{"id":149369,"date":"2022-07-24T09:07:00","date_gmt":"2022-07-24T07:07:00","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=149369"},"modified":"2022-07-24T08:09:38","modified_gmt":"2022-07-24T06:09:38","slug":"les-ordres-de-la-ville","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/07\/24\/les-ordres-de-la-ville\/","title":{"rendered":"Les ordres de la ville"},"content":{"rendered":"\n

Vous trouverez \u00e0 ce lien<\/a> les autres \u00e9pisodes de cette s\u00e9rie d’\u00e9t\u00e9 en partenariat avec la revue Le Visiteur<\/a>.<\/em><\/p>\n\n\n\n

La ville occidentale est n\u00e9e d\u2019une s\u00e9paration. \u00c0 l\u2019\u00e9poque classique, la divinit\u00e9 tut\u00e9laire se tient \u00e0 distance de la cit\u00e9 qu\u2019elle prot\u00e8ge <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Le temple qui l\u2019abrite est isol\u00e9, mais il l\u2019est dignement, en occupant le sommet d\u2019une colline <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Cette position lui permet de dominer son territoire et de se laisser approcher lelong d\u2019un parcours destin\u00e9 \u00e0 valoriser le fronton, point de mire des processions <\/span>3<\/sup><\/a><\/span><\/span>. L\u2019acropole est le pi\u00e9destal du temple : elle le rend visible de loin et, r\u00e9ciproquement, elle permet d\u2019observer les horizons depuis l\u2019autel ext\u00e9rieur <\/span>4<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Une double raison explique donc cette mise \u00e0 distance : voir loin, et \u00eatre vu de loin. <\/p>\n\n\n\n\n\n

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Le Parth\u00e9non, Ve si\u00e8cle av. J.-C.\r\n<\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

Le privil\u00e8ge d\u2019une telle situation oblige le temple \u00e0 \u00eatre un corps parfait. Il fait donc l\u2019objet d\u2019un savoir fond\u00e9 sur l\u2019autonomie : le temple se d\u00e9tache dans le ciel initialement pour des raisons rituelles <\/span>5<\/sup><\/a><\/span><\/span>, certes, mais cet isolement lui permet \u00e9galement de s\u2019affirmer comme un objet id\u00e9al, un objet qui exemplifie et concentre les principes de l\u2019art de b\u00e2tir <\/span>6<\/sup><\/a><\/span><\/span>. L\u2019objet-temple n\u2019ob\u00e9it qu\u2019\u00e0 ses propres lois : aucune servitude d\u2019alignement ne lui est impos\u00e9e, ses dimensions et son implantation ne sont contraints par aucune donn\u00e9e ext\u00e9rieure, si ce n\u2019est l\u2019orientation, la visibilit\u00e9 et l\u2019accessibilit\u00e9 <\/span>7<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Le temple est souverain.<\/p>\n\n\n\n

L\u2019acropole s\u2019adresse au ciel, tandis que la ville basse regroupe les habitations et les fonctions commerciales, civiques et religieuses <\/span>8<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Cette s\u00e9paration est la signature d\u2019une civilisation o\u00f9 seuls les dieux ont droit au monument et o\u00f9 le lieu dominant revient au premier d\u2019entre eux <\/span>9<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Plus le temple est d\u00e9tach\u00e9, plus il a le privil\u00e8ge de faire <\/em>le contexte au lieu de lui \u00eatre assujetti. Ainsi prend forme l\u2019ambition de l’architecture d\u2019\u00c9tat, dont les manifestations au fil des si\u00e8cles vont structurer et embellir la ville.La ville est un tissu \u00ab sans qualit\u00e9s \u00bb. Il en existe deux types : celle dont la croissance est empirique, et celle qui est r\u00e9gie par un plan orthonorm\u00e9. La premi\u00e8re se d\u00e9veloppe de mani\u00e8re chaotique autour d\u2019un centre, la seconde de mani\u00e8re monotone \u00e0 travers une grille <\/span>10<\/sup><\/a><\/span><\/span>. On y trouve \u00e9galement des temples, tous les dieux n\u2019ayant pas vocation \u00e0 occuper l\u2019acropole ou \u00e0 se tenir en retrait de la cit\u00e9. Cependant, lorsqu\u2019il est situ\u00e9 en ville \u2013 \u00e0 D\u00e9los par exemple \u2013 le temple a du mal \u00e0 se faire une place d\u2019o\u00f9 il peut rayonner : il est simplement d\u00e9pos\u00e9 quelque part, laissant autour de lui un vide r\u00e9siduel. Son rayon d\u2019action se limite au voisinage d\u2019une parcelle. Ce temple-l\u00e0 est sans lieu. La faible relation qu\u2019il entretient au contexte l\u2019emp\u00eache d\u2019exercer une influence sur le plan de la ville. Dans ce genre de situation, l\u2019individualisme des b\u00e2timents s\u2019accorde parfaitement avec l\u2019absence d\u2019un plan d\u2019ensemble \u00e0 l\u2019\u00e9chelle urbaine <\/span>11<\/sup><\/a><\/span><\/span>. L\u2019agora de D\u00e9los comme celle d\u2019Ath\u00e8nes sont repr\u00e9sentatives de ce que j\u2019appellerai la \u00ab ville-d\u00e9p\u00f4t \u00bb, o\u00f9 la disposition des b\u00e2timents est al\u00e9atoire. Cela s\u2019observe \u00e9galement \u00e0 Delphes, o\u00f9 aucune raison d\u2019ensemble ne vient ordonner les petits temples : chacun d\u2019eux prend place en affirmant sa propre orientation. <\/p>\n\n\n\n\n\n

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Un quartier de D\u00e9los, Ve si\u00e8cle av. J.-C. \r\n<\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

On en retient qu\u2019une forme urbaine \u2013 j\u2019entends par l\u00e0 un ordre fait de plusieurs b\u00e2timents \u2013 implique une ligne de partage entre, d\u2019une part, le \u00ab souci de soi \u00bb, que chaque b\u00e2timent exprime \u00e0 un certain degr\u00e9 \u2013 dont le temple est le mod\u00e8le le plus accompli \u2013 et, de l\u2019autre, le souci d\u2019un ensemble auquel chaque b\u00e2ti- ment peut contribuer en renon\u00e7ant \u00e0 son autonomie. La rue met au pas l\u2019architecture. \u00c0 Delphes, la juxtaposition des temples est comme une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 il n\u2019y aurait que des chefs. Par ailleurs, un sanctuaire ne fait pas une ville : il y manque le tissu ordinaire des habitations.<\/p>\n\n\n\n\n\n

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D\u00e9los, des temples datant des VIe et Ve si\u00e8cles av. J.-C.\r\n<\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n\n\n
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Plan de Delphes.<\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

La question qui se pose alors est celle de la cohabitation du monument et du non-monument au sein de la cit\u00e9. Car si l\u2019acropole fait du temple le ma\u00eetre de c\u00e9ans, la ville lui impose des compromis : en bas, il n\u2019est plus seul \u00e0 faire lieu<\/em>, mais contraint de partager l\u2019espace ext\u00e9rieur avec d\u2019autres b\u00e2timents. La promiscuit\u00e9 de la ville mod\u00e8re son aura, et les diverses fonctions pratiques dont il se retrouve charg\u00e9 le d\u00e9sacralisent <\/span>12<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Le silence de l\u2019horizon fait place au vacarme de la rue. Que lui reste-t-il donc ? Que repr\u00e9sente le temple sans son promontoire, et sans le grand paysage qui l\u2019exalte ? Que peut-il subsister, dans l\u2019entassement urbain, de ce qui fait la force de Sounion ? L\u00e0-haut, le portique est tant\u00f4t frapp\u00e9 par le soleil levant, tant\u00f4t enflamm\u00e9 par le couchant, alors qu\u2019en ville il s\u2019expose \u00e0 recevoir l\u2019ombre port\u00e9e d\u2019un autre b\u00e2timent, au sens propre comme au sens figur\u00e9. Le temple est dans l\u2019ombre de la ville.<\/p>\n\n\n\n

Si le chaos d\u2019Ath\u00e8nes au VIe <\/sup>si\u00e8cle avant notre \u00e8re n\u2019offre pas au temple une place \u00e9minente, le plan-trame de Milet ne lui en accorde pas davantage. Le temple de Dionysos, comme celui d\u2019Ath\u00e9na, \u00ab se case \u00bb dans un \u00eelot, n\u2019entretient aucune relation avec les autres \u00eelots, auxquels il ne doit rien, mais parall\u00e8lement ne revendique aucune ascendance sur eux <\/span>13<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Le plan urbain est indiff\u00e9rent \u00e0 sa pr\u00e9sence <\/span>14<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Le temple s\u2019aligne \u00e0 un trac\u00e9 qui le pr\u00e9c\u00e8de et le d\u00e9passe. Ses dimensions et son orientation s\u2019adaptent \u00e0 la parcelle. Il est mis au service d\u2019une continuit\u00e9 du front b\u00e2ti, dans une ville dont le gabarit des constructions est invariablement horizontal et bas, o\u00f9 nulle masse ne se d\u00e9tache <\/span>15<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Les \u00eelots de la cit\u00e9 sont \u00e0 l\u2019image des hommes de la cit\u00e9 : \u00e9gaux, semblables et interchangeables. En se d\u00e9sint\u00e9ressant du temple urbain, Hippodamos rappelle que ce qui compte dans la culture ionienne c\u2019est l\u2019agora, qui acquiert par ailleurs une g\u00e9om\u00e9trie r\u00e9guli\u00e8re <\/span>16<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n\n\n

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Milet, le temple de Dionysos<\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n\n\n
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Ci-contre  : Milet, le temple de Dionysos.<\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

Main basse sur la polis<\/em><\/strong><\/h2>\n\n\n\n

Le temple, qui avait rat\u00e9 son entr\u00e9e dans la ville archa\u00efque et classique, va peu \u00e0 peu s\u2019y faire une place en retournant les principes de l\u2019urbanisme hippodam\u00e9en \u00e0 son avantage. C\u2019est le d\u00e9clin de la cit\u00e9 et la mont\u00e9e des royaut\u00e9s qui vont lui permettre de faire la ville <\/em>au lieu de s\u2019y loger discr\u00e8tement. Rappelons que la cit\u00e9 qu\u2019avait initi\u00e9e Clisth\u00e8ne \u00e0 travers ses r\u00e9formes ne s\u2019identifiait \u00e0 aucun personnage particulier <\/span>17<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Or aussit\u00f4t que le pouvoir devient personnifi\u00e9, il se cherche une place pour \u00eatre dignement repr\u00e9sent\u00e9. Sur ce plan, l\u2019influence perse a jou\u00e9 un r\u00f4le incontestable dans la construction de la magnificence urbaine en Occident. D\u00e8s le IIIe <\/sup>si\u00e8cle avant notre \u00e8re, les monarchies et les empires \u00e9tablissent, dans le tissu m\u00eame de la ville ordinaire, des lieux qui ont le prestige de l\u2019acropole. Le d\u00e9fi est d\u2019offrir aux temples une position \u00e9minente sans d\u00e9pendre de la g\u00e9ographie, et d\u2019une mani\u00e8re qui les int\u00e8gre \u00e0 la ville afin qu\u2019ils fassent corps avec elle au lieu de la repr\u00e9senter de loin <\/span>18<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n\n\n

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Milet, l\u2019agora nord au IVe, au IIIe si\u00e8cle av. J.-C., puis au IIe si\u00e8cle ap. J.-C.<\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

Pour se distinguer dans la foule des b\u00e2timents, le temple urbain revendique un d\u00e9gagement par lequel il se valorise. Le monument r\u00e9tablit ainsi, en ville, la n\u00e9cessaire distance \u2013 physique et symbolique \u2013 qui le s\u00e9pare du monde. Pour prendre place en retrait en pleine ville, le moyen le plus facile et le plus ambitieux est de coloniser un espace disponible, d\u00e9j\u00e0 constitu\u00e9, pr\u00eat \u00e0 l\u2019emploi et hautement symbolique : l\u2019agora est la proie id\u00e9ale du monument en qu\u00eate de statut. Tout a commenc\u00e9 en dressant sur l\u2019un de ses c\u00f4t\u00e9s la figure tut\u00e9laire du portique \u00e0 fronton \u2013 une repr\u00e9sentation \u00ab r\u00e9sum\u00e9e \u00bb du temple \u2013 qui, en se d\u00e9tachant en avant, interrompt la stoa<\/em>. Et pour que cette figure acqui\u00e8re tout son poids, l\u2019agora \u2013 initialement ouverte \u00e0 la circulation et dot\u00e9e de plusieurs acc\u00e8s \u2013 est peu \u00e0 peu cl\u00f4tur\u00e9e pour devenir une cour p\u00e9ristyle, perdant ainsi le lien organique qu\u2019elle avait avec la ville autour <\/span>19<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Le fil continu de la colonnade <\/span>20<\/sup><\/a><\/span><\/span> <\/sup>devient le collier dont le portique \u00e0 fronton \u00e9merge comme le bijou central. Le motif du temple s\u2019est ainsi empar\u00e9 d\u2019un espace libre et ouvert, pour en faire un th\u00e9\u00e2tre, c\u2019est-\u00e0-dire un espace ferm\u00e9 autour d\u2019une sc\u00e8ne. L\u2019association de ces deux figures qui \u00e9taient rest\u00e9es \u00e9trang\u00e8res l\u2019une \u00e0 l\u2019autre, le temple et l\u2019agora, donne naissance au parvis <\/span>21<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Par cette op\u00e9ration, l\u2019espace profane de l\u2019agora acquiert une solennit\u00e9 et, r\u00e9ciproquement, le pouvoir emprunte \u00e0 la figure du temple la gravit\u00e9 dont il a besoin pour susciter le respect. Ce dispositif conna\u00eetra une grande post\u00e9rit\u00e9 comme en t\u00e9moignent les innombrables exemples qui ont marqu\u00e9 nos villes jusqu\u2019au XIXe <\/sup>si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n\n\n

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Milet, simulation de l\u2019agora nord au IIe si\u00e8cle av. J.-C.<\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n\n\n
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Le forum de la Paix \u00e0 Rome, Ier si\u00e8cle (simulation).\r\n<\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n\n\n
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Ange-Jacques Gabriel, ch\u00e2teau de Compi\u00e8gne, XVIIIe si\u00e8cle. <\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

Ce tournant historique scelle le destin de l\u2019espace public. Je fais l\u2019hypoth\u00e8se que la ville occidentale est le fruit de cette prise de l\u2019agora, dont les enjeux sont avant tout politiques. L\u2019agora ne repr\u00e9sentait rien <\/span>22<\/sup><\/a><\/span><\/span> <\/sup>et n\u2019\u00e9tait assujettie \u00e0 aucun b\u00e2timent particulier. \u00c0 l\u2019\u00e9poque hell\u00e9nistique, les monarques ont pris conscience que le gouvernement des hommes passait par le gouvernement de l\u2019espace, lequel n\u00e9cessite des b\u00e2timents qui imposent un ordre ; leur ordre<\/em>. L\u2019insertion du temple dans l\u2019agora doit son succ\u00e8s au fait qu\u2019elle associe deux composantes fondamentales \u2013 deux invariants \u2013 de la civilisation : l\u2019objet de r\u00e9v\u00e9rence, qui marque un point (le menhir en est la plus ancienne expression), et l’espace vide du rassemblement. La formule est gagnante. En prenant place devant le vide de l\u2019agora, le monument s\u2019assure de recueillir les regards. Le vide semble n\u2019\u00eatre plus que la cons\u00e9quence du monument, comme si ce dernier avait repouss\u00e9 les fa\u00e7ades pour m\u00e9nager autour de lui un creux \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de la foule. Ce vers quoi les yeux se tournent, ce vers quoi les yeux se l\u00e8vent <\/span>23<\/sup><\/a><\/span><\/span> <\/sup>investit l\u2019espace du rassemblement, lui donne son nom et son visage. L\u2019espace public est d\u00e9sormais marqu\u00e9 du sceau de l\u2019institution.<\/p>\n\n\n\n\n\n

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De gauche \u00e0 droite  : les cours du palais de Mari, XXIIe-XXIe si\u00e8cles av. J.-C.  ; plan du palais de Tirynthe, p\u00e9riode myc\u00e9nienne  ; plan du palais de Sargon II \u00e0 Dur-Sharrukin, VIIIe si\u00e8cle av. J.-C.\r\n<\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

C\u2019est un \u00e9change de bons proc\u00e9d\u00e9s : des rois et des dynastes s\u2019approprient le monument, et, parall\u00e8lement, ce dernier re\u00e7oit, dans l\u2019enceinte de la ville, une place de premier ordre. Cet urbanisme qui voit le jour trouvera \u00e0 Alexandrie, \u00e0 Pergame et \u00e0 Rome ses premiers terrains d\u2019exercice. Alexandrie est un compromis entre \u00ab le fait du prince <\/span>24<\/sup><\/a><\/span><\/span> \u00bb sous la forme du monument urbain mis en sc\u00e8ne, et le principe d’\u00e9galit\u00e9 qui s\u2019exprime par la grille <\/span>25<\/sup><\/a><\/span><\/span>. \u00c0 Pergame, l’urbanisme monumental s\u2019accomplit avec un sens de la mesure, \u00e0 la diff\u00e9rence de la Rome imp\u00e9riale dont les exc\u00e8s aboutissent \u00e0 un entassement.<\/p>\n\n\n\n

Transfert<\/strong><\/h2>\n\n\n\n

D\u2019Ath\u00e8nes \u00e0 Pergame on observe un transfert du mythe : la fin des dieux <\/span>26<\/sup><\/a><\/span><\/span> <\/sup>annonce le r\u00e8gne des rois. D\u00e8s lors, le haut fait d\u2019architecture se d\u00e9tache progressivement du temple et prend le chemin du palais. Ce transfert qui s\u2019amorce \u00e0 l\u2019\u00e9poque hell\u00e9nistique n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 possible sans l\u2019\u00e9mergence d\u2019un troisi\u00e8me terme entre les dieux et les hommes : le roi. Figure interm\u00e9diaire, le roi pr\u00e9side \u00e0 l’organisation sociale tout en \u00e9tant teint\u00e9 du divin <\/span>27<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Avec les royaut\u00e9s et les empires, le temple, qui \u00e9tait le logis des dieux, devient donc la parure du pouvoir, et l\u2019autel sacrificiel une tribune politique. La transition s\u2019est effectu\u00e9e en douceur, par l\u2019entremise du portique \u00e0 fronton, garant de la continuit\u00e9. En glissant d\u2019un rite \u00e0 un autre, le sanctuaire poliade deviendra, \u00e0 Rome, le lieu du culte imp\u00e9rial.<\/p>\n\n\n\n

Ce n\u2019est donc pas un hasard si l\u2019agora na\u00eet et meurt avec la cit\u00e9-\u00c9tat. Car il ne s\u2019agissait pas d\u2019une simple place comme il y en avait eu avant, ou ailleurs. Les cours des palais myc\u00e9niens et babyloniens, bien qu\u2019elles aient eu des fonctions administratives et religieuses, n\u2019avaient rien de comparable \u00e0 l\u2019agora <\/span>28<\/sup><\/a><\/span><\/span> <\/sup> : l\u2019id\u00e9e d\u2019un espace ingouvernable au c\u0153ur de la cit\u00e9, destin\u00e9 \u00e0 entretenir la vivacit\u00e9 pol\u00e9mique entre citoyens \u00e9tait la derni\u00e8re chose que pouvaient imaginer ces f\u00e9odalit\u00e9s h\u00e9r\u00e9ditaires excessivement hi\u00e9rarchis\u00e9es. L\u2019agora repr\u00e9sente une civilisation de la libert\u00e9, la cour une civilisation de la servitude <\/span>29<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n\n\n

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L\u2019agora d\u2019Assos, construite sous l\u2019influence pergam\u00e9nienne, re\u00e7oit le temple \u00e0 l\u2019ouest au d\u00e9but du IIe si\u00e8cle av. J.-C.<\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

La disposition quelque peu al\u00e9atoire des temples dans l\u2019urbanisation empirique, ou la place sans \u00e9clat qui lui est assign\u00e9e dans la grille auraient en quelque sorte pr\u00e9serv\u00e9 l\u2019agora de la tutelle d\u2019un monument. En tant qu\u2019espace libre, sans qualit\u00e9s et sans hi\u00e9rarchie, l\u2019agora accompagne parfaitement les trois principes fondateurs de la d\u00e9mocratie grecque, notamment l\u2019isegoria<\/em>, l\u2019acc\u00e8s libre et \u00e9gal \u00e0 la parole <\/span>30<\/sup><\/a><\/span><\/span>. N\u2019oublions pas que c\u2019est le d\u00e9bat public contradictoire dans un espace \u00e9galitaire qui a permis la formation conjointe de la cit\u00e9 et de la rationalit\u00e9 <\/span>31<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Or l\u2019\u00e9mergence d\u2019un fronton \u00e9tablit une hi\u00e9rarchie en brisant l\u2019horizontalit\u00e9 \u2013 la \u00ab neutralit\u00e9 \u00bb \u2013 de l\u2019agora tant sur le plan physique que sur le plan symbolique <\/span>32<\/sup><\/a><\/span><\/span>. \u00c0 Assos, c\u2019est le temple tout entier qui s\u2019invite et prend place sur un c\u00f4t\u00e9 de l\u2019agora, renfor\u00e7ant aussit\u00f4t la diff\u00e9renciation de l\u2019espace que le portique \u00e0 fronton avait engag\u00e9e. Ce geste fonde la notion de lieu urbain et donne naissance \u00e0 un dispositif dont les architectes et les souverains sauront tirer profit pendant plus de deux mille ans : la place-monument. La place fleurit sur la tombe de l\u2019agora. L\u2019agora, qui \u00e9tait une \u00e9tendue isotrope, devient aussit\u00f4t un espace orient\u00e9. Le gabarit invariablement bas des stoas <\/em>est rompu par un monument dont la hauteur gouverne d\u00e9sormais l\u2019enclos <\/span>33<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Alors que l\u2019agora n\u2019avait gu\u00e8re de faci\u00e8s architectural, le fronton y introduit la notion de fa\u00e7ade. Quel que soit l\u2019usage de la place \u2013 march\u00e9 ou rassemblement politique \u2013 le monument en a pris le contr\u00f4le. Du temple de Dionysos \u00e0 Milet \u00e0 celui de D\u00e9m\u00e9ter \u00e0 Pergame, la revanche du temple est \u00e9clatante.<\/p>\n\n\n\n

Interrogeons-nous pour savoir \u00ab \u00e0 qui profite \u00bb cette place qui voit le jour. L\u2019agora n\u2019offrait rien \u00e0 contempler, tandis que la place est un d\u00e9gagement d\u2019un genre nouveau en ce qu\u2019il est un espace qui s\u2019interpose entre l\u2019individu et ce qui le gouverne. Cette mise \u00e0 distance du monument \u2013 dont la place n\u2019est finalement qu\u2019une cons\u00e9quence \u2013 conf\u00e8re \u00e0 ce dernier une dimension iconique. L\u2019agora classique accueillait les citoyens, le monument hell\u00e9nistique les convoque.<\/p>\n\n\n\n\n\n

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Base de sculpture, cimeti\u00e8re Dipylon, Ath\u00e8nes, 510 av. J.-C. Mus\u00e9e national arch\u00e9ologique, Ath\u00e8nes.<\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

L\u2019agora emporte avec elle une fonction que l’\u00e9tymologie aide \u00e0 d\u00e9finir. Deux significations diff\u00e9rentes, voire contraires, cohabitent. L\u2019une provient de ageirein <\/em>qui signifie \u00ab rassembler \u00bb, un verbe autour duquel s\u2019est constitu\u00e9e au fil du temps une culture de l\u2019espace public entendu comme\u2026 une r\u00e9serve de rencontres fortuites, de possibles inattendus et de faits divers. L\u2019autre racine est ag\u00f4n<\/em>, qui d\u00e9signe \u00e0 la fois le combat et le lieu du combat. Si l\u2019agora incarne in fine <\/em>l\u2019unit\u00e9 de la cit\u00e9, c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu\u2019elle accueille la division et la rivalit\u00e9. L\u2019agora existe afin que la violence puisse \u00eatre canalis\u00e9e, contenue et domestiqu\u00e9e dans un espace contr\u00f4l\u00e9, et qu\u2019elle ne se diffuse pas \u00e0 travers le corps social. Les Grecs avaient pris conscience qu\u2019il fallait pouvoir observer la violence pour la comprendre, et qu\u2019il fallait l\u2019isoler pour en pr\u00e9venir l\u2019expansion <\/span>34<\/sup><\/a><\/span><\/span>. C\u2019est pourquoi la polis <\/em>est fille de l\u2019agora, cet espace que les royaut\u00e9s vont pr\u00e9cis\u00e9ment abandonner, et que les dictatures vont carr\u00e9ment an\u00e9antir. Avec la place-monument, le lieu de la comp\u00e9tition des id\u00e9es, fondement des r\u00e9gimes d\u00e9mocratiques, devient le lieu de l\u2019acclamation, propre aux r\u00e9gimes despotiques. Le spectaculaire y d\u00e9ploie son efficacit\u00e9 politique et le peuple fait masse, comme une arm\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n\n\n

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La foule devant Mussolini, palais de Venise, le 4 novembre 1928.\r\n<\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

L\u2019agora \u00e9tait un espace politique informel, accessible \u00e0 tous, o\u00f9 se formait l\u2019opinion publique <\/span>35<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Cette id\u00e9e d\u2019un espace libre o\u00f9 rien ne surplombe le citoyen dispara\u00eet donc d\u00e9finitivement de nos civilisations \u00e0 l\u2019\u00e9poque hell\u00e9nistique. On pourrait d\u00e9fendre l\u2019id\u00e9e qu\u2019elle a retrouv\u00e9, il y a une vingtaine d\u2019ann\u00e9es, les conditions d\u2019une nouvelle modalit\u00e9 d\u2019existence, sur la toile de l\u2019Internet, du moins telle qu\u2019elle fut imagin\u00e9e \u00e0 sa naissance <\/span>36<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n

L\u2019\u00e9volution du forum romain est comparable \u00e0 celle de l\u2019agora : sous la R\u00e9publique c\u2019est un espace d\u00e9gag\u00e9, d\u00e9couvert, o\u00f9 nul monument ne vient occuper l\u2019axe longitudinal. \u00c0 Paestum le temple s\u2019invite sur un c\u00f4t\u00e9 du forum, mais sa place n\u2019\u00e9tant pas encore \u00e9tablie, il empi\u00e8te maladroitement sur l\u2019aire du comitium<\/em>. C\u2019est \u00e0 Pomp\u00e9i qu\u2019il trouve une place dominante. Il y restera tr\u00e8s attach\u00e9. De la R\u00e9publique \u00e0 l\u2019Empire, le forum n\u2019est plus que le faire-valoir du temple. Celui de C\u00e9sar est sur\u00e9lev\u00e9 sur un stylobate ; l\u2019absence d\u2019escaliers renforce la frontalit\u00e9 et la posture de d\u00e9fiance. La fermeture du forum \u00e0 toute circulation viaire abandonne l\u2019esprit d\u2019ouverture caract\u00e9ristique des premiers mod\u00e8les. Auguste poursuivra dans cette voie <\/span>37<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n\n\n

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De gauche \u00e0 droite et de haut en bas  :\r\nPlan restitu\u00e9 du forum de Cosa vers 180 av. J.-C. D\u2019apr\u00e8s F. E. Brownagrig.\r\nPlan du forum de Paestum.\r\nPlan d\u2019ensemble du forum de Pomp\u00e9i, iie si\u00e8cle av J.-C. Plan du forum de C\u00e9sar \u00e0 Rome, ier si\u00e8cle.\r\n<\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

En confrontant l\u2019agora des cit\u00e9s grecques et le forum imp\u00e9rial auquel aboutit l\u2019\u00e9volution ci-haut r\u00e9sum\u00e9e, les diff\u00e9rences sont significatives. Les acc\u00e8s de l\u2019agora classique \u00e9taient situ\u00e9s aux angles, pour des raisons essentiellement pratiques mais aussi esth\u00e9tiques <\/span>38<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Or le forum imp\u00e9rial privil\u00e9gie un acc\u00e8s m\u00e9dian dans le but de mettre en valeur la perception d\u2019un b\u00e2timent central <\/span>39<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Les proportions du forum, traditionnellement oblongues, s\u2019accordent parfaitement avec la mise en valeur de la profondeur perspective devant le temple, le long d\u2019un axe ordonnateur <\/span>40<\/sup><\/a><\/span><\/span>. L\u2019urbanisme devient l\u2019expression d\u2019une id\u00e9ologie royale et imp\u00e9riale. L\u2019architecture y contribue \u00e9galement : la typologie habituelle des temples romains abandonne le plan p\u00e9ript\u00e8re en faveur du plan prostyle qui \u00ab r\u00e9sume \u00bb en quelque sorte le temple sur une seule face. Cette \u00e9volution refl\u00e8te l\u2019abandon de l\u2019ambulatio <\/em>le long des stoas<\/em>. Le temple imp\u00e9rial n\u2019offre pas son flanc \u00e0 un promenoir <\/span>41<\/sup><\/a><\/span><\/span> ; il concentre tout son effet sur le portique \u00e0 fronton. Enfin, un arsenal d\u00e9coratif est mobilis\u00e9 dans un premier temps avec le motif du portique, puis avec le temple tout entier, mais aussi avec des portes, comme celle donnant acc\u00e8s, \u00e0 l\u2019\u00e9poque romaine, \u00e0 l\u2019agora sud de Milet <\/span>42<\/sup><\/a><\/span><\/span>. La d\u00e9coration, qui \u00e9tait bannie et m\u00eame interdite de la cit\u00e9 grecque par des lois au motif qu\u2019elle \u00e9tait susceptible de pervertir l\u2019esprit des citoyens, s\u2019introduit en ville <\/span>43<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Elle n\u2019en sortira jamais <\/span>44<\/sup><\/a><\/span><\/span>. L\u2019\u00e9motion fait d\u00e9sormais partie de l\u2019urbanisme, et l\u2019urbanisme est un outil de propagande.<\/p>\n\n\n\n\n\n

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Reconstitution du forum de Jules C\u00e9sar \u00e0 Rome et du temple de V\u00e9nus G\u00e9nitrix, par Olindo Grossi, 1934.\r\n<\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

Voil\u00e0 comment l\u2019espace de tous est devenu l\u2019espacement devant ce qui nous gouverne. Voil\u00e0 comment l\u2019ar\u00e8ne de la dispute est devenue l\u2019estrade du prince, et comment le monument est parvenu \u00e0 apprivoiser cette foule ameut\u00e9e que Bataille qualifiera de \u00ab chiourme architecturale <\/span>45<\/sup><\/a><\/span><\/span> \u00bb. La place-monument a contribu\u00e9 \u00e0 faire du citoyen un sujet <\/span>46<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Dans l\u2019agora, le peuple avait rendez-vous avec lui-m\u00eame, tandis que la place est le lieu o\u00f9 le pouvoir se rappelle au peuple. Les royaut\u00e9s et les empires auraient donc offert au temple urbain un statut que les Grecs ne lui avaient jamais accord\u00e9. Un paradigme urbanistique a ainsi pris forme, d\u2019une efficacit\u00e9 si redoutable que les pouvoirs ne s\u2019en d\u00e9feront jamais. Cette machine d\u2019\u00c9tat qu\u2019est la place-monument glorifie le pouvoir en m\u00eame temps qu\u2019elle flatte l\u2019amour-propre du citoyen, lequel n\u2019en est que plus enclin \u00e0 ob\u00e9ir. Laisser sa marque dans la forme urbaine est par ailleurs le plus s\u00fbr moyen de se faire une place dans la post\u00e9rit\u00e9. Cela vaut notamment pour Eum\u00e8ne II (IIe <\/sup>si\u00e8cle av. J.-C.), Jules II, Louis XIV, Napol\u00e9on et Fran\u00e7ois Mitterrand.<\/p>\n\n\n\n\n\n

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L\u2019agora sud de Milet, IVe ou IIe si\u00e8cle av. J.-C.<\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n\n\n
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Forum d\u2019Auguste \u00e0 Rome, Ier si\u00e8cle av. J.-C.\r\n<\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n\n\n
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L\u2019agora sud de Milet, cl\u00f4tur\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9poque romaine.<\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n\n\n
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Porte de l\u2019agora sud de Milet, IIe si\u00e8cle.\r\n<\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n\n\n
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Pierre-Antoine Demachy, C\u00e9r\u00e9monie de la pose de la premi\u00e8re pierre de la nouvelle \u00e9glise Sainte-Genevi\u00e8ve, Paris, 1765 (trompe-l\u2019\u0153il grandeur nature, de toile et de charpente).<\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n\n\n
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Francesco Granacci, Joseph pr\u00e9sente son p\u00e8re et ses fr\u00e8res au pharaon, Florence, mus\u00e9e des Offices 1517.\r\n<\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n\n\n
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Taddeo di Bartolo, plan de Rome, XVe si\u00e8cle.<\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

Une certaine id\u00e9e de l\u2019ordre<\/strong><\/h2>\n\n\n\n

La place-monument, dans ses origines gr\u00e9co-romaines comme dans son \u00e9volution, a accompagn\u00e9 tous les r\u00e9gimes. Elle invite donc \u00e0 une r\u00e9flexion politico-architecturale sur l\u2019ordre, ce que c\u2019est, la mani\u00e8re de le r\u00e9ifier, ce qu\u2019il signifie et l\u2019effet qu\u2019il produit dans le corps social. Je m\u2019appuierai sur deux types embl\u00e9matiques de l\u2019histoire des pouvoirs, que tout oppose : la place communale de l\u2019Italie m\u00e9di\u00e9vale, et la place royale fran\u00e7aise. La premi\u00e8re r\u00e9invente la mani\u00e8re dont le monument acquiert de l\u2019importance en ville, sans compter sur une planification urbaine. Est-il utile de rappeler ici que l\u2019ordre de la ville a ses fabricateurs \u00e0 chaque \u00e9poque : Hippodamos, Henri IV et Haussmann jalonnent une tradition o\u00f9 la forme urbaine pr\u00e9c\u00e8de les b\u00e2timents : le premier impose une grille, le deuxi\u00e8me un chapelet de places r\u00e9guli\u00e8res, le troisi\u00e8me un ensemble de perc\u00e9es. Or dans le monde des cit\u00e9s-\u00c9tats de l\u2019Italie m\u00e9ridionale, la forme urbaine d\u00e9coule des b\u00e2timents. Les lieux reposent essentiellement sur les objets, comme en t\u00e9moigne la peinture. L\u2019espace public m\u00e9di\u00e9val n\u2019a donc pas de forme a priori <\/em> ; il accompagne les b\u00e2timents comme s\u2019il en \u00e9tait l\u2019\u00e9manation. L\u2019ordre de la place m\u00e9di\u00e9vale n\u2019est pas impos\u00e9, mais n\u00e9goci\u00e9 avec le voisinage ; l\u2019irr\u00e9gularit\u00e9 de la place et la multiplicit\u00e9 de ses fa\u00e7ades accordent \u00e0 chaque b\u00e2timent une part qui lui est propre de l\u2019effet d\u2019ensemble, comme les objets d\u2019une nature morte. La place m\u00e9di\u00e9vale est en mati\u00e8re de composition la synth\u00e8se des deux types originels que sont d\u2019une part l\u2019agora archa\u00efque (notamment \u00e0 \u00c9lis), qui se pr\u00e9sente sous la forme d\u2019une assembl\u00e9e de b\u00e2timents d\u00e9tach\u00e9s bornant une \u00e9tendue dont le p\u00e9rim\u00e8tre est pour le moins discontinu et, de l\u2019autre, l\u2019agora dite ionienne, qui est un vide rectangulaire fortement encadr\u00e9 comme \u00e0 \u00c9ph\u00e8se <\/span>47<\/sup><\/a><\/span><\/span>. La comparaison s\u2019arr\u00eate l\u00e0, car la place m\u00e9di\u00e9vale a affaire \u00e0 un pouvoir : elle s\u2019adosse donc \u00e0 un palais ou \u00e0 une cath\u00e9drale, mais \u2013 c\u2019est l\u00e0 sa sp\u00e9cificit\u00e9 \u2013 sans en faire son seul ma\u00eetre. Le mod\u00e8le politique communal a ainsi donn\u00e9 lieu \u00e0 des places \u00e0 son image, comme la Piazza del Campo de Sienne, o\u00f9 le Palazzo Pubblico r\u00e9unit quelques b\u00e2timents autour de son parvis. Il les r\u00e9unit sans les astreindre. Le palais s\u2019impose avec autorit\u00e9, mais il \u00e9carte les bras amicalement. Par l\u2019incurvation de sa fa\u00e7ade il fait corps avec sa parcelle au lieu de lui infliger une g\u00e9om\u00e9trie id\u00e9ale. En se tenant devant lui, on est \u00e0 la fois frapp\u00e9 par l\u2019ampleur des murs et accueilli par le creux qu\u2019ils dessinent d\u00e9licatement.<\/p>\n\n\n\n\n\n

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Sienne, le Palazzo Pubblico, fin XIIIe si\u00e8cle et XIVe. Ci-contre  : Piazza del Campo, Sienne.\r\n<\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

La forme du b\u00e2timent att\u00e9nue ainsi la violence de sa dimension. La pente du sol y contribue \u00e9galement, car depuis la rue, la hauteur du palais se dresse sans nous \u00e9craser, ni m\u00eame nous surplomber. Aux qualit\u00e9s de plan de cette place s\u2019ajoutent ainsi celles de la coupe, pour r\u00e9unir toutes les caract\u00e9ristiques d\u2019un th\u00e9\u00e2tre.<\/p>\n\n\n\n

Deux concavit\u00e9s se r\u00e9pondent : celle du Palazzo Pubblico et la ronde que dessinent les palais d\u2019en face. Deux \u00e9treintes entre lesquelles le citoyen se sent prot\u00e9g\u00e9. Une majest\u00e9 sans ego : voil\u00e0 ce que la Sienne des neuf magistrats a r\u00e9ussi \u00e0 construire <\/span>48<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Malgr\u00e9 les masses b\u00e2ties, aucune tension ne vient appesantir l\u2019espace. Une paix sociale se d\u00e9gage de ce parvis o\u00f9, cela est assez exceptionnel pour \u00eatre soulign\u00e9, le pouvoir a un visage aimable.<\/p>\n\n\n\n\n\n

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Place royale, Paris<\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n\n\n
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La place Louis-le-Grand (actuelle place Vend\u00f4me). Dessin de Nicolas de Fer, vers 1705.\r\n<\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n\n\n
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Sch\u00e9ma explicatif de l’auteur.<\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

L\u2019honneur municipal et le prestige royal ont chacun leur forme urbaine <\/span>49<\/sup><\/a><\/span><\/span>. La monarchie s\u2019accompagne d\u2019un ordre id\u00e9al, o\u00f9 tous les b\u00e2timents sont soumis \u00e0 la volont\u00e9 d\u2019une figure qui ne fait aucune concession. L\u2019absoluit\u00e9 \u2013 du terme absolutus <\/em> : \u00ab d\u00e9gag\u00e9 de toute attache \u00bb \u2013 s\u2019applique autant au roi lui-m\u00eame qu\u2019\u00e0 la place qui le repr\u00e9sente. Malgr\u00e9 les variations typologiques, trois caract\u00e9ristiques fondamentales d\u00e9finissent la place royale : la r\u00e9gularit\u00e9 g\u00e9om\u00e9trique, l\u2019ordonnancement des fa\u00e7ades et la statue du roi (laquelle est souvent \u00e0 l\u2019origine du projet de place <\/span>50<\/sup><\/a><\/span><\/span>). Louis XIII annonce d\u00e9j\u00e0 la monarchie absolue en faisant de la place royale (qui porte le nom de place des Vosges depuis la R\u00e9volution) non la place marchande et populaire qu\u2019avait voulue Henri IV, mais  une  place  aristocratique  o\u00f9  le  terre-plein \u2013 d\u00e9sormais barricad\u00e9 \u2013 n\u2019est plus que le tapis de la statue \u00e9questre <\/span>51<\/sup><\/a><\/span><\/span>. La place royale peut s\u2019appuyer sur un lotissement priv\u00e9 \u00e0 but lucratif : le rideau des fa\u00e7ades suffit \u00e0 cl\u00f4turer l\u2019espace autour de la statue <\/span>52<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Cet exc\u00e8s de repr\u00e9sentation sature la place, comme si celle-ci \u00e9tait davantage faite pour \u00eatre contempl\u00e9e que pour \u00eatre habit\u00e9e. D\u2019ailleurs, ce n\u2019est pas un hasard si la seule place de Sienne qui soit d\u00e9serte m\u00eame en juillet est occup\u00e9e par une statue centrale <\/span>53<\/sup><\/a><\/span><\/span>.Dans la place royale, le contr\u00f4le absolu de la mod\u00e9nature est comparable \u00e0 celui du temple, et l\u2019on peut consid\u00e9rer les parois de la place Vend\u00f4me comme un retournement de la fa\u00e7ade du temple : l\u2019enveloppe convexe devient une enveloppe concave, et la statue de la divinit\u00e9 dedans fait place \u00e0 celle du roi, dehors <\/span>54<\/sup><\/a><\/span><\/span>. La place royale est le bras non arm\u00e9 de la monarchie. Elle contribue \u00e0 en restaurer l\u2019imperium <\/em>\u00e0 travers un territoire soumis \u00e0 un pouvoir central <\/span>55<\/sup><\/a><\/span><\/span>. De ce pouvoir elle reproduit l\u2019image, en s\u2019affirmant comme un espace autocentr\u00e9, imperturbable et constitu\u00e9 de fa\u00e7ades rigoureusement disciplin\u00e9es. La place m\u00e9di\u00e9vale quant \u00e0 elle est l\u2019expression d\u2019un pouvoir municipal dans le monde fragment\u00e9 des cit\u00e9s-\u00c9tats <\/span>56<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Il est donc naturel qu\u2019elle tienne du contexte lui-m\u00eame la raison de sa forme singuli\u00e8re <\/span>57<\/sup><\/a><\/span><\/span>. C\u2019est une place \u00e0 plusieurs voix, qui construit donc un ordre sans le d\u00e9cr\u00e9ter d\u2019un geste unique ; un ordre sans domination. Est-ce pour cela qu\u2019elle est si attachante ? Les b\u00e2timents se compl\u00e8tent, et parfois les places aussi : \u00e0 Lucques, la contigu\u00eft\u00e9 des places San Giovanni, San Martino et Antelminelli met chacune d\u2019elles au service d\u2019une autre. Les trois s\u2019\u00e9paulent au lieu de rivaliser ; chacune tient sa qualit\u00e9 de la perspective qu\u2019elle lib\u00e8re sur la suivante.<\/p>\n\n\n\n\n\n

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Lucques, piazzas San Giovanni, San Martino et Antelminelli.\r\n<\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

\u00c0 l\u2019int\u00e9rieur m\u00eame de la place m\u00e9di\u00e9vale, l\u2019unit\u00e9 est perceptible, mais sans recourir \u00e0 un ordonnancement des fa\u00e7ades. Cette unit\u00e9 se r\u00e9alise \u00e0 travers une multiplicit\u00e9 de b\u00e2timents, tandis que les b\u00e2timents qui d\u00e9limitent la place royale ne constituent pas une multiplicit\u00e9 : la r\u00e9p\u00e9tition et la continuit\u00e9 des fa\u00e7ades dissolvent l\u2019individualit\u00e9 de chacun. \u00c0 l\u2019id\u00e9alit\u00e9 a priori <\/em>de la place royale \u2013 celle qui se dessine enti\u00e8rement et implacablement d\u2019un seul geste \u2013 s\u2019oppose ainsi l\u2019id\u00e9alit\u00e9 a posteriori <\/em>de la place m\u00e9di\u00e9vale.<\/p>\n\n\n\n\n\n

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Giuseppe Zocchi, La place de la Seigneurie \u00e0 Florence, XVIIe si\u00e8cle.<\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n\n\n
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Jules Hardouin-Mansart, les h\u00f4tels particuliers de la place Vend\u00f4me, 1699.\r\n<\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

Au XVIIIe <\/sup>si\u00e8cle, l\u2019espace public s\u2019\u00e9largit et le cadre b\u00e2ti se d\u00e9fait : avec la place Louis XV (l\u2019actuelle place de la Concorde), la volont\u00e9 de connecter des lieux environnants prend le pas sur celle de circonscrire une place autonome. Il s\u2019agit pour cette place de concilier deux principes oppos\u00e9s : le souci d\u2019elle-m\u00eame \u2013 faire lieu, faire centre \u2013 et la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019articuler de grandes plaques de territoires. Tandis que les places pr\u00e9c\u00e9dentes \u2013 par exemple la place des Victoires \u2013 n\u2019\u00e9taient qu\u2019un pur lieu de repr\u00e9sentation, \u00e9tranger au tissu, la place Louis XV se veut utile en mettant en valeur ce qui existe <\/span>58<\/sup><\/a><\/span><\/span>. La volont\u00e9 de faire circuler l\u2019air et les individus conduit \u00e0 limiter les constructions <\/span>59<\/sup><\/a><\/span><\/span>. On passe ainsi en un si\u00e8cle d\u2019un mod\u00e8le de place centrip\u00e8te \u00e0 un mod\u00e8le centrifuge <\/span>60<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Gabriel s\u2019int\u00e9resse davantage au territoire autour, qu\u2019au roi au centre : un tr\u00e8s grand geste d\u2019urbanisme, que l\u2019automobile transformera en un magnifique \u00e9changeur <\/span>61<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Un vent d\u2019ouverture souffle donc sur la place royale et sur la monarchie qu\u2019elle repr\u00e9sente ; comme si l\u2019ouverture des id\u00e9es \u2013 \u00e0 laquelle ont contribu\u00e9 des penseurs comme Montesquieu, Voltaire ou Rousseau \u2013 et celle de la place se r\u00e9pondaient. Le roi de bronze n\u2019est plus cette figure hi\u00e9ratique d\u00e9pos\u00e9e dans son \u00e9crin et proportionn\u00e9e \u00e0 celui-ci. Louis XV est moins habill\u00e9 et moins entour\u00e9 dans cette esplanade qui le d\u00e9passe, malgr\u00e9 les foss\u00e9s creus\u00e9s pour tenter, en vain, de resserrer l\u2019espace autour de lui <\/span>62<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n\n\n

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Vue de la rue royale vers la fa\u00e7ade de l\u2019\u00e9glise de la Madeleine.\r\n<\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n\n\n
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L\u2019avenue de l\u2019Op\u00e9ra.\r\n<\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

La place perd sa raison d\u2019\u00eatre aussit\u00f4t que le pouvoir ne compte plus sur elle. Le temple dont Napol\u00e9on lance la construction ne d\u00e9gage aucune place car la rue royale suffit \u00e0 le mettre en sc\u00e8ne. Sur son propre terrain, l\u2019\u00e9glise de la Madeleine n\u2019engendre, par son emplacement, rien d\u2019autre qu\u2019un carrefour giratoire rectangulaire sans int\u00e9r\u00eat. D\u2019autres exemples parisiens, comme le Panth\u00e9on ou le palais Brongniart, nous rappellent que le monument, lorsqu\u2019il occupe le centre de la place, ne lib\u00e8re aucun espace public.<\/p>\n\n\n\n

Par la suite, l\u2019\u00c9tat s\u2019est donn\u00e9 les moyens \u2013 juridiques et financiers \u2013 de r\u00e9aliser le grand maillage des espaces publics. Dans le Paris d\u2019Haussmann l\u2019espace du monument n\u2019est plus le parvis mais le boulevard. Boulevard de l\u2019Op\u00e9ra ou de Strasbourg, l\u2019ancienne perspective du forum imp\u00e9rial s\u2019est allong\u00e9e pour buter en fin de course sur la fa\u00e7ade d\u2019un monument. Les larges trottoirs plant\u00e9s d\u2019arbres ont remplac\u00e9 les stoas<\/em>.<\/p>\n\n\n\n

Le beau divorce<\/strong><\/h2>\n\n\n\n

Au si\u00e8cle dernier, l\u2019explosion urbaine nous fait basculer des ordres de la ville au d\u00e9sordre de la banlieue. La crise du p\u00e9rim\u00e8tre urbain et le d\u00e9veloppement incontr\u00f4l\u00e9 de la rurbanisation annoncent la fin de l\u2019\u00e9quilibre entre ville et campagne. Une doctrine s\u2019\u00e9l\u00e8ve alors contre le processus d\u2019\u00e9rosion du territoire, comme une parenth\u00e8se d\u2019optimisme dans le d\u00e9sastre en cours, et un exemple de volont\u00e9 dans le laisser-aller d\u2019un syst\u00e8me productif livr\u00e9 \u00e0 lui-m\u00eame. Elle prend une forme concr\u00e8te dans la Cit\u00e9 radieuse, qui refonde le rapport entre architecture et nature, sans la ville<\/em>. Le corps disloqu\u00e9 de la ville est le fond tragique duquel se d\u00e9tache ce geste qui se veut salvateur, et qui est innocent des crimes qui seront commis en son nom. La Cit\u00e9 radieuse appara\u00eet comme une arche de No\u00e9 destin\u00e9e \u00e0 sauver le monde du naufrage annonc\u00e9. Trois cent trente-sept logements s\u2019y rassemblent pour restaurer la puissance du fait architectural et urbain. Ce projet dignifie le logement ordinaire, en l\u2019arrachant au tissu horizontal pour lui offrir la hauteur qui revenait autrefois \u00e0 l\u2019acropole. Le monument s\u2019est retir\u00e9 de la ville qu\u2019il avait occup\u00e9e depuis deux mille cinq cents ans, pour retrouver le grand paysage o\u00f9 il \u00e9tait n\u00e9. La Cit\u00e9 radieuse incarne \u00e0 sa mani\u00e8re le principe d\u2019abso- luit\u00e9, en ce qu\u2019elle est d\u00e9tach\u00e9e et autonome. Tel le temple poliade, le b\u00e2timent s\u2019affranchit du contexte imm\u00e9diat afin d\u2019entrer en contact avec l\u2019horizon et avec le cosmos, par l\u2019interm\u00e9diaire de la course du soleil <\/span>63<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Une g\u00e9ographie meubl\u00e9e de quelques b\u00e2timents qui en sont dignes : ce que les Grecs ont b\u00e2ti, Le Corbusier a r\u00eav\u00e9 de le r\u00e9interpr\u00e9ter.<\/p>\n\n\n\n\n\n

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Les esplanades de Brasilia (Lucio Costa), et de Chandigarh (Le Corbusier).<\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

Rien d\u2019\u00e9tonnant donc que les pionniers de l’architecture moderne se soient d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9s des places <\/span>64<\/sup><\/a><\/span><\/span>, pour se tourner vers l\u2019esplanade dont le XVIIIe <\/sup>si\u00e8cle fran\u00e7ais nous avait donn\u00e9 le go\u00fbt, qui par son \u00e9chelle accorde \u00e0 l\u2019objet architectural une autonomie inconditionnelle <\/span>65<\/sup><\/a><\/span><\/span>. On sait le succ\u00e8s que conna\u00eetra l\u2019esplanade par la suite.<\/p>\n\n\n\n\n\n

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\u00c0 gauche, Le Parth\u00e9non, Ve si\u00e8cle av. J.-C. \u00c0 droite, Le Corbusier, la Cit\u00e9 radieuse, Marseille, 1945.<\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

Triste divorce<\/strong><\/h2>\n\n\n\n

Une soci\u00e9t\u00e9 a l\u2019espace public qu\u2019elle m\u00e9rite. Cath\u00e9drales, palais, mus\u00e9es et m\u00e9diath\u00e8ques ont \u00e9t\u00e9 de grands contributeurs de la ville lorsqu\u2019on leur a donn\u00e9 les moyens de prendre en charge un espace ext\u00e9rieur.<\/p>\n\n\n\n\n\n

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Renzo Piano et Richard Rogers, le Centre Pompidou et son parvis, Paris, 1971<\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

Le statut que l\u2019on accorde \u00e0 l\u2019espace public repose sur le choix de la parcelle, la s\u00e9lection du projet et l’am\u00e9nagement du sol. Quelle responsabilit\u00e9 urbaine un grand b\u00e2timent public peut-il endosser lorsqu\u2019il est rel\u00e9gu\u00e9 dans un coin entre un parc qui l\u2019\u00e9loigne de la ville et le p\u00e9riph\u00e9rique ? Quel espace urbain peut \u00eatre partag\u00e9 lorsqu\u2019un individualisme outrancier gagne chaque immeuble de logements ? Que signifie l’exploitation syst\u00e9matique du moindre parvis, m\u00eame en Italie ? Vouloir combler co\u00fbte que co\u00fbte \u2013 de surcro\u00eet par le divertissement \u2013 cet espace vide qui nous s\u00e9pare de nos anciens ma\u00eetres est le sympt\u00f4me d\u2019un malaise : nous nous sommes lib\u00e9r\u00e9s de la tutelle religieuse et de la monarchie, mais sommes-nous en paix avec l’empreinte qu\u2019elles ont laiss\u00e9es ? Les projets dits \u00ab participatifs \u00bb et la pr\u00e9tendue \u00ab r\u00e9appropriation \u00bb des places par tous entretiennent les illusions d\u2019une conqu\u00eate sociale. Comme si la d\u00e9mocratie ne pouvait d\u00e9sormais survivre sans en finir avec cette grandeur dont nous avons h\u00e9rit\u00e9 mais qui s\u2019av\u00e8re trop encombrante.<\/p>\n\n\n\n\n\n

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Jean Nouvel, philharmonie de Paris, 2015.<\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

Nous nous en tirons en jouant avec, en l\u2019int\u00e9grant \u00e0 l\u2019industrie du loisir, en nous donnant l\u2019impression de squatter nos propres vestiges. Une chose est s\u00fbre : les engouements passent, le monument, lui, reste. Une autre chose est tout aussi s\u00fbre : les hommes sont fonci\u00e8rement partag\u00e9s entre deux d\u00e9sirs, celui de libert\u00e9, qu\u2019ils clament facilement, et celui, moins avouable, d\u2019\u00eatre gouvern\u00e9s. Lorsqu\u2019il est trop r\u00e9prim\u00e9, ce dernier fait retour avec une puissance dont nous connaissons les dangers.<\/p>\n\n\n\n\n\n

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Brescia, Piazza della Loggia.\r\n<\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n\n\n
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La place de la cath\u00e9drale Saint-Jean-Baptiste de Turin en 1933.<\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

Notre histoire est faite de notre relation tumultueuse avec l\u2019espace public et le monument, sous la tutelle des princes, des \u00e9v\u00eaques ou des maires. N\u00e9 du mariage forc\u00e9 du temple et de l\u2019agora, le parvis \u2013 et par extension la place \u2013 a entretenu l\u2019esprit du sacr\u00e9 au c\u0153ur de l\u2019agitation urbaine. Il a port\u00e9 les symboles dont nos civilisations se sont nourries, dans la magnificence comme dans la Terreur, et il a travers\u00e9 les r\u00e9volutions techniques et politiques <\/span>66<\/sup><\/a><\/span><\/span>.Cette long\u00e9vit\u00e9 garde son secret. L\u2019architecture du pouvoir, \u00e9clatante et manifeste, r\u00e9v\u00e8le tranquillement le pouvoir de l\u2019architecture. J\u2019ai tent\u00e9 d\u2019esquisser une g\u00e9n\u00e9alogie de l\u2019architecture du pouvoir en remontant \u00e0 ses origines occidentales, de relever ses modalit\u00e9s, de comprendre ses outils, ses finalit\u00e9s, et de situer les principaux jalons de son \u00e9volution. Il est plus difficile en revanche de saisir le pouvoir de l\u2019architecture, car ce pouvoir ne se mesure pas \u00e0 celui de son commanditaire. Il s\u2019exerce au-del\u00e0 du si\u00e8cle, survit aux s\u00e9ismes politiques et recouvre les religions comme les r\u00e9gimes. Ce pouvoir myst\u00e9rieux de la masse de pierre qui se tient dans l\u2019espace, dont le temple dorique a \u00e9t\u00e9 un grand fondateur, ne devait d\u00e9j\u00e0 rien aux dieux, qui ne faisaient que passer et qui tout compte fait n\u2019\u00e9taient que faux-semblants <\/span>67<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Ce pouvoir que l\u2019architecture tient de ses murs eux-m\u00eames et non de ce qu\u2019ils renferment, nulle civilisation ne l\u2019a mieux compris que celle des Grecs.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"

Notre histoire est faite de notre relation tumultueuse avec l\u2019espace public et le monument. N\u00e9 du mariage forc\u00e9 du temple et de l\u2019agora, le parvis \u2013 et par extension la place \u2013 a entretenu l\u2019esprit du sacr\u00e9 au c\u0153ur de l\u2019agitation urbaine. L\u2019architecture du pouvoir, \u00e9clatante et manifeste, r\u00e9v\u00e8le tranquillement le pouvoir de l\u2019architecture. Pourtant, ce pouvoir myst\u00e9rieux ne doit rien aux dieux \u2013 simples passagers. 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