{"id":156304,"date":"2022-09-01T07:23:00","date_gmt":"2022-09-01T05:23:00","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=156304"},"modified":"2022-09-01T09:44:05","modified_gmt":"2022-09-01T07:44:05","slug":"maidan-le-basculement","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/09\/01\/maidan-le-basculement\/","title":{"rendered":"Ma\u00efdan : le basculement"},"content":{"rendered":"\n

La d\u00e9marche de l’autrice est d\u00e9velopp\u00e9e dans cette perspective publi\u00e9e dans nos colonnes<\/a>.<\/em><\/p>\n\n\n\n

Russes et Ukrainiens continuent \u00e0 vivre c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te, mais ils se connaissent de moins en moins. La circulation des populations entre les deux pays \u00e9tait toujours importante \u00e0 la veille de l\u2019annexion de la Crim\u00e9e par la Russie en 2014. Les Ukrainiens partaient notamment r\u00e9guli\u00e8rement en Russie pour les \u00e9tudes ou le travail, avec souvent la volont\u00e9 de s\u2019y installer durablement. De nombreuses familles ukrainiennes ont une branche en Russie, avec laquelle les liens se sont distendus petit \u00e0 petit. \u00ab Ils pensent comme des Russes \u00bb, disent souvent des Ukrainiens de leurs cousins \u00e9tablis de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la fronti\u00e8re. \u00ab Ils ont perdu tout sens des r\u00e9alit\u00e9s \u00e0 cause de leur propagande \u00bb, se plaignent les Russes en retour. Les citoyens de Russie repr\u00e9sentaient 40 % du flux total des \u00e9trangers entrant en Ukraine en 2013 <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Parmi ceux-l\u00e0, les trois quarts venaient pour rendre visite \u00e0 des proches. Les Ukrainiens, quant \u00e0 eux, formaient au m\u00eame moment un dixi\u00e8me des \u00e9trangers p\u00e9n\u00e9trant sur le territoire russe <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Finalement, cette circulation ne concernait qu\u2019une minorit\u00e9 des habitants des deux pays : deux tiers des Ukrainiens n\u2019avaient jamais mis les pieds dans un autre pays de l\u2019ancienne Union sovi\u00e9tique depuis sa dissolution <\/span>3<\/sup><\/a><\/span><\/span>, et la situation \u00e9tait probablement la m\u00eame c\u00f4t\u00e9 russe. La langue partag\u00e9e, la mixit\u00e9 des familles, la ressemblance de styles de vie, mais aussi un r\u00e9gime de circulation sans visa ont entretenu cette impression de soci\u00e9t\u00e9s proches.<\/p>\n\n\n\n\n\n

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\u00a9 EAST NEWS\/SIPA<\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

La distance entre Russes et Ukrainiens s\u2019est accentu\u00e9e \u00e0 partir de cet hiver 2013-2014 o\u00f9 les Ukrainiens sont une fois de plus sortis sur la place publique pour s\u2019opposer \u00e0 leur pouvoir politique <\/span>4<\/sup><\/a><\/span><\/span>. En novembre 2013, le pr\u00e9sident Viktor Ianoukovitch, \u00e9lu quatre ans auparavant, a pris la d\u00e9cision inattendue de ne pas signer l\u2019accord d\u2019association entre l\u2019Ukraine et l\u2019Union europ\u00e9enne qui \u00e9tait en n\u00e9gociation depuis plusieurs ann\u00e9es. Derri\u00e8re ce revirement, on comprenait qu\u2019une contre-proposition d\u2019accord de partenariat avait \u00e9t\u00e9 faite \u00e0 Kyiv par Moscou, accompagn\u00e9e d\u2019une pression consid\u00e9rable de Poutine sur Ianoukovitch, mais aussi d\u2019une promesse de cr\u00e9dit de 15 milliards de dollars. L\u2019\u00e9tiquette \u00ab prorusse \u00bb collait au pr\u00e9sident Ianoukovitch depuis le d\u00e9but de sa carri\u00e8re politique. Ancien gouverneur de la r\u00e9gion de Donetsk, \u00e9lu pr\u00e9sident avec une majorit\u00e9 relative de 48 % des voix pioch\u00e9es surtout \u00e0 l\u2019est et au sud du pays, Ianoukovitch \u00e9tait critiqu\u00e9 pour ses tendances \u00e0 la corruption et sa soumission \u00e0 Moscou, et moqu\u00e9 pour son c\u00f4t\u00e9 rustre et les fautes de langue qu\u2019il faisait aussi bien en russe qu\u2019en ukrainien.<\/p>\n\n\n\n

La distance entre Russes et Ukrainiens s\u2019est accentu\u00e9e \u00e0 partir de cet hiver 2013-2014 o\u00f9 les Ukrainiens sont une fois de plus sortis sur la place publique pour s\u2019opposer \u00e0 leur pouvoir politique.<\/p>Anna COlin Lebedev<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Le rejet de l\u2019accord d\u2019association n\u2019\u00e9tait pas un arbitrage politique de plus ; c\u2019\u00e9tait un choix d\u2019avenir pour le pays, sur une question qui divisait les Ukrainiens. En 2013, ils \u00e9taient plus de 40 % \u00e0 soutenir une politique d\u2019int\u00e9gration dans l\u2019Union europ\u00e9enne, mais plus de 30 % \u00e0 vouloir rejoindre l\u2019alliance cr\u00e9\u00e9e autour de la Russie, l\u2019Union douani\u00e8re Russie-Kazakhstan-Bi\u00e9lorussie <\/span>5<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Les habitants des r\u00e9gions occidentales et centrales de l\u2019Ukraine, ainsi que les Ukrainiens les plus jeunes, \u00e9taient ceux qui \u00e9taient le plus massivement en faveur du rapprochement avec l\u2019Europe. C\u2019est d\u2019eux qu\u2019est venue l\u2019initiative de se r\u00e9unir sur la place de l\u2019Ind\u00e9pendance de Kyiv avec des drapeaux europ\u00e9ens pour exiger la signature de l\u2019accord avec l\u2019Union europ\u00e9enne. L\u2019Europe qu\u2019ils d\u00e9siraient n\u2019\u00e9tait pas celle des maillages l\u00e9gislatifs ou des labyrinthes institutionnels, mais l\u2019Europe des promesses : de l\u2019ouverture, de l\u2019\u00c9tat de droit, de la prosp\u00e9rit\u00e9. Les protestataires, surtout des jeunes, ont install\u00e9 les premi\u00e8res tentes sur la place d\u00e8s le 24 novembre 2013. Dans la nuit du 29 au 30 novembre, les forces de l\u2019ordre sont intervenues pour d\u00e9loger les manifestants, en rouant de coups ceux qui refusaient de bouger. Cette violence dirig\u00e9e contre de jeunes gens, tr\u00e8s inhabituelle en Ukraine o\u00f9 le droit de manifester est le plus souvent respect\u00e9, a provoqu\u00e9 une onde de choc. D\u00e8s le lendemain, malgr\u00e9 une volont\u00e9 d\u2019apaisement du pouvoir, la protestation a commenc\u00e9 \u00e0 gonfler, avec une revendication nouvelle : le d\u00e9part du pr\u00e9sident Ianoukovitch. Le nom de \u00ab R\u00e9volution de la dignit\u00e9 \u00bb que les Ukrainiens ont donn\u00e9 a posteriori <\/em>\u00e0 cette mobilisation t\u00e9moigne de leur attachement \u00e0 un certain rapport au pouvoir que le pr\u00e9sident a bafou\u00e9. Il leur \u00e9tait inacceptable que ce pr\u00e9sident fasse un choix autoritaire qui impulsait un virage \u00e0 180\u00b0 au pays, mais il \u00e9tait tout aussi inacceptable qu\u2019il use de la violence polici\u00e8re pour faire taire ceux qui contestaient ce choix. Alors que les temp\u00e9ratures descendaient d\u00e9j\u00e0 en dessous de z\u00e9ro \u2013 nous \u00e9tions juste avant l\u2019hiver \u2013, la protestation s\u2019est install\u00e9e. \u00c0 Kyiv, le 1er d\u00e9cembre, des centaines de milliers de personnes ont particip\u00e9 au premier grand rassemblement. Ils \u00e9taient des milliers dans les grandes villes de l\u2019Ouest, des centaines dans les grandes villes du Sud et de l\u2019Est. Tr\u00e8s peu de manifestants venaient \u00e0 l\u2019appel des partis ou des forces politiques. En revanche, beaucoup se sont rattach\u00e9s \u00e0 des communaut\u00e9s symboliques qui se mat\u00e9rialisaient sur la place sous forme de tentes qui tenaient lieu de QG : la tente des habitants de Lviv ou de Tchernihiv ; celle des v\u00e9t\u00e9rans de la guerre sovi\u00e9tique en Afghanistan ; la tente de pri\u00e8re chr\u00e9tienne interconfessionnelle ouverte par des religieux pour ceux qui avaient besoin de se recueillir. \u00c0 Kyiv, des volontaires se sont organis\u00e9s pour cuisiner, improviser des braseros, installer des banderoles, am\u00e9nager l\u2019espace. Les semaines passaient ; les protestataires ne bougeaient pas. Dans la semaine, la place \u00e9tait surtout occup\u00e9e par les activistes \u00e0 qui leur profession permettait de s\u2019absenter. On y trouvait aussi pas mal de travailleurs saisonniers, en cong\u00e9 dans ces mois froids de l\u2019hiver. En fin d\u2019apr\u00e8s-midi et surtout le week-end, des cols blancs rejoignaient la mobilisation pour de grands rassemblements o\u00f9 orateurs et artistes se succ\u00e9daient sur la sc\u00e8ne centrale, avec des mots d\u2019ordre partag\u00e9s : chasser le pouvoir corrompu, choisir une voie d\u2019\u00e9volution du pays tourn\u00e9e vers l\u2019Europe. Dans la foule, on entendait parler russe tout autant qu\u2019ukrainien : la cit\u00e9 protestataire \u00e9tait bilingue comme l\u2019\u00e9tait le reste du pays.<\/p>\n\n\n\n

Alors que les temp\u00e9ratures descendaient d\u00e9j\u00e0 en dessous de z\u00e9ro \u2013 nous \u00e9tions juste avant l\u2019hiver \u2013, la protestation s\u2019est install\u00e9e. \u00c0 Kyiv, le 1er d\u00e9cembre, des centaines de milliers de personnes ont particip\u00e9 au premier grand rassemblement.<\/p>Anna COlin Lebedev<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Pour les Ukrainiens qui ont particip\u00e9 \u00e0 ces moments, le Ma\u00efdan hivernal a \u00e9t\u00e9 un grand moment d\u2019action civique, o\u00f9 la population s\u2019est rassembl\u00e9e autour d\u2019une conviction commune, mais aussi un grand moment d\u2019\u00e9motion et de partage. La chercheuse Ioulia Shukan, qui a \u00e9tudi\u00e9 de pr\u00e8s le fonctionnement de la cit\u00e9 protestataire, explique tr\u00e8s bien, dans son livre G\u00e9n\u00e9ration Ma\u00efdan<\/em>, le cheminement personnel des Ukrainiens pass\u00e9s de simples observateurs \u00e0 acteurs du mouvement, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 happ\u00e9s par l\u2019\u00e9nergie collective qui se d\u00e9gageait de la place <\/span>6<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Kyiv n\u2019\u00e9tait pas le seul lieu de la mobilisation, mais il rassemblait des manifestants venus de tout le pays, et Ma\u00efdan \u00e9tait la place sur laquelle les regards \u00e9taient braqu\u00e9s cet hiver-l\u00e0, avec admiration et envie, mais aussi peur ou incr\u00e9dulit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n\n\n

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\u00a9 Barbaros Kayan\/LeJournal\/SIPA<\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

Vue de Russie, la mobilisation ki\u00e9vienne a suscit\u00e9 des r\u00e9actions tr\u00e8s diverses. Les Russes qui avaient particip\u00e9 aux grandes manifestations moscovites de la place Bolotnaya en 2011-2012 y retrouvaient la m\u00eame \u00e9nergie et la m\u00eame cr\u00e9ativit\u00e9 qui les avait port\u00e9s dans leur propre contestation du pouvoir suite aux falsifications \u00e9lectorales. Les deux leaders cibl\u00e9s par la protestation, Vladimir Poutine et Viktor Ianoukovitch, \u00e9taient non seulement alli\u00e9s, porteurs d\u2019un certain nombre de valeurs politiques communes, mais ils partageaient aussi ce style politique propre aux apparatchiks form\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9poque de l\u2019URSS.<\/p>\n\n\n\n

Le pouvoir russe voyait \u00e9galement un lien de parent\u00e9 entre les deux manifestations. \u00ab Les \u00e9v\u00e9nements […] \u00e0 Moscou en mai 2012 ont \u00e9t\u00e9 une r\u00e9p\u00e9tition de Ma\u00efdan. Si les autorit\u00e9s russes n\u2019avaient pas \u00e9t\u00e9 fermes, la Russie aurait pu entamer le m\u00eame processus que l\u2019Ukraine <\/span>7<\/sup><\/a><\/span><\/span> \u00bb, a d\u00e9clar\u00e9 un peu plus tard Alexandre Bastrykine, haut dignitaire du pouvoir, \u00e0 la t\u00eate du puissant Comit\u00e9 d\u2019enqu\u00eate de la F\u00e9d\u00e9ration de Russie. Derri\u00e8re ces mots, il y a l\u2019id\u00e9e partag\u00e9e par l\u2019ensemble de la classe politique au pouvoir selon laquelle toutes les protestations visant \u00e0 destituer le pouvoir en place, que ce soit en Russie ou en Ukraine, sont organis\u00e9es et financ\u00e9es de l\u2019ext\u00e9rieur, dans un but d\u2019affaiblissement de la Russie. C\u2019est m\u00eame devenu le credo du pouvoir russe. Le 11 d\u00e9cembre 2013, lorsque la secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat adjointe am\u00e9ricaine, Victoria Nuland, rendit visite aux protestataires sur le Ma\u00efdan en apportant des encas aux manifestants. La Russie d\u00e9non\u00e7a imm\u00e9diatement ce d\u00e9placement, y voyant la mainmise des \u00c9tats-Unis sur des marionnettes ukrainiennes enti\u00e8rement \u00e0 sa solde. \u00ab Nuland a nourri le \u201cMa\u00efdan\u201d ukrainien avec des friandises du d\u00e9partement d\u2019\u00c9tat. Celles qui avait \u00e9t\u00e9 laiss\u00e9es par les manifestants de Moscou ? \u00bb, titrait dans la foul\u00e9e le quotidien russe Komsomolskaia Pravda<\/em> <\/span>8<\/sup><\/a><\/span><\/span>. L\u2019expression \u00ab friandises du d\u00e9partement d\u2019\u00c9tat \u00bb est vite rentr\u00e9e dans le langage des m\u00e9dias russes et des politiques pour d\u00e9signer les pr\u00e9tendues r\u00e9tributions vers\u00e9es par les services sp\u00e9ciaux am\u00e9ricains aux personnes pr\u00eates \u00e0 \u0153uvrer \u00e0 l\u2019affaiblissement de la Russie.<\/p>\n\n\n\n

Kyiv n\u2019\u00e9tait pas le seul lieu de la mobilisation, mais il rassemblait des manifestants venus de tout le pays, et Ma\u00efdan \u00e9tait la place sur laquelle les regards \u00e9taient braqu\u00e9s cet hiver-l\u00e0, avec admiration et envie, mais aussi peur ou incr\u00e9dulit\u00e9.<\/p>Anna COlin Lebedev<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Le Ma\u00efdan \u00e9tait-il antirusse ? Il est certain que le r\u00e9gime politique russe \u00e9tait d\u00e9nonc\u00e9 par les protestataires : en tant qu\u2019alli\u00e9 du pr\u00e9sident dont ils demandaient le d\u00e9part, en tant que mod\u00e8le autoritaire, mais aussi en tant que mode d\u2019organisation politique inacceptable. Le rejet \u00e9tait celui d\u2019un r\u00e9gime, pas de la population : pr\u00e8s de 80 % des Ukrainiens \u00e9prouvaient de la sympathie pour les Russes \u00e0 cette p\u00e9riode-l\u00e0 <\/span>9<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n

La mobilisation des Ukrainiens a \u00e9t\u00e9 insupportable au pouvoir russe d\u00e8s les premiers jours, quand les drapeaux \u00e9toil\u00e9s de l\u2019Union europ\u00e9enne avaient \u00e9t\u00e9 brandis sur la place. L\u2019attractivit\u00e9 de l\u2019Europe pour les Ukrainiens d\u00e9montrait, par un effet miroir, l\u2019\u00e9chec du soft power <\/em>russe et du projet Monde russe. En d\u00e9pit de l\u2019histoire commune, en d\u00e9pit d\u2019une langue partag\u00e9e, de relations \u00e9conomiques \u00e9troites et d\u2019accords tarifaires pr\u00e9f\u00e9rentiels, en d\u00e9pit des m\u00e9langes entre les deux peuples et de l\u2019\u00e9lection d\u2019un pr\u00e9sident loyal \u00e0 la Russie, l\u2019Ukraine semblait s\u2019\u00e9loigner, inexorablement. Moscou savait contr\u00f4ler les \u00e9lites politiques, utiliser les leviers de pression \u00e9conomique, jouer la carotte et le b\u00e2ton, mais la d\u00e9termination des Ukrainiens en 2014 montrait clairement que la Russie n\u2019avait pas su rendre son mod\u00e8le attractif, surtout aupr\u00e8s des jeunes g\u00e9n\u00e9rations qui \u00e9taient plus de 54 % \u00e0 souhaiter l\u2019adh\u00e9sion de l\u2019Ukraine \u00e0 l\u2019Union europ\u00e9enne en 2012. La mobilisation ukrainienne de 2014 \u00e9tait aussi, d\u2019une certaine mani\u00e8re, une victoire normative de l\u2019Union europ\u00e9enne en tant que projet et en tant que socle de valeurs. En apparence, le Kremlin d\u00e9niait \u00e0 l\u2019Union europ\u00e9enne toute existence politique dans les \u00e9v\u00e9nements du Ma\u00efdan : Vladimir Poutine ne s\u2019adressait qu\u2019aux chefs d\u2019\u00c9tats, seules entit\u00e9s dou\u00e9es dans sa vision d\u2019une identit\u00e9 politique. Les marionnettistes d\u00e9sign\u00e9s du Ma\u00efdan \u00e9taient les Am\u00e9ricains, les Allemands ou les Fran\u00e7ais, mais l\u2019Europe \u00e9tait laiss\u00e9e de c\u00f4t\u00e9 comme insignifiante, en d\u00e9pit des drapeaux europ\u00e9ens qui flottaient sur la manifestation. Ce d\u00e9ni \u00e9tait en r\u00e9alit\u00e9 un marqueur fort : le pouvoir russe savait r\u00e9pondre \u00e0 la menace militaire par la d\u00e9monstration de force militaire, \u00e0 la pression politique par la manipulation politique, aux leviers \u00e9conomiques par les incitations \u00e9conomiques, mais il ne savait pas quoi opposer \u00e0 l\u2019attractivit\u00e9 d\u2019un mod\u00e8le de soci\u00e9t\u00e9. Se dire que les protestataires n\u2019\u00e9taient l\u00e0 que pour les \u00ab friandises \u00bb \u00e9tait, pour le pouvoir russe, une mani\u00e8re de donner un sens, de ramener dans des cat\u00e9gories famili\u00e8res une faille inacceptable, impossible \u00e0 admettre, de la politique russe.<\/p>\n\n\n\n\n\n

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\u00a9 Barbaros Kayan\/LeJournal\/SIPA<\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

Le pouvoir russe a interpr\u00e9t\u00e9 \u00e0 sa mani\u00e8re ce qui se passait sur le Ma\u00efdan, mais il a \u00e9galement \u0153uvr\u00e9 \u00e0 ce que la population russe, tout comme une partie de la population ukrainienne, rejette cette r\u00e9volution. La force et la fragilit\u00e9 de la mobilisation de 2013-2014 r\u00e9sidaient dans sa diversit\u00e9. Toutes les sensibilit\u00e9s politiques n\u2019\u00e9taient pas les bienvenues sur le Ma\u00efdan, et, parmi les exclus, figuraient les mouvements prorusses et les mouvements d\u2019extr\u00eame gauche dont l\u2019agenda antilib\u00e9ral collait mal avec les postures pro-Union europ\u00e9enne <\/span>10<\/sup><\/a><\/span><\/span>. En revanche, toutes les forces politiques \u00e9taient accueillies les bras ouverts dans la protestation, \u00e0 partir du moment o\u00f9 elles se reconnaissaient dans l\u2019objectif du d\u00e9part du pr\u00e9sident Ianoukovitch et du rapprochement avec l\u2019Union europ\u00e9enne. Cependant, tous ne l\u2019ont pas fait avec la m\u00eame conception de l\u2019Ukraine, ni avec les m\u00eames symboles, et certains groupes \u00e9taient plus visibles que d\u2019autres. 92 % des protestataires rassembl\u00e9s \u00e0 Kyiv dans les premi\u00e8res semaines n\u2019appartenaient \u00e0 aucun parti, groupe politique ou ONG <\/span>11<\/sup><\/a><\/span><\/span>, et les m\u00e9dias ont, le plus souvent, rendu compte de la nature spontan\u00e9e de l\u2019engagement des Ukrainiens dans la r\u00e9volution. Parmi les quelques groupes identifiables sur la place, ce sont incontestablement les groupes ultranationalistes, tr\u00e8s rep\u00e9rables gr\u00e2ce \u00e0 la pr\u00e9sence de drapeaux sp\u00e9cifiques, qui ont b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de la couverture m\u00e9diatique la plus abondante. Le drapeau bleu clair du parti d\u2019extr\u00eame droite Svoboda qui avait obtenu 10 % des voix aux \u00e9lections parlementaires de 2012, et, surtout, l\u2019ancien drapeau du mouvement nationaliste OUN-UPA ont vite attir\u00e9 l\u2019\u0153il des cam\u00e9ras. Le drapeau de Svoboda, inconnu en dehors de l\u2019Ukraine, ne pouvait susciter de l\u2019\u00e9motion que localement. En revanche, le drapeau rouge et noir de l\u2019OUN-UPA, et surtout le portrait de Stepan Bandera utilis\u00e9 par un nouveau groupe ultranationaliste, Secteur droit, sont devenus des chiffons rouges pour les m\u00e9dias et la population, en Russie, mais aussi \u00e0 l\u2019est de l\u2019Ukraine.<\/p>\n\n\n\n

Le pouvoir russe a interpr\u00e9t\u00e9 \u00e0 sa mani\u00e8re ce qui se passait sur le Ma\u00efdan, mais il a \u00e9galement \u0153uvr\u00e9 \u00e0 ce que la population russe, tout comme une partie de la population ukrainienne, rejette cette r\u00e9volution.<\/p>Anna COlin Lebedev<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Sur le Ma\u00efdan, les portraits de Bandera \u00e9taient loin de faire l\u2019unanimit\u00e9. Cependant, la libert\u00e9 d\u2019expression a \u00e9t\u00e9 jug\u00e9e prioritaire, et on a laiss\u00e9 chacun arborer les symboles qui \u00e9taient les siens. Affich\u00e9 vers le 15 janvier, le premier grand portrait de Bandera, bien en vue sur un b\u00e2timent administratif central, n\u2019est rest\u00e9 accroch\u00e9 que quelques jours, avant d\u2019\u00eatre remplac\u00e9 par celui, plus consensuel, du po\u00e8te national Taras Chevtchenko. C\u2019est seulement apr\u00e8s les premiers affrontements meurtriers fin janvier 2014 que la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Bandera est devenue plus pr\u00e9sente. On s\u2019est mis \u00e0 entendre sur la sc\u00e8ne centrale le slogan qui avait \u00e9t\u00e9 celui du mouvement nationaliste historique : \u00ab Gloire \u00e0 l\u2019Ukraine, gloire aux h\u00e9ros \u00bb. Certains manifestants le reprenaient, alors que d\u2019autres faisaient la moue. Les r\u00e9f\u00e9rences nationalistes, affirme le chercheur Serhy Yekelchyk, ont fini par \u00eatre investies d\u2019un nouveau sens \u00e0 mesure que la mobilisation avan\u00e7ait. De plus en plus d\u2019Ukrainiens ont accept\u00e9 la mise en avant de Stepan Bandera en tant que figure de r\u00e9sistance \u00e0 l\u2019oppression, plut\u00f4t qu\u2019en tant que dirigeant d\u2019un mouvement extr\u00e9miste ; de plus en plus d\u2019entre eux ont r\u00e9interpr\u00e9t\u00e9 le slogan nationaliste comme un mot d\u2019ordre patriotique contre un \u00c9tat russe hostile \u00e0 l\u2019Ukraine <\/span>12<\/sup><\/a><\/span><\/span>, plut\u00f4t que comme une invitation \u00e0 prendre les armes. L\u2019urgence de la mobilisation a \u00e9t\u00e9 peu propice \u00e0 la nuance ou \u00e0 la contextualisation historique, d\u2019autant que le climat devenait de plus en plus tendu. D\u00e8s le mois de janvier, la confrontation avec les forces de l\u2019ordre s\u2019est intensifi\u00e9e, et les militants nationalistes se sont r\u00e9v\u00e9l\u00e9s des combattants r\u00e9solus dans ce qui ressemblait de plus en plus \u00e0 une gu\u00e9rilla urbaine. Un mois plus tard, en f\u00e9vrier, \u00e0 l\u2019issue de plusieurs journ\u00e9es d\u2019affrontements dans le centre de Kyiv au cours desquelles plus de soixante-dix manifestants ont perdu la vie, Viktor Ianoukovitch a quitt\u00e9 l\u2019Ukraine pour se r\u00e9fugier en Russie. Le Ma\u00efdan avait install\u00e9 un nouveau pr\u00e9sident par int\u00e9rim et b\u00e9n\u00e9ficiait du soutien des parlementaires, mais une autre \u00e9preuve \u00e9tait en train de se pr\u00e9parer, dans laquelle la Russie allait jouer un r\u00f4le central.<\/p>\n\n\n\n

Du c\u00f4t\u00e9 des m\u00e9dias russes loyaux au pouvoir, et notamment \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, la nuance n\u2019\u00e9tait pas non plus de mise pour parler des \u00e9v\u00e9nements ukrainiens. Une campagne majeure de formatage de l\u2019opinion publique russe s\u2019est mise en place d\u00e8s le d\u00e9but de la mobilisation \u00e0 Kyiv.<\/p>\n\n\n\n\n\n

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\u00a9 Barbaros Kayan\/LeJournal\/SIPA<\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

Dans les premi\u00e8res semaines de la protestation, analyse le sociologue Lev Gudkov <\/span>13<\/sup><\/a><\/span><\/span>, chercheur du centre Levada, ind\u00e9pendant du pouvoir, les Russes se sentaient peu concern\u00e9s par les dynamiques politiques en cours dans l\u2019Ukraine voisine. Moins d\u2019un tiers consid\u00e9rait en novembre 2013 que le rapprochement de l\u2019Ukraine avec l\u2019Union europ\u00e9enne \u00e9tait une trahison vis-\u00e0-vis de la Russie. \u00c0 partir du mois de d\u00e9cembre, le public russe a plut\u00f4t adh\u00e9r\u00e9 \u00e0 la vision du Ma\u00efdan comme une manipulation occidentale qui aurait chauff\u00e9 les opinions publiques ukrainiennes, mais pensait toujours qu\u2019il s\u2019agissait apr\u00e8s tout d\u2019affaires int\u00e9rieures \u00e0 l\u2019Ukraine. Jusqu\u2019\u00e0 la mi-f\u00e9vrier 2014, entre 65 et 75 % des Russes consid\u00e9raient que leur pays devrait garder ses distances et laisser les Ukrainiens g\u00e9rer leurs propres probl\u00e8mes <\/span>14<\/sup><\/a><\/span><\/span>, d\u2019autant que les probl\u00e8mes internes ne manquaient pas dans le pays, avec plus d\u2019un Russe sur dix vivant sous le seuil de pauvret\u00e9, une corruption galopante et une croissance \u00e9conomique ralentie.<\/p>\n\n\n\n

Parmi les Ukrainiens qui suivaient la protestation de loin, surtout ceux qui la voyaient \u00e0 travers les yeux de la t\u00e9l\u00e9vision russe, le Ma\u00efdan \u00e9tait inqui\u00e9tant, notamment \u00e0 partir du moment o\u00f9 une confrontation violente avec le pouvoir s\u2019\u00e9tait mise en place.<\/p>Anna COlin Lebedev<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

C\u2019est \u00e0 partir de la mi-f\u00e9vrier, lorsque la confrontation du pouvoir avec les manifestants a commenc\u00e9 \u00e0 menacer s\u00e9rieusement le pouvoir ukrainien, qu\u2019une campagne de propagande sans pr\u00e9c\u00e9dent s\u2019est mise en place en Russie, avec deux messages centraux. Le premier visait \u00e0 discr\u00e9diter la mobilisation. Le portrait de Bandera et les drapeaux nationalistes ont \u00e9t\u00e9 distill\u00e9s comme des gouttes de poison qui, m\u00eame minuscules, faisaient leur effet : si Bandera \u00e9tait visible sur la place publique, toute la place \u00e9tait ultranationaliste, donc extr\u00e9miste, voire n\u00e9onazie. Le manque de connaissance des Russes sur l\u2019histoire de la Seconde Guerre mondiale dans cette r\u00e9gion a facilit\u00e9 la t\u00e2che des propagandistes. Pour un Russe ordinaire, Stepan Bandera n\u2019\u00e9tait pas plus qu\u2019un nom cit\u00e9 dans les manuels scolaires, un \u00e9pouvantail align\u00e9 aux c\u00f4t\u00e9s d\u2019autres m\u00e9chants de l\u2019histoire sovi\u00e9tique. Le matraquage m\u00e9diatique a fait remonter ce nom \u00e0 la surface, \u00e9tablissant un parall\u00e8le entre le Bandera alli\u00e9 avec les nazis au d\u00e9but des ann\u00e9es 1940, et les protestataires du Ma\u00efdan en 2014. Lorsque le centre d\u2019opinion publique contr\u00f4l\u00e9 par le pouvoir VTsIOM posait la question aux Russes fin mars 2014, alors que la propagande tournait \u00e0 plein depuis deux mois : \u00ab Savez-vous quelque chose des band\u00e9ristes ? \u00bb, 40 % r\u00e9pondaient qu\u2019ils voyaient bien de qui il s\u2019agissait, et 48 % en avaient vaguement entendu parler. Les 18-24 ans, moins influenc\u00e9s par la t\u00e9l\u00e9vision, n\u2019\u00e9taient que 17 % \u00e0 d\u00e9clarer avoir des connaissances sur Bandera, et 56 % le situaient dans les grandes lignes. Quand on interrogeait les Russes sur ce qu\u2019\u00e9taient les band\u00e9ristes contemporains, 91 % \u00e9taient d\u2019accord avec l\u2019affirmation : \u00ab C\u2019est un mouvement quasi-fasciste, ils terrorisent les Russes, les Juifs et les repr\u00e9sentants des autres nationalit\u00e9s en Ukraine <\/span>15<\/sup><\/a><\/span><\/span>. \u00bb Certains Russes ont d\u2019ailleurs fait des confusions cocasses et parlaient de \u00ab bend\u00e9ristes \u00bb avec un \u00ab e \u00bb, en r\u00e9f\u00e9rence, non \u00e0 Bandera, mais \u00e0 Ostap Bender, personnage litt\u00e9raire comique aux origines floues mais venant possiblement d\u2019Odessa, un voyou sympathique de la litt\u00e9rature sovi\u00e9tique <\/span>16<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Apr\u00e8s tout, dans les deux cas, il s\u2019agissait de caricatures plus que de personnages r\u00e9els. La mayonnaise du discr\u00e9dit a donc pris tr\u00e8s vite, nourrie par la vision binaire de l\u2019histoire o\u00f9 la Russie \u00e9tait incontestablement du c\u00f4t\u00e9 du bien.<\/p>\n\n\n\n

La strat\u00e9gie de la goutte de poison marchait aussi relativement bien aupr\u00e8s du public occidental, particuli\u00e8rement sensible aux r\u00e9f\u00e9rences d\u2019extr\u00eame droite, mais aussi nourri d\u2019id\u00e9es sur la collaboration des Ukrainiens avec les nazis, et porteur d\u2019un a priori <\/em>n\u00e9gatif sur une soci\u00e9t\u00e9 ukrainienne per\u00e7ue comme profond\u00e9ment antis\u00e9mite. Bien plus grave, elle rencontrait aussi un certain succ\u00e8s \u00e0 l\u2019est et au sud de l\u2019Ukraine o\u00f9 la t\u00e9l\u00e9vision russe \u00e9tait regard\u00e9e trois fois plus que dans d\u2019autres r\u00e9gions du pays <\/span>17<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Vue de Kyiv, la mobilisation du Ma\u00efdan \u00e9tait enthousiasmante. De nombreux Ukrainiens racontaient que leur m\u00e9fiance et leur distance initiales avaient finalement \u00e9t\u00e9 balay\u00e9es par l\u2019\u00e9nergie et le sentiment de faire partie d\u2019une communaut\u00e9 qui se d\u00e9gageait de la mobilisation. Les m\u00e9dias ukrainiens nationaux et les r\u00e9seaux sociaux, favorables \u00e0 la protestation, contribuaient aussi \u00e0 cr\u00e9er une image positive et enjou\u00e9e du Ma\u00efdan. Mais, parmi les Ukrainiens qui suivaient la protestation de loin, surtout ceux qui la voyaient \u00e0 travers les yeux de la t\u00e9l\u00e9vision russe, le Ma\u00efdan \u00e9tait inqui\u00e9tant, notamment \u00e0 partir du moment o\u00f9 une confrontation violente avec le pouvoir s\u2019\u00e9tait mise en place. \u00c0 ces spectateurs-l\u00e0, la mobilisation ki\u00e9vienne avait tout l\u2019air d\u2019un rassemblement de gens de l\u2019Ouest, plut\u00f4t radicaux, qui ne partageaient ni exactement la m\u00eame histoire, ni les m\u00eames pr\u00e9occupations que les Ukrainiens de l\u2019Est, et, en particulier, ceux du Donbass.<\/p>\n\n\n\n

La strat\u00e9gie de la goutte de poison marchait relativement bien aupr\u00e8s du public occidental, particuli\u00e8rement sensible aux r\u00e9f\u00e9rences d\u2019extr\u00eame droite, mais aussi nourri d\u2019id\u00e9es sur la collaboration des Ukrainiens avec les nazis, et porteur d\u2019un a priori <\/em>n\u00e9gatif sur une soci\u00e9t\u00e9 ukrainienne per\u00e7ue comme profond\u00e9ment antis\u00e9mite.<\/p>Anna COlin Lebedev<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Les ann\u00e9es postsovi\u00e9tiques ont touch\u00e9 de plein fouet le Donbass, autrefois puissant bastion industriel et minier, producteur de richesses face \u00e0 une Ukraine de l\u2019Ouest plus rurale. Alors que son \u00e9conomie s\u2019est d\u00e9sindustrialis\u00e9e et que sa croissance \u00e9tait parmi les plus basses de l\u2019Ukraine, alors que les salaires demeuraient par ailleurs plus \u00e9lev\u00e9s qu\u2019en moyenne dans le pays, le Donbass restait attach\u00e9 au mythe \u2013 sans fondement \u00e9conomique \u2013 de la \u00ab r\u00e9gion qui nourrit l\u2019Ukraine enti\u00e8re <\/span>18<\/sup><\/a><\/span><\/span> \u00bb. L\u2019amertume et la vexation rendirent ses habitants particuli\u00e8rement sensibles aux messages envoy\u00e9s par le voisin russe.<\/p>\n\n\n\n

[Le monde se transforme. Depuis le tout d\u00e9but de l\u2019invasion de la Russie de l\u2019Ukraine, avec nos cartes, nos analyses et nos perspectives nous avons aid\u00e9 presque 3 millions de personnes \u00e0 comprendre les transformations g\u00e9opolitiques de cette s\u00e9quence. Si vous trouvez notre travail utile et vous souhaitez contribuer \u00e0 ce que le Grand Continent reste une publication ouverte, vous pouvez vous abonner<\/em> par ici<\/em><\/a>.]<\/em><\/p>\n\n\n\n

Or, la propagande russe a progressivement appuy\u00e9 sur un second levier, en soulignant le risque pr\u00e9tendument encouru par les russophones d\u2019Ukraine. C\u2019est surtout \u00e0 la fin du mois de f\u00e9vrier 2014 que ce discours est devenu dominant dans les m\u00e9dias russes, alors que le pr\u00e9sident Ianoukovitch avait pris la fuite face \u00e0 la contestation grandissante. L\u2019abrogation avort\u00e9e de la loi sur les langues r\u00e9gionales le 23 f\u00e9vrier 2014 semblait d\u2019ailleurs donner raison \u00e0 la Russie. Cherchant \u00e0 se d\u00e9barrasser au plus vite de l\u2019h\u00e9ritage du pr\u00e9sident fugitif, le parlement ukrainien avait vot\u00e9 en urgence l\u2019abrogation de cette loi symbole qui donnait aux langues minoritaires, dont le russe, un statut officiel. Imm\u00e9diatement, des acteurs politiques majeurs du Ma\u00efdan, tels que le futur maire de Kyiv, Vitali Klitschko, avaient d\u00e9clar\u00e9 que ce vote \u00e9tait une erreur, et la loi d\u2019abrogation n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 promulgu\u00e9e par le pr\u00e9sident par int\u00e9rim Oleksandr Tourtchinov, ni par son successeur \u00e9lu Petro Porochenko. La loi sur les langues r\u00e9gionales \u00e9tait rest\u00e9e en vigueur, mais, symboliquement, le mal \u00e9tait fait, et le pouvoir russe ne s\u2019est pas priv\u00e9 de r\u00e9p\u00e9ter \u00e0 l\u2019envi aux populations du Donbass que Kyiv voulait leur interdire de parler leur langue, jusqu\u2019\u00e0 laisser entendre : \u00ab Kyiv veut vous exterminer. \u00bb<\/p>\n\n\n\n\n\n

\n \n \r\n \r\n \r\n \r\n \r\n <\/picture>\r\n \n
\u00a9 AP Photo\/Emilio Morenatti<\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

D\u00e8s le mois de f\u00e9vrier, le groupe nationaliste Secteur droit \u2013 qui comptait, selon les estimations de chercheurs, environ 300 membres sur le Ma\u00efdan <\/span>19<\/sup><\/a><\/span><\/span> \u2013 est devenu la cible principale des m\u00e9dias russes. Entre f\u00e9vrier et avril, l\u2019expression \u00ab Secteur droit \u00bb a \u00e9t\u00e9 l\u2019item le plus fr\u00e9quemment cit\u00e9 par les journaux t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s russes pour parler d\u2019Ukraine <\/span>20<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Ce groupe, pourtant peu nombreux compar\u00e9 aux centaines de milliers de manifestants, \u00e9tait pr\u00e9sent\u00e9 comme le c\u0153ur arm\u00e9 et extr\u00e9miste du Ma\u00efdan, puis du nouveau pouvoir \u00e0 Kyiv apr\u00e8s la chute de Ianoukovitch. Les m\u00e9dias russes ont multipli\u00e9 les images de combattants cagoul\u00e9s et arm\u00e9s de battes de baseball, accompagn\u00e9es de cet avertissement : ils sont en train de se diriger vers l\u2019est et le sud pour tuer les russophones. Des rumeurs de bus remplis de commandos ou de trains affr\u00e9t\u00e9s sp\u00e9cialement par Secteur droit se sont multipli\u00e9es sur les r\u00e9seaux sociaux, donnant aux habitants de ces r\u00e9gions l\u2019impression d\u2019un danger imminent. Des semaines ont pass\u00e9, mais les bus et les trains ne sont jamais arriv\u00e9s. Quelque temps plus tard, des attaques dans l\u2019est du pays ont \u00e9t\u00e9 attribu\u00e9es \u00e0 Secteur droit, en se fondant sur des preuves fabriqu\u00e9es sommairement : une carte de visite du leader du mouvement laiss\u00e9e sur les lieux, accompagn\u00e9e d\u2019une arme allemande de la Seconde Guerre mondiale.<\/p>\n\n\n\n

La d\u00e9sinformation pratiqu\u00e9e par les m\u00e9dias russes d\u00e8s l\u2019hiver 2013 a volontairement ouvert, sur un terrain fragile, une fracture \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019Ukraine, qui n\u2019a fait que s\u2019approfondir au fur et \u00e0 mesure de la guerre.<\/p>Anna COlin Lebedev<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Aussi grossi\u00e8re soit-elle, cette d\u00e9sinformation a port\u00e9 dans l\u2019est de l\u2019Ukraine : trois quarts des habitants de la r\u00e9gion de Donetsk consid\u00e9raient en avril 2014 que Secteur droit \u00e9tait une force arm\u00e9e puissante qui repr\u00e9sentait une menace consid\u00e9rable pour les habitants du pays <\/span>21<\/sup><\/a><\/span><\/span>. La d\u00e9sinformation pratiqu\u00e9e par les m\u00e9dias russes d\u00e8s l\u2019hiver 2013 a volontairement ouvert, sur un terrain fragile, une fracture \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019Ukraine, qui n\u2019a fait que s\u2019approfondir au fur et \u00e0 mesure de la guerre.<\/p>\n\n\n\n

Le basculement le plus frappant du c\u00f4t\u00e9 de la population russe a \u00e9t\u00e9 le fait que des \u00e9v\u00e9nements qui se d\u00e9roulent en Ukraine, \u00c9tat voisin n\u00e9anmoins \u00e9tranger, sont devenus une probl\u00e9matique interne \u00e0 la Russie. Parce que l\u2019\u00e9loignement de Kyiv \u00e9tait insupportable \u00e0 Moscou, le pouvoir russe a fa\u00e7onn\u00e9 les opinions, afin de faire de l\u2019Ukraine un enjeu central de la politique russe, \u00e0 grand renfort de manipulation m\u00e9diatique. C\u2019est l\u2019annexion de la Crim\u00e9e qui a constitu\u00e9 le moment charni\u00e8re qui a vu l\u2019incompr\u00e9hension entre les populations russe et ukrainienne se muer en rupture entre les deux soci\u00e9t\u00e9s.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"

Pour comprendre ce qui s\u00e9pare Russes et Ukrainiens aujourd’hui, il faut se plonger au c\u0153ur des soci\u00e9t\u00e9s. Dans son nouvel ouvrage Jamais fr\u00e8res  ?<\/em>, qui para\u00eet demain aux \u00e9ditions du Seuil, c’est ce \u00e0 quoi s’emploie Anna Colin Lebedev. 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