{"id":151551,"date":"2022-07-28T07:00:00","date_gmt":"2022-07-28T05:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=151551"},"modified":"2022-07-29T00:31:49","modified_gmt":"2022-07-28T22:31:49","slug":"cette-riviere-cest-nous-cest-notre-identite-une-conversation-avec-yuvelis-natalia-morales-blanco","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/07\/28\/cette-riviere-cest-nous-cest-notre-identite-une-conversation-avec-yuvelis-natalia-morales-blanco\/","title":{"rendered":"\u00ab Ce fleuve, c’est nous, c’est notre identit\u00e9 \u00bb, une conversation avec Yuvelis Natalia Morales Blanco"},"content":{"rendered":"\n
L’une des principales raisons qui me motivent \u00e0 faire cela, m\u00eame si on veut me tuer en permanence, est que je viens d’un pays biodivers, immense, beau et merveilleux comme la Colombie <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Il y a beaucoup de paysages surr\u00e9alistes que j’ai eu l’occasion de conna\u00eetre, il y a des gens merveilleux, les Colombiens sont sympathiques, nous sommes des gens bien et nous aimons offrir ce soutien et cette main tendue \u00e0 quiconque. Je suis originaire de Puerto Wilches, c’est la municipalit\u00e9 de Santander qui a le plus d’eau. Nous avons le fleuve Magdalena, qui est le plus grand fleuve de Colombie et ce n\u2019est pas seulement un fleuve, c’est une fronti\u00e8re inimaginable de nos r\u00eaves et de ce que nous pouvons r\u00e9aliser avec ceux-ci. Ce fleuve c’est nous, c’est notre identit\u00e9. Je viens d’un d\u00e9partement de montagnes, mais je suis originaire d’une r\u00e9gion fluviale et c’est pourquoi je parle un peu avec l\u2019accent des c\u00f4tes et ce fleuve m’a fait comme il a fait les Wilchenses pendant des si\u00e8cles. C’est notre identit\u00e9 et c’est nous-m\u00eames qui construisons la soci\u00e9t\u00e9 et la paix avec nos histoires. Bien que la lutte ait \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s dure, m\u00eame si elle m’a co\u00fbt\u00e9 mon enfance et mon adolescence et m\u00eame si elle a co\u00fbt\u00e9 la vie \u00e0 d’autres, c’est pour cela que nous le faisons, c’est parce que nous sommes nous-m\u00eames, nous sommes nous-m\u00eames en train de nous battre pour nos r\u00eaves et pour notre m\u00e8re, qui est l’eau et notre vie.<\/p>\n\n\n\n\n\n J’ai toujours \u00e9t\u00e9 comme \u00e7a. Je crois que nous sommes tous des militants, m\u00eame si on n’a pas de cam\u00e9ras \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de soi. Nous sommes tous des personnes qui nous d\u00e9fendons et nous battons. Je viens d’une municipalit\u00e9 o\u00f9 la gu\u00e9rilla et le conflit arm\u00e9 nous ont maintenus pendant des ann\u00e9es dans la peur. Mes grands-parents ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9plac\u00e9s par la gu\u00e9rilla des FARC, comme beaucoup de gens \u00e0 Wilches. Et un jour, les gens en ont simplement eu assez d’avoir peur et de nouvelles r\u00e9bellions sont n\u00e9es et, bien que ces personnes aient \u00e9t\u00e9 tu\u00e9es ces derni\u00e8res ann\u00e9es, d’une mani\u00e8re ou d’une autre, elles renaissent en nous. D\u00e8s mon enfance, je me souviens que ma m\u00e8re me disait de ne pas faire cela ou de ne pas parler de cette mani\u00e8re, car il y a aussi le pr\u00e9jug\u00e9 selon lequel une femme doit parler doucement, ne pas dire des gros mots. <\/p>\n\n\n\n Nous, les femmes, avons \u00e9t\u00e9 tellement opprim\u00e9es pendant des ann\u00e9es par le machisme qu’aujourd’hui, il n’est m\u00eame plus n\u00e9cessaire que les hommes exercent leur machisme sur les femmes car, malheureusement, nous exer\u00e7ons aussi notre violence sur les autres femmes. Et cela arrive souvent dans ma r\u00e9gion, o\u00f9 on nous dit souvent ce qu’il faut penser, ce qu’il faut faire ou comment s’habiller. Mon plus grand acte de r\u00e9bellion a \u00e9t\u00e9 de dire \u00e0 ma m\u00e8re, un jour o\u00f9 j’avais environ 10 ans, que je ne voulais pas me lisser les cheveux. Je pense que c’est un m\u00e9lange de tout cela qui a explos\u00e9 en 2017 quand, \u00e0 Puerto Wilches, ils nous ont dit qu’ils allaient faire du fracking et que nous ne pouvions rien dire. Ma r\u00e9action a \u00e9t\u00e9 : \u201cComment se fait-il que je ne puisse rien dire ?\u201d Pendant des ann\u00e9es, on m’a dit que je ne pouvais rien dire. Le moment \u00e9tait venu d’intervenir, m\u00eame si c’\u00e9tait un peu imprudent sur le moment, car ils allaient nous tuer. Nous avons eu une r\u00e9union simple et directe de jeunes gens d\u00e9sireux de faire quelque chose. On nous a alors dit que nous n’avions rien \u00e0 faire l\u00e0 parce qu’ils allaient nous tuer. Et il \u00e9tait irresponsable \u00e0 l’\u00e9poque de dire \u00ab laissez-les nous tuer \u00bb. Dans cette ville, des gens sont tu\u00e9s tous les jours et personne ne s’en soucie. La violence existe depuis des ann\u00e9es, elle fait partie de nous et la mort s’est normalis\u00e9e. Si vous vous faites tuer, c’est de votre faute. <\/p>\n\n\n\n Dans cette ville, des gens sont tu\u00e9s tous les jours et personne ne s’en soucie. La violence existe depuis des ann\u00e9es, elle fait partie de nous et la mort s’est normalis\u00e9e. Si vous vous faites tuer, c’est de votre faute.<\/p>Yuvelis Natalia Morales Blanco<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Si un homme vous frappe, c’est votre faute parce que vous \u00eates une femme et que vous avez fait quelque chose de mal. Et \u00e0 partir de 2017, nous avons dit \u201c\u00e7a suffit\u201d, ce n’est pas juste de nous dire toujours comment nous comporter et ce n’est pas juste de vouloir nous enlever le fleuve. Et cela a surpris tout le monde, parce que c’\u00e9tait moi, une jeune femme de Wilchens, comme n’importe qui d’autre, qui disais \u00e0 tout le monde, au gouvernement : \u00ab J’en ai assez que vous me maltraitiez, que vous m’utilisiez, que vous me fassiez mal et que vous m’abandonniez. J’ai juste besoin que tu retires ton pied de ma t\u00eate et que tu me laisses respirer, ce dont j’ai besoin c’est que tu me laisses \u00eatre libre parce que je suis libre \u00bb. <\/p>\n\n\n\n \u00c0 Puerto Wilches, je suis une personne libre – ou du moins je l’\u00e9tais – et j’ai toujours vu le fleuve comme un tout, car en Colombie et dans le monde entier, il est devenu normal de consid\u00e9rer nos ressources comme quelque chose qui donne toujours. Des barrages hydro\u00e9lectriques peuvent \u00eatre construits sur des rivi\u00e8res, des montagnes peuvent \u00eatre coup\u00e9es en deux parce qu’il y a un d\u00e9sir effr\u00e9n\u00e9 d’arriver toujours rapidement et toujours \u00e0 temps. Mais les gens ne r\u00e9alisent pas qu’il y a des communaut\u00e9s qui d\u00e9pendent de ces montagnes et de ces rivi\u00e8res et qu’il n’est pas juste que nous soyons tu\u00e9s pour avoir une bonne vie. Il n’est pas juste que nous soyons toujours d\u00e9plac\u00e9s et que nous devions l’accepter parce que le d\u00e9veloppement est bien plus important que nous. Car qu’est-ce que le d\u00e9veloppement s’il n’y a pas de personnes ?<\/p>\n\n\n\n L\u00e9galement, on ne peut pas dire \u00ab c’\u00e9tait telle ou telle personne \u00bb. En Colombie, il y a un moment tr\u00e8s important dans l’histoire r\u00e9cente, qui est la signature des accords de paix en 2016, lorsque nous avons commenc\u00e9 \u00e0 construire notre paix. Cette signature a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s controvers\u00e9e. Ma municipalit\u00e9 fait partie des r\u00e9gions qui sont dans la cat\u00e9gorie rouge pour la violence \u00e0 cause des gu\u00e9rillas, malheureusement. Lorsque l’accord a \u00e9t\u00e9 sign\u00e9, nous avions l’espoir que cela se produise, ce n’\u00e9tait pas seulement la signature d’un morceau de papier, c’\u00e9tait dire au monde entier que nous en avons assez, que nous ne sommes pas le pays de la coca, du caf\u00e9 ou de Pablo Escobar comme on nous le dit toujours. <\/p>\n\n\n\n Nous sommes des personnes qui se battent tous les jours pour nos r\u00eaves et il y a eu un moment o\u00f9 la violence apr\u00e8s la signature de l’accord de paix a augment\u00e9 de mani\u00e8re consid\u00e9rable parce que le contraire de ce que nous voulions se produisait : nous avons sign\u00e9 la paix, mais on nous tuait encore plus, c’\u00e9tait quelque chose de tr\u00e8s fou. Ensuite il y a eu un cessez-le-feu, et notre paix a commenc\u00e9, nous avons vraiment commenc\u00e9 \u00e0 voir l’aube d’une belle vie. Et puis en 2020, ils nous disent que ma r\u00e9gion a \u00e9t\u00e9 choisie pour des projets de fracking. Nous avons commenc\u00e9 \u00e0 faire l’actualit\u00e9 nationale parce que nous \u00e9tions Magdalena Medio, la r\u00e9gion du sacrifice, de la gu\u00e9rilla, de la violence, des morts, et nous n’avions jamais \u00e9t\u00e9 une \u00ab bonne \u00bb nouvelle, pourrait-on dire. Puis ils ont annonc\u00e9 que le fracking allait \u00eatre r\u00e9alis\u00e9 \u00e0 Puerto Wilches, ce qui signifiait que les habitants de Wilches \u00e9taient cens\u00e9s faire la f\u00eate parce que c’est une ville o\u00f9 vivent des gens pauvres et qu’enfin le progr\u00e8s allait arriver. La premi\u00e8re chose que nous avons faite a \u00e9t\u00e9 de chercher ce qu’\u00e9tait le fracking, m\u00eame si nous n’avons pas une bonne connexion internet \u00e0 Puerto Wilches. On disait que c’\u00e9tait une excellente nouvelle parce que cela allait soi-disant g\u00e9n\u00e9rer des emplois, mais en r\u00e9alit\u00e9 cela ne signifiait qu’une chose, \u00e0 savoir qu’ils allaient contaminer notre fleuve.\u00a0<\/p>\n\n\n\n\n\n Une relation a commenc\u00e9 \u00e0 na\u00eetre entre les gens, le fleuve et la violence. \u00c0 Puerto Wilches, on assiste \u00e0 ce moment-l\u00e0 \u00e0 une augmentation progressive de la violence, des meurtres, des disparitions et des enl\u00e8vements. Ecopetrol, la compagnie nationale d’hydrocarbures de Colombie, et ExxonMobil, la multinationale am\u00e9ricaine, arrivent, voulant faire de l’argent partout. Une enqu\u00eate a \u00e9t\u00e9 ouverte contre Ecopetrol pour liens directs avec des groupes arm\u00e9s, car nous nous sommes rendu compte que les compagnies p\u00e9troli\u00e8res payaient les gu\u00e9rillas ou les paramilitaires pour \u00e9liminer les personnes dans les territoires qui s’opposaient \u00e0 leurs projets.\u00a0<\/p>\n\n\n\n Ils ont essay\u00e9 de me tuer cinq fois. Qui ? La v\u00e9rit\u00e9 est que, l\u00e9galement, nous ne sommes pas autoris\u00e9s \u00e0 le dire parce qu’ils peuvent nous mettre en prison, mais je vous raconte tout ce contexte pour que vous puissiez tirer vos propres conclusions. <\/p>\n\n\n\n C’est une tr\u00e8s bonne question. Je ne crois pas \u00e0 l’\u00e9quilibre, je n’aime pas \u00e7a. De l’ext\u00e9rieur, je me suis rendu compte que la Colombie est vraiment un pays potentiellement merveilleux. Nous avons r\u00e9cemment eu des \u00e9lections pr\u00e9sidentielles et un candidat a gagn\u00e9 disant que la Colombie est une puissance mondiale pour la vie. En Colombie, nous avons tous les climats. Nous avons tout, des montagnes enneig\u00e9es jusqu\u2019aux d\u00e9serts. C’est un pays merveilleux, mais malheureusement nous sommes toujours le pays o\u00f9 la plupart des leaders sociaux sont assassin\u00e9s, c’est difficile. <\/p>\n\n\n\n Je regarde donc le probl\u00e8me de l’ext\u00e9rieur et j’essaie d’en tenir compte lorsque je suis ici et non l\u00e0-bas. Et \u00e7a a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s dur. Ecopetrol est entr\u00e9 dans notre maison, alors nous devons faire sortir Ecopetrol, en d\u00e9filant, en faisant des carnavals, en peignant. Notre mouvement peint : notre slogan est \u00ab Peindre les r\u00eaves \u00bb. Et ici, bien s\u00fbr, je ne peux rien faire de tout \u00e7a. Mais j’ai commenc\u00e9 \u00e0 voir une autre perspective, parce que nous ne sommes plus seuls, le fracking est une lutte internationale, nous avons rejoint l’alliance latino-am\u00e9ricaine contre le fracking et nous avons particip\u00e9 \u00e0 d’autres sommets internationaux et c’est merveilleux. J’ai donc commenc\u00e9 \u00e0 faire cette partie de \u201cbureau\u201d pour donner plus de visibilit\u00e9 aux probl\u00e8mes socio-environnementaux qui se produisent en Colombie. <\/p>\n\n\n\n Je pense que les deux sont tr\u00e8s importants. \u00c0 Puerto Wilches, nous sommes victimes de mille formes de violences et il n’y avait personne au niveau international pour examiner tout ce qui se passait, et c’est ce que je fais maintenant. Je fais donc des rapports sur ce qui se passe dans ma communaut\u00e9 et en Colombie en g\u00e9n\u00e9ral, mais mes amis sont aussi sur le terrain, ils continuent \u00e0 manifester et \u00e0 protester. Je peux faire la partie qui est ici, mais si mes amis n\u2019\u00e9taient pas l\u00e0, cela ne servirait \u00e0 rien. <\/p>\n\n\n\n Je dirais les indig\u00e8nes Yarigu\u00edes. Je dirais que les peuples indig\u00e8nes de ma r\u00e9gion, ceux qui \u00e9taient l\u00e0, il y a tr\u00e8s peu d’\u00e9crits \u00e0 leur sujet et nous n’en avons aucun. Ils sont l’une des races indig\u00e8nes les plus puissantes et les plus guerri\u00e8res que la Colombie ait jamais eues. Il y a aussi les Comuneros de Santander ; je viens d’une r\u00e9gion o\u00f9 la r\u00e9volution, l’ind\u00e9pendance de la Colombie, a \u00e9t\u00e9 essentiellement cr\u00e9\u00e9e. Mais je reste avec les premiers, les indig\u00e8nes Yarigu\u00edes. Ils m’ont transmis, ainsi qu’\u00e0 tous mes amis, la force et la r\u00e9silience, car m\u00eame si nous avons des monstres en face de nous comme Exxonmobil, Ecopetrol et le gouvernement colombien, nous continuons. Nous sommes des fourmis qui se battent contre trois \u00e9l\u00e9phants. J’aime faire partie de l’\u00e9quipe des petites fourmis, des Yarigu\u00edes qui continueront \u00e0 r\u00e9sister \u00e0 l’oubli et \u00e0 l’extermination. <\/p>\n\n\n\n Pour mon combat, la priorit\u00e9 fondamentale est de rester en vie. Nous devons poursuivre cette guerre pour les ressources en eau. Les guerres pour l’eau sont les guerres que nous voulons gagner en Colombie. C’est ce que j’esp\u00e8re dans un avenir pas trop lointain, que notre hymne retentisse et que nous puissions dire que nous avons vaincu le fracking. Je pense que le jour o\u00f9 cela se produira, lorsque le fracking sera interdit par la loi en Colombie, je pleurerai comme s’il n’y avait pas de lendemain, car ce sera la concr\u00e9tisation de quelque chose qui a commenc\u00e9 avec beaucoup de larmes et qui nous a co\u00fbt\u00e9 la vie. Je parle encore aujourd’hui, mais peut-\u00eatre pourrait-on dire que je suis morte d’une certaine mani\u00e8re le 14 f\u00e9vrier, lorsque j’ai d\u00fb quitter la Colombie de la mani\u00e8re dont je devais le faire. Cela m\u2019\u00e9tonnerait beaucoup que \u00e7a arrive bient\u00f4t, mais j’esp\u00e8re que le fracking sera interdit et que la vie et l’eau seront prioritaires, non seulement en Colombie mais dans le monde entier.<\/p>\n\n\n\n C’est tr\u00e8s important. Et ce n’est pas seulement parce que Gustavo Petro et Francia M\u00e1rquez ont gagn\u00e9 l\u2019\u00e9lection. Non, \u00e7a signifie beaucoup de choses pour moi. Je suis une personne noire, afro-descendante, une femme, une leader sociale, jeune, et le fait que cette femme, Francia M\u00e1rquez ait gagn\u00e9 dans un pays qui est sexiste me semble fabuleux. Qu’une femme noire, afro-descendante, leader social, qui a lutt\u00e9 pour les droits pour l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l’eau, au territoire et \u00e0 la vie, soit aujourd’hui \u00e0 la vice-pr\u00e9sidence d’un pays comme la Colombie, il n’y a pas de plus grande victoire que celle-l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n Qu’une femme noire, afro-descendante, leader social, qui a lutt\u00e9 pour les droits pour l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l’eau, au territoire et \u00e0 la vie, soit aujourd’hui \u00e0 la vice-pr\u00e9sidence d’un pays comme la Colombie, il n’y a pas de plus grande victoire que celle-l\u00e0<\/p>Yuvelis Natalia Morales Blanco<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Je ne sais pas ce que sera son gouvernement, je peux me tromper sur beaucoup de choses mais je sais que je ne me trompe pas en disant que je suis extr\u00eamement fi\u00e8re qu’une femme noire, leader social et m\u00e8re soit ma vice-pr\u00e9sidente, parce qu’une f\u00e9ministe entre dans la maison de Nari\u00f1o, qui a \u00e9t\u00e9 gouvern\u00e9e par des hommes depuis la cr\u00e9ation de la Colombie.<\/p>\n\n\n\n Ils prennent leurs fonctions le 7 ao\u00fbt, mais les changements ont d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9. Par exemple, Susana Muhamad, qui sera notre ministre de l’environnement, a d\u00e9clar\u00e9 que le fracking sera interdit en Colombie. On cherche \u00e9galement \u00e0 assurer la s\u00e9curit\u00e9 des leaders sociaux en Colombie, et c’est historique, vraiment, personne n’a jamais os\u00e9 faire \u00e7a avant, c’est merveilleux. Je veux croire en ce gouvernement, tout comme je veux travailler main dans la main avec lui pour faire avancer les choses. Et cela a \u00e9galement commenc\u00e9 \u00e0 g\u00e9n\u00e9rer des changements dans ma vie, je veux bien s\u00fbr retourner en Colombie, je pense que c’est la pens\u00e9e qui ne m’a pas quitt\u00e9e depuis le premier jour de mon arriv\u00e9e en France. Je veux retourner en Colombie et je ne veux plus avoir peur et je veux avoir un endroit s\u00fbr o\u00f9 je peux aller et je veux que cet endroit s\u00fbr soit Puerto Wilches. <\/p>\n\n\n\n Nous devons garder \u00e0 l’esprit que les transitions \u00e9nerg\u00e9tiques doivent \u00eatre justes. Il n’est pas valable de faire de l’extractivisme pour arr\u00eater l’extractivisme, ce que le gouvernement sortant nous propose en Colombie. C’est-\u00e0-dire que le fracking est fait pour avoir la s\u00e9curit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique et commencer \u00e0 acheter ou \u00e0 parler des \u00e9nergies renouvelables, cela n’a aucun sens, et cela n’a aucun sens parce que, par exemple, pour chercher cette transition \u00e9nerg\u00e9tique, ils cherchent \u00e0 nuire aux syst\u00e8mes et aux habitants les plus vuln\u00e9rables de la Colombie, comme la r\u00e9gion de la vall\u00e9e du Magdalena moyen, qui est l’une des r\u00e9gions les plus biodiverses du pays ; c’est compl\u00e8tement absurde. <\/p>\n\n\n\n Maintenant, comment pouvons-nous g\u00e9rer nos ressources ? Je pense que la Colombie doit se concentrer sur l’agriculture. Nous avons tous les niveaux thermiques et tous les types de terres que nous pouvons avoir. Nous avons vraiment des choses merveilleuses \u00e0 offrir – je ne suis pas en train de vendre mon pays, mais nous avons quelque chose \u00e0 offrir. Nous sommes un pays agricole et nous n’avons pas besoin que chaque coin des montagnes que nous avons en Colombie soit exploit\u00e9. Nous ne voulons pas qu’ils prennent le pays, car s’ils prennent l’or, ils prennent notre eau et nos montagnes. <\/p>\n\n\n\n
\r\n <\/picture>\r\n \n <\/a>\n<\/figure>\n\n\nSi on inverse le rapport, comment votre militantisme vous a-t-il construit, votre identit\u00e9, votre personnalit\u00e9, quelle est l’influence que cette exp\u00e9rience de militante a eu sur votre vie ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Dans le cadre de cette violence g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e que vous avez mentionn\u00e9e, quel est le type de violence et de menaces que vous subissiez dans votre cas ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
\r\n <\/picture>\r\n \n <\/a>\n<\/figure>\n\n\nPensez-vous que votre regard depuis la France a chang\u00e9 sur la Colombie et sur votre engagement ? Est-il possible de poursuivre votre militantisme depuis l’\u00e9tranger ou de trouver une sorte d’\u00e9quilibre ? <\/strong><\/h3>\n\n\n\n
En termes d’efficacit\u00e9, est-il possible de mesurer qu’une action est plus efficace qu’une autre ? Est-il n\u00e9cessaire d’\u00eatre sur le terrain en Colombie, comme \u00eatre pr\u00e9sent dans les structures internationales ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Avez-vous un cadre th\u00e9orique, une figure embl\u00e9matique qui d\u00e9finit votre activisme, une figure latino-am\u00e9ricaine par exemple qui vous inspire ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Quelles sont vos priorit\u00e9s aujourd’hui pour vous et votre combat ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Comment voyez-vous dans ce contexte la r\u00e9cente \u00e9lection historique de Gustavo Petro et de sa vice-pr\u00e9sidente Francia M\u00e1rquez, une militante des droits de l’homme et de l’environnement pour la lutte environnementale ?<\/strong> <\/h3>\n\n\n\n
Qu’attendez-vous concr\u00e8tement du nouveau gouvernement en termes de politiques publiques pour votre lutte ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Comment la Colombie doit-elle g\u00e9rer ses nombreuses ressources naturelles et quel mod\u00e8le de d\u00e9veloppement faut-il privil\u00e9gier ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n