{"id":150956,"date":"2022-07-22T07:41:00","date_gmt":"2022-07-22T05:41:00","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=150956"},"modified":"2022-07-22T04:43:30","modified_gmt":"2022-07-22T02:43:30","slug":"etre-defenseur-des-droits-nest-pas-une-identite-cest-une-pratique-une-conversation-avec-anna-shcherbakova","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/07\/22\/etre-defenseur-des-droits-nest-pas-une-identite-cest-une-pratique-une-conversation-avec-anna-shcherbakova\/","title":{"rendered":"\u00ab \u00catre d\u00e9fenseur des droits n\u2019est pas une identit\u00e9, c’est une pratique \u00bb, une conversation avec Anna Shcherbakova"},"content":{"rendered":"\n
Il est un peu contre-intuitif pour moi de me caract\u00e9riser comme \u00ab d\u00e9fenseurs des droits \u00bb. Sans que cette appellation soit n\u00e9faste ou inutile, elle englobe des r\u00e9alit\u00e9s tr\u00e8s vari\u00e9es, tr\u00e8s subjectives et m\u00eame contextuelles, puisque l\u2019engagement d\u2019une personne est appel\u00e9 \u00e0 \u00e9voluer au cours de sa vie, en fonction de son contexte propre.<\/p>\n\n\n\n
Cette subjectivit\u00e9 de l\u2019engagement est quelque chose de tout \u00e0 fait clair dans mon cas : j\u2019ai du mal \u00e0 me d\u00e9finir comme militante pour les droits des personnes LGBTQI+, non pas parce que ce n\u2019est pas tout \u00e0 fait vrai, mais parce que la chose qui m\u2019importe est moins l\u2019identit\u00e9 de genre des personnes concern\u00e9es que la situation concr\u00e8te dans laquelle elles se trouvent. Mon action se concentre sur un moment du parcours de personnes en mobilit\u00e9. Et je pense que, lorsque l\u2019on parle de migration, il ne faut pas seulement en parler en termes de point de d\u00e9part ou d\u2019arriv\u00e9e, mais prendre en compte la diversit\u00e9 des profils et des parcours.<\/p>\n\n\n\n J\u2019ai du mal \u00e0 me d\u00e9finir comme militante pour les droits des personnes LGBTQI+, non pas parce que ce n\u2019est pas tout \u00e0 fait vrai, mais parce que la chose qui m\u2019importe est moins l\u2019identit\u00e9 de genre des personnes concern\u00e9es que la situation concr\u00e8te dans laquelle elles se trouvent.<\/p>Anna Shcherbakova<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Faisant moi-m\u00eame partie de la communaut\u00e9 LGBTQI+ au sens occidental ou m\u00eame nord-am\u00e9ricain du terme, j\u2019essaie d\u2019aborder la r\u00e9alit\u00e9 des minorit\u00e9s sexuelles, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019\u00e9cart par rapport aux normes sexuelles ou de genre, non pas comme un fait identitaire fig\u00e9 mais comme une donn\u00e9e sociale changeante. Je me suis donc engag\u00e9e pour la cause en Russie, mais je ne peux pas dire que je l\u2019ai fait dans une logique de d\u00e9fense des droits. En tant qu\u2019activiste ind\u00e9pendante, c\u2019est \u00e0 cette \u00e9poque-l\u00e0 que j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 l\u2019intersectionnalit\u00e9, \u00e0 tout ce qui a trait aux interactions entre le genre, la sexualit\u00e9, mais aussi les origines ethniques et la classe sociale.<\/p>\n\n\n\n Lorsque j\u2019\u00e9tais en Russie, je r\u00e9fl\u00e9chissais beaucoup \u00e0 tout cela, j\u2019avais envie d\u2019agir mais, du fait du milieu social d\u2019origine de mes parents, ma famille ne s\u2019est jamais retrouv\u00e9e dans ce type de revendications. J\u2019ai donc d\u00fb trouver ma voie ailleurs : en l\u2019occurrence, en menant une r\u00e9flexion sur la vie, les droits et la reconnaissance des droits des personnes minoritaires, notamment LGBTQI+. Je faisais alors partie d\u2019un mouvement citoyen contre la fraude \u00e9lectorale de 2012-13. Les mouvements de Navalny et de la Bolotna\u00efa ont \u00e9t\u00e9 une sorte d\u2019\u00e9cole pour moi. J\u2019y ai d\u00e9couvert que la soci\u00e9t\u00e9 civile int\u00e9grait des groupes qui, sans \u00eatre n\u00e9cessairement minoritaires, cr\u00e9aient du d\u00e9bat. J\u2019ai aussi pu voir comment un grand mouvement politique d\u2019opposition, comme celui contre la fraude \u00e9lectorale entre 2011 et 2013, pouvait inclure des revendications autres que la transition d\u00e9mocratique, m\u00eame si nous n\u2019en avions pas pleinement conscience sur le coup. D\u00e9j\u00e0, on voyait comment les mobilisations de groupes tr\u00e8s diff\u00e9rents, qu\u2019il s\u2019agisse des f\u00e9ministes et des personnes LGBTQI+, ou encore de personnes \u00e0 d\u2019autres marges politiques \u2013 les droites, les extr\u00eames droites, les droites radicales russes \u2013 pouvaient \u00eatre amen\u00e9es \u00e0 se rencontrer dans une mobilisation citoyenne.<\/p>\n\n\n\n Il est un peu contre-intuitif pour moi de me caract\u00e9riser comme \u00ab d\u00e9fenseurs des droits \u00bb. <\/p>Anna Shcherbakova<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Je n\u2019avais pas encore d\u00e9couvert le domaine de la d\u00e9fense des droits des \u00e9trangers en Russie \u00e0 ce moment parce que j\u2019avoue que j\u2019\u00e9tais, il me semble, assez aveugle aux probl\u00e9matiques des \u00e9trangers en mati\u00e8re de citoyennet\u00e9 nationale. Du fait de mon parcours, je n\u2019ai pas eu la sensibilit\u00e9 de me pencher sur ces enjeux et de m\u2019engager pour ces personnes \u00e9trang\u00e8res. Mais depuis, je me suis int\u00e9ress\u00e9e aux droits des personnes en mobilit\u00e9 et \u00e0 ceux des personnes en migration, j\u2019ai cherch\u00e9 \u00e0 comprendre comment agir au mieux pour les faire respecter. C\u2019est un v\u00e9ritable d\u00e9fi pour moi, et cette r\u00e9alit\u00e9 sociale structurante et tr\u00e8s changeante de la migration et de la d\u00e9fense des droits me passionne aujourd\u2019hui.<\/p>\n\n\n\n En Russie, il existe un mouvement de d\u00e9fense des droits depuis les ann\u00e9es 1960. Il y avait aussi d\u2019importants mouvements de dissidence. Apr\u00e8s les ann\u00e9es 2000, on a assist\u00e9 \u00e0 des d\u00e9bats d\u2019une grande qualit\u00e9 th\u00e9orique avec, en parall\u00e8le, un processus de traduction \u00e0 usage interne de nombreux textes am\u00e9ricains qui n\u2019\u00e9taient pas encore disponibles \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Les anthologies de Judith Butler et de Jack Halberstam sont apparues en Russie en 2010. On rapportait des livres de voyages \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, on piratait des sites pour avoir acc\u00e8s \u00e0 des articles : il y avait vraiment tout un r\u00e9seau qui, par ailleurs, \u00e9tait localement organis\u00e9 et qui a \u00e9norm\u00e9ment nourri ma r\u00e9flexion sur la reconnaissance des droits des personnes LGBTQI+, notamment en lien avec le concept d\u2019\u00c9tat-nation. Les milieux f\u00e9ministes mais aussi artistiques des ann\u00e9es 2000-2010 d\u00e9bordaient d\u2019\u00e9changes entre des personnes de l\u2019ex-URSS qui s\u2019effor\u00e7aient d\u2019inclure dans le discours th\u00e9orique et politique l\u2019existence d\u2019un h\u00e9ritage sovi\u00e9tique commun, mais aussi les enjeux post-coloniaux et post-imp\u00e9rialistes. \u00c9tant n\u00e9e \u00e0 Moscou, je suis pleinement issue d\u2019un contexte imp\u00e9rialiste, ce qui a \u00e9t\u00e9 pour moi une prise de conscience assez longue et d\u00e9sagr\u00e9able mais n\u00e9cessaire.<\/p>\n\n\n\n Une autre prise de conscience majeure a \u00e9t\u00e9 le constat, fait en 2017, \u00e0 la cr\u00e9ation de l\u2019association Urgence Homophobie, d\u2019une situation d\u2019urgence en Tch\u00e9tch\u00e9nie, lorsqu\u2019il a fallu exfiltrer, \u00e9vacuer et prendre en charge les populations qui quittaient le pays. Il ne s\u2019agissait pas seulement de permettre \u00e0 ces personnes de voyager jusqu\u2019\u00e0 un pays europ\u00e9en, mais aussi d\u2019\u0153uvrer pour une prise en charge et un accompagnement sur le long terme. Certaines personnes que je suis depuis plus de quatre ans sont toujours en grande difficult\u00e9 psychologique. C\u2019est donc \u00e0 travers cette prise en charge et le constat des d\u00e9faillances du syst\u00e8me d\u2019accueil g\u00e9n\u00e9raliste que se sont rencontr\u00e9s ces deux univers : celui de l\u2019asile et de l\u2019immigration et celui de la communaut\u00e9 LGBTQI+ et de tout ce qui touche \u00e0 l\u2019identit\u00e9 sexuelle et de genre. Sur ce dernier plan, les profils tch\u00e9tch\u00e8nes n\u2019ont \u00e9t\u00e9 pris en charge ni par les organisations LGBTQI+ ni dans le syst\u00e8me d\u2019accueil g\u00e9n\u00e9ral, ce qui constitue une anomalie dans ce syst\u00e8me. Il s\u2019agissait donc de chercher \u00e0 inclure, de d\u00e9velopper une sensibilit\u00e9 technique \u00e0 ces profils afin de pouvoir g\u00e9rer les potentiels probl\u00e8mes li\u00e9s, par exemple, aux possibles conflits homophobes en centre d\u2019accueil.<\/p>\n\n\n\n C\u2019est \u00e0 travers le constat des d\u00e9faillances du syst\u00e8me d\u2019accueil g\u00e9n\u00e9raliste que se sont rencontr\u00e9s ces deux univers : celui de l\u2019asile et de l\u2019immigration et celui de la communaut\u00e9 LGBTQI+ et de tout ce qui touche \u00e0 l\u2019identit\u00e9 sexuelle et de genre.<\/p>Anna Shcherbakova<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Dans l\u2019ensemble, il me semble que ces deux univers ne sont pas con\u00e7us comme un tout, sauf \u00e0 Marseille, o\u00f9 j\u2019ai trouv\u00e9 d\u00e8s mon arriv\u00e9e une sensibilit\u00e9 aux personnes LGBTQI+ dans l\u2019approche des questions migratoires. En tant que porte d\u2019entr\u00e9e de la France enti\u00e8re, Marseille est un cas sp\u00e9cifique. Ailleurs, j\u2019ai constat\u00e9 que le mouvement LGBTQI+ n\u2019\u00e9tait pas forc\u00e9ment sensibilis\u00e9 aux questions de migration et de mobilit\u00e9 en fonction de l\u2019identit\u00e9. C\u2019est d\u2019autant plus \u00e9tonnant que l\u2019ethnographie des discours et des communaut\u00e9s LGBTQI+, notamment en Am\u00e9rique du Nord, montre que la mobilit\u00e9 est quelque chose d\u2019absolument central dans le parcours des personnes LGBTQI+. C\u2019est ce qu\u2019\u00e9crit par exemple Kath Weston, une anthropologue qui a beaucoup travaill\u00e9 sur les parcours des personnes lesbiennes et des personnes gays \u00e0 San Francisco et ailleurs. Elle constate que le r\u00e9cit de d\u00e9placement de la ville natale vers une grande ville est un \u00e9l\u00e9ment fondamental du r\u00e9cit de soi des personnes homosexuelles. La notion de d\u00e9placement intervient toujours pour formaliser l\u2019identit\u00e9, pour se retrouver parmi les siens. Il est donc contre-intuitif pour moi que cette sensibilit\u00e9 particuli\u00e8re au d\u00e9placement, \u00e0 la mobilit\u00e9, \u00e0 la migration, ne soit pas plus pr\u00e9sente, et c\u2019est l\u2019ambition que nous nous sommes donn\u00e9e. <\/p>\n\n\n\n Je pense que ma r\u00e9flexion a \u00e9t\u00e9 largement nourrie par les mouvements f\u00e9ministes actifs des ann\u00e9es 2000 au d\u00e9but des ann\u00e9es 2010. Il y a toujours eu des mouvements f\u00e9ministes impressionnants en Russie mais, au cours de ces ann\u00e9es, une r\u00e9alit\u00e9 th\u00e9orique nouvelle s\u2019est cristallis\u00e9e, avec des d\u00e9bats de grande qualit\u00e9, des r\u00e9flexions tr\u00e8s fines sur le genre, sur ce qu\u2019est la r\u00e9alit\u00e9 de genre, notamment pour chercher \u00e0 comprendre s\u2019il s\u2019agit d\u2019une exp\u00e9rience de vie, d\u2019une identit\u00e9, voire les deux \u00e0 la fois, avec des interactions \u00e0 \u00e9tudier. Ces d\u00e9bats th\u00e9oriques ont peut-\u00eatre plus nourri ma r\u00e9flexion que la d\u00e9fense des droits LGBTQI+ classiques, qui repose largement sur la question de la reconnaissance des droits. <\/p>\n\n\n\n Il y a donc eu des d\u00e9bats th\u00e9oriques, f\u00e9ministes, queer, dont je suis fi\u00e8re d\u2019avoir fait partie. Par la suite, en France, en ayant acc\u00e8s \u00e0 de la litt\u00e9rature, j\u2019ai poursuivi ma r\u00e9flexion amorc\u00e9e en Russie sur la question d\u00e9coloniale, dans un sens qui s\u2019\u00e9cartait de la tradition classique de la d\u00e9fense des droits. Je ne veux pas dire qu\u2019il n\u2019y ait pas de litt\u00e9rature d\u00e9coloniale en Russie, mais mon arriv\u00e9e en France, surtout dans le contexte socialement et ethniquement divers de Marseille, m\u2019a beaucoup nourrie. Par ailleurs, cette diversit\u00e9 marseillaise m\u2019a fait repenser \u00e0 mon regard sur Moscou et m\u2019a fait prendre conscience de la diversit\u00e9 pr\u00e9sente dans la capitale russe. Habitant proche du campus de l\u2019Universit\u00e9 russe de l\u2019Amiti\u00e9 entre les Peuples, qui accueille de nombreux \u00e9tudiants d\u2019origines tr\u00e8s vari\u00e9es, je c\u00f4toyais cette diversit\u00e9 en y \u00e9tant \u00e0 la fois sensible et, quelque part, aveugle. Ce sont donc vraiment mes r\u00e9flexions th\u00e9oriques qui m\u2019ont permis de construire ce recul sur mon propre parcours. Les d\u00e9bats th\u00e9oriques queer, f\u00e9ministes, d\u00e9coloniaux, mais aussi mon rapport tr\u00e8s difficile \u00e0 l\u2019\u00c9tat-nation, le fait d\u2019\u00eatre r\u00e9fugi\u00e9e, d\u2019\u00eatre prot\u00e9g\u00e9e par la France, m\u2019ont donn\u00e9 la possibilit\u00e9 de sortir des carcans identitaires li\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00c9tat-Nation. C\u2019est donc finalement mon propre parcours migratoire qui m\u2019a pouss\u00e9e vers cette r\u00e9flexion tr\u00e8s importante pour moi.<\/p>\n\n\n\n Par ailleurs, \u00e0 travers mon parcours acad\u00e9mique en sciences sociales, je me suis rendu compte que j\u2019\u00e9tais beaucoup plus \u00e9troitement li\u00e9e au terrain migratoire qu\u2019au terrain LGBTQI+. Si je devais revenir aujourd\u2019hui vers la recherche, j\u2019irais vers quelque chose impliquant plut\u00f4t la migration \u00e0 100 %, parce que c\u2019est le cadre de la r\u00e9alit\u00e9 th\u00e9orique qui me passionne le plus. Pour moi, l\u2019inter-culturalit\u00e9 est une notion \u00e0 repenser, pour chercher \u00e0 soulager les tensions identitaires li\u00e9es \u00e0 la migration et \u00e0 l\u2019int\u00e9gration, mais aussi pour d\u00e9fendre, dans le cas des personnes LGBTQI+ notamment, l\u2019int\u00e9gration par les pratiques et non pas par l\u2019identit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n S\u2019il est important de r\u00e9aliser ce travail th\u00e9orique sur les personnes qui demandent l\u2019asile \u00e0 cause de leur identit\u00e9 de genre ou de leur orientation sexuelle, c\u2019est que les institutions fran\u00e7aises expriment certaines attentes, socialement tr\u00e8s r\u00e9pandues, par rapport \u00e0 ces personnes : il s\u2019agit pour elles de voir si la personne est capable de se mettre en r\u00e9cit, de pr\u00e9senter une identit\u00e9 coh\u00e9rente. Or, ces attentes sont tout \u00e0 fait handicapantes et, en un certain sens, discriminatoires, car l\u2019homosexualit\u00e9 n\u2019est pas seulement un fait d\u2019identit\u00e9, mais un fait social plus large, une mani\u00e8re de vivre des liens sociaux. <\/p>\n\n\n\n L\u2019approche par les pratiques, par les situations concr\u00e8tes, les groupes, les configurations pr\u00e9cises dans lesquelles les personnes \u00e9voluent est ainsi plus pertinente pour comprendre r\u00e9ellement les enjeux et les menaces que rencontrent les personnes LGBTQI+ en fonction des contextes. <\/p>Anna Shcherbakova<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n C\u2019est cette approche qui m\u2019inspire et que, d\u2019une certaine fa\u00e7on, j\u2019oppose \u00e0 la strat\u00e9gie de \u00ab labellisation \u00bb des d\u00e9fenseurs des droits. De la m\u00eame mani\u00e8re, je pense qu\u2019\u00eatre d\u00e9fenseuse ou d\u00e9fenseur n\u2019est pas un \u00e9tat, une identit\u00e9, mais une pratique. De nombreuses personnes s\u2019engagent au quotidien dans ce qu\u2019on qualifie en Occident comme la \u00ab d\u00e9fense des droits \u00bb sans se reconna\u00eetre dans cette appellation, parce qu\u2019elles n\u2019en ont pas la m\u00eame conception. Je pense notamment \u00e0 toutes les personnes actives dans les zones de tensions migratoires, notamment dans les camps de r\u00e9fugi\u00e9s hors d\u2019Europe, qui portent des revendications de tous les jours autour de cette question mais ne sont jamais labellis\u00e9es comme d\u00e9fenseuses des droits et sont d\u2019ailleurs tr\u00e8s peu prises en compte par les acteurs des ONG internationales ou par les acteurs de la diplomatie fran\u00e7aise. \u00c0 titre personnel, je d\u00e9fends donc l\u2019id\u00e9e que c\u2019est aussi l\u2019analyse de terrain qui doit d\u00e9finir ce qu\u2019est la d\u00e9fense des droits, en partant non seulement des pratiques, mais aussi des contextes sociaux dans lesquels ces pratiques s\u2019ins\u00e8rent.<\/p>\n\n\n\n La notion d\u2019identit\u00e9 est au c\u0153ur de mon v\u00e9cu. Je me suis sentie assez \u00e0 l\u2019aise avec l\u2019\u00e9tiquette de r\u00e9fugi\u00e9e, malgr\u00e9 ce qu\u2019il peut y avoir de contre-intuitif \u00e0 appr\u00e9cier cet \u00e9tat transitoire. Je pense pour ma part qu\u2019\u00eatre r\u00e9fugi\u00e9e permet de se d\u00e9placer plus facilement entre les diff\u00e9rents univers sociaux. Tout en ayant conscience de ne pas faire partie de collectifs informels, en tant que francophone, \u00e9tudiant en France et engag\u00e9e dans le monde associatif, je ne me consid\u00e8re pas pour autant comme totalement fondue dans le paysage fran\u00e7ais.<\/p>\n\n\n\n D\u2019une certaine fa\u00e7on, je fais plus ou moins le relais entre LGBTQI+ et migrations, et peut-\u00eatre entre certaines populations fran\u00e7aises.<\/em> Je n\u2019aime pas employer ce terme technique de \u00ab relais \u00bb, l\u2019une de ces notions rattach\u00e9es au domaine de l\u2019int\u00e9gration que j\u2019ai int\u00e9gr\u00e9es malgr\u00e9 moi et qui m\u2019ont laiss\u00e9 penser que j\u2019incarnais un lien entre les deux types de population. C\u2019est apr\u00e8s avoir pris connaissance du parcours de Paul Evdokimov, un r\u00e9fugi\u00e9 russe engag\u00e9 aupr\u00e8s de la Cimade dans les ann\u00e9es 1950-60 et ayant refus\u00e9 la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise pour conserver son identit\u00e9 de r\u00e9fugi\u00e9 russe que j\u2019ai eu un d\u00e9clic. La l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 d\u2019ancrage me semble naturelle et je suis tr\u00e8s int\u00e9ress\u00e9e par ce c\u00f4t\u00e9 transitoire. Cette l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 n\u2019est pour autant d\u00e9nu\u00e9e de contraintes pratiques. De ce fait, les questions autour de la naturalisation, de la place \u00e0 trouver finalement dans la soci\u00e9t\u00e9 d\u2019accueil, sont un v\u00e9ritable d\u00e9bat. <\/p>\n\n\n\n \u00catre r\u00e9fugi\u00e9e permet de se d\u00e9placer plus facilement entre les diff\u00e9rents univers sociaux.<\/p>Anna Shcherbakova<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Toutefois, je ne suis pas si s\u00fbre de mes revendications et pense que je vais finir par d\u00e9poser mon dossier de naturalisation, pouss\u00e9e par le contexte actuel. Non pas par honte de mon passeport russe, l\u2019appartenance \u00e9tant plus selon moi une r\u00e9alit\u00e9 sociale parfois coercitive qu\u2019un terrain d\u2019autod\u00e9termination libre. Pour le moment, je ne suis d\u2019ailleurs pas en possession de mon passeport russe, puisqu\u2019il est rest\u00e9 retenu \u00e0 l\u2019OFPRA \u2013 j\u2019ai le titre de voyage pour r\u00e9fugi\u00e9s de la Convention de Gen\u00e8ve. D\u00e9tenir un passeport russe avant et apr\u00e8s 2022, ce n\u2019est plus la m\u00eame chose. Dans un monde utopique, j\u2019aurais aim\u00e9 rester r\u00e9fugi\u00e9e avec mes origines mais je doute que la notion de nationalit\u00e9 change dans les temps \u00e0 venir et vais donc probablement opter pour la naturalisation. <\/p>\n\n\n\n Paradoxalement, je pense que le statut de r\u00e9fugi\u00e9 m\u2019a \u00e9vit\u00e9 une certaine pression sociale, notamment li\u00e9e aux questions d\u2019int\u00e9gration dans la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise. On me per\u00e7oit comme une \u00ab bonne russe \u00bb, ce qui est aussi g\u00eanant car c\u2019est une vision assez artificielle et simpliste des choses et de mon ressenti. Bien qu\u2019il y ait une certaine appr\u00e9hension \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019\u00e9voquer mes origines, mon profil \u00e9tait tel que pour une r\u00e9fugi\u00e9e, du fait de ma francophonie et de mon europ\u00e9anisme, j\u2019\u00e9tais plus que bienvenue. La crise actuelle en Ukraine<\/a> et la prise en charge des r\u00e9fugi\u00e9s sont r\u00e9v\u00e9latrices de cette guerre de perceptions.<\/p>\n\n\n\n Paradoxalement, je pense que le statut de r\u00e9fugi\u00e9 m\u2019a \u00e9vit\u00e9 une certaine pression sociale, notamment li\u00e9e aux questions d\u2019int\u00e9gration dans la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise<\/p>Anna Shcherbakova<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Mon parcours a donc \u00e9t\u00e9 facilit\u00e9 et privil\u00e9gi\u00e9, d\u2019autant plus que j\u2019ai pu \u00e9tudier dans de grandes \u00e9coles et relier le v\u00e9cu des personnes r\u00e9fugi\u00e9es \u00e0 cet enseignement social. Par ailleurs, avoir ce statut de r\u00e9fugi\u00e9e m\u2019a donn\u00e9 une certaine stabilit\u00e9, en termes de documents l\u00e9gaux et d\u2019aides sociales, et m\u2019a permis d\u2019\u00e9viter certaines pressions li\u00e9es aux \u00e9tudes et aux attentes professionnelles, particuli\u00e8rement par comparaison avec les attentes russes. Avoir un statut qui n\u2019est pas celui de \u00ab citoyenne \u00bb dans un pays au rapport plus apais\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e2ge m\u2019a permis de contourner une partie de ces enjeux sociaux, en int\u00e9grant par exemple les \u00e9tudes sup\u00e9rieures plus tardivement que la moyenne en France. <\/p>\n\n\n\n Mon parcours n\u2019est pas celui d\u2019une success story<\/em> \u00e0 l\u2019am\u00e9ricaine. Malgr\u00e9 tout, je pense aujourd\u2019hui me positionner par rapport \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise en tant qu\u2019\u00e9trang\u00e8re, mais dot\u00e9e d\u2019une facilit\u00e9 de passage : une \u00e9trang\u00e8re qui peut rentrer parfois l\u00e0 o\u00f9 les nationaux ne rentrent pas, non \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019une espionne, mais comme quelqu\u2019un \u00e0 m\u00eame d\u2019analyser ses privil\u00e8ges. Bien s\u00fbr, cela ne m\u2019emp\u00eache pas de ressentir parfois la pression li\u00e9e au fait d\u2019\u00eatre \u00e9trang\u00e8re, notamment lorsque je n\u2019arrive plus \u00e0 m\u2019exprimer en fran\u00e7ais. En d\u00e9pit de tout ce poids qui p\u00e8se sur les \u00e9trangers, le revers de la m\u00e9daille est la richesse d\u2019une multiplicit\u00e9 d\u2019exp\u00e9riences de vie, qui permettent d\u2019exister dans la soci\u00e9t\u00e9 d\u2019une mani\u00e8re un peu diff\u00e9rente de celle des personnes n\u00e9es ici. Si je me dis toujours \u00e9trang\u00e8re, je pense que c\u2019est parce que je le suis. Cela peut \u00eatre g\u00eanant dans certains contextes, au vu des pressions qui en r\u00e9sultent, mais il y a aussi un gain de lucidit\u00e9 \u00e9norme, des r\u00e9v\u00e9lations qui n\u2019auraient pas \u00e9t\u00e9 possibles autrement qu\u2019en \u00e9tant \u00e9trang\u00e8re dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u2019accueil.<\/p>\n\n\n\n Il s\u2019agit moins de structures que de partenariats. C\u2019est une des forces de l\u2019association qu\u2019on a cr\u00e9\u00e9e. On reste une association de petite \u00e9chelle parce qu\u2019on g\u00e8re une \u00e9quipe d\u2019une dizaine de personnes et des centaines de dossiers par an, ce qui peut sembler beaucoup mais reste modeste par rapport \u00e0 nombre d\u2019autres associations dans le secteur. On a aussi amplement compt\u00e9 sur ce qu\u2019on appelle le parrainage citoyen ou civil. C\u2019\u00e9tait une approche id\u00e9ale, car ce type de parrainage n\u00e9cessite une m\u00e9diation, une formation, et un investissement de temps, utiles pour la jeune \u00e9quipe que nous \u00e9tions et qui ne savait pas encore tout faire de mani\u00e8re optimale. Au niveau des structures, je pense malgr\u00e9 tout que l\u2019engagement citoyen et l\u2019engagement communautaire LGBTQI+ envers les personnes migrantes est ce sur quoi doit reposer la lutte, m\u00eame si ce n\u2019est pas une solution facile.<\/p>\n\n\n\n\n\n Pour ce qui est de l\u2019aspect technique, j\u2019\u00e9tais tr\u00e8s frustr\u00e9e dans mon action militante en Russie. Dans le milieu dans lequel j\u2019\u00e9tais, le moyen le plus efficace et le plus utilis\u00e9 restait le plaidoyer public et tout ce qui se rattache \u00e0 l\u2019activisme individuel. J\u2019ai tr\u00e8s vite \u00e9t\u00e9 \u00e9puis\u00e9e par ce type d\u2019action parce que je ne suis pas quelqu\u2019un de particuli\u00e8rement adapt\u00e9 au plaidoyer public. Quand j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 reprendre la lutte pour les droits LGBTQI+ en France, dans le contexte migratoire, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 aid\u00e9e par l\u2019apprentissage du travail dans un contexte d\u2019urgence ou de semi-urgence. Bien qu\u2019une demande d\u2019asile soit un processus lent, potentiellement \u00e9tal\u00e9 sur plusieurs ann\u00e9es, apporter de l\u2019aide dans cette d\u00e9marche \u00e0 des centaines de personnes n\u00e9cessite un travail quotidien et rapide. Il y a un aspect tr\u00e8s technique et juridique dans l\u2019aide au montage du dossier, dans la mise en contact de la personne avec les associations LGBTQ+ et avec un avocat en cas de refus de demande, dans le relais entre les juristes et le public. Je m\u2019occupais particuli\u00e8rement de ce domaine ces derni\u00e8res ann\u00e9es, en cherchant comment contribuer au processus d\u2019asile en tant qu\u2019association, comment avoir une influence sur le proc\u00e8s, comment sensibiliser les pouvoirs publics au cas sp\u00e9cifique des personnes LGBTQI+. La technicit\u00e9 juridique et proc\u00e9durale de la demande d\u2019asile m\u2019a donc beaucoup aid\u00e9e dans mon militantisme. Apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 confront\u00e9e \u00e0 plusieurs \u00e9checs de plaidoyers publics dans mon pays, cette action concr\u00e8te, dans un contexte qui la rend possible, est pour moi une avanc\u00e9e. <\/p>\n\n\n\n Nous avons travaill\u00e9 pour \u00e9vacuer des personnes tch\u00e9tch\u00e8nes, qui sont formellement des citoyens russes. Depuis, nous avons essay\u00e9 de faire en sorte que les personnes qui souhaitent quitter la Russie pour des raisons d\u2019orientation sexuelle ou d\u2019identit\u00e9 de genre puissent le faire. Cela n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 facile car ces \u00e9vacuations n\u00e9cessitent un travail tr\u00e8s technique qui n\u2019est pas transparent au niveau des postes consulaires. <\/p>\n\n\n\n S\u2019il reste difficile de parler d\u2019un v\u00e9ritable \u00ab impact en Russie \u00bb, je crois que nous avons malgr\u00e9 tout un certain impact pour certaines r\u00e9gions : nous recevons aujourd\u2019hui beaucoup de russophones, dont des Ukrainiens, des Russes, des G\u00e9orgiens, des Arm\u00e9niens. Il s\u2019agit donc plut\u00f4t du contexte post-sovi\u00e9tique ou de celui de l\u2019Europe de l\u2019Est. Mais avoir une influence en Russie n\u2019est pas notre axe prioritaire. Le plus important pour nous reste le fait qu\u2019en France, des personnes de toutes origines puissent b\u00e9n\u00e9ficier de la demande d\u2019asile au motif de l\u2019orientation sexuelle.<\/p>\n\n\n\n La r\u00e9flexivit\u00e9 de l\u2019approche est pour moi un point primordial. Apr\u00e8s cinq ans sur le terrain, on d\u00e9veloppe un certain automatisme dans l\u2019accompagnement, dans la pens\u00e9e, dans les conseils que l\u2019on donne. J\u2019essaye donc de reconsid\u00e9rer les pratiques, de prendre du recul r\u00e9guli\u00e8rement et d\u2019avoir une approche r\u00e9flexive. <\/p>\n\n\n\n Apr\u00e8s avoir beaucoup travaill\u00e9 dans l\u2019urgence, une priorit\u00e9 pour mon secteur d\u2019engagement est l\u2019efficacit\u00e9. Le bien-\u00eatre et l\u2019aboutissement des d\u00e9marches des individus restent la priorit\u00e9 absolue mais, pour cela, il faut de l\u2019efficacit\u00e9. Il en faut pour faire reconna\u00eetre le statut de r\u00e9fugi\u00e9s de ces personnes, les faire sortir de centres de r\u00e9tention, c\u2019est ce pour quoi nous nous battons tous les jours. Je pense que la deuxi\u00e8me priorit\u00e9 dominante dans la lutte est d\u2019\u00e9viter l\u2019approche communautaire ou culturaliste et d\u2019avoir une approche complexe et anthropologique \u00e0 l\u2019\u00e9gard des situations que vivent les personnes.<\/p>\n\n\n\n Une des priorit\u00e9s dans la lutte pour les droits des LGBTQI+ est d\u2019\u00e9viter l\u2019approche communautaire ou culturaliste et d\u2019avoir une approche complexe et anthropologique \u00e0 l\u2019\u00e9gard des situations que vivent les personnes.<\/p>Anna Shcherbakova<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n La p\u00e9rennit\u00e9 de l\u2019action et la restructuration du secteur me paraissent aussi tr\u00e8s importantes. Il est n\u00e9cessaire d\u2019avoir une vision globale et analytique du secteur, ce que je n\u2019avais pas tendance \u00e0 faire et sur quoi je prends du recul d\u00e9sormais. Ces objectifs ne doivent pas pour autant cacher les priorit\u00e9s d\u2019ordre plus global en mati\u00e8re migratoire : \u00e9viter l\u2019externalisation de l\u2019accueil, g\u00e9rer la pression mise sur la France en termes d\u2019accueil et de standards d\u2019accueil, affronter le probl\u00e8me du sous-financement de l\u2019accueil et du secteur associatif. Ces priorit\u00e9s ne sont pas pr\u00eates de vieillir et s\u2019articulent avec mes objectifs th\u00e9oriques et personnels.<\/p>\n\n\n\n Je pense qu\u2019il faut en r\u00e9alit\u00e9 caract\u00e9riser la place que cette loi occupe dans l\u2019\u00e9volution de la soci\u00e9t\u00e9 russe en termes de durcissement de m\u0153urs. C\u2019est un geste politique sans doute, mais, quelle que soit la complexit\u00e9 du regard qu\u2019on porte sur la Russie, il faut aborder ce pays comme un r\u00e9gime hybride. C\u2019est un r\u00e9gime avec divers \u00e9l\u00e9ments, y compris des \u00e9l\u00e9ments d\u00e9mocratiques qui pouvaient sembler consolid\u00e9s au cours des ann\u00e9es 2000.<\/p>\n\n\n\n Bien s\u00fbr, on ne saurait minorer l\u2019importance de cette l\u00e9gislation du point de vue du bien-\u00eatre social des personnes LGBTQI+, puisque la p\u00e9nalisation est quelque chose de grave, d\u2019absolument impossible \u00e0 vivre. N\u00e9anmoins, je ne pense pas que la situation des personnes LGBTQI+ ait chang\u00e9 de fa\u00e7on drastique apr\u00e8s la loi de 2013. En r\u00e9alit\u00e9, le changement s\u2019est fait de mani\u00e8re graduelle \u00e0 partir de la fin des ann\u00e9es 2000, lorsque la situation sociale a commenc\u00e9 \u00e0 se d\u00e9grader, sur fond de crises, celle de 2008 et celle de 2014. Il y a tout un tas de raisons, plut\u00f4t politico-sociales que l\u00e9gislatives, pour lesquelles les pratiques de vie LGBTQI+ dans les grandes villes ont commenc\u00e9 \u00e0 \u00eatre de nouveau r\u00e9prim\u00e9es. <\/p>\n\n\n\n Les tensions sociales li\u00e9es \u00e0 la frustration qu\u2019engendrent les probl\u00e8mes politiques et sociaux comme la d\u00e9gradation du syst\u00e8me public de sant\u00e9 ou l\u2019appauvrissement de la population, sont traditionnellement mises en lien avec les minorit\u00e9s ethniques, de genre, ou sexuelles. C\u2019est un ph\u00e9nom\u00e8ne bien ant\u00e9rieur \u00e0 la loi de 2013, qui a mis en lumi\u00e8re la pr\u00e9sence de ces tensions et qui risque d\u00e9sormais d\u2019\u00e9voluer dans un sens encore plus inqui\u00e9tant : on peut craindre que cette l\u00e9gislation perde son rapport \u00e0 la notion de minorit\u00e9 pour qu\u2019une version \u00e9tendue de la loi la rendre applicable \u00e0 tout le monde. La pratique de l\u2019interpr\u00e9tation d\u2019un \u00ab acte de propagande homosexuelle \u00bb peut s\u2019appliquer de mani\u00e8re beaucoup plus extensive, devenir quelque chose de tr\u00e8s large.<\/p>\n\n\n\n L\u2019enjeu essentiel est moins celui de la p\u00e9nalisation que celui de la pression sociale d\u00e9cupl\u00e9e sur les personnes LGBTQI+ et sur leur vie quotidienne. Cette loi est, au fond, une formalisation de l\u2019instrumentalisation de ces personnes en tant que bouc-\u00e9missaire social, s\u2019appuyant sur un fort consensus de la population \u00e0 ce sujet. <\/p>\n\n\n\nAlors que la Russie interdit fermement toute forme d\u2019opposition, comment percevez-vous l\u2019organisation de cette lutte pour les droits des personnes LGBTQI+ et les dynamiques en son sein ? Que pensez-vous de l\u2019efficacit\u00e9 de cette mobilisation, en Russie comme en France ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Avez-vous un cadre th\u00e9orique et\/ou des figures ou moments embl\u00e9matiques qui d\u00e9finissent et inspirent cette lutte ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Habitant d\u00e9sormais en France, vous avez d\u00fb fuir votre pays. Comment percevez-vous votre identit\u00e9, en lien avec votre activisme, et comment vous d\u00e9finissez-vous par rapport \u00e0 ce pays dont vous avez d\u00fb vous exiler ? <\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Vous \u00eates engag\u00e9e aupr\u00e8s de l\u2019association Urgence Homophobie. Comment comprenez-vous le militantisme dans sa dimension technique ? Quels sont pour vous les outils, les moyens d\u2019expressions de cette lutte et les structures sur lesquelles elle repose ? <\/strong><\/h3>\n\n\n\n
\r\n <\/picture>\r\n \n Avez-vous le sentiment que votre action depuis la France vous permet d\u2019avoir un impact en Russie ? <\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Justement, quelles sont aujourd\u2019hui vos priorit\u00e9s, pour vous-m\u00eame et pour votre lutte ? <\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Alors que la loi de 2013 a contribu\u00e9 \u00e0 durcir la politique et le climat homophobes en Russie, quelles perspectives de d\u00e9veloppement et quels champs d\u2019action demeurent envisageables pour les activistes ? <\/strong><\/h3>\n\n\n\n
La fa\u00e7on de militer a-t-elle chang\u00e9 en r\u00e9action \u00e0 cette loi, m\u00eame si cette derni\u00e8re n\u2019a fait que cristalliser des tensions sociales d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sentes ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n