{"id":147759,"date":"2022-07-06T19:06:18","date_gmt":"2022-07-06T17:06:18","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=147759"},"modified":"2022-07-06T19:38:39","modified_gmt":"2022-07-06T17:38:39","slug":"les-nuisances-de-la-croissance-un-inedit-de-castoriadis","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/07\/06\/les-nuisances-de-la-croissance-un-inedit-de-castoriadis\/","title":{"rendered":"Les nuisances de la croissance, un in\u00e9dit de Castoriadis"},"content":{"rendered":"\n
C\u2019est par un acte libre d\u2019institution philologique que nous attribuons le texte qui suit, compos\u00e9 d\u2019extraits d\u2019un rapport de l\u2019OCDE de 1970, au philosophe et militant socialiste Cornelius Castoriadis<\/a> : il en fut le coordinateur, il le revendiqua<\/a>, et on y trouve plusieurs \u00e9l\u00e9ments coh\u00e9rents avec sa pens\u00e9e, quoique l’approche bureaucratique au sujet entre clairement en contradiction avec la veine anti-bureaucratique de ses \u00e9crits plus militants.<\/p>\n\n\n\n Il est raisonnable d\u2019affirmer que Castoriadis a directement r\u00e9dig\u00e9 l\u2019essentiel de l\u2019introduction et de la conclusion, que nous pr\u00e9sentons ici, en s\u2019adaptant au ton et aux missions de l\u2019organisation qui l\u2019employait et qu\u2019il allait quitter en cette m\u00eame ann\u00e9e 1970, apr\u00e8s vingt ans de services. L’int\u00e9r\u00eat de cette publication est double : elle permet de reconstituer le parcours intellectuel du philosophe, en montrant les sources d\u2019o\u00f9 il a puis\u00e9 sa critique de la raison \u00e9conomique ; mais elle permet aussi de comprendre comment certaines id\u00e9es (et notamment la critique des indicateurs de croissance, qui portera au d\u00e9veloppement de nouveaux indicateurs dans les d\u00e9cennies suivantes) ont trouv\u00e9 leur chemin au sein de l\u2019OCDE.<\/p>\n\n\n\n Le rapport a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 en deux langues : en fran\u00e7ais sous le titre La croissance de la production 1960-1980 : Exp\u00e9rience, perspectives et probl\u00e8mes de politique \u00e9conomique <\/em> ; en anglais The Growth of Output 1960-1980 : Retrospect, Prospect And Problems Of Policy. <\/em>Une notice introductive signale que le rapport a \u00e9t\u00e9 produit par le groupe de travail n. 2 du Comit\u00e9 de politique \u00e9conomique de l\u2019OCDE, dont le but \u00e9tait de promouvoir la croissance \u00e9conomique.<\/p>\n\n\n\n Le premier chapitre offre un bilan de la croissance entre 1955 et 1968, en le comparant aux objectifs de 1961, largement d\u00e9pass\u00e9s. Sont analys\u00e9s dans le d\u00e9tail la croissance de l’emploi et la croissance de la production, mais aussi les d\u00e9placements de main-d’\u0153uvre entre secteurs, l’utilisation des capacit\u00e9s de production, le progr\u00e8s technologique et les effets de la lib\u00e9ralisation des \u00e9changes commerciaux et des investissements internationaux. Le deuxi\u00e8me chapitre offre des pr\u00e9visions pour la d\u00e9cennie suivante, jusqu\u2019en 1980. Le troisi\u00e8me chapitre offre un bilan des politiques suivies, \u00e0 la fois en termes de r\u00e9gulation de la demande, de stabilit\u00e9 des prix (notamment la gestion de l\u2019inflation) et de d\u00e9veloppement des ressources productives (structure de la main d’oeuvre, formation et r\u00e9partition du capital, politiques r\u00e9gionales et sectorielles, fonctionnement du march\u00e9). Le quatri\u00e8me chapitre se concentre de son c\u00f4t\u00e9 sur \u00ab les pays de l\u2019OCDE en voie de d\u00e9veloppement \u00bb (Espagne, Gr\u00e8ce, Portugal et Turquie).<\/p>\n\n\n\n L\u2019introduction situe le rapport par rapport \u00e0 l\u2019objectif commun fix\u00e9 en novembre 1961, lors de la premi\u00e8re r\u00e9union au niveau des Ministres du Conseil de l’OCDE, pour les vingt pays qui composaient alors l\u2019Organisation, soit accro\u00eetre collectivement leur produit national brut de 50 %, en volume, au cours de la d\u00e9cennie 1960-1970. L\u2019objectif ayant \u00e9t\u00e9 atteint et m\u00eame d\u00e9pass\u00e9, et malgr\u00e9 les probl\u00e8mes d\u2019inflation et de d\u00e9s\u00e9quilibre dans la balance des paiements, le rapport donne pour d\u00e9finitivement acquise la capacit\u00e9 de r\u00e9gulation du capitalisme. Cela est coh\u00e9rent avec ce que Castoriadis \u00e9crit dans Socialisme ou Barbarie <\/em>depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 1960. Il s\u2019agit donc d\u00e9sormais, pour le fonctionnaire de l\u2019OCDE tout comme pour le militant r\u00e9volutionnaire, d\u2019identifier les maux qui vont avec la croissance, sujet que le rapport introduit d\u00e8s sa deuxi\u00e8me page.<\/p>\n\n\n\n Nous avons actuellement l’exp\u00e9rience d’un quart de si\u00e8cle de croissance \u00e0 peu pr\u00e8s ininterrompue, ce qui repr\u00e9sente une vague d’expansion sans pr\u00e9c\u00e9dent dans l’histoire \u00e9conomique des temps modernes, tant par sa vigueur que par sa dur\u00e9e. C’est le signe qu’il existe dans les \u00e9conomies modernes des forces puissantes qui jouent en faveur de la croissance. La rapidit\u00e9 du progr\u00e8s technique, l’\u00e9l\u00e9vation incessante des aspirations des consommateurs, le dynamisme des entreprises en mati\u00e8re d’investissement et d’innovation, le go\u00fbt et l’acceptation du changement ont acquis un caract\u00e8re quasi automatique, voire spontan\u00e9 ; tous ces ph\u00e9nom\u00e8nes sont des causes auto-entretenues de la croissance \u00e9conomique et exercent sur elle des effets qui s’amplifient mutuellement. Il n’est pas jusqu’\u00e0 l’action des pouvoirs publics qui ne pr\u00e9sente des caract\u00e9ristiques analogues. L’engagement que presque tous les gouvernements ont pris d’assurer le plein emploi et le d\u00e9veloppement \u00e9conomique a certainement contribu\u00e9 \u00e0 la croissance ; mais \u00e0 l’heure actuelle il n’est plus possible de consid\u00e9rer cet engagement comme une d\u00e9cision politique susceptible d’\u00eatre rapport\u00e9e, car on con\u00e7oit mal dans quelles circonstances il pourrait \u00eatre abandonn\u00e9.<\/p>\n\n\n\n Il appara\u00eet donc que, sauf exception, le danger pour les pays industriels modernes n’est pas de conna\u00eetre une croissance insuffisante. Ce qui ne signifie \u00e9videmment pas qu’il n’existe plus de probl\u00e8me important de politique \u00e9conomique. \u00c0 cet \u00e9gard, les ann\u00e9es 60 ont \u00e9t\u00e9 constamment marqu\u00e9es par un contraste frappant entre, d’une part, la r\u00e9alisation d’un quasi plein emploi et l’\u00e9l\u00e9vation du niveau de vie dans presque tous les pays de l’OCDE et, d’autre part, les difficult\u00e9s accrues rencontr\u00e9es pour maintenir les \u00e9quilibres int\u00e9rieur et ext\u00e9rieur, le m\u00e9contentement persistant suscit\u00e9 par la r\u00e9partition du revenu national et de ses accroissements et un sentiment nouveau de malaise provoqu\u00e9 par les conditions et le mode de vie. S’il est vrai que la croissance \u00e9conomique est \u00e0 l’origine de certains de ces probl\u00e8mes, il est s\u00fbr aussi que sa poursuite conditionne leur solution ou qu’elle peut tout au moins la faciliter.<\/p>\n\n\n\n L\u2019examen du malaise des soci\u00e9t\u00e9s riches anticipe le d\u00e9bat des ann\u00e9es 1970 sur la \u00ab crise de l\u00e9gitimit\u00e9 \u00bb des d\u00e9mocraties. Selon le rapport de l\u2019OCDE les questions de politique \u00e9conomique ne sont pas, bien s\u00fbr, enti\u00e8rement r\u00e9solues : il est encore question aux \u00c9tats-Unis de sous-emploi des ressources et de pression excessive de la demande, en Europe et au Japon de r\u00e9cessions, avec pour cons\u00e9quence des probl\u00e8mes d\u2019inflation (qui provoquent des \u00ab explosions de salaires \u00bb purement nominales, c\u2019est \u00e0 dire sans de v\u00e9ritables effets positifs pour les travailleurs) et de balance des paiements qui font fluctuer la demande mondiale. Mais le d\u00e9s\u00e9quilibre plus criant semble se poser sur le plan social.<\/p>\n\n\n\n Le processus de croissance s’accompagne de changements rapides et diversement prononc\u00e9s dans la situation des diff\u00e9rents secteurs de l’\u00e9conomie : des r\u00e9gions deviennent surpeupl\u00e9es, tandis que d’autres se vident, certaines qualifications professionnelles ne trouvent plus de d\u00e9bouch\u00e9s, alors que dans d’autres sp\u00e9cialit\u00e9s r\u00e8gne une p\u00e9nurie persistante ; des secteurs de production en plein essor coexistent avec d’autres qui connaissent un long d\u00e9clin ; l’\u00e9l\u00e9vation g\u00e9n\u00e9rale des niveaux de vie laisse en arri\u00e8re certains des groupes sociaux les plus vuln\u00e9rables. Des changements de ce genre sont une cons\u00e9quence in\u00e9vitable de la croissance \u00e9conomique ; et \u00e0 certains \u00e9gards celle-ci contribue \u00e0 compenser les in\u00e9galit\u00e9s et les souffrances dont elle est la cause, en procurant des avantages \u00e0 l’ensemble de la collectivit\u00e9 et en ouvrant de nouvelles possibilit\u00e9s. Mais le processus d’ajustement est souvent tr\u00e8s lent, et les souffrances et les tensions sociales qui en r\u00e9sultent sont consid\u00e9rables. \u00c0 mesure que le degr\u00e9 g\u00e9n\u00e9ral de prosp\u00e9rit\u00e9 s’\u00e9l\u00e8ve, la situation des r\u00e9gions et des groupes sociaux que le processus de croissance laisse \u00e0 la tra\u00eene ou qui p\u00e2tissent de ses effets, devient par comparaison plus intenable. La solution de ce genre de probl\u00e8mes exige un effort accru de prospective et l’application de mesures \u00e0 la fois plus syst\u00e9matiques et plus s\u00e9lectives que celles qui ont \u00e9t\u00e9 mises en \u0153uvre jusqu’\u00e0 pr\u00e9sent dans la plupart des pays.<\/p>\n\n\n\n Ces consid\u00e9rations nous rapprochent du second groupe de probl\u00e8mes que l’exp\u00e9rience des dix derni\u00e8res ann\u00e9es a progressivement amen\u00e9 au premier plan des pr\u00e9occupations sociales et politiques. Bien qu’ils ne soient pas de nature strictement \u00e9conomique, au sens traditionnel de ce terme, ces probl\u00e8mes sont du domaine de l’\u00e9conomie politique dans son sens le plus large. En raison de la complexit\u00e9 du processus de croissance et de ses interactions avec la plupart des aspects de l’existence dans le monde d’aujourd’hui, il importe de plus en plus que le concept de croissance optimale soit \u00e9tudi\u00e9 et critiqu\u00e9 sous l’angle du bien-\u00eatre social, et que l’on examine en particulier le contenu du processus de croissance. En outre, parce que l\u2019accroissement des richesses ouvre de plus larges possibilit\u00e9s de choix \u2013 et aussi parce qu\u2019on est amen\u00e9 \u00e0 prendre des d\u00e9cisions dont la port\u00e9e s\u2019\u00e9tendra plus loin dans le temps – il devient de plus en plus important d’examiner ses options qui s’offrent \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 moderne.<\/p>\n\n\n\n Quand une soci\u00e9t\u00e9 a un niveau de vie qui lui permet tout juste de subsister mat\u00e9riellement, ou quand la grande majorit\u00e9 de ses membres est constamment menac\u00e9e de tomber dans le d\u00e9nuement – comme cela \u00e9tait encore le cas dans les soci\u00e9t\u00e9s occidentales \u00e0 la veille de la seconde guerre mondiale -, il ne peut gu\u00e8re y avoir de v\u00e9ritable h\u00e9sitation quant aux fins de l’activit\u00e9 \u00e9conomique. Compte tenu de l’\u00e9chelle des valeurs et des pr\u00e9f\u00e9rences de la collectivit\u00e9 en cause, l’appareil de production doit satisfaire, avec des moyens limit\u00e9s et n’\u00e9voluant que lentement, un ensemble de besoins, peut-\u00eatre illimit\u00e9s quantitativement, mais qu’il est facile de rep\u00e9rer et de d\u00e9finir et qui sont, dans la pratique, \u00e0 peu pr\u00e8s immuables. Tel n’est plus le cas dans les soci\u00e9t\u00e9s parvenues au stade de l’abondance et qui connaissent une \u00e9volution technique et culturelle rapide. D’abord, les besoins eux-m\u00eames, tels qu’ils s’expriment concr\u00e8tement, sont fortement influenc\u00e9s, sinon d\u00e9termin\u00e9s, par le d\u00e9veloppement m\u00eame de l’\u00e9conomie. La meilleure preuve en est que de nos jours les habitudes de consommation se modifient sans cesse dans les \u00e9conomies industrielles. Deuxi\u00e8mement, \u00e0 mesure que le potentiel de production augmente et que les besoins se font moins contraignants, la marge de choix s’\u00e9largit, multipliant d’autant les probl\u00e8mes d’options. Or on ne peut laisser enti\u00e8rement la solution de ces probl\u00e8mes au fonctionnement automatique des m\u00e9canismes du march\u00e9. Pour une part croissante, en effet, les besoins ne sont plus de nature individuelle, et l’importance que pr\u00e9sentent des biens et services comme l’\u00e9ducation, la sant\u00e9 ou les am\u00e9nagements urbains n’est pas susceptible du genre habituel d’\u00e9valuation sur un march\u00e9 ; ici l’\u00e9loignement de l’horizon temporel et l’ampleur et la complexit\u00e9 des questions \u00e0 trancher font que l’aptitude des m\u00e9canismes du march\u00e9 \u00e0 fournir des solutions rationnelles risque de se trouver d\u00e9pass\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n De plus, les moyens mis en \u0153uvre subissent eux-m\u00eames une \u00e9volution incessante. La rapidit\u00e9 du d\u00e9veloppement et les changements dans la nature des techniques de production ont toutes sortes de r\u00e9percussions sur la vie sociale, \u00e0 la fois par leurs effets secondaires et par les conflits qui se cr\u00e9ent entre l’efficacit\u00e9 de la production et le bien-\u00eatre social. Les exigences auxquelles l’homme est soumis \u2014 lui, le facteur ultime et l’artisan de la production et du changement \u2014 s’accroissent et se transforment, il lui faut constamment s’adapter \u00e0 l’\u00e9volution des conditions de travail et du mode de vie, sans que les conditions qui le lui permettraient soient toujours r\u00e9unies.<\/p>\n\n\n\n Ainsi, le lien entre les avantages \u00e9conomiques et sociaux de la croissance et les co\u00fbts qu’elle entra\u00eene, devient \u00e0 la fois plus complexe et plus difficile \u00e0 discerner. La croissance n’\u00e9tant pas une fin en soi et ayant d’importantes r\u00e9percussions dans presque tous les domaines de la vie sociale, les aspects non \u00e9conomiques et non quantifiables des probl\u00e8mes doivent \u00eatre pris en compte dans l’analyse, qui de ce fait devient moins pr\u00e9cise. Les \u00e9conomistes ont toujours eu conscience de ce que le bien-\u00eatre de l’homme ne se confondait pas avec la production marchande ; mais cette consid\u00e9ration n’avait gu\u00e8re qu’une port\u00e9e th\u00e9orique tant que la production commercialis\u00e9e d’articles de premi\u00e8re n\u00e9cessit\u00e9 restait tr\u00e8s insuffisante. Par contre, en l’\u00e9tat actuel des techniques et des niveaux de vie, on peut douter que l’accroissement de la production de biens et services susceptibles de s’\u00e9changer sur le march\u00e9, selon la d\u00e9finition utilis\u00e9e dans les statistiques du revenu national, constitue une mesure satisfaisante de la croissance qui importe \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9. Par exemple, les avantages qu’apportent les progr\u00e8s de la m\u00e9decine ou l’extension de l’enseignement sont impossibles \u00e0 appr\u00e9cier d’apr\u00e8s la mesure conventionnelle de la \u00ab production \u00bb de ces branches d’activit\u00e9. Beaucoup de services fournis par l’\u00c9tat ne sont pas commercialisables ; et une fois mis en place, les \u00e9quipements publics sont trait\u00e9s comme des \u00ab biens gratuits \u00bb, leur utilisation n’\u00e9tant pas cens\u00e9e accro\u00eetre la production. Inversement, on peut se demander si une partie de la production commercialis\u00e9e doit vraiment \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme de la production. Dans la valeur de cette derni\u00e8re on fait entrer par exemple les frais de publicit\u00e9, m\u00eame s’ils ne servent en r\u00e9alit\u00e9 qu’\u00e0 pr\u00e9server une certaine structure de la r\u00e9partition des revenus. Les d\u00e9penses expos\u00e9es pour essayer d’att\u00e9nuer les nuisances et les al\u00e9as que cr\u00e9e le processus de croissance, sont consid\u00e9r\u00e9es comme s’ajoutant \u00e0 la production, alors qu’il serait au moins aussi d\u00e9fendable de les en soustraire. De plus, de nombreuses nuisances ne sont pas d\u00e9falqu\u00e9es de la production telle qu’on la mesure traditionnellement (effets secondaires de la pollution, temps perdu dans tes encombrements, etc.). Il se peut donc que le probl\u00e8me des options collectives, de m\u00eame que l’\u00e9valuation des co\u00fbts et des avantages des diverses \u00e9volutions possibles et le choix des objectifs \u00e0 assigner \u00e0 l’action des pouvoirs publics, doivent \u00eatre envisag\u00e9s dans un contexte plus large que celui dont rendent compte les taux de croissance mesur\u00e9s selon les m\u00e9thodes classiques. D\u2019o\u00f9 l\u2019int\u00e9r\u00eat accru qui s\u2019attache depuis quelque temps aux possibilit\u00e9s de compl\u00e9ter la comptabilit\u00e9 nationale actuelle par d\u2019autres moyens de mesures.<\/p>\n\n\n\n L’analyse \u00e9conomique ne peut donner \u00e0 elle seule la solution de toutes ces questions. <\/strong>Cependant, des d\u00e9cisions \u00e0 longue port\u00e9e, qui contribuent \u00e0 modeler l’avenir, sont quotidiennement prises, ne serait-ce que par omission ; il importe qu’elles soient arr\u00eat\u00e9es en fonction d’une vue d’ensemble de l’\u00e9volution \u00e9conomique pr\u00e9visible, car elles sont grosses de cons\u00e9quences pour la marche de l’\u00e9conomie. <\/p>\n\n\n\n La d\u00e9nonciation des limites des m\u00e9thodes de calcul de la comptabilit\u00e9 nationale reviendra plusieurs fois dans l\u2019introduction et la conclusion du rapport, en faisant \u00e9cho \u00e0 un d\u00e9bat dont deux signes avant-coureurs, tous deux en 1968, sont le c\u00e9l\u00e8bre discours sur le PIB de Robert Kennedy \u00e0 l\u2019universit\u00e9 du Kansas ainsi que la proposition de Bertrand de Jouvenel d\u2019une \u00ab prise en compte dans la comptabilit\u00e9 nationale des services rendus \u00e0 titre gratuit, des nuisances et des pr\u00e9l\u00e8vements sur la nature \u00bb. Le rapport OCDE insiste pour souligner que seule une partie des probl\u00e8mes engendr\u00e9s par la croissance peuvent \u00eatre trait\u00e9s d\u2019un point de vue \u00e9conomique, ce qu\u2019il se propose de faire \u00e0 partir de l\u2019examen des enseignements des ann\u00e9es 1960 et l’\u00e9valuation des perspectives pour les ann\u00e9es 1970. Les \u00e9l\u00e9ments de d\u00e9s\u00e9quilibre social ne seront repris en compte que dans la conclusion du rapport, apr\u00e8s une premi\u00e8re partie qui r\u00e9sume les principales conclusions de politique \u00e9conomique qui paraissent se d\u00e9gager de l’exp\u00e9rience des ann\u00e9es 1960 et une seconde partie qui \u00e9tudie les cons\u00e9quences \u00e0 moyen terme de la croissance, la troisi\u00e8me traite de l\u2019emploi des richesses croissantes et des probl\u00e8mes que pose ce choix. En effet, les cons\u00e9quences de cette extraordinaire croissance ne sont pas que positives.<\/p>\n\n\n\n Il est possible de mettre en \u00e9vidence quelques-uns des principaux probl\u00e8mes que la poursuite d’une croissance aussi rapide risque de poser. Dans une certaine mesure, les structures de la demande actuellement constat\u00e9es dans les pays ayant les niveaux de vie les plus \u00e9lev\u00e9s peuvent \u00e9clairer l\u2019\u00e9volution possible de la demande dans les autres pays. Mais il y a des limites \u00e9videntes aux d\u00e9ductions que l\u2019on peut tirer de comparaisons internationales. <\/strong>\u00c0 bien des \u00e9gards, la physionomie des changements d\u00e9pendra moins de la croissance des revenus que de l’\u00e9volution des techniques ainsi que de celles des attitudes et des besoins individuels et sociaux. <\/strong><\/p>\n\n\n\n Les tendances les plus marquantes seront sans doute les suivantes :<\/p>\n\n\n\n 1) La demande de produits continuera de cro\u00eetre moins vite que l\u2019offre potentielle, ce qui fait que l\u2019on continuera \u00e0 observer la formation de surplus agricoles et le d\u00e9placement de l’emploi de l\u2019agriculture vers les autres secteurs d\u2019activit\u00e9. Dans l\u2019ensemble des pays de l\u2019OCDE, l\u2019agriculture diminuera sans doute jusqu\u2019\u00e0 repr\u00e9senter moins de 5 % de la population active totale, au cours des deux prochaines d\u00e9cennies ;<\/p>\n\n\n\n 2) aux transferts de population venant de l’agriculture s’ajoute l’accroissement naturel de la population ; aussi la demande de logements et d’\u00e9quipements collectifs dans les villes et agglom\u00e9rations exercera-t-elle une forte pression sur les terrains disponibles et les ressources utilisables pour la construction. Comme de surcro\u00eet une large part des logements existants sont de qualit\u00e9 insuffisante, proches quelquefois m\u00eame de v\u00e9ritables taudis, le probl\u00e8me de l’expansion des villes et du renouvellement du parc de logements aura une port\u00e9e consid\u00e9rable. Aux \u00c9tats-Unis par exemple, on calcule que ce sont 100 millions de personnes de plus qu’il faudra loger dans les villes d’ici \u00e0 la fin du si\u00e8cle ;<\/p>\n\n\n\n 3) le rythme d’accroissement futur du parc de v\u00e9hicules automobiles aux \u00c9tats-Unis est incertain ; mais si les pays europ\u00e9ens les plus riches atteignent \u00e0 la fin des ann\u00e9es 80 le m\u00eame nombre de v\u00e9hicules par habitant que celui des \u00c9tats-Unis \u00e0 la fin des ann\u00e9es 60, le nombre total des v\u00e9hicules automobiles en Europe s’\u00e9l\u00e8vera d’environ 65 millions actuellement \u00e0 environ 130 millions en 1990 ; ici encore, c’est la valeur absolue de l’accroissement, autant et plus que le rythme de celui-ci qui menace d’avoir les cons\u00e9quences les plus graves ;<\/p>\n\n\n\n 4) en m\u00eame temps que se poursuivra la croissance g\u00e9n\u00e9rale de l’\u00e9conomie, des modifications profondes se produiront dans la structure des activit\u00e9s et la r\u00e9partition des emplois. L’emploi se d\u00e9veloppera dans les secteurs autres que l’agriculture, notamment dans les services ; dans l’industrie, les ouvriers non qualifi\u00e9s verront leur nombre d\u00e9cro\u00eetre, mais il en sera de m\u00eame pour beaucoup de professions traditionnelles, alors que le nombre de ceux qui travailleront dans les t\u00e2ches d’administration, d’encadrement technique et les emplois de bureau cro\u00eetra ; dans l’industrie comme dans les services, la diffusion rapide de l’usage des ordinateurs, l’accroissement de leur vitesse et de leur capacit\u00e9 de calcul, auront vraisemblablement des cons\u00e9quences tr\u00e8s importantes sur la nature des emplois exerc\u00e9s et sur la rapidit\u00e9 des changements dans ce domaine ;<\/p>\n\n\n\n 5) en m\u00eame temps qu’\u00e9voluera la structure de l\u2019emploi, il se produira une modification continue au niveau de l’\u00e9ducation ; en Am\u00e9rique du Nord comme dans beaucoup d’Europe occidentale, la proportion des individus d’\u00e2ge compris entre 20 et 24 ans qui continuent de recevoir un enseignement \u00e0 plein temps s\u2019est consid\u00e9rablement accrue dans les ann\u00e9es 60 ; en 1965, aux \u00c9tats-Unis 22 % des personnes situ\u00e9es dans cette tranche d’\u00e2ge se trouvaient dans l\u2019enseignement sup\u00e9rieur, contre 7 \u00e0 8 % seulement dans certains grands pays de l\u2019Europe occidentale ; il est probable, dans ces conditions, que persistera longtemps une tendance vigoureuse \u00e0 un accroissement de la demande d’enseignement sup\u00e9rieur en Europe ; il en r\u00e9sultera aussi \u00e0 plus long terme un bouleversement de la structure des emplois, des attitudes sociales et des institutions, car il se pourrait qu’en moins d’une g\u00e9n\u00e9ration, on en arrive, tout au moins en Am\u00e9rique du Nord, \u00e0 ce que pr\u00e8s d’un tiers de la population d’\u00e2ge inf\u00e9rieur \u00e0 45 ou 50 ans ait re\u00e7u, sous une forme ou une autre, un enseignement sup\u00e9rieur ;<\/p>\n\n\n\n 6) l’accroissement pr\u00e9vu de la productivit\u00e9 implique que la majorit\u00e9 de la population voudra et pourra jouir d’une part importante de la hausses de son niveau de vie sous la forme d’un allongement des loisirs, cela ne sera pas sans cons\u00e9quences pour l\u2019organisation des syst\u00e8mes de travail, pour la demande d\u2019\u00e9quipements de loisirs et pour la structure de l’utilisation du sol ;<\/p>\n\n\n\n 7) le rythme et la nature de l\u2019\u00e9volution industrielle et technique risquent, si on ne parvient pas \u00e0 les ma\u00eetriser, de provoquer une d\u00e9gradation continue et de plus en plus rapide du milieu environnant.<\/p>\n\n\n\n Les r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 l\u2019environnement et aux nuisances telles que la pollution font \u00e9cho au d\u00e9bat tout r\u00e9cent lanc\u00e9 dans les ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes par quelques auteurs tels que Rachel Carlson, Ezra Mishan, Kenneth Boulding et Barry Commoner, ou encore Jean Dorst en France. Mais la question centrale est de nature sociale, et rejoint le d\u00e9bat sur les probl\u00e8mes de la soci\u00e9t\u00e9 moderne qui a \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9 au sein de l\u2019OCDE depuis quelques ann\u00e9es. \u00ab En tenant pour acquis que les forces qui suscitent une croissance \u00e9conomique rapide continueront de jouer \u00bb, cela pose des risques concrets qui sont trait\u00e9s dans la derni\u00e8re partie de la conclusion. Or \u00ab la vigueur des tendances actuelles de croissance de la productivit\u00e9 et du progr\u00e8s technique, la volont\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale de maintenir le plein emploi, rendraient sans doute tr\u00e8s difficile \u00e0 n’importe quel gouvernement un freinage du processus de croissance, m\u00eame s’il le souhaitait. \u00bb La satisfaction des besoins mat\u00e9riels, en effet, laisse ouverte la question des besoins sociaux.<\/p>\n\n\n\n Dans tous les pays existent des besoins sociaux pressants qu’il est, \u00e0 court terme, impossible de satisfaire. L’opinion pr\u00e9vaut g\u00e9n\u00e9ralement que, dans le long terme, le processus de croissance \u00e9conomique fournira les moyens de satisfaire ces besoins. Aussi les gouvernements conservent-ils de fortes raisons de veiller \u00e0 ce que les taux de croissance restent \u00e9lev\u00e9s. Mais il est \u00e9vident que si le maintien d’un rythme de croissance \u00e9conomique rapide fournira, au moins en partie, les ressources n\u00e9cessaires pour satisfaire ces besoins, il se peut tr\u00e8s bien que cela ne suffise pas en soi \u00e0 apporter une r\u00e9ponse satisfaisante, si le processus de croissance n’est pas convenablement orient\u00e9. C’est ainsi que :<\/p>\n\n\n\n 1) les fruits de la croissance sont in\u00e9galement r\u00e9partis : certaines activit\u00e9s, certaines r\u00e9gions sont en r\u00e9gression ; certains groupes sociaux souffrent d’une pauvret\u00e9 et de handicaps persistants ou grandissants ;<\/p>\n\n\n\n 2) le processus de croissance suscite, par lui-m\u00eame, des effets secondaires qui peuvent \u00eatre ind\u00e9sirables, ou m\u00eame nuisibles, sur le plan social : l’encombrement des agglom\u00e9rations, le d\u00e9p\u00e9rissement du centre des villes, la pollution de l’environnement en sont les exemples les plus frappants ;<\/p>\n\n\n\n 3) la satisfaction de la plupart des besoins sociaux les plus urgents (l’am\u00e9lioration des villes, de meilleures possibilit\u00e9s d’\u00e9ducation, ou la pr\u00e9vention de la pollution, par exemple) d\u00e9pendra, en tout ou en partie, de d\u00e9penses publiques, ou d’une l\u00e9gislation nouvelle, ou encore autres interventions gouvernementales, y compris le cas \u00e9ch\u00e9ant, l’adoption de mesures visant \u00e0 permettre au m\u00e9canisme des prix de jouer son r\u00f4le de r\u00e9partition. Le degr\u00e9 de satisfaction des diff\u00e9rents besoins les priorit\u00e9s qui seront \u00e9tablies entre eux, exigeront donc \u00e0 l’origine des d\u00e9cisions gouvernementales ;<\/p>\n\n\n\n 4) l’aptitude du processus de croissance \u00e9conomique \u00e0 satisfaire les besoins et les aspirations de la soci\u00e9t\u00e9 dans son ensemble ne d\u00e9pendra pas uniquement du rythme auquel les capacit\u00e9s de production pourront \u00eatre accrues ; il faudra aussi tenir compte de ce que les aspirations en mati\u00e8re de d\u00e9veloppement \u00e9conomique et social s’accroissent en m\u00eame temps que cro\u00eet la prosp\u00e9rit\u00e9 ; il en r\u00e9sulte que les probl\u00e8mes pos\u00e9s par les choix sociaux risquent de devenir de plus en plus complexes \u00e0 mesure que le niveau des revenus s’\u00e9l\u00e8ve.<\/p>\n\n\n\n Si l’on veut que les ressources soient mises aussi efficacement que possible au service des fins choisies, il faudra que les d\u00e9cisions \u00e0 cet effet soient prises en temps utile. Le r\u00e9sultat final vis\u00e9 servira \u00e0 d\u00e9cider de ce qui doit \u00eatre produit et, par suite, du contenu m\u00eame du processus de croissance. Pour garder par la suite le maximum de souplesse, et pouvoir utiliser les informations nouvelles \u00e0 mesure qu’elles deviennent disponibles, il est \u00e9vident que les d\u00e9cisions ne devraient devenir d\u00e9finitives que lorsque la n\u00e9cessit\u00e9 l’impose. Mais les dispositions utiles pour rassembler et exploiter l’information utile pour la prise de d\u00e9cisions \u00e0 long terme doivent \u00eatre prises \u00e0 l’avance. De surcro\u00eet, vient un moment o\u00f9 il n’est plus possible de diff\u00e9rer les d\u00e9cisions, et certaines des d\u00e9cisions peuvent avoir des cons\u00e9quences importantes dans le long terme. En fait, certaines m\u00eame des options qui commandent l’\u00e9volution des trente prochaines ann\u00e9es sont d’ores et d\u00e9j\u00e0 ferm\u00e9es par des d\u00e9cisions prises actuellement. <\/p>\n\n\n\n Si les decisions de politique \u00e9conomique sont normalement prises \u00e0 l\u2019horizon de cinq ans, le rapport souligne la n\u00e9cessit\u00e9 de se donner un horizon temporel plus large \u2014 on voit bien, entre les lignes, que cet horizon n\u2019est plus \u00e9conomique mais culturel et social, pas directement mesurable ou planifiable dans le d\u00e9tail, mais pourtant capable par ailleurs de donner une destination g\u00e9n\u00e9rale socialement acceptable. C\u2019est cela que Castoriadis va appeler dans ses \u0153uvres canoniques un \u00ab imaginaire \u00bb.<\/p>\n\n\n\n \u00c0 l’heure actuelle, la concomitance d’une croissance ininterrompue de la production, d’aspirations et de besoins sociaux pressants, et de l’impossibilit\u00e9 de trouver les ressources n\u00e9cessaires pour satisfaire tous les besoins et aspirations du moment, est une source importante d’incertitude et de m\u00e9contentement social. L’insuffisance des projections \u00e0 cinq ans, pour servir de guide \u00e0 une politique \u00e0 long terme, et la certitude pratiquement acquis de la poursuite d’une croissance \u00e9conomique rapide au cours des prochaines d\u00e9cennies montrent que les choix importants devraient \u00eatre \u00e9clair\u00e9s et effectu\u00e9s dans la perspective d\u2019un horizon temporel nettement plus \u00e9loign\u00e9 que celui utilis\u00e9 dans la plupart des projections habituelles. Les politiques \u00e9conomiques ne devraient pas \u00eatre formul\u00e9es uniquement en termes de taux de croissance de la production, car ces taux n\u2019ont pas de signification en eux-m\u00eames et n\u2019ont d\u2019autres int\u00e9r\u00eats que de permettre d\u2019atteindre des buts collectifs. Les politiques \u00e9conomiques devraient \u00eatre formul\u00e9es en fonction d\u2019objectifs sp\u00e9cifiques : le recul de la pauvret\u00e9, l\u2019obtention d\u2019une qualit\u00e9 suffisante de l\u2019habitat, l\u2019\u00e9limination des gros risques de maladie, des possibilit\u00e9s d\u2019\u00e9ducation plus \u00e9tendues et de meilleure qualit\u00e9, l\u2019aide aux pays pauvres. Le volume des ressources disponibles \u00e9tant limit\u00e9, il faudra op\u00e9rer un choix entre les divers objectifs sociaux. Ces objectifs devront donc se traduire par des programmes compatibles avec la croissance des ressources productives escompt\u00e9e sur un certain nombre d’ann\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n Il y aurait plusieurs avantages importants \u00e0 essayer de formuler explicitement la politique \u00e9conomique en termes d\u2019objectifs sociaux (des logements en nombre suffisant, de meilleures possibilit\u00e9s d’enseignement, un niveau de vie minimum pour les d\u00e9favoris\u00e9s, etc.). D’abord, cela devrait aider \u00e0 susciter une discussion publique des objectifs sociaux. La nature m\u00eame des d\u00e9bats qui se trouveraient ainsi stimul\u00e9s devrait de son c\u00f4t\u00e9 favoriser la manifestation d\u2019un sens social plus accus\u00e9 et, par suite, \u00e9liminer certaines des causes actuelles de m\u00e9contentement qui r\u00e9sultent du caract\u00e8re arbitraire du processus de croissance contemporain. Cela devrait aussi contribuer \u00e0 susciter un meilleur sens des priorit\u00e9s sociales et permettre \u00e0 chacun de mieux comprendre qu’il n’est jamais possible de tout faire en m\u00eame temps. \u00c0 plus longue \u00e9ch\u00e9ance, une telle tentative pourrait aussi aider \u00e0 d\u00e9finir des priorit\u00e9s pour la recherche et le d\u00e9veloppement, ainsi que pour la mise au point de nouveaux produits et de nouvelles techniques.<\/p>\n\n\n\n Certains th\u00e8mes castoriadisiens li\u00e9s \u00e0 l\u2019imaginaire \u00e9mergent clairement. Le rapport souligne que la plupart des objectifs sociaux ne peuvent \u00eatre facilement pr\u00e9sent\u00e9s de fa\u00e7on quantifiable mais appartiennent \u00e0 une dimension qui \u00e9chappe aux outils \u00e9conomiques. De plus, il est question, par effet du progr\u00e8s de l\u2019\u00e9ducation, d\u2019une \u00e9volution de l’opinion \u00e0 l’\u00e9gard des finalit\u00e9s de la croissance et de la conception du niveau de vie minimum acceptable. Enfin, le rapport signale le malaise que produit la s\u00e9paration entre dirigeants et dirig\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n L’\u00e9l\u00e9vation des niveaux d’\u00e9ducation, l’accroissement de la richesse et le souci grandissant d’influer sur la marche de l’\u00e9volution sociale, suscitent des exigences croissantes de participation \u00e0 la prise des d\u00e9cisions dans le domaine social comme dans celui de l’industrie ; cela posera sans doute des probl\u00e8mes consid\u00e9rables de mise au point de proc\u00e9dures adapt\u00e9es, aussi bien pour l’analyse des probl\u00e8mes que pour les prises de d\u00e9cisions ult\u00e9rieures.<\/p>\n\n\n\n Le rapport se conclut en insistant sur la priorit\u00e9 de traiter les nuisances cr\u00e9\u00e9es par la croissance (notamment celles environnementales) et donc le besoin de d\u00e9velopper d\u2019autres instruments de mesure que le PIB, mais aussi, entre les lignes, d’\u00e9tendre le domaine de gestion \u00e9tatique de ces nuisances \u2014 ce qui appara\u00eet peu coh\u00e9rent avec les id\u00e9es anti-bureaucratiques pr\u00each\u00e9es par l\u2019auteur dans Socialisme ou Barbarie.<\/p>\n\n\n\n Les probl\u00e8mes qui se posent sont, \u00e0 bien des \u00e9gards, diff\u00e9rents selon les pays. Mais il est un probl\u00e8me g\u00e9n\u00e9ral, qui est d’affecter les fruits de la croissance \u00e0 la satisfaction des besoins sociaux et de savoir comment rem\u00e9dier aux co\u00fbts et aux nuisances cr\u00e9\u00e9s par la croissance.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":" Peut-on acc\u00e9l\u00e9rer le d\u00e9veloppement tout en s’attaquant aux maux de la croissance ? Dans un rapport publi\u00e9 par l’OCDE, attribu\u00e9 ici pour la premi\u00e8re fois \u00e0 Cornelius Castoriadis, le philosophe et militant socialiste pointait en 1970 les risques sociaux et environnementaux intrins\u00e8quement li\u00e9s au mythe de la croissance.<\/p>\n","protected":false},"author":10,"featured_media":147760,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"templates\/post-speeches.php","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_trash_the_other_posts":false,"footnotes":""},"categories":[1727],"tags":[],"geo":[1917],"class_list":["post-147759","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-economie","staff-raffaele-alberto-ventura","geo-europe"],"acf":{"open_in_webview":false,"accent":false},"yoast_head":"\n