{"id":149369,"date":"2022-07-24T09:07:00","date_gmt":"2022-07-24T07:07:00","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=149369"},"modified":"2022-07-24T08:09:38","modified_gmt":"2022-07-24T06:09:38","slug":"les-ordres-de-la-ville","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/07\/24\/les-ordres-de-la-ville\/","title":{"rendered":"Les ordres de la ville"},"content":{"rendered":"\n
Vous trouverez \u00e0 ce lien<\/a> les autres \u00e9pisodes de cette s\u00e9rie d’\u00e9t\u00e9 en partenariat avec la revue Le Visiteur<\/a>.<\/em><\/p>\n\n\n\n La ville occidentale est n\u00e9e d\u2019une s\u00e9paration. \u00c0 l\u2019\u00e9poque classique, la divinit\u00e9 tut\u00e9laire se tient \u00e0 distance de la cit\u00e9 qu\u2019elle prot\u00e8ge <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Le temple qui l\u2019abrite est isol\u00e9, mais il l\u2019est dignement, en occupant le sommet d\u2019une colline <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Cette position lui permet de dominer son territoire et de se laisser approcher lelong d\u2019un parcours destin\u00e9 \u00e0 valoriser le fronton, point de mire des processions <\/span>3<\/sup><\/a><\/span><\/span>. L\u2019acropole est le pi\u00e9destal du temple : elle le rend visible de loin et, r\u00e9ciproquement, elle permet d\u2019observer les horizons depuis l\u2019autel ext\u00e9rieur <\/span>4<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Une double raison explique donc cette mise \u00e0 distance : voir loin, et \u00eatre vu de loin. <\/p>\n\n\n\n\n\n Le privil\u00e8ge d\u2019une telle situation oblige le temple \u00e0 \u00eatre un corps parfait. Il fait donc l\u2019objet d\u2019un savoir fond\u00e9 sur l\u2019autonomie : le temple se d\u00e9tache dans le ciel initialement pour des raisons rituelles <\/span>5<\/sup><\/a><\/span><\/span>, certes, mais cet isolement lui permet \u00e9galement de s\u2019affirmer comme un objet id\u00e9al, un objet qui exemplifie et concentre les principes de l\u2019art de b\u00e2tir <\/span>6<\/sup><\/a><\/span><\/span>. L\u2019objet-temple n\u2019ob\u00e9it qu\u2019\u00e0 ses propres lois : aucune servitude d\u2019alignement ne lui est impos\u00e9e, ses dimensions et son implantation ne sont contraints par aucune donn\u00e9e ext\u00e9rieure, si ce n\u2019est l\u2019orientation, la visibilit\u00e9 et l\u2019accessibilit\u00e9 <\/span>7<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Le temple est souverain.<\/p>\n\n\n\n L\u2019acropole s\u2019adresse au ciel, tandis que la ville basse regroupe les habitations et les fonctions commerciales, civiques et religieuses <\/span>8<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Cette s\u00e9paration est la signature d\u2019une civilisation o\u00f9 seuls les dieux ont droit au monument et o\u00f9 le lieu dominant revient au premier d\u2019entre eux <\/span>9<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Plus le temple est d\u00e9tach\u00e9, plus il a le privil\u00e8ge de faire <\/em>le contexte au lieu de lui \u00eatre assujetti. Ainsi prend forme l\u2019ambition de l’architecture d\u2019\u00c9tat, dont les manifestations au fil des si\u00e8cles vont structurer et embellir la ville.La ville est un tissu \u00ab sans qualit\u00e9s \u00bb. Il en existe deux types : celle dont la croissance est empirique, et celle qui est r\u00e9gie par un plan orthonorm\u00e9. La premi\u00e8re se d\u00e9veloppe de mani\u00e8re chaotique autour d\u2019un centre, la seconde de mani\u00e8re monotone \u00e0 travers une grille <\/span>10<\/sup><\/a><\/span><\/span>. On y trouve \u00e9galement des temples, tous les dieux n\u2019ayant pas vocation \u00e0 occuper l\u2019acropole ou \u00e0 se tenir en retrait de la cit\u00e9. Cependant, lorsqu\u2019il est situ\u00e9 en ville \u2013 \u00e0 D\u00e9los par exemple \u2013 le temple a du mal \u00e0 se faire une place d\u2019o\u00f9 il peut rayonner : il est simplement d\u00e9pos\u00e9 quelque part, laissant autour de lui un vide r\u00e9siduel. Son rayon d\u2019action se limite au voisinage d\u2019une parcelle. Ce temple-l\u00e0 est sans lieu. La faible relation qu\u2019il entretient au contexte l\u2019emp\u00eache d\u2019exercer une influence sur le plan de la ville. Dans ce genre de situation, l\u2019individualisme des b\u00e2timents s\u2019accorde parfaitement avec l\u2019absence d\u2019un plan d\u2019ensemble \u00e0 l\u2019\u00e9chelle urbaine <\/span>11<\/sup><\/a><\/span><\/span>. L\u2019agora de D\u00e9los comme celle d\u2019Ath\u00e8nes sont repr\u00e9sentatives de ce que j\u2019appellerai la \u00ab ville-d\u00e9p\u00f4t \u00bb, o\u00f9 la disposition des b\u00e2timents est al\u00e9atoire. Cela s\u2019observe \u00e9galement \u00e0 Delphes, o\u00f9 aucune raison d\u2019ensemble ne vient ordonner les petits temples : chacun d\u2019eux prend place en affirmant sa propre orientation. <\/p>\n\n\n\n\n\n On en retient qu\u2019une forme urbaine \u2013 j\u2019entends par l\u00e0 un ordre fait de plusieurs b\u00e2timents \u2013 implique une ligne de partage entre, d\u2019une part, le \u00ab souci de soi \u00bb, que chaque b\u00e2timent exprime \u00e0 un certain degr\u00e9 \u2013 dont le temple est le mod\u00e8le le plus accompli \u2013 et, de l\u2019autre, le souci d\u2019un ensemble auquel chaque b\u00e2ti- ment peut contribuer en renon\u00e7ant \u00e0 son autonomie. La rue met au pas l\u2019architecture. \u00c0 Delphes, la juxtaposition des temples est comme une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 il n\u2019y aurait que des chefs. Par ailleurs, un sanctuaire ne fait pas une ville : il y manque le tissu ordinaire des habitations.<\/p>\n\n\n\n\n\n La question qui se pose alors est celle de la cohabitation du monument et du non-monument au sein de la cit\u00e9. Car si l\u2019acropole fait du temple le ma\u00eetre de c\u00e9ans, la ville lui impose des compromis : en bas, il n\u2019est plus seul \u00e0 faire lieu<\/em>, mais contraint de partager l\u2019espace ext\u00e9rieur avec d\u2019autres b\u00e2timents. La promiscuit\u00e9 de la ville mod\u00e8re son aura, et les diverses fonctions pratiques dont il se retrouve charg\u00e9 le d\u00e9sacralisent <\/span>12<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Le silence de l\u2019horizon fait place au vacarme de la rue. Que lui reste-t-il donc ? Que repr\u00e9sente le temple sans son promontoire, et sans le grand paysage qui l\u2019exalte ? Que peut-il subsister, dans l\u2019entassement urbain, de ce qui fait la force de Sounion ? L\u00e0-haut, le portique est tant\u00f4t frapp\u00e9 par le soleil levant, tant\u00f4t enflamm\u00e9 par le couchant, alors qu\u2019en ville il s\u2019expose \u00e0 recevoir l\u2019ombre port\u00e9e d\u2019un autre b\u00e2timent, au sens propre comme au sens figur\u00e9. Le temple est dans l\u2019ombre de la ville.<\/p>\n\n\n\n Si le chaos d\u2019Ath\u00e8nes au VIe <\/sup>si\u00e8cle avant notre \u00e8re n\u2019offre pas au temple une place \u00e9minente, le plan-trame de Milet ne lui en accorde pas davantage. Le temple de Dionysos, comme celui d\u2019Ath\u00e9na, \u00ab se case \u00bb dans un \u00eelot, n\u2019entretient aucune relation avec les autres \u00eelots, auxquels il ne doit rien, mais parall\u00e8lement ne revendique aucune ascendance sur eux <\/span>13<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Le plan urbain est indiff\u00e9rent \u00e0 sa pr\u00e9sence <\/span>14<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Le temple s\u2019aligne \u00e0 un trac\u00e9 qui le pr\u00e9c\u00e8de et le d\u00e9passe. Ses dimensions et son orientation s\u2019adaptent \u00e0 la parcelle. Il est mis au service d\u2019une continuit\u00e9 du front b\u00e2ti, dans une ville dont le gabarit des constructions est invariablement horizontal et bas, o\u00f9 nulle masse ne se d\u00e9tache <\/span>15<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Les \u00eelots de la cit\u00e9 sont \u00e0 l\u2019image des hommes de la cit\u00e9 : \u00e9gaux, semblables et interchangeables. En se d\u00e9sint\u00e9ressant du temple urbain, Hippodamos rappelle que ce qui compte dans la culture ionienne c\u2019est l\u2019agora, qui acquiert par ailleurs une g\u00e9om\u00e9trie r\u00e9guli\u00e8re <\/span>16<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n\n\n Le temple, qui avait rat\u00e9 son entr\u00e9e dans la ville archa\u00efque et classique, va peu \u00e0 peu s\u2019y faire une place en retournant les principes de l\u2019urbanisme hippodam\u00e9en \u00e0 son avantage. C\u2019est le d\u00e9clin de la cit\u00e9 et la mont\u00e9e des royaut\u00e9s qui vont lui permettre de faire la ville <\/em>au lieu de s\u2019y loger discr\u00e8tement. Rappelons que la cit\u00e9 qu\u2019avait initi\u00e9e Clisth\u00e8ne \u00e0 travers ses r\u00e9formes ne s\u2019identifiait \u00e0 aucun personnage particulier <\/span>17<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Or aussit\u00f4t que le pouvoir devient personnifi\u00e9, il se cherche une place pour \u00eatre dignement repr\u00e9sent\u00e9. Sur ce plan, l\u2019influence perse a jou\u00e9 un r\u00f4le incontestable dans la construction de la magnificence urbaine en Occident. D\u00e8s le IIIe <\/sup>si\u00e8cle avant notre \u00e8re, les monarchies et les empires \u00e9tablissent, dans le tissu m\u00eame de la ville ordinaire, des lieux qui ont le prestige de l\u2019acropole. Le d\u00e9fi est d\u2019offrir aux temples une position \u00e9minente sans d\u00e9pendre de la g\u00e9ographie, et d\u2019une mani\u00e8re qui les int\u00e8gre \u00e0 la ville afin qu\u2019ils fassent corps avec elle au lieu de la repr\u00e9senter de loin <\/span>18<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n\n\n Pour se distinguer dans la foule des b\u00e2timents, le temple urbain revendique un d\u00e9gagement par lequel il se valorise. Le monument r\u00e9tablit ainsi, en ville, la n\u00e9cessaire distance \u2013 physique et symbolique \u2013 qui le s\u00e9pare du monde. Pour prendre place en retrait en pleine ville, le moyen le plus facile et le plus ambitieux est de coloniser un espace disponible, d\u00e9j\u00e0 constitu\u00e9, pr\u00eat \u00e0 l\u2019emploi et hautement symbolique : l\u2019agora est la proie id\u00e9ale du monument en qu\u00eate de statut. Tout a commenc\u00e9 en dressant sur l\u2019un de ses c\u00f4t\u00e9s la figure tut\u00e9laire du portique \u00e0 fronton \u2013 une repr\u00e9sentation \u00ab r\u00e9sum\u00e9e \u00bb du temple \u2013 qui, en se d\u00e9tachant en avant, interrompt la stoa<\/em>. Et pour que cette figure acqui\u00e8re tout son poids, l\u2019agora \u2013 initialement ouverte \u00e0 la circulation et dot\u00e9e de plusieurs acc\u00e8s \u2013 est peu \u00e0 peu cl\u00f4tur\u00e9e pour devenir une cour p\u00e9ristyle, perdant ainsi le lien organique qu\u2019elle avait avec la ville autour <\/span>19<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Le fil continu de la colonnade <\/span>20<\/sup><\/a><\/span><\/span> <\/sup>devient le collier dont le portique \u00e0 fronton \u00e9merge comme le bijou central. Le motif du temple s\u2019est ainsi empar\u00e9 d\u2019un espace libre et ouvert, pour en faire un th\u00e9\u00e2tre, c\u2019est-\u00e0-dire un espace ferm\u00e9 autour d\u2019une sc\u00e8ne. L\u2019association de ces deux figures qui \u00e9taient rest\u00e9es \u00e9trang\u00e8res l\u2019une \u00e0 l\u2019autre, le temple et l\u2019agora, donne naissance au parvis <\/span>21<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Par cette op\u00e9ration, l\u2019espace profane de l\u2019agora acquiert une solennit\u00e9 et, r\u00e9ciproquement, le pouvoir emprunte \u00e0 la figure du temple la gravit\u00e9 dont il a besoin pour susciter le respect. Ce dispositif conna\u00eetra une grande post\u00e9rit\u00e9 comme en t\u00e9moignent les innombrables exemples qui ont marqu\u00e9 nos villes jusqu\u2019au XIXe <\/sup>si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n\n\n Ce tournant historique scelle le destin de l\u2019espace public. Je fais l\u2019hypoth\u00e8se que la ville occidentale est le fruit de cette prise de l\u2019agora, dont les enjeux sont avant tout politiques. L\u2019agora ne repr\u00e9sentait rien <\/span>22<\/sup><\/a><\/span><\/span> <\/sup>et n\u2019\u00e9tait assujettie \u00e0 aucun b\u00e2timent particulier. \u00c0 l\u2019\u00e9poque hell\u00e9nistique, les monarques ont pris conscience que le gouvernement des hommes passait par le gouvernement de l\u2019espace, lequel n\u00e9cessite des b\u00e2timents qui imposent un ordre ; leur ordre<\/em>. L\u2019insertion du temple dans l\u2019agora doit son succ\u00e8s au fait qu\u2019elle associe deux composantes fondamentales \u2013 deux invariants \u2013 de la civilisation : l\u2019objet de r\u00e9v\u00e9rence, qui marque un point (le menhir en est la plus ancienne expression), et l’espace vide du rassemblement. La formule est gagnante. En prenant place devant le vide de l\u2019agora, le monument s\u2019assure de recueillir les regards. Le vide semble n\u2019\u00eatre plus que la cons\u00e9quence du monument, comme si ce dernier avait repouss\u00e9 les fa\u00e7ades pour m\u00e9nager autour de lui un creux \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de la foule. Ce vers quoi les yeux se tournent, ce vers quoi les yeux se l\u00e8vent <\/span>23<\/sup><\/a><\/span><\/span> <\/sup>investit l\u2019espace du rassemblement, lui donne son nom et son visage. L\u2019espace public est d\u00e9sormais marqu\u00e9 du sceau de l\u2019institution.<\/p>\n\n\n\n\n\n C\u2019est un \u00e9change de bons proc\u00e9d\u00e9s : des rois et des dynastes s\u2019approprient le monument, et, parall\u00e8lement, ce dernier re\u00e7oit, dans l\u2019enceinte de la ville, une place de premier ordre. Cet urbanisme qui voit le jour trouvera \u00e0 Alexandrie, \u00e0 Pergame et \u00e0 Rome ses premiers terrains d\u2019exercice. Alexandrie est un compromis entre \u00ab le fait du prince <\/span>24<\/sup><\/a><\/span><\/span> \u00bb sous la forme du monument urbain mis en sc\u00e8ne, et le principe d’\u00e9galit\u00e9 qui s\u2019exprime par la grille <\/span>25<\/sup><\/a><\/span><\/span>. \u00c0 Pergame, l’urbanisme monumental s\u2019accomplit avec un sens de la mesure, \u00e0 la diff\u00e9rence de la Rome imp\u00e9riale dont les exc\u00e8s aboutissent \u00e0 un entassement.<\/p>\n\n\n\n D\u2019Ath\u00e8nes \u00e0 Pergame on observe un transfert du mythe : la fin des dieux <\/span>26<\/sup><\/a><\/span><\/span> <\/sup>annonce le r\u00e8gne des rois. D\u00e8s lors, le haut fait d\u2019architecture se d\u00e9tache progressivement du temple et prend le chemin du palais. Ce transfert qui s\u2019amorce \u00e0 l\u2019\u00e9poque hell\u00e9nistique n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 possible sans l\u2019\u00e9mergence d\u2019un troisi\u00e8me terme entre les dieux et les hommes : le roi. Figure interm\u00e9diaire, le roi pr\u00e9side \u00e0 l’organisation sociale tout en \u00e9tant teint\u00e9 du divin <\/span>27<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Avec les royaut\u00e9s et les empires, le temple, qui \u00e9tait le logis des dieux, devient donc la parure du pouvoir, et l\u2019autel sacrificiel une tribune politique. La transition s\u2019est effectu\u00e9e en douceur, par l\u2019entremise du portique \u00e0 fronton, garant de la continuit\u00e9. En glissant d\u2019un rite \u00e0 un autre, le sanctuaire poliade deviendra, \u00e0 Rome, le lieu du culte imp\u00e9rial.<\/p>\n\n\n\n Ce n\u2019est donc pas un hasard si l\u2019agora na\u00eet et meurt avec la cit\u00e9-\u00c9tat. Car il ne s\u2019agissait pas d\u2019une simple place comme il y en avait eu avant, ou ailleurs. Les cours des palais myc\u00e9niens et babyloniens, bien qu\u2019elles aient eu des fonctions administratives et religieuses, n\u2019avaient rien de comparable \u00e0 l\u2019agora <\/span>28<\/sup><\/a><\/span><\/span> <\/sup> : l\u2019id\u00e9e d\u2019un espace ingouvernable au c\u0153ur de la cit\u00e9, destin\u00e9 \u00e0 entretenir la vivacit\u00e9 pol\u00e9mique entre citoyens \u00e9tait la derni\u00e8re chose que pouvaient imaginer ces f\u00e9odalit\u00e9s h\u00e9r\u00e9ditaires excessivement hi\u00e9rarchis\u00e9es. L\u2019agora repr\u00e9sente une civilisation de la libert\u00e9, la cour une civilisation de la servitude <\/span>29<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n\n\n La disposition quelque peu al\u00e9atoire des temples dans l\u2019urbanisation empirique, ou la place sans \u00e9clat qui lui est assign\u00e9e dans la grille auraient en quelque sorte pr\u00e9serv\u00e9 l\u2019agora de la tutelle d\u2019un monument. En tant qu\u2019espace libre, sans qualit\u00e9s et sans hi\u00e9rarchie, l\u2019agora accompagne parfaitement les trois principes fondateurs de la d\u00e9mocratie grecque, notamment l\u2019isegoria<\/em>, l\u2019acc\u00e8s libre et \u00e9gal \u00e0 la parole <\/span>30<\/sup><\/a><\/span><\/span>. N\u2019oublions pas que c\u2019est le d\u00e9bat public contradictoire dans un espace \u00e9galitaire qui a permis la formation conjointe de la cit\u00e9 et de la rationalit\u00e9 <\/span>31<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Or l\u2019\u00e9mergence d\u2019un fronton \u00e9tablit une hi\u00e9rarchie en brisant l\u2019horizontalit\u00e9 \u2013 la \u00ab neutralit\u00e9 \u00bb \u2013 de l\u2019agora tant sur le plan physique que sur le plan symbolique <\/span>32<\/sup><\/a><\/span><\/span>. \u00c0 Assos, c\u2019est le temple tout entier qui s\u2019invite et prend place sur un c\u00f4t\u00e9 de l\u2019agora, renfor\u00e7ant aussit\u00f4t la diff\u00e9renciation de l\u2019espace que le portique \u00e0 fronton avait engag\u00e9e. Ce geste fonde la notion de lieu urbain et donne naissance \u00e0 un dispositif dont les architectes et les souverains sauront tirer profit pendant plus de deux mille ans : la place-monument. La place fleurit sur la tombe de l\u2019agora. L\u2019agora, qui \u00e9tait une \u00e9tendue isotrope, devient aussit\u00f4t un espace orient\u00e9. Le gabarit invariablement bas des stoas <\/em>est rompu par un monument dont la hauteur gouverne d\u00e9sormais l\u2019enclos <\/span>33<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Alors que l\u2019agora n\u2019avait gu\u00e8re de faci\u00e8s architectural, le fronton y introduit la notion de fa\u00e7ade. Quel que soit l\u2019usage de la place \u2013 march\u00e9 ou rassemblement politique \u2013 le monument en a pris le contr\u00f4le. Du temple de Dionysos \u00e0 Milet \u00e0 celui de D\u00e9m\u00e9ter \u00e0 Pergame, la revanche du temple est \u00e9clatante.<\/p>\n\n\n\n
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\r\n <\/picture>\r\n \n Main basse sur la polis<\/em><\/strong><\/h2>\n\n\n\n
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\r\n <\/picture>\r\n \n Transfert<\/strong><\/h2>\n\n\n\n
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