{"id":151241,"date":"2022-07-27T09:17:17","date_gmt":"2022-07-27T07:17:17","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=151241"},"modified":"2022-08-23T10:43:29","modified_gmt":"2022-08-23T08:43:29","slug":"la-litterature-est-devenue-ma-patrie-un-entretien-avec-javier-cercas","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/07\/27\/la-litterature-est-devenue-ma-patrie-un-entretien-avec-javier-cercas\/","title":{"rendered":"\u00ab&#160;La litt\u00e9rature est devenue ma patrie&#160;\u00bb, une conversation avec Javier Cercas"},"content":{"rendered":"\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Comme vous le savez, <a href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/themes\/arts\/grand-tour\/\">dans la s\u00e9rie \u00ab&#160;Grand Tour&#160;\u00bb<\/a>, nous parlons g\u00e9n\u00e9ralement de la relation unique entre une personne et un lieu qu\u2019elle a d\u00e9couvert dans des circonstances particuli\u00e8res et \u00e0 un moment donn\u00e9. Nous n\u2019avions encore jamais parl\u00e9 d\u2019un lieu de naissance. Vous avez sugg\u00e9r\u00e9 que nous abordions le v\u00f4tre, l&rsquo;Estr\u00e9madure, pourquoi&#160;?&nbsp;<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Parce que je voudrais souligner le fait que, dans chaque pays, et en particulier en Espagne, il y a de nombreux terroirs, de nombreuses cultures. En d&rsquo;autres termes, nos pays, et l&rsquo;Espagne en particulier, sont pluriels. On l&rsquo;oublie trop souvent. La diversit\u00e9 de l&rsquo;Espagne est m\u00e9connue. Ce pays est maintenant pratiquement un \u00c9tat f\u00e9d\u00e9ral, compos\u00e9 de r\u00e9gions tr\u00e8s diff\u00e9rentes, et qui englobe plusieurs langues. Et je suis un fruit de cette diversit\u00e9. Rappelons que l&rsquo;Espagne contemporaine s&rsquo;est cr\u00e9\u00e9e, avant tout, dans l&rsquo;apr\u00e8s-guerre, avec une \u00e9migration massive des r\u00e9gions du sud &#8211; qui sont des r\u00e9gions pauvres &#8211; vers les r\u00e9gions du nord &#8211; qui sont des r\u00e9gions riches, dont la richesse \u00e9tait davantage promue par le r\u00e9gime de Franco. Et il y a eu une v\u00e9ritable d\u00e9sertification. En Espagne, on parle maintenant d&rsquo;Espagne vide, car il y a des zones qui sont compl\u00e8tement d\u00e9peupl\u00e9es.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;Estr\u00e9madure, d&rsquo;o\u00f9 je viens, est l&rsquo;une d&rsquo;entre elles. Vous savez, le village o\u00f9 ma famille et moi sommes n\u00e9s, Ibahernando, comptait 3 500 habitants apr\u00e8s la guerre civile. Maintenant, il en a 500. Et ce n&rsquo;est pas une exception, c&rsquo;est la r\u00e8gle.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Je crois qu&rsquo;en Europe, il y a une m\u00e9connaissance totale de cette diversit\u00e9 essentielle en Espagne. Je me souviens d&rsquo;une historienne fran\u00e7aise qui m&rsquo;a dit un jour&#160;: pour r\u00e9soudre le probl\u00e8me catalan, il faudrait donner l&rsquo;autonomie \u00e0 la Catalogne. Cette dame ne savait pas que l&rsquo;Espagne est un \u00c9tat f\u00e9d\u00e9ral dont certains \u00c9tats f\u00e9d\u00e9r\u00e9s, comme la Catalogne et le Pays basque, disposent d&rsquo;un degr\u00e9 d&rsquo;autonomie absolument extraordinaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Il me semble que Thomas Piketty, dans Le <em>Capital au XXIe si\u00e8cle, <\/em>est tr\u00e8s surpris lorsqu&rsquo;il examine les chiffres en Espagne et se rend compte que le degr\u00e9 de d\u00e9centralisation, notamment fiscale, est \u00e9norme. Si je me souviens bien, il dit m\u00eame que l&rsquo;Espagne est le pays le plus d\u00e9centralis\u00e9 fiscalement au monde.<\/p>\n\n\n\n<p>Je voudrais donc attirer l&rsquo;attention sur ce point. C\u2019est pour cette raison, entre autres, que j\u2019ai propos\u00e9 de parler de mon lieu d&rsquo;origine. Je suis le fruit de l&rsquo;\u00e9migration, de l&rsquo;immigration massive, et de d\u00e9placements de populations au sein m\u00eame du pays.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>En Europe, il y a une m\u00e9connaissance totale de cette diversit\u00e9 essentielle en Espagne<\/p><cite>Javier Cercas<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Peut-on dire que c&rsquo;est le d\u00e9racinement qui a fait de vous un \u00e9crivain&#160;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Ma vocation d\u00e9coule de cette \u00e9migration. On m&rsquo;a r\u00e9cemment propos\u00e9 une conversation avec un cardinal au Vatican. Une chose tr\u00e8s inhabituelle \u00e0 faire, n&rsquo;est-ce pas, et j&rsquo;ai accept\u00e9, bien s\u00fbr. Il s&rsquo;agissait d&rsquo;une conversation publique sur la foi et la religion, avec le cardinal Ravasi, qui est le ministre de la Culture du Vatican. Une personne tr\u00e8s charmante, tr\u00e8s cultiv\u00e9e, avec un grand sens de l&rsquo;humour. C&rsquo;\u00e9tait une conversation tr\u00e8s int\u00e9ressante. Ce jour-l\u00e0, je lui ai expliqu\u00e9 que ma vocation litt\u00e9raire est le fruit de deux d\u00e9racinements, qui au fond se rejoignent. D&rsquo;une part, un d\u00e9racinement g\u00e9ographique. Quand j&rsquo;avais quatre ans, nous sommes partis de notre petit village d&rsquo;Estr\u00e9madure, on m\u2019a arrach\u00e9 de mon environnement habituel, et on m\u2019a emmen\u00e9 dans un endroit o\u00f9 tout \u00e9tait compl\u00e8tement diff\u00e9rent, avec une autre culture, o\u00f9 l&rsquo;on parlait une autre langue. Dans mon ancien village je me sentais tr\u00e8s prot\u00e9g\u00e9 car pratiquement tout le village \u00e9tait de ma famille. De plus, nous \u00e9tions les riches du village. D\u00e8s que nous sommes partis, nous \u00e9tions pauvres. Pour moi ce d\u00e9racinement g\u00e9ographique a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s marquant.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Je n\u2019\u00e9tais ni vraiment catalan, ni vraiment d\u2019Estr\u00e9madure, j&rsquo;\u00e9tais un m\u00e9lange des deux, ce qui me causait un grand d\u00e9s\u00e9quilibre permanent.<\/p><cite>Javier Cercas<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>Mais il y a eu aussi un d\u00e9racinement spirituel, qui est li\u00e9 au d\u00e9racinement g\u00e9ographique. Je retournais dans mon village d\u2019origine chaque \u00e9t\u00e9, donc je vivais un peu \u00e0 mi-chemin. Je ne vivais pas en Catalogne, mais je ne vivais pas non plus en Estr\u00e9madure. J\u2019\u00e9tais partag\u00e9 entre les deux endroits qui, j\u2019insiste, \u00e9taient tr\u00e8s diff\u00e9rents en termes \u00e9conomiques, culturels, o\u00f9 tout \u00e9tait diff\u00e9rent en somme. Finalement, je n\u2019\u00e9tais ni vraiment catalan, ni vraiment d\u2019Estr\u00e9madure, j&rsquo;\u00e9tais un m\u00e9lange des deux, ce qui me causait un grand d\u00e9s\u00e9quilibre permanent. Puis un \u00e9t\u00e9, en visite dans mon village d\u2019origine, je suis tomb\u00e9 amoureux pour la premi\u00e8re fois de ma vie. J\u2019avais 14 ans. Toutes les choses importantes me sont arriv\u00e9es l\u00e0-bas. Toutes. Je suis all\u00e9 au cin\u00e9ma pour la premi\u00e8re fois dans ce village, j\u2019y suis tomb\u00e9 amoureux pour la premi\u00e8re fois\u2026 J\u2019\u00e9tais donc amoureux, et bien s\u00fbr, \u00e0 la fin des vacances, j&rsquo;ai d\u00fb retourner \u00e0 G\u00e9rone, en Catalogne, o\u00f9 je vivais. Et j&rsquo;\u00e9tais tellement amoureux que la seule chose que je voulais \u00e9tait de me pendre \u00e0 la coupole de la cath\u00e9drale de G\u00e9rone, j&rsquo;\u00e9tais d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 parce que la fille dont j\u2019\u00e9tais amoureux \u00e9tait rest\u00e9e l\u00e0-bas. La situation \u00e9tait tr\u00e8s grave, si grave que je suis all\u00e9 chercher le livre le plus s\u00e9rieux que j&rsquo;ai pu trouver \u00e0 la maison.&nbsp; J&rsquo;avais toujours \u00e9t\u00e9 un lecteur, mais je lisais des romans d&rsquo;aventure, je lisais pour me divertir. <\/p>\n\n\n\n<p>La situation \u00e9tait tr\u00e8s grave, je voulais me suicider, je voulais mourir, c&rsquo;\u00e9tait terrible, j&rsquo;\u00e9tais amoureux. Je suis donc all\u00e9 chercher le livre le plus s\u00e9rieux que je pouvais trouver chez moi, avec une telle malchance qu&rsquo;il s&rsquo;est av\u00e9r\u00e9 \u00eatre <em>San Manuel Bueno, martyr, <\/em>de Miguel de Unamuno. Vous savez que ce livre parle d&rsquo;un pr\u00eatre qui perd la foi et qui continue pourtant \u00e0 pr\u00eacher \u00e0 ses paroissiens, parce qu&rsquo;il pense que sans la foi, ils sont perdus. Eh bien, j&rsquo;\u00e9tais un gar\u00e7on totalement catholique, j&rsquo;ai lu ce livre et j&rsquo;ai perdu la foi. J&rsquo;ai commenc\u00e9 \u00e0 boire de la bi\u00e8re, \u00e0 fumer des cigarettes. Je suis entr\u00e9 dans un \u00e9tat de confusion mentale dont je ne suis toujours pas sorti aujourd&rsquo;hui. J&rsquo;ai commenc\u00e9 \u00e0 vouloir \u00eatre \u00e9crivain. C&rsquo;est ce que je disais au cardinal Ravasi, pour moi, la litt\u00e9rature \u00e9tait une sorte de substitut, un substitut de la religion. J&rsquo;ai cherch\u00e9 dans la litt\u00e9rature les certitudes que la religion m&rsquo;avait donn\u00e9es jusque-l\u00e0, ce qui est absurde car la litt\u00e9rature n&rsquo;apporte pas de certitudes, la litt\u00e9rature n&rsquo;apporte que plus de doutes, encore plus de questions, d&rsquo;ambigu\u00eft\u00e9s, de contradictions, mais quand j&rsquo;ai d\u00e9couvert cela, il \u00e9tait trop tard. Ainsi, pour moi, le fait de vivre \u00e0 cheval sur deux endroits du m\u00eame pays mais tr\u00e8s diff\u00e9rents a \u00e9t\u00e9 absolument d\u00e9terminant \u00e0 tous points de vue.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>&nbsp;Pour moi, la litt\u00e9rature \u00e9tait une sorte de substitut, un substitut de la religion.<\/p><cite>Javier Cercas<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Dans quelle mesure la litt\u00e9rature, par le biais de vos lectures et de votre \u00e9criture, vous a-t-elle permis de revenir dans votre village natal et \u00e0 votre premier amour&#160;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>La litt\u00e9rature, d&rsquo;une certaine mani\u00e8re, est devenue ma patrie. L&rsquo;endroit o\u00f9 je me reconnais, ma r\u00e9alit\u00e9. Ce n&rsquo;est pas que je me sois permis d&rsquo;y retourner, disons que j&rsquo;appartiens aux deux endroits. Je n&rsquo;aime pas que l&rsquo;on me demande si je me sens Espagnol, Catalan ou d\u2019Estr\u00e9madure. Je suis toutes ces choses, et d&rsquo;autres encore. Je pense que c&rsquo;est une mauvaise question, et que les sentiments sont priv\u00e9s. Pendant des si\u00e8cles, les Europ\u00e9ens se sont entretu\u00e9s pour des raisons religieuses, et aujourd&rsquo;hui nous avons compris que la religion est une chose priv\u00e9e, personnelle, qu&rsquo;elle n&rsquo;a aucune raison d&rsquo;interf\u00e9rer dans la vie publique. On s&rsquo;entretue ces derniers temps pour des sentiments nationaux, comme lors des deux derni\u00e8res guerres mondiales. Et nous en sommes toujours l\u00e0, nous nous entretuons toujours pour des sentiments nationaux. Au fond, la guerre en Ukraine est aussi une question de sentiments nationaux. Il faudrait qu\u2019un jour nous limitions ces sentiments \u00e0 la sph\u00e8re priv\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 ce que signifie pour moi le projet europ\u00e9en. Le nationalisme avait un sens il y a deux si\u00e8cles, lorsqu&rsquo;il est n\u00e9, et que c&rsquo;\u00e9tait une force positive. Au cours du si\u00e8cle dernier, il s&rsquo;est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 catastrophique, absolument toxique. Les id\u00e9es sont parfois utiles \u00e0 un certain moment, puis elles ne le sont plus, comme c&rsquo;est le cas du nationalisme. Pour moi, c&rsquo;est l&rsquo;unit\u00e9 de l&rsquo;Europe qui doit permettre de r\u00e9server les sentiments nationaux \u00e0 la sph\u00e8re priv\u00e9e, l\u00e0 o\u00f9 leur place r\u00e9elle se trouve. Le d\u00e9fi de l&rsquo;Europe est le m\u00eame que celui de l&rsquo;Espagne&#160;: combiner l&rsquo;unit\u00e9 politique avec la diversit\u00e9 culturelle, linguistique et identitaire. Laissons chacun \u00eatre ce qu&rsquo;il veut \u00eatre. Mais respectons tous les m\u00eames r\u00e8gles, les m\u00eames lois et nous construirons quelque chose en commun. Surtout, parce que seule une Europe unie, peut pr\u00e9server la paix et la prosp\u00e9rit\u00e9 de la Communaut\u00e9. Et cela ne signifie pas que nous devons cesser d&rsquo;\u00eatre fran\u00e7ais, catalans, britanniques, anglais, ni \u00e9cossais.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Le d\u00e9fi de l&rsquo;Europe est le m\u00eame que celui de l&rsquo;Espagne&#160;: combiner l&rsquo;unit\u00e9 politique avec la diversit\u00e9 culturelle, linguistique et identitaire.&nbsp;<\/p><cite>Javier Cercas<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>Le nationalisme a \u00e9t\u00e9 utile \u00e0 un certain moment, car la l\u00e9gitimit\u00e9 nationale est venue remplacer la l\u00e9gitimit\u00e9 divine. La R\u00e9volution fran\u00e7aise a \u00e9t\u00e9 le d\u00e9but de la modernit\u00e9. La nation a remplac\u00e9 Dieu comme source de l\u00e9gitimit\u00e9. Maintenant, nous devons liquider la nation. Nous devons surmonter la phase nationaliste, c&rsquo;est le grand d\u00e9fi auquel nous sommes confront\u00e9s.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est \u00e9galement le cas en Espagne, mais au-del\u00e0 de nos fronti\u00e8res, ce n&rsquo;est pas tr\u00e8s bien compris. En France, le nationalisme et la r\u00e9volution ont triomph\u00e9. Les diff\u00e9rences culturelles et linguistiques ont \u00e9t\u00e9 \u00e9limin\u00e9es en faveur de l&rsquo;unit\u00e9 nationale, c&rsquo;est ce que la r\u00e9volution a fait. En Espagne, le nationalisme a \u00e9chou\u00e9, l&rsquo;\u00c9tat national a \u00e9chou\u00e9, il n&rsquo;a pas r\u00e9ussi \u00e0 imposer une langue et une culture uniques. Ainsi, \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle, les cultures et les diff\u00e9rences, qui n&rsquo;avaient jamais vraiment disparu, refont surface et renaissent. Ainsi, le nationalisme catalan, basque et galicien rena\u00eet. C&rsquo;est un pays tr\u00e8s diversifi\u00e9. Je pense que c&rsquo;est une bonne chose. Nous avons une tr\u00e8s grande diversit\u00e9 culturelle et linguistique, qui n&rsquo;existe pas en France, qui n&rsquo;existe pas en Allemagne, m\u00eame si c&rsquo;est un pays f\u00e9d\u00e9ral, et qui n&rsquo;existe pas en Italie. Profitons-en, au lieu d&rsquo;en faire une source de conflit, comme cela s&rsquo;est trop souvent produit.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le franquisme \u00e9tait une forme brutale de nationalisme espagnol. Mais il y a eu des formes brutales de nationalisme basque, par exemple avec l&rsquo;ETA, ou des formes brutales de nationalisme en Catalogne avec la crise catalane.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;unit\u00e9 politique doit \u00eatre combin\u00e9e \u00e0 la diversit\u00e9 d&rsquo;identit\u00e9 linguistique et culturelle&#160;; cela vaut pour l&rsquo;Europe comme pour l&rsquo;Espagne.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>L&rsquo;unit\u00e9 politique doit \u00eatre combin\u00e9e \u00e0 la diversit\u00e9 d&rsquo;identit\u00e9 linguistique et culturelle&#160;; cela vaut pour l&rsquo;Europe comme pour l&rsquo;Espagne.<\/p><cite>Javier Cercas<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Que signifie cette diversit\u00e9 de cultures et de langues avant tout pour un \u00e9crivain&#160;: auriez-vous \u00e9t\u00e9 capable d&rsquo;\u00e9crire dans une autre langue que l&rsquo;espagnol&#160;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Pour moi, cela a \u00e9t\u00e9 une grande source de richesse. Lorsque je suis arriv\u00e9 en Catalogne, le catalan n&rsquo;avait pas de pr\u00e9sence publique dans les \u00e9coles ou les universit\u00e9s. Je n&rsquo;ai pas appris le catalan \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole. Aujourd&rsquo;hui, pratiquement toutes les \u00e9coles sont en catalan. La controverse en Catalogne porte sur l&rsquo;enseignement de 25&#160;% d&rsquo;espagnol dans les \u00e9coles. 25&#160;%, et les nationalistes refusent. J&rsquo;ai appris le catalan dans la rue, parce que l\u00e0 o\u00f9 je vivais, c\u2019est ce qui s\u2019utilisait dans la rue. Et puis, \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9, je me suis beaucoup int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 la litt\u00e9rature catalane et, en fait, j&rsquo;ai \u00e9tudi\u00e9 la litt\u00e9rature espagnole et catalane. Et cela, pour moi, a \u00e9t\u00e9 une source extraordinaire de richesse, et je suis compl\u00e8tement bilingue. \u00c0 la maison, je parle catalan avec ma femme et espagnol avec mon fils, ce qui est tr\u00e8s courant en Catalogne. Je pense que cela m&rsquo;a rendu plus enclin \u00e0 parler d&rsquo;autres langues, je parle pas mal de langues, toutes en espagnol, comme disait Roman Jakobson. Jakobson raconte que la premi\u00e8re fois qu&rsquo;il s&rsquo;est rendu \u00e0 Harvard, il a \u00e9t\u00e9 re\u00e7u par le recteur de l&rsquo;universit\u00e9, qui lui a dit&#160;: \u00ab&#160;Monsieur Jakobson, on m&rsquo;a dit que vous parliez 14 langues.&#160;\u00bb Et Jakobson lui a r\u00e9pondu&#160;: \u00ab&#160;Oui, c&rsquo;est vrai, mais je les parle toutes en russe.&#160;\u00bb Cela me rappelle une plaisanterie de Kafka. Dans son journal, il dit&#160;: \u00ab&#160;Je parle toutes les langues, mais en yiddish&#160;\u00bb.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La litt\u00e9rature catalane est tr\u00e8s riche, surtout la po\u00e9sie. Les amis litt\u00e9raires que j&rsquo;avais quand j&rsquo;\u00e9tais jeune \u00e9taient des po\u00e8tes catalans. J&rsquo;ai d\u00e9but\u00e9 en publiant dans un journal en catalan, puis dans une maison d&rsquo;\u00e9dition catalane qui commen\u00e7ait \u00e0 faire para\u00eetre des livres en espagnol. Je vivais entour\u00e9 de la culture catalane, qui \u00e9tait \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque tr\u00e8s prestigieuse et tr\u00e8s importante pour moi.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Je n&rsquo;ai jamais pens\u00e9 \u00e0 \u00e9crire en catalan, et je pense que la raison en est tr\u00e8s simple. La raison est qu&rsquo;un \u00e9crivain ne choisit pas sa langue, c&rsquo;est la langue qui le choisit. Il arrive que certains n&rsquo;\u00e9crivent pas dans leur langue maternelle, mais il y a toujours une explication comme dans le cas de Conrad ou de Beckett. Je n&rsquo;ai jamais envisag\u00e9 la possibilit\u00e9 d&rsquo;\u00e9crire en catalan parce que l&rsquo;espagnol est ma langue maternelle et que cela n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 un probl\u00e8me pour moi de vivre en Catalogne, de fr\u00e9quenter des \u00e9crivains catalans et de continuer \u00e0 \u00e9crire en espagnol. Mais je suis un produit de la culture catalane, sans aucun doute.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Un \u00e9crivain ne choisit pas sa langue, c&rsquo;est la langue qui le choisit.<\/p><cite>Javier Cercas<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>Malheureusement, avec les \u00e9v\u00e9nements de la crise catalane de 2017, tout cela a bien chang\u00e9. Mais pour moi, la culture catalane a \u00e9t\u00e9 une v\u00e9ritable b\u00e9n\u00e9diction. Et je pense que tous les Espagnols devraient la consid\u00e9rer comme une b\u00e9n\u00e9diction et non comme un probl\u00e8me.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>L&rsquo;histoire d&rsquo;une personne est li\u00e9e \u00e0 celle de sa r\u00e9gion. Je pense \u00e0 quelqu\u2019un en particulier, Manuel Mena, votre grand-oncle phalangiste, mort dans la bataille de l&rsquo;Ebre. On le d\u00e9couvre dans <em>Le monarque des ombres<\/em>, un roman assez proustien en quelque sorte, qui raconte les origines de l&rsquo;histoire du roman et aussi la naissance de votre vocation d&rsquo;\u00e9crivain. Quelle est la relation de Manuel Mena avec l&rsquo;Estr\u00e9madure et quel fut son r\u00f4le&#160;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Ce roman est pour moi un roman tr\u00e8s important. Nous avons tous ces histoires de famille, qui sont comme des d\u00e9mons familiaux. J&rsquo;ai toujours voulu \u00e9crire ce roman, m\u00eame avant de vouloir \u00eatre \u00e9crivain, j&rsquo;ai toujours pens\u00e9 que cette histoire devait \u00eatre racont\u00e9e. Peut-\u00eatre parce que cette histoire m&rsquo;a \u00e9t\u00e9 racont\u00e9e par ma m\u00e8re, qui est la protagoniste secr\u00e8te du livre. Pour ma m\u00e8re, Manuel Mena \u00e9tait un h\u00e9ros, il \u00e9tait l&rsquo;homme courageux, parti \u00e0 la guerre pour sauver sa famille, son pays. Elle avait 5 ans quand la guerre a \u00e9clat\u00e9 et 7 ans quand Manuel est mort. Et elle m&rsquo;avait toujours parl\u00e9 de lui. Pour moi, c&rsquo;\u00e9tait quelque chose d&rsquo;important, car ma famille \u00e9tait du mauvais c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;histoire.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ce livre est une tentative d&rsquo;acceptation de mon propre h\u00e9ritage. C&rsquo;est ce dont parle le livre, du fait que nous avons tous un bon et un mauvais h\u00e9ritage, tout le monde&#160;: les gens, les pays, les collectivit\u00e9s, tout le monde. Nous savons plus ou moins quoi faire avec le bon h\u00e9ritage, mais la question est de savoir ce qu&rsquo;il faut faire avec le mauvais. Mon pays a \u00e9t\u00e9 en guerre pendant 43 ans, et non pas 3. Les gens pensent que la guerre civile a dur\u00e9 3 ans, c&rsquo;est un mensonge, elle a dur\u00e9 43 ans, parce que le franquisme n&rsquo;\u00e9tait pas la paix, c&rsquo;\u00e9tait la prolongation de la guerre par d&rsquo;autres moyens. C&rsquo;est le mauvais h\u00e9ritage de mon pays. Mon pire h\u00e9ritage est le fait que ma famille appartenait au camp franquiste, que le h\u00e9ros de ma famille \u00e9tait un jeune phalangiste, plus qu&rsquo;un franquiste, un phalangiste, c&rsquo;est-\u00e0-dire un fasciste. Cette question de l&rsquo;h\u00e9ritage est fondamentale, non seulement dans <em>Le monarque des ombres<\/em> mais dans beaucoup de mes livres. La question est la suivante&#160;: que faisons-nous du mauvais h\u00e9ritage&#160;? Est-ce qu\u2019on l\u2019occulte&#160;? Est-ce qu\u2019on invente un autre h\u00e9ritage pour cacher le vrai, comme l&rsquo;a fait Enrique Marco, le protagoniste d&rsquo;<em>Imposteur, <\/em>et comme, malheureusement, mon pays, la France et d&rsquo;autres, l&rsquo;ont parfois fait&#160;? Que faisons-nous&#160;? Je crois que d&rsquo;une part, il faut en conna\u00eetre toute la complexit\u00e9, et d&rsquo;autre part, il faut comprendre, ce qui ne veut pas dire justifier, bien au contraire, mais se donner les outils pour ne pas refaire les m\u00eames erreurs. C&rsquo;est ce que j&rsquo;ai essay\u00e9 de faire avec <em>Le monarque des ombres<\/em>, pour comprendre pourquoi un gar\u00e7on de 17 ans a rejoint un coup d&rsquo;\u00c9tat et une guerre contre une d\u00e9mocratie, ce que fut la Seconde R\u00e9publique.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Les gens pensent que la guerre civile a dur\u00e9 3 ans, c&rsquo;est un mensonge, elle a dur\u00e9 43 ans, parce que le franquisme n&rsquo;\u00e9tait pas la paix, c&rsquo;\u00e9tait la prolongation de la guerre par d&rsquo;autres moyens.<\/p><cite>Javier Cercas<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>Ce livre est donc une tentative d&rsquo;assumer cet h\u00e9ritage, cette partie de moi-m\u00eame. Mais c&rsquo;est aussi une tentative d&rsquo;assumer mon propre h\u00e9ritage g\u00e9ographique. C&rsquo;est-\u00e0-dire que je viens de cette r\u00e9gion pauvre de l&rsquo;Espagne, une zone rel\u00e9gu\u00e9e, \u00e9loign\u00e9e, qui est victime de toutes sortes d&rsquo;abus, et j&rsquo;ai aspir\u00e9 \u00e0 la comprendre. Je pense qu&rsquo;il y a un attachement \u00e0 ce village et \u00e0 cette r\u00e9gion parce que c&rsquo;est un attachement \u00e0 moi-m\u00eame, et je ne peux pas me concevoir sans ma famille ni mon pass\u00e9. Nous sommes aussi ce que nous avons \u00e9t\u00e9, nous sommes l&rsquo;endroit d&rsquo;o\u00f9 nous venons. Je n&rsquo;ai pas voulu laisser tomber \u00e7a. J&rsquo;ai cru qu&rsquo;il \u00e9tait compatible d&rsquo;\u00eatre Catalan et d\u2019\u00eatre aussi d\u2019Estr\u00e9madure et que c&rsquo;\u00e9tait cela \u00eatre Espagnol. Certains, ces derni\u00e8res ann\u00e9es, ont voulu que cela ne soit pas compatible, et je trouve qu\u2019ils se trompent car la Catalogne d&rsquo;aujourd&rsquo;hui a \u00e9t\u00e9 forg\u00e9e par des gens comme moi, des gens qui sont venus d&rsquo;Andalousie, d&rsquo;Estr\u00e9madure, d\u2019endroits les plus pauvres pour construire cet endroit, qui est l&rsquo;un des plus riches d&rsquo;Espagne.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Je crois qu&rsquo;au fond de moi, je ne veux pas m&rsquo;en passer. C&rsquo;est une richesse, c&rsquo;est aussi mon h\u00e9ritage. Et je pense que ce peuple est aussi une sorte de patrie. Ce mot me rend particuli\u00e8rement nerveux. Vous savez que Samuel Johnson a dit, avec sagesse, que la patrie est le dernier refuge des sc\u00e9l\u00e9rats. Il faisait r\u00e9f\u00e9rence aux faux patriotes, mais cette phrase est toujours valable je trouve. En d&rsquo;autres termes, toutes sortes de barbaries et d&rsquo;atrocit\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 commises au nom de la patrie. La rh\u00e9torique de Franco \u00e9tait empoisonn\u00e9e par le mot patrie. En revanche, il y a un sens du mot patrie que je revendique, c&rsquo;est le sens que lui donne Cervant\u00e8s. Pour Cervantes, la patrie est ce petit endroit accessible, o\u00f9 l&rsquo;on a toujours envie de retourner, o\u00f9 l&rsquo;on a des ressources, des amis, une famille, un paysage reconnaissable. Il y a ce moment merveilleux \u00e0 la fin de <em>Don <\/em>Quichotte, o\u00f9 Don Quichotte et Sancho Panza retournent au village qu&rsquo;ils ont quitt\u00e9, grimpent une colline et voient le clocher au loin. Alors Sancho, \u00e9mu, tombe \u00e0 terre, \u00ab&#160;\u00e0 genoux&#160;\u00bb dit Cervant\u00e8s, et se met \u00e0 pleurer en disant&#160;: \u00ab&#160;Ah, ma patrie, o\u00f9 m&rsquo;attendent ma femme, mes filles, mes amis&#160;! Ah, ma patrie&#160;!&#160;\u00bb C&rsquo;est ce qu&rsquo;est la patrie pour moi, cet endroit minuscule et g\u00e9rable. Pour Voltaire, c&rsquo;\u00e9tait la m\u00eame chose, dans son Dictionnaire philosophique, il dit&#160;: la patrie ne peut pas \u00eatre un endroit tr\u00e8s grand, elle doit \u00eatre un endroit g\u00e9rable, un endroit accessible.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Pour Cervantes, la patrie est ce petit endroit accessible, o\u00f9 l&rsquo;on a toujours envie de retourner, o\u00f9 l&rsquo;on a des ressources, des amis, une famille, un paysage reconnaissable.<\/p><cite>Javier Cercas<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai donc plusieurs patries, et j&rsquo;aime les avoir. J&rsquo;aime arriver \u00e0 Saint-Germain-des-Pr\u00e9s et me sentir chez moi, dans un endroit que je connais, je trouve cela merveilleux. Borges a sign\u00e9 certains de ses textes \u00e0 Gen\u00e8ve, en \u00e9crivant&#160;: \u00ab&#160;Gen\u00e8ve, une de mes patries&#160;\u00bb. Il me semble que cela devrait se revendiquer. Je ne vois pas pourquoi je me passerais de cet h\u00e9ritage, car se passer d&rsquo;un h\u00e9ritage, c&rsquo;est se passer de la richesse, et je ne veux pas me passer de la richesse, je veux \u00eatre plus riche chaque jour.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Par le syst\u00e8me d&rsquo;association d&rsquo;id\u00e9es qui peut \u00eatre aussi fabuleux que terrible, l&rsquo;Estr\u00e9madure a-t-elle jamais \u00e9t\u00e9 associ\u00e9e au franquisme en raison de votre histoire familiale par une sorte de syllogisme&#160;: l&rsquo;Estr\u00e9madure, c&rsquo;est Manuel Mena, Manuel Mena, c&rsquo;est le franquisme, donc l&rsquo;Estr\u00e9madure, c&rsquo;est le franquisme <\/strong>&#160;?&nbsp;<\/h3>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est possible. C&rsquo;est intelligent ce que vous dites. Il se peut qu&rsquo;\u00e0 un moment donn\u00e9, enfant, encore ignorant de l&rsquo;histoire de mon pays, j&rsquo;ai associ\u00e9 l&rsquo;Estr\u00e9madure au franquisme. Parce que ma famille \u00e9tait franquiste, parce que le h\u00e9ros de ma famille \u00e9tait franquiste, c&rsquo;est possible. Et il se peut que j\u2019aie associ\u00e9 la Catalogne \u00e0 ce qui n\u2019\u00e9tait pas fasciste, ce qui est absurde, car historiquement, \u00e7a n&rsquo;a pas le moindre fondement, la Catalogne \u00e9tait autant franquiste voire plus que l&rsquo;Estr\u00e9madure.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Dans <em>Le monarque des ombres<\/em>, le narrateur raconte que c&rsquo;est sa m\u00e8re qui a souffert de quitter Ibahernando. De cette mani\u00e8re, le th\u00e8me de l&rsquo;attente, tr\u00e8s novateur, est introduit et travaill\u00e9. Le narrateur cite le roman de Buzzati, <em>Le d\u00e9sert des Tartares <\/em>&#160;; il aurait \u00e9galement pu mentionner Nizan, et surtout son roman <em>La conspiration, <\/em>qui s&rsquo;articule autour de lui. Ce que je trouve int\u00e9ressant dans <em>Le monarque des ombres<\/em>, c&rsquo;est que l&rsquo;attente n&rsquo;est pas temporelle &#8211; ni id\u00e9ologique dans le cas de Nizan &#8211; mais plut\u00f4t spatiale. Comment avez-vous v\u00e9cu l&rsquo;attente d&rsquo;un lieu, aussi proustien que cela puisse \u00eatre, clo\u00eetr\u00e9 dans votre m\u00e9moire et se retrouvant \u00e9tranger dans les deux r\u00e9gions&#160;?&nbsp;<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Eh bien, il y a deux exp\u00e9riences tr\u00e8s diff\u00e9rentes. La mienne et celle de ma m\u00e8re. Je suis le r\u00e9sultat de l&rsquo;\u00e9migration. En d&rsquo;autres termes, je suis le r\u00e9sultat de la vie entre deux endroits, mais ma m\u00e8re est une victime, et c&rsquo;est tr\u00e8s diff\u00e9rent. C&rsquo;est souvent le cas lorsqu&rsquo;une personne \u00e9migre. Ma m\u00e8re n&rsquo;est jamais partie compl\u00e8tement, ma m\u00e8re est toujours l\u00e0-bas mentalement. Mes parents sont all\u00e9s en Catalogne pour donner \u00e0 leurs enfants un meilleur avenir, c&rsquo;est tr\u00e8s clair, parce que ma m\u00e8re n&rsquo;\u00e9tait pas heureuse l\u00e0-bas, mais elle voyait que son mari avait une meilleure profession, mon p\u00e8re \u00e9tait v\u00e9t\u00e9rinaire, il gagnait plus d&rsquo;argent. Que leurs enfants pouvaient avoir un meilleur avenir, qu&rsquo;ils pouvaient aller \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9, qu&rsquo;ils avaient plus d&rsquo;opportunit\u00e9s, etc. Mais mes parents n&rsquo;avaient pas d&rsquo;amis en Catalogne. Ma m\u00e8re ne s&rsquo;est jamais int\u00e9gr\u00e9e, elle ne savait pas parler catalan. C&rsquo;\u00e9tait une femme avec 5 enfants, qui se consacrait exclusivement \u00e0 cela, ses enfants et sa famille. Ma m\u00e8re est une victime de cela.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Et moi, d&rsquo;autre part, je suis un r\u00e9sultat. Je n&rsquo;aurais jamais \u00e9t\u00e9 un \u00e9crivain si j&rsquo;\u00e9tais rest\u00e9 en Estr\u00e9madure. L&rsquo;\u00e9migration m\u2019a \u00e9t\u00e9 favorable, car elle m&rsquo;a d\u00e9racin\u00e9, elle m&rsquo;a stress\u00e9, elle m&rsquo;a fait d\u00e9couvrir d&rsquo;autres choses. Et je pense que ce livre est un hommage \u00e0 ma m\u00e8re, essentiellement, qui a \u00e9t\u00e9 victime de ce d\u00e9racinement.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Nous, \u00e9crivains, sommes des charognards, ce qui est douloureux dans la vie est bon pour la litt\u00e9rature, et ce qui est bon dans la vie est mauvais pour la litt\u00e9rature. Dans un monde heureux, il n&rsquo;y aurait pas de litt\u00e9rature, il n&rsquo;y aurait pas de romans, de la po\u00e9sie peut-\u00eatre, peu et tr\u00e8s mauvaise, mais des romans non. Nous, les \u00e9crivains, nous nous nourrissons de ce qui est mauvais&#160;: des crises, de la douleur, du d\u00e9racinement. Dans le meilleur des cas, les bons \u00e9crivains sont comme les alchimistes qui voulaient transformer le fer en or. Les meilleurs d&rsquo;entre nous transforment la douleur, la tristesse et la mis\u00e8re en beaut\u00e9 et en signification. Et c&rsquo;est pourquoi moi, cher Florent, contrairement \u00e0 ce que pr\u00f4ne une des superstitions les plus enracin\u00e9es de notre temps, je crois que la litt\u00e9rature est extr\u00eamement utile \u00e0 condition qu&rsquo;elle n\u2019essaie pas de l\u2019\u00eatre. Si la litt\u00e9rature tente d\u2019\u00eatre utile, elle devient propagande, p\u00e9dagogie, cesse d&rsquo;\u00eatre de la bonne litt\u00e9rature et cesse alors d&rsquo;\u00eatre utile.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Je crois que la litt\u00e9rature est extr\u00eamement utile \u00e0 condition qu&rsquo;elle n\u2019essaie pas de l\u2019\u00eatre.<\/p><cite>Javier Cercas<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>Mais oui, j&rsquo;ai v\u00e9cu entre ces deux mondes et je n&rsquo;ai pas voulu me passer de l&rsquo;un ou de l&rsquo;autre. Ma m\u00e8re, en revanche, n&rsquo;a mentalement toujours v\u00e9cu que dans un seul. Il y a un livre d&rsquo;un grand po\u00e8te polonais intitul\u00e9 <em>Deux villes <\/em>d&rsquo;Adam Zagajewski. C&rsquo;est le livre o\u00f9 j&rsquo;ai vu le meilleur reflet de ce sentiment de vivre entre deux mondes, car il a aussi v\u00e9cu dans deux villes diff\u00e9rentes.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>\u00c0 quel moment avez-vous compris que le d\u00e9racinement \u00e9tait une bonne exp\u00e9rience pour vous&#160;? Dans <em>Le monarque des ombres<\/em>, le narrateur dit \u00e0 un moment donn\u00e9&#160;: \u00ab&#160;J&rsquo;essayais de m&rsquo;habituer au froid de l&rsquo;ext\u00e9rieur et au d\u00e9sarroi du d\u00e9racinement, et j&rsquo;essayais de me lib\u00e9rer de la fausse chaleur du village en le fr\u00e9quentant le moins possible&#160;\u00bb. Il y a l\u00e0 une exp\u00e9rience n\u00e9gative, \u00e9tait-ce vraiment le cas ou est-ce l\u2019\u00e9crivain qui prend le pouvoir sur l\u2019exp\u00e9rience de sa m\u00e8re pour lui rendre hommage&#160;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Non, ce que je dis l\u00e0 est tr\u00e8s pr\u00e9cis, c&rsquo;est ce que je ressentais. \u00c0 un moment donn\u00e9 je ne voulais pas retourner dans ce village, je voulais m&rsquo;\u00e9manciper. De m\u00eame que lorsque vous \u00eates jeune, vous devez vous \u00e9manciper de votre famille, de votre h\u00e9ritage, pour \u00eatre qui vous \u00eates. Alors, quand j\u2019\u00e9tais jeune, je ne voulais pas retourner au village. En fait, j&rsquo;avais honte d&rsquo;\u00eatre de cette r\u00e9gion. Je n&rsquo;aimais pas \u00e7a, je n&rsquo;aimais pas ma famille, ni le fait qu\u2019elle ait \u00e9t\u00e9 franquiste, et j&rsquo;avais honte de ma famille et de mes origines. En grandissant, j&rsquo;ai appris que je n&rsquo;\u00e9tais pas oblig\u00e9 de penser comme cela, que la meilleure chose \u00e0 faire est d&rsquo;assumer son h\u00e9ritage, de le comprendre, car il fait partie de vous et vous ne pouvez pas vous en d\u00e9barrasser. Vous ne pouvez pas dire qu&rsquo;il ne vous appartient pas, car il vous appartient, et il est en vous. Et j&rsquo;ai appris \u00e7a sur le tard, comme presque toutes les choses importantes.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Diriez-vous que vous l&rsquo;avez compris \u00e0 travers la litt\u00e9rature&#160;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Bien s\u00fbr, comme presque toutes les choses importantes, je l&rsquo;ai compris gr\u00e2ce \u00e0 la litt\u00e9rature, et en grande partie gr\u00e2ce \u00e0 ce livre. Je me souviens d&rsquo;un critique du <em>New York Times <\/em>qui disait&#160;: ce livre n&rsquo;est peut-\u00eatre pas aussi divertissant que <em>Les Soldats de Salamine<\/em>, mais il est peut-\u00eatre plus important. Pour moi, \u00e7a l&rsquo;est. C&rsquo;est aussi un livre tr\u00e8s difficile \u00e0 lire. Les gens pensent qu&rsquo;un livre sur votre propre famille ou sur le h\u00e9ros de votre famille est beaucoup plus facile \u00e0 \u00e9crire. Au contraire, c&rsquo;est beaucoup plus compliqu\u00e9, \u00e0 de nombreux points de vue. Mais ce livre m&rsquo;a aid\u00e9 \u00e0 assumer cette partie de moi.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est int\u00e9ressant que vous l&rsquo;ayez compar\u00e9 \u00e0 Proust. Les personnes qui ont termin\u00e9 <em>\u00c0 La<\/em> <em>Recherche du temps perdu<\/em>, peu nombreuses je pense, savent qu&rsquo;il s&rsquo;agit de comprendre comment Marcel d\u00e9couvre sa vocation, comment il devient \u00e9crivain. Il parle de la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;assumer la vocation d&rsquo;\u00e9crivain, du fait que la litt\u00e9rature est ce qui donne un sens \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9. Et c&rsquo;est ce qui se passe \u00e0 la fin de <em>Monarque des Ombres,<\/em> le narrateur d\u00e9couvre que c&rsquo;est seulement en \u00e9crivant ce livre qu&rsquo;il donne un sens \u00e0 cette exp\u00e9rience de vie. C&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;il parvient, en quelque sorte, \u00e0 assumer cet h\u00e9ritage tr\u00e8s inconfortable pour lui, un h\u00e9ritage familial, historique, g\u00e9ographique et social. J&rsquo;avais aussi honte d&rsquo;\u00eatre le fils de la famille la plus riche du village, car il y avait des pauvres. Donc, oui, ce livre est tr\u00e8s important pour moi. Et la preuve, c&rsquo;est qu&rsquo;en l&rsquo;\u00e9crivant, j&rsquo;ai eu le sentiment d&rsquo;avoir termin\u00e9 quelque chose. Les romans qui ont suivi <em>Le Monarque des Ombres<\/em>, la trilogie <em>Terra Alta<\/em>, sont des romans diff\u00e9rents parce que j&rsquo;ai eu le sentiment, en terminant ce livre, que c&rsquo;\u00e9tait la fin de quelque chose qui avait commenc\u00e9 20 ans auparavant avec <em>Les Soldats de Salamine <\/em>et que c&rsquo;\u00e9tait une s\u00e9rie de livres ayant des points communs, ce qu&rsquo;on appelle aujourd&rsquo;hui l&rsquo;autofiction. Je ne devais pas continuer sur la m\u00eame voie, sinon je courrais le pire danger pour un \u00e9crivain, \u00e0 savoir de se r\u00e9p\u00e9ter. \u00c0 ce moment-l\u00e0, l&rsquo;\u00e9crivain est mort, car il ne peut plus rien dire de nouveau. Donc, <em>Le Monarque des ombres, <\/em>c&rsquo;est comme si j&rsquo;avais enlev\u00e9 un poids de mes \u00e9paules, comme si je m&rsquo;\u00e9tais dit, bon, maintenant j&rsquo;ai dit tout ce que j&rsquo;avais \u00e0 dire, maintenant je dois inventer un autre \u00e9crivain. Ce que j&rsquo;ai essay\u00e9 de faire, c&rsquo;est de me renouveler, de d\u00e9couvrir un nouvel \u00e9crivain en moi, de me rebeller contre moi-m\u00eame, car j\u2019avais r\u00e9ussi \u00e0 dire ce que je voulais vraiment dire.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Vous m&rsquo;avez dit que le d\u00e9racinement est \u00e0 l&rsquo;origine de votre vocation d&rsquo;\u00e9crivain. \u00c9tait-ce le d\u00e9racinement lui-m\u00eame &#8211; et il aurait pu s&rsquo;agir d&rsquo;un d\u00e9racinement avec une autre r\u00e9gion ou un autre pays &#8211; ou \u00e9tait-ce le d\u00e9racinement particulier de l&rsquo;Estr\u00e9madure&#160;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est peut-\u00eatre le d\u00e9racinement lui-m\u00eame. Il y a une phrase de Cesare Pavese, que j&rsquo;aime beaucoup. Selon Pavese, la litt\u00e9rature est une d\u00e9fense contre les blessures de la vie. L\u00e0 encore, si vous \u00eates heureux, si vous \u00eates \u00e0 l&rsquo;endroit qui vous correspond, si vous menez une vie harmonieuse, il vous est difficile de vous consacrer \u00e0 l&rsquo;\u00e9criture. Nous nous consacrons \u00e0 l&rsquo;\u00e9criture parce que nous ne sommes pas \u00e0 l&rsquo;aise dans le monde, parce que nous n&rsquo;aimons pas la fa\u00e7on dont les choses se passent, nous sommes malheureux dans le monde, quelque chose ne nous convient pas, nous n&rsquo;avons pas notre place. Le d\u00e9racinement est pr\u00e9cis\u00e9ment cela, c&rsquo;est une fa\u00e7on de ne pas s&rsquo;int\u00e9grer, c&rsquo;est une fa\u00e7on de savoir que vous n&rsquo;\u00eates pas \u00e0 votre place et la litt\u00e9rature vous permet de vous accrocher \u00e0 un endroit s\u00fbr. Elle devient aussi, d&rsquo;une certaine mani\u00e8re, une patrie. Elle vous permet de vous d\u00e9fendre contre l&rsquo;offense que constitue le fait de se sentir exclu, de se sentir d\u00e9racin\u00e9, d&rsquo;avoir le sentiment de ne pas appartenir \u00e0 l&rsquo;endroit o\u00f9 vous vivez. La litt\u00e9rature devient cette place dans le monde, ou du moins l&rsquo;instrument pour trouver cet espace.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>On s&rsquo;entretue ces derniers temps pour des sentiments nationaux, comme lors des deux derni\u00e8res guerres mondiales.<\/p><cite>Javier Cercas<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Pensez-vous que l\u2019Estr\u00e9madure soit une r\u00e9gion singuli\u00e8re&nbsp;&#160;? Car Hern\u00e1n Cort\u00e9s, les fr\u00e8res Pizarro, Pedro de Alvarado ou Hernando de Soto y sont n\u00e9s.&nbsp; Est-ce la terre des aventuriers, le d\u00e9sert qui frustre les ambitions, les pousse \u00e0 fuir et les incite \u00e0 r\u00e9aliser leurs r\u00eaves de grandeur dans le Nouveau Monde&#160;?&nbsp;<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Oui, l&rsquo;Estr\u00e9madure est le lieu d&rsquo;o\u00f9 sont partis de nombreux conquistadors fondamentaux. Mais c&rsquo;est un pass\u00e9 \u00e9pique qui n&rsquo;est pas important pour moi. On s\u2019en souvient comme d&rsquo;un pass\u00e9 glorieux, avec des gens qui ne m&rsquo;int\u00e9ressaient pas. C\u2019est le franquisme qui en a fait un pass\u00e9 triomphal. Je me souviens de ces exploits \u00e9piques, mais cela ne m&rsquo;int\u00e9resse pas le moins du monde. Bien que ce lieu ait donn\u00e9 naissance, reconnaissons-le, \u00e0 des personnages vraiment extraordinaires en leur temps, ce n\u2019est pas Mon Estr\u00e9madure.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;Estr\u00e9madure de laquelle j&rsquo;\u00e9migre et que je connais est quelque chose de compl\u00e8tement diff\u00e9rent. C&rsquo;est une terre de fronti\u00e8re. C&rsquo;est une terre tr\u00e8s pauvre. C&rsquo;est une terre qui a \u00e9t\u00e9 humili\u00e9e historiquement. C&rsquo;est une terre qui a \u00e9t\u00e9 mise de c\u00f4t\u00e9, rel\u00e9gu\u00e9e. La vieille ombre des conquistadors plane sur elle, mais elle est sans importance pour les habitants d&rsquo;Estr\u00e9madure. Au contraire, pour eux, je pense que cela p\u00e8se comme quelque chose qui n&rsquo;apporte pas grand-chose. Je ne pense pas que cela ait un quelconque rapport avec la vision que ces habitants ont d&rsquo;eux-m\u00eames en ce moment. La vision de l&rsquo;Estr\u00e9madure est la vision d&rsquo;un lieu qui, dans le contexte espagnol, est tr\u00e8s discr\u00e9dit\u00e9, car il a \u00e9t\u00e9 un territoire abandonn\u00e9 pendant des si\u00e8cles. Un territoire qui \u00e9tait l\u00e0, qui appartenait \u00e0 la noblesse, pauvre, avec tr\u00e8s peu d&rsquo;estime de soi, et une tr\u00e8s mauvaise r\u00e9putation aussi. J&rsquo;ai vu ce manque d&rsquo;estime de soi chez mes parents, et chez les Extremaduriens en g\u00e9n\u00e9ral. Cela change lentement, mais tr\u00e8s lentement, parce que c&rsquo;est un manque de prestige et d&rsquo;estime de soi historique, qui doit \u00eatre pris en compte.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Le nom pourrait-il aussi expliquer, sans \u00e9tymologie \u00e0 la Francis Ponge, que l&rsquo;Estr\u00e9madure est une r\u00e9gion extr\u00eame et rude&#160;?&nbsp;<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est vrai, c&rsquo;est absolument vrai. C&rsquo;est une r\u00e9gion pauvre, frontali\u00e8re, et rude au niveau climatique et g\u00e9ographique. Autrefois L&rsquo;Espagne et le Portugal vivaient compl\u00e8tement dos \u00e0 dos, et la fronti\u00e8re \u00e9tait comme la fin du monde. Cela a chang\u00e9 maintenant. Mais oui, c&rsquo;est une zone extr\u00eame et dure \u00e0 la fois. C&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;Ouest, au sens occidental du terme. Absolument, c&rsquo;\u00e9tait comme \u00e7a.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>En ce qui concerne l&rsquo;Estr\u00e9madure comme fronti\u00e8re, le Portugal poss\u00e8de une ancienne province portant le m\u00eame nom. Peut-on traduire cela par une proximit\u00e9 ou une influence mutuelle&#160;?&nbsp;<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Actuellement, la relation entre l&rsquo;Estr\u00e9madure et le Portugal, ou plus g\u00e9n\u00e9ralement entre l&rsquo;Espagne et le Portugal, est beaucoup plus intense et fructueuse, mais seulement depuis 40 ans, pas plus. Je pense que, historiquement, les deux pays ont v\u00e9cu compl\u00e8tement dos \u00e0 dos. Aujourd&rsquo;hui, les relations sont beaucoup plus positives. Historiquement, les suspicions entre l&rsquo;Espagne et le Portugal \u00e9taient tr\u00e8s fortes, et c&rsquo;\u00e9tait le cas jusqu&rsquo;\u00e0 une p\u00e9riode relativement r\u00e9cente. Cela a totalement chang\u00e9, ce qui est fantastique pour les Portugais, les Espagnols et les Estr\u00e9maduriens des deux pays. Il y a une fluidit\u00e9 totale, il existe des magazines bilingues. Les \u00e9crivains espagnols lisent les \u00e9crivains portugais, et vice versa. \u00c7a c\u2019est une chose fantastique. Mais \u00e7a n&rsquo;existait pas quand j&rsquo;\u00e9tais jeune.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Je dois aussi dire une chose, j&rsquo;ai appris \u00e0 conna\u00eetre l&rsquo;Estr\u00e9madure en grandissant. Quand j&rsquo;\u00e9tais jeune, je retournais uniquement dans mon village. Pour moi, l&rsquo;Estr\u00e9madure \u00e9tait un mini-monde, un v\u00e9ritable microcosme. En grandissant, et gr\u00e2ce encore \u00e0 la litt\u00e9rature, j&rsquo;ai commenc\u00e9 \u00e0 conna\u00eetre cette complexit\u00e9. En r\u00e9alit\u00e9, l&rsquo;Estr\u00e9madure est un m\u00e9lange de Castille et d&rsquo;Andalousie. Le nord est castillan et le sud est tr\u00e8s andalou. \u00c9videmment, de tous les points de vue&#160;: architectural, historique, social. Mais je l&rsquo;ai compris beaucoup plus tard.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>L&rsquo;Estr\u00e9madure est l&rsquo;une des rares r\u00e9gions sans lumi\u00e8re sur la carte nocturne de l&rsquo;Europe. Quel genre d&rsquo;Espagne voyons-nous depuis l&rsquo;Estr\u00e9madure&#160;? Quel genre d&rsquo;Europe&#160;?&nbsp;<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Je devrais y r\u00e9fl\u00e9chir. Je crois que l&rsquo;Estr\u00e9madure a beaucoup b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de l&rsquo;\u00e9tat des r\u00e9gions autonomes, de l&rsquo;Espagne f\u00e9d\u00e9rale, cela ne fait aucun doute. Et elle a aussi largement b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de l&rsquo;entr\u00e9e de l&rsquo;Espagne dans l&rsquo;Union europ\u00e9enne, comme l&rsquo;ensemble de l&rsquo;Espagne. En d&rsquo;autres termes, l&rsquo;Espagne est l&rsquo;un des pays les plus pro-europ\u00e9ens d&rsquo;Europe, et l&rsquo;a toujours \u00e9t\u00e9. Nous avons vu beaucoup plus d&rsquo;avantages que d&rsquo;inconv\u00e9nients. Parce que nous \u00e9tions pauvres, et ce sont toujours les riches qui veulent se s\u00e9parer des pauvres, jamais l&rsquo;inverse, cela a toujours \u00e9t\u00e9 le cas en toutes circonstances.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>[Le monde se transforme. Depuis le tout d\u00e9but de l\u2019invasion de la Russie de l\u2019Ukraine, avec nos cartes, nos analyses et nos perspectives nous avons aid\u00e9 presque 3 millions de personnes \u00e0 comprendre les transformations g\u00e9opolitiques de cette s\u00e9quence. Si vous trouvez notre travail utile et pensez qu\u2019il m\u00e9rite d\u2019\u00eatre soutenu, vous pouvez vous abonner&nbsp;<a href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/user-dashboard\/register\/\">ici<\/a>.]<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Les Estr\u00e9maduriens sont les plus pauvres des pauvres et c&rsquo;est pourquoi personne ne songerait \u00e0 ne pas vouloir \u00eatre europ\u00e9en. Et l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;autonomie a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s positif pour l&rsquo;Estr\u00e9madure. C&rsquo;est-\u00e0-dire que l&rsquo;autonomie et nos propres institutions ont \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s bonnes, \u00e0 tous points de vue, \u00e9conomiquement, culturellement. Comment voit-on l\u2019Europe&#160;? Peut-\u00eatre est-elle encore consid\u00e9r\u00e9e comme quelque chose de diff\u00e9rent. On ne comprend toujours pas que l&rsquo;Europe, c&rsquo;est aussi nous, que l&rsquo;Estr\u00e9madure fait aussi partie de l&rsquo;Europe. Parfois, en Espagne, cela n&rsquo;est pas compris non plus. Elle est donc vue comme l&rsquo;Europe est vue en Espagne avec les meilleures t\u00eates depuis la fin du XVIIIe si\u00e8cle&#160;: comme un lieu de civilisation, de science, de prosp\u00e9rit\u00e9, de d\u00e9mocratie, de libert\u00e9. Il y a une vision tr\u00e8s positive. Ce n&rsquo;est pas toujours le cas aux extr\u00e9mit\u00e9s de l&rsquo;Europe, je pense par exemple \u00e0 la Pologne, o\u00f9 ce sentiment europ\u00e9iste, cette admiration, cette consid\u00e9ration de l&rsquo;Europe comme notre destin naturel et l&rsquo;endroit o\u00f9 les choses iront mieux pour tout le monde n&rsquo;existe pas. En revanche, ici c&rsquo;est le cas, et au Portugal aussi.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Je ne me souviens pas du premier livre que j&rsquo;ai lu, car j&rsquo;ai toujours \u00e9t\u00e9 un lecteur, mais je me souviens parfaitement du premier film que j&rsquo;ai vu. Je l&rsquo;ai vu dans le bar du village et c&rsquo;\u00e9tait <em>Les quatre fils de Katie Elder<\/em>, de Henry Hathaway, avec John Wayne. C&rsquo;est l&rsquo;une des meilleures choses qui me soient arriv\u00e9es.<\/p><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Quelle est votre relation actuelle avec votre r\u00e9gion&#160;? Quel est votre meilleur souvenir&#160;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Ma relation est maintenant tr\u00e8s agr\u00e9able. J&rsquo;y am\u00e8ne ma famille, j&rsquo;ai toujours une maison. Ma m\u00e8re aussi a une maison, elle a besoin d&rsquo;y aller pour survivre. Elle est tr\u00e8s \u00e2g\u00e9e, mais quand elle va l\u00e0-bas, elle a 15 ans de moins, son mental se r\u00e9g\u00e9n\u00e8re compl\u00e8tement. Avec \u00e7a, je pense que je vous ai tout dit.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Pour moi, c&rsquo;est toujours un plaisir d&rsquo;y retourner. J&rsquo;y vais avec mon fils, avec sa petite amie, avec ma femme, et nous sommes toujours contents d\u2019y aller. C&rsquo;est pourquoi c&rsquo;est une patrie pour moi, je veux toujours y retourner, et toutes les excuses sont bonnes pour aller y faire un tour.<\/p>\n\n\n\n<p>Des souvenirs&#160;? J&rsquo;ai tous les souvenirs du monde de l\u00e0-bas. Les voyages que nous faisions quand j&rsquo;\u00e9tais enfant avec mes parents \u00e9taient des voyages inimaginables en \u00e9t\u00e9. Il nous fallait deux jours pour y arriver. En voiture, comme les Arabes qui traversent maintenant l&rsquo;Espagne pour aller au Maroc, avec les grandes barres sur le toit et les valises dessus. C&rsquo;\u00e9taient des voyages \u00e9ternels, on \u00e9coutait la musique que mes parents mettaient dans la voiture.<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne me souviens pas du premier livre que j&rsquo;ai lu, car j&rsquo;ai toujours \u00e9t\u00e9 un lecteur, mais je me souviens parfaitement du premier film que j&rsquo;ai vu. Je l&rsquo;ai vu dans le bar du village et c&rsquo;\u00e9tait <em>Les quatre fils de Katie Elder<\/em>, de Henry Hathaway, avec John Wayne. C&rsquo;est l&rsquo;une des meilleures choses qui me soient arriv\u00e9es. Vous alliez au bar pour voir les films et vous deviez apporter votre chaise. J&rsquo;ai tous les souvenirs du monde, d&rsquo;innombrables souvenirs. Il y a des gens qui m&rsquo;aiment l\u00e0-bas, et c\u2019est tr\u00e8s agr\u00e9able car moi aussi je les aime beaucoup.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Savez-vous si vos livres sont particuli\u00e8rement bien accueillis en Estr\u00e9madure&#160;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>En Estr\u00e9madure, le taux de lecture n&rsquo;est pas tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9, mais je sais que les gens sont tr\u00e8s fiers de moi, et cela me rend heureux car les Estr\u00e9maduriens sont peu nombreux. Il y a un million de personnes qui vivent dans ce territoire immense et vide. Les personnes qui y vivent sont tr\u00e8s fi\u00e8res des Estr\u00e9maduriens qui sont connus, qui ont acquis une certaine importance. La derni\u00e8re fois que j&rsquo;y suis all\u00e9, je me suis rendu au salon du livre de C\u00e1ceres, et j&rsquo;ai sign\u00e9 des livres pendant trois heures, les gens m&rsquo;appr\u00e9cient beaucoup et c\u2019est r\u00e9ciproque. La grande majorit\u00e9 des habitants d&rsquo;Estr\u00e9madure sont comme moi, des gens qui ont d\u00fb partir et qui reviennent toujours. Je me sens tr\u00e8s solidaire de ces personnes, parce qu&rsquo;elles sont pauvres, parce qu&rsquo;elles ont \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9es, historiquement rel\u00e9gu\u00e9es. Parce que mes parents en font partie, et quand j&rsquo;y vais, je me sens tr\u00e8s bien. Je me sens totalement solidaire de ces gens, et si je peux les aider, je les aide, je le ferai toujours. Je n\u2019ai pas \u00e0 m&rsquo;en passer, ce serait comme renoncer \u00e0 une maison, \u00e0 un ami, \u00e0 un amour, on n\u2019a pas envie de s&rsquo;en passer.&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans ce nouvel \u00e9pisode de notre s\u00e9rie Grand Tour, Javier Cercas revient sur son enfance pass\u00e9e en Espagne \u2014 entre l&rsquo;Estr\u00e9madure natale et la Catalogne d&rsquo;adoption. \u00c0 travers ce double d\u00e9racinement g\u00e9ographique et spirituel qui l\u2019a guid\u00e9 vers la litt\u00e9rature, l\u2019auteur de <em>Soldats de Salamine<\/em> interroge les notions d\u2019identit\u00e9 et de patrie. Il m\u00e9dite sur la diversit\u00e9 culturelle et linguistique de l&rsquo;Espagne, largement m\u00e9connue en Europe.  <\/p>\n","protected":false},"author":2877,"featured_media":150569,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"templates\/post-interviews.php","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_trash_the_other_posts":false,"footnotes":""},"categories":[2984],"tags":[],"staff":[1631],"editorial_format":[],"serie":[],"audience":[],"geo":[1943],"class_list":["post-151241","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-grand-tour","staff-florent-zemmouche","geo-madrid"],"acf":{"open_in_webview":false,"accent":false},"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v26.1.1 - https:\/\/yoast.com\/wordpress\/plugins\/seo\/ -->\n<title>\u00ab La litt\u00e9rature est devenue ma patrie \u00bb, une conversation avec Javier Cercas | Le Grand Continent<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/07\/27\/la-litterature-est-devenue-ma-patrie-un-entretien-avec-javier-cercas\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"\u00ab La litt\u00e9rature est devenue ma patrie \u00bb, une conversation avec Javier Cercas | Le Grand Continent\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Dans ce nouvel \u00e9pisode de notre s\u00e9rie Grand Tour, Javier Cercas revient sur son enfance pass\u00e9e en Espagne \u2014 entre l&#039;Estr\u00e9madure natale et la Catalogne d&#039;adoption. \u00c0 travers ce double d\u00e9racinement g\u00e9ographique et spirituel qui l\u2019a guid\u00e9 vers la litt\u00e9rature, l\u2019auteur de Soldats de Salamine interroge les notions d\u2019identit\u00e9 et de patrie. Il m\u00e9dite sur la diversit\u00e9 culturelle et linguistique de l&#039;Espagne, largement m\u00e9connue en Europe.\" \/>\n<meta property=\"og:url\" content=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/07\/27\/la-litterature-est-devenue-ma-patrie-un-entretien-avec-javier-cercas\/\" \/>\n<meta property=\"og:site_name\" content=\"Le Grand Continent\" \/>\n<meta property=\"article:published_time\" content=\"2022-07-27T07:17:17+00:00\" \/>\n<meta property=\"article:modified_time\" content=\"2022-08-23T08:43:29+00:00\" \/>\n<meta property=\"og:image\" content=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/07\/gc-Javier-Cercas-990x558.png\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:width\" content=\"990\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:height\" content=\"558\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:type\" content=\"image\/png\" \/>\n<meta name=\"author\" content=\"luciemielle\" \/>\n<meta name=\"twitter:card\" content=\"summary_large_image\" \/>\n<meta name=\"twitter:image\" content=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/07\/gc-Javier-Cercas.png\" \/>\n<meta name=\"twitter:label1\" content=\"\u00c9crit par\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data1\" content=\"luciemielle\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:label2\" content=\"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data2\" content=\"34 minutes\" \/>\n<script type=\"application\/ld+json\" class=\"yoast-schema-graph\">{\"@context\":\"https:\/\/schema.org\",\"@graph\":[{\"@type\":\"WebPage\",\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/07\/27\/la-litterature-est-devenue-ma-patrie-un-entretien-avec-javier-cercas\/\",\"url\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/07\/27\/la-litterature-est-devenue-ma-patrie-un-entretien-avec-javier-cercas\/\",\"name\":\"\u00ab La litt\u00e9rature est devenue ma patrie \u00bb, une conversation avec Javier Cercas | Le Grand Continent\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#website\"},\"primaryImageOfPage\":{\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/07\/27\/la-litterature-est-devenue-ma-patrie-un-entretien-avec-javier-cercas\/#primaryimage\"},\"image\":{\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/07\/27\/la-litterature-est-devenue-ma-patrie-un-entretien-avec-javier-cercas\/#primaryimage\"},\"thumbnailUrl\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/07\/SIPA_SIPAUSA30283595_000008-scaled.jpg\",\"datePublished\":\"2022-07-27T07:17:17+00:00\",\"dateModified\":\"2022-08-23T08:43:29+00:00\",\"author\":{\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#\/schema\/person\/b241fc8f1100abf3d4e57620ff269306\"},\"breadcrumb\":{\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/07\/27\/la-litterature-est-devenue-ma-patrie-un-entretien-avec-javier-cercas\/#breadcrumb\"},\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"ReadAction\",\"target\":[\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/07\/27\/la-litterature-est-devenue-ma-patrie-un-entretien-avec-javier-cercas\/\"]}]},{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/07\/27\/la-litterature-est-devenue-ma-patrie-un-entretien-avec-javier-cercas\/#primaryimage\",\"url\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/07\/SIPA_SIPAUSA30283595_000008-scaled.jpg\",\"contentUrl\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/07\/SIPA_SIPAUSA30283595_000008-scaled.jpg\",\"width\":2560,\"height\":1703,\"caption\":\"TURIN, ITALY - October 14, 2021: Spanish writer Javier Cercas poses for a photo during 33rd Turin International Book Fair. Turin International Book Fair (Italian: Salone Internazionale del Libro) is Italy's largest trade fair for books, held annually in Turin. (Photo by Nicol\u00f2 Campo\/Sipa USA)\/35560097\/Nicol\u00f2 Campo\/2110141635\"},{\"@type\":\"BreadcrumbList\",\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/07\/27\/la-litterature-est-devenue-ma-patrie-un-entretien-avec-javier-cercas\/#breadcrumb\",\"itemListElement\":[{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":1,\"name\":\"Accueil\",\"item\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/\"},{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":2,\"name\":\"\u00ab&#160;La litt\u00e9rature est devenue ma patrie&#160;\u00bb, une conversation avec Javier Cercas\"}]},{\"@type\":\"WebSite\",\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#website\",\"url\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/\",\"name\":\"Le Grand Continent\",\"description\":\"L&#039;\u00e9chelle pertinente\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"SearchAction\",\"target\":{\"@type\":\"EntryPoint\",\"urlTemplate\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?s={search_term_string}\"},\"query-input\":{\"@type\":\"PropertyValueSpecification\",\"valueRequired\":true,\"valueName\":\"search_term_string\"}}],\"inLanguage\":\"fr-FR\"},{\"@type\":\"Person\",\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#\/schema\/person\/b241fc8f1100abf3d4e57620ff269306\",\"name\":\"luciemielle\",\"image\":{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#\/schema\/person\/image\/\",\"url\":\"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/763bc73834a2775717fbfb332269bd73?s=96&d=mm&r=g\",\"contentUrl\":\"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/763bc73834a2775717fbfb332269bd73?s=96&d=mm&r=g\",\"caption\":\"luciemielle\"}}]}<\/script>\n<!-- \/ Yoast SEO plugin. -->","yoast_head_json":{"title":"\u00ab La litt\u00e9rature est devenue ma patrie \u00bb, une conversation avec Javier Cercas | Le Grand Continent","robots":{"index":"index","follow":"follow","max-snippet":"max-snippet:-1","max-image-preview":"max-image-preview:large","max-video-preview":"max-video-preview:-1"},"canonical":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/07\/27\/la-litterature-est-devenue-ma-patrie-un-entretien-avec-javier-cercas\/","og_locale":"fr_FR","og_type":"article","og_title":"\u00ab La litt\u00e9rature est devenue ma patrie \u00bb, une conversation avec Javier Cercas | Le Grand Continent","og_description":"Dans ce nouvel \u00e9pisode de notre s\u00e9rie Grand Tour, Javier Cercas revient sur son enfance pass\u00e9e en Espagne \u2014 entre l'Estr\u00e9madure natale et la Catalogne d'adoption. \u00c0 travers ce double d\u00e9racinement g\u00e9ographique et spirituel qui l\u2019a guid\u00e9 vers la litt\u00e9rature, l\u2019auteur de Soldats de Salamine interroge les notions d\u2019identit\u00e9 et de patrie. Il m\u00e9dite sur la diversit\u00e9 culturelle et linguistique de l'Espagne, largement m\u00e9connue en Europe.","og_url":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/07\/27\/la-litterature-est-devenue-ma-patrie-un-entretien-avec-javier-cercas\/","og_site_name":"Le Grand Continent","article_published_time":"2022-07-27T07:17:17+00:00","article_modified_time":"2022-08-23T08:43:29+00:00","og_image":[{"width":990,"height":558,"url":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/07\/gc-Javier-Cercas-990x558.png","type":"image\/png"}],"author":"luciemielle","twitter_card":"summary_large_image","twitter_image":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/07\/gc-Javier-Cercas.png","twitter_misc":{"\u00c9crit par":"luciemielle","Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e":"34 minutes"},"schema":{"@context":"https:\/\/schema.org","@graph":[{"@type":"WebPage","@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/07\/27\/la-litterature-est-devenue-ma-patrie-un-entretien-avec-javier-cercas\/","url":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/07\/27\/la-litterature-est-devenue-ma-patrie-un-entretien-avec-javier-cercas\/","name":"\u00ab La litt\u00e9rature est devenue ma patrie \u00bb, une conversation avec Javier Cercas | Le Grand Continent","isPartOf":{"@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#website"},"primaryImageOfPage":{"@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/07\/27\/la-litterature-est-devenue-ma-patrie-un-entretien-avec-javier-cercas\/#primaryimage"},"image":{"@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/07\/27\/la-litterature-est-devenue-ma-patrie-un-entretien-avec-javier-cercas\/#primaryimage"},"thumbnailUrl":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/07\/SIPA_SIPAUSA30283595_000008-scaled.jpg","datePublished":"2022-07-27T07:17:17+00:00","dateModified":"2022-08-23T08:43:29+00:00","author":{"@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#\/schema\/person\/b241fc8f1100abf3d4e57620ff269306"},"breadcrumb":{"@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/07\/27\/la-litterature-est-devenue-ma-patrie-un-entretien-avec-javier-cercas\/#breadcrumb"},"inLanguage":"fr-FR","potentialAction":[{"@type":"ReadAction","target":["https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/07\/27\/la-litterature-est-devenue-ma-patrie-un-entretien-avec-javier-cercas\/"]}]},{"@type":"ImageObject","inLanguage":"fr-FR","@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/07\/27\/la-litterature-est-devenue-ma-patrie-un-entretien-avec-javier-cercas\/#primaryimage","url":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/07\/SIPA_SIPAUSA30283595_000008-scaled.jpg","contentUrl":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/07\/SIPA_SIPAUSA30283595_000008-scaled.jpg","width":2560,"height":1703,"caption":"TURIN, ITALY - October 14, 2021: Spanish writer Javier Cercas poses for a photo during 33rd Turin International Book Fair. Turin International Book Fair (Italian: Salone Internazionale del Libro) is Italy's largest trade fair for books, held annually in Turin. (Photo by Nicol\u00f2 Campo\/Sipa USA)\/35560097\/Nicol\u00f2 Campo\/2110141635"},{"@type":"BreadcrumbList","@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/07\/27\/la-litterature-est-devenue-ma-patrie-un-entretien-avec-javier-cercas\/#breadcrumb","itemListElement":[{"@type":"ListItem","position":1,"name":"Accueil","item":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/"},{"@type":"ListItem","position":2,"name":"\u00ab&#160;La litt\u00e9rature est devenue ma patrie&#160;\u00bb, une conversation avec Javier Cercas"}]},{"@type":"WebSite","@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#website","url":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/","name":"Le Grand Continent","description":"L&#039;\u00e9chelle pertinente","potentialAction":[{"@type":"SearchAction","target":{"@type":"EntryPoint","urlTemplate":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?s={search_term_string}"},"query-input":{"@type":"PropertyValueSpecification","valueRequired":true,"valueName":"search_term_string"}}],"inLanguage":"fr-FR"},{"@type":"Person","@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#\/schema\/person\/b241fc8f1100abf3d4e57620ff269306","name":"luciemielle","image":{"@type":"ImageObject","inLanguage":"fr-FR","@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#\/schema\/person\/image\/","url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/763bc73834a2775717fbfb332269bd73?s=96&d=mm&r=g","contentUrl":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/763bc73834a2775717fbfb332269bd73?s=96&d=mm&r=g","caption":"luciemielle"}}]}},"term_position_data":null,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/151241","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2877"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=151241"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/151241\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/150569"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=151241"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=151241"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=151241"},{"taxonomy":"staff","embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/staff?post=151241"},{"taxonomy":"editorial_format","embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/editorial_format?post=151241"},{"taxonomy":"serie","embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/serie?post=151241"},{"taxonomy":"audience","embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/audience?post=151241"},{"taxonomy":"geo","embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/geo?post=151241"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}