{"id":156873,"date":"2022-09-07T10:36:05","date_gmt":"2022-09-07T08:36:05","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=156873"},"modified":"2022-09-07T10:41:53","modified_gmt":"2022-09-07T08:41:53","slug":"comment-faire-lhistoire-de-lafrique-une-conversation-avec-francois-xavier-fauvelle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/09\/07\/comment-faire-lhistoire-de-lafrique-une-conversation-avec-francois-xavier-fauvelle\/","title":{"rendered":"Comment faire l&rsquo;histoire de l&rsquo;Afrique&#160;? une conversation avec Fran\u00e7ois-Xavier Fauvelle"},"content":{"rendered":"\n<p><em>L&rsquo;ouvrage collectif&nbsp;<\/em>L&rsquo;Afrique et le monde&nbsp;&#160;: histoires renou\u00e9es<em>, dirig\u00e9 par Fran\u00e7ois-Xavier Fauvelle et Anne Lafont para\u00eet aujourd&rsquo;hui aux \u00e9ditions La D\u00e9couverte. Le Grand Continent en publie <a href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/09\/06\/lafrique-et-la-maison-commune\/\">une recension<\/a>.<\/em><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Faire l\u2019histoire de l\u2019Afrique, comme au demeurant de n\u2019importe quelle autre r\u00e9gion du monde, pose \u00e0 l\u2019historien des questions fondamentales relatives \u00e0 l\u2019espace-temps qu\u2019il \u00e9tudie. C\u2019est particuli\u00e8rement vrai dans le cas de l\u2019Afrique puisqu\u2019il s\u2019agit d\u2019\u00e9tudier une r\u00e9gion dont les contours comme le nom sont exog\u00e8nes en ce qu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 fix\u00e9s depuis d\u2019autres r\u00e9gions du monde et par des non-Africains. Le concept d\u2019Afrique est-il n\u00e9anmoins op\u00e9ratoire et quels contours donnez-vous \u00e0 cette r\u00e9gion&nbsp;&#160;?<\/h3>\n\n\n\n<p>De m\u00eame que tout chrononyme est anachronique, tout toponyme est \u00ab&#160;&nbsp;anatopique&nbsp;&#160;\u00bb.&nbsp;C\u2019est \u00e9vident quand il s\u2019agit d\u2019un nom de p\u00e9riode&nbsp;&#160;: par d\u00e9finition, il est toujours donn\u00e9 apr\u00e8s la p\u00e9riode en question, quand l\u2019exp\u00e9rience ou la volont\u00e9 d\u2019un changement de p\u00e9riode fait saillir la pr\u00e9c\u00e9dente comme une butte-t\u00e9moin g\u00e9ologique. Il n\u2019y a d\u2019Ancien R\u00e9gime que lorsqu\u2019on entre dans la R\u00e9volution&nbsp;&#160;; de Moyen \u00c2ge que lorsqu\u2019on a d\u00e9cid\u00e9 qu\u2019on voulait passer \u00e0 autre chose qu\u2019on appelle la Renaissance&nbsp;&#160;; de Trente glorieuses que lorsqu\u2019on est s\u00fbr qu\u2019il n\u2019y en aura pas quarante. Un nom de p\u00e9riode n\u2019est donc jamais donn\u00e9 par les indig\u00e8nes de la p\u00e9riode en question. De la m\u00eame fa\u00e7on, un nom d\u2019espace est toujours donn\u00e9 de l\u2019ext\u00e9rieur ou \u00e0 tout le moins de fa\u00e7on surplombante \u00e0 l\u2019\u00e9gard des soci\u00e9t\u00e9s qui y sont englob\u00e9es. Il n\u2019y a rien l\u00e0 de sp\u00e9cifique \u00e0 l\u2019Afrique&nbsp;&#160;: Europe, Am\u00e9rique, Australie, sont des noms qui n\u2019ont rien d\u2019europ\u00e9en, am\u00e9ricain, australien. Ce qui est cependant int\u00e9ressant avec le nom \u00ab&#160;&nbsp;Afrique&nbsp;&#160;\u00bb, c\u2019est que c\u2019est un nom au d\u00e9part africain, d\u00e9signant une soci\u00e9t\u00e9 africaine de l\u2019actuelle Tunisie, puis qui a d\u00e9sign\u00e9 la province d\u2019Africa romaine, puis l\u2019Ifriqiya arabe. Ce nom a donc une longue histoire de r\u00e9appropriations, d\u2019extensions, de comp\u00e9titions avec d\u2019autres noms. Au Moyen \u00c2ge et \u00e0 l\u2019\u00e9poque moderne, on parlait \u00e9galement d\u2019\u00c9thiopie sup\u00e9rieure, d\u2019\u00c9thiopie ult\u00e9rieure ou encore de Guin\u00e9e, pour d\u00e9signer de tr\u00e8s vastes r\u00e9gions d\u2019Afrique qui n\u2019ont rien \u00e0 voir avec les pays qui portent ces noms actuellement. Puis le toponyme \u00ab&#160;&nbsp;Afrique&nbsp;&#160;\u00bb a fini par s\u2019imposer \u00e0 tout le continent, au terme d\u2019une histoire qui est celle de la formation d\u2019une notion dans la g\u00e9ographie mentale du monde moderne et dans la g\u00e9ographie politique et identitaire du monde contemporain. Est-ce un handicap pour les historiens et historiennes que d\u2019utiliser un nom anatopique&nbsp;&#160;? Non&nbsp;&#160;: en histoire, il est n\u00e9cessaire d\u2019employer des cat\u00e9gories analytiques ext\u00e9rieures aux soci\u00e9t\u00e9s du pass\u00e9, c\u2019est m\u00eame la condition de leur intelligibilit\u00e9. Mais il faut <a href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/05\/23\/lenergie-de-letat-une-conversation-avec-jean-francois-bayart\/\">le faire sans les naturaliser<\/a>, en les neutralisant exactement comme on le fait avec les noms de p\u00e9riode.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>User du concept d\u2019Afrique, ce n\u2019est pas seulement user d\u2019un nom, mais aussi d\u2019une id\u00e9e qui postule une coh\u00e9rence entre les espaces regroup\u00e9s sous ce toponyme. Qu\u2019est-ce qui fait l\u2019unit\u00e9 de l\u2019espace africain et l\u2019Afrique est-elle une ou plurielle&nbsp;&#160;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Elle est les deux et il est n\u00e9cessaire de faire avec les deux. Certains ont envie que l\u2019Afrique soit une, ont envie de dire \u00ab&#160;&nbsp;<em>Africa is a country<\/em>&nbsp;&#160;\u00bb en la promouvant en tant qu\u2019entit\u00e9 existante et l\u00e9gitime. C\u2019est une affirmation fr\u00e9quente au sein de la diaspora afrodescendante \u00e0 travers le monde, notamment aux \u00c9tats-Unis, o\u00f9 le vocable d\u2019Afrique a une forte r\u00e9sonance dans la grammaire identitaire am\u00e9ricaine. Il existe aussi un \u00e9vident sentiment panafricain qui, comme en Europe, d\u00e9sire l\u2019unit\u00e9. Mais inversement, certains ont envie de dire&nbsp;&#160;: \u00ab&#160;&nbsp;<em>Africa is not a country<\/em>&nbsp;&#160;\u00bb. Et on doit leur donner raison aussi&nbsp;&#160;: l\u2019Afrique, c\u2019est 54 pays. Et au-del\u00e0 m\u00eame de la multiplicit\u00e9 politique, c\u2019est une tr\u00e8s grande diversit\u00e9 des soci\u00e9t\u00e9s, des formes culturelles, des langues \u2013 plus de 2&nbsp;500 langues sont parl\u00e9es en Afrique \u2013, des formations politiques, des types d\u2019interaction entre les soci\u00e9t\u00e9s. Ces deux affirmations sont donc vraies \u00e0 tour de r\u00f4le. Et elles sont probl\u00e9matiques \u00e0 tour de r\u00f4le. Promouvoir une \u00ab&#160;&nbsp;africanit\u00e9&nbsp;&#160;\u00bb homog\u00e8ne, c\u2019est nier les identit\u00e9s nationales ou locales, c\u2019est c\u00e9der \u00e0 ce que Joseph Tonda appelle une \u00ab&#160;&nbsp;afrodystopie&nbsp;&#160;\u00bb (<em>Afrodystopie&nbsp;&#160;: la vie dans le r\u00eave d\u2019autrui<\/em>, Karthala, 2022). Mais inversement ne parler que de diversit\u00e9, c\u2019est d\u00e9fendre un fractionnement ethnique qui \u00e9tait l\u2019id\u00e9al de gouvernance du colonialisme et de l\u2019apartheid, et qui reste le <a href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2021\/03\/24\/le-futur-du-musee-entre-ambition-et-anxiete\/\">principe organisateur des mus\u00e9es d\u2019art africain<\/a>. Alors, entre dystopie intellectuelle et vertige sentimental, il faut tenir la barre. L\u2019Afrique est \u00e0 la fois singularit\u00e9 et pluralit\u00e9 et cette pluralit\u00e9 des soci\u00e9t\u00e9s africaines est par certains aspects la singularit\u00e9 de l\u2019Afrique. On ne peut pas ne pas s\u2019interroger sur cette diversit\u00e9 qui est un produit de l\u2019histoire et qui, <a href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/03\/30\/retrouver-les-afriques-du-moyen-age\/\">comme je l\u2019ai \u00e9crit (<em>Penser l\u2019histoire de l\u2019Afrique<\/em>, CNRS Editions, 2022)<\/a>, devrait \u00eatre \u00ab&#160;&nbsp;bonne \u00e0 penser&nbsp;&#160;\u00bb pour toute historienne ou historien, quelle que soit sa soci\u00e9t\u00e9 de pr\u00e9dilection.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>De m\u00eame que tout chrononyme est anachronique, tout toponyme est \u00ab&#160;&nbsp;anatopique&nbsp;&#160;\u00bb.<\/p><cite>Fran\u00e7ois-Xavier Fauvelle<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Lorsqu\u2019on pense \u00e0 la pluralit\u00e9 africaine, une premi\u00e8re grande fracture qui vient \u00e0 l\u2019esprit est celle ce qu\u2019on appellerait l\u2019Afrique du nord et l\u2019Afrique subsaharienne. Ce clivage en est-il un&nbsp;&#160;?<\/h3>\n\n\n\n<p>C\u2019est un clivage, un chiasme extr\u00eamement profond, qui est d\u2019abord environnemental&nbsp;&#160;: le Sahara est un fait g\u00e9ographique. Mais cela ne veut pas dire que cette g\u00e9ographie n\u2019a pas une histoire, qui est tout \u00e0 la fois l\u2019histoire des milieux, l\u2019histoire des interactions entre les soci\u00e9t\u00e9s et ces milieux, l\u2019histoire des perceptions de ces milieux par des soci\u00e9t\u00e9s elles-m\u00eames transform\u00e9es par leurs relations \u00e0 ces milieux. C\u2019est d\u2019ailleurs un sujet que je travaille actuellement dans le cadre de mon s\u00e9minaire au Coll\u00e8ge de France sur la pr\u00e9histoire et l\u2019histoire du Sahara. Cette vaste r\u00e9gion d\u2019Afrique, qui court de l\u2019Atlantique \u00e0 la mer Rouge, seulement travers\u00e9e par le cordon verdoyant du Nil, ne doit pas \u00eatre envisag\u00e9e comme un espace en quelque sorte n\u00e9gatif entre deux Afriques, mais comme une r\u00e9gion motrice, int\u00e9gratrice, habit\u00e9 et pratiqu\u00e9 par des soci\u00e9t\u00e9s qui construisent des relations transsahariennes. Pour autant, l\u2019id\u00e9e du Sahara comme chiasme est une id\u00e9e qui a elle aussi une histoire&nbsp;&#160;! C\u2019est une id\u00e9e instruite depuis un point de vue septentrional&nbsp;&#160;: d\u2019abord un point de vue arabo-centr\u00e9, celui des commer\u00e7ants qui, depuis les d\u00e9buts de l\u2019Islam, ont travers\u00e9 le Sahara pour aller \u00e0 la rencontre des cit\u00e9s, des formations politiques et des partenaires commerciaux du Sahel&nbsp;&#160;; puis, \u00e0 partir du XV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, un point de vue europ\u00e9en, celui des voyageurs portugais, italiens et autres qui ont \u00e9prouv\u00e9 la tr\u00e8s longue navigation le long des c\u00f4tes du Sahara comme une lente et douloureuse transition entre une Afrique blanche et une Afrique noire. Et puis enfin il y a l\u2019exp\u00e9rience, largement romantis\u00e9e, des officiers sahariens de l\u2019\u00e9poque coloniale qui se sont fait une sp\u00e9cialit\u00e9 de la d\u00e9couverte et de la description de ce milieu. Au cours de cette longue histoire du Sahara v\u00e9cu comme \u00e9preuve, il y a eu une construction de cet espace comme un espace s\u00e9parateur entre deux Afriques, entre deux \u00e9tats de civilisations, entre deux stades \u00e9volutionnistes, entre deux \u00ab&#160;races&#160;\u00bb. Cette construction, il nous faut la d\u00e9construire en permanence. Car la r\u00e9alit\u00e9 historique n\u2019est pas celle d\u2019une s\u00e9paration, mais celle d\u2019un espace dans lequel et autour duquel prend place une conversation culturelle entre diff\u00e9rentes soci\u00e9t\u00e9s, par exemple sur le plan religieux avec le ph\u00e9nom\u00e8ne d\u2019islamisation qui intervient dans le Sahara et au travers du Sahara d\u00e8s les VIIIe, IXe, Xe, XIe si\u00e8cles. Des hommes, des id\u00e9es, des livres traversent le d\u00e9sert dans les deux sens et donnent corps \u00e0 cette id\u00e9e de conversation qui est rep\u00e9rable aussi dans l\u2019architecture ou dans l\u2019\u00e9criture arabe qui sert \u00e0 \u00e9crire d\u2019autres langues que l\u2019arabe au sud du Sahara. C\u2019est pourquoi il est \u00e0 mon avis plus int\u00e9ressant de penser l\u2019histoire du Sahara comme celle d\u2019une conversation interculturelle de longue dur\u00e9e que comme l\u2019histoire fig\u00e9e d\u2019un chiasme entre une \u00ab&#160;Afrique blanche&#160;\u00bb et une \u00ab&#160;Afrique noire&#160;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Dans cette conception du Sahara comme une synapse faisant converser des cultures, quelle place accorder \u00e0 l\u2019islam&nbsp;&#160;? En p\u00e9n\u00e9trant en Afrique, l\u2019islam a-t-il pour ainsi dire captur\u00e9 certaines r\u00e9gions africaines pour les absorber dans le <em>Dar al-islam<\/em> ou au contraire, s\u2019est-il lui-m\u00eame africanis\u00e9&nbsp;&#160;? Qu\u2019est-ce que l\u2019islam a fait \u00e0 l\u2019Afrique et qu\u2019est-ce que l\u2019Afrique a fait \u00e0 l\u2019islam&nbsp;&#160;?<\/h3>\n\n\n\n<p>La conversation culturelle transsaharienne dont je parle a \u00e9t\u00e9, pour l\u2019essentiel, pacifique. Rappelons en effet que les soci\u00e9t\u00e9s du sud du Sahara n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 soumises militairement \u00e0 des pouvoirs musulmans ext\u00e9rieurs, encore moins colonis\u00e9es, sinon tr\u00e8s ponctuellement et tr\u00e8s tardivement, par exemple en Nubie (l\u2019actuel Soudan), anciennement chr\u00e9tienne, au XVe si\u00e8cle, ou encore dans la Boucle du fleuve Niger (de Tombouctou \u00e0 Gao) au XVIIe si\u00e8cle. Sauf exception, donc, partout, de la Mauritanie et du S\u00e9n\u00e9gal au Niger, du Nigeria au Tchad, de la Somalie \u00e0 la Tanzanie, l\u2019islam a \u00e9t\u00e9 volontairement adopt\u00e9 par des Africains et des Africaines, d\u2019abord et surtout par les membres des \u00e9lites politiques et les classes sociales commer\u00e7antes et urbaines. On l\u2019observe tr\u00e8s nettement dans la documentation \u00e9crite arabe et dans la documentation arch\u00e9ologique&nbsp;&#160;: d\u00e8s les X<sup>e<\/sup>-XI<sup>e<\/sup> si\u00e8cles, par exemple, on assiste \u00e0 de nombreuses conversions \u00e0 l\u2019islam parmi les familles royales de toutes les r\u00e9gions du Sahel. Et ce sans contrainte&nbsp;&#160;: il n\u2019y a pas eu de travers\u00e9e d\u2019arm\u00e9es arabes \u00e0 travers le Sahara. J\u2019ai dit que l\u2019islam avait \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9, or qui dit \u00ab&#160;&nbsp;adopt\u00e9&nbsp;&#160;\u00bb dit \u00ab&#160;&nbsp;adapt\u00e9&nbsp;&#160;\u00bb&nbsp;&#160;: et en effet, l\u2019islam est tr\u00e8s vite devenu en Afrique une religion traditionnelle, tout comme le christianisme en Erythr\u00e9e, en \u00c9thiopie (o\u00f9 il est implant\u00e9 officiellement depuis le IVe si\u00e8cle) ou en Nubie (o\u00f9 des royaumes chr\u00e9tiens ont \u00e9merg\u00e9 au VIe si\u00e8cle). Pendant des si\u00e8cles, au sud du Sahara, l\u2019islam c\u00f4toie en effet d\u2019autres religions, que l\u2019on appelle parfois \u00ab&#160;&nbsp;traditionnelles&nbsp;&#160;\u00bb pour les distinguer de l\u2019islam ou du christianisme qui ne le seraient pas. Il s\u2019agit de v\u00e9ritables religions m\u00eame si elles n\u2019ont pas forc\u00e9ment de panth\u00e9on rigide, elles ont des divinit\u00e9s souveraines et des d\u00e9it\u00e9s des terroirs&nbsp;&#160;; elles voisinent avec des cultes rendus \u00e0 certains anc\u00eatres, \u00e0 des g\u00e9nies, \u00e0 des h\u00e9ros. Et elles font volontiers une place \u00e0 des innovations religieuses comme l\u2019islam. L\u2019islam est longtemps demeur\u00e9 minoritaire au sein des soci\u00e9t\u00e9s en question&nbsp;&#160;: il \u00e9tait sans doute minoritaire dans le royaume du Gh\u00e2na (Mauritanie et Mali actuels) aux XI<sup>e<\/sup>-XII<sup>e<\/sup> si\u00e8cles comme dans le royaume du M\u00e2li (Mali, Guin\u00e9e, S\u00e9n\u00e9gal actuels) aux XIII<sup>e<\/sup> et XIV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. L\u2019islam est rest\u00e9 minoritaire jusqu\u2019aux grands mouvements r\u00e9formateurs des XVIII<sup>e<\/sup> et XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cles qui repr\u00e9sente le moment de bascule massive dans un islam populaire dans ces r\u00e9gions d\u2019Afrique.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>L\u2019id\u00e9e du Sahara comme chiasme est une id\u00e9e qui a elle aussi une histoire. La r\u00e9alit\u00e9 historique n\u2019est pas celle d\u2019une s\u00e9paration, mais celle d\u2019un espace dans lequel et autour duquel prend place une conversation culturelle entre diff\u00e9rentes soci\u00e9t\u00e9s.<\/p><cite>Fran\u00e7ois-Xavier Fauvelle<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>Alors, pour r\u00e9pondre \u00e0 votre question&nbsp;&#160;: oui l\u2019islam s\u2019est africanis\u00e9 en Afrique subsaharienne, et oui les \u00e9lites sah\u00e9liennes ont particip\u00e9 de plain-pied \u00e0 la conversation globale avec le <em>Dar al-islam<\/em>. Alors faut-il d\u00e9signer ces soci\u00e9t\u00e9s m\u00e9di\u00e9vales comme islamiques ou comme africaines&nbsp;&#160;? C\u2019est une question clivante. Selon que vous r\u00e9pondez que les M\u00e2liens du XIVe si\u00e8cle ou les Swahilis du XVe si\u00e8cle \u00e9taient totalement africains, ou bien qu\u2019ils \u00e9taient des musulmans comme les autres, vous gagnez des points avec certains historiens ou historiennes, ou bien vous en perdez. Mais il y a plus grave que ces probl\u00e8mes de positionnement historiographique et politique&nbsp;&#160;: il y a que vous perdez des aspects de la r\u00e9alit\u00e9 pass\u00e9e. Pour ma part, je fais le choix d\u2019une position d\u2019inconfort consistant \u00e0 penser la dualit\u00e9 des appartenances. Ce serait \u00e0 mon avis une erreur que de d\u00e9signer ces soci\u00e9t\u00e9s comme strictement islamiques, ne serait-ce que parce qu\u2019au Moyen \u00c2ge, une large proportion des gens au sein de ces soci\u00e9t\u00e9s ne sont pas musulmans. Et ce serait une erreur tout aussi grave que de d\u00e9signer ces soci\u00e9t\u00e9s comme exclusivement africaines, car ce serait ne pas voir qu\u2019une part importante des \u00e9lites de ces soci\u00e9t\u00e9s transforment alors non seulement leur religion, mais aussi leur langue, leurs go\u00fbts et m\u00eames leurs g\u00e9n\u00e9alogies, en se dotant d\u2019appartenances ext\u00e9rieures \u00e0 l\u2019Afrique. Ce qui fait sens dans beaucoup de r\u00e9gions d\u2019Afrique au Moyen \u00c2ge, c\u2019est la dualit\u00e9&nbsp;&#160;: la dualit\u00e9 des villes, des identit\u00e9s, des expressions culturelles, de certaines classes sociales et de certains individus qui se tiennent \u00e0 l\u2019interface entre leur soci\u00e9t\u00e9, dont ils sont membres \u00e0 part enti\u00e8re, et d\u2019un monde \u00e9tranger et lointain, dont ils sont aussi partie prenante. Pour le comprendre, il faut examiner ce qui se passe \u00e0 la cour du M\u00e2li au XIVe si\u00e8cle&nbsp;&#160;: l\u2019alternance de la religion des masques sur la place publique et du culte musulman \u00e0 la mosqu\u00e9e, que j\u2019ai mise en lumi\u00e8re dans mon cours bient\u00f4t publi\u00e9 (<em>Les masques et la mosqu\u00e9e<\/em>, CNRS \u00c9ditions, \u00e0 para\u00eetre). Cette alternance \u00e9tait une fa\u00e7on de mettre en sc\u00e8ne la copr\u00e9sence religieuse, la co-importance de ces deux religions, et le fait que le roi est \u00e0 la fois sultan \u2013 dignit\u00e9 islamique \u2013 et <em>mansa<\/em> \u2013 dignit\u00e9 traditionnelle&nbsp;&#160;: il a deux l\u00e9gitimit\u00e9s qu\u2019il tient ensemble. Plut\u00f4t que de penser les soci\u00e9t\u00e9s africaines m\u00e9di\u00e9vales du Sahel ou de la c\u00f4te swahilie sous l\u2019angle strictement islamique ou africain, il est donc beaucoup plus int\u00e9ressant selon moi de penser la copr\u00e9sence de ces formes religieuses, la bi-appartenance de ces soci\u00e9t\u00e9s \u00e0 deux registres culturels, deux profondeurs g\u00e9ographiques diff\u00e9rentes. Je parlais d\u2019un inconfort de l\u2019historien que je suis devant un tel ph\u00e9nom\u00e8ne, mais en r\u00e9alit\u00e9 cet inconfort n\u2019est que la mani\u00e8re la plus respectueuse de comprendre ce qu\u2019\u00e9tait l\u2019inconfort des groupes sociaux que nous observons dans le pass\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">De m\u00eame que l\u2019irruption de l\u2019islam a eu pour cons\u00e9quence de rendre possible cette conversation entre le monde africain et l\u2019est d\u2019o\u00f9 est arriv\u00e9e cette religion, l\u2019irruption des Europ\u00e9ens l\u2019a plus tard ouvert vers l\u2019ouest via la traite atlantique. Cela a contribu\u00e9 \u00e0 inscrire l\u2019Afrique dans une autre g\u00e9ographie, qui est celle de la \u00ab&#160;&nbsp;n\u00e9gritude&nbsp;&#160;\u00bb ou de \u00ab&#160;&nbsp;l\u2019Atlantique noir&nbsp;&#160;\u00bb. Un autre d\u00e9bord donc, vers l\u2019Am\u00e9rique et la Cara\u00efbe, qui invite \u00e0 penser l\u2019africanit\u00e9 non plus au regard du Dar al-islam, mais d\u2019un monde noir transatlantique dont elle serait le berceau mais plus la seule composante.<\/h3>\n\n\n\n<p>Cela pose plus largement la question de la place de l\u2019Afrique dans la Modernit\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire la forme tr\u00e8s particuli\u00e8re de globalit\u00e9 qui s\u2019instaure \u00e0 partir de la fin du XVe si\u00e8cle, et du r\u00f4le des Africains et des Africaines dans la formation de cette modernit\u00e9. Un r\u00f4le que l\u2019on pourrait croire passif, si l\u2019on met exclusivement l\u2019accent sur la traite transatlantique des esclaves et si l\u2019on n\u2019a en t\u00eate qu\u2019une vision abstraite, statistique, de la traite. Or il n\u2019en est rien. \u00c0 toutes les \u00e9chelles, de l\u2019individu r\u00e9duit \u00e0 la condition d\u2019esclave aux soci\u00e9t\u00e9s africaines en Afrique et aux communaut\u00e9s esclaves ou libres aux Am\u00e9riques, il y a une agentivit\u00e9 historique qui se laisse observer dans la circulation des plantes alimentaires, des go\u00fbts vestimentaires, des id\u00e9es r\u00e9volutionnaires, pour ne donner que quelques exemples. Il est donc \u00e9vident que la formation d\u2019une diaspora noire pan-atlantique \u00e0 la faveur de la traite esclavagiste est un ph\u00e9nom\u00e8ne qui participe de la globalisation moderne. Mais la participation des hommes et des femmes noires \u00e0 la Modernit\u00e9 va beaucoup plus loin&nbsp;&#160;: les formes industrielles de d\u00e9portation d\u2019esclave, l\u2019\u00e9conomie de plantation comme prototype de l\u2019\u00e9conomie capitaliste, la marchandisation du corps noir comme paradigme de l\u2019\u00e9conomie des trois derniers si\u00e8cles, sont des caract\u00e8res typiques de la Modernit\u00e9. Il est donc essentiel, une nouvelle fois, de penser la Modernit\u00e9 en compagnie de l\u2019Afrique, et de penser le rapport \u00e0 l\u2019Afrique de la diaspora afrodescendante, en particulier les ph\u00e9nom\u00e8nes d\u2019identit\u00e9s et de m\u00e9moires. Ces diff\u00e9rents aspects <a href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/09\/06\/lafrique-et-la-maison-commune\/\">sont le sujet du livre collectif <em>L\u2019Afrique et le monde&nbsp;&#160;: histoires renou\u00e9es<\/em> que j\u2019ai dirig\u00e9 avec Anne Lafont (La D\u00e9couverte, 2022)<\/a>. Dans ce livre, une dizaine de grandes voix de la recherche essaient de penser \u00e0 diff\u00e9rentes \u00e9chelles chronologiques et g\u00e9ographiques la copr\u00e9sence des histoires de l\u2019Afrique et du monde et en particulier ce ph\u00e9nom\u00e8ne crucial qu\u2019est celui de la formation de l\u2019Atlantique noir.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Je fais le choix d\u2019une position d\u2019inconfort consistant \u00e0 penser la dualit\u00e9 des appartenances. Ce serait \u00e0 mon avis une erreur que de d\u00e9signer ces soci\u00e9t\u00e9s comme strictement islamiques, ne serait-ce que parce qu\u2019au Moyen \u00c2ge, une large proportion des gens au sein de ces soci\u00e9t\u00e9s ne sont pas musulmans.<\/p><cite>Fran\u00e7ois-Xavier Fauvelle<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Autant que les probl\u00e8mes spatiaux dont nous venons de parler, l\u2019historien de l\u2019Afrique est confront\u00e9 \u00e0 des probl\u00e8mes chronologiques. Se pose notamment la question de la p\u00e9riodisation&nbsp;&#160;: faut-il forger une p\u00e9riodisation propre \u00e0 ce continent ou bien peut-on lui appliquer des p\u00e9riodisations forg\u00e9es par et pour d\u2019autres r\u00e9gions du monde&nbsp;&#160;? N\u2019y a-t-il pas un risque de tomber dans l\u2019occidentalocentrisme lorsqu\u2019on parle, comme vous avez pu le faire, de \u00ab&#160;&nbsp;Moyen \u00c2ge&nbsp;&#160;\u00bb africain&nbsp;&#160;?<\/h3>\n\n\n\n<p>Certains r\u00e9agissent vivement quand ils entendent parler pour la premi\u00e8re fois de Moyen \u00c2ge africain. Une chose int\u00e9ressante est que ces r\u00e9actions viennent de bords diff\u00e9rents&nbsp;&#160;: soit de nationalistes de pays africains, qui trouvent qu\u2019il n\u2019y a pas besoin de la notion \u00ab&#160;&nbsp;import\u00e9e&nbsp;&#160;\u00bb de Moyen \u00c2ge, soit de nationalistes fran\u00e7ais ou d\u2019autres pays europ\u00e9ens, voire de supr\u00e9matistes nord-am\u00e9ricains, qui n\u2019acceptent pas qu\u2019on \u00ab&#160;&nbsp;exporte&nbsp;&#160;\u00bb cette notion vers d\u2019autres r\u00e9gions du monde. J\u2019entends cette sensibilit\u00e9. Mais je crois qu\u2019il ne faut pas se laisser impressionner&nbsp;&#160;: il n\u2019y pas de propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle sur un chrononyme, surtout si la revendication d\u2019une propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle emp\u00eache de penser les g\u00e9ographies diff\u00e9rentes du pass\u00e9. Je viens d\u2019en parler au sujet de la Modernit\u00e9. J\u2019en dirais autant au sujet du Moyen \u00c2ge. La seule question qu\u2019il est utile de se poser, c\u2019est&nbsp;&#160;: est-ce utile de parler d\u2019un Moyen \u00c2ge africain&nbsp;&#160;? Ma r\u00e9ponse est oui. Ou plut\u00f4t, car c\u2019est ainsi que je la formule aujourd\u2019hui&#160;: il est utile de penser un Moyen \u00c2ge global auquel ont pris part les soci\u00e9t\u00e9s africaines. Le faire revient \u00e0 provincialiser l\u2019Europe m\u00e9di\u00e9vale au sein d\u2019un monde \u00ab&#160;&nbsp;eur-asi-africain&nbsp;&#160;\u00bb fait de multiples provinces. Et c\u2019est peut-\u00eatre bien ce qui \u00e9nerve les nationalistes de tous bords. Mais cela fait mieux&nbsp;&#160;: cela re-s\u00e9mantise le Moyen \u00c2ge en le d\u00e9culturalisant. Le Moyen \u00c2ge n\u2019est plus une civilisation f\u00e9odale localis\u00e9e dans l\u2019Occident latin mais un syst\u00e8me d\u2019\u00e9changes et d\u2019articulations entre diff\u00e9rentes soci\u00e9t\u00e9s, classes, groupes et individus qui y participent \u00e0 divers degr\u00e9s. D\u00e8s lors, le Moyen \u00c2ge global devient \u00e0 la fois une p\u00e9riode, en gros du VII<sup>e<\/sup> au XV<sup>e <\/sup>si\u00e8cle, une g\u00e9ographie, en gros le Vieux Monde, et un certain r\u00e9gime de connectivit\u00e9 qui n\u2019est pas le m\u00eame que celui de la Modernit\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Vous avez dirig\u00e9 un riche ouvrage collectif consacr\u00e9 \u00e0 \u00ab&#160;&nbsp;l\u2019Afrique ancienne&nbsp;&#160;\u00bb qui courait de 20&nbsp;000 avant notre \u00e8re au XVII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. En quoi le XVII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle fait-il charni\u00e8re dans l\u2019histoire de l\u2019Afrique&nbsp;&#160;?<\/h3>\n\n\n\n<p>En concevant ce livre (<em>L\u2019Afrique ancienne, de l\u2019Acacus au Zimbabwe<\/em>, Belin, 2018) et en en dressant la table des mati\u00e8res, j\u2019ai en effet \u00e9t\u00e9 amen\u00e9 \u00e0 chercher la \u00ab&#160;&nbsp;bonne&nbsp;&#160;\u00bb c\u00e9sure chronologique pour borner une approche historique \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de toute l\u2019Afrique. Je n\u2019ai pas voulu m\u2019arr\u00eater \u00e0 la fin du Moyen \u00c2ge, c\u2019est-\u00e0-dire autour du XVe si\u00e8cle, ce qui aurait \u00e9t\u00e9 possible mais aurait laiss\u00e9 de c\u00f4t\u00e9 de grandes formations politiques comme le royaume Songhay ou le royaume du Kongo. Si je voulais int\u00e9grer ces formations politiques, et plus largement les effets de la Modernit\u00e9 en Afrique, il fallait pousser le curseur d\u2019environ deux si\u00e8cles, sans pour autant aller jusqu\u2019\u00e0 une \u00e9poque, les XVIIIe et XIXe si\u00e8cles, o\u00f9 la documentation disponible aux historiens et aux historiennes change radicalement parce que les sources \u00e9crites deviennent abondantes. La c\u00e9sure du XVIIe si\u00e8cle est donc le fruit d\u2019un arbitrage, pas compl\u00e8tement justifi\u00e9 partout, mais qui partout oblige \u00e0 pr\u00eater attention \u00e0 des documents \u00e9crits plus rares, et oblige \u00e0 int\u00e9grer dans la narration une documentation arch\u00e9ologique qui ne soit pas simplement d\u00e9corative. D\u2019ailleurs, la majorit\u00e9 des auteurs et autrices de ce livre sont des arch\u00e9ologues.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Il est utile de penser un Moyen \u00c2ge global auquel ont pris part les soci\u00e9t\u00e9s africaines. Le faire revient \u00e0 provincialiser l\u2019Europe m\u00e9di\u00e9vale au sein d\u2019un monde \u00ab&#160;&nbsp;eur-asi-africain&nbsp;&#160;\u00bb fait de multiples provinces. Et c\u2019est peut-\u00eatre bien ce qui \u00e9nerve les nationalistes de tous bords. Mais cela fait mieux&nbsp;&#160;: cela re-s\u00e9mantise le Moyen \u00c2ge en le d\u00e9culturalisant.<\/p><cite>Fran\u00e7ois-Xavier Fauvelle<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>Mais votre question soul\u00e8ve un probl\u00e8me plus large&#160;: s\u2019il est difficile, et \u00e0 coup s\u00fbr plus difficile qu\u2019ailleurs, de d\u00e9gager des synchronismes \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de toute l\u2019Afrique, c\u2019est parce que les soci\u00e9t\u00e9s africaines n\u2019ont pas suivi les trajectoires \u00e9volutionnistes que nous reconnaissons ailleurs. Elles n\u2019ont pas co-\u00e9volu\u00e9 toutes ensemble en passant par les m\u00eames \u00ab&#160;cases&#160;\u00bb chronoculturelles&#160;: Pal\u00e9olithique, N\u00e9olithique, \u00c2ge des m\u00e9taux, etc. Les soci\u00e9t\u00e9s africaines ont connu toutes ces innovations, mais elles ont multipli\u00e9 les trajectoires sociales, politiques, techniques, \u00e9conomiques. Avec des effets spectaculaires&#160;: les chasseurs-cueilleurs et les nomades de type n\u00e9olithique y ont toujours continu\u00e9 \u00e0 cohabiter avec les \u00c9tats centralis\u00e9s. On le voit tr\u00e8s bien pour le royaume d\u2019Aksum (en Erythr\u00e9e et Ethiopie actuelles) ou dans l\u2019empire du M\u00e2li m\u00e9di\u00e9val, des formations politiques tr\u00e8s hi\u00e9rarchis\u00e9es et jalouses de leur h\u00e9g\u00e9monie politique, mais dont les territoires sont pourtant poreux aux groupes nomades d\u2019\u00e9leveurs de vaches. De la m\u00eame fa\u00e7on, il faut penser aux soci\u00e9t\u00e9s de chasseurs-cueilleurs d\u2019Afrique, par exemple les soci\u00e9t\u00e9s que l\u2019on appelle Pygm\u00e9es en Afrique centrale ou encore les San autour du Kalahari en Afrique australe, non comme des reliques de la pr\u00e9histoire mais comme nos contemporains. Cette diversit\u00e9 interdit de cat\u00e9goriser la pr\u00e9histoire et l\u2019histoire des soci\u00e9t\u00e9s africaines sous d\u2019uniques cat\u00e9gories chronoculturelles. On ne peut pas exemple pas dire qu\u2019\u00e0 un moment donn\u00e9, \u00e0 travers toute l\u2019Afrique, on est dans le N\u00e9olithique (chose que l\u2019on peut dire en Eurasie). Ce que l\u2019on peut dire, c\u2019est que certaines soci\u00e9t\u00e9s en Afrique re\u00e7oivent un \u00ab&#160;paquet&#160;\u00bb n\u00e9olithique il y a dix mille ans et au cours des mill\u00e9naires suivants, certaines le re\u00e7oivent et le trient de fa\u00e7on s\u00e9lective en gardant par exemple les vaches et en \u00e9liminant le reste (les autres animaux, les plantes cultiv\u00e9es), d\u2019autres s\u2019approprient l\u2019id\u00e9e du N\u00e9olithique et le r\u00e9pliquent diff\u00e9remment (en domestiquant de nouvelles plantes), certaines s\u2019en moquent et font tout \u00e0 fait autre chose. Quelques mill\u00e9naires plus tard, par exemple au Moyen \u00c2ge, toutes les soci\u00e9t\u00e9s africaines ne sont pas non plus pass\u00e9es sous la domination de grands royaumes territoriaux abut\u00e9s fronti\u00e8re contre fronti\u00e8re. Car il demeure partout des soci\u00e9t\u00e9s de type traditionnel&#160;: des nomades et des chasseurs-cueilleurs, mais aussi des soci\u00e9t\u00e9s villageoises et agricultrices faiblement centralis\u00e9es, qui constituent des arri\u00e8re-pays producteurs de grain, de fer, des espaces-tampons entre royaumes, parfois des zones de pr\u00e9dation esclavagiste. Bref, on ne peut pas faire rentrer toute l\u2019Afrique dans les m\u00eames cat\u00e9gories chronoculturelles plus ou moins synchrones comme on le fait avec l\u2019histoire de l\u2019Europe. Cependant, j\u2019insiste&#160;: cette diversit\u00e9 \u00e9conomique, qui suppose de multiples formes d\u2019interactions entre soci\u00e9t\u00e9s, et l\u2019incroyable h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 culturelle de l\u2019Afrique, qui r\u00e9sulte d\u2019une tr\u00e8s longue de fabrique de la diversit\u00e9, sont des sujets qui doivent interroger tous les historiens et historiennes.<\/p>\n\n\n\n<p><em>[Le monde se transforme. 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La profession et la soci\u00e9t\u00e9 lui consentent, pour peu qu\u2019il en ait fait l\u2019apprentissage technique, les vertus de patience et d\u2019objectivit\u00e9. La discussion de ses r\u00e9sultats ne mobilise que les \u00e9rudits et l\u2019\u00e9rudition. L\u2019historien de la R\u00e9volution fran\u00e7aise doit, lui, produire d\u2019autres titres que sa comp\u00e9tence. Il doit annoncer ses couleurs. Il faut d\u2019abord qu\u2019il dise d\u2019o\u00f9 il parle, ce qu\u2019il pense, ce qu\u2019il cherche&nbsp;&#160;\u00bb. Ce constat pourrait \u00eatre repris quasiment mot pour mot \u00e0 propos de l\u2019historien africaniste qui est lui aussi somm\u00e9 de dire d\u2019o\u00f9 il parle et o\u00f9 il veut en venir. Comment vivez-vous cette dimension pol\u00e9mique de l\u2019histoire de l\u2019Afrique&nbsp;&#160;? Est-ce une chance qui t\u00e9moigne de l\u2019int\u00e9r\u00eat du public pour votre objet d\u2019\u00e9tude ou un obstacle qui complique votre travail&nbsp;&#160;?<\/h3>\n\n\n\n<p>Il est vrai que l&rsquo;historien ou l&rsquo;historienne de l&rsquo;Afrique fait face \u00e0 quelques inimiti\u00e9s&#160;: celle des nationalistes de tous bords dont j&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9, celle des d\u00e9nialistes qui ne pensent pas que les soci\u00e9t\u00e9s africaines puissent avoir une histoire, celle des afrocentristes qui pensent que tout ce qui est civilis\u00e9 dans le monde provient de l&rsquo;\u00c9gypte noire et qui ne s&rsquo;int\u00e9ressent pas \u00e0 l&rsquo;histoire des soci\u00e9t\u00e9s africaines. Ces inimiti\u00e9s peuvent donner lieu \u00e0 toute sorte de micro-agressions, mises en cause, accusations, ou parfois menaces. Il est donc vrai qu&rsquo;il faut hisser ses couleurs quand on est sp\u00e9cialiste de l&rsquo;histoire de l&rsquo;Afrique. Et parfois m\u00eame, il faut justifier de sa couleur de peau. Il m&rsquo;est arriv\u00e9 d&rsquo;\u00eatre harangu\u00e9 par des personnes noires qui voyaient ma couleur de peau comme l&rsquo;indice d&rsquo;un pr\u00e9jug\u00e9 de race en quelque sorte cong\u00e9nital. Mais je dois dire qu&rsquo;il m&rsquo;est arriv\u00e9 encore plus souvent d&rsquo;\u00eatre apostroph\u00e9 par des Blancs sur le m\u00eame th\u00e8me. Une historienne de la Gr\u00e8ce m&rsquo;a un jour reproch\u00e9 de n&rsquo;\u00eatre pas noir compte tenu du poste auquel je pr\u00e9tendais. Elle-m\u00eame \u00e9tait blanche et n&rsquo;a pas vu, je crois, le danger de cette&nbsp;\u00e9quation raciale, par laquelle \u00eatre noir vous qualifierait mieux qu&rsquo;un autre pour comprendre intimement l&rsquo;histoire de l&rsquo;Afrique, et par cons\u00e9quent vous disqualifierait pour \u00eatre historienne de la Gr\u00e8ce. Les romanciers noirs ne cessent de se heurter \u00e0 cette m\u00eame \u00e9quation raciale par laquelle on suppose que leur lectorat ne saurait \u00eatre universel si leurs personnages sont noirs. Sur ce sujet il faut lire les essais critiques de Toni Morrison ou de Leonora Miano.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Il m&rsquo;est arriv\u00e9 d&rsquo;\u00eatre harangu\u00e9 par des personnes noires qui voyaient ma couleur de peau comme l&rsquo;indice d&rsquo;un pr\u00e9jug\u00e9 de race en quelque sorte cong\u00e9nital. Mais je dois dire qu&rsquo;il m&rsquo;est arriv\u00e9 encore plus souvent d&rsquo;\u00eatre apostroph\u00e9 par des Blancs sur le m\u00eame th\u00e8me.<\/p><cite>Fran\u00e7ois-Xavier Fauvelle<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>Contrairement au domaine d\u2019\u00e9tude de la R\u00e9volution fran\u00e7aise, cette situation ne provient pas d\u2019une politisation inh\u00e9rente au domaine de l\u2019histoire africaine. Elle provient du fait que l\u2019histoire des soci\u00e9t\u00e9s africaines n\u2019est pas suffisamment pr\u00e9sente dans les savoirs communs, que ce soit en Afrique, en Europe, en Am\u00e9rique du nord ou ailleurs. L\u2019\u00c9thiopie chr\u00e9tienne, le M\u00e2li du <em>mansa<\/em> M\u00fbs\u00e2, les cit\u00e9s-\u00c9tats swahilies, ne font que rarement partie des r\u00e9f\u00e9rences culturelles disponibles parce qu\u2019apprises \u00e0 l\u2019\u00e9cole, pr\u00e9sentes sur les tables des librairies, employ\u00e9es dans les discours publics, ou m\u00eame mobilis\u00e9es \u00e0 titre th\u00e9orique ou comparatiste dans les discours savants. \u00c0 cause de cette raret\u00e9, une foule de faux savoirs occupent la place. Et c\u2019est contre cela que les historiens et historiennes professionnelles doivent en permanence lutter pour, si ce n\u2019est justifier de leurs motifs, en tout cas en m\u00eame temps produire des savoirs et am\u00e9nager la place pour accueillir ces savoirs. Ces batailles, chaque historienne ou historien de l\u2019Afrique, \u00e0 Abidjan, \u00e0 New York ou \u00e0 Paris, les m\u00e8ne \u00e0 sa mani\u00e8re. Les miennes consistent \u00e0 mener des recherches de terrain dans des pays o\u00f9 les conditions de s\u00e9curit\u00e9 le permettent, \u00e0 transformer ces recherches en cours publics comme je le fais au Coll\u00e8ge de France, \u00e0 transformer ces cours en livres.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">L\u2019enseignement constitue de fait le meilleur moyen de combler ce d\u00e9ficit d\u2019Afrique dans le bagage culturel occidental que vous pointez. Quel regard portez-vous sur la place accord\u00e9e \u00e0 l\u2019histoire de l\u2019Afrique dans les programmes scolaires fran\u00e7ais&nbsp;&#160;? Et qu\u2019en est-il de l\u2019enseignement de cette histoire dans les \u00e9coles africaines&nbsp;&#160;?&nbsp;<\/h3>\n\n\n\n<p>On n\u2019apprend pas tant que cela l\u2019histoire de l\u2019Afrique dans les \u00e9coles, coll\u00e8ges et lyc\u00e9es africains. Les manuels scolaires contiennent parfois de bonnes histoires nationales, mais r\u00e9percutent tr\u00e8s rarement une vision ample et \u00e0 jour de l\u2019histoire africaine au sens large. \u00c0 l\u2019universit\u00e9, il y a parfois de tr\u00e8s bonnes fili\u00e8res d\u2019histoire, mais souvent elles ne d\u00e9bouchent pas sur des formations doctorales, faute d\u2019encadrants eux-m\u00eames docteurs et faute de d\u00e9bouch\u00e9s professionnels. C\u2019est donc \u00e0 l\u2019\u00e9tranger que continuent de se former beaucoup de sp\u00e9cialistes africains et africaines en histoire et dans les sciences du pass\u00e9 en g\u00e9n\u00e9ral. Quant \u00e0 la situation en France, elle est path\u00e9tique&nbsp;tant est grande l\u2019absence de savoirs historiques sur l\u2019Afrique \u00e0 travers tout le cursus des \u00e9l\u00e8ves. Le royaume du M\u00e2li a fait une courte incursion il y a quelques ann\u00e9es dans les programmes pour en dispara\u00eetre presque aussit\u00f4t. Pourtant les savoirs sont disponibles, et le pouvoir de fascination que cette histoire est susceptible d\u2019exercer sur la curiosit\u00e9 des \u00e9l\u00e8ves de tout \u00e2ge et de toutes origines est remarquable. Je fais souvent cette exp\u00e9rience consistant \u00e0 passer jusqu\u2019\u00e0 deux heures avec les \u00e9l\u00e8ves d\u2019une classe devant une projection sur \u00e9cran de l\u2019Atlas catalan, une carte de 1375. Un d\u00e9cryptage de l\u2019iconographie et des l\u00e9gendes permet de reconstruire avec les \u00e9l\u00e8ves tout ce que l\u2019on sait de l\u2019histoire du Mali au XIV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Tous les enseignants et enseignantes en histoire savent qu\u2019il est possible d\u2019\u00e9veiller des tr\u00e9sors de curiosit\u00e9 \u00e0 condition de r\u00e9v\u00e9ler de l\u2019inattendu. Quelle autre qualit\u00e9 voulons-nous \u00e9veiller chez les enfants et les jeunes adultes que la curiosit\u00e9 devant l\u2019inattendu&nbsp;&#160;?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Avant tout discours, l&rsquo;africaniste doit expliciter sa position, d\u00e9clarer d&rsquo;o\u00f9 il parle. En histoire, cela oblige \u00e0 d&rsquo;autant plus de rigueur, de nuance et de finesse. C&rsquo;est sur cette ligne de cr\u00eate que se situe le travail de Fran\u00e7ois-Xavier Fauvelle, professeur au Coll\u00e8ge de France et dont le dernier livre sort aujourd&rsquo;hui. 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