{"id":160247,"date":"2022-09-26T14:47:21","date_gmt":"2022-09-26T12:47:21","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=160247"},"modified":"2022-09-27T00:00:08","modified_gmt":"2022-09-26T22:00:08","slug":"lautomne-nucleaire-de-leurope","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/09\/26\/lautomne-nucleaire-de-leurope\/","title":{"rendered":"L\u2019automne nucl\u00e9aire de l\u2019Europe"},"content":{"rendered":"\n
La crainte de \u00ab l\u2019hiver nucl\u00e9aire \u00bb \u2013 une modification en profondeur du climat terrestre suite \u00e0 un conflit atomique \u2013 avait disparu en Europe depuis longtemps <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>. En cet automne inaugur\u00e9 en son premier jour par de nouvelles d\u00e9clarations provocatrices de Vladimir Poutine<\/a>, quel est exactement l\u2019\u00e9tat du risque nucl\u00e9aire dans la guerre en Ukraine ? <\/p>\n\n\n\n Commen\u00e7ons par un rappel : la dissuasion, au sens large du terme, a \u00e9chou\u00e9 le 24 f\u00e9vrier. Les pays occidentaux avaient en effet tent\u00e9 de d\u00e9courager Moscou d\u2019attaquer en mena\u00e7ant la Russie de \u00ab sanctions massives \u00bb. Ce qui s\u2019est av\u00e9r\u00e9 insuffisant. La Russie avait-elle dout\u00e9 de notre r\u00e9solution ? Pouvait-on faire mieux ? Peut-\u00eatre. Cet \u00e9chec rappelle en tout cas que la dissuasion est un exercice difficile d\u00e8s lors qu\u2019il existe une asym\u00e9trie des enjeux : l\u2019Ukraine est \u2014 encore \u2014 plus importante pour la Russie<\/a> qu\u2019elle ne l\u2019est pour l\u2019Occident. <\/p>\n\n\n\n La dissuasion, au sens large du terme, a \u00e9chou\u00e9 le 24 f\u00e9vrier. Mais la dissuasion nucl\u00e9aire semble avoir fonctionn\u00e9.<\/p>Bruno Tertrais<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Mais la dissuasion nucl\u00e9aire semble avoir fonctionn\u00e9. Certes, la Russie a jou\u00e9 la carte de la \u00ab sanctuarisation agressive \u00bb \u2014 expression forg\u00e9e par l\u2019expert fran\u00e7ais Jean-Louis Gergorin au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990. Tout autant, elle n\u2019a franchi aucune v\u00e9ritable ligne rouge occidentale. <\/p>\n\n\n\n Les forces arm\u00e9es russes ne frappent pas les bases situ\u00e9es sur le territoire de l\u2019OTAN et aucun emploi d\u2019armes chimiques n\u2019a \u00e9t\u00e9 d\u00e9tect\u00e9. De son c\u00f4t\u00e9, l\u2019OTAN ne s\u2019engage pas directement contre la Russie. Aucune zone d\u2019interdiction de survol n\u2019a \u00e9t\u00e9 \u00e9tablie. Cette situation n\u2019est pas sans rappeler les crises ouvertes de la Guerre froide \u2013 Cor\u00e9e, Vietnam, Proche-Orient\u2026 Aussi peut-on dire que la guerre d\u2019Ukraine confirme que la dissuasion nucl\u00e9aire permet l\u2019engagement tout en limitant les risques d\u2019escalade<\/em> <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span>. C\u2019est ce que l\u2019expert am\u00e9ricain Glenn Snyder avait appel\u00e9 dans les ann\u00e9es 1960 le \u00ab paradoxe de la stabilit\u00e9-instabilit\u00e9 \u00bb : stabilit\u00e9 au niveau central, instabilit\u00e9 au niveau du th\u00e9\u00e2tre. <\/p>\n\n\n\n De fait, on a pu observer, dans le domaine nucl\u00e9aire, une certaine retenue des deux c\u00f4t\u00e9s. <\/p>\n\n\n\n [Si vous trouvez notre travail utile et souhaitez contribuer \u00e0 ce que le Grand Continent reste une publication ouverte, vous pouvez vous abonner par ici<\/a>.]<\/em><\/p>\n\n\n\n Du c\u00f4t\u00e9 russe, la th\u00e8se selon laquelle Moscou serait prompte \u00e0 \u00ab brandir la menace nucl\u00e9aire \u00bb est contestable. On ne peut manquer en effet d\u2019\u00eatre frapp\u00e9 par le contraste entre la violence guerri\u00e8re de l\u2019arm\u00e9e russe et la politique de dissuasion \u2013 rh\u00e9torique, posture, exercices, essais \u2013 du Kremlin au cours de la crise. En effet, si les commentateurs russes ont fait assaut de d\u00e9clarations provocatrices, et fr\u00e9quemment incendiaires, les responsables politiques se sont content\u00e9s, la plupart du temps, de \u00ab rappels dissuasifs \u00bb consistant \u00e0 \u00e9noncer les dispositions de la doctrine officielle ou l\u2019ampleur des capacit\u00e9s russes. <\/p>\n\n\n\n Vladimir Poutine, dans son intervention du 24 f\u00e9vrier, signalait : \u00ab Peu importe qui tente de se mettre en travers de notre chemin ou, a fortiori, de cr\u00e9er des menaces pour notre pays et notre peuple, ils doivent savoir que la Russie r\u00e9pondra imm\u00e9diatement, et les cons\u00e9quences seront telles que vous n’en avez jamais vues dans toute votre histoire. Quelle que soit la fa\u00e7on dont les \u00e9v\u00e9nements se d\u00e9roulent, nous sommes pr\u00eats. Toutes les d\u00e9cisions n\u00e9cessaires \u00e0 cet \u00e9gard ont \u00e9t\u00e9 prises. J’esp\u00e8re que mes paroles seront entendues.<\/em> <\/span>3<\/sup><\/a><\/span><\/span> \u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n La th\u00e8se selon laquelle Moscou serait prompte \u00e0 \u00ab brandir la menace nucl\u00e9aire \u00bb est contestable.<\/p>Bruno Tertrais<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Le porte-parole du Kremlin, interrog\u00e9 par CNN, confirmait le 22 mars que la Russie n\u2019emploierait l\u2019arme nucl\u00e9aire qu\u2019en cas de \u00ab menace existentielle<\/em> \u00bb sur le pays <\/span>4<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Quelques jours plus tard, il affirmait que \u00ab personne ne pensait \u00e0 l\u2019emploi \u2013 ni m\u00eame \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019employer une arme nucl\u00e9aire<\/em> \u00bb <\/span>5<\/sup><\/a><\/span><\/span>. La m\u00eame semaine, le vice-pr\u00e9sident du Conseil de s\u00e9curit\u00e9 nationale, Dmitri Medvedev, rappelait les quatre seuils des int\u00e9r\u00eats vitaux russes <\/span>6<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n Le 19 avril, Sergue\u00ef Lavrov \u00e9cartait l\u2019hypoth\u00e8se de l\u2019emploi de l\u2019arme nucl\u00e9aire <\/span>7<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Dans un autre entretien le m\u00eame jour, il affirmait que la Russie faisait tout pour \u00e9viter une guerre nucl\u00e9aire <\/span>8<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Le lendemain, \u00e0 l\u2019occasion du test de missile Sarmat, Poutine signalait que ce missile \u00e9tait destin\u00e9 \u00e0 \u00ab faire r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 deux fois ceux qui essayent de menacer notre pays avec une rh\u00e9torique d\u00e9cha\u00een\u00e9e et agressive<\/em> \u00bb <\/span>9<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Le 29 avril, Vladimir Poutine affirmait : \u00ab Laissez-moi le dire une fois encore : quiconque aurait l\u2019intention d\u2019interf\u00e9rer depuis l\u2019ext\u00e9rieur en suscitant une menace strat\u00e9gique inacceptable pour la Russie doit savoir que nos frappes de r\u00e9torsion seraient rapides comme l\u2019\u00e9clair. Nous disposons des moyens appropri\u00e9s, des moyens dont personne d\u2019autre ne dispose. Ce ne sont pas des rodomontades : nous les utiliserons si n\u00e9cessaire. Et je veux que chacun le sache ; toutes les d\u00e9cisions ont \u00e9t\u00e9 prises \u00e0 ce sujet<\/em> \u00bb <\/span>10<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n Le langage des responsables russes a pu rappeler celui des responsables indiens et pakistanais au cours des crises qui ont \u00e9maill\u00e9 la relation bilat\u00e9rale depuis que les deux \u00c9tats se sont dot\u00e9s d\u2019armes nucl\u00e9aires.<\/p>Bruno Tertrais<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Enfin, apr\u00e8s un \u00e9t\u00e9 au cours duquel les r\u00e9f\u00e9rences officielles russes aux armes nucl\u00e9aires s\u2019\u00e9taient faites plus discr\u00e8tes, le 21 septembre, Vladimir Poutine avertissait, dans une allocution solennelle traduite et comment\u00e9e dans ces colonnes<\/a> :<\/p>\n\n\n\n \u00ab [Washington, Londres et Bruxelles ont]<\/em> commenc\u00e9 du m\u00eame coup le chantage nucl\u00e9aire. Je ne pense pas seulement aux bombardements de la centrale nucl\u00e9aire de Zaporojie, encourag\u00e9s par l\u2019Occident, et qui menacent de provoquer une catastrophe atomique, mais aussi aux d\u00e9clarations de certains hauts repr\u00e9sentants des principaux \u00c9tats de l\u2019OTAN sur la faisabilit\u00e9 et la validit\u00e9 de l\u2019usage d\u2019une arme de destruction massive, l\u2019arme nucl\u00e9aire, contre la Russie.<\/em><\/p>\n\n\n\n Je voudrais ici rappeler \u00e0 tous ceux qui se permettent de telles d\u00e9clarations que notre pays dispose lui aussi de divers types de ressources militaires, dont certains \u00e9l\u00e9ments sont plus avanc\u00e9s que ceux des pays de l\u2019OTAN. En cas de menace de l\u2019int\u00e9grit\u00e9 territoriale de notre pays, il va de soi que nous utiliserons tous les moyens \u00e0 notre disposition pour d\u00e9fendre la Russie et notre peuple. Ce n\u2019est pas du bluff. Il faut lire cette d\u00e9claration avec attention, car la \u00ab menace nucl\u00e9aire \u00bb n\u2019y est pas aussi explicite qu\u2019on a pu le dire. Nous y reviendrons.<\/p>\n\n\nLe jeu de la dissuasion<\/h2>\n\n\n\n
L’agitation nucl\u00e9aire russe<\/h2>\n\n\n\n
Les citoyens russes peuvent en \u00eatre s\u00fbrs : l\u2019int\u00e9grit\u00e9 territoriale de notre Patrie, notre ind\u00e9pendance et notre libert\u00e9 seront pr\u00e9serv\u00e9es, je le dis une fois encore, par tous les moyens dont nous disposons. Ceux qui tentent de nous soumettre au chantage nucl\u00e9aire doivent \u00eatre conscients que la rose des vents peut se retourner dans leur direction. \u00bb<\/em> <\/span>11<\/sup><\/a><\/span><\/span><\/p>\n\n\n\n