules. L\u2019appareil r\u00e9pressif, y compris l\u2019armement chimique qu\u2019il ne va pas tarder \u00e0 utiliser, est en place et bien r\u00f4d\u00e9 depuis des d\u00e9cennies.<\/p>\n\n\n\n

Tous les partisans en France de Bachar al-Assad ne nient pas ses crimes. Certains les reconnaissent et les approuvent. Les plus cyniques d\u2019entre eux au nom de la realpolitik et de la \u00ab stabilit\u00e9 r\u00e9gionale \u00bb, cette belle stabilit\u00e9 qui ne profite qu\u2019aux despotes, aux mafieux et aux islamistes les plus obtus. Les m\u00eames admirent forc\u00e9ment Vladimir Poutine.<\/p>Farouk Mardam-Bey<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Catherine Coquio<\/h4>\n\n\n\n

Il faut aussi rappeler l\u2019influence des \u00ab Printemps arabes \u00bb. Si le soul\u00e8vement de 2011 en Syrie a eu lieu, c\u2019est parce qu\u2019il y en a eu d\u2019autres avant lui et qu\u2019il s\u2019inscrivait dans une logique historique. C\u2019est \u00e0 cela qu\u2019a r\u00e9agi Bachar avec une violence qui a surpris les insurg\u00e9s, malgr\u00e9 les d\u00e9cennies de terreur pass\u00e9es. Lorsqu\u2019on lit les r\u00e9cits des premi\u00e8res manifestations, on retrouve sans cesse l\u2019id\u00e9e qu\u2019il \u00e9tait impossible de revenir en arri\u00e8re, tant la lib\u00e9ration enivrante de la parole et des gestes a \u00e9t\u00e9 v\u00e9cue comme une naissance. D\u00e8s lors, le soul\u00e8vement ne pouvait que se radicaliser dans une sorte de sacrifice, comme si risquer ou donner sa vie \u00e9tait la seule forme de \u00ab dignit\u00e9 \u00bb d\u00e9sormais possible. C\u2019est tout le tragique du printemps syrien. Le r\u00e9gime a crev\u00e9 le plafond du cynisme politique en \u00e9crasant le soul\u00e8vement par tous les moyens possibles de destruction, physique et morale. C\u2019est pourquoi la notion de guerre ne suffit pas \u00e0 rendre compte de l\u2019ensemble des \u00e9v\u00e9nements.<\/p>\n\n\n\n

Farouk Mardam-Bey<\/h4>\n\n\n\n

Sur le plan int\u00e9rieur, la continuit\u00e9 entre le p\u00e8re et le fils se manifeste surtout dans le caract\u00e8re clanique de leur pouvoir. Il n\u2019est pas exag\u00e9r\u00e9 de dire que la Syrie a \u00e9t\u00e9 gouvern\u00e9e pendant un demi-si\u00e8cle par une mafia dont ils ont \u00e9t\u00e9 les parrains, l\u2019un apr\u00e8s l\u2019autre. Sur le plan r\u00e9gional, la continuit\u00e9 est dans la proximit\u00e9 entretenue avec l\u2019Iran. Bachar est m\u00eame all\u00e9 plus loin que son p\u00e8re dans le soutien aux ambitions imp\u00e9riales de T\u00e9h\u00e9ran, et cela au d\u00e9triment des relations amicales nou\u00e9es par Hafez avec l\u2019Arabie saoudite. Enfin, sur le plan international, l\u2019alliance de Hafez avec l\u2019Union sovi\u00e9tique s\u2019est prolong\u00e9e par celle de Bachar avec la Russie, qui s\u2019apparente dans les faits, depuis 2015, \u00e0 une tutelle russe sur la Syrie.<\/p>\n\n\n\n

Lorsqu\u2019\u00e9clate la guerre civile, les Assad sont au pouvoir en Syrie depuis d\u00e9j\u00e0 plus de quatre d\u00e9cennies. L\u2019ann\u00e9e 2011 semble avoir plong\u00e9 le pays dans une d\u00e9cennie d\u2019extr\u00eame violence marqu\u00e9e par des dynamiques conflictuelles complexes. Onze ans apr\u00e8s le d\u00e9but de la guerre, comment caract\u00e9riseriez-vous le conflit syrien ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

C\u2019est avant toute chose une r\u00e9volution, une r\u00e9volution au destin tragique, et c\u2019est ensuite une guerre sans merci men\u00e9e contre elle, avec une dimension que je n\u2019h\u00e9site pas pour ma part \u00e0 qualifier de g\u00e9nocidaire. \u00c0 la faveur de cette guerre, Bachar al-Assad a cherch\u00e9 \u00e0 remodeler d\u00e9mographiquement la soci\u00e9t\u00e9 syrienne afin de concr\u00e9tiser le mot d\u2019ordre de ses partisans : \u00ab Assad pour l\u2019\u00e9ternit\u00e9 \u00bb. Comment ? En massacrant sauvagement des centaines de milliers de Syriens, en r\u00e9duisant leurs villes et leurs villages en un champ de ruine, en faisant fuir le tiers de la population hors les fronti\u00e8res du pays, en d\u00e9portant les habitants des localit\u00e9s r\u00e9put\u00e9es r\u00e9calcitrantes et en les rempla\u00e7ant en partie, dans une logique de toute \u00e9vidence confessionnelle, par des familles venues d\u2019ailleurs. Selon Bachar, la soci\u00e9t\u00e9 syrienne serait ainsi devenue plus \u00ab homog\u00e8ne \u00bb. Il l\u2019aurait d\u00e9barrass\u00e9e de ses \u00ab classes dangereuses \u00bb qui ont os\u00e9 se r\u00e9volter contre lui. Cette ing\u00e9nierie d\u00e9mographique, du moins dans son esprit, ressemble \u00e0 un g\u00e9nocide.<\/p>\n\n\n\n

Selon Bachar, la soci\u00e9t\u00e9 syrienne serait ainsi devenue plus \u00ab homog\u00e8ne \u00bb. Il l\u2019aurait d\u00e9barrass\u00e9e de ses \u00ab classes dangereuses \u00bb qui ont os\u00e9 se r\u00e9volter contre lui. Cette ing\u00e9nierie d\u00e9mographique, du moins dans son esprit, ressemble \u00e0 un g\u00e9nocide.<\/p>Farouk Mardam-Bey<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Catherine Coquio<\/h4>\n\n\n\n

Le vocabulaire de \u00ab l\u2019assainissement \u00bb d\u00e9mographique, cher \u00e0 Bachar, remonte \u00e0 l\u2019\u00e8re Hafez, lorsque Rifaat al-Assad, chef des brigades de d\u00e9fense, affirmait en 1980 \u00ab nous sommes pr\u00eats \u00e0 sacrifier un million de martyrs \u00bb. C\u2019est d\u2019ailleurs dans ces m\u00eames ann\u00e9es 1980 que s\u2019est mis en place le dispositif d\u2019armes chimiques en Syrie. \u00ab L\u2019assainissement \u00bb touchait \u00e0 l\u2019appartenance ethnico-confessionnelle, mais aussi sociale. Sous Bachar, l\u2019\u00e9radication du soul\u00e8vement populaire a pris aussi une allure de guerre de classes, puisque la population sunnite qui a \u00e9t\u00e9 vis\u00e9e \u00e9tait aussi une population pauvre, consid\u00e9r\u00e9e comme illettr\u00e9e et pr\u00e9sum\u00e9e terroriste. Cette inspiration g\u00e9nocidaire ne s\u2019est pas cantonn\u00e9e dans la m\u00e9taphore. Elle ne se pr\u00eate pas \u00e0 la qualification juridique mais on la d\u00e9chiffre dans des conduites d\u00e9shumanisantes et exterminatrices qui ne rel\u00e8vent plus du tout de la guerre.<\/p>\n\n\n\n

Jo\u00ebl Hubrecht<\/h4>\n\n\n\n

Effectivement, il faut entendre dans les propos de nombreux Syriens qui parlent de violences g\u00e9nocidaires non pas une ignorance du droit ou une surench\u00e8re dans leur victimisation mais le fait que le degr\u00e9 de cruaut\u00e9 va au-del\u00e0 de ce que la d\u00e9finition du crime contre l\u2019humanit\u00e9 d\u00e9crit lorsqu\u2019il parle d\u2019attaques g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9es ou syst\u00e9matiques contre une population. La pers\u00e9cution est un des crimes contre l\u2019humanit\u00e9 qui peut rendre compte de la nature discriminatoire et cibl\u00e9e d\u2019une grande partie de la r\u00e9pression. Mais comment rendre compte de l’acharnement du r\u00e9gime contre des familles enti\u00e8res et contre les enfants ? Comment dire cette violence qui, sans remplir enti\u00e8rement les crit\u00e8res de la d\u00e9finition juridique du crime de g\u00e9nocide, \u00e9voque n\u00e9anmoins la dimension exterminatrice du g\u00e9nocide. Le droit tente de saisir au mieux la r\u00e9alit\u00e9 pour en d\u00e9gager des faits et des responsabilit\u00e9s mais il ne surplombe pas et n’\u00e9puise pas cette r\u00e9alit\u00e9. Ce pour quoi cette violence a besoin d’\u00eatre qualifi\u00e9e en droit mais doit aussi \u00eatre dite autrement que dans le vocabulaire du droit. C’est cette pluralit\u00e9 de langages que mobilise le Livre noir<\/em>.<\/p>\n\n\n\n

L\u2019ouvrage a pour sous-titre <\/strong>Le livre noir des Assad<\/em><\/strong> et m\u00eale t\u00e9moignages et preuves des crimes commis par le r\u00e9gime syrien. Le processus de justice pour les victimes de la r\u00e9pression syrienne se pr\u00e9pare-t-il d\u00e8s maintenant, dans la perspective d\u2019un proc\u00e8s d\u2019Assad devant la Cour p\u00e9nale internationale ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

D\u00e8s l\u2019\u00e9t\u00e9 2011, des ONG telles qu\u2019Amnesty International ont alert\u00e9 que la r\u00e9action du r\u00e9gime prenait l\u2019allure d\u2019une attaque syst\u00e9matique ou g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e contre une population, ce qui est la d\u00e9finition du crime contre l\u2019humanit\u00e9. Leur commission, ainsi que celle de crimes de guerre, n\u2019a fait que se confirmer avec la militarisation et la milicisation de la r\u00e9pression. Rapidement, des \u00e9l\u00e9ments de diff\u00e9rentes natures ont pu \u00eatre recueillis par un grand nombre d\u2019organisations, des ONG mais aussi la commission onusienne dirig\u00e9e par Paulo Pinheiro et depuis 2017, le m\u00e9canisme dit M3I dirig\u00e9 par la magistrale Catherine Marchi-Uhel \u00e0 Gen\u00e8ve. Les preuves dont nous disposons aujourd\u2019hui sont suffisantes pour condamner Bachar al-Assad. Il manque le tribunal pour le juger. Mais, au-del\u00e0 de la seule figure du dictateur, vers qui certes tout converge, ce sont les multiples responsables et les diff\u00e9rents niveaux de ce syst\u00e8me de r\u00e9pression \u00e0 qui il faut demander des comptes. Malheureusement, les proc\u00e9dures entam\u00e9es n\u2019ont abouti qu\u2019\u00e0 la condamnation de deux responsables du r\u00e9gime syrien et \u00e0 une poign\u00e9e de mandats d\u2019arr\u00eats internationaux. Seuls les dossiers ouverts dans une quinzaine de pays, au titre de la comp\u00e9tence universelle des juges nationaux pour r\u00e9primer les crimes internationaux les plus graves, portent l\u2019espoir que la mobilisation des victimes syriennes ne sera pas vaine. Or elle ne doit pas l\u2019\u00eatre. Non seulement pour faire reconna\u00eetre la dignit\u00e9 de leurs proches disparus, dont chaque vie importait, mais aussi parce que, comme le montrent plusieurs articles de ce livre, l\u2019impunit\u00e9 est un facteur d\u00e9cisif de la mont\u00e9e progressive de la violence. De plus, la demande de justice ne constitue pas seulement un enjeu pour les Syriens. Ne pas y r\u00e9pondre, c\u2019est saper d\u00e9finitivement la cr\u00e9dibilit\u00e9 du droit international dont d\u00e9pend en grande partie la s\u00e9curit\u00e9 internationale. De ce point de vue, les enjeux sont \u00e9troitement li\u00e9s \u00e0 ceux de la guerre en Ukraine et \u00e0 la crise que traverse l\u2019ONU.<\/p>\n\n\n\n

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Depuis l\u2019invasion de l\u2019Ukraine par la Russie en f\u00e9vrier 2022, de nombreux observateurs affirment que la Syrie a constitu\u00e9 le terrain d\u2019exp\u00e9rimentation de Vladimir Poutine. En actant progressivement le retour en force de la Russie sur la sc\u00e8ne internationale, l\u2019ing\u00e9rence russe en Syrie a-t-elle pos\u00e9 les jalons de l\u2019\u00e9quilibre g\u00e9opolitique mondial actuel ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Farouk Mardam-Bey<\/h4>\n\n\n\n

Oui. Il n\u2019y a pas de doute. Poutine a utilis\u00e9 la Syrie comme terrain d\u2019exp\u00e9rimentation \u00e0 la fois politique et militaire. Par son intervention militaire, pour la premi\u00e8re fois en dehors des fronti\u00e8res de l\u2019ex-Union sovi\u00e9tique, la Russie a marqu\u00e9 son retour en force sur la sc\u00e8ne internationale. Cela apr\u00e8s avoir \u00e0 plusieurs reprises vol\u00e9 au secours du r\u00e9gime en opposant son veto \u00e0 des projets de r\u00e9solution du Conseil de s\u00e9curit\u00e9 qui lui \u00e9taient d\u00e9favorables. Et depuis 2015, les g\u00e9n\u00e9raux russes eux-m\u00eames se vantent d\u2019avoir exp\u00e9riment\u00e9 en Syrie plus de 300 armes de nouvelle g\u00e9n\u00e9ration. Poutine a \u00e9galement voulu tester la r\u00e9action des pays occidentaux. Elle a \u00e9t\u00e9 minable et il en a profit\u00e9 pour agir impun\u00e9ment, \u00e0 sa fa\u00e7on \u00e9prouv\u00e9e \u00e0 Grozny. Toutefois, il a eu tort de penser que leur r\u00e9action serait la m\u00eame dans le cas d\u2019une invasion de l\u2019Ukraine. L\u2019Ukraine est en Europe et les Ukrainiens ne sont pas des Arabes pour que l\u2019Occident se d\u00e9sint\u00e9resse de leur sort.<\/p>\n\n\n\n

Catherine Coquio<\/h4>\n\n\n\n

Une partie des acteurs de la guerre en Ukraine \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sente en Syrie. Cela constitue l\u2019un des \u00e9l\u00e9ments de continuit\u00e9 entre la Syrie et l\u2019Ukraine. C\u2019est notamment le cas de la milice Wagner, qui \u00e9tait active en Syrie d\u00e8s 2013.<\/p>\n\n\n\n

Jo\u00ebl Hubrecht<\/h4>\n\n\n\n

Les m\u00e9thodes sont similaires mais les th\u00e9\u00e2tres de guerre sont tr\u00e8s diff\u00e9rents. En Ukraine, un \u00c9tat en agresse un autre alors qu\u2019en Syrie, il s\u2019agissait de la r\u00e9pression d\u2019une population par son r\u00e9gime et, sous couvert de lutter contre le djihadisme international, d\u2019aider un dictateur alli\u00e9 \u00e0 reconqu\u00e9rir le territoire perdu. Avec l\u2019appui russe, Bachar al-Assad, a compl\u00e8tement renvers\u00e9 la situation. Il avait perdu le contr\u00f4le de plus de 70 % du pays. Aujourd\u2019hui il a repris la main sur plus de 70 % du territoire. Mais en Syrie, l\u2019aide militaire de la Russie a \u00e9t\u00e9 essentiellement apport\u00e9e par l\u2019arm\u00e9e de l\u2019air russe, sous le commandement de Dvornikov. En Ukraine, Poutine a d\u00fb d\u00e9ployer des troupes au sol, avec les \u00e9checs que l\u2019on sait, et le h\u00e9ros de guerre Dvornikov, d\u00e9cor\u00e9 pour ses \u00ab exploits \u00bb \u00e0 Alep a \u00e9t\u00e9 vite remerci\u00e9 pour ses insuffisances sur le front ukrainien. Les succ\u00e8s de l\u2019ing\u00e9rence russe en Syrie ont conduit Poutine \u00e0 d\u00e9fier la communaut\u00e9 internationale et \u00e0 attaquer directement Kiev, mais l\u2019hubris est mauvaise conseill\u00e8re. Il reste \u00e0 voir si, se retrouvant dans la m\u00eame situation de d\u00e9route que Bachar au d\u00e9but de la r\u00e9volution, il va lui aussi se lancer dans une fuite en avant militaire et jusqu\u2019o\u00f9 cela le m\u00e8nera. Mais une chose est \u00e9vidente : alors que Bachar a pu survivre gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019aide salvatrice de Moscou, le soutien ind\u00e9fectible que lui montre aujourd\u2019hui Damas en retour ne sera d\u2019aucune utilit\u00e9 au ma\u00eetre du Kremlin.<\/p>\n\n\n\n

La chronologie en fin d\u2019ouvrage a pour derni\u00e8re entr\u00e9e \u00ab 202\u2026 ? : fin de la dynastie des Assad et chute de la dictature \u00bb. Pourtant, lorsque para\u00eet ce livre, l\u2019heure semble \u00eatre \u00e0 la r\u00e9habilitation progressive du r\u00e9gime de Bachar al-Assad. De nombreux pays tels que l\u2019Arabie saoudite, les \u00c9mirats arabes unis, Bahre\u00efn ou encore la Hongrie, la Serbie, la Gr\u00e8ce et Chypre ont par exemple rouvert leur ambassade \u00e0 Damas. Le maintien au pouvoir de la famille Assad pour les ann\u00e9es \u00e0 venir est-il in\u00e9vitable ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Na\u00efla Mansour<\/h4>\n\n\n\n

Penser l\u2019avenir des Syriens dans un contexte de r\u00e9habilitation progressive du r\u00e9gime, c\u2019est d\u00e9j\u00e0 le cas et c\u2019est l\u2019enfer pour des millions de Syriens. Tr\u00e8s concr\u00e8tement, c\u2019est un cauchemar. Les Syriens craignent toujours leurs vies, exactement comme avant 2011 et pendant la guerre. Je dirais m\u00eame que c\u2019est pire, \u00e9tant donn\u00e9 que le r\u00e9gime sent que tout est permis actuellement.<\/p>\n\n\n\n

L\u2019essentiel pour les d\u00e9mocrates syriens n\u2019est pas de jouer aux devins, mais de tirer les le\u00e7ons de leur d\u00e9faite. De ne pas baisser les bras, mais de d\u00e9noncer sans cesse les crimes monstrueux commis contre leur peuple. De r\u00e9clamer justice et ne pas d\u00e9sesp\u00e9rer de l\u2019obtenir\u2026<\/p>Farouk Mardam-Bey<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Farouk Mardam-Bey<\/h4>\n\n\n\n

La normalisation des relations diplomatiques avec le r\u00e9gime syrien est en effet en marche, et ce n\u2019est pas tr\u00e8s \u00e9tonnant du moment o\u00f9 la contre-r\u00e9volution a triomph\u00e9, et pas seulement en Syrie, mais partout dans le monde arabe. La seconde vague de soul\u00e8vements populaires, \u00e0 partir de 2019, en Alg\u00e9rie, au Soudan, en Irak, au Liban, avait raviv\u00e9 l\u2019espoir d\u2019un changement d\u00e9mocratique, mais elle a reflu\u00e9 comme la premi\u00e8re, celle de 2011. Je suis cependant persuad\u00e9 qu\u2019il y en aura d\u2019autres, car les conditions de vie de la grande majorit\u00e9 des populations sont insupportables et que les r\u00e9gimes en place, de par leur nature despotique, oligarchique ou communautariste, vont les d\u00e9t\u00e9riorer davantage. S\u2019agissant de la Syrie, pays occup\u00e9, morcel\u00e9, et o\u00f9 90 % de la population vit en-de\u00e7\u00e0 du seuil de pauvret\u00e9, nul ne peut d\u00e8s \u00e0 pr\u00e9sent pr\u00e9voir comment \u00e9volueront les choses, tant elles sont changeantes. Que feront les Russes en Syrie s\u2019ils sont d\u00e9faits en Ukraine ? Et les Iraniens, alors qu\u2019ils sont emp\u00eatr\u00e9s dans toutes sortes de probl\u00e8mes ?  Qu\u2019adviendra-t-il si les Turcs se retirent du Nord-Ouest ? \u00c0 quoi aboutira le modus vivendi entre le r\u00e9gime et l\u2019\u00ab Autorit\u00e9 autonome du Kurdistan syrien \u00bb ? Et le r\u00e9gime lui-m\u00eame, qui peut raisonnablement affirmer dans ces conditions qu\u2019il se comportera de telle ou telle fa\u00e7on ? L\u2019essentiel pour les d\u00e9mocrates syriens n\u2019est pas de jouer aux devins, mais de tirer les le\u00e7ons de leur d\u00e9faite. De ne pas baisser les bras, mais de d\u00e9noncer sans cesse les crimes monstrueux commis contre leur peuple. De r\u00e9clamer justice et ne pas d\u00e9sesp\u00e9rer de l\u2019obtenir\u2026<\/p>\n\n\n\n

Jo\u00ebl Hubrecht<\/h4>\n\n\n\n

Le r\u00e9gime des Assad a beau \u00eatre en voie de r\u00e9habilitation, de par son essence il appartient au pass\u00e9. Il aura beau \u00ab hisser des drapeaux tout neufs sur les d\u00e9combres \u00bb, pour reprendre la m\u00e9taphore de Moustafa Khalif\u00e9, il ne reconstruira plus rien de grand ni de durable. Il a sacrifi\u00e9 toute une g\u00e9n\u00e9ration d\u2019enfants syriens qui a grandi dans la guerre et la mis\u00e8re. En cela, l\u2019\u00e9ternit\u00e9 d\u2019Assad est sans avenir. L\u2019avenir du pays, c\u2019est cette partie de la jeunesse qui s\u2019est soulev\u00e9e en 2011, qui a exp\u00e9riment\u00e9, m\u00eame si c\u2019\u00e9tait dans la souffrance et la mort, des lieux et des moments de plus de libert\u00e9 et de solidarit\u00e9. Certaines de ses voix continuent \u00e0 se faire entendre, dans le Livre noir et dans d\u2019autres publications, pour \u00e9courter cette \u00e9ternit\u00e9 assadienne et sortir du \u00ab temps des monstres \u00bb.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"

Contre le n\u00e9gationnisme, la banalisation, l\u2019indiff\u00e9rence ou le silence, et contre l’impunit\u00e9 de ceux qui, en ex\u00e9cutant le mot d\u2019ordre \u00ab  Assad ou on br\u00fble le pays  \u00bb, ont mis la Syrie \u00e0 feu et \u00e0 sang, il faut faire entendre une multitude de voix. Dans une interview fleuve, les sp\u00e9cialistes qui ont coordonn\u00e9 l’ambitieux ouvrage collectif Syrie, le pays br\u00fbl\u00e9. Le livre noir des Assad (1970-2021)<\/em> reviennent sur certains t\u00e9moignages importants de ce livre et sur la m\u00e9thodologie qui a guid\u00e9 leur d\u00e9marche.<\/p>\n","protected":false},"author":10,"featured_media":162610,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"templates\/post-reviews.php","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_trash_the_other_posts":false,"footnotes":""},"categories":[1732],"tags":[],"geo":[543],"class_list":["post-162609","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-guerre","staff-gabriel-rousset","geo-mediterranee"],"acf":[],"yoast_head":"\nSyrie, le pays br\u00fbl\u00e9 | Le Grand Continent<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/10\/14\/syrie-le-pays-brule\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Syrie, le pays br\u00fbl\u00e9 | Le Grand Continent\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Contre le n\u00e9gationnisme, la banalisation, l\u2019indiff\u00e9rence ou le silence, et contre l'impunit\u00e9 de ceux qui, en ex\u00e9cutant le mot d\u2019ordre \u00ab Assad ou on br\u00fble le pays \u00bb, ont mis la Syrie \u00e0 feu et \u00e0 sang, il faut faire entendre une multitude de voix. 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