{"id":149139,"date":"2022-08-16T06:26:00","date_gmt":"2022-08-16T04:26:00","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=149139"},"modified":"2022-08-15T18:55:56","modified_gmt":"2022-08-15T16:55:56","slug":"du-terrier-aux-champs-elysees","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/08\/16\/du-terrier-aux-champs-elysees\/","title":{"rendered":"Du terrier aux Champs-\u00c9lys\u00e9es"},"content":{"rendered":"\n<p>Pas toujours, bien s\u00fbr, mais volontiers et pour des motifs de toutes sortes, on aime rentrer et quelquefois rester chez soi ou, comme on dit m\u00eame si la locution para\u00eet de nos jours souvent presque emphatique, \u00ab&#160;\u00e0 la maison&#160;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Quel que puisse \u00eatre son caract\u00e8re, le logement que l\u2019on occupe constitue, apr\u00e8s le corps, notre seconde enveloppe, la troisi\u00e8me \u00e9tant l\u2019endroit o\u00f9, parmi beaucoup d\u2019autres, il se trouve situ\u00e9, et la quatri\u00e8me, l\u2019espace que d\u00e9limite l\u2019atmosph\u00e8re de notre plan\u00e8te. C\u2019est-\u00e0-dire l\u2019espace commun \u00e0 toutes les esp\u00e8ces vivantes, et o\u00f9 la n\u00f4tre a rendu \u00e0 la fois plus \u00e9troites, plus complexes et plus probl\u00e9matiques les rapports de sa soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Les espaces proprement publics sont le lieu o\u00f9, sortis de la seconde enveloppe qu\u2019ils r\u00e9int\u00e9greront, les corps individuels se rencontrent et entrent en contact selon une hi\u00e9rarchie de n\u00e9cessit\u00e9s qui va de l\u2019obligation vitale (travailler ou chercher du travail, se nourrir et veiller \u00e0 l\u2019ensemble de sa subsistance), \u00e0 une activit\u00e9 d\u2019apparence ind\u00e9finissable mais qui poss\u00e8de sa propre \u00e9chelle de d\u00e9terminations, entre la pure fl\u00e2nerie solitaire et le besoin instinctif de communiquer avec autrui. Pour ne rien dire des rapports amoureux.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le fl\u00e2neur savoure \u00e0 la fois sa diff\u00e9rence et son appartenance. Vient-il \u00e0 dialoguer, il y puise bient\u00f4t des raisons de justifier l\u2019une ou l\u2019autre, puis de vouloir les faire partager par son interlocuteur. Et la politique commence.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Le fl\u00e2neur savoure \u00e0 la fois sa diff\u00e9rence et son appartenance. Vient-il \u00e0 dialoguer, il y puise bient\u00f4t des raisons de justifier l\u2019une ou l\u2019autre, puis de vouloir les faire partager par son interlocuteur. Et la politique commence.<\/p><cite>Jacques R\u00e9da<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>Dans l\u2019incapacit\u00e9 d\u2019adopter un point de vue objectif o\u00f9 je ne peux pr\u00e9tendre me placer faute de savoir pr\u00e9cis en de nombreux domaines, j\u2019entrerai plut\u00f4t en fl\u00e2neur dans l\u2019Espace public, en y promenant la foule de souvenirs personnels qui en permanence m\u2019accompagnent et ont influenc\u00e9 sans rem\u00e8de le strabisme de mes yeux.<\/p>\n\n\n\n<p>Il me semble qu\u2019il existe des espaces semi-publics o\u00f9 d\u00e9bute notre apprentissage&#160;: la famille, l\u2019\u00e9cole, le milieu, urbain ou rural, o\u00f9 ils se situent, et dans certains cas \u2013 ce fut le mien \u2013, l\u2019\u00e9glise, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019\u00e9ducation et l\u2019enseignement religieux. Si je les distingue, c\u2019est que mon \u00e9ducation familiale fut \u00e0 cet \u00e9gard superficielle et sans contrainte, \u00e0 une \u00e9poque (les ann\u00e9es 1930) o\u00f9 un petit nombre de pratiques vite facultatives manifestaient \u00e0 suffisance l\u2019adh\u00e9sion \u00e0 une foi. On ne m\u2019e\u00fbt certes pas enseign\u00e9 le contraire, mais on s\u2019en remettait pour le reste aux pr\u00eatres plus ou moins routiniers charg\u00e9s du cat\u00e9chisme.<\/p>\n\n\n\n<p>Les impr\u00e9vus de la guerre ont fait que plus tard, on d\u00fbt me placer pour plusieurs ann\u00e9es dans un internat o\u00f9, \u00e0 l\u2019inverse, j\u2019ai connu les rigueurs d\u2019une r\u00e8gle quasiment monastique. En l\u2019absence de la vocation qui, en principe, conduit \u00e0 s\u2019y plier, on s\u2019y pr\u00e9occupait non seulement de la parfaite observation de ces r\u00e8gles, mais aussi de l\u2019accord profond que leur sens trouvait dans l\u2019int\u00e9riorit\u00e9 de chacun. En plus de sa qualit\u00e9 particuli\u00e8re et dont je ne retrouverais jamais ailleurs l\u2019\u00e9quivalent, l\u2019enseignement strictement scolaire en \u00e9tait lui-m\u00eame p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 d\u2019une sorte de d\u00e9votieuse bu\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019avais pourtant connu d\u2019abord un monde o\u00f9, consomm\u00e9e, la s\u00e9paration des pouvoirs \u2013 le temporel et le spirituel \u2013, paraissait n\u2019avoir pas compromis leur \u00e9quilibre, et il en r\u00e9sultait un ordre dont le symbole \u00e9clatant avait \u00e9t\u00e9 pour moi la sonnerie \u00ab&#160;aux champs&#160;\u00bb ex\u00e9cut\u00e9e par clairons et tambours au moment de l\u2019\u00e9l\u00e9vation dans la majestueuse \u00e9glise o\u00f9, avant une \u00e9tape chez le p\u00e2tissier, j\u2019assistais avec ma m\u00e8re \u00e0 la messe dominicale. Dieu, la patrie et l\u2019\u00e9clair au chocolat formaient une triade homog\u00e8ne. On payait l\u2019un en pri\u00e8res et l\u2019autre avec cent sous, et l\u2019on s\u2019acquitterait de notre dette envers la seconde en rev\u00eatant, le jour venu, le casque des dragons, d\u00e9sormais par malheur d\u00e9pourvu de son cimier et de sa crini\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Sa garnison de cavalerie n\u2019\u00e9tait pas la moindre source de prosp\u00e9rit\u00e9 pour cette ville de modeste importance, devenue place strat\u00e9gique entre 1871 et 1914, et dont bien un tiers de la superficie \u00e9tait couvert par des casernes. Autre espace semi-public o\u00f9 l\u2019on n\u2019acc\u00e9derait qu\u2019\u00e0 la majorit\u00e9, elles d\u00e9tenaient (comme l\u2019\u00e9glise, sans tout \u00e0 fait le d\u00e9voiler, n\u2019exhibait son myst\u00e8re qu\u2019en certaines circonstances&#160;: la messe, les v\u00eapres) les casernes, ferm\u00e9es \u00e0 toute profane curiosit\u00e9, exposaient une partie du leur lors de parades et de prises d\u2019armes ou, plus furtivement, dans les rues o\u00f9, au petit trot, passait parfois un peloton se rendant \u00e0 l\u2019exercice.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Dieu, la patrie et l\u2019\u00e9clair au chocolat formaient une triade homog\u00e8ne. On payait l\u2019un en pri\u00e8res et l\u2019autre avec cent sous, et l\u2019on s\u2019acquitterait de notre dette envers la seconde en rev\u00eatant, le jour venu, le casque des dragons, d\u00e9sormais par malheur d\u00e9pourvu de son cimier et de sa crini\u00e8re.<\/p><cite>Jacques R\u00e9da<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>Et, comme celui de l\u2019\u00e9glise avec de l\u2019encens et des grandes orgues, le myst\u00e8re des casernes, sans pour autant se livrer, se pr\u00e9sentait parfois sous une forme sonore voire olfactive&#160;: tant\u00f4t au petit jour avec les trompettes de la diane, et tant\u00f4t le long des \u00e9curies aux lucarnes en demi-lune, quand en m\u00eame temps que leurs \u00e9brouements ou qu\u2019un claquement de sabot, montait la puissante odeur \u00e9pic\u00e9e mais secr\u00e8tement parfum\u00e9e des chevaux.<\/p>\n\n\n\n<p>Tel \u00e9tait l\u2019ordre&#160;: immuable, bien que ces d\u00e9tails parussent moins le menacer qu\u2019\u00e9chapper \u00e0 sa vigilance en r\u00e9percutant un \u00e9cho d\u2019une r\u00e9gion sur laquelle il n\u2019avait aucune prise certaine, \u00e0 moins qu\u2019il ne sembl\u00e2t de lui-m\u00eame se rel\u00e2cher. Alors apr\u00e8s le silence et la sortie en rangs des classes, il tol\u00e9rait la subite et longue explosion de la r\u00e9cr\u00e9, et chaque soir, placidement r\u00e9sign\u00e9e, la d\u00e9ambulation des dragons en \u00ab&#160;quartier libre&#160;\u00bb. Et ceux que l\u2019on avait vus plus dociles \u00e0 leur alignement rigide que des soldats de plomb, tra\u00eenaient alors la botte comme les rescap\u00e9s d\u2019une arm\u00e9e en d\u00e9route. Les gens convenables changeaient de trottoir devant certains bistros o\u00f9, pour oublier leur d\u00e9b\u00e2cle, ces tra\u00eenards tapageaient parfois jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9meute vite \u00e9teinte par la pr\u00e9v\u00f4t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais il y avait encore, dans cette ville, des espaces publics tout \u00e0 fait \u00e9trangers \u00e0 ces notions d\u2019ordre et de d\u00e9sordre. C\u2019\u00e9tait d\u2019abord, dans le prolongement de son ch\u00e2teau du xviiie si\u00e8cle, le grand parc municipal dont les principales all\u00e9es rectilignes laissaient de part et d\u2019autre intacts quelques bosquets d\u2019une densit\u00e9 ombreuse et presque foresti\u00e8re&#160;: on y pressentait le r\u00e9sultat d\u2019un ordre qui s\u2019\u00e9tait librement et parfois, e\u00fbt-on pu croire, anarchiquement \u00e9tabli de lui-m\u00eame, sans le moindre effort, sans autre intention que cro\u00eetre. Ainsi, avec une fiert\u00e9 instinctive, se voyait-on grandir de mois en mois sous la toise maternelle improvis\u00e9e contre le chambranle d\u2019une porte.<\/p>\n\n\n\n<p>Plus loin et \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 du ch\u00e2teau, le portail du parc s\u2019ouvrait sur l\u2019\u00e9tendue immense du Champ de Mars qui, sans un accident de terrain, sans la moindre construction et sans un arbre, fuyait jusqu\u2019\u00e0 un village presque inconsistant dans la vibration de la lumi\u00e8re ou de la poussi\u00e8re rarement soulev\u00e9e par les man\u0153uvres d\u2019un escadron. Si bien que la notion m\u00eame de lointain s\u2019y diluait et que cet horizon pouvait sembler fictif ou sans limite, et courir jusqu\u2019aux steppes de l\u2019Asie centrale, sous le galop de cavaliers tartares et de Michel Strogoff.<\/p>\n\n\n\n<p>Je n\u2019aurais alors su dire que le Champ de Mars \u00e9tait un espace m\u00e9taphysique, une repr\u00e9sentation concr\u00e8te de l\u2019infini. Mais j\u2019y \u00e9prouvais certainement sa pr\u00e9sence comme celle d\u2019une cinqui\u00e8me et derni\u00e8re enveloppe pourtant insituable.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette impression, je devais par la suite la rapprocher de celle qu\u2019\u00e0 la m\u00eame \u00e9poque je ressentis certain jour d\u2019\u00e9t\u00e9 en montant la garde. C\u2019est-\u00e0-dire que je m\u2019\u00e9tais plant\u00e9 en haut d\u2019un escalier ext\u00e9rieur dominant la cour commune \u00e0 deux immeubles de la rue o\u00f9 nous habitions. Accoutum\u00e9s aux lubies sans cons\u00e9quence des gosses, aucun des voisins qui passaient dans la cour \u2013 l\u2019\u00e9picier, la buraliste, la repasseuse \u2013 ne s\u2019inqui\u00e9ta de savoir ce que je fabriquais l\u00e0, fig\u00e9 depuis un quart d\u2019heure. Je veillais, imitant les dragons qui, \u00e0 la porte des casernes, semblaient rester en faction devant rien. Puis tout \u00e0 coup \u2013 et c\u2019est bien s\u00fbr seulement maintenant qu\u2019ainsi je l\u2019interpr\u00e8te \u2013, le ciel tout \u00e0 fait pur et sans intensit\u00e9 lumineuse particuli\u00e8re que je fixais, ex\u00e9cuta une sorte de petite danse, un tr\u00e8s bref entrechat, comme une sorte d\u2019\u00e9change mutuel entre rien et rien dont j\u2019avais \u00e9t\u00e9 par hasard le point de rencontre. D\u2019o\u00f9 a proc\u00e9d\u00e9 la conception que je me fais de l\u2019infini en tant que contenant et contenu du fini soluble dans ce remous indiscontinu qui les brasse. Nous l\u2019appelons aussi le Temps et, selon une \u00e9chelle qui varie de l\u2019individu \u00e0 l\u2019esp\u00e8ce, nous en graduons le passage sur le chambranle d\u2019une porte dont la derni\u00e8re s\u2019ouvre sur ce rien en permanence actif. La vie et, dans un sens plus large, l\u2019\u00e9nergie qui en a fait une cons\u00e9quence de l\u2019\u00e9volution de la mati\u00e8re, ont en quelque sorte d\u00e9compos\u00e9 dans sa multiple chor\u00e9graphie cet entrechat, ce battement fondamental d\u2019un \u00e9change r\u00e9ciproque et concomitant&#160;: simultan\u00e9ment il retire ce qu\u2019il donne, offre ce qu\u2019il reprend. Il s\u2019agit bien d\u2019une danse.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Je veillais, imitant les dragons qui, \u00e0 la porte des casernes, semblaient rester en faction devant rien.<\/p><cite>Jacques R\u00e9da<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>Devant la plupart des spectacles de la nature, faute de trouver les mots ou d\u2019autres moyens de traduire l\u2019exaltation qu\u2019ils m\u2019inspiraient et peut-\u00eatre m\u2019auraient permis de la comprendre, c\u2019est-\u00e0-dire de la soumettre \u00e0 l\u2019ordre d\u2019une quelconque forme de g\u00e9om\u00e9trie ou de syntaxe, j\u2019ai dans\u00e9. Mieux vaudrait dire que j\u2019ai \u00e9t\u00e9 dans\u00e9 et qu\u2019alors, faute de comprendre, je me suis su compris, et dans les divers sens de ce verbe. Quant aux spectacles naturels, je n\u2019en exclus pas la part souvent tr\u00e8s \u00e9labor\u00e9e due \u00e0 l\u2019activit\u00e9 humaine. Vou\u00e9s \u00e0 l\u2019utile le plus profane ou le plus agr\u00e9able aux dieux, les monuments \u2013 granges ou ch\u00e2teaux, temples, usines \u2013, ne sont r\u00e9put\u00e9s beaux que si leur \u00e9quilibre ou leur \u00e9lan paraissent, comme ceux d\u2019un paysage naturel, r\u00e9pondre \u00e0 une imm\u00e9moriale n\u00e9cessit\u00e9, m\u00eame lorsqu\u2019elle n\u2019est que notre besoin vital d\u2019affronter, et jusqu\u2019\u00e0 la d\u00e9mesure, le Temps qui les ruinera. En ce cas il entre, dans l\u2019appr\u00e9ciation de la beaut\u00e9, une nuance d\u2019orgueil ou tout au moins d\u2019espoir d\u2019avoir emport\u00e9 sur le Temps une victoire dont l\u2019affaire de Babel symbolise la pr\u00e9carit\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9lan des fl\u00e8ches des cath\u00e9drales gothiques fusant comme l\u2019oraison jaculatoire, et l\u2019\u00e9quilibre du temple grec c\u00e9l\u00e9brant le divin par le jeu raisonn\u00e9 des nombres, manifestent deux mani\u00e8res d\u2019\u00e9tablir un rapport d\u2019ordre harmonieux entre l\u2019humain et sa transcendance. Le surgissement min\u00e9ral du bouquet de Manhattan s\u2019oppose beaucoup plus franchement \u00e0 l\u2019horizontalit\u00e9 majestueuse de Versailles, o\u00f9 le divin para\u00eet avoir install\u00e9 son ordre d\u00e9finitif. (Sans oublier les chemin\u00e9es des usines de la grande \u00e9poque industrielle, ni les vases cyclop\u00e9ens d\u2019o\u00f9 s\u2019exhale l\u2019ultime haleine des noyaux atomiques fracass\u00e9s.)<\/p>\n\n\n\n<p>Tout cela danse comme les collines et les villages qui s\u2019y trouvent perch\u00e9s ou blottis, \u00e0 cette diff\u00e9rence pr\u00e8s qu\u2019ils acceptent eux aussi d\u2019\u00eatre dans\u00e9s, tandis qu\u2019une part des autres semble croire ou pr\u00e9tendre mener la danse. Dans cette qu\u00eate ind\u00e9cise d\u2019une harmonie entre une acc\u00e9l\u00e9ration conqu\u00e9rante et un consentement sans bassesse, l\u2019architecture et l\u2019urbanisme ont sans doute un r\u00f4le important. Le d\u00e9sordre apparent que nous oppose la nature \u2013 cette frange r\u00e9put\u00e9e chaotique o\u00f9, entre la quatri\u00e8me et la cinqui\u00e8me de nos enveloppes, nous devient sensible l\u2019effet impr\u00e9visible des remous du fini pris dans l\u2019infini \u2013 int\u00e9resse ces deux activit\u00e9s compl\u00e9mentaires, et en particulier dans le choix des mat\u00e9riaux, plus sp\u00e9cialement encore devant la variation des donn\u00e9es d\u00e9mographiques.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est assez dire que les plans de l\u2019urbaniste et l\u2019architecte ont \u00e0 tenir compte de l\u2019\u00e9conomique et de l\u2019\u00e9cologique, du financier et du politique, de la froideur des statistiques et d\u2019une certaine notion de l\u2019humain. Quel ordre d\u00e9finir, en regard de l\u2019al\u00e9atoire que repr\u00e9sentent par exemple l\u2019accroissement des populations et la mont\u00e9e plan\u00e9taire des eaux&#160;? Comment s\u2019y prendre pour n\u2019avoir pas \u00e0 endiguer <em>in extremis <\/em>ou r\u00e9parer les cons\u00e9quences d\u2019une universelle catastrophe&#160;?<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Dans cette qu\u00eate ind\u00e9cise d\u2019une harmonie entre une acc\u00e9l\u00e9ration conqu\u00e9rante et un consentement sans bassesse, l\u2019architecture et l\u2019urbanisme ont sans doute un r\u00f4le important.<\/p><cite>Jacques R\u00e9da<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>Mais aussi loin que l\u2019on remonte dans son parcours dont les d\u00e9buts ne cessent de reculer dans le flou de la pr\u00e9histoire, l\u2019Homme n\u2019a-t-il pas cherch\u00e9 \u00e0 se garantir d\u2019une succession de dangers dont les moyens de plus en plus perfectionn\u00e9s ont fini par accro\u00eetre l\u2019ampleur et l\u2019imminence&#160;?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai longtemps explor\u00e9 un monde o\u00f9 la catastrophe avait eu lieu. \u00c0 pied, \u00e0 bicyclette ou \u00e0 v\u00e9lomoteur, j\u2019ai explor\u00e9 toutes les banlieues de la couronne plus ou moins catastroph\u00e9e de Paris. Parmi les nombreux t\u00e9moignages de cette catastrophe, j\u2019y d\u00e9couvrais des indices plus ou moins pr\u00e9cis d\u2019une renaissance possible, parfois en cours, mais je m\u2019arr\u00eatais surtout devant ceux qui, sous une forme comme pr\u00e9alable \u00e0 la d\u00e9vastation, semblaient avoir maintenu l\u2019ent\u00eatement de nos anc\u00eatres pr\u00e9historiques. De ceux d\u2019entre eux, du moins, qui s\u2019\u00e9tant accroch\u00e9s \u00e0 un terrain ingrat et \u00e0 de rudimentaires pratiques, ont courb\u00e9 le dos au passage des premiers aventuriers, avant de succomber sous le renouvellement de leurs vagues. Je suppose qu\u2019ils n\u2019avaient pas moins d\u2019ambition que leurs semblables des hordes fi\u00e9vreuses, mais une tout autre appr\u00e9hension des ressources du Temps. Leur propre aiguillon singulier r\u00e9sidait dans une instinctive patience.<\/p>\n\n\n\n<p>Environ quinze ans avant cette p\u00e9riode o\u00f9, d\u2019est en ouest et du nord au sud, j\u2019ai, de mani\u00e8re assidue et parfois un peu fr\u00e9n\u00e9tique, circul\u00e9 par les faubourgs et les banlieues de Paris, j\u2019avais nou\u00e9 avec le Temps des relations qui s\u2019\u00e9taient approfondies et qui, ayant pu para\u00eetre, \u00e0 leurs d\u00e9buts, d\u2019une certaine futilit\u00e9, risquent d\u2019encourir aujourd\u2019hui le reproche ou au moins le soup\u00e7on d\u2019un simple attachement nostalgique. D\u2019ailleurs sans d\u00e9triment pour la Musique qui appelle cette majuscule, et o\u00f9 le r\u00f4le du rythme n\u2019est en rien marginal, j\u2019avais \u00e9t\u00e9 saisi par une musique de danse alors en vogue, mais en g\u00e9n\u00e9ral sous une forme quelque peu banalis\u00e9e ou corrompue, en regard de ses plus purs mod\u00e8les am\u00e9ricains. Ce qu\u2019ils avaient de plus particuli\u00e8rement remarquable, outre une pratique audacieusement insolite des instruments, c\u2019\u00e9tait leur rythme \u00e9tabli sur le fondement naturel du pas de l\u2019<em>homo erectus <\/em>en route sur ses deux pieds. Le pas de la marche que l\u2019on impose \u00e0 la troupe et aux for\u00e7ats, mais totalement transform\u00e9 par le d\u00e9placement de son appui sur le temps dit \u00ab&#160;faible&#160;\u00bb. Si bien que le pas se d\u00e9robe \u00e0 l\u2019injonction de l\u2019ordre sans pour autant s\u2019abandonner au d\u00e9sordre&#160;: en dansant. J\u2019avais \u00e9t\u00e9 d\u2019entr\u00e9e de jeu instruit des origines de cette d\u00e9couverte due \u00e0 un peuple maintenu dans l\u2019esclavage durant cent ou deux cents ans. Et tandis que le monde dit moderne s\u2019acheminait de plus en plus all\u00e8grement, par l\u2019exploitation de l\u2019homme et de la nature, vers ce qu\u2019il supposait devoir \u00eatre un affranchissement des lois dont le Temps restait la plus rigide, ce peuple avait, de fa\u00e7on d\u2019abord presque silencieuse, ex\u00e9cut\u00e9 ce pas en retrait qui refuse la cadence, mais bondit au sein m\u00eame du remous que le fini et l\u2019infini dans leur embrassement entretiennent. Il le f\u00eaterait plus tard avec l\u2019all\u00e9luia que le jazz et le remous de son battement ont eux-m\u00eames maintenu pendant plus d\u2019un demi-si\u00e8cle. Mais si la lettre d\u2019une telle le\u00e7on peut se perdre, son sens demeure intact.<\/p>\n\n\n\n<p>Sans que j\u2019en fusse encore pleinement conscient, il m\u2019accompagnait lors de ces randonn\u00e9es dans les banlieues. Qu\u2019est-ce qui m\u2019y attirait&#160;? Peut-\u00eatre \u00e9tait-ce d\u2019abord l\u2019effet d\u2019une sorte de r\u00e9pulsion larv\u00e9e envers une tr\u00e8s grande ville dont j\u2019habitais pourtant alors un quartier de privil\u00e8ge. Et, oui, il y aurait toujours de la danse dans ma rencontre avec l\u2019h\u00f4tel des Invalides, son esplanade au bout de laquelle, apr\u00e8s un pont dor\u00e9, le Grand et le Petit Palais dansent \u00e0 leur tour une fugue monumentale dont on trouve d\u2019autres exemples \u00e0 Versailles, \u00e0 Meudon, \u00e0 Saint-Cloud. Mais c\u2019est aussi le triomphe de l\u2019ordre, bien qu\u2019il ne semble pas pr\u00e9tendre s\u2019y s\u2019imposer, mais se montre d\u2019une solennit\u00e9 accueillante comme la Grande Passacaille. Sans doute voulais-je remonter jusqu\u2019\u00e0 l\u2019origine du vrai rythme, l\u00e0 o\u00f9 s\u2019\u00e9tait produit ce pas en retrait qu\u2019avaient musicalement mat\u00e9rialis\u00e9 le contretemps et la syncope, instinctifs et inaper\u00e7us sous la trom- peuse mais pesante absence de Temps o\u00f9 stagne la servitude. O\u00f9 si anonyme, interchangeable qu\u2019il soit, l\u2019esclave poss\u00e8de ironiquement au moins le droit de mourir comme n\u2019importe quel homme libre. Preuve que le Temps ne rel\u00e2che sa domination sur personne. Et c\u2019est pourquoi, n\u00e9 d\u2019un malheur exceptionnel, le blues a concentr\u00e9 dans sa formule significativement r\u00e9p\u00e9titive mais laconique, un aspect du fondement tragique de notre destin.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>il y aurait toujours de la danse dans ma rencontre avec l\u2019h\u00f4tel des Invalides, son esplanade au bout de laquelle, apr\u00e8s un pont dor\u00e9, le Grand et le Petit Palais dansent \u00e0 leur tour une fugue monumentale dont on trouve d\u2019autres exemples \u00e0 Versailles, \u00e0 Meudon, \u00e0 Saint-Cloud.<\/p><cite>Jacques R\u00e9da<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>Ainsi loin de la \u00ab&#160;belle&#160;\u00bb banlieue historiquement favoris\u00e9e ou dite r\u00e9sidentielle, je recherchais surtout les zones o\u00f9 le d\u00e9sastre paraissait s\u2019\u00eatre depuis longtemps produit, alors qu\u2019il n\u2019\u00e9tait peut-\u00eatre que celui de la campagne peu \u00e0 peu entam\u00e9e, morcel\u00e9e, infect\u00e9e d\u2019une sorte d\u2019ecz\u00e9ma dont les l\u00e9sions et les plaques par endroits essaimaient, s\u2019\u00e9tendaient ou, au contraire, r\u00e9gressaient de fa\u00e7on incertaine, laissant place \u00e0 une autre esp\u00e8ce de tissu reconstitu\u00e9 sous des badigeons de pommades bitumeuses et des applications d\u2019empl\u00e2tres b\u00e9tonn\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y avait \u00e9galement de la danse dans ces contrastes. On passait sans transition d\u2019un lambeau de for\u00eat renfrogn\u00e9 \u00e0 un petit pullulement pavillonnaire, l\u2019amorce d\u2019une autoroute, un champ de colza, une usine \u00e0 demi ruin\u00e9e et dont la haute chemin\u00e9e de brique commen\u00e7ait \u00e0 s\u2019incurver au-dessus d\u2019une joyeuse insurrection de buddleias et d\u2019ailantes. Puis, cern\u00e9e par la friche, une prairie avec deux vaches ou un cheval r\u00e9sign\u00e9, une grande construction circulaire sans \u00e2ge et aussi neuve qu\u2019avait pu l\u2019\u00eatre le Colis\u00e9e au temps de Vespasien, vieille seulement d\u2019une dizaine d\u2019ann\u00e9es qui l\u2019avaient priv\u00e9e de toute m\u00e9moire de sa destination. Et un peu plus loin une petite gare champ\u00eatre d\u00e9saffect\u00e9e, enfouie dans un bouquet d\u2019acacias et qui s\u2019y pelotonnait au contraire sur ses souvenirs. Ou bien, tout \u00e0 coup, et comme embarrass\u00e9 de se sentir lui-m\u00eame incongru dans cet immense march\u00e9 aux puces de l\u2019urbanisme, un imposant immeuble de six ou sept \u00e9tages se dressait, isol\u00e9, comme s\u2019il devait marquer le centre id\u00e9al de l\u2019\u00e9tendue et de sa plate, laborieuse bousculade. On aurait dit un exil\u00e9 des rivages du parc Monceau qui, charg\u00e9 de civiliser cette steppe de l\u2019h\u00e9t\u00e9roclite, s\u2019\u00e9tait plant\u00e9 l\u00e0 dans l\u2019attente d\u2019un soutien logistique qui ne viendrait plus. Et par d\u00e9s\u0153uvrement, par habitude, il fixait sans espoir les quatre horizons o\u00f9 s\u2019\u00e9levaient par endroits des preuves plus r\u00e9centes de son abandon en faveur de r\u00e9gions plus hospitali\u00e8res et plus rentables. De quelques b\u00e2timents de ferme trapus veillant dans un demi-sommeil sur l\u2019engourdissement d\u2019un village o\u00f9 ne subsistaient, \u00e9teintes, que deux enseignes&#160;: celles du Tabac et d\u2019un coiffeur, on passait au revers d\u2019une butte r\u00e9barbative. Quelque large effondrement de terrain presque enfoui sous la ronce y r\u00e9v\u00e9lait le plus pr\u00e9cieux de ce qui subsistait de vivant dans cette vaste n\u00e9cropole secr\u00e8tement remuante. Des chiens hirsutes, souvent, en d\u00e9fendaient l\u2019approche. Mais si on les amadouait, ou en leur absence, il arrivait que l\u2019on d\u00e9couvr\u00eet une sorte de gros terrier ou un petit groupement de tani\u00e8res si parfaitement adapt\u00e9s \u00e0 leur site qu\u2019ils semblaient n\u00e9s du terrain et se confondre avec lui, non sans rendre t\u00e9moignage d\u2019un certain luxe d\u2019invention dans leur am\u00e9nagement d\u00e9j\u00e0 presque artistique, et de fait avec les seuls moyens disponibles sur place. Et donc bien s\u00fbr du bois coup\u00e9, des pierres et de la glaise, mais aussi cartonnages, Isorel, fibrociment, ferrailles diverses voire, quelquefois, une pi\u00e8ce de fa\u00efence \u00e9br\u00e9ch\u00e9e mais \u00e9tincelante comme un diamant au front d\u2019une sorci\u00e8re qui, malgr\u00e9 quantit\u00e9 d\u2019\u00e9checs de ses bouillons, ne doute pas de trouver la recette capable, un jour, de la m\u00e9tamorphoser en f\u00e9e. Mais quand&#160;?<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Ces hameaux de fortune avaient peu de points communs, sinon la mis\u00e8re, avec les baraquements des bidonvilles surpeupl\u00e9s et dont les occupants, tant bien que mal administr\u00e9s et secourus, diff\u00e8rent aussi des r\u00e9fugi\u00e9s qui nomadisent \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie imm\u00e9diate des grandes agglom\u00e9rations, au hasard des d\u00e9crets administratifs qui les dispersent.<\/p><cite>Jacques R\u00e9da<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>Ces hameaux de fortune avaient peu de points communs, sinon la mis\u00e8re, avec les baraquements des bidonvilles surpeupl\u00e9s et dont les occupants, tant bien que mal administr\u00e9s et secourus, diff\u00e8rent aussi des r\u00e9fugi\u00e9s qui nomadisent \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie imm\u00e9diate des grandes agglom\u00e9rations, au hasard des d\u00e9crets administratifs qui les dispersent. Et ils se distinguent \u00e9galement des tribus de gitans, en comparaison beaucoup mieux nanties et soud\u00e9es par leur langue et leurs traditions rest\u00e9es presque imm\u00e9morialement immuables.<\/p>\n\n\n\n<p>Car, tent\u00e9 de regarder ces \u00ab&#160;sauvages&#160;\u00bb comme les derniers repr\u00e9sentants d\u2019une esp\u00e8ce en voie de disparition rapide, on aurait pu les croire incrust\u00e9s l\u00e0 depuis avant le haut Moyen \u00c2ge et, de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration, n\u2019\u00e9voluant que tr\u00e8s lentement en marge des soci\u00e9t\u00e9s au contraire de plus en plus fi\u00e9vreuses, et en utilisant de la m\u00eame mani\u00e8re rudimentaire la vari\u00e9t\u00e9 croissante de leurs rebuts. Ainsi dureraient-ils peut-\u00eatre encore des si\u00e8cles ou des mill\u00e9naires, satisfaits d\u2019avoir h\u00e9rit\u00e9 de la domestication du feu, et de n\u2019avoir pas \u00e0 d\u00e9velopper l\u2019\u00e9levage, l\u2019agriculture ni l\u2019embryon d\u2019une industrie textile ou m\u00e9tallurgique, puisqu\u2019il leur suffisait d\u2019en ajouter les produits plus ou moins d\u00e9grad\u00e9s mais disponibles, au hasard d\u2019une pratique g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e de la cueillette. Jusqu\u2019\u00e0 quand&#160;?<\/p>\n\n\n\n<p>Au pire, jusqu\u2019\u00e0 ce que son choc avec un a\u00e9rolithe expulse les mille morceaux de la Terre hors du syst\u00e8me solaire, ou qu\u2019elle continue de tourner obstin\u00e9ment comme un boulet de charbon dans l\u2019orbite de son \u00e9toile morte.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans l\u2019intervalle, il resterait plus de temps qu\u2019il n\u2019en faut pour qu\u2019un d\u00e9clic impr\u00e9visible vienne \u00e0 d\u00e9clencher une mutation physiologique ou mentale d\u2019o\u00f9 na\u00eetrait et s\u2019\u00e9panouirait une civilisation comparable \u00e0 celle o\u00f9 nous aurions pu vivre, si le monde, qui n\u2019en avait per\u00e7u que la part de divertissement, avait bien entendu la le\u00e7on donn\u00e9e par les \u00ab&#160;sauvages&#160;\u00bb asservis entre l\u2019Alabama et les deux Caroline. Alors on danserait. On ne danserait pas pour oublier que la porte de sortie du dancing d\u00e9bouche sur l\u2019infini d\u2019un gouffre. On danserait avec l\u2019infini, comme l\u2019infini danse lui-m\u00eame avec le fini, en ex\u00e9cutant avec lui une figure qui d\u00e9concerte l\u2019agilit\u00e9 des plus forts virtuoses des g\u00e9om\u00e9tries non euclidiennes.<\/p>\n\n\n\n<p>Utopie ou anticipation, je ne me fonde que sur la certitude d\u2019une persistance, chez l\u2019Homme, de cette disposition pr\u00e9historique qui me para\u00eet salutaire, au moment capital o\u00f9 l\u2019on nous promet, et para\u00eet sur le point de s\u2019accomplir, sa m\u00e9tamorphose en \u00ab&#160;quelque chose&#160;\u00bb d\u2019interm\u00e9diaire entre Dieu et le robot qui d\u00e9j\u00e0 dame le pion aux g\u00e9nies de l\u2019informatique.<\/p>\n\n\n\n<p>En attendant, il faut pourtant continuer de b\u00e2tir. Comment m\u2019y prendrais-je&#160;? C\u2019est bien simple&#160;: je reproduirais le plan de ma ville natale, et \u00e0 peu pr\u00e8s tel quel. Et avec les casernes&#160;? Bien entendu. Comme des sortes d\u2019espaces secrets et sacr\u00e9s o\u00f9 des volontaires, assur\u00e9s de s\u2019y livrer dans le seul but pacifique de parader, paraderaient en effet, en certaines circonstances, dans les espaces publics. De m\u00eame que ces solennit\u00e9s religieuses propitiatoires \u2013 les processions \u2013, rendaient \u00e9videntes la pr\u00e9sence et l\u2019absence du dieu, la parade militaire c\u00e9l\u00e9brerait alors la mort de la guerre \u00e0 seule fin d\u2019apaiser son \u00e2me et de pr\u00e9venir son retour.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ma ville regagnerait vite une part de sa prosp\u00e9rit\u00e9 ancienne. Et m\u00eame elle augmenterait, car on affluerait bient\u00f4t de partout pour admirer ses parades, ainsi que l\u2019on se rend au carnaval \u00e0 Rio de Janeiro, ou que l\u2019on imagine La Nouvelle-Orl\u00e9ans \u00e0 l\u2019\u00e9poque des fanfares. Et souvent on s\u2019y fixerait, si bien que la population s\u2019accro\u00eetrait comme celle de toutes les villes sous l\u2019exc\u00e8s de la pression d\u00e9mographique. Le Champ de Mars dispara\u00eetrait, laissant place \u00e0 des quartiers neufs et, \u00e0 la longue, on se r\u00e9signerait \u00e0 empi\u00e9ter m\u00eame sur les casernes, les premiers visiteurs les plus s\u00e9duits y ayant fait souche, et leurs h\u00e9ritiers ne trouvant plus dans les parades que la survivance folklorique et de faible int\u00e9r\u00eat touristique de coutumes dont le sens serait pour eux perdu.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>En attendant, il faut pourtant continuer de b\u00e2tir. Comment m\u2019y prendrais-je&#160;? C\u2019est bien simple&#160;: je reproduirais le plan de ma ville natale, et \u00e0 peu pr\u00e8s tel quel.<\/p><cite>Jacques R\u00e9da<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>On ne compterait plus que de rares descendants des familles d\u2019origine. Souvent chass\u00e9s par l\u2019\u00e9l\u00e9vation constante des charges ou des loyers, la plupart se seraient retrouv\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9troit dans les quartiers neufs \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie, les plus fortun\u00e9s ayant \u00e9migr\u00e9 \u00e0 la campagne ou vers la C\u00f4te d\u2019Azur, les plus pauvres peu \u00e0 peu dispers\u00e9s dans des faubourgs s\u2019\u00e9grenant \u00e0 leur tour \u00e0 travers des banlieues anarchiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Une chose est de choisir le site le plus propice \u00e0 l\u2019\u00e9dification d\u2019une ville nouvelle en tenant compte de sa destination, une autre d\u2019am\u00e9nager celle qui a d\u00e9j\u00e0 cr\u00fb de fa\u00e7on d\u00e9sordonn\u00e9e. Dans le premier cas, il s\u2019agit en somme de prendre toutes les mesures n\u00e9cessaires \u00e0 y loger \u00e0 l\u2019aise le corps social qui s\u2019y ins\u00e9rera. Mais pas plus que le m\u00e9t\u00e9orologue ne peut pr\u00e9voir avec certitude le temps qu\u2019il fera l\u2019ann\u00e9e prochaine, l\u2019urbaniste ne peut pr\u00e9voir si la fonction assign\u00e9e \u00e0 la ville nouvelle restera celle qui a d\u00e9cid\u00e9 de sa construction&#160;; si elle n\u2019\u00e9touffera pas un jour entre ses limites d\u2019abord correctement d\u00e9finies, ou ne s\u2019exposera \u00e0 une lente d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence de sa principale activit\u00e9&#160;: un port, par exemple, devant lequel la mer peut progressivement se retirer ou plus probablement, en l\u2019\u00e9tat des estimations de la climatologie, monter jusqu\u2019\u00e0 le submerger. Il faudrait des villes d\u00e9montables \u2013 et l\u2019on y pense. Le second cas semble encore plus compliqu\u00e9&#160;: en plus d\u2019une bonne justesse des pr\u00e9visions, il suppose une sorte de chirurgie capable d\u2019op\u00e9rer sur le squelette existant d\u2019une ville, des d\u00e9placements et des r\u00e9ductions qui risquent de laisser le patient estropi\u00e9 voire paralytique, n\u00e9cessitant t\u00f4t ou tard le recours \u00e0 des proth\u00e8ses de plus en plus complexes et vite insuffisantes.<\/p>\n\n\n\n<p>Paris illustre assez bien ce cas de figure. Depuis 1960 environ \u2013 mais le processus s\u2019acc\u00e9l\u00e8re depuis dix ans \u2013, on la voit peu \u00e0 peu envahie par la mont\u00e9e d\u2019un flot ondoyant et vaporeusement \u00e9cumant de fanfreluches surtout f\u00e9minines qui n\u2019en feront bient\u00f4t plus qu\u2019une luxueuse vitrine offerte au d\u00e9s\u0153uvrement de ceux qui poss\u00e8dent les moyens de passer de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de ces miroirs. Et le flot vient d\u00e9j\u00e0 battre les rivages escarp\u00e9s de M\u00e9nilmontant. Plus d\u2019un \u00eelot r\u00e9siste, o\u00f9 reprend vigueur peut-\u00eatre l\u2019instinct pr\u00e9historique des \u00ab&#160;sauvages&#160;\u00bb que j\u2019ai rencontr\u00e9s, lorsque Montreuil et Bagnolet n\u2019affichaient pas encore le souci et l\u2019orgueil de rejoindre le troupeau galopant du progr\u00e8s. L\u2019Homme \u00e9prouve en permanence le besoin d\u2019imposer son ordre aux perturbations toujours mena\u00e7antes du chaos, mot qui ne d\u00e9signe pas autre chose que les manifestations d\u2019un ordre naturel dont le mode de fonctionnement lui \u00e9chappe. Aussi doit-il constamment r\u00e9parer les erreurs et compenser les insuffisances qui tentent de r\u00e9tablir le sien, dans la mesure o\u00f9, \u00e0 chaque \u00e9tape, il perturbe lui-m\u00eame celui d\u2019un pr\u00e9tendu chaos. Et, comme un dicton le rappelle, les carabiniers arrivent toujours trop tard.<\/p>\n\n\n\n<p>Au contraire de tous les ma\u00eetres d\u2019\u00e9cole, de coll\u00e8ge et de lyc\u00e9e qui me rendaient ma copie avec une note d\u00e9cevante assortie de la mention \u00ab&#160;n\u2019a pas trait\u00e9 le sujet&#160;\u00bb, je crois l\u2019avoir suivi par quelques-uns des innombrables chemins possibles qu\u2019il emprunte, telle la particule pist\u00e9e par Feynman avant de taper dans le mille. Mais par \u00e9gard pour le lecteur, je reviens sur le trajet le plus direct o\u00f9 Thomas Young l\u2019avait vue se transformer en onde.<\/p>\n\n\n\n<p>Or qu\u2019y a-t-il de plus ondulatoire, dans les villes, qu\u2019une rue&#160;? J\u2019aurais pu ne pas m\u2019en douter dans ma ville natale. Mais j\u2019ai vu ensuite, ailleurs, assez de rues tortueuses pour n\u2019en pas faire un mod\u00e8le universel. Quel que soit celui qu\u2019elles reproduisent, elles conduisent toutes en g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 d\u2019autres rues o\u00f9 elles m\u00e9nagent \u00e0 leurs passants de meilleures occasions de se reposer, en rencontrer d\u2019autres, lier connaissance et tailler une bavette avec eux sur des places d\u2019\u00e9tendue variable. On y a install\u00e9 des bancs publics, voire un certain nombre de si\u00e8ges qui ne le sont qu\u2019\u00e0 demi, en ce sens qu\u2019il y faut payer les consommations que l\u2019on s\u2019empresse d\u2019y servir sur de petites tables. C\u2019est un lieu id\u00e9al o\u00f9 trouver un motif \u00e0 la rencontre, en comparant le prix et la qualit\u00e9 des emplettes qu\u2019on a effectu\u00e9es dans ces diff\u00e9rentes rues, et passer insensiblement \u00e0 d\u2019autres sujets.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Qu\u2019y a-t-il de plus ondulatoire, dans les villes, qu\u2019une rue&#160;? J\u2019aurais pu ne pas m\u2019en douter dans ma ville natale. Mais j\u2019ai vu ensuite, ailleurs, assez de rues tortueuses pour n\u2019en pas faire un mod\u00e8le universel.<\/p><cite>Jacques R\u00e9da<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>\u00c0 partir d\u2019une certaine ampleur, les places publiques peuvent devenir un point de ralliement pour des manifestations commerciales \u2013 foires, brocantes, braderies \u2013, quelquefois associ\u00e9es \u00e0 des circonstances festives, politiques (ou \u00ab&#160;citoyennes&#160;\u00bb comme disent aujourd\u2019hui les journaux).<\/p>\n\n\n\n<p>Les plus fr\u00e9quent\u00e9es des voies publiques sont celles o\u00f9 se proposent les produits de l\u2019artisanat et du n\u00e9goce autrefois fr\u00e9quemment regroup\u00e9s par familles d\u2019activit\u00e9, de m\u00eame que les professions lib\u00e9rales \u2013 notaires, avocats, m\u00e9decins sp\u00e9cialistes. Et ces voies peu achaland\u00e9es o\u00f9 subsistent de secrets jardins, paraissent trompeusement entretenir une r\u00eaverie paisible et d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9e. Volontiers le promeneur \u00e9l\u00e9giaque y va chercher un aliment de ses propres songes, jusqu\u2019au jour o\u00f9, devant s\u2019y rendre par n\u00e9cessit\u00e9, le r\u00e9sultat et le montant de la consultation le d\u00e9grisent.<\/p>\n\n\n\n<p>Parmi les autres espaces semi-publics \u2013 c\u2019est-\u00e0-dire ceux dont l\u2019acc\u00e8s suppose un d\u00e9bours quelconque \u2013, figurent en premier lieu les \u00e9difices de confessions diverses o\u00f9 l\u2019on fait commerce avec la divinit\u00e9, soit en payant le tribut d\u2019une adh\u00e9sion profonde, soit en \u00e9change d\u2019un d\u00e9dommagement souvent facultatif.<\/p>\n\n\n\n<p>Le temple devient alors un b\u00e2timent que l\u2019on visite comme un mus\u00e9e, autre lieu semi-public comme le sont une salle de concert ou de bal, un stade ou un th\u00e9\u00e2tre. Ici et l\u00e0, l\u2019individu semble prendre d\u2019autant mieux conscience de lui-m\u00eame qu\u2019il voisine de tr\u00e8s pr\u00e8s avec ses semblables sans avoir \u00e0 en t\u00e9moigner de fa\u00e7on plus d\u00e9monstrative. Il communie avec eux par son attention au spectacle&#160;: office, tableaux, sonates, drames ou farces et comp\u00e9titions o\u00f9 il appr\u00e9cie de perdre momentan\u00e9ment un peu de son identit\u00e9 pour se reconna\u00eetre un \u00e9l\u00e9ment presque interchangeable de la communaut\u00e9 humaine qui d\u2019un seul \u00e9lan rit, pleure, m\u00e9dite et applaudit. On sait qu\u2019au Moyen \u00c2ge et dans l\u2019Antiquit\u00e9, ces divers aspects du spectacle \u2013 solennit\u00e9s religieuses, arts plastiques, orchestiques, th\u00e9\u00e2tre, sports \u00e9taient jusqu\u2019\u00e0 un certain point li\u00e9s. La gestuelle du pr\u00eatre devant l\u2019autel rel\u00e8ve de la danse, presque d\u00e9sacralis\u00e9e, au scandale des bien-pensants, par celle du roi David devant l\u2019Arche d\u2019Alliance. Le Dieu de la Bible ne verrait donc pas de blasph\u00e8me dans cette libert\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>On ne peut que la rapprocher de celle qui, dans les \u00e9glises chr\u00e9tiennes de Noirs am\u00e9ricains, \u00e9voque elle-m\u00eame celle dont ils ont us\u00e9 plus tard dans les hauts lieux sacr\u00e9s de leurs dancings tels que l\u2019Apollo Theater et le Savoy Ballroom de Harlem. Bien que non r\u00e9gl\u00e9e par des prescriptions sacerdotales, cette danse qui repose sur un \u00e9cart refusant la cadence impos\u00e9e \u00e0 l\u2019esclave, s\u2019accorde avec le rythme fondamental que d\u00e9finit et propage, \u00e0 tous les mouvements de l\u2019Univers, la contradiction dynamique de l\u2019infini et du fini, de l\u2019affranchissement et de la reconnaissance simultan\u00e9s d\u2019un ordre indissociable de ce que nous appelons le chaos.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous n\u2019avons pas saisi \u00e0 temps le sens de ce pas que sa d\u00e9robade offre \u00e0 la jubilation de la danse&#160;: celle d\u2019un savoir-\u00eatre qui n\u2019a besoin d\u2019aucune formule explicite, alg\u00e9brique, chimique, morale ou autre (sinon rythmique ou m\u00e9lodique, le blues) pour se prouver. Ce rythme hante les ph\u00e9nom\u00e8nes que la lenteur de leur mouvement, sans commune mesure avec les graduations de notre \u00e9chelle, fait para\u00eetre immobile ou d\u2019une irr\u00e9gularit\u00e9 chaotique&#160;: le souffle du vent, la houle des oc\u00e9ans, le courant des fleuves&#160;; l\u2019architecture des nuages, l\u2019horlogerie du ciel sur son fond th\u00e9oriquement fixe. On en retrouve toujours un indice dans les projections de cet autre relais du chaos&#160;: le cerveau et son imagination ou sa pens\u00e9e&#160;; dans les sons, les couleurs, les mots et l\u2019agencement des mat\u00e9riaux entre lesquels nous enfermons le plus pr\u00e9cieux de notre m\u00e9moire collective (\u00e9coles, mus\u00e9es, biblioth\u00e8ques), le stockage et l\u2019alimentation des activit\u00e9s communes (usines, laboratoires, administrations, transports, silos, stades et piscines o\u00f9 l\u2019on s\u2019exerce pour son bien-\u00eatre, son plaisir&#160;; o\u00f9 l\u2019on va admirer leur exercice par des artistes amateurs ou professionnels de leurs diverses disciplines).<\/p>\n\n\n\n<p>Lieux publics ou semi-publics qui se partagent l\u2019aire habituelle de nos d\u00e9placements avec les lieux priv\u00e9s (nos domiciles) et semi-priv\u00e9s o\u00f9 se concentrent les activit\u00e9s collectives d\u2019o\u00f9 chacun tire les moyens d\u2019assurer sa subsistance \u00e0 condition d\u2019y \u00eatre accueilli. Or, pareille condition se trouve aujourd\u2019hui de moins en moins remplie par un nombre croissant de demandeurs. \u00c0 tel point que beaucoup y perdent jusqu\u2019\u00e0 la possibilit\u00e9 d\u2019attendre, dans le refuge d\u2019un domicile priv\u00e9, une occasion favorable de rejoindre les lieux semi-publics de l\u2019un ou de l\u2019autre secteur de la communaut\u00e9 laborieuse. Les voici sans recours assign\u00e9s \u00e0 l\u2019espace public \u00e9l\u00e9mentaire qui est la rue, dont certains s\u2019ing\u00e9nient, comme les \u00ab&#160;sauvages&#160;\u00bb de mes banlieues, \u00e0 transformer des recoins en pr\u00e9caires domiciles priv\u00e9s, et en utilisant de m\u00eame le rebut de la prosp\u00e9rit\u00e9 qui les rebute.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Il semble bien que nous ayons d\u00e9j\u00e0 franchi une \u00e9tape dans l\u2019irr\u00e9versible. Ce qui frappe d\u2019entr\u00e9e de jeu, dans un autobus ou une voiture du m\u00e9tro mod\u00e9r\u00e9ment peupl\u00e9e, c\u2019est la polarisation de la plupart des usagers sur leur t\u00e9l\u00e9phone mobile.<\/p><cite>Jacques R\u00e9da<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>\u00c0 supposer que l\u2019activit\u00e9 humaine qui, tr\u00e8s longtemps, chercha un \u00e9quilibre acceptable avec celle de la machine, en \u00e9tablisse peu \u00e0 peu un nouveau avec la robotique o\u00f9 la machine semble devoir se passer de nous, un r\u00e9sultat, d\u00e9j\u00e0 sensible, en sera l\u2019assignation \u00e0 r\u00e9sidence de chaque individu \u00e0 son chez-soi. Toutes les n\u00e9cessit\u00e9s d\u2019ordre pratique l\u2019amenant, aujourd\u2019hui encore, \u00e0 en sortir (mais de moins en moins), auront perdu leur raison d\u2019\u00eatre. \u00c0 tout ce qui l\u2019appelait dans la rue pour la satisfaction de ses plus divers besoins, les multiples ressources de l\u2019informatique r\u00e9pondront sans nulle obligation de fr\u00e9quenter des espaces semi-publics dont elle aura remplac\u00e9 les anciennes fonctions de commerce, de services et de loisir servies \u00e0 domicile. Resterait en th\u00e9orie le plein espace public dont la fonction serait de favoriser la pure et simple rencontre des individus heureux de se constater les uns les autres, de se comparer, discuter, disputer, voire se f\u00e2cher puis se r\u00e9concilier et, en bref, poursuivre les \u00e9changes de la vieille com\u00e9die humaine et en tirer de nouveaux profits communs.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais il semble bien que nous ayons d\u00e9j\u00e0 franchi une \u00e9tape dans l\u2019irr\u00e9versible. Ce qui frappe d\u2019entr\u00e9e de jeu, dans un autobus ou une voiture du m\u00e9tro mod\u00e9r\u00e9ment peupl\u00e9e, c\u2019est la polarisation de la plupart des usagers sur leur t\u00e9l\u00e9phone mobile. O\u00f9 que nous nous trouvions, nous sommes d\u2019abord ailleurs. Et il n\u2019est pas rare de voir un groupe assez nombreux et dont la coh\u00e9sion ne fait d\u2019abord aucun doute, se scinder de m\u00eame en unit\u00e9s individuelles autonomes, chacune avec son petit appareil, comme si l\u2019attrait et la r\u00e9alit\u00e9 de \u00ab&#160;l\u2019autre&#160;\u00bb se faisaient d\u2019autant plus puissants qu\u2019il se d\u00e9mat\u00e9rialise, entre dans l\u2019espace \u00e9trange \u2013 ni priv\u00e9, ni public \u2013 du \u00ab&#160;virtuel&#160;\u00bb. \u00c0 quoi la t\u00e9l\u00e9vision nous a d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9par\u00e9s d\u2019assez longue date, ainsi que les rencontres presque purement fantasm\u00e9es qui prolif\u00e8rent sur l\u2019Internet.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourquoi d\u00e8s lors, des espaces publics de forme traditionnelle&#160;? Les forums, agoras, march\u00e9s et basiliques virtuels de l\u2019avenir s\u2019\u00e9laborent d\u00e9j\u00e0 sous nos yeux. Leur nouveaut\u00e9, une facilit\u00e9 de leur emploi dont m\u00eame les enfants se jouent, brise la r\u00e9sistance des modes ossifi\u00e9s et les supplantera. La m\u00eame facilit\u00e9 qui a orient\u00e9 les \u00ab&#160;choix&#160;\u00bb de l\u2019\u00e9nergie en faveur de la mati\u00e8re puis de la vie.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour autant, elle n\u2019en laisse pas moins impr\u00e9visible la part de menace qu\u2019elle contient, et que permet de redouter l\u2019enthousiasme avec lequel les pouvoirs de toutes sortes (\u00e9conomiques, technologiques et politiques) en renforcent l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration et la rigueur.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>J\u2019ai pu consid\u00e9rer les tani\u00e8res de mes \u00ab&#160;sauvages&#160;\u00bb comme une \u00e9tape sur un chemin qui, d\u2019une premi\u00e8re option en faveur du r\u00e9el et de la vie, conduisait vers l\u2019immense espace public d\u2019un \u00c9lys\u00e9e ouvert au commun des mortels comme \u00e0 ceux que l\u2019on dit bienheureux.&nbsp;<\/p><cite>Jacques R\u00e9da<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>Ce qui peut encourager un pessimisme et une r\u00e9signation jadis pr\u00each\u00e9s par divers ma\u00eetres du sto\u00efcisme, et rest\u00e9s de nos jours pr\u00e9sents dans l\u2019enseignement des sages orientaux. Dans la mesure o\u00f9 ces doctrines du non-agir s\u2019opposent \u00e0 un parti instinctif, chez l\u2019homme, de toujours progresser et d\u2019abord en usant \u00e0 son profit, des obstacles de la nature, puis de plus en plus en s\u2019effor\u00e7ant de les abolir.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La pens\u00e9e jud\u00e9o-chr\u00e9tienne l\u2019y a encourag\u00e9, qui place les \u0153uvres \u00e0 \u00e9galit\u00e9 avec la foi ou l\u2019amour contemplatif. De fa\u00e7on significative, un aspect de cette doctrine (le molinisme ou qui\u00e9tisme) a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 par l\u2019\u00c9glise \u00e0 l\u2019\u00e9poque du r\u00e8gne du Roi-Soleil. Retorse, la nature n\u2019a cess\u00e9 de lutter pied \u00e0 pied, en c\u00e9dant toujours du terrain devant nos entreprises, assur\u00e9e de disposer d\u2019un champ sans limite o\u00f9 nous risquons de nous enliser sans possibilit\u00e9 de retraite.<\/p>\n\n\n\n<p>Aurait-il mieux valu laisser du temps au temps, comme paraissent en avoir fait le choix mes \u00ab&#160;sauvages&#160;\u00bb des banlieues, et toutes les populations \u00ab&#160;primitives&#160;\u00bb que nous avons d\u2019autorit\u00e9 dot\u00e9es de l\u2019encombrement de notre progr\u00e8s insatiable, et ainsi priv\u00e9es du possible patient de leur avenir&#160;? Il suppose pourtant un choix plus instinctif du plus facile, que nous assimilons \u00e0 paresse ou candeur&#160;; celui de laisser en effet du temps au temps que l\u2019Univers semble s\u2019\u00eatre donn\u00e9 pour aboutir dans tous les cas \u00e0 sa fin.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est pourquoi, si l\u2019on ne prend pas le terme au pied de la lettre, danser ce passage se trouve mieux en accord avec lui, dans la mesure \u2013 \u00e9galement rythmique \u2013 o\u00f9 il participe \u00e0 ce mouvement, mais le suspend de fa\u00e7on au moins temporaire en le changeant en d\u00e9lectation. Et c\u2019est aussi pourquoi j\u2019ai pu consid\u00e9rer les tani\u00e8res de mes \u00ab&#160;sauvages&#160;\u00bb comme une \u00e9tape sur un chemin qui, d\u2019une premi\u00e8re option en faveur du r\u00e9el et de la vie, conduisait vers l\u2019immense espace public d\u2019un \u00c9lys\u00e9e ouvert au commun des mortels comme \u00e0 ceux que l\u2019on dit bienheureux.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">*<\/p>\n\n\n\n<p>NB&#160;: Pour une meilleure explicitation de mes sources et de l\u2019itin\u00e9raire qu\u2019ensuite leur cours a suivi, je me permets de renvoyer \u00e0 trois de mes ouvrages assez r\u00e9cemment parus&#160;: <em>Battement <\/em>(Fata Morgana), <em>Une civilisation du rythme <\/em>(Buchet-Chastel) et les quatre premiers minces volumes de <em>La Physique amusante <\/em>(Gallimard). En compl\u00e9ment pour les curieux&#160;: <em>Les Ruines de Paris<\/em>, <em>La Libert\u00e9 des rues <\/em>et <em>Le Citadin<\/em>, de dates diverses et plus anciennes (Gallimard).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab&#160;&#160;Pas toujours, bien s\u00fbr, mais volontiers et pour des motifs de toutes sortes, on aime rentrer et quelquefois rester chez soi ou, comme on dit m\u00eame si la locution para\u00eet de nos jours souvent presque emphatique, \u00ab&#160;\u00e0 la maison&#160;\u00bb.&#160;&#160;\u00bb Ce texte de Jacques R\u00e9da est publi\u00e9 dans le cadre de notre s\u00e9rie en partenariat avec <a href=\"https:\/\/levisiteur.com\"><em>Le Visiteur<\/em><\/a>.<\/p>\n","protected":false},"author":10,"featured_media":149180,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"templates\/post-speeches.php","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_trash_the_other_posts":false,"footnotes":""},"categories":[3173],"tags":[],"staff":[3195],"editorial_format":[],"serie":[],"audience":[],"geo":[],"class_list":["post-149139","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-echelles-habiter","staff-jacques-reda"],"acf":{"open_in_webview":false,"accent":false},"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v26.1.1 - https:\/\/yoast.com\/wordpress\/plugins\/seo\/ -->\n<title>Du terrier aux Champs-\u00c9lys\u00e9es | Le Grand Continent<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/08\/16\/du-terrier-aux-champs-elysees\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Du terrier aux Champs-\u00c9lys\u00e9es | Le Grand Continent\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"\u00ab&#160;Pas toujours, bien s\u00fbr, mais volontiers et pour des motifs de toutes sortes, on aime rentrer et quelquefois rester chez soi ou, comme on dit m\u00eame si la locution para\u00eet de nos jours souvent presque emphatique, &quot;\u00e0 la maison&quot;.&#160;\u00bb Ce texte de Jacques R\u00e9da est publi\u00e9 dans le cadre de notre s\u00e9rie en partenariat avec Le Visiteur.\" \/>\n<meta property=\"og:url\" content=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/08\/16\/du-terrier-aux-champs-elysees\/\" \/>\n<meta property=\"og:site_name\" content=\"Le Grand Continent\" \/>\n<meta property=\"article:published_time\" content=\"2022-08-16T04:26:00+00:00\" \/>\n<meta property=\"og:image\" content=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/07\/gc-readytoreda-scaled.jpg\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:width\" content=\"2560\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:height\" content=\"1440\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:type\" content=\"image\/jpeg\" \/>\n<meta name=\"author\" content=\"Matheo Malik\" \/>\n<meta name=\"twitter:card\" content=\"summary_large_image\" \/>\n<meta name=\"twitter:image\" content=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/07\/gc-readytoreda-scaled.jpg\" \/>\n<meta name=\"twitter:label1\" content=\"\u00c9crit par\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data1\" content=\"Matheo Malik\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:label2\" content=\"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data2\" content=\"33 minutes\" \/>\n<script type=\"application\/ld+json\" class=\"yoast-schema-graph\">{\"@context\":\"https:\/\/schema.org\",\"@graph\":[{\"@type\":\"WebPage\",\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/08\/16\/du-terrier-aux-champs-elysees\/\",\"url\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/08\/16\/du-terrier-aux-champs-elysees\/\",\"name\":\"Du terrier aux Champs-\u00c9lys\u00e9es | Le Grand Continent\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#website\"},\"primaryImageOfPage\":{\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/08\/16\/du-terrier-aux-champs-elysees\/#primaryimage\"},\"image\":{\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/08\/16\/du-terrier-aux-champs-elysees\/#primaryimage\"},\"thumbnailUrl\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/07\/Plan_de_la_ville_de_...Jaillot_Bernard-Antoine_btv1b53053250m_1-scaled.jpg\",\"datePublished\":\"2022-08-16T04:26:00+00:00\",\"author\":{\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#\/schema\/person\/a1c2123a1ef5abd663fcde8f63063d45\"},\"breadcrumb\":{\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/08\/16\/du-terrier-aux-champs-elysees\/#breadcrumb\"},\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"ReadAction\",\"target\":[\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/08\/16\/du-terrier-aux-champs-elysees\/\"]}]},{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/08\/16\/du-terrier-aux-champs-elysees\/#primaryimage\",\"url\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/07\/Plan_de_la_ville_de_...Jaillot_Bernard-Antoine_btv1b53053250m_1-scaled.jpg\",\"contentUrl\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/07\/Plan_de_la_ville_de_...Jaillot_Bernard-Antoine_btv1b53053250m_1-scaled.jpg\",\"width\":2560,\"height\":1594},{\"@type\":\"BreadcrumbList\",\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/08\/16\/du-terrier-aux-champs-elysees\/#breadcrumb\",\"itemListElement\":[{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":1,\"name\":\"Accueil\",\"item\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/\"},{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":2,\"name\":\"Du terrier aux Champs-\u00c9lys\u00e9es\"}]},{\"@type\":\"WebSite\",\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#website\",\"url\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/\",\"name\":\"Le Grand Continent\",\"description\":\"L&#039;\u00e9chelle pertinente\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"SearchAction\",\"target\":{\"@type\":\"EntryPoint\",\"urlTemplate\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?s={search_term_string}\"},\"query-input\":{\"@type\":\"PropertyValueSpecification\",\"valueRequired\":true,\"valueName\":\"search_term_string\"}}],\"inLanguage\":\"fr-FR\"},{\"@type\":\"Person\",\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#\/schema\/person\/a1c2123a1ef5abd663fcde8f63063d45\",\"name\":\"Matheo Malik\",\"image\":{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#\/schema\/person\/image\/\",\"url\":\"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/62cbadb9f7f0804282928747d8d2051d?s=96&d=mm&r=g\",\"contentUrl\":\"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/62cbadb9f7f0804282928747d8d2051d?s=96&d=mm&r=g\",\"caption\":\"Matheo Malik\"}}]}<\/script>\n<!-- \/ Yoast SEO plugin. -->","yoast_head_json":{"title":"Du terrier aux Champs-\u00c9lys\u00e9es | Le Grand Continent","robots":{"index":"index","follow":"follow","max-snippet":"max-snippet:-1","max-image-preview":"max-image-preview:large","max-video-preview":"max-video-preview:-1"},"canonical":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/08\/16\/du-terrier-aux-champs-elysees\/","og_locale":"fr_FR","og_type":"article","og_title":"Du terrier aux Champs-\u00c9lys\u00e9es | Le Grand Continent","og_description":"\u00ab&#160;Pas toujours, bien s\u00fbr, mais volontiers et pour des motifs de toutes sortes, on aime rentrer et quelquefois rester chez soi ou, comme on dit m\u00eame si la locution para\u00eet de nos jours souvent presque emphatique, \"\u00e0 la maison\".&#160;\u00bb Ce texte de Jacques R\u00e9da est publi\u00e9 dans le cadre de notre s\u00e9rie en partenariat avec Le Visiteur.","og_url":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/08\/16\/du-terrier-aux-champs-elysees\/","og_site_name":"Le Grand Continent","article_published_time":"2022-08-16T04:26:00+00:00","og_image":[{"width":2560,"height":1440,"url":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/07\/gc-readytoreda-scaled.jpg","type":"image\/jpeg"}],"author":"Matheo Malik","twitter_card":"summary_large_image","twitter_image":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/07\/gc-readytoreda-scaled.jpg","twitter_misc":{"\u00c9crit par":"Matheo Malik","Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e":"33 minutes"},"schema":{"@context":"https:\/\/schema.org","@graph":[{"@type":"WebPage","@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/08\/16\/du-terrier-aux-champs-elysees\/","url":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/08\/16\/du-terrier-aux-champs-elysees\/","name":"Du terrier aux Champs-\u00c9lys\u00e9es | Le Grand Continent","isPartOf":{"@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#website"},"primaryImageOfPage":{"@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/08\/16\/du-terrier-aux-champs-elysees\/#primaryimage"},"image":{"@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/08\/16\/du-terrier-aux-champs-elysees\/#primaryimage"},"thumbnailUrl":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/07\/Plan_de_la_ville_de_...Jaillot_Bernard-Antoine_btv1b53053250m_1-scaled.jpg","datePublished":"2022-08-16T04:26:00+00:00","author":{"@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#\/schema\/person\/a1c2123a1ef5abd663fcde8f63063d45"},"breadcrumb":{"@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/08\/16\/du-terrier-aux-champs-elysees\/#breadcrumb"},"inLanguage":"fr-FR","potentialAction":[{"@type":"ReadAction","target":["https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/08\/16\/du-terrier-aux-champs-elysees\/"]}]},{"@type":"ImageObject","inLanguage":"fr-FR","@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/08\/16\/du-terrier-aux-champs-elysees\/#primaryimage","url":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/07\/Plan_de_la_ville_de_...Jaillot_Bernard-Antoine_btv1b53053250m_1-scaled.jpg","contentUrl":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/07\/Plan_de_la_ville_de_...Jaillot_Bernard-Antoine_btv1b53053250m_1-scaled.jpg","width":2560,"height":1594},{"@type":"BreadcrumbList","@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/08\/16\/du-terrier-aux-champs-elysees\/#breadcrumb","itemListElement":[{"@type":"ListItem","position":1,"name":"Accueil","item":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/"},{"@type":"ListItem","position":2,"name":"Du terrier aux Champs-\u00c9lys\u00e9es"}]},{"@type":"WebSite","@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#website","url":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/","name":"Le Grand Continent","description":"L&#039;\u00e9chelle pertinente","potentialAction":[{"@type":"SearchAction","target":{"@type":"EntryPoint","urlTemplate":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?s={search_term_string}"},"query-input":{"@type":"PropertyValueSpecification","valueRequired":true,"valueName":"search_term_string"}}],"inLanguage":"fr-FR"},{"@type":"Person","@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#\/schema\/person\/a1c2123a1ef5abd663fcde8f63063d45","name":"Matheo Malik","image":{"@type":"ImageObject","inLanguage":"fr-FR","@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#\/schema\/person\/image\/","url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/62cbadb9f7f0804282928747d8d2051d?s=96&d=mm&r=g","contentUrl":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/62cbadb9f7f0804282928747d8d2051d?s=96&d=mm&r=g","caption":"Matheo Malik"}}]}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/149139","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/10"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=149139"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/149139\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/149180"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=149139"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=149139"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=149139"},{"taxonomy":"staff","embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/staff?post=149139"},{"taxonomy":"editorial_format","embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/editorial_format?post=149139"},{"taxonomy":"serie","embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/serie?post=149139"},{"taxonomy":"audience","embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/audience?post=149139"},{"taxonomy":"geo","embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/geo?post=149139"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}