{"id":152763,"date":"2024-09-30T13:34:00","date_gmt":"2024-09-30T11:34:00","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=152763"},"modified":"2024-09-30T14:39:59","modified_gmt":"2024-09-30T12:39:59","slug":"lenveloppement-et-lapparition-une-conversation-avec-jacques-reda","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2024\/09\/30\/lenveloppement-et-lapparition-une-conversation-avec-jacques-reda\/","title":{"rendered":"Le po\u00e8te de Paris : Jacques R\u00e9da (1929-2024)"},"content":{"rendered":"\n

\u00c9crivain, po\u00e8te, critique de jazz, un temps r\u00e9dacteur en chef de la Nouvelle revue fran\u00e7aise (1987-1995), Jacques R\u00e9da a fait de ses promenades urbaines, suburbaines et campagnardes le moteur d\u2019une \u0153uvre importante, en vers et en prose, dont Paris est indiscutablement le centre. Dans l’entretien que nous publions ici <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>, nous avons interrog\u00e9 l’auteur sur les motifs de cette entreprise psychog\u00e9ographique poursuivie \u00e0 travers une dizaine de livres. Il y est donc question, de Paris et de sa banlieue, des paysages, de la description, de la litt\u00e9rature et de la musique.\u00a0<\/em><\/p>\n\n\n\n

Dans un des nombreux livres que vous avez nourris de vos promenades parisiennes, vous vous comparez \u00e0 \u00ab une antenne vagabonde que la ville prom\u00e8nerait dans l\u2019\u00e9ventail de ses \u00e9tats \u00bb. J\u2019aimerais savoir quelles images vous viennent \u00e0 l\u2019esprit, lorsque vous vous efforcez ou lorsqu’il vous arrive simplement de vous repr\u00e9senter Paris aujourd\u2019hui ? <\/h3>\n\n\n\n

L\u2019image la plus imm\u00e9diate (mais elle ne m\u2019est s\u00fbrement pas personnelle) est celle d\u2019un c\u0153ur. Pas le coeur des cartes \u00e0 jouer ou des \u00ab graffiti \u00e9l\u00e9giaques \u00bb, mais un c\u0153ur presque physiologique en forme d\u2019\u00e9ponge, plut\u00f4t, ou de pierre ponde, ou de c\u0153ur comme on en mange quand c\u2019est du c\u0153ur de veau (ou bien le c\u0153ur du troubadour qui a s\u00e9duit votre femme). Bref : le c\u0153ur de la France en tout cas. Ou alors un foie ? Mais c\u2019est moins \u00e9loquent. Ensuite, je ne vois rien. Si : une sorte de flaque. L\u2019\u00e9norme flaque suburbaine qui s\u2019\u00e9tend tr\u00e8s loin par-del\u00e0 la ceinture de plus en plus th\u00e9orique des \u00ab mar\u00e9chaux \u00bb. Ou encore une tr\u00e8s longue rue sale, noire et anonyme qu\u2019un copain bourguignon, qui avait fait son service militaire pr\u00e8s de la capitale (et ne connaissait jusqu\u2019alors de b\u00e2ti que Le Creusot), m\u2019avait d\u00e9crite. C\u2019\u00e9tait \u00e7a qui l\u2019avait frapp\u00e9 en visitant Paris. Frapp\u00e9 de ce qui l\u2019avait frapp\u00e9, je n\u2019ai plus cess\u00e9 de revoir cette image qui suivit \u00e0 tous les ravalements. Plus jeune, j\u2019aurais dit : la pointe de la tour Eiffel, qu\u2019on apercevait \u00e0 environ trente kilom\u00e8tres \u00e0 vol d\u2019oiseau depuis mon jardin de banlieue. On mettait plus de temps pour s\u2019y rendre (encore maintenant, je crois) que pour aller en TGV au Creusot, justement. Mais le c\u0153ur est en somme une all\u00e9gorie, la tour un symbole, et la flaque manque de pr\u00e9cision. Je n\u2019ai en v\u00e9rit\u00e9 de Paris aucune repr\u00e9sentation intime globale, parce que j\u2019y ai sans doute trop circul\u00e9 dans le d\u00e9tail, en cherchant \u00e0 cerner des images de ses sous-ensembles, comme les arrondissements, les quartiers, les rues, jusqu\u2019\u00e0 m\u2019en d\u00e9gouter. <\/p>\n\n\n\n

J\u2019ai eu ce tort de vouloir traiter les rues comme des personnes, et cela parce qu\u2019il n\u2019y a plus de constante simplement humaine dans les quartiers.<\/p>Jacques r\u00c9da<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Je n\u2019arrive pas \u00e0 \u00ab embrasser \u00bb Paris. Les Ternes, oui ; Belleville, oui ; le Dixi\u00e8me ou le Treizi\u00e8me ; la rue des Montib\u0153ufs. Il ne faut pas croire que ce soit plus facile. D\u00e9couvrir le caract\u00e8re de la rue des Montib\u0153ufs ou m\u00eame de la rue Lafayette rel\u00e8ve de l\u2019exploit. Elles n\u2019en ont pas, peut-\u00eatre, ou je ne suis pas assez dou\u00e9. J\u2019ai eu ce tort de vouloir traiter les rues comme des personnes, et cela parce qu\u2019il n\u2019y a plus de constante simplement humaine dans les quartiers. Un jour c\u2019est tout arabe, un an plus tard indien ou afrcain, six mois apr\u00e8s on a tout d\u00e9moli pour loger du cadre international dans du neuf cher et insipide, ou une autre tribu dans du m\u00eame neuf en moins \u00e9pais. Le promeneur se fatigue, l\u2019\u00e9criveur ne peut rien construire de s\u00e9rieux. <\/p>\n\n\n\n

Des images, il me semble que j\u2019en ai dispers\u00e9 \u00e0 la douzaine au fil d\u2019une demi-douzaines de livres, et c\u2019est comme des photos : plus jamais on ne les regarde, on en prend d\u2019autres qu\u2019on ne regardera plus. Et pourtant de chacune (et des moins significatives : un pan de mur, la porte d\u2019un immeuble, des pav\u00e9s) se l\u00e8ve tout entier le fant\u00f4me insaisissable et indescriptible dans la substance duquel je m\u2019agite. Assez souvent, je vais consid\u00e9rer son incarnation presque compl\u00e8te du haut de la rue des Envierges. Il ne bouge pas. Il s’aplatit. Il fait semblant d\u2019\u00eatre, en plus panoramique, une des photos que j\u2019aurais pu prendre. Je reconnais tous les monuments (non, il y en a deux ou trois qui me d\u00e9routent), et je n\u2019aurais qu\u2019un geste \u00e0 faire pour les abolir (l\u2019Op\u00e9ra Bastille, Beaubourg, la tour Montparnasse, la Biblioth\u00e8que) ou pour les d\u00e9placer : Notre-Dame \u00e0 la place de la D\u00e9fense, la Sacr\u00e9-Coeur \u00e0 la place du Panth\u00e9on, le Mont Val\u00e9rien \u00e0 la place de la Butte-aux-Cailles, etc. <\/p>\n\n\n\n

Je m\u2019en garde. <\/p>\n\n\n\n

Ce que j’ai oubli\u00e9 de signaler, c’est une image de r\u00eave, et de r\u00eave r\u00e9current qui se d\u00e9roule ainsi : je monte vers Montmartre et, quand j’arrive pr\u00e8s du sommet, la basilique s’efface, je vois s’ouvrir en creux devant moi une \u00e9tendue infinie<\/em> et infiniment r\u00e9jouissante<\/em> de campagne, infinie mais quand m\u00eame \u00e0 l’int\u00e9rieur<\/em> de Paris. Je ne suis pas s\u00fbr de ce que \u00e7a signifie, mais \u00e7a donne \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sur mon \u00ab naturel parisien \u00bb.<\/p>\n\n\n\n

Revenons quelques instants sur cette image de la flaque suburbaine, dont vous dites vous-m\u00eame qu’elle manque de pr\u00e9cision. Vous l’avez pourtant arpent\u00e9e, cette flaque, au moins autant que le c\u0153ur de la ville. Vous serait-il possible, sans en d\u00e9crire la carte, ni en \u00e9num\u00e9rer les parties g\u00e9ographiques, d’introduire un peu de distinction dans cette image globale : ne peut-on y distinguer quelques \u00e9tats ou familles, strates ou atmosph\u00e8res psychog\u00e9ographiques typiques, et cela malgr\u00e9 l’esp\u00e8ce de transformation permanente dont vous parlez ? De quels mondes est fait ce monde si difficile \u00e0 d\u00e9crire comme un tout ?<\/h3>\n\n\n\n

La flaque n’est pas tout \u00e0 fait une image, plut\u00f4t une esp\u00e8ce de concept. Son support mat\u00e9riel, ou encore mieux : graphique, pourrait \u00eatre une de ces cartes routi\u00e8res de la r\u00e9gion parisienne o\u00f9 les zones b\u00e2ties apparaissent en rose ou en jaune, et le reste (quand il reste quelque chose) en vert p\u00e2le jusqu’\u00e0 l’\u00e9vanouissement. D\u00e8s la fin du XIXe si\u00e8cle, Verhaeren avait chant\u00e9 les Villes tentaculaires<\/em>. Le poulpe suburbain n’a pas cess\u00e9 de s’\u00e9tendre depuis lors. Mais c’est une impression d’ensemble et pour ainsi dire \u00ab de cabinet \u00bb. Une fois qu’on se trouve sur le motif, tout change et devient plus excitant. J’ai beaucoup parcouru les ramifications de ce polypier g\u00e9ant des banlieues, en cherchant \u00e0 comprendre ce qu’elles ont en commun et \u00e0 saisir le caract\u00e8re sp\u00e9cifique de chacune, qui ne tient souvent que dans son nom. \u00c0 moins d’une longue habitude, il est difficile par exemple de savoir si l’on circule dans Vanves, Montrouge ou Malakoff. Quand font d\u00e9faut certains rep\u00e8res, comme les accidents du relief, on ne tarde pas \u00e0 se perdre et \u00e0 se sentir comme phagocyt\u00e9 par le poulpe. Ainsi, entre autres, du c\u00f4t\u00e9 de Villemomble, les Pavillons-sous-Bois. Mais c’est un des buts de l’exercice. Assez souvent, ma \u00ab technique \u00bb consiste \u00e0 me rendre \u00e0 n’importe quelle porte de Paris et \u00e0 y monter dans le premier autobus qui se pr\u00e9sente, sans me pr\u00e9occuper de l’itin\u00e9raire ni de l’endroit o\u00f9 il me d\u00e9posera \u00e0 son terminus. On d\u00e9couvre alors de l’inattendu et parfois du pittoresque, mais il arrive aussi qu’on \u00e9choue au c\u0153ur de cette indistinction qui, en fait, n’a pas de centre, et o\u00f9 il semble qu’on pourrait avancer ind\u00e9finiment sans jamais en sortir. C’est pour moi une exp\u00e9rience essentielle, culminant dans le moment o\u00f9 l’on n’est pas que topographiquement perdu, mais o\u00f9 l’on se perd de vue en tant que personne pour devenir une sorte de fragment, encore un peu dot\u00e9 de conscience, l’\u00e9tendue qu’on parcourt. <\/p>\n\n\n\n

Assez souvent, ma \u00ab technique \u00bb consiste \u00e0 me rendre \u00e0 n’importe quelle porte de Paris et \u00e0 y monter dans le premier autobus qui se pr\u00e9sente, sans me pr\u00e9occuper de l’itin\u00e9raire ni de l’endroit o\u00f9 il me d\u00e9posera \u00e0 son terminus.<\/p>Jacques r\u00c9da<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

\u00c0 ce moment, il n’est plus question de \u00ab flaque \u00bb ni de \u00ab repr\u00e9sentation \u00bb d’aucune esp\u00e8ce. On est \u00ab dedans \u00bb, on est en voie de s’y fondre, on touche m\u00eame une r\u00e9gion qui n’a plus rien \u00e0 voir avec la banlieue et avec des notions comme \u00ab la ville \u00bb, \u00ab l’urbanisme \u00bb, etc. C’est quasiment d’ordre m\u00e9taphysique. Pour rester concret, j’ajouterai d’abord que cet \u00e9tat est favoris\u00e9 par l’aspect en g\u00e9n\u00e9ral totalement inhabit\u00e9 de ces territoires aux heures honn\u00eatement diurnes o\u00f9 je m’y prom\u00e8ne. On se demande o\u00f9 sont pass\u00e9s les gens, sinon leurs chiens. L’effet est aujourd’hui accentu\u00e9 par la disparition d’activit\u00e9s industrielles massives. Dans des souvenirs vieux de plus de cinquante ans, je revois des banlieues h\u00e9riss\u00e9es d\u2019usines (m\u00eame le XVe arrondissement \u2014 o\u00f9 subsistait une ferme \u2013 bourdonnait d’ateliers de m\u00e9canique, pour ne rien dire de l’immense p\u00e9rim\u00e8tre occup\u00e9 par Citro\u00ebn), et si je n’ignore pas les motifs de cette m\u00e9tamorphose (qui a fait de l’industrieux Levallois une vaste n\u00e9cropole \u00ab r\u00e9si dentielle \u00bb) il ne m’est pas naturel ni commode de l’interpr\u00e9ter en termes d’\u00e9conomie ou de sociologie ou d’urbanisme. Qu’est-ce que j’ai fait ? Peut-\u00eatre quelque chose d’ind\u00e9cis entre une vague ph\u00e9nom\u00e9nologie de la ville et une timide ontologie des lieux. On ne peut pas appeler \u00e7a une \u00ab discipline \u00bb. \u00c7a ne m’emp\u00eache pas d’avoir, comme tout le monde, discern\u00e9 ce qui s\u00e9pare les \u00ab belles \u00bb banlieues (en gros \u00e0 l’ouest de la capitale) des \u00ab ouvri\u00e8res \u00bb (en gros \u00e0 l’est), ni reconnu, au nord et au sud, des modulations et des \u00e9tats mixtes, ni appr\u00e9ci\u00e9 partout des contrastes et des contradictions. Mais il serait difficile de dire \u00e0 qui et \u00e0 quoi mon exemple est utile. Au fond, si j’ai tellement sillonn\u00e9 la r\u00e9gion parisienne, c’est parce qu’elle se trouvait, pour toutes sortes de raisons dues au hasard, \u00e0 port\u00e9e de ma main, de mes yeux, de mes roues ou de mes semelles. Or, je suis en r\u00e9alit\u00e9 un grand veau qui n’aime rien tant que se rouler dans l’herbe des prairies, dans la foug\u00e8re des bois, et t\u00e9ter le lait des n\u00e9buleuses. <\/p>\n\n\n\n

Pour revenir \u00e0 la \u00ab flaque \u00bb, je constate qu’elle s’\u00e9tend sans arr\u00eat, et pas seulement autour de l’agglom\u00e9ration parisienne. Le moindre bourg veut son HLM et sa zone pavillonnaire. Les TGV me semblent une pr\u00e9figuration des RER qui circuleront \u00e0 travers les \u00ab flaques \u00bb de Paris, Lyon, Marseille une fois op\u00e9r\u00e9e leur jonction. Il finira par ne plus y avoir qu’une seule gigantesque conurbation europ\u00e9enne, \u00e0 laquelle \u00e9chapperont quelques zones montagneuses d\u00e9cid\u00e9ment inconstructibles, et des terrains vagues conc\u00e9d\u00e9s aux \u00e9cologistes et aux cultivateurs \u00ab bio \u00bb. \u00c0 moins d’un renversement de la courbe d\u00e9mographique et tel que, d\u00e9j\u00e0, nous aurions b\u00e2ti \u00e0 l’exc\u00e8s. Il se pourrait alors que l’\u00e9trange silence des banlieues que j’ai arpent\u00e9es annonce celui de cet avenir. Mais retrouvera-t-on jamais le silence des nuits habit\u00e9es par la fl\u00fbte des crapauds de muraille et trois ou quatre petites lampes dans le sommeil des coteaux ? Cependant l’\u00eatre humain semble d’une plasticit\u00e9 inusable ; il trouvera sans doute ailleurs son bonheur. Je me rappelle un reportage sur des jeunes des banlieues dites d\u00e9favoris\u00e9es qu’on avait emmen\u00e9s se mettre \u00ab au vert \u00bb. Il fallait voir la t\u00eate qu’ils faisaient en regardant la campagne (ils ne la voyaient pas), et en \u00e9voquant avec une vraie et lourde nostalgie le b\u00e9ton et les gazons jonch\u00e9s de bo\u00eetes de conserve de leur petite patrie. Je serais moi-m\u00eame tragiquement incapable de vivre longtemps \u00e0 la campagne. Vous verriez que je parlerais de la rue Sorbier ou de Bagnolet avec des tremblements dans la voix. C’est le pass\u00e9 qui est notre vraie patrie. <\/p>\n\n\n\n

Mais retrouvera-t-on jamais le silence des nuits habit\u00e9es par la fl\u00fbte des crapauds de muraille et trois ou quatre petites lampes dans le sommeil des coteaux ? <\/p>Jacques r\u00c9da<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Et si vous nous parliez un peu de la rue Sorbier justement, ou de la rue de la Bidassoa, de ces escaliers urbains, de ces vues sur Paris, de ce square si \u00e9trange situ\u00e9, si je ne m’abuse, au-dessus de la petite ceinture (ici litt\u00e9ralement sub-urbaine). Vous \u00e9voquiez tout \u00e0 l’heure ce r\u00eave paradoxal d’une \u00e9tendue de campagne infinie<\/em> et cependant int\u00e9rieure<\/em> \u00e0 la ville. Est-ce que le lieu de ce r\u00eave (et sans doute aussi de ses \u00e9checs ou de ses d\u00e9voiements) n’est pas justement la banlieue, dans toutes ses d\u00e9clinaisons, depuis les faubourgs englob\u00e9s dans la ville jusqu’aux r\u00e9gions plus lointaines o\u00f9 les grandes infrastructures, les gros \u00e9quipements, les lotissements pavillonnaires, les grands ensembles ou les \u00ab villes nouvelles \u00bb sont venus aur\u00e9oler des villages, circonvenir des plaines agricoles, c\u00f4toyer les ex for\u00eats royales ou s’inscrire dans les trac\u00e9s de grands jardins classiques ? On a le sentiment que c’est toujours cette superposition ou cette \u00e9quivoque proprement \u00ab suburbaine \u00bb qui vous aimante, m\u00eame lorsque vous arpentez le c\u0153ur beaucoup plus dens\u00e9ment stratifi\u00e9 et sc\u00e9nographi\u00e9 de la ville. Votre penchant pour les jardins urbains et les gares, pour tous ces lieux o\u00f9 l’on est \u00e0 la fois ici et ailleurs para\u00eet \u00e0 cet \u00e9gard tout \u00e0 fait caract\u00e9ristique. Ne seriez vous pas \u00e0 la recherche, vous aussi, d’une impossible cit\u00e9-jardin<\/em> ? dont la rue Sorbier ou la rue de Bagnolet seraient des fragments r\u00e9alis\u00e9s ? <\/h3>\n\n\n\n

Le fond de la question est peut-\u00eatre celui de notre aptitude \u00e0 vivre en soci\u00e9t\u00e9. Je crois que mon r\u00eave est un r\u00eave de paradis terrestre. Adam \u00e9tait seul dans l’\u00c9den. Ensuite (j’allais dire : beaucoup plus tard, mais je n’en sais rien), Dieu lui adjoint \u00c8ve. Pourquoi \u00c8ve et non plut\u00f4t un autre Adam ? Non pas un semblable un peu ennuyeux mais un copain pour aller \u00e0 la p\u00eache et jouer \u00e0 la belote. On ne peut s’emp\u00eacher de penser que Dieu a d\u00e9j\u00e0 une id\u00e9e en t\u00eate ; ou, si Dieu n’y est pour rien, qu’\u00c8ve na\u00eet dans l’\u00e2me d\u2019Adam comme un r\u00eave et un d\u00e9sir irr\u00e9sistibles. Au point de se transformer en os. Dieu op\u00e8re. Apr\u00e8s l’affaire de l’Arbre, c’est l’humanit\u00e9 qui appara\u00eet avec la famille, ses structures et ses drames. Il me semble qu’Adam a d\u00fb alors encore se mordre les doigts. Finies, les d\u00e9licieuses balades solitaires dans la nature toute vierge, avec une tigresse et une biche famili\u00e8res sur les talons. Il est possible qu’il y ait pour une part dans mon r\u00eave un reflet de mes rapports habituels et originaires avec la r\u00e9alit\u00e9, mais ce que j\u2019y \u00e9prouve, c\u2019est un \u00e9merveillement de voir l\u2019\u00e9tendue b\u00e2tie dispara\u00eetre au profit d\u2019une campagne \u00e9d\u00e9nique. L’impression que la ville cependant demeure plus ou moins autour de cet infini non cernable, c’est probablement la conscience (mauvaise) du peu de cas que je fais \u00e0 ce moment de mon \u00eatre social. Exactement comme dans mes randonn\u00e9es bucoliques : une v\u00e9ritable ivresse des espaces \u2014 for\u00eats, plateaux, collines, prairies, b\u00eates \u2013 avec le d\u00e9grisement du soir qui oblige \u00e0 rallier un coin d’humanit\u00e9 suffisamment civilis\u00e9 pour y d\u00e9couvrir une auberge, un bureau de poste peut-\u00eatre, une pharmacie, une librairie, et pourquoi pas un mail o\u00f9 vont et viennent en se donnant le bras et en c\u00e9dant quelquefois \u00e0 \u00ab la crise \u00bb, les princesses de l’endroit. J’ai ce c\u00f4t\u00e9 \u00ab panique \u00bb, voire un peu faune, n\u00e9glig\u00e9 par ceux qui ne voient que mon c\u00f4t\u00e9 citadin. Mais je ne suis pas un citadin heureux, surtout depuis que j’ai d\u00fb renoncer, pour des raisons diverses (o\u00f9 la SNCF joue un r\u00f4le que je ne lui pardonne pas), \u00e0 un mode de circulation parfaitement adapt\u00e9 \u00e0 ma qu\u00eate d’\u00e9dens provisoires. Alors il est possible que la banlieue, avec son m\u00e9lange, propose une esp\u00e8ce de moyenne, de cote mal taill\u00e9e entre l’aspiration \u00e0 la solitude extasi\u00e9e et le besoin, voire le go\u00fbt (car je suis un peu asocial mais assez sociable), de ce qu’on ne trouve que gr\u00e2ce \u00e0 la vie en soci\u00e9t\u00e9. Ce qui m’\u00e9meut le plus dans les banlieues, ce sont en effet les trou\u00e9es qui laissent croire un instant que ce massif d’arbres, l\u00e0-bas, dissimule lui aussi l’acc\u00e8s au r\u00eave r\u00e9current dont je vous ai parl\u00e9. Puis il y a une certaine douceur d’humanit\u00e9 \u00e0 laquelle je suis tr\u00e8s sensible : des gens qui repeignent un cadre de fen\u00eatre au fond d’une cour, qui arrosent leurs salades dans un jardin, parfois dans un chantier de d\u00e9molitions dont les ouvriers ont su astucieusement et clandestinement exploiter les emprises, pour une saison. <\/p>\n\n\n\n

Alors il est possible que la banlieue, avec son m\u00e9lange, propose une esp\u00e8ce de moyenne, de cote mal taill\u00e9e entre l’aspiration \u00e0 la solitude extasi\u00e9e et le besoin, voire le go\u00fbt (car je suis un peu asocial mais assez sociable), de ce qu’on ne trouve que gr\u00e2ce \u00e0 la vie en soci\u00e9t\u00e9.<\/p>Jacques r\u00c9da<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Et je suis dou\u00e9 d’une forme de sympathie un peu particuli\u00e8re, due sans doute \u00e0 une mani\u00e8re d’incertitude concernant ma propre r\u00e9alit\u00e9, et qui me porte non pas tant \u00e0 imaginer les existences, qu’\u00e0 m’identifier \u00e0 elles jusqu’\u00e0 un certain point. J’ai pass\u00e9 une bonne part de mon temps \u00e0 dire cela mieux et avec plus de pr\u00e9cision dans mes livres ; c’est toujours un peu d\u00e9primant de se r\u00e9p\u00e9ter. Il faudrait d’ailleurs tenir compte de cet espace tr\u00e8s singulier, qui n’est ni la ville ni la campagne ni la banlieue mais… la page, et qui est le v\u00e9ritable site o\u00f9 j’\u00e9volue sur ce v\u00e9hicule de transport en commun qu’est le langage, en le bricolant et le d\u00e9tournant \u00e0 des fins complexes et un peu \u00e9nigmatiques. Parlons plut\u00f4t de ce quartier en effet attrayant qui se situe entre le boulevard de M\u00e9nilmontant et la rue des Pyr\u00e9n\u00e9es. J’en ai d\u00e9crit plusieurs aspects dans La Libert\u00e9 des rues<\/em> et Le Citadin<\/em> ; on le retrouve dans un texte d’Accidents de la circulation<\/em> \u00e0 para\u00eetre au d\u00e9but de l’ann\u00e9e prochaine. Je ne ch\u00f4me pas. Oui, la rue Sorbier et la rue de la Bidassoa, la rue Boyer et toutes les transversales : rue des Pl\u00e2tri\u00e8res, rue Laurence-Savart, l’escalier de la rue d’Annam… C’est plein de \u00ab trou\u00e9es \u00bb que j’aime aller revoir, mais la magie perd de son pouvoir avec l’accoutumance, et il faudrait sans cesse aller ailleurs, alors qu’il existe des lieux champ\u00eatres o\u00f9, comme Adam avant la faute, je crois que je pourrais passer l’\u00e9ternit\u00e9. Le square de la rue de la Bidassoa est quand m\u00eame des plus \u00e9tranges, vous avez raison. Il y est fait allusion d\u00e9j\u00e0 dans Les Ruines de Paris<\/em>, et j’y retourne fr\u00e9quemment surtout quand les grands acacias, gleditschias et vernis du Japon sont en feuilles ou en fleurs. Il s’y r\u00e9alise quelque chose de myst\u00e9rieux qu’on ne rencontre que dans les images po\u00e9tiques, comme celle du salon au fond d’un lac de Rimbaud. Le chemin de fer de ceinture, de fait, passe au-dessous. \u00c0 six heures du soir, le square se vide. Il n’y a plus qu’un ou deux vieux m\u00e9lancoliques, et parfois une grappe de petites n\u00e9gresses qui rigolent sur un banc et discutent avec une pointe de l’accent de Belleville. Je songe \u00e0 ce que remueront plus tard ces arbres et ce silence dans leurs souvenirs. Je m’en souviens avant elles. Je sais qu’il y en a une qui va se faire engueuler parce qu’elle aura oubli\u00e9 d’acheter le pain. <\/p>\n\n\n\n

\u00c0 propos de souvenirs (et en tant \u00ab qu’\u00e9criveur \u00bb), que pensez-vous de l’image du palimpseste<\/em> souvent utilis\u00e9e aujourd’hui pour \u00e9voquer l’\u00e9paisseur du territoire lui-m\u00eame ? <\/h3>\n\n\n\n

Avec cette notion de \u00ab palimpseste \u00bb, se repose \u00e0 moi le probl\u00e8me de la description. \u00c0 quoi bon d\u00e9crire, en effet, si l’on ne d\u00e9crit pas tout (au moins le tout de tel ou tel endroit qu’on a retenu), ou si l’on ne d\u00e9crit pas en se fondant sur une th\u00e9orie qui applique, sur ce qu’on appelle la r\u00e9alit\u00e9, une sorte de grille d\u00e9signant \u00e0 l’avance ce qu’il y a lieu de d\u00e9crire, voire comment. Et alors on d\u00e9crit surtout la th\u00e9orie, mais cela n’appara\u00eet pas forc\u00e9ment tout de suite. On peut \u00e9galement s’imaginer qu’on d\u00e9crit en toute libert\u00e9, alors qu’on utilise sans le savoir (ou sans trop le savoir) une th\u00e9orie. Ou bien c’est elle qui insidieusement nous conduit. Il existe d’adroits d\u00e9nonciateurs de cette illusion de libert\u00e9 descriptive, mais qui parfois se servent eux aussi d’une th\u00e9orie pour d\u00e9noncer. Des th\u00e9ories et des \u00e9poques, ou bien des th\u00e9ories d’\u00e9poque : on ne d\u00e9crit plus aujourd’hui comme au temps de Lamartine, de Boileau, du Roman de la Rose<\/em>, etc. Mais, me direz-vous, pourquoi d\u00e9crire ? Il me semble qu’on d\u00e9crit toujours, m\u00eame d’un point de vue litt\u00e9raire assez strict. Les romanciers d\u00e9crivent des situations et des caract\u00e8res (voire des boutons de porte, comme on l’a dit du \u00ab nouveau roman \u00bb) ; les philosophes d\u00e9crivent des processus d’id\u00e9es ; les po\u00e8tes romantiques d\u00e9crivent leurs sentiments ; les surr\u00e9alistes, des r\u00eaves ou les sautes du \u00ab continu \u00bb mental. Gr\u00e2ce \u00e0 la m\u00e9taphore, la po\u00e9sie (ou ce qui entre dans sa mouvance) obtient des raccourcis ou des comprim\u00e9s de description. Mais il y a un d\u00e9mon qui pousse moins au rapt qu’\u00e0 l’enveloppement plus ou moins patient d’une r\u00e9alit\u00e9 dans son site et dans sa dur\u00e9e. On voudrait saisir le pr\u00e9sent et le prolonger. Or le pr\u00e9sent n\u2019a presque pas d’existence. Il ne prend vraiment consistance que refroidi, pass\u00e9. C’est pourquoi toutes les descriptions en quelque fa\u00e7on \u00ab datent \u00bb (ce qui ne signifie pas qu’elles perdent leur charme ni m\u00eame leur int\u00e9r\u00eat : elles font partie en un sens du pr\u00e9sent o\u00f9 on les d\u00e9couvre et peuvent faire \u00e0 leur tour l’objet d’une description) soit parce que plus rien de tr\u00e8s s\u00fbr ne les rattache \u00e0 un mod\u00e8le disparu, soit (ou en outre, parce qu’on a d\u00e9crit ce mod\u00e8le avec des moyens bient\u00f4t p\u00e9rim\u00e9s, y compris certains moyens de langage. <\/p>\n\n\n\n

Conna\u00eetre l’histoire des lieux qu’on d\u00e9crit a une grande importance, puisqu’ils ne sont devenus tels qu’on les voit qu’avec le temps, \u00e0 la suite de toutes sortes d’interventions humaines. <\/p>Jacques r\u00c9da<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

On peut donc supposer que plus la description sera vari\u00e9e et profonde dans ses approches, plus elle aura de chances d\u2019\u00eatre juste et de durer. Conna\u00eetre par exemple l’histoire des lieux qu’on d\u00e9crit a une grande importance, puisqu’ils ne sont devenus tels qu’on les voit qu’avec le temps, \u00e0 la suite de toutes sortes d’interventions humaines. Sous les pav\u00e9s, on trouve rarement la plage tout de suite mais (surtout dans nos vieux continents) d’autres pav\u00e9s cachant un chemin de cailloux qui en cache un autre de terre battue. C’est un premier aspect du palimpseste dont vous parliez. Mais sous le plus ancien des chemins rep\u00e9rable, il y a encore le r\u00e9sultat du travail anonyme et chiffrable en myriades de si\u00e8cles des sols. Ce qui rend les descriptions de Julien Gracq si merveilleusement vivantes, c\u2019est la parfaite int\u00e9gration po\u00e9tique de ses connaissances d\u2019historien, de g\u00e9ographe, de g\u00e9ologue, au dessin en quatre dimensions et en couleurs des paysages qu’il a parcourus. Je ne sais trop si c’est ce que j’envie, ou le coup de plume foudroyant et souple de Cingria d\u00e9crivant la d\u00e9marche d’un chat dans un pr\u00e9sent vibrant sur un fond o\u00f9 revit l\u2019Assyrie. On n’est jamais assez savant, dans une t\u00e2che o\u00f9 tout l’art consiste \u00e0 faire un usage judicieux et inattendu (parce que la surprise est instructive) de son savoir. En ce qui me concerne, je ne risque pas d’\u00eatre \u00e9touff\u00e9 par le poids de mes connaissances. Non que j’en sois tout \u00e0 fait d\u00e9pourvu, mais elles sont le plus souvent comme frapp\u00e9es d’interdit par le spectacle des choses. Ce qui me requiert est sans doute le ph\u00e9nom\u00e8ne de l’apparition, qu’il s’agisse d’une montagne, d’une touffe d’herbe, d’un clocher roman, d’un visage, d’un son, d’une odeur, d’une baraque de banlieue ou du malheureux massif architectural de la D\u00e9fense (que je suis all\u00e9 revoir aujourd’hui, pour mon inauguration personnelle et tardive du tramway Val de Seine). Mais si mon savoir ne m’encombre pas (et \u00e0 quoi bon le ramener<\/em> s’il n’apporte rien de plus aux sp\u00e9cialistes), j’ai beaucoup plus de mal \u00e0 brider le petit personnage remuant qui, en moi, r\u00e9agit constamment aux sollicitations anecdotiques, et s’amuse, se f\u00e2che, ironise ou s’\u00e9meut l\u00e0 o\u00f9 il faudrait toute la gravit\u00e9 (mais aussi l’immobilit\u00e9, peut-\u00eatre jusqu’\u00e0 la paralysie) qu’appelle ce ph\u00e9nom\u00e8ne tout \u00e0 fait sid\u00e9rant, convaincant et incompr\u00e9hensible de l’apparition ; Je dirais encore que feuilleter le palimpseste, si l’on veut aller jusqu’au bout, pourrait nous entra\u00eener beaucoup plus loin que les vestiges arch\u00e9ologiques et que les ab\u00eemes de la g\u00e9ologie. On toucherait \u00e0 la constitution m\u00eame de la mati\u00e8re, qui est pour nous le support imm\u00e9diat et \u00ab naturel \u00bb de toute \u00ab r\u00e9alit\u00e9 \u00bb. On bascule alors dans une sorte de m\u00e9taphysique tellement subtile, r\u00e9tive, complexe, que \u2013 si j’ai bien compris, car je suis le contraire d’un savant dans ce domaine \u2013 seule l’abstraction math\u00e9matique permet d’en prendre un aper\u00e7u. <\/p>\n\n\n\n

J’y pense, pourtant, quand je contemple un mur, une rivi\u00e8re, n’importe quoi. Mais c’est encore certainement une pens\u00e9e d’\u00e9poque, et nous ignorons quelles seront les th\u00e9ories scientifiques de la nature des choses dans cinquante ou mille ans. \u00c0 moins de croire que \u00ab le monde \u00bb a \u00e9labor\u00e9 ou choisi notre cerveau pour se penser, on ne voit pas comment ce morceau de monde pourrait prendre, vis-\u00e0-vis de lui, la distance d’objectivit\u00e9 qu’on associe \u00e0 toute saine m\u00e9thode de connaissance. Il y a dans tout cela, m\u00eame dans la mort (car dispara\u00eetre, \u00e0 mesure que s’approche l’\u00e9ch\u00e9ance, devient \u2013 n’\u00e9taient la souffrance et la d\u00e9gradation qui souvent pr\u00e9c\u00e8dent \u2013 un autre ph\u00e9nom\u00e8ne du plus extraordinaire int\u00e9r\u00eat : je dirais que ce qui me frappe, de plus en plus, n’est pas qu’il soit in\u00e9vitable de dispara\u00eetre mais que nous en soyons capables<\/em>), dans tout cela, donc, il y a une esp\u00e8ce d’humour fantastique. Tourn\u00e9e la derni\u00e8re page du palimpseste, on ne peut m\u00eame pas avancer qu’il n’y a rien : simplement, il n’y a pas de derni\u00e8re page parce qu’il n’y a pas de fond, ni d’apparences, mais diff\u00e9rents niveaux de l’apparition. <\/p>\n\n\n\n

Vous parliez tout \u00e0 l’heure de la page comme d’un analogue du territoire, et puis vous avez \u00e9voqu\u00e9 Cingria, Gracq, Verhaeren… Est-ce que vous pourriez nous en dire un peu plus sur ces confr\u00e8res que vous croisez sur le territoire de la litt\u00e9rature ? Vous avez consacr\u00e9 des textes voire des livres \u00e0 certains d’entre eux, \u00e0 Cingria en particulier, et ils apparaissent aussi dans vos promenades, parfois, au d\u00e9tour d’une rue ou d’une r\u00e9flexion, assez discr\u00e8tement d’ailleurs, comme si vous faisiez attention \u00e0 ne pas vous marcher sur les pieds. (Vous \u00e9crivez quelque part de tel coin de Paris \u00ab o\u00f9 la litt\u00e9rature est d\u00e9j\u00e0 pass\u00e9e \u00bb, que cela \u00ab dispense de s’attarder \u00bb.) Est-ce que vous pourriez dresser une petite carte de ces affinit\u00e9s \u00e9lectives, y compris parmi vos contemporains, si vous vous en connaissez ?<\/h3>\n\n\n\n

Je suis d’un caract\u00e8re facilement influen\u00e7able, d\u00e9faut corrig\u00e9 plus ou moins par l’effet superficiel et peu durable des influences qui se succ\u00e8dent, se chassent les unes les autres ou s’additionnent pour s’amalgamer avec quelque chose qui doit \u00eatre de mon fond. Je ne dig\u00e8re pas tout ce qu’elles apportent et me suis souvent d\u00e9livr\u00e9 consciemment de leur part inassimilable en pratiquant l’imitation. C’est un trait qui ne vaut pas que pour l’aspect litt\u00e9raire du personnage, mais restons-en \u00e0 cet aspect. Mes lectures, mes affinit\u00e9s, mes go\u00fbts et par cons\u00e9quent les influences que j’ai subies sont nombreux et tr\u00e8s \u00e9clectiques. Ceux qu’on pourrait regarder (prudemment, partiellement) comme des \u00ab \u00e9crivains de la ville \u00bb ou, plus sp\u00e9cifiquement encore, des \u00ab \u00e9crivains de Paris \u00bb n’ont pas compt\u00e9 – je crois \u2014 plus que les autres, plut\u00f4t moins. On me consid\u00e8re volontiers comme un descendant de Fargue, alors que le premier de mes livres qu’on situe \u00e0 tort ou \u00e0 raison dans sa mouvance (Les Ruines de Paris<\/em>), a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit de 1974 \u00e0 1976, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 je n’avais pas lu Le Pi\u00e9ton de Paris<\/em> et o\u00f9, n’ignorant pas son existence, je me suis bien gard\u00e9 de l’ouvrir. De m\u00eame pour le tr\u00e8s bon Paris<\/em> de Follain, dont je me sens d’ailleurs plus proche que de celui de Fargue. Pour Baudelaire, \u00e9videmment, le cas est plus complexe. Mais je sais qu’en \u00e9crivant les tout premiers textes des Ruines de Paris<\/em> (en me fixant pour la premi\u00e8re fois, dans ce domaine voisin du po\u00e8me en prose, un programme th\u00e9matique d\u2019assez longue haleine encore qu’intermittent), le seul mod\u00e8le id\u00e9al que j’avais en t\u00eate \u00e9tait Connaissance de l’Est<\/em> de Claudel, un des rares livres dont je puis dire qu’il n’a gu\u00e8re quitt\u00e9 mon chevet depuis plus de cinquante ans. Je me trompe peut-\u00eatre sur les processus et les r\u00e9sultats de ma propre chimie : Les Ruines de Paris<\/em> n’ont a priori rien de tr\u00e8s claud\u00e9lien. Mais c’est \u00e0 discuter au sujet d’une part assez importante du livre, celle qui se tourne vers les paysages de campagnes, g\u00e9n\u00e9ralement d’ailleurs vus d’un train. Plus tard, gr\u00e2ce \u00e0 des habitudes de circulation diff\u00e9rentes, je pense avoir autant que je le pouvais supprim\u00e9 cette vitre en roulant ou en stationnant au c\u0153ur m\u00eame du \u00ab motif \u00bb. Il me semble que j’ai cherch\u00e9 \u00e0 modeler une sorte d’orographie de ma prose, non dans un but imitatif, mais pour tenter d’exprimer le mouvement int\u00e9rieur que provoque celui du territoire. Les reliefs sont des \u00e9motions. En ce sens, l’orographie urbaine m’appara\u00eet comme une suite d’accidents aussi \u00ab naturels \u00bb que ceux des collines, vall\u00e9es, montagnes, plateaux. Je les \u00ab lis \u00bb tous un peu de la m\u00eame mani\u00e8re, dans le texte encore sans mots qu’ils impriment \u00e0 travers mon regard. D’o\u00f9 (en outre justifi\u00e9e par l’existence de sp\u00e9cialistes qui se chargent \u00e0 la perfection de cette t\u00e2che) mon indiff\u00e9rence relative mais certaine (et s\u00fbrement regrettable) \u00e0 l’\u00e9gard de ce qui n’est pas le contact brut et g\u00e9n\u00e9rateur d’\u00e9motion avec les ph\u00e9nom\u00e8nes. Il faut comprendre aussi que j’ai \u00e9t\u00e9 d’abord et que je suis rest\u00e9 dans une large mesure un lecteur et auteur de po\u00e9sie, c’est-\u00e0-dire de po\u00e8mes. J’ai bien d\u00fb lire trois fois, par exemple, La Chartreuse de Parme<\/em>, L’\u00c9ducation sentimentale<\/em>, ou Guerre et Paix<\/em>. Eh bien je serais incapable de vous en r\u00e9sumer l’histoire (mais vous la connaissez) ou de vous en citer facilement les principaux personnages. Alors que je garde en m\u00e9moire des centaines de vers de Virgile, d\u2019Ovide, de Marot, de du Bellay, La Fontaine, Vigny, Baudelaire, Mallarm\u00e9, Val\u00e9ry, Toulet et quantit\u00e9 d’autres. Je retiens encore ais\u00e9ment des morceaux de prose dont la texture est assez comparable, par sa densit\u00e9, \u00e0 celle des vers \u00ab classiques \u00bb. C’est le cas de Claudel, que d’ailleurs je peux relire et relire sans plus m’en lasser que de certains paysages o\u00f9 se renouvelle en permanence le miracle du mouvement qui les soul\u00e8ve et de la puissante pr\u00e9sence qui les assoit. On trouve parfois quelque chose d’identique chez Cingria, mais on y aime aussi un g\u00e9nie qui para\u00eet le guider par des caprices n\u00e9cessaires \u00e0 sa libert\u00e9 inventive et comique de langage, d’intelligence et de vision. Cingria semble s’\u00eatre d\u00e9peint lui-m\u00eame dans le passage final du Comte des formes<\/em> qui c\u00e9l\u00e8bre les fontaines de Rome. Si je dis que personne n’a mieux \u00e9crit des villes que lui (mais aussi de la montagne, de la banlieue, des chats, des couleuvres, des locomotives, du plain-chant, de la bicyclette, du thomisme, de Trotsky, des mus\u00e9es de province, des vieilles dames russes, de Rimbaud, de la reine Berthe, du prix des timbres, de l’architecture, de tout), c’est surtout parce que, plus encore que je ne l’admire (j’admire aussi Thucydide et Faulkner, Proust et Ponge, Beckett et Ronsard, Borges et Racine, Montaigne et Dante, Shakespeare et Hom\u00e8re, etc.), sa lecture m’est aussi indispensable que le fait d’avoir \u00e0 me nourrir. Mais comme je suis un animal litt\u00e9raire omnivore, je ne peux pas me passer davantage de quelques autres auteurs dont la plupart sont des po\u00e8tes que je connais parfois presque en entier par c\u0153ur et que j’oublie pour pouvoir les r\u00e9apprendre, comme Toulet. Or entre Cingria et Toulet, Faulkner et La Fontaine, on peut estimer qu’il y a une sorte d’ab\u00eeme, mais il y en a un aussi entre le Causse M\u00e9jean ou le bocage et la place des Vosges ou la petite bolge d’enfer suburbain de Galli\u00e9ni. J’aime peut-\u00eatre moins ce qu’on appelle la \u00ab r\u00e9alit\u00e9 \u00bb ou \u00ab la vie \u00bb, que la litt\u00e9rature qui augmente mon sentiment de la vie et de la r\u00e9alit\u00e9. Vous me priez de citer pour finir quelques proches contemporains d\u00e9j\u00e0 inscrits dans mon paysage ou ma vaste agglom\u00e9ration de lectures. Je crains d’en oublier. Laissant \u00e0 regret de c\u00f4t\u00e9 tous ceux que j’esp\u00e8re avoir honor\u00e9s dans La Sauvette<\/em> (po\u00e8tes presque tous), ainsi que beaucoup de mes conscrits dans une g\u00e9n\u00e9ration toujours sur la br\u00e8che, permettez-moi de m’en tenir \u00e0 une seule et unique recommandation (car Bergounioux, Mac\u00e9, Michon, cela va de soi, je suppose) : celle de lire le roman La Vraie<\/em>, de Dominique Pagnier. Je voudrais encore r\u00e9parer une omission f\u00e2cheuse, \u00e0 propos des \u00ab \u00e9crivains de Paris \u00bb qui m’enchantent, en nommant Henri Calet. <\/p>\n\n\n\n

Vous \u00eates par ailleurs plus qu’un amateur, un vrai sp\u00e9cialiste de jazz. Quel rapport la musique entretient-elle chez vous avec l’\u00e9criture et la promenade ? <\/h3>\n\n\n\n

Je ne peux gu\u00e8re une fois de plus que me r\u00e9p\u00e9ter, \u00e0 propos d’un sujet qui m’est familier depuis environ cinquante-cinq ans, et sur lequel j’ai commenc\u00e9 de m’exprimer en 1963 de fa\u00e7on r\u00e9guli\u00e8re et mensuelle <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Je suis m\u00eame en un sens maintenant plus vieux que le jazz que j’ai d\u00e9couvert dans la seconde phase de sa vie adulte, ne m’ en r\u00e9jouis pas. Son parcours est aussi boucl\u00e9 que celui de la po\u00e9sie courtoise ou de la trag\u00e9die racinienne. Reste qu’on peut lire encore avec plaisir Racine ou Bertrand de Born, voire \u00e9crire un sirvent\u00e8s ou des alexandrins dialogu\u00e9s \u00e0 rimes plates sur le th\u00e8me de B\u00e9r\u00e9nice<\/em>. C’est ce que font aujourd’hui les musiciens de jazz qui ne peuvent que se couler, selon leurs go\u00fbts et leur temp\u00e9rament, dans les traces de Johnny Dodds ou Coleman Hawkins, Lester Young ou Charlie Parker, John Coltrane ou \u00c9ric Dolphy, Albert Ayler, etc. C’est-\u00e0-dire dans le giron rassurant de tel ou tel moment pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 de l’histoire du jazz qui, en tant que processus historique d\u00e9sormais accompli, ne permet que des r\u00e9it\u00e9rations parfois surprenantes ou admirables, mais non un pas de plus en avant. Ce pas sort fatalement du jazz pour entrer dans un domaine tr\u00e8s vaste que par int\u00e9r\u00eat ou commodit\u00e9 on continue d’appeler \u00ab jazz \u00bb, mais qui ressortit \u00e0 ces \u00ab musiques nouvelles \u00bb ou \u00ab musiques improvis\u00e9es \u00bb utilisant<\/em> des traits du jazz et non moins volontiers ceux de tels folklores ou traditions plus ou moins exotiques. C’est peut-\u00eatre le d\u00e9but confus de quelque chose qui n’a pas encore vraiment de nom. Cela ne signifie pas que le jazz est \u00ab mort \u00bb ou tomb\u00e9 en d\u00e9su\u00e9tude, car le mouvement qui a port\u00e9 sa trajectoire survit \u00e0 l’interruption naturelle de son parcours. C’est le mot \u00ab swing \u00bb qui d\u00e9signe le caract\u00e8re essentiel de ce mouvement. On pourrait dire que m\u00eame une interpr\u00e9tation de jazz compl\u00e8tement rat\u00e9e atteint cependant un niveau de swing \u00e9gal \u00e0 0,1 \u2013 tandis qu’une interpr\u00e9tation qui ne r\u00e9unit pas les conditions m\u00e9lodiques, harmoniques et surtout rythmiques sans lesquelles le swing ne saurait se produire, n’a aucune raison d’\u00eatre appel\u00e9e du jazz. Et \u00e7a n’a bien s\u00fbr qu’une importance toute relative. Je n’aime pas que le jazz <\/span>3<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Mais il n’y a que le jazz qui puisse me donner ce qui pr\u00e9cis\u00e9ment le constitue, c’est-\u00e0-dire le swing, en tant que m\u00e9tamorphose en danse du mouvement de la marche (ce qu’on appelle en gros le \u00ab rock \u00bb n’est avec tous ses d\u00e9riv\u00e9s qu’un avatar \u2013 accessoire, un peu t\u00e9ratologique et sans destin – du jazz). <\/p>\n\n\n\n

Mais il n’y a que le jazz qui puisse me donner ce qui pr\u00e9cis\u00e9ment le constitue, c’est-\u00e0-dire le swing, en tant que m\u00e9tamorphose en danse du mouvement de la marche.<\/p>Jacques r\u00c9da<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

La plupart des grandes \u0153uvres du jazz reposent sur un tempo qui peut osciller de celui d’un pas tr\u00e8s vif \u00e0 l’allure d’une promenade (le parangon absolu \u00e0 cet \u00e9gard me semblant \u00eatre Body and soul<\/em> de Coleman Hawkins). Est-ce que je danse quand je marche ? Est-ce que mon pied d’appui accuse plus particuli\u00e8rement le temps faible, comme pour essayer de swinguer ? Quelquefois peut-\u00eatre… Mais j’en viens au rapport fondamental qui existe entre le blues, structure \u00e0 la fois close et ouverte (sur le retour de son propre cercle), et le swing qu’elle a quand m\u00eame d\u00e9livr\u00e9, ou qui s’en est d\u00e9gag\u00e9 pour aller de l’avant sur une ligne apparemment et \u00e0 l’infini droite, mais qui comme toutes les lignes droites a suivi une courbe parabolique (historique, esth\u00e9tique, technique) jusqu’\u00e0 compl\u00e8te r\u00e9solution. Puis, en d\u00e9finitive, cet infini horizontal trompeur a pris une dimension verticale et supra-historique o\u00f9 planent et rayonnent, avec tant de chefs-d’\u0153uvre homologu\u00e9s, tous les moments qui les ont pr\u00e9par\u00e9s, accompagn\u00e9s ou rendus possibles. C’est pourquoi l’univers limit\u00e9 du jazz garde pour moi quelque chose d’in\u00e9puisable, quand ce ne serait que la r\u00e9p\u00e9tition toujours diff\u00e9rente d’un de ces moments (et, par exemple, tel solo de Benny Carter que, pour la milli\u00e8me fois sans doute, j’ai encore r\u00e9\u00e9cout\u00e9 trois ou quatre fois de suite ce matin). Mais ce qui est vraiment in\u00e9puisable, c’est ce rebondissement a\u00e9rien du pas qui \u00e9pouse pourtant franchement le sol, m\u00eame quand il semble s’en affranchir avec la foul\u00e9e de Lester Young.Le jazz est ainsi pour moi une le\u00e7on permanente de philosophie et de po\u00e9tique. Je ne dis pas un mod\u00e8le pour mes propres petits travaux. On m’a souvent demand\u00e9 si je me livrais \u00e0 des \u00ab improvisations d’\u00e9criture \u00bb (comme si l’improvisation \u00e9tait quelque chose d’oppos\u00e9 radicalement \u00e0 la composition), ou si je cherchais \u00e0 \u00ab swinguer \u00bb en \u00e9crivant ! Je crois que ma filiation rythmique me rattache plus directement \u00e0 Racine qu’\u00e0 Duke Ellington, \u00e9tant d’autre part entendu que les po\u00e8tes de langue anglaise les moins suspects d’avoir pu s’inspirer du jazz (Wordsworth, par exemple) ont plus de chance de \u00ab swinguer \u00bb pour notre oreille que nos po\u00e8tes modernes les plus syncop\u00e9s. Il est vrai que j’ai sugg\u00e9r\u00e9 qu\u2019un swing furtif du vers classique \u00e9tait peut-\u00eatre d\u00e9celable dans la position adroite ou miraculeuse des e muets. Mais ce sont l\u00e0 des rapprochements superficiels ou anecdotiques. Il y a certains quartiers de Paris o\u00f9, quand j’y circule, les massifs des chemin\u00e9es me semblent se dresser l’un apr\u00e8s l’autre au soleil avec la pr\u00e9cision \u00e9clatante des \u00ab sections \u00bb de Jimmie Lunceford… Presque toujours en marchant je sifflote ou chantonne. Pas forc\u00e9ment le blues ou Rockin\u2019in rhythm<\/em>. J’ai un assez vaste et assez curieux r\u00e9pertoire. Ainsi je me demande qui, aujourd’hui, \u00e0 part moi, dans ces rues, se souvient encore int\u00e9gralement de l’office des Complies ou de La Protestation des chasseurs \u00e0 pied<\/em>… J’ai \u00e9galement un faible pour ce blues ellingtonis\u00e9 o\u00f9 un passant, qui \u00e9num\u00e8re un peu m\u00e9lancoliquement ses modestes rencontres, conclut chaque strophe par I guess I’m just a lucky so-and-so<\/em>. C’est une forme d’optimisme face \u00e0 notre disparition entre les tentacules infatigables de la ville.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"

Jacques R\u00e9da, l’immense po\u00e8te de Paris, vient de mourir.<\/p>\n

\u00c0 travers ses promenades urbaines, suburbaines et campagnardes, il savait dresser le portrait des lieux qu\u2019il avait rencontr\u00e9s comme s’ils \u00e9taient autant de personnages. Le jazz, la danse, le rythme ne se tenant jamais loin de sa r\u00eaverie promen\u00e9e… comme une mani\u00e8re de survivre ou d’accepter \u00ab  notre disparition entre les tentacules infatigables de la ville.  \u00bb<\/p>\n

Un entretien \u00e9tincelant, \u00e0 relire aujourd’hui.<\/p>\n","protected":false},"author":2877,"featured_media":154212,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"templates\/post-interviews.php","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_trash_the_other_posts":false,"footnotes":""},"categories":[3565],"tags":[],"geo":[1917],"class_list":["post-152763","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-in-memoriam","staff-sebastien-marot","geo-europe"],"acf":[],"yoast_head":"\nLe po\u00e8te de Paris : Jacques R\u00e9da (1929-2024) | Le Grand Continent<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2024\/09\/30\/lenveloppement-et-lapparition-une-conversation-avec-jacques-reda\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Le po\u00e8te de Paris : Jacques R\u00e9da (1929-2024) | Le Grand Continent\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Jacques R\u00e9da, l'immense po\u00e8te de Paris, vient de mourir. \u00c0 travers ses promenades urbaines, suburbaines et campagnardes, il savait dresser le portrait des lieux qu\u2019il avait rencontr\u00e9s comme s'ils \u00e9taient autant de personnages. 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